Otite moyenne aiguë de l'enfant
Cours de pédiatrie
L'otite moyenne aiguë est une
pathologie courante de l'enfant. sa fréquence est maximale entre
6 mois et 2 ans.
DÉFINITION :
L'otite moyenne aiguë (OMA) est une inflammation aiguë d'origine
infectieuse de l'ensemble des qualités de l'oreille moyenne
(caisse du tympan et cellules mastoïdiennes).
Il s'agit d'une infection très fréquente chez le jeune enfant.
Le diagnostic est clinique, reposant sur des signes fonctionnels
et généraux et sur un bon examen otoscopique.
Le traitement repose avant tout sur une antibiothérapie
probabiliste.
L'évolution est le plus souvent favorable.
Il existe cependant un risque de complication obligeant alors à
réaliser des prélèvements bactériologiques et des traitements
plus lourds.
PHYSIOPATHOLOGIE :
L'OMA est le plus souvent consécutive à une rhino-pharyngite
virale au départ, avec surinfection bactérienne secondaire. La
contamination de l'oreille se fait par le biais de la trompe
d'Eustache qui fait communiquer la partie postérieure des fosses
nasales et les cavités de l'oreille moyenne.
- Les végétations adénoïdes jouent un rôle prédisposant,
constituant un réservoir de germes (portage rhino-pharyngé).
- De même, l'otite séromuqueuse constitue un facteur favorisant,
l'épanchement rétrotympanique pouvant se surinfecter.
ÉVOLUTION DU TRAITEMENT :
* Avant l'ère des antibiotiques, l'OMA exposait à des
complications graves, voire vitales (mastoïdite aiguë,
méningite, abcès du cerveau). Les seuls traitements disponibles
étaient alors la paracentèse et les traitements chirurgicaux des
complications. L'évolution était et reste spontanément favorable
dans 70% des cas environ.
* L'avènement de l'antibiothérapie, apparue vers 1945, a permis
la disparition des complications graves. L'antibiothérapie était
de mise, les indications de paracentèse devenant de plus en plus
rares et la chirurgie des complications exceptionnelle.
* Depuis la fin des années 80, sont apparues des résistances
bactériennes croissantes, liées au moins partiellement à
l'utilisation accrue des antibiotiques. Ces résistances aux
germes les plus fréquents de l'otite (pneumocoque et Haemophilus
influenzae) ne sont pas sans conséquence clinique avec
l'apparition d'OMA traînantes, rendant de plus en plus
difficiles les traitements, et obligent parfois à des
thérapeutiques par voie parentérale.
Étiologie :
ÉPIDÉMIOLOGIE :
La fréquence de l'otite moyenne aiguë (OMA) est maximale entre 6
mois et 2 ans.
Plusieurs facteurs entrent en jeu pour expliquer cette
prédominance:
- les particularités anatomo-physiologiques de la trompe
d'Eustache, plus courte et moins fonctionnelle chez les
nourrissons. Souvent béante, elle fait communiquer largement le
rhino-pharynx et la caisse du tympan.
- la fréquence des infections des voies aériennes supérieures
(rhino-pharyngites virales), faisant le lit des OMA.
- l'hypertrophie des végétations adénoïdes (facteur obstructif
du cavum et des fosses nasales, réservoir de germes pathogènes
proche de la trompe d'Eustache).
- la fréquence est maximale en hiver, suivant la répartition des
infections rhino-pharyngées.
- les OMA sont plus fréquentes chez les garçons.
- la vie en collectivité (crèche, garderie, école), le faible
niveau socio-économique, le tabagisme passif, les enfants
porteurs de fente vélaire ou vélopalatine, les enfants
trisomiques 21 sont autant de facteurs favorisant les OMA.
- les rôles de l'allergie et de l'allaitement artificiel n'ont
pas encore été prouvés.
- le reflux gastro-œsophagien semblerait être un facteur
favorisant, souvent associé au caractère traînant des otites.
BACTÉRIOLOGIE :
La bactériologie des OMA est en évolution constante.
L'épidémiologie varie d'un pays à l'autre. On peut surtout
noter, ces dernières années, l'émergence de souches résistantes
induisant des difficultés thérapeutiques.
