Dermatoses quasi spécifiques
de la peau noire (ou brune)
:
A - DERMATOSIS PAPULOSA NIGRA :
Se développant à partir de l’adolescence, les papules verruqueuses
du dermatosis papulosa nigra surviennent électivement sur la face
du sujet à peau noire mais peuvent s’observer chez
l’Asiatique hyperpigmenté ou le Métis.
Elles correspondent
histologiquement à des kératoses séborrhéiques bien que
cliniquement leur aspect, leur nombre, leur topographie soient
différents.
La cryothérapie, l’électrocoagulation avec curetage,
l’excision aux ciseaux fins ou encore la destruction par laser peuvent
être proposées mais des séquelles dyschromiques sont possibles et il
importe de tester l’effet thérapeutique sur quelques lésions
seulement avant de réaliser un traitement complet.
B - HYPOMÉLANOSE MACULEUSE CONFLUENTE
ET PROGRESSIVE DU MÉTIS MÉLANODERME
(DYSCHROMIE CRÉOLE)
:
Observée surtout chez le métis à peau brun clair notamment antillais
(avec une nette prédominance féminine dans cette population), elle est souvent confondue avec le pityriasis versicolor dans
sa phase séquellaire hypochrome et l’application abusive
d’antifongiques est fréquente.
Elle se traduit en effet par des macules
non squameuses hypochromes (le plus souvent modérément),
volontiers confluentes et progressives, non prurigineuses,
prédominant au tronc (volontiers aux lombes) mais pouvant toucher
les membres de façon parfois asymétrique, survenant vers
l’adolescence pour se stabiliser et même s’atténuer à l’âge adulte.
La
fluorescence jaune orangé en lumière de Wood est négative ou faible
et punctiforme.
L’hypothèse physiopathogénique est celle d’un mosaïcisme devant
la coexistence de zones hypochromes comportant des kératinocytes avec des mélanosomes agrégés de petite taille et des zones
normalement pigmentées constituées de kératinocytes avec des
mélanosomes dispersés de grande taille.
C - KÉRATODERMIE PONCTUÉE
DES PLIS PALMAIRES :
Caractérisée par la disposition élective dans les plis de
flexion des paumes et des doigts (plus rarement des plantes) de
papules kératosiques arrondies, parfois douloureuses, et de petites
dépressions cupuliformes, cette variété de kératodermie
survient presque exclusivement chez le sujet noir, d’âge moyen, sans
prédilection de sexe.
L’histologie révèle une invagination
épidermique profonde remplie d’une hyperkératose orthokératosique parfois localisée au site des acrosyringiums
sudoraux qui apparaissent occlus (ainsi qu’une
hypergranulose diffuse sans cellule dyskératosique avec un infiltrat
mononucléé péricapillaire).
La cause de cette kératodermie est
inconnue, non traumatique contrairement à l’hyperkératose en
« bouchons » mécanique qui constitue le principal diagnostic
différentiel.
Il faut aussi ne pas la confondre avec la scytalidiose,
qui entraîne une kératodermie farineuse prédominant
aux plis, ainsi que des onyxis résistant aux imidazolés
classiques.
Dermatoses ubiquitaires plus
fréquentes sur peau noire (ou brune) :
A - CHÉLOÏDES :
Les chéloïdes correspondent à des tumeurs dermiques purement
fibrocytaires, persistantes et même souvent encore évolutives plus
de 12 mois après leur survenue généralement post-traumatique, les
distinguant des cicatrices hypertrophiques plus précoces, plus
limitées, régressant spontanément ; les chéloïdes récidivent
obligatoirement après une exérèse chirurgicale simple.
Elles sont
globalement plus fréquentes et volontiers plus « tumorales » chez le
sujet noir mais prédominent aux zones classiques : les lobes et les
régions rétroauriculaires, le cou, les faces externes des épaules, le
thorax en présternal et en scapulaire.
Elles sont généralement
secondaires à des traumatismes induits lors d’incisions ou
scarifications rituelles ou ethniques (le rôle aggravant des substances
colorantes ou hémostatiques indigènes n’étant pas exclu) ou lors de
transfixion des lobules de l’oreille.
Elles surviennent sur les cicatricesopératoires ou sur les sites de gestes exploratoires (ponction
lombaire ou pleurale, myélogramme) ou d’injections (vaccins).
Elles
résultent également de brûlures ou plaies accidentelles.
