L'asthme ne doit plus être
considéré comme une maladie comportant une étiologie précise
mais plutôt comme un syndrome répondant à des causes bien
distinctes. C'est la première maladie chronique de l'enfant
puisqu'il touche environ 10% des enfants. L'efficacité et la
bonne tolérance des traitements actuellement disponibles
permettent d'apporter à l'enfant asthmatique une excellente
qualité de vie, comparable à celle des enfants non asthmatiques.
Ces bons résultats rendent d'autant plus dommageables les
retards diagnostiques ou les insuffisances thérapeutiques encore
trop fréquemment observés.
PHYSIOPATHOLOGIE :
Définition :
Il n'y a pas de "définition" satisfaisante de l'asthme car elle
doit prendre en compte plusieurs phénomènes intriqués mais non
superposables: inflammation, hyperréactivité bronchique, terrain
prédisposé, obstruction variable des débits aériens.
La définition la plus récente (1995) tente d'allier tous ces
paramètres, tout en mettant l'accent sur l'importance des
phénomènes inflammatoires:
* l'asthme est une maladie chronique inflammatoire des voies
aériennes dans laquelle certaines cellules jouent un rôle
particulier (mastocytes, éosinophiles, lymphocytes T).
* cette inflammation occasionne chez des sujets prédisposés des
épisodes de sibilance.
* ces symptômes s'accompagnent d'une limitation variable des
débits aériens.
* l'inflammation entraîne également une augmentation conjointe
de la réactivité des voies aériennes à de nombreux agents.
Déclenchement d'une crise d'asthme :
Le déclenchement d'une crise d'asthme est souvent
plurifactoriel.
* Les allergènes occupent la première place chez l'enfant:
- ils entraînent une dégranulation des mastocytes bronchiques en
se liant aux IgE fixées à la surface de ces cellules.
- les médiateurs libérés vont provoquer un bronchospasme et
initier une réponse inflammatoire.
* L'exercice déclenche un bronchospasme chez 85% des enfants
asthmatiques. L'inhalation buccale d'air froid et sec joue un
rôle important dans son déclenchement.
* Les infections, surtout virales, sont reconnues non seulement
comme facteur déclenchant mais aussi comme facteur important
d'une hyperréactivité bronchique durable, notamment chez le
nourrisson.
* Les polluants atmosphériques peuvent favoriser et augmenter
une hyperréactivité bronchique.
* L'aspirine peut être retrouvée (rarement) à l'origine d'un
asthme de l'enfant.
Crise d'asthme usuelle :
PRODROMES :
Ils sont fréquents (de quelques heures à 2 jours avant la crise)
et leur valeur d'alarme est capitale:
- rhinorrhée.
- toux.
Véritable début de la crise, ils doivent faire instituer ou
renforcer le traitement immédiatement.
CLINIQUE :
* La dyspnée est sifflante et prédomine à l'expiration. Chez le
petit enfant, on observe plus volontiers une polypnée que la
classique bradypnée expiratoire.
* La toux est fréquente:
- sèche initialement puis productrice.
- ramenant une expectoration hypervisqueuse.
* A l'examen:
- l'enfant est angoissé, souvent assis, penché en avant. Le
thorax est distendu, hypersonore.
- l'auscultation est caractéristique avec des râles sibilants
bilatéraux.
- la température est normale ou discrètement élevée. Une fièvre
élevée doit faire rechercher une cause infectieuse.
- la palpation doit systématiquement rechercher la crépitation
neigeuse d'un emphysème sous-cutané dans les zones sus- et
sous-claviculaires.
- les signes faisant craindre une décompensation respiratoire
sont systématiquement recherchés (voir infra).
* Chez le nourrisson, l'aspect est le plus souvent celui d'une
bronchiolite aiguë, virale (voir question).
EXAMENS COMPLEMENTAIRES :
Ils sont d'intérêt limité au cours de la crise.
* La NFS est normale ou montre une discrète hyperleucocytose.
* La radiographie de thorax ne doit pas être demandée à chaque
crise:
- elle est utile devant une première crise d'asthme, afin
d'éliminer une autre cause éventuelle de dyspnée obstructive.