Les OMA sont généralement monomicrobiennes (10% de prélèvements
plurimicrobiens).
Germes prédominants :
En France, deux germes prédominent: Haemophilus influenzae et
Streptococcus pneumoniae.
Haemophilus influenzae
C'est le germe le plus fréquemment responsable d'OMA (40-45%),
plus particulièrement chez les enfants de 6 mois à 3 ans.
* Il s'agit d'un bacille à Gram négatif (90% des Haemophilus
sont non capsulés. 10% sont capsulés de sérotypes B, pouvant
induire des complications type méningite, épiglottite,
septicémie).
* Actuellement 30 à 35% des souches d'Haemophilus influenzae des
OMA sont résistantes à l'ampicilline, par production d'une
bêtalactamase.
* Le taux de guérison spontanée est de 50 à 70% selon les cas.
* La proportion de souche sécrétrice de bêtalactamase est plus
élevée dans les otites aiguës récidivantes.
Streptococcus pneumoniae
Il représente 25 à 35% des germes de l'OMA.
* Il s'agit d'un cocci Gram positif en diplocoque.
* Depuis la fin des années 80, sont apparues des souches
résistant aux macrolides et de moindre sensibilité aux
bêtalactamines. Ces souches de sensibilité diminuée à la
pénicilline représentent actuellement jusqu'à 50% des
pneumocoques en Ile-de-France. La tendance est à la
généralisation des résistances sur tout le territoire français.
- Cinq sérotypes prédominent: 6, 9, 14, 19, 23.
- Le mécanisme de résistance pour les bêtalactamines est une
modification des protéines de liaison à la pénicilline (PLP).
- Le taux de guérison spontanée des OMA à pneumocoque est faible
(10% environ).
L'apparition de ces résistances modifie depuis quelques années
le profil évolutif de certaines otites, notamment chez le jeune
enfant, conduisant souvent à des échecs thérapeutiques et à des
otites traînantes.
Plus l'épisode est traînant, plus la proportion de pneumocoque
de sensibilité diminuée à la pénicilline augmente.
Autres germes :
Staphylococcus aureus et epidermidis
Ils sont retrouvés essentiellement chez le nourrisson de moins
de 3 mois.
Etant saprophytes du conduit auditif externe, il faut un certain
nombre de critères avant de les considérer comme pathogènes (vus
en grand nombre à l'examen direct, nombre de leucocytes altérés,
nombreuses colonies en culture).
Ils sont presque toujours sécréteurs d'une pénicillinase.
Pseudomonas aeruginosa
Ce germe est retrouvé essentiellement chez les enfants de moins
de 3 mois et répond aux mêmes critères de pathogénicité que le
staphylocoque (à peu près 6%).
Moraxella catarrhalis
Cocci Gram positif, germe rarement en cause en France (5 à 10%).
Il est presque constamment sécréteur d'une bêtalactamase.
Le taux de guérison spontanée est élevé.
Streptocoque du groupe A
occi Gram positif, il joue actuellement un rôle mineur dans
l'OMA (moins de 5%).
Au total :
* Au total il faut bien distinguer le nouveau-né et le
nourrisson de 3 mois. Outre Haemophilus influenzae et
pneumocoque, le Pseudomonas, le staphylocoque doré et les
entérobactéries jouent un rôle important dans les OMA du
nouveau-né. Toute antibiothérapie doit être guidée par un
prélèvement bactériologique.
* Chez l'enfant de plus de 3 mois au contraire, deux germes
prédominent: pneumocoque et Haemophilus influenzae.
Diagnostic :
SIGNES D'APPEL :
Les signes d'appel de l'OMA sont extrêmement polymorphes, et il
faudra savoir, surtout chez le nourrisson, évoquer le
diagnostic, en particulier devant une fièvre isolée.
* Il existe des signes spécifiques:
- l'otalgie: elle peut se traduire de façon indirecte, en
particulier chez le nourrisson, par des pleurs, une
irritabilité, un enfant grognon, se touchant l'oreille, une
insomnie.
- l'otorrhée spontanée: l'otorrhée purulente peut être
inaugurale.
