La dyspnée laryngée est un
symptôme fréquent chez l'enfant, le larynx constituant la partie
la plus étroite des voies aériennes, tout particulièrement au
niveau de la région glotto-sous-glottique. * Tout rétrécissement
à ce niveau engendrera des symptômes plus ou moins sévères en
fonction de son degré et de l'âge de l'enfant. Le pronostic
vital peut parfois être mis en jeu. * La dyspnée laryngée
constitue une urgence diagnostique et thérapeutique, l'examen
clinique permettant d'apprécier la gravité du tableau et de
déterminer l'étiologie. * La dyspnée laryngée constitue une
entité particulière chez l'enfant, de par les particularités
anatomiques et physiologiques, les étiologies spécifiques dans
ces tranches d'âges, et l'urgence thérapeutique, liée à la
brutalité des symptômes et à la sévérité parfois extrême du
tableau clinique.
RAPPEL ANATOMIQUE :
Le larynx peut être subdivisé en trois étages:
* l'étage supra-glottique (ou vestibule laryngé):
- il comprend la margelle laryngée (épiglotte, replis
ary-épiglottiques, aryténoïdes), les bandes ventriculaires, et
les ventricules.
- un rétrécissement à ce niveau se rencontre dans les
épiglottites, les brûlures laryngées.
* l'étage glottique est représenté par les cordes vocales, où
peuvent se rencontrer des anomalies congénitales.
* l'étage sous-glottique démarrant du bord inférieur des cordes
vocales jusqu'à la trachée:
- il s'agit de la partie la plus étroite du larynx,
correspondant à l'anneau cricoïdien.
- les pathologies laryngées de l'enfant sont essentiellement
liées à des rétrécissements à ce niveau, congénitaux ou acquis.
- les laryngites sous-glottiques constituent la principale cause
à ce niveau.
PHYSIOPATHOLOGIE :
Les voies aériennes sont soumises à des variations de calibre en
fonction du temps respiratoire.
- A l'inspiration le calibre des voies respiratoires
extrathoraciques diminue, alors que celui des voies
respiratoires intrathoraciques augmente, sous l'effet de la
dépression endothoracique inspiratoire.
- Lors de l'expiration, le phénomène inverse se produit, à
savoir une surpression relative des voies respiratoires
extrathoraciques et un rétrécissement des voies respiratoires
endothoraciques, comprimées par une pression positive
endothoracique.
* Ce phénomène explique:
- en cas d'obstacle sur les voies respiratoires extrathoraciques
(fosses nasales, cavité buccale et oro-pharynx, larynx) la
dyspnée est inspiratoire.
- en cas d'un obstacle bronchique, la dyspnée est expiratoire.
- lorsque l'obstacle est trachéal, la dyspnée est variable,
existant souvent aux deux temps, la trachée comportant une
portion endo- et extrathoracique.
* Il existe fréquemment un tirage inspiratoire lié à la mise en
jeu des muscles respiratoires accessoires, qui siègent en aval
de l'obstacle.
- En présence d'une obstruction laryngée, le tirage sera
basicervical, intercostal, épigastrique.
- En cas d'obstruction plus haut située (fosses nasales,
rhino-pharynx, oro-pharynx) le tirage intéresse également la
région sous-mandibulaire, ce qui est très caractéristique.
PARTICULARITES PROPRES AU LARYNX DE L'ENFANT :
* L'épiglotte de l'enfant a une forme enroulée (forme de tuile
romaine), alors que celle de l'adulte est beaucoup plus aplatie.
* La margelle laryngée et le vestibule ont un tonus assez faible
et une grande souplesse pouvant induire, en inspiration, une
invagination de la margelle vers l'endolarynx.
* La région sous-glottique, comme chez l'adulte, est formée par
le cartilage cricoïde, circulaire, qui constitue la zone la plus
étroite du larynx. Tout rétrécissement à ce niveau, en fonction
de l'âge, va engendrer une symptomatologie plus ou moins sévère.