- elle s'impose en cas de crise sévère nécessitant
l'hospitalisation ou en cas de signes cliniques en foyers ou
d'évolution inhabituelle sous traitement.
- elle montre une distension globale du thorax avec hyperclarté
des deux champs pulmonaires.
- elle dépiste une infection associée ou une complication.
ÉVOLUTION :
Spontanément, la crise cède en quelques heures. Son évolution
est écourtée par un traitement approprié.
La crise peut rester unique ou au contraire se répéter dans les
jours qui suivent: on parle alors d'attaque d'asthme.
Bilan post-critique, diagnostic de l'asthme :
BILAN CLINIQUE :
Ce bilan est d'importance fondamentale.
* Il s'efforce de retracer l'histoire de l'asthme:
- fréquence et durée des crises.
- prédominance saisonnière.
- traitements antérieurs et leur efficacité.
- nombre d'hospitalisations.
- prodromes.
* Les facteurs déclenchants sont systématiquement recherchés:
- allergènes.
- effort physique.
- infections virales.
- changement de lieu, d'activité ou de climat.
- contexte psychologique.
- tabagisme passif.
- alimentation et médicaments.
* Les antécédents atopiques familiaux et personnels sont
précisés.
* Les conséquences de l'asthme sont évaluées:
- restriction des activités physiques de l'enfant.
- suivi scolaire.
- déformation thoracique.
- troubles psycho-affectifs.
- conflits familiaux.
- qualité du sommeil.
* Enfin, les possibilités d'une bonne coopération avec l'enfant
et sa famille sont évaluées:
- compréhension.
- observance thérapeutique.
- situation socio-économique.
* Chez le nourrisson, sont recherchées les notions de:
- prématurité.
- ventilation néonatale prolongée.
- troubles du transit.
- toux aux liquides.
- stridor.
- accès de cyanose.
DIAGNOSTIC POSITIF :
Chez le grand enfant :
Le diagnostic d'asthme est le plus souvent facile, notamment
chez le grand enfant.
La présence d'un terrain atopique familial et/ou personnel, une
rhinite ou conjonctivite allergiques associées, des antécédents
de dermatite atopique, des IgE totales élevées et la mise en
évidence d'allergie(s) confortent le diagnostic.
Chez le nourrisson :
Chez le nourrisson, le diagnostic est plus difficile, car tous
ces éléments peuvent manquer.
* Les infections virales jouent un rôle essentiel dans le
déclenchement des épisodes de sibilance à cette période de la
vie.
* "L'asthme du nourrisson" est actuellement défini comme la
répétition d'au moins 3 épisodes de sibilance avant l'âge de 2
ans, quels que soient l'âge de début et les causes apparemment
déclenchantes.
* Cette définition reste toutefois arbitraire et ne permet pas
de distinguer les nourrissons qui cesseront rapidement de
présenter des épisodes de sibilance (presque les deux tiers
d'entre eux), de ceux qui continueront à avoir des accès de
sibilance à l'âge scolaire.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
De nombreuses affections s'expriment chez l'enfant par une toux
chronique et/ou une dyspnée obstructive, pouvant ainsi simuler
un asthme.
Principales étiologies :
Les principales étiologies à rechercher sont:
* des obstacles:
- corps étrangers.
- sténose trachéale ou bronchique.
- arcs vasculaires anormaux.
- adénopathies.
- malformations (kyste bronchogénique de la carène).
* une trachéo-bronchomalacie.
* un reflux gastro-œsophagien.
* une mucoviscidose.
* des cardiopathies congénitales avec shunt gauche-droite.
* des troubles de la déglutition.
* une fistule œso-trachéale.
* des séquelles de pneumopathie virale.
* des séquelles de dysplasie broncho-pulmonaire.
* un syndrome d'immobilité ciliaire.
Examens à pratiquer :
Ces étiologies peuvent être le plus souvent éliminées:
* par un interrogatoire précis et un examen clinique attentif
recherchant:
- une hypotrophie.
- un stridor.
- une cyanose.
- un hippocratisme digital.