* Des signes non spécifiques (signes généraux) peuvent révéler
une OMA:
- fièvre: elle peut être importante en particulier chez le
nourrisson, mais aussi modérée ou absente dans d'autres cas.
Elle peut être intégrée dans un syndrome d'infection virale
(rhinite) inaugural.
- troubles digestifs: un reflux d'alimentation, des vomissements
et/ou des diarrhées, en particulier chez le jeune enfant,
peuvent être des signes révélateurs d'une OMA.
Rarement l'OMA sera découverte à l'occasion d'une complication.
OTOSCOPIE :
C'est l'examen clé permettant de poser le diagnostic. Il est
cependant difficile chez l'enfant. Il nécessite un bon éclairage
et de bonnes conditions d'examen (enfant bien tenu, conduit
auditif externe débarrassé des débris cérumineux). L'utilisation
d'un microscope ou d'une loupe grossissante permet un diagnostic
plus précis.
L'examen otoscopique sera bilatéral (40% des OMA sont
bilatérales chez le nourrisson).
* Le tympan normal est translucide, de couleur gris perle, avec
un triangle lumineux antéro-inférieur. Le relief du manche du
marteau est nettement visible.
* On distingue schématiquement trois stades successifs de l'OMA:
- l'otite congestive: le tympan est rouge vif, le triangle
lumineux a disparu, mais les reliefs sont encore bien visibles.
- l'otite suppurée et collectée: le tympan rouge violacé,
bombant surtout dans sa partie postérieure, avec disparition du
triangle lumineux et des reliefs ossiculaires.
- l'otite suppurée avec otorrhée spontanée: le conduit auditif
externe est rempli de pus franc. Après aspiration de ce dernier,
on distingue une perforation souvent punctiforme, d'où fait
issue du pus de manière pulsatile.
EXAMEN GENERAL :
* Il existe très souvent une rhino-pharyngite inaugurale.
L'examen des fosses nasales permettra de mettre en évidence la
présence de pus ou de mucopus.
* Il existe souvent des adénopathies cervicales bilatérales
satellites de l'infection.
* L'examen oculaire permet de retrouver parfois une
conjonctivite associée.
* L'examen doit rechercher systématiquement des signes de
complication (QS).
FORMES CLINIQUES :
Selon l'âge :
Chez le nourrisson, il existe une prédominance des signes non
spécifiques, ce qui motive un examen otoscopique systématique
devant toute fièvre et/ou des troubles digestifs.
Chez le plus grand enfant, l'otalgie demeure le symptôme le plus
fréquent.
Particularités cliniques en fonction du germe :
On recherche des corrélations bactério-cliniques, dont
l'importance apparaît croissante étant donné l'émergence de
souches résistantes et les difficultés thérapeutiques qui en
découlent.
Infection à Haemophilus influenzae
L'association d'une OMA à une conjonctivite purulente est très
évocatrice d'une infection à Haemophilus influenzae (plus de 85%
des cas).
Infection à pneumocoque
* Une otite avec fièvre élevée (supérieure à 38,5°C) associée à
des otalgies intenses fait suspecter une origine pneumococcique,
en particulier chez l'enfant âgé de moins de 18 mois, ces signes
n'étant cependant pas toujours spécifiques.
* Sur le plan épidémiologique, il existe également des facteurs
de risque faisant évoquer une infection à pneumocoque,
éventuellement de sensibilité diminuée à la pénicilline:
- âge inférieur à 18 mois.
- vie en milieu urbain.
- vie en collectivité (crèche).
- prise récente d'antibiotiques, en particulier
d'aminopénicilline, au cours des trois derniers mois.
Le pneumocoque est le germe le plus fréquent dans les otites
traînantes en situation d'échec d'antibiothérapie.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
On en distingue essentiellement trois: otite séreuse, myringite
aiguë et otite externe.
Otite séreuse
Il existe un épanchement rétrotympanique sans signe d'infection
aiguë de l'oreille moyenne.
* Cependant le diagnostic est loin d'être toujours aussi simple,
l'otite séreuse pouvant s'accompagner d'otalgies.
