Développement psychomoteur de l'enfant
Cours de pédiatrie
Le nouveau né est un être
immature en construction. Il s'agit en effet d'un être
essentiellement végétatif qui dort 20 heures sur 24. Pendant les
premières années de la vie (surtout la 1ère), il va subir une
véritable métamorphose qui va en faire un être de plus en plus
complexe ayant des capacités relationnelles et affectives, et
doué d'une personnalité.
Le développement psychomoteur de l'enfant est un processus
permanent et continu qui dépend de deux facteurs essentiels:
- la maturation organique, neurologique proprement dite.
- l'interaction entre l'enfant et son entourage.
Ainsi, tout trouble du développement psychomoteur de l'enfant
doit faire éliminer une atteinte organique (neurologique ou
autre), puis fera rechercher une pathologie de la relation entre
l'enfant et son environnement, en particulier sa mère.
Winnicott dit qu'"un bébé seul, cela n'existe pas". La mère et
l'enfant forment un tout sur lequel doivent porter l'évaluation
et la thérapeutique. Cela est également valable pour un enfant
plus grand.
Alimentation :
L'alimentation est au cœur de la relation mère-enfant. Les
troubles alimentaires sont fréquents chez l'enfant, et c'est
même la symptomatologie majeure jusqu'à un an.
ANOREXIE DU SECOND SEMESTRE :
Classiquement, le nourrisson est vif, curieux de tout, plutôt
précoce dans son développement psychomoteur.
- Il n'y a pas de cassure de la courbe de poids.
- L'anorexie du second semestre survient entre 5 et 8 mois.
- Elle se présente comme un refus de l'alimentation qui apparaît
soit progressivement, soit brutalement, parfois à l'occasion
d'un changement de régime alimentaire.
Cette attitude de l'enfant entraîne une vive anxiété de la mère
qui se sent atteinte dans sa fonction.
On en distingue deux formes:
* une forme simple, souvent réactionnelle (au sevrage, à la
naissance d'un puîné, à un changement de cadre de vie, de mode
de garde), qui cède avec le changement de comportement de la
mère et l'apaisement de son angoisse.
* une forme grave, avec des vomissements fréquents, un
retentissement sur la courbe de poids, qui nécessite une prise
en charge active de la relation mère-enfant.
VOMISSEMENTS :
Il faut évidemment, comme dans toute manifestation "somatique",
éliminer une atteinte organique avant de parler de vomissements
"fonctionnels".
* Chez le nourrisson, ils sont fréquents, accompagnant une
anorexie. Un facteur déclenchant (changement de cadre de vie,
séparation brutale d'avec la mère) peut être retrouvé.
* Chez l'enfant plus grand:
- ils sont plus rares, avec l'acquisition de l'autonomie
alimentaire.
- une facilité à vomir peut persister, liée à une anxiété
importante.
MÉRYCISME :
Le mérycisme survient au cours du second trimestre.
* Il s'agit d'une régurgitation provoquée des aliments avec
rumination (l'enfant mâchonne alors les aliments avant de les
réavaler).
- Ce trouble a lieu alors que l'enfant est seul.
- Il est alors totalement isolé du monde extérieur, replié, le
regard vide.
* Le mérycisme peut entraîner une dénutrition et une
déshydratation.
* Ce symptôme est en rapport avec une carence maternelle. Cette
privation maternelle est:
- soit effective (enfant en institution).
- soit en rapport avec une dépression maternelle.
- soit en rapport avec une difficulté maternelle à investir
l'enfant.
PICA :
La pica est l'ingestion de substances non comestibles au-delà de
la période normale (entre 4 et 9-10 mois). L'enfant absorbe
alors n'importe quoi (terre, sable, papier...).
Ce symptôme se voit chez des enfants souffrant d'une carence
affective profonde ou présentant de graves troubles du
développement psychique (autisme).
COPROPHAGIE :
L'enfant coprophage mange ses selles.
Symptôme rare, il signe souvent un grave trouble de la relation
à l'autre.
POTOMANIE :
La potomanie se traduit par un besoin impérieux de boire de
grandes quantités de liquide.
Il faut éliminer soigneusement une cause organique (diabète)
avant de parler de potomanie.
COLIQUE IDIOPATHIQUE :
* La colique idiopathique est une maladie de la sphère digestive
des 3 premiers mois.
- Ce symptôme est fréquent.
- Il survient au 10e-20e jour de la vie, et cesse au cours du
second trimestre.
* Le nourrisson crie, reste les poings fermés, s'agite après le
repas le plus souvent, et se calme quand on lui donne sa sucette
ou qu'on le berce.
- Le bébé va bien, l'appétit et le poids sont conservés.
- Il est vif, éveillé.
- Les examens cliniques et paracliniques sont normaux.
Contrôle sphinctérien :
L'acquisition par l'enfant de la proprété est liée à la
maturation nerveuse, qui permet peu à peu le contrôle des
sphincters.
Parallèlement, la relation mère-enfant intervient de façon
primordiale dans l'acquisition de la propreté.