* ainsi que par des examens complémentaires systématiques:
- radiographie de thorax face (inspiration et expiration) et
profil.
- TOGD.
- test de la sueur.
- dosage des immunoglobulines sériques.
DIAGNOSTIC FONCTIONNEL RESPIRATOIRE :
* L'exploration fonctionnelle respiratoire (EFR) est réalisée:
- soit dans un but diagnostique: affirmer la réversibilité d'un
syndrome obstructif ou au contraire mettre en évidence une
hyperréactivité bronchique par un test de provocation non
spécifique (métacholine).
- soit dans un but évolutif chez un asthmatique connu.
* La mesure du débit expiratoire de pointe (DEP ou peak flow) à
l'aide d'un débitmètre permet également d'objectiver une
obstruction bronchique et sa réversibilité après
bronchodilatateur.
- Sans remplacer les explorations fonctionnelles respiratoires,
cette mesure peut être réalisée à domicile et facilite la prise
en charge de la maladie asthmatique par le patient lui-même.
- Cette mesure peut être effectuée correctement à partir de 6
ans.
* Des tests de provocation spécifiques, bronchique ou nasal,
peuvent être pratiqués afin d'affirmer la responsabilité d'un
allergène suspecté sur l'histoire clinique, les RAST et les
tests cutanés.
AU TOTAL :
Le bilan initial va permettre de classer l'asthme sur une
échelle de sévérité, comportant actuellement 4 niveaux:
intermittent, persistant léger, persistant modéré, persistant
sévère.
Les éléments les plus discriminants pour la classification sont:
fréquence des symptômes, activité physique, qualité des nuits,
fonctions respiratoires.
Complications de l'asthme :
TROUBLES DE VENTILATION :
Ils témoignent de l'hypersécrétion bronchique et de la stase
dans les voies aériennes.
Ils peuvent se traduire par une atélectasie ou un emphysème
obstructif et sont le plus souvent réversibles sous
bronchodilatateurs et kinésithérapie.
Ils peuvent être liés à la présence de moules bronchiques
obstruant une bronche lobaire.
L'analyse cytologique du bouchon révèle une richesse en
éosinophiles et en cristaux de Charcot-Leyden. Ils doivent faire
éliminer une aspergillose broncho-pulmonaire allergique.
FOYERS RECIDIVANTS :
Ils sont plus fréquents avant 6 ans et siègent surtout aux
bases. Ils peuvent révéler un asthme jusque-là inconnu.
Les foyers du lobe moyen occupent une place particulière du fait
de leur fréquence dans l'asthme. A l'inverse, l'asthme est
reconnu comme responsable dans 38% des foyers du lobe moyen,
mucoviscidose et corps étrangers exclus.
PNEUMOMEDIASTIN :
* Un pneumomédiastin peut survenir au cours de certaines crises
d'asthme, par rupture alvéolaire.
- L'air peut ainsi passer dans les tissus interstitiels
périvasculaires et gagner le hile et le médiastin.
- Une compression des éléments médiastinaux survient rarement
car le plus souvent l'air diffuse dans les espaces sous-cutanés
cervicaux et thoraciques antérieurs.
- Le pneumomédiastin est présent dans 1 à 5% des crises et
survient rarement avant 2 ans.
* Il doit être suspecté devant une détérioration brutale de
l'état respiratoire ou des douleurs rétrosternales aggravées par
les mouvements respiratoires.
* Il est affirmé par la perception d'une crépitation neigeuse,
douloureuse.
* Sur les clichés pulmonaires:
- il se traduit par des hyperclartés linéaires, verticales,
bordant les contours cardiaques.
- la plèvre médiastinale, refoulée en dehors, se traduit par une
opacité linéaire, séparée du cœur par la bande hyperclaire.
- de profil, il "silhouette" les éléments du médiastin.
* Le traitement est celui de la crise d'asthme; toutefois un
pneumomédiastin impose l'hospitalisation du fait du risque de
pneumothorax.
PNEUMOTHORAX :
Un pneumothorax est le plus souvent la conséquence d'un
pneumomédiastin, l'air ayant gagné à partir du hile la plèvre
viscérale.