En effet un simple œdème d'un millimètre de la région
sous-glottique va diminuer le calibre de 75% chez un nouveau-né,
50% chez un enfant de 3 à 4 ans (15% chez un adulte).
* La fréquence respiratoire est plus rapide à l'état normal chez
l'enfant (40/min chez le nouveau-né, 30/min chez l'enfant).
Diagnostic positif et de gravité :
DIAGNOSTIC POSITIF :
Il est en général très facile, le tableau étant souvent
caractéristique.
* Une bonne inspection de l'enfant permettra de reconnaître les
signes d'obstruction des voies aériennes supérieures,
caractérisées par une bradypnée inspiratoire, c'est-à-dire un
allongement du temps inspiratoire, avec une expiration normale.
* Elle s'accompagne d'un tirage, c'est-à-dire d'une dépression
inspiratoire des parties molles, sous-jacentes à l'obstacle. En
présence d'une dyspnée laryngée, le tirage sera sus-sternal,
sus-claviculaire, intercostal et épigastrique.
* Certains signes orientent d'emblée vers une origine laryngée:
- existence d'un bruit inspiratoire anormal: soit stridor, bruit
de tonalité aigu. soit cornage, bruit de tonalité grave et
plutôt rauque.
- modification de la toux: voix rauque dans les atteintes
sous-glottiques, aboyante dans les atteintes trachéales.
- modification de la voix: voix rauque dans les atteintes
glotto-sous-glottiques. voix étouffée dans les atteintes
supra-glottiques (épiglottite par exemple).
- dysphagie avec hypersialorrhée, dans les atteintes
supra-glottiques.
DIAGNOSTIC DE GRAVITÉ :
Il s'agit d'une étape très importante de l'examen, qui permet
d'apprécier la sévérité du tableau et l'urgence thérapeutique
qui en découle.
Il faudra donc prendre en compte:
* la durée: toute dyspnée laryngée qui dure une heure ou plus
doit être considérée comme sévère, étant donné les risques
d'épuisement de l'enfant.
* l'âge: la dyspnée est d'autant plus mal tolérée que l'enfant
est jeune, étant donné l'étroitesse de la filière respiratoire,
en particulier chez le nouveau-né.
* les signes d'hypoventilation alvéolaire:
- il s'agit essentiellement de la présence de sueurs, d'une
tachycardie, ou d'une élévation de la tension artérielle, qui
sont le témoin d'une hypercapnie.
- l'existence d'une cyanose, traduisant l'hypoxie, est un signe
d'apparition très tardive, et donc très péjoratif. Elle est
souvent précédée d'une pâleur intense.
* des troubles du rythme respiratoire: l'existence d'une
bradypnée extrême et l'apparition de pauses respiratoires ou de
gasps témoignent d'une décompensation sévère.
* de signes d'épuisement:
- à l'extrême, le tableau sera marqué par une fausse
amélioration, liée à l'apparition d'une tachypnée superficielle,
avec disparition du tirage, qui témoigne de l'épuisement de
l'enfant qui n'a plus la force de lutter contre l'obstacle.
- il existe à ce stade d'autres signes d'accompagnement: pâleur,
cyanose, voire troubles de la conscience. La présence d'un ou de
plusieurs de ces signes de gravité impose un traitement urgent
et une surveillance en milieu hospitalier.
Diagnostic différentiel :
Il convient d'éliminer les autres causes de dyspnée de l'enfant.
DYSPNÉE NON OBSTRUCTIVE :
On éliminera facilement les dyspnées d'origine cardiaque ou
métabolique, à la fois sur le contexte et sur l'examen clinique
(tachypnée superficielle).
DYSPNÉE OBSTRUCTIVE EXTRALARYNGEE :
Dyspnée obstructive haute supralaryngée :
Elle constitue le principal diagnostic différentiel, la
sémiologie inspiratoire étant identique au larynx.