* D'autre part certaines otites séreuses peuvent se surinfecter.
* De plus, il existe des épanchements résiduels quasi constants
dans les suites d'une OMA.
- Il est parfois très difficile de faire la distinction, étant
donné la présence d'un tympan bombant dans certaines formes
d'otites séromuqueuses, dans le cadre de rhino-pharyngites
fébriles, la fièvre pouvant orienter à tort vers une
surinfection de l'oreille.
- L'épanchement est souvent plus translucide.
Myringite aiguë
Le tympan est inflammatoire, recouvert de phlyctènes dont le
contenu est translucide ou hémorragique. Ces myringites étaient
classiquement considérées d'origine virale.
Des études récentes semblent montrer le rôle possible de
bactéries telles qu'on les rencontre dans les OMA ou
d'infections à mycoplasme. Par ailleurs elles peuvent être
associées à une authentique OMA suppurée.
Otite externe
Il s'agit d'une infection des tissus de recouvrement du conduit
auditif externe.
L'otalgie est très intense, exacerbée par le moindre
attouchement du pavillon de l'oreille.
La peau du conduit auditif externe est très épaissie,
inflammatoire, rendant l'examen du tympan difficile. Il n'existe
pas en principe de participation tympanique.
Évolution :
ÉVOLUTION FAVORABLE :
Bien que l'évolution de l'OMA soit spontanément favorable dans
environ 70% des cas, on ne parle à l'heure actuelle que de
l'évolution des formes traitées.
* Sous traitement bien conduit, l'OMA guérit sans séquelle. La
fièvre et l'otalgie doivent disparaître en 48 heures environ.
* En cas de persistance des symptômes, il est indispensable de
réévaluer cliniquement l'enfant.
* Il faut de toute façon prévoir un examen de contrôle en fin de
traitement pour vérifier le retour à la normale de la membrane
tympanique. Il persiste cependant, en particulier chez le jeune
enfant, un épanchement rétrotympanique aseptique qui régresse en
15 jours à un mois environ, et ne présente pas de valeur
pathologique.
Des complications peuvent cependant survenir ou des séquelles
subsister.
COMPLICATIONS :
Depuis l'avènement des antibiotiques, les complications sont
devenues rares. Elles peuvent être liées soit à une erreur de
traitement (traitement inadapté, insuffisant en doses ou en
durée), plus souvent du fait de la virulence du germe, ou du
terrain fragilisé de l'enfant.
Mastoïdites :
Il s'agit d'une complication rare (1 pour 10.000 otites)
réalisant une infection des cavités mastoïdiennes.
On distingue actuellement deux formes: la mastoïdite aiguë
extériorisée et la mastoïdite subaiguë.
Mastoïdite aiguë extériorisée
Elle est rare. Elle réalise un tableau d'OMA qui s'aggrave, avec
présence d'une otalgie intense, d'une fièvre souvent élevée, et
d'une altération plus ou moins importante de l'état général.
* La forme rétroauriculaire est la plus fréquente.
- Il existe au stade de début un œdème inflammatoire
rétroauriculaire avec comblement du sillon et décollement du
pavillon de l'oreille. Ce signe clinique est caractéristique.
- A un stade ultérieur, apparaît une tuméfaction fluctuante,
témoignant de la présence d'un abcès sous-périosté.
- L'examen otoscopique retrouve classiquement une chute de la
paroi postérieure du conduit avec une disparition de l'angle de
raccordement (ce signe est en fait rarement retrouvé). Le tympan
lui-même est déformé en pis de vache avec un écoulement purulent
pulsatile à travers une petite perforation postérieure.
Néanmoins le tympan peut revêtir d'autres aspects, être
simplement épaissi et infiltré, sans otorrhée.
* D'autres formes cliniques peuvent se voir:
- extériorisation temporo-zygomatique: la région
temporo-zygomatique est œdémateuse, voire fluctuante, et le
pavillon de l'oreille est décollé vers le bas. Il peut s'y
associer un œdème de la paupière inférieure.
- extériorisation inférieure (mastoïdite de Bezold). Il existe
un torticolis douloureux et un empâtement de la partie haute du
sterno-cléïdo-mastoïdien.