ÉNURÉSIE :
L'énurésie est une miction involontaire, complète et non
contrôlée, de déroulement normal, persistant ou réapparaissant
après l'âge de maturité physiologique (acquise entre 3 et 4
ans).
* On distingue:
- l'énurésie primaire, sans période de propreté.
- l'énurésie secondaire, qui survient après une période de
propreté.
- l'énurésie nocturne, la plus fréquente.
- l'énurésie diurne ou mixte.
* A titre indicatif, on peut dire que:
- vers 18 mois, l'enfant sait qu'il est mouillé.
- vers 24 mois, il acquiert la propreté diurne.
- vers 3 ans et demi, il acquiert la propreté nocturne.
* L'énurésie peut être isolée ou associée à d'autres troubles.
C'est un trouble du contrôle de la miction mais pas de la
miction elle-même.
* Il faudra donc éliminer:
- les affections urologiques infectieuses, malformatives (qui
s'accompagnent fréquemment d'autres signes).
- les affections neurologiques et l'épilepsie nocturne.
ENCOPRESIE :
L'encoprésie est une défécation dans la culotte chez un enfant
qui a dépassé l'âge habituel d'acquisition de la propreté (entre
2 et 3 ans), donc après 3 ans.
* On distingue:
- l'encoprésie primaire sans période antérieure de propreté.
- l'encoprésie secondaire après une phase de propreté, la plus
fréquente.
L'aspect et le rythme des selles sont variables. Le trouble peut
être isolé ou associé.
* Traitement:
- il doit éviter les diverses manœuvres centrées sur le
sphincter anal.
- il faut évaluer la profondeur du conflit familial qui
s'organise autour de ce symptôme.
MÉGACÔLON FONCTIONNEL :
Avant de poser ce diagnostic, il faut avoir éliminé un mégacôlon
secondaire à un obstacle ou un mégacôlon lié à une maladie de
Hirschsprung.
Dans le mégacôlon fonctionnel, il existe une dilatation colique
liée à la rétropulsion des selles.
- L'enfant lutte contre le mécanisme physiologique, s'empêche de
déféquer.
- Il y a un rengorgement par l'anus pouvant entraîner une
encoprésie.
- Le mécanisme est actif de la part de l'enfant.
Il faut limiter les examens exploratoires à ceux strictement
nécessaires pour éliminer un obstacle ou la maladie de
Hirschsprung.
Psychomotricité :
Au cours des deux premières années de la vie, il existe:
- une modification du tonus par renforcement du tonus axial dans
le sens cranio-caudal.
- une modification de la mobilité (les mouvements deviennent
adaptés vers un but précis: préhension, marche à quatre pattes,
marche).
- et une disparition des réflexes archaïques (dès 6 mois de
vie).
Quelques points de repère sur les acquisitions psychomotrices:
* caractéristiques du développement à 3 mois:
- tenue stable de la tête.
- poursuite oculaire.
- sourire relationnel.
* caractéristiques du développement à 9 mois:
- tenue stable assis sur plan dur, sans appui, pendant quelques
minutes.
- tenue debout avec appui.
- passe les objets d'une main dans l'autre.
DYSPRAXIE DE L'ENFANT :
L'enfant atteint de dyspraxie est incapable d'accomplir
certaines séquences de gestes (s'habiller, boutonner une
chemise) après 6 ou 7 ans.
- Les opérations spatiales ou logiques sont de très mauvaise
qualité.
- En revanche, le langage est beaucoup moins perturbé.
- L'examen neurologique est normal.
Il existe une grave perturbation du schéma corporel et de la
représentation spatio-temporelle.
DYSGRAPHIE :
La qualité de l'écriture de l'enfant est déficiente en dehors de
toute atteinte neurologique pouvant expliquer le trouble.
TROUBLES DE LA LATÉRALISATION :
La préférence latérale (droitier, gaucher):
- apparaît vers 4 ans, puis progressivement, le nombre d'enfants
mal latéralisés diminue.
- il reste cependant toujours un certain nombre d'enfants mal
latéralisés.
La latéralité s'étudie au niveau de l'œil, de la main et du
pied. Elle est dite homogène quand elle est identique à ces
trois niveaux.
INSTABILITÉ PSYCHOMOTRICE :
L'instabilité psychomotrice (ou trouble hyperkinétique) est le
trouble psychomoteur le plus fréquemment rencontré en clinique.
* Sa caractéristique est sa nature relationnelle: l'enfant
instable fait appel au corps de l'autre (mère, examinateur,
maîtresse) et met en jeu sa tolérance.
* Il associe:
- une agitation parfois extrême.
- un parler changeant, factice, explosif.
- des manifestations cutanées (outre rougeurs et transpiration,
coups et traces de heurts évidents avec les objets et les
personnes).
* L'école française souligne le caractère "hypomaniaque" de
l'instabilité et son inscription comme passage à l'acte par
procuration du désir de la mère.
* Le syndrome hyperkinétique des Anglo-Saxons se caractérise
par:
- une activité exagérée précoce avec impulsivité.
- des troubles de l'attention, de l'apprentissage.
- des variations de l'humeur, une anxiété.
- et une réponse positive au traitement par les amphétamines ou
la Ritaline*.