Les moyens thérapeutiques sont limités chez le sujet noir ; ainsi la cryothérapie,
la corticothérapie in situ (au Dermo-jett ou en injection à la
seringue), les méthodes compressives sont inadaptées ou peu
efficaces ; la résection chirurgicale simple ou endochéloïdienne n’a
d’intérêt qu’associée à une radiothérapie (idéalement curiethérapie
par implantation postopératoire de fils d’iridium 192 (192 Ir) durant
2 jours environ ou bien électronthérapie avec une dose totale de 12 à
16 grays fractionnée en trois à cinq séances).
Il faut faire la distinction avec les (pseudo-)chéloïdes lors de
dermatoses chroniques, qu’elles soient excoriées ou non, comme
l’acné ou/et la folliculite notamment au niveau du cuir chevelu,
volontiers en zone occipitocervicale.
B - ACNÉ CHÉLOÏDIENNE :
En effet, s’il existe d’authentiques chéloïdes nuchales posttraumatiques,
l’acné dite chéloïdienne se rapproche plus du pili
incarnati, puisque la chirurgie d’exérèse simple ne conduit pas à une
récidive systématique.
Elle diffère aussi de l’acné classique à kystes
et comédons et correspond en fait à une (péri-)folliculite chronique,
survenant électivement chez le jeune homme noir.
Elle résulte
probablement d’un rasage inadapté de bas en haut et trop agressif
des cheveux crépus avec incarnation pilaire et réaction granulomateuse, ainsi que d’une probable surinfection (à pyogènes
ou/et à Demodex) avec apparition de papulopustules volontiers
prurigineuses parfois alopéciantes d’évolution nodulaire
hypertrophique avec (pseudo-)polytrichie (symptomatologie qu’on
pourrait confondre avec la pelade décalvante de Quinquaud avec
folliculite en touffe d’étiopathogénie encore inconnue).
Elle ne se
limite pas à la nuque et peut s’observer sur l’ensemble du cuir
chevelu après un rasage excessif (pseudofolliculitis capitis).
Il ne faut
pas non plus la confondre avec la cellulite disséquante du scalp
(perifolliculitis capitis abscedens et suffodiens) qui semble, elle,
appartenir réellement au spectre des acnés et s’associe parfois à
l’acné conglobata ou/et à l’hidrosadénite suppurée.
Le traitement de l’acné chéloïdienne comporte les antibiotiques par
voie générale (cyclines notamment) ou locale (macrolides,
clindamycine), les dermocorticoïdes, l’exérèse au punch des
éléments de petite taille ou la chirurgie plastique pour les lésions
volumineuses avec ou plus souvent sans radiothérapie
complémentaire et surtout la prévention par l’interdiction du rasage.
Les rétinoïdes locaux ou systémiques sont inefficaces.
C - PSEUDOFOLLICULITE DE BARBE (PILI INCARNATI)
:
La pseudofolliculite de barbe correspond à l’incarnation pilaire des
poils des zones essentiellement mandibulaire, mentonnière, cervicale
antérieure après un rasage trop court, de façon plus rarement
spontanée par pénétration d’un poil trop long.
Elle se traduit par
l’apparition de papules parfois surinfectées, inflammatoires,
pustuleuses. Les diagnostics différentiels sont bien entendu
l’acné, la folliculite de barbe (sycosis) plus impétiginisée
(streptocoque ou staphylocoque), une trichophytie (kérion) plus
inflammatoire.
Le traitement est grossièrement le même que pour
l’acné chéloïdienne avec l’arrêt temporaire ou définitif du rasage,
l’application d’antiseptiques ou d’antibiotiques locaux, la prise de cyclines dans les formes très surinfectées ; la trétinoïne à 0,05 % et
l’acide glycolique en lotion à 8 % ont une efficacité limitée alors que
les rétinoïdes per os n’ont pas d’effet.
La prévention consiste en un
rasage grâce à une tondeuse coupant le poil à 1 mm de son
émergence ou à l’aide d’un rasoir électrique sans appuyer ni passer
deux fois de suite sur la même zone, en suivant le « sens » du poil
et en le faisant une à deux fois par jour.
D - ALOPÉCIE DE TRACTION :
L’alopécie de traction résulte de techniques agressives de tressage
débutant dès l’enfance et se traduit par l’apparition très progressive
de zones alopéciantes essentiellement temporales mais aussi
frontales ou occipitales (chignon, nattes) avec persistance d’une
couronne périphérique de cheveux fins et courts qui n’étaient pas
impliqués par le tressage.
L’arrêt précoce de ces méthodes de
coiffure permet la réversibilité de l’alopécie.