Dyspnée obstructive nasale ou rhino-pharyngée
* Elle n'existe que chez le nouveau-né ou chez le nourrisson de
moins de 6 mois, qui ne sait pas respirer par la bouche.
* Le tableau clinique est identique aux dyspnées laryngées, avec
une bradypnée inspiratoire. Au siège de tirage des dyspnées
laryngées, s'associe un tirage plus haut situé, au niveau de la
région sous-mandibulaire.
* Il se différencie également des dyspnées laryngées par
l'amélioration, voire la disparition, des symptômes lorsque
l'enfant pleure, utilisant alors la respiration buccale.
* On peut également constater l'existence d'un bruit
respiratoire différent, sous forme plutôt d'un ronflement et
d'un nasonnement associé.
* Les principales causes sont: la rhinite obstructive,
l'hypertrophie obstructive des végétations adénoïdes, l'atrésie
latérale des choanes, la déviation des cloisons.
Dyspnées d'origine buccale ou oro-pharyngée :
* Le tableau est identique aux dyspnées nasales. Il s'y ajoute
une voix étouffée, de type oro-pharyngée, et souvent un
encombrement salivaire, avec un enfant qui bave.
* Les principales causes sont: l'hypertrophie amygdalienne,
certaines amygdalites (MNI en particulier), les macroglossies,
l'abcès rétropharyngé.
Dyspnée bronchique :
Il s'agit typiquement d'une bradypnée expiratoire,
s'accompagnant ou non de bruits respiratoires à type de wheezing
(bruit très aigu), d'une distension thoracique et d'anomalies
auscultatoires (râles sibilants).
Les étiologies principales sont chez l'enfant: bronchiolite,
asthme, corps étranger bronchique.
Dyspnée trachéale :
Il s'agit d'un diagnostic difficile par rapport aux dyspnées
laryngées.
* Typiquement il existe une dyspnée aux deux temps, associée à
une voix claire et une toux aboyante.
* Mais la dyspnée peut ne siéger qu'au temps inspiratoire. De
même certaines atteintes sous-glottiques, s'étendant à la
trachée haute, peuvent être trompeuses en donnant des dyspnées
aux deux temps.
* Les principales étiologies sont: les corps étrangers
trachéaux, les dyskinésies trachéales, les sténoses trachéales,
les tumeurs, les compressions extrinsèques de la trachée.
Diagnostic étiologique :
Il ne peut être mené qu'en l'absence de signes de gravité, ou
après avoir réalisé un traitement de ces derniers.
* L'interrogatoire des parents est fondamental, permettant de
préciser les antécédents personnels et familiaux, médicaux et
chirurgicaux et surtout l'histoire clinique (date d'apparition,
évolution, présence de signes d'accompagnement).
* L'examen clinique devra être prudent, en particulier l'examen
à l'abaisse-langue. De même il faudra se garder d'imposer le
décubitus dorsal à un enfant porteur d'une dyspnée, et se tenant
en position assise ou penché en avant.
* Le seul examen clinique est le plus souvent suffisant, le
diagnostic le plus fréquent étant les laryngites aiguës chez
l'enfant de plus de 6 mois. Le problème se posera différemment
chez un enfant de moins de 6 mois où il conviendra de réaliser
un bilan plus approfondi, et en particulier une fibroscopie
laryngée à la recherche d'autres causes.
ETIOLOGIES CHEZ LE NOUVEAU-NÉ :
Stridor laryngé congénital essentiel ou laryngomalacie :
Il s'agit d'une affection extrêmement fréquente, qui se
manifeste dans la première semaine de vie.
* La physiopathologie reste inconnue, mais il est probable qu'il
s'agit d'une immaturité neuro-musculaire de l'appareil
suspenseur du larynx.
* La symptomatologie se limite le plus souvent à un stridor
isolé, se manifestant de manière permanente ou intermittente,
exacerbé par les cris et les pleurs. Les symptômes disparaissent
spontanément à la fin de la première année de la vie.