Actuellement, la compréhension psychodynamique et
neurophysiologique se rejoint en interprétant ce trouble comme
un dispositif, pour l'enfant, de lutte contre la labilité de la
vigilance. Ainsi la relaxation thérapeutique est également
intéressante.
TICS :
Les tics sont des mouvements moteurs ou des vocalisations
involontaires, rapides, récurrents et non rythmiques, survenant
brusquement et sans but apparent.
* Ils sont souvent exacerbés par le stress et disparaissent
pendant le sommeil.
- Ils peuvent en général être supprimés durant une période de
temps variable.
- Ils apparaissent généralement vers 6 ou 7 ans.
- Ils peuvent être transitoires (c'est le cas le plus fréquent),
réactionnels à une situation anxiogène (séparation), ou
chroniques.
* Syndrome de Gilles de La Tourette:
- il se caractérise par des tics moteurs associés à des tics
vocaux (grognements, émission de mots obscènes).
- il débute le plus souvent entre 2 et 15 ans.
AUTRES TROUBLES :
* La trichotillomanie est le besoin irrésistible de toucher, de
tortiller, voire d'arracher les cheveux.
* L'onychophagie est le fait de se ronger les ongles. Elle est
fréquente chez l'enfant.
Langage :
ÉVOLUTION PHYSIOLOGIQUE :
On distingue, dans l'évolution normale du langage chez l'enfant:
* le prélangage.
- jusqu'à 12 ou 13 mois.
- d'abord fait de babillage, puis d'écholalie (sons syllabiques
vers 9 mois).
* le petit langage:
- jusqu'à 2 ans et demi ou 3 ans.
- il existe de grands écarts dans l'âge d'acquisition du
vocabulaire.
- la compréhension passive précède toujours l'expression active.
- vers 18 mois: combinaison de deux mots, phrases et apparition
de la négation.
* le langage:
- après 3 ans.
- vers 3 ans, acquisition du "je".
ASPECTS PATHOLOGIQUES :
Troubles de l'articulation :
Les troubles de l'articulation sont une déformation phonétique
portant le plus souvent sur les consonnes.
On distingue:
- le zozotement, zézaiement ou sigmatisme interdental.
- le chuintement ou sigmatisme latéral.
Retard dans l'acquisition de la parole :
Les divers phonèmes du mot ne peuvent être reproduits.
Pathologique après 5 ans, les mécanismes causant ce retard sont:
- la confusion ou l'omission de phonèmes.
- la simplification des mots.
Dysphasies :
C'est un défaut de développement du langage sans déficit
intellectuel ou auditif ni organisation psychotique.
Par ordre de gravité, on décrit:
* le retard simple du langage:
- on constate un retard à l'apparition de la première phrase.
- l'enfant continue à "parler comme un bébé", avec omissions de
mots, erreurs de construction grammaticale.
- la compréhension est généralement préservée.
* le retard de langage.
* l'enfant audimute a plus de 6 ans et n'a pas acquis le
langage.
* la surdité verbale congénitale.
Dyslexie :
La dyslexie est une aberration significative de l'acquisition de
la lecture en dehors d'une déficience mentale.
Elle s'accompagne fréquemment de difficultés en orthographe
(dyslexie-dysorthographie), et est souvent précédée de troubles
de la parole ou du langage.
Bégaiement :
Le bégaiement est caractérisé par des répétitions ou des
prolongations fréquentes de sons, de syllabes ou de mots
perturbant le débit élocutoire et la "fluence verbale".
Il est plus fréquent chez les garçons.
On distingue:
- le bégaiement tonique: blocage de l'émission du son.
- le bégaiement clonique: répétition d'une syllabe.
Il apparaît habituellement entre 3 et 5 ans.
Mutisme :
Le mutisme est l'absence de langage chez un enfant ayant
antérieurement parlé, en dehors de toute aphasie.
Intelligence :
Le développement des fonctions cognitives de l'enfant et de son
"intelligence" (c'est-à-dire l'ensemble des fonctions:
cognitives, langage, motricité et capacités sociales de
l'enfant) est très lié à son développement affectif.
Ainsi, d'importantes perturbations affectives peuvent
s'accompagner à la longue de graves troubles cognitifs.
TESTS D'ÉVALUATION :
Les fonctions cognitives sont évaluées par des tests
psychométriques. Ils sont dits:
- "préverbaux", lorsque le langage de l'enfant est insuffisant.
- puis "verbaux", dans la seconde enfance, utilisant largement
le langage.
* Les tests préverbaux (test de Brunet-Lézine par exemple)
permettent d'attribuer un quotient de développement.
- Ainsi, chez l'enfant en bas âge, on n'évalue pas un niveau
intellectuel mais un niveau global psychomoteur, qui tient
compte de toutes les acquisitions.
- On évalue un quotient de développement:
QD= (âge de développement: âge réel) x 100.
* Les tests verbaux (tests de Binet-Simon) permettent de définir
un quotient intellectuel:
QI= (âge mental: âge réel) x 100.
RETARD MENTAL :
On appelle retard mental un arrêt ou un développement incomplet
du fonctionnement mental.