Il peut également être secondaire à la rupture d'une bulle
pleurale.
Il doit être évacué s'il est important ou bien sûr suffocant.
CRISE D'ASTHME SEVERE :
Anciennement appelée "état de mal", il peut s'agir soit de la
persistance d'une crise malgré un traitement adapté, soit d'une
crise d'emblée préoccupante.
Facteurs de risque de décompensation respiratoire :
Certains enfants sont à haut risque de décompensation
respiratoire:
- âge inférieur à 4 ans.
- variations circadiennes du débit expiratoire de pointe
supérieures à 30%.
- antécédents d'hospitalisation dans un centre de soins
intensifs pour crise d'asthme, à fortiori si nécessité de
ventilation mécanique.
- deux hospitalisations ou plus pour asthme dans l'année
précédente.
- trois consultations ou plus en urgence pour asthme dans
l'année précédente.
- hospitalisation ou consultation dans un centre d'urgence pour
asthme dans le mois précédent.
- corticodépendance de l'asthme ou sevrage récent de
corticoïdes.
- antécédents de syncope ou d'hypoxie liées à l'asthme.
- troubles psychiatriques ou psychosociaux.
Signes cliniques d'alarme :
Les signes cliniques d'alarme sont:
- diminution ou abolition du murmure vésiculaire: thorax bloqué
en inspiration.
- mise en jeu des muscles respiratoires accessoires.
- polypnée supérieure à 30/min (enfants de plus de 2 ans) ou
supérieure à 40/min (enfants de moins de 2 ans).
- tachycardie supérieure à 140/min (ne contre-indiquant pas
l'emploi des bêta-2-adrénergiques).
- mauvaise réponse aux bronchodilatateurs.
- cyanose.
- sueurs.
- agitation.
- d'autres signes comme troubles de conscience, apnées, troubles
hémodynamiques sont tardifs et imposent une assistance
ventilatoire sans délai.
Examens complémentaires :
* La gazométrie artérielle (ou capillaire artérialisée) est
indispensable.
- Une normocapnie constitue déjà un signe d'alarme car elle
témoigne d'une obstruction quasi complète des voies aériennes.
- L'hypoxie est constante, mais de moindre valeur d'alarme que
la capnie.
- pH et bicarbonates évaluent l'importance de l'acidose et une
éventuelle composante métabolique associée.
* Les autres examens complémentaires ne doivent pas retarder la
mise en route de traitement:
- radiographie du thorax à la recherche d'une complication.
- NFS.
- ionogramme sanguin à la recherche de troubles de l'hydratation
ou d'une hypokaliémie.
PARALYSIES PSEUDO-POLIOMYELITIQUES :
De pathogénie mystérieuse, cette complication est rare et n'est
décrite qu'au cours de crises sévères.
La paralysie se constitue entre le 5e et le 10e jour et ne
touche le plus souvent qu'un membre.
Il n'y a en règle pas de régression.
TOUX SYNCOPALE :
Elle se définit comme une syncope survenant après un paroxysme
de toux sans aura, sans convulsion.
Elle serait liée à une augmentation brutale de la pression
intrathoracique et une diminution de la vascularisation
cérébrale.
La toux cessant avec la syncope, les fonctions
cardio-vasculaires reviennent à la normale et la résolution de
l'épisode est spontanée en quelques secondes ou minutes.
Traitement de l'asthme :
TRAITEMENT DE LA CRISE :
Le traitement de la crise usuelle et de la crise sévère est
schématisé sur les arbres décisionnels. La majorité des crises
d'asthme, surtout prises à leur début (dès les prodromes),
répondent parfaitement aux bronchodilatateurs.
TRAITEMENT DE FOND A PROPOSER APRÈS LA CRISE :
Un asthmatique présentant plus d'une crise tous les 15 jours ou
gardant des EFR perturbées entre deux crises est justiciable
d'un traitement continu.
Bronchodilatateurs :
Bêta-2-adrénergiques: les bêta-2-stimulants occupent une place
primordiale dans le traitement de l'asthme.