* Cependant il existe certaines formes sévères (10 à 15%) où
s'associent au stridor une dyspnée laryngée plus ou moins
importante et des difficultés d'alimentation.
* Le diagnostic se fait par laryngoscopie réalisée au
fibroscope. Celle-ci met en évidence une invagination
inspiratoire de la margelle laryngée plus ou moins importante,
et permet d'éliminer d'autres causes.
* Il faut souligner l'association fréquente à un reflux
gastro-œsophagien, qui majore les symptômes.
* En ce qui concerne le traitement, l'abstention est de règle
dans les formes bénignes, en dehors d'une thérapeutique
anti-reflux si nécessaire.
* Dans les formes sévères, on est parfois amené à réaliser des
traitements chirurgicaux, à type de résection de la margelle
laryngée.
Autres causes :
* Paralysie laryngée: le plus souvent d'origine obstétricale, ou
associée à une pathologie neurologique.
* Malformation congénitale du larynx: sténose laryngée, palmure
ou diaphragme laryngé.
* Kyste congénital du larynx: il siège au niveau du vestibule ou
de la vallécule.
ETIOLOGIES CHEZ L'ENFANT DE MOINS DE 6 MOIS :
Angiome sous-glottique :
Bien qu'il s'agisse d'une éventualité rare, c'est la cause la
plus fréquente de dyspnée laryngée dans cette tranche d'âge.
Symptomatologie
L'hémangiome sous-glottique se manifeste après un intervalle
libre de quelques semaines à quelques mois.
Il s'agit typiquement d'un tableau évocateur de laryngite
sous-glottique, chez un enfant âgé de moins de 6 mois.
Il existe constamment une toux rauque orientant vers l'étage
sous-glottique. Un angiome cutané cervical ou facial est associé
dans 50% des cas, qu'il convient donc de rechercher.
L'évolution se fait par poussées entrecoupées de rémissions,
poussées survenant volontiers à l'occasion d'une infection des
voies aériennes supérieures.
Examens complémentaires et évolution
* Une radiographie du larynx de face met en évidence une opacité
sous-glottique.
* La laryngoscopie permet de confirmer le diagnostic, montrant
une tuméfaction sous-glottique, de couleur bleutée, augmentant
de volume lors des cris, de siège le plus souvent
postéro-latéral gauche.
* L'évolution se fait vers la guérison spontanée vers l'âge de
18 mois à 2 ans.
Thérapeutique
Il existe de nombreux moyens thérapeutiques, qui seront
institués en fonction de la symptomatologie clinique.
* L'abstention thérapeutique est la règle dans les formes non ou
peu symptomatiques.
* La corticothérapie par voie orale est de mise lors des
poussées (1mg/kg/j durant 8 jours environ). Elle peut être
parfois nécessaire pour des périodes d'entretien plus ou moins
longues.
* Dans les formes les plus sévères, d'autres traitements peuvent
être envisagés: intubation naso-trachéale durant quelques jours,
laser CO2, embolisation, chirurgie d'exérèse par voie externe,
trachéotomie.
* Il faut tenir compte vis-à-vis de l'ensemble de ces
traitements de l'involution spontanée de l'hémangiome.
Sténose sous-glottique :
* Il peut s'agir de sténose congénitale. Les sténoses très
serrées se manifestent dès la période néonatale. Les
rétrécissements peu ou moyennement serrés peuvent se révéler
plus tardivement, à l'occasion d'un épisode infectieux des voies
aériennes supérieures, sous forme d'une dyspnée laryngée mimant
là encore une laryngite sous-glottique.
* Le diagnostic sera fait par la laryngoscopie.
* Les sténoses postintubation, actuellement plus fréquentes,
sont facilement évoquées devant le contexte.
Autres causes :
Elles sont beaucoup plus rares.