Malheureusement, ces techniques ancrées dans la culture ancestrale
s’associent à d’autres types de traumatismes capillaires notamment
par défrisage du cheveu crépu (à l’aide de soude ou de thioglycolate
d’ammonium, anciennement par chauffage au fer ou à l’huile : hot
comb alopecia) parfois inducteur d’alopécie cicatricielle par brûlure
et dégénérescence folliculaire.
On peut observer un défrisage (ou plutôt « décrêpage ») des cheveux
chez l’Africain lors du syndrome d’immunodéficience acquise (sida)
évolué.
De même, il faut, en cas d’alopécie temporopariétale en
clairière, éliminer une syphilis secondaire.
Chez l’enfant, la teigne
doit évidemment toujours être évoquée. Chez la femme noire, un
lupus, une pelade, une alopécie androgénique, une trichotillomanie
doivent aussi être éliminés.
E - TEIGNES :
Les teignes sont fréquentes chez l’enfant noir, y compris dans nos
pays, probablement du fait de conditions socioéconomiques
statistiquement plus défavorables ; de ce fait, les formes
interhumaines prédominent (Trichophyton soudanense, langeronii,
tonsurans notamment), les animaux familiers étant
d’ailleurs plus rares dans la culture islamique.
Les kérions sont plus
fréquents sous les tropiques et le favus ne s’observe plus que dans ces contrées.
Les formes peu symptomatiques à peine squameuses
et peu alopéciantes sont difficiles à distinguer de l’eczéma
du cuir chevelu ou de l’alopécie de traction débutante.
La mycologie
doit être systématique.
Les antifongiques systémiques sont nécessaires durant 6 semaines
au minimum ; la terbinafine, qui n’a pas l’autorisation de mise sur
le marché dans cette indication en France, a pourtant fait la preuve
de son efficacité et de sa meilleure tolérance que la griséofulvine en
Afrique ; l’association avec un antifongique local n’est pas utile. Le
rasage en périphérie des plaques ou en tout cas les cheveux courts,
sont préférables.
Le risque de contagiosité des teignes à transmission
interhumaine nécessiterait l’éviction scolaire du malade et même de
toute la fratrie étant donné que la découverte clinique de l’infection
est souvent tardive ; en réalité, la contagiosité est faible et cette
éviction obligatoire est rarement mise en pratique.
F - TINEA NIGRA, TINEA IMBRICATA ET TINEA
CIRCINATA (PITYRIASIS ROTUNDA)
:
Le tinea nigra est une infection fungique se traduisant par une (ou
des) macule(s) pigmentée(s) non prurigineuse(s) allant du brun au
marron foncé, habituellement palmaire(s) ou plantaire(s).
La
pigmentation résulte de la présence exclusive dans la couche cornée
de champignons noirs, filamenteux, Exophiala werneckii et
Cladosporium castellanii, saprophytes de la terre et du bois,
cosmopolites mais plus fréquents sous les tropiques.
Le tinea imbricata, appelé également tokelau (car cette mycose
prédomine dans le Pacifique), est une infection à Trichophyton
concentricum, dermatophytie anthropophile, qui se caractérise par
des macules squameuses concentriques donnant l’aspect d’une
cocarde à anneaux multiples.
Trouble de la kératinisation, le pityriasis rotunda se traduit
sur le tronc et les membres par des macules finement squameuses
non inflammatoires, pigmentées, circulaires et bien limitées de 1 à
30 cm de diamètre, souvent confluentes.
L’histologie, proche de celle
de l’ichtyose vulgaire, objective une hyperkératose modérée, une
couche granuleuse absente ou diminuée, une hyperpigmentation de
la couche basale avec discrète incontinence pigmentaire et minime
infiltrat lymphohistiocytaire.
Il résulterait de la conjonction d’un
terrain génétique prédisposé et de carences alimentaires dans le
cadre d’infections chroniques ou d’affections cancéreuses
(tuberculose, hépatopathies, hémopathies, cancer gastrique…) et se
corrigerait après amélioration de l’état nutritionnel.
G - MÉLANOME :
Moins fréquent en valeur absolue que chez l’individu blanc, le
mélanome représente chez le sujet noir en valeur relative la
troisième cause de cancer cutané (après les carcinomes et les
sarcomes) et présente la caractéristique de se localiser presque
exclusivement en distalité avec par ordre de fréquence la plante des
pieds et les talons (volontiers à la jonction entre zones pigmentées et
hypochromes), les tissus sous- ou périunguéaux et les paumes des mains.