Bêta-2-stimulants oraux :
(Ventoline*,cp et sirop, Bricanyl*,cp.)
* Leurs indications sont rares du fait de la possibilité de
traitements inhalés avec chambres d'inhalation dès le plus jeune
âge.
* Ils exigent 3 prises par jour et la posologie usuelle se situe
entre 0,15 et 0,3mg/kg/j.
* Les bêta-2 oraux longue action (Bricanyl LP*, Oxéol*)
utilisables chez le grand enfant ne nécessitent que 2 prises par
jour.
* Les effets secondaires (tremblements, nausées) sont rares chez
l'enfant, et ne sont observés qu'en début de traitement. Une
tachycardie peut s'observer à fortes doses.
C'est théoriquement la meilleure voie car le produit actif est
délivré directement, à faibles doses, dans l'arbre bronchique,
et le passage systémique est très faible.
* Plusieurs systèmes d'inhalation sont actuellement disponibles
et leurs indications sont fonction de l'âge de l'enfant et de
l'utilisation en crise ou en traitement de fond.
* Les aérosols doseurs, ou "sprays", nécessitent une technique
d'inhalation parfaite, ce qui ne peut être obtenu avant 6-8 ans.
- Dans les meilleures conditions techniques, environ 10% du
produit aérolisé gagne les voies aériennes.
- Un nouveau type d'aérosol-doseur (Autohaler*, Maxair*) permet
le déclenchement de la bouffée par l'inspiration profonde (sans
l'aide de la main) et peut donc être proposé dès 5 ans.
- Les doses recommandées sont de 2 bouffées par prise.
- Récemment, ont été mis au point des bêta-2-adrénergiques
inhalés longue action (salmétérol (Sérévent*), formotérol
(Foradil*)), permettant de réduire à 2 le nombre de prises
quotidiennes et une meilleure qualité de vie de l'asthmatique
(sport, sommeil).
* Les chambres d'inhalation de 750ml (Volumatic*, Nebuhaler*,
Aeroscopic*) sont des systèmes interposés entre le "spray" et la
bouche de l'enfant.
- Elles suppriment toute nécessité de coordination et rendent
ainsi l'utilisation des "sprays" possible dès 3 ans.
- De plus, elles augmentent le pourcentage de déposition dans
les voies aériennes (jusqu'à 20%).
- L'enfant doit simplement effectuer 5 à 6 respirations lentes
dans la chambre après avoir pressé le "spray".
- Les posologies sont les mêmes que pour les "sprays" simples,
mais peuvent être augmentées selon l'état clinique et
fonctionnel.
- Certaines chambres de volume plus petit et avec masque facial
(Aerochamber*, Babyhaler*, NESspacer*) sont destinées au
nourrisson.
* Les inhalateurs de poudre multidoses (Ventodisk*, Bricanyl
Turbuhaler*) sont déclenchés par l'inhalation active de
l'enfant.
- Les valeurs de débit inspiratoire nécessaires à l'efficacité
optimale de ces systèmes (± 30l/min) peuvent être obtenues dès
4-5 ans en l'absence de gêne respiratoire, et après 6 ans en cas
de gêne respiratoire.
- La posologie est d'une dose par prise.
Bêta-2 nébulisés :
(Bricanyl*, Ventoline*.)
* Les nébulisations n'exigent aucune coopération de la part de
l'enfant et sont donc proposables chez le jeune nourrisson.
* Elles peuvent être prescrites au long cours à domicile à
raison de 0,03ml/kg (solution à 0,5%), 3 à 4 fois par jour, mais
sont en règle réservées aux asthmes sévères.
* Chez l'enfant de moins de 1 an, il faut auparavant s'assurer
que les nébulisations effectuées avec l'air n'entraînent pas de
désaturation paradoxale, ce qui constituerait une
contre-indication.
Théophyllines retard :
Depuis quelques années, la place des théophyllines retard
(Euphilline*, Armophilline*) a notablement diminué dans le
traitement de l'asthme chronique de l'enfant.
* Leur effet est avant tout bronchodilatateur (même si un effet
anti-inflammatoire leur a été attribué).