Il peut s'agir de:
- kyste du larynx,
- autres anomalies congénitales du larynx (palmure, diastème).
- paralysie laryngée.
ETIOLOGIES CHEZ L'ENFANT DE PLUS DE 6 MOIS :
Enfant fébrile :
Laryngite sous-glottique
Il s'agit de la cause la plus fréquente des dyspnées laryngées
de l'enfant ainsi que des laryngites.
Il s'agit d'une pathologie à prédominance hivernale, avec une
fréquence maximale entre 1 et 3 ans.
* L'origine est en règle virale: il s'agit le plus souvent de
Myxovirus, plus particulièrement de virus para-influenza type I,
parfois type II ou III. Plus rarement seront en cause les virus
Influenzae type A et B, le virus syncytial respiratoire, les
Adénovirus, les Coxsackies, les Echovirus.
* Typiquement le tableau est progressif, d'installation
nocturne, dans un contexte de rhino-pharyngite banale,
modérément fébrile (38 à 38,5°C), avec un état général bien
conservé.
* Il s'installe une toux rauque, puis une dyspnée
progressivement croissante avec tirage et cornage. La voix est
normale ou rauque.
* Dans la forme typique, le contexte et l'examen clinique
suffisent à poser le diagnostic. La fibroscopie laryngée n'est
pas nécessaire. Elle mettrait en évidence un œdème de la face
inférieure des cordes vocales.
* L'évolution est le plus souvent favorable sous traitement
(corticothérapie).
* Il existe cependant parfois des formes sévères, imposant une
hospitalisation, voire une intubation.
* Les laryngites sous-glottique récidivantes constituent une
éventualité relativement fréquente (10 à 15%), qui impose de
rechercher un facteur favorisant: terrain allergique, reflux
gastro-œsophagien essentiellement. Il conviendra également
d'éliminer des foyers infectieux des voies aéro-digestives
supérieures (adénoïdiens, amygdaliens, sinusiens).
Epiglottite
Il s'agit d'une inflammation d'origine infectieuse touchant
l'étage supra-glottique.
Elle est beaucoup plus rare que la laryngite sous-glottique, et
devrait voir sa fréquence encore diminuer, voire disparaître,
avec la généralisation de la vaccination anti-Haemophilus
influenzae.
L'âge de prédilection se situe vers 3-4 ans (avec des extrêmes
de 7 mois à 7 ans).
* Il s'agit d'une affection de type bactérien, le germe
responsable étant Haemophilus de sérotype B.
* Le tableau clinique est d'installation brutale en quelques
heures, chez un enfant en parfaite santé auparavant.
- Il existe d'emblée des signes généraux marqués. fièvre à
39-40°C, altération de l'état général.
- Le début est marqué par l'existence d'une dysphagie
douloureuse avec hypersialorrhée, l'enfant ne pouvant plus
avaler sa salive et bavant.
- Il s'installe ensuite rapidement une dyspnée laryngée sévère
souvent impressionnante par sa rapidité d'installation et son
intensité.
- L'attitude de l'enfant est parfois très évocatrice: enfant en
position assise, penché en avant, bouche ouverte, tête en
hyperextension et refusant la position allongée.
- La toux est en général absente ou claire.
- La voix n'est pas rauque mais étouffée.
* La triade dyspnée laryngée-fièvre élevée-dysphagie douloureuse
suffit à elle seule pour poser le diagnostic ou le faire
suspecter.
* Certains gestes sont contre-indiqués, risquant d'aggraver le
tableau respiratoire voire d'entraîner un arrêt
cardio-respiratoire:
- allonger l'enfant.
- examiner le pharynx à l'abaisse-langue.
- demander des radiographies.
* La fibroscopie laryngée devant un tableau typique est inutile.
Elle sera réalisée éventuellement en milieu hospitalier avec une
équipe susceptible de réaliser une intubation en urgence. Elle
montre l'existence d'un œdème très congestif de l'ensemble de la
margelle laryngée.