La gravité classiquement rapportée avec des stades cliniques
ou histologiques évolués relève plus du retard diagnostique et du
tropisme métastatique élevé de ces localisations que d’une spécificité
raciale.
Il s’agit volontiers de mélanome acrolentigineux,
naturellement plus fréquent dans ces topographies.
L’âge est élevé
avec une moyenne à 50 ans.
L’aspect clinique du mélanome plantaire est assez évocateur :
initialement extension superficielle, souvent mal limitée avec
pigmentation hétérogène, puis nodulaire (phase plongeante) et/ou
ulcérée.
Néanmoins, la forme achromique ou tout au moins
avec une pigmentation peu marquée n’est pas rare et plus
trompeuse.
La difficulté est de distinguer le mélanome débutant des
taches pigmentées plantaires physiologiques du sujet noir, d’une
mélanose de friction, d’un hématome ou d’un tinea nigra. L’examen
dermatoscopique est moins bien codifié dans cette zone et plus
difficile à interpréter en raison de l’épaisseur de la couche cornée.
La modification ou l’apparition récente d’une tache ou d’un nodule
plantaire, son caractère hétérogène, un diamètre supérieur à 7 mm,
l’âge du sujet supérieur à 50 ans, l’existence de mélanome familial,
invitent à réaliser l’exérèse de la lésion (ou en cas de tumeur
étendue, une extemporanée ou une biopsie cutanée avant exérèse
complète vu le risque fonctionnel).
Les muqueuses, notamment
buccale et vulvaire, sont également concernées bien que plus
exceptionnellement.
Le nombre et la topographie des nævi sont fonction de l’intensité de
la pigmentation cutanée et se rapprochent ainsi du sujet blanc chez
les populations à peau brune avec des nævi non seulement sur les
extrémités mais aussi sur le tronc.
Les nævi du sujet brun sont
cependant plus pigmentés avec en dermatoscopie une forte activité
jonctionnelle et volontiers de nombreux globules brun foncé.
Une
mention particulière doit être faite pour le nævus d’Ota de la région
périorbitaire et/ou de la conjonctive qui prédomine dans les ethnies
asiatiques et noires et qui peut exceptionnellement s’associer à une
mélanose neuroméningée.
H - AÏNHUM :
L’aïnhum est une affection sévissant dans les zones tropicales,
d’origine inconnue se traduisant par une constriction fibreuse
progressive du pli digitoplantaire avec lyse osseuse peu
douloureuse, siégeant bilatéralement au cinquième orteil, parfois au
quatrième orteil, exceptionnellement aux doigts et aboutissant à
l’amputation spontanée (dactylolysis spontanea).
On le distingue du pseudo-aïnhum qui se caractérise par une
ulcération circonférentielle d’un orteil ou d’un doigt pouvant aussi
aboutir à son amputation le plus souvent indolore et survenant au
cours de pathologies comportant une neuropathie périphérique
évoluée (lèpre, syringomyélie) et/ou un trouble de vascularisation
des extrémités (diabète, sclérodermie).
On le décrit au cours de kératodermie congénitale (syndromes de Vohwinkel, d’Olmsted,
maladie de Meleda...).
Chez le petit enfant dont l’hygiène est
négligée, on peut observer des pseudo-aïnhum par enroulement de
fibres de tissus, de cheveux ou pose prolongée d’un élastique autour
d’un orteil.
Le pseudo-aïnhum constitue un marqueur de
neuropathie (le plus souvent alcoolique comme dans le cadre de
l’acropathie ulcéromutilante de Bureau-Barrière, au même titre que
le mal perforant au cours du diabète ou de la lèpre) ou de précarité
(hygiène déplorable, psychose…).
Il est très probable que l’aïnhum tropical résulte également de la
conjonction d’une prédisposition génétique ou acquise
(kératodermie, neuropathie, angiodysplasie…) et d’un facteur
traumatique et/ou infectieux.
I - ULCÈRE PHAGÉDÉNIQUE TROPICAL :
L’ulcère phagédénique tropical constitue une entité nosologique
floue en raison de sa physiopathogénie incertaine bien que
présumée infectieuse et du caractère souvent non exhaustif de la démarche étiologique sous les tropiques.