* Les mastoïdites aiguës extériorisés sont actuellement le plus
souvent unilatérales. Elles sont parfois, en particulier chez le
nourrisson, bilatérales.
* Un prélèvement bactériologique doit être effectué de façon
systématique, permettant de guider l'antibiothérapie.
- Il sera réalisé par ponction directe de l'abcès sous-périosté
rétroauriculaire et par aspiration de l'otorrhée ou mieux après
paracentèse.
- Les germes sont identiques à l'OMA, mais dans des proportions
très différentes.
- Le germe prédominant est en effet le pneumocoque, qui possède
un pouvoir nécrosant et ostéolytique important.
- On retrouve plus rarement des streptocoques pyogènes,
Haemophilus, voire des anaérobies.
* La numération formule sanguine confirme la présence d'un
syndrome inflammatoire avec hyperleucocytose à polynucléaires
neutrophiles.
* Hormis les stades de début, où l'on peut tenter un traitement
médical exclusif, par antibiothérapie par voie parentérale
secondairement adaptée à l'antibiogramme, cette complication
impose le plus souvent de réaliser une mastoïdectomie en urgence
sous anesthésie générale et sous couverture antibiotique par
voie parentérale adaptée.
Mastoïdite subaiguë
Les mastoïdites subaiguës sont beaucoup plus fréquentes. Il
s'agit d'otites traînantes décapitées par un ou plusieurs
traitements antibiotiques.
* Fièvre, otalgie et anorexie peuvent réapparaître de façon
intermittente. Le tympan ne revient jamais à la normale, restant
infiltré, parfois bombant. On retrouve rarement un aspect de
chute de la paroi postérieure du conduit auditif externe et de
pis de vache tympanique.
* Le prélèvement bactériologique est capital, nécessitant
parfois une fenêtre thérapeutique de 24 à 48 heures, permettant
d'identifier un germe. Le micro-organisme le plus fréquemment
retrouvé à l'heure actuelle est le pneumocoque de sensibilité
diminuée à la pénicilline (PSDP).
* Le bilan radiologique (incidence de Schuller,
tomodensitométrie) n'est pas spécifique et ne peut aider au
diagnostic, si ce n'est à dépister d'éventuelles complications
intracrâniennes.
* Le traitement est une antibiothérapie par voie générale
adaptée à l'antibiogramme.
- Elle sera délivrée per os, sous forme d'amoxicilline à de
fortes doses (150 à 200mg/kg/j) en présence de PSDP.
- Il est parfois nécessaire de recourir à des antibiothérapies
par voie parentérale (céphalosporine de 3e génération).
* En l'absence d'amélioration clinique, ou en cas de rechute
précoce, une mastoïdectomie est indiquée.
Paralysie faciale :
Certaines OMA se compliquent d'emblée de paralysie faciale.
Cette complication concerne environ 5 pour 1.000OMA.
Les paralysies faciales otitiques présentent environ 20 à 30%
des paralysies faciales de l'enfant.
* Le pronostic est favorable, la guérison étant constante.
* Une paracentèse avec prélèvement bactériologique sera
systématique.
* Le traitement comporte une antibiothérapie adaptée à
l'antibiogramme, associée à une corticothérapie dès que le germe
est connu et contrôlé par des antibiotiques.
Labyrinthite :
Il s'agit essentiellement de labyrinthite séreuse, par
inflammation du labyrinthe, exceptionnellement de labyrinthite
suppurée.
* L'OMA s'accompagne de vertiges et de troubles de l'équilibre,
de diagnostic difficile chez les jeunes enfants. Il peut s'y
associer des nausées et des vomissements. On recherchera un
nystagmus qui signe l'atteinte vestibulaire.
* Le traitement repose sur le prélèvement bactériologique qui
est systématique. On y associera des antivertigineux, voire des
antiémétiques.
Complications endocrâniennes :
Méningite
Les méningites otogènes sont rares et peuvent se voir à tout âge
(surtout avant 1 an).
L'atteinte méningée se fait par voie hématogène pour Haemophilus
influenzae, et par l'intermédiaire d'une ostéolyse ou de voie
préformée (fistule périnymphatique congénitale,
post-traumatisme, post-chirurgie) pour les pneumocoques.