* Dès le diagnostic suspecté, un transfert médicalisé vers un
centre hospitalier s'impose, le plus rapidement possible.
Laryngite striduleuse ou spasmodique
Le contexte est à peu près similaire aux laryngites
sous-glottiques (rhino-pharyngite, enfant de 3 ans environ).
* La symptomatologie est volontiers nocturne, apparaissant de
façon brutale, sous forme de quintes de toux rauques, suivies
d'un accès de dyspnée laryngée avec parfois apnée, puis reprise
inspiratoire bruyante.
- Ces accès durent souvent quelques minutes, et peuvent se
répéter au cours de la même nuit, voire les nuits suivantes.
- La respiration entre les accès est parfaitement normale.
* Ce tableau peut néanmoins évoluer vers une véritable laryngite
sous-glottique dyspnéisante.
Laryngo-trachéo-bronchite bactérienne
Il s'agit d'une infection rare mais grave, susceptible de mettre
en jeu le pronostic vital.
* Elle est plus fréquente en hiver.
* Elle est d'origine bactérienne, le germe le plus fréquemment
en cause étant le staphylocoque doré. Plus rarement il s'agit
d'Haemophilus influenzae.
* Le tableau s'installe de façon progressive et associe les
symptômes du larynx et de l'arbre trachéo-bronchique avec une
dyspnée à composante mixte, inspiratoire et expiratoire.
* Il existe une altération de l'état général important, avec une
fièvre élevée à 39-40°C, une asthénie importante, et un teint
gris.
* L'auscultation pulmonaire peut retrouver des râles dans les
deux champs pulmonaires.
* Le diagnostic est souvent confirmé par la fibroscopie, qui met
en évidence un aspect souvent typique de laryngite
sous-glottique, auquel s'associent une inflammation de l'arbre
bronchique et la présence de sécrétions purulentes et épaisses,
voire de fausses membranes adhérentes, au niveau de l'ensemble
de l'arbre trachéo-bronchique, générant un rétrécissement de
l'ensemble de l'arbre respiratoire.
Laryngites spécifiques
* Laryngite diphtérique ou croup:
- depuis la vaccination obligatoire, elle est devenue
exceptionnelle en France.
- elle sera évoquée lorsque la laryngite s'associe à des fausses
membranes pharyngées.
* Laryngite morbilleuse: la rougeole peut s'accompagner dans
certains cas de laryngite. On distingue deux formes:
- la laryngite précoce contemporaine de la phase d'invasion ou
d'éruption.
- la laryngite tardive, survenant au décours de l'éruption,
souvent de mauvais pronostic.
Enfant non fébrile :
Corps étranger laryngé
* Le diagnostic est facile lorsque l'entourage a assisté au
syndrome de pénétration: l'enfant en bonne santé est en train de
jouer avec un objet dans la bouche, ou de manger. Il existe un
brusque accès de suffocation, avec des quintes de toux
entrecoupées d'apnée et de cyanose.
* Le tableau clinique s'améliore ensuite, lorsque le corps
étranger s'enclave. Le corps étranger laryngé est rare.
* Lorsqu'il est totalement obstructif, il conduit à un état
d'asphyxie rapidement mortel. Le plus souvent il s'agit d'un
corps étranger plat, s'enclavant dans le sens antéro-postérieur.
* Le tableau clinique est marqué par une dyspnée laryngée plus
ou moins sévère, permanente ou non, s'accompagnant volontiers
d'un bruit respiratoire sous forme de stridor, et parfois d'une
dysphonie, la symptomatologie répondant mal à la
corticothérapie.
* Le contexte évocateur, l'absence de fièvre, l'absence de
réponse au traitement médical conduisent souvent à pratiquer une
fibroscopie laryngée qui confirme le diagnostic et permet
l'extraction de ce corps étranger.
Autres causes plus rares
* Brûlures du larynx:
- elles surviennent soit lors d'ingestion de liquide bouillant
(attention au biberon de lait chauffé au micro-ondes), soit lors
d'ingestion accidentelle de caustique.