Il semble cependant se
caractériser par la survenue subaiguë en quelques semaines,
généralement chez l’enfant de 5 à 15 ans (dans deux tiers des cas)
vivant en milieu tropical volontiers humide, le plus souvent après
un traumatisme, d’une papule inflammatoire rapidement suivie
d’une ulcération initialement douloureuse, régulière, arrondie,
profonde, à bords saillants, à fond bourgeonnant recouvert d’un
enduit fibrinopurulent.
Il se situe préférentiellement au tiers
inférieur de la jambe (dans trois quarts des cas), parfois au pied, très
rarement à la partie supérieure de la jambe.
L’évolution spontanée
se fait généralement vers la cicatrisation avec hyperpigmentation séquellaire en quelques semaines à plusieurs mois.
La chronicisation
se traduit par un élargissement de l’ulcération jusqu’à 15 cm de
diamètre avec parfois atteinte périostée et possible cancérisation sur
le mode épidermoïde à l’issue d’une ou plusieurs dizaines d’années
d’évolution.
Les études bactériologiques retrouvent surtout des Fusobacterium et des germes anaérobies ou aérobies-anaérobies
facultatifs, parfois des bactéries spiralées visibles au microscope à
fond noir.
Le traitement comporte des antiseptiques locaux, des
antibiotiques par voie générale, une détersion manuelle et des
pansements protecteurs aidant au bourgeonnement et à
l’épidermisation, l’interdiction des baignades en eau de mer ou en
marigots, la correction des carences vitaminiques et protidiques.
Les
formes chroniques évoluées, a fortiori en voie de dégénérescence,
bénéficient de la chirurgie.
Les diagnostics différentiels sont nombreux mais en milieu tropical,
on retient surtout les pyodermites ulcérées (rapidement régressives
sous antibiotiques), les ulcérations (lentement extensives) à
mycobactéries atypiques (bords décollés) notamment à Mycobacterium
ulcerans (très délabrant), l’ulcère récurrent de la
drépanocytose (surtout lors d’homozygotie SS, débutant plus
tardivement plutôt en région périmalléolaire), et les ulcères
chroniques neurotrophiques dans le cadre de la lèpre notamment.
Plus fréquentes dans les pays du tiers-monde, les dermatoses
carentielles sont liées à la « malnutrition » et concernent évidemment
avant tout les enfants.
Le kwashiorkor peut comporter des signes cutanéomuqueux assez
proches de l’acrodermatitis enteropathica probablement en raison de
déficits en oligoéléments notamment en zinc qui s’ajoutent aux
carences vitaminiques et surtout au déficit protidique qui explique la
symptomatologie oedémateuse.
Une fragilité cutanée, muqueuse et
capillaire est ainsi observée avec possibilité de décollement bulleux,
de dyschromie, de stomatite, d’alopécie ou de défrisage des cheveux.
La pellagre (observée chez les alcooliques et les consommateurs quasi
exclusifs de maïs) est la plus caractéristique du fait de sa photoaggravation et donc de sa distribution aux zones exposées
(membres supérieurs, face, décolleté : « collier de Casal »).
Elle se
traduit par une éruption érythématovioline, d’évolution
desquamante puis pigmentée hétérogène.
La chéilite sèche et fissuraire puis inflammatoire, la glossite vernissée, douloureuse, sont
fréquentes et volontiers associées à une dysphagie, des
épigastralgies et une diarrhée.
Les troubles neurologiques,
déficitaires ou confusionnels, surviennent tardivement lors de
carence sévère en vitamine PP.
La carence en vitamine C (scorbut) est plus rare et a les mêmes
caractéristiques que chez les individus blancs hormis le fait que le
purpura périfolliculaire est moins visible.
En revanche, la carence en vitamine A est très fréquente, notamment
dans les zones désertiques avec le plus souvent des signes oculaires
(xérophtalmie, tache de Bitot, héméralopie) et une xérose diffuse
avec kératose folliculaire.
Le noma (cancrum oris) est une stomatite ulcéronécrosante détruisant
de dedans en dehors la gencive, l’arcade dentaire et le maxillaire
ainsi que les parties molles de la face s’éliminant sous forme d’un
cône gangreneux.
Il résulte de la conjonction de carences multiples, vitaminiques (A,
C, B), en oligoéléments (zinc) et protidocalorique et d’une infection
buccale à germes fécaux et notamment à Fusobacterium necrophorum
avec libération de toxines nécrosantes.