Le diagnostic repose sur l'examen du LCR (PL).
La paracentèse avec prélèvement bactériologique permettra de
préciser le germe responsable.
Abcès cérébraux et cérébelleux, thrombophlébite du sinus latéral
Il s'agit de complications rares réalisant des tableaux
neurologiques fébriles et imposant un traitement en
hospitalisation en urgence.
Complications générales :
Elles sont particulièrement à rechercher et à redouter chez le
nourrisson, et sont la conséquence des signes généraux
éventuels.
* Déshydratation aiguë: elle est éventuellement en rapport avec
une diarrhée et/ou des vomissements associés.
* Convulsions hyperpyrétiques: elles sont l'apanage du jeune
enfant, en rapport souvent avec une augmentation rapide de la
fièvre.
Complications à plus long terme :
Otites récidivantes
Elles sont à distinguer des otites traînantes, les tympans
devant revenir à la normale entre deux épisodes aigus.
On parle d'OMA récidivantes au-delà de 4 épisodes par hiver.
* Un certain nombre de facteurs favorisants doivent être
recherchés:
- l'hypertrophie des végétations adénoïdes.
- le tabagisme passif.
- la vie en crèche ou en collectivité.
- une carence martiale.
- un reflux gastro-œsophagien.
- un terrain propice (fente vélaire ou vélopalatine, trisomie
21).
- immunodépression.
- une allergie, dont le rôle est cependant contesté.
* Un traitement préventif sera tenté:
- éviction dans la mesure du possible des facteurs favorisants.
- traitement d'une carence martiale et/ou d'un reflux
gastro-œsophagien.
- adénoïdectomie.
Séquelles
* Évolution vers l'otite chronique: otite séromuqueuse,
complication fréquente notamment chez le jeune enfant, et qui
peut faire le lit d'otites récidivantes, mais également
évolution possible vers des formes compliquées (poche de
rétraction, cholestéatome).
* Perforation tympanique séquellaire.
Traitement :
TRAITEMENT CURATIF :
Antibiothérapie :
La majorité des OMA guérissant spontanément, l'antibiothérapie
permet de réduire la durée des symptômes et surtout le taux des
complications. Les OMA ne justifient le plus souvent que d'une
antibiothérapie par voie orale.
L'émergence de souches de plus en plus résistantes pose
cependant, en particulier chez l'enfant âgé de moins de 18 mois,
des difficultés thérapeutiques (Haemophilus influenzae sécréteur
de bêtalactamase, mais surtout pneumocoque de sensibilité
diminuée à la pénicilline). La durée du traitement est
empiriquement fixée à 8 à 10 jours.
Recommandations
Les recommandations de la dernière conférence de consensus de
Lyon en 1996 sont les suivantes:
* Pour un enfant présentant des facteurs de risque du PSDP, il
est conseillé d'utiliser en première intention l'association
amoxicilline-acide clavulanique (Augmentin*, Ciblor*) avec des
posologies d'amoxicilline de 80mg/kg/j en 3 prises, ou des
céphalosporines de 2e ou 3e génération par voie orale type
céfuroxime axétil (Zinnat*) à 30mg/kg/j en 2 prises, cefpodoxime
proxétil (Orelox*) à 8mg/kg/j en 2 prises.
* Chez l'enfant de plus de 2 ans, on pourra proposer
l'utilisation de céphalosporines de 1re génération (céfaclor,
céfatrizine, céfadroxil), d'amoxicilline, d'amoxicilline + acide
clavulanique, d'érythromycine sulfisoxazole (Pédiazole*), de
cotrimoxazole (Bactrim*).
* Lorsque est évoqué Haemophilus influenzae (syndrome
otite-conjonctivite) on peut proposer l'association
amoxicilline-acide clavulanique ou des céphalosporines de 2e ou
3e génération comme le céfixime (Oroken*), le céfuroxime axétil
(Zinnat*), le cefpodoxime proxétil (Orelox*), et également le
cotrimoxazole (Bactrim*).