- Elles peuvent cependant représenter un complément
thérapeutique très utile.
- Elles ont l'avantage de procurer des taux sanguins stables
avec 2 prises par jour.
* L'augmentation des prises doit se faire progressivement :
- la posologie initiale est de 12 à 14mg/kg/j sans dépasser
300mg/j.
- puis elle passe à 16mg/kg/j au bout de 3 jours chez les
enfants de moins de 9 ans.
- pour les enfants de moins de 9 ans, la posologie est maintenue
à 16mg/kg/j, sans dépasser 400mg/j.
- une théophyllinémie est pratiquée 3 jours plus tard, 5 heures
après la prise du matin.
- le taux sérique doit être compris entre 10 et 20µg/ml. La
posologie est adaptée en fonction du résultat.
- une fois les doses correctes obtenues, un contrôle tous les 3
à 6 mois semble suffisant.
* Un certain nombre de médicaments modifient le métabolisme de
la théophylline et doivent donc être évités: érythromycine,
troléandomycine, cimétidine, ciprofloxacine, furosémide,
nifédipine augmentent la théophyllinémie. Par contre, le
phénobarbital et la rifampicine diminuent la théophyllinémie.
* Les effets indésirables (irritabilité, céphalées, insomnie,
nausées, vomissements) ne surviennent que chez 2% des enfants
dont la théophyllinémie est inférieure à 20µg/ml.
- Par contre, ils surviennent dans 30% des cas dès que la
théophyllinémie dépasse ce seuil.
- Le nourrisson, surtout de moins de 1 an, est à haut risque
d'intoxication du fait d'un métabolisme très ralenti de la
théophylline à cet âge.
* Les signes de surdosage associent chez l'enfant: agitation,
logorrhée, confusion, vomissements, tachycardie, troubles du
rythme, convulsions, hypotension, troubles respiratoires. Une
prise en charge en milieu spécialisé est indispensable.
* Le fait que la théophylline (même aux doses usuelles) entraîne
des difficultés intellectuelles, des troubles du comportement
scolaire et des difficultés d'apprentissage ne semble pas
confirmé.
Atropiniques de synthèse :
(Atrovent*.)
Un intérêt renouvelé pour les anticholinergiques est lié au
développement d'atropiniques de synthèse utilisables par voie
locale et dénués d'effets secondaires.
* L'Atrovent* est disponible en "spray" ou en nébulisation.
* Des études complémentaires sont encore nécessaires pour
préciser sa stratégie d'utilisation chez l'enfant.
* Son intérêt paraît notamment important en association aux
bêta-2-mimétiques (en nébulisation) dans la crise d'asthme
sévère.
Glucocorticoïdes :
Les corticoïdes inhalés (CI) représentent désormais l'arme
essentielle du traitement au long cours de l'asthme modéré ou
sévère (Bécotide*, Pulmicort*, Bronilide*, Flixotide*, Prolair*,
Autohaler*, Spir*).
La corticothérapie inhalée doit toujours être préférée à une
corticothérapie générale qui ne se conçoit qu'en cas d'échec ou
d'insuffisance des autres traitements antiasthmatiques.
* L'efficacité des CI est démontrée par les améliorations
clinique et fonctionnelle respiratoire, parallèles à une
diminution des lésions inflammatoires bronchiques.
* La tolérance locale est excellente: candidose buccale clinique
et dysphonie sont très rares (1 à 2% des cas). La tolérance
générale des CI est également excellente. Certaines études ont
toutefois noté la possibilité d'effets sur l'axe
corticosurrénalien et sur la croissance, imposant le dogme de
toujours rechercher la dose minimale efficace.
* La posologie classique est de 400 à 500µg/j, mais peut être
augmentée en cas d'instabilité de l'asthme jusqu'à
750-1.500µg/j.
* Une forme nébulisée (budésonide(Pulmicort*)) a été mise au
point pour le nourrisson.
Cromones :
* Le cromoglycate disodique (Lomudal*) est souvent recommandé en
première intention dans l'asthme allergique léger à modéré de
l'enfant (1 à 2 bouffées, 3 à 4 fois par jour).