Dermatoses ubiquitaires plus rares
sur peau noire
:
A - PSORIASIS :
Le psoriasis est, de façon indiscutable malgré l’absence de
statistiques précises, plus rare en Afrique et de façon générale sur
peau noire (cette moindre prévalence s’observerait uniquement,
selon certains auteurs, en Afrique de l’Ouest ; les Noirs d’origine
hamitique ou bantou de l’Est seraient autant concernés par la
maladie) même si l’on prend en compte la difficulté d’accès aux
soins pour les pathologies sans risque vital et les erreurs
diagnostiques.
La chronicité de cette pathologie, malgré les
thérapeutiques modernes, en ferait, si son incidence était non
négligeable, un motif important de consultation, a fortiori dans les
pays où elle peut simuler des affections plus graves, notamment les
infections à mycobactéries ou à tréponèmes.
Les explications avancées de cette prévalence moindre sont
diverses : rôle de l’exposition au soleil, terrain génétique, agent
déclenchant éventuellement infectieux plus fréquent en dehors des
tropiques, rôle du stress favorisé par le mode de vie des pays
industrialisés (en Afrique ce sont d’ailleurs les citadins les plus
concernés par cette maladie)…
Les tableaux cliniques sont variés comme sur peau blanche avec les
particularités de la peau noire quant à la couleur de l’érythème et à
l’évolution dyschromique.
La topographie préférentielle est identique ; la forme très
squameuse, grisâtre avec signe de la « tache de bougie »
prédominant aux zones de friction (genoux et coudes, plantes et
paumes, lombes et fesses…) est la plus fréquente.
On décrit
des évolutions hypochromiques en périlésionnel, plus
rarement une hyperchromie des squames ou des éléments
séquellaires.
Un eczéma lichénifié ou nummulaire peut prendre
un masque psoriasiforme.
Des tableaux lichénoïdes avec un
aspect violacé des papules sont décrits mais l’association entre
lichen plan et psoriasis est possible.
L’érythrodermie apparaît
relativement fréquente parfois du fait de thérapeutiques
inadaptées (corticoïdes systémiques, utilisation de gant de crin
pour enlever les squames avec phénomène de Koebner
généralisé).
Un tableau de type pustulose sous-cornée chronique
avec vasculite correspondrait à un psoriasis pustuleux
selon les auteurs alors qu’une vasculite pustuleuse serait plus
probable…
Les formes en gouttes peu décrites sont à distinguer du parapsoriasis en gouttes plus souvent observé dont l’évolution
dyschromique est très particulière.
La syphilis secondaire
doit bien entendu être systématiquement éliminée par une sérologie
complète (fluorescent Treponema antibody absorption test [FTA] IgM,
Treponema pallidum haemagglutination assay [TPHA], venereal disease
research laboratory [VDRL]) d’autant plus qu’elle peut être
psoriasiforme.
B - CARCINOME BASOCELLULAIRE :
Cette tumeur est certainement plus rare chez le sujet noir (< 5 % de
l’ensemble des cancers cutanés contre plus de 65 % chez le sujet
blanc) pour des raisons évidentes de photoprotection du pigment
mélanique (c’est pourquoi elle est plus commune chez l’albinos)
mais aussi en raison de l’espérance de vie moindre sous les
tropiques et également de la plus grande difficulté diagnostique des
lésions peu évoluées.
Néanmoins sa description chez le Noir
américain n’est pas exceptionnelle ; le carcinome basocellulaire
survient habituellement chez le sujet de plus de 50 ans et prédomine
largement à la face et au cou (plus de trois quarts des cas).
Les
principaux diagnostics différentiels retenus sont la kératose
séborrhéique et l’adénome sébacé.
C - PAPILLOMAVIROSES :
Les verrues semblent moins fréquentes en milieu tropical (peut-être
en raison d’un biais lié à l’absence de gravité et à la gêne modérée
qu’elles occasionnent) mais aussi dans nos pays chez la population
noire (ce qui implique une probable différence de réceptivité).
De
même l’épidermodysplasie verruciforme bien connue dans les pays
du Maghreb est rarement décrite chez l’Africain ; il est vrai que son
diagnostic est difficile et que la mise en évidence du déficit
immunitaire cellulaire nécessite des techniques parfois complexes.
En revanche, les condylomes (végétations vénériennes) ont une
prévalence identique ou même augmentée dans les grandes villes
où la prostitution est développée, avec des formes profuses.
On observe également des formes buccales, linguales notamment à
la frontière entre condylomatose sexuellement transmissible et
papillomatose de Heck congénitale.
Les condylomes
génitaux ne doivent pas être confondus avec la papillomatose en
couronne comportant des papules perlées à la racine du gland,
volontiers hypertrophiques chez le sujet noir.