* Chez l'enfant de moins de 3 mois, l'antibiothérapie sera
guidée par un prélèvement bactériologique.
* En cas d'échec d'une antibiothérapie probabiliste, tout
particulièrement chez le jeune enfant (moins de 18 mois), on
aura recours à une paracentèse avec prélèvement bactériologique.
- L'enfant sera mis le plus souvent sous amoxicilline à
150mg/kg/j, en attendant les résultats.
- L'antibiothérapie sera modifiée ou non en fonction de
l'évolution et des résultats microbiologiques.
- En cas de complications, de signes généraux importants ou
d'altération de l'état général, on optera d'emblée pour une
antibiothérapie par voie parentérale, par le biais de
céphalosporines de 3e génération (ceftriaxone, céfotaxime).
Autres traitements médicaux :
Traitements antalgiques et antipyrétiques
* On utilisera essentiellement du paracétamol et de l'aspirine,
souvent donnés en alternance.
* L'intérêt des anti-inflammatoires est encore discuté, leur
efficacité n'étant pas démontrée.
* Les gouttes auriculaires antalgiques peuvent être utilisées,
notamment dans les otites congestives.
Désinfection rhino-pharyngée
Des lavages répétés des fosses nasales au sérum physiologiques,
ou à l'eau de mer stérilisée isotonique (Stérimar*, Physiomer*),
ou accompagnés de solutions antiseptiques type Prorhinel* seront
prescrits afin d'éviter la stagnation des sécrétions au niveau
des fosses nasales et du cavum.
Paracentèse :
Il s'agit d'une incision du tympan pratiquée à l'aide d'une
aiguille stérile, dans le cadran postéro-inférieur. Elle sera
réalisée au mieux sous microscope, sans anesthésie chez le jeune
enfant et sous anesthésie locale chez le grand enfant.
Les indications sont les suivantes.
* Indications d'ordre thérapeutique:
- persistance de la fièvre malgré un traitement antipyrétique
bien conduit.
- otite hyperalgique résistant au traitement antalgique.
* Indications à visée bactériologique:
- échec de l'antibiothérapie probabiliste (en cours ou en fin de
traitement).
- en cas de présence de complications (mastoïdite, paralysie
faciale, labyrinthite, méningite...).
- enfant âgé de moins de 3 mois.
- enfant immunodéprimé.
Surveillance du traitement :
* En cas de traitement efficace, une amélioration doit être
obtenue entre 48 et 72 heures. Il apparaît donc nécessaire
d'évaluer l'efficacité du traitement, tout particulièrement chez
le jeune enfant, par la disparition des signes généraux et un
éventuel examen otoscopique de contrôle au moindre doute.
L'antibiothérapie sera poursuivie jusqu'à son terme, et un
contrôle otoscopique sera réalisé en fin de traitement.
* En l'absence d'amélioration, un contrôle otoscopique et une
paracentèse seront effectués afin d'identifier le germe
responsable et d'adapter le traitement à l'antibiogramme.
TRAITEMENT PRÉVENTIF :
Il concerne les OMA récidivantes.
Traitements des facteurs environnementaux :
* L'arrêt du tabagisme familial est conseillé.
* L'éviction de la crèche paraît également souhaitable dans
certaines situations désespérément chroniques et récidivantes.
Traitements médicaux :
* Les antihistaminiques, les immunomodulateurs, les injections
de gammaglobulines offrent un intérêt qui n'est pas tout à fait
démontré à l'heure actuelle.
* L'antibiothérapie prolongée pendant plusieurs mois peut être
une alternative dans certaines situations, mais elle fait courir
des risques de pression de sélection des bactéries.
* En cas de reflux gastro-œsophagien associé, il paraît
souhaitable d'envisager une traitement anti-reflux associé.
* Le traitement d'une carence martiale permet de diminuer le
risque d'infections récidivantes.
Traitement chirurgical :
* L'adénoïdectomie a une efficacité démontrée, et doit être
proposée dans cette indication.
* La mise en place d'aérateurs transtympaniques peut être
proposée dans certains cas d'OMA sur fond d'otite séromuqueuse,
en respectant une limite d'âge (pas avant l'âge de 15 mois).