- Il représente également une bonne prévention de l'asthme
induit par l'exercice.
- Dans les asthmes sévères, il peut constituer un complément
utile, notamment sous forme nébulisée, associé aux
bêta-2-stimulants.
* Le nédocromil de sodium (Tilade*) est également disponible en
"spray" ou en nébulisation. Son utilisation n'est actuellement
pas préconisée chez l'enfant de moins de 12 ans.
* On en rapproche le kétotifène (Zaditen*), indiqué dans la
prévention de l'asthme allergique ou à composante allergique. Il
peut être prescrit dès l'âge de 6 mois (une demi-cuillère mesure
matin et soir) ainsi que chez l'enfant plus grand (1 cuillère
mesure matin et soir après l'âge de 3 ans).
Antagonistes des leucotriènes :
Les leucotriènes sont des médiateurs qui occupent une place
privilégiée dans la physiopathologie de l'asthme du fait de
leurs effets inflammatoires et bronchoconstricteurs.
Des inhibiteurs de leur synthèse ou des antagonistes spécifiques
de leurs récepteurs ont récemment été développés avec un
bénéfice significatif dans l'asthme.
Actuellement, en France, seul le montelukast (Singulair*) est
commercialisé chez l'enfant de plus de 6 ans. Son administration
est orale, en prise quotidienne unique (5mg). Sa place par
rapport aux autres traitements de fond n'est pas encore
parfaitement définie.
Kinésithérapie respiratoire et cahier de surveillance :
* La kinésithérapie respiratoire présente des intérêts
multiples: elle participe à la lutte:
- contre la bronchoconstriction en apprenant à éviter les
inspirations brutales.
- contre l'hypersécrétion bronchique, en favorisant la liberté
des voies aériennes.
- contre les déformations thoraciques.
* Le cahier de surveillance :
- dans ce cahier sont notés l'état clinique, la consommation
médicamenteuse et l'état fonctionnel respiratoire, apprécié par
"peak flow" (voir figure A).
- un cahier bien tenu facilite l'éducation, la surveillance et
le traitement des asthmatiques sévères.
Stratégie :
* A tout âge:
- mesures environnementales: éviter les contacts allergéniques
favorisants (animaux); aménager le lieu de vie (literie
synthétique, pas de moquette ni de tissu au mur, éviter
l'endormissement avec les peluches, nettoyage fréquent de la
chambre); lutter fermement contre le tabagisme parental.
- cahier de surveillance.
- éducation de l'enfant et des parents: l'asthmatique doit
savoir que faire devant un début de crise, et quand recourir à
un médecin. La technique d'inhalation doit être parfaitement
comprise et exécutée.
* Les principes généraux du traitement sont exposés dans la
figure C qui montre le tableau pharmaco-thérapeutique le plus
couramment admis actuellement.
* Asthme intermittent: il ne nécessite pas de traitement de fond
mais simplement un traitement symptomatique au moment des
épisodes dyspnéiques.
* Asthme léger:
- c'est l'indication des cromones.
- les bronchodilatateurs ne sont délivrés qu'en cas de besoin.
* Asthme modéré:
- les cromones peuvent suffire, mais souvent le passage à une
corticothérapie inhalée faible dose (400-500µg/j) est
nécessaire.
- les bronchodilatateurs peuvent n'être délivrés qu'en cas de
besoin.
* Asthme sévère: les corticoïdes inhalés sont nécessaires,
parfois à doses fortes (800-1500µg/j); l'adjonction systématique
de bêta-2 inhalés longue action est souvent bénéfique.
* Cas particulier du nourrisson: le schéma thérapeutique
précédent reste valable. Les thérapeutiques peuvent être
proposées soit sous forme de nébulisations, soit, le plus
souvent, par l'intermédiaire d'une chambre d'inhalation avec
masque facial.
* Le rôle de l'immunothérapie reste discuté. Elle ne s'adresse
en pratique qu'aux enfants de plus de 5 ans, asthmatiques
modérés, et pour lesquels la responsabilité de l'allergène est
prouvée par un test de provocation positif.