- le tableau clinique est évocateur: notion d'ingestion par
l'interrogatoire des parents, brûlures associées (lèvres, cavité
buccale, oro-pharynx), dysphagie associée.
- un bilan complet (laryngoscopie, œsogastroscopie) et une
surveillance en milieu hospitalier s'imposent.
- le traitement repose sur la corticothérapie.
* OEdème laryngé allergique:
- il s'agit d'un tableau de dyspnée laryngée d'apparition et
d'aggravation rapide, soit par accident allergique, soit après
piqûre d'insecte (guêpe ou abeille). Le tableau clinique est
souvent sévère, imposant un traitement.
- il peut s'agit exceptionnellement d'un œdème
angio-neurotonique héréditaire se traduisant par des accès
d'œdème laryngé récidivant. Il s'agit d'une affection
héréditaire liée à un déficit en inhibiteurs de la fraction C1
du complément.
- le traitement repose sur l'injection sous-cutanée d'adrénaline
(0,1 à 0,3ml d'adrénaline au 1/1.000). Il existe en cas d'œdème
angio-neurotonique un traitement préventif qui repose sur
l'androgénothérapie (Danazol*).
* Traumatisme laryngé:
- il s'agit de lésions externes consécutives à un traumatisme
cervical (accident de la voie publique, accident de sport) qui
imposeront un bilan clinique, à la recherche en particulier d'un
emphysème cervical. Il convient de pratiquer un bilan
radiologique (scanner) et endoscopique (laryngoscopie et
éventuellement trachéo-bronchoscopie), qui permettront de guider
le traitement.
- Il peut également s'agir de traumatisme interne iatrogène, par
des lésions d'intubation (granulome, ankylose
crico-aryténoïdienne, sténose).
- Le traitement est souvent médical en première intention,
chirurgical dans certains cas rebelles.
* Papillomatose laryngée:
- il s'agit d'une affection rare, pouvant survenir dès la
naissance, d'origine virale (Papovavirus).
- la laryngoscopie permet de faire le diagnostic, en mettant en
évidence des touffes papillomateuses blanchâtres ou rosées,
siégeant en n'importe quel point du larynx.
- le traitement repose essentiellement sur des exérèses
itératives à la pince ou au laser.
Au total :
* Il faut retenir que la laryngite sous-glottique constitue la
principale étiologie des dyspnées laryngées de l'enfant de plus
de 6 mois.
* Chez l'enfant de moins de 6 mois et le nouveau-né, une dyspnée
laryngée nécessite un bilan plus complet, et en particulier une
fibroscopie laryngée afin de déterminer l'étiologie (les plus
fréquentes étant l'hémangiome sous-glottique et la
laryngomalacie).
Conduite à tenir en situation d'urgence :
TRAITEMENTS NON SPECIFIQUES :
A domicile :
Le traitement en urgence repose sur la corticothérapie, qui sera
effectuée d'emblée par voie parentérale, sous forme d'une
injection IM ou IV de dexaméthasone à la posologie de 0,5 à
1mg/kg/j, ou de méthylprednisolone à 2mg/kg/j.
- Si la dyspnée persiste au bout de 30 minutes, on peut
renouveler l'injection.
- Si la dyspnée régresse, l'enfant sera maintenu à domicile.
- Si au contraire la dyspnée persiste ou s'aggrave, l'enfant
sera dirigé en milieu hospitalier.
- On peut également associer des "petits" moyens, en particulier
en humidifiant l'atmosphère.
En milieu hospitalier :
On associera volontiers à la corticothérapie parentérale des
aérosols comportant une association de corticoïdes (1 à 2
ampoules) et d'adrénaline (3 à 5 ampoules au 1/1.000), à
administrer durant 5 à 10 minutes au masque.
L'enfant sera surveillé, en particulier avec un cardioscope,
étant donné les risques de tachycardie.
Il conviendra également de garder l'enfant sous surveillance
clinique, un effet rebond pouvant survenir au décours de
l'aérosol.
Dans certaines formes très sévères, une intubation peut s'avérer
nécessaire.
TRAITEMENTS SPECIFIQUES :
Aux traitements vus dans le chapitre précédent peuvent
s'associer des traitements plus spécifiques en fonction de
l'étiologie.
Laryngite sous-glottique :
* Dans les formes habituelles, la corticothérapie parentérale
associée ou non aux aérosols parvient à améliorer le tableau
respiratoire de l'enfant.
* Un relais per os durant 4 ou 5 jours sera pris à la dose de
1mg/kg/j de prednisolone ou équivalent (10 gouttes/kg/j de
bétaméthasone).
* L'antibiothérapie n'est pas systématique étant donné
l'étiologie virale. Elle sera éventuellement prescrite s'il
existe d'autres anomalies faisant craindre une surinfection.
Epiglottite :
L'épiglottite constitue une urgence thérapeutique absolue,
nécessitant un transfert en milieu hospitalier, dans une unité
de réanimation pédiatrique.
* Il conviendra de laisser l'enfant dans la position qu'il a
spontanément adoptée (sans chercher à l'allonger).
* Le traitement prioritaire est l'intubation naso-trachéale,
constamment nécessaire. Cette intubation sera réalisée soit par
un oto-rhino-laryngologiste expérimenté, soit par un
anesthésiste réanimateur pédiatrique, en ayant à disposition le
matériel nécessaire pour une intubation et une trachéotomie. On
aura recours à une sonde d'intubation de calibre inférieur à la
théorique pour l'âge.
* Une fois cette opération terminée, un bilan complet sera
réalisé, à la recherche d'autres localisations de l'infection à
Haemophilus: méningite, pneumopathie, arthrite, otite.
* On réalisera des hémocultures, une recherche d'antigènes
solubles (dans le sang, les urines et éventuellement le LCR),
une ponction lombaire si nécessaire. On réalisera également une
radiographie thoracique à la recherche d'une pneumopathie.
* L'extubation est réalisée en général vers la 72e heure,
précédée d'un contrôle fibroscopique du larynx.
* Le traitement repose essentiellement sur l'antibiothérapie par
voie parentérale, à l'aide d'une céphalosporine de 3egénération,
type céfotaxime (Claforan*, 150 à 200mg/kg/j en 3 injections).
L'antibiothérapie sera poursuivie durant une quinzaine de jours,
un relais oral par amoxicilline-acide clavulanique sera pris en
général après 7 jours de traitement parentéral.
* La corticothérapie ne constitue qu'un traitement d'appoint
initial dont l'efficacité est discutée.
* Le traitement repose essentiellement sur la prévention par le
biais de la vaccination anti-Haemophilus.
Laryngo-trachéo-bronchite bactérienne :
Le traitement constitue là encore une urgence thérapeutique et
justifie souvent d'un séjour en réanimation pédiatrique.
* Selon la sévérité du tableau clinique, l'enfant bénéficiera
d'une intubation et d'une ventilation. On réalise parfois des
bronchoscopies avec toilette trachéo-bronchique.
* Le traitement repose là encore sur l'antibiothérapie
parentérale, orientée vers le staphylocoque doré et Haemophilus
influenzae. On utilisera souvent des associations de type
céfotaxime-fosfomycine.
* L'extubation se déroule après contrôle fibroscopique de
l'arbre laryngo-trachéo-bronchique.
Laryngite striduleuse :
Le traitement est symptomatique.
* On réalise une humidification de l'atmosphère (mettre l'enfant
dans une salle de bains en faisant couler le robinet d'eau
chaude). On réalisera également le traitement de la
rhino-pharyngite associée.
* La corticothérapie, souvent prescrite, n'a pas apporté la
preuve de son efficacité.