Pathologie non tumorale des glandes sudorales Cours de dermatologie
Introduction
:
Organismes différents dans leur constitution, leur localisation, leur
physiologie et leur régulation, les glandes sudorales eccrines et
apocrines sont responsables de manifestations pathologiques
différentes.
Pathologie sudorale eccrine :
Deux à cinq millions de glandes eccrines sont distribuées sur
l’ensemble de la surface cutanée, à l’exception des lèvres, du gland,
du prépuce, des petites lèvres, du clitoris et du lit de l’ongle.
Leur
densité varie selon les sites considérés, en moyenne 600 par cm2 sur
le front, 350 par cm2 sur les plantes et 120 par cm2 sur les cuisses.
Il s’agit de tubes borgnes d’environ 5 mm de long, appendus à la
surface cutanée où ils s’ouvrent par un orifice poral isolé de toute
structure annexielle.
Fonctionnellement, leur débit peut varier de
quelques millilitres à plusieurs litres par heure.
Au repos, la sudation
est un phénomène intermittent, insensible, la perspiration permet
d’éliminer environ 600 grammes de sueur par jour sous deux
formes : émission de vapeur d’eau par les orifices sudoraux et perte
d’eau transépidermique.
En cas d’élévation de la température
centrale (hypothalamus) ou extérieure cutanée, la sudation
« thermique » est à l’origine de la thermorégulation.
Le conduit
sudoral, assimilé à un caloduc, par thermolyse lutte contre la chaleur
et inversement par thermogenèse lutte contre le froid.
La sueur eccrine favorise l’hydratation du stratum corneum même
en atmosphère sèche, conservant à la peau ses propriétés
mécaniques.
Sur les paumes et les plantes, la sueur non thermodépendante améliore la préhension des objets et facilite la
marche en évitant le glissement, la moiteur élevant le coefficient de
friction.
Par l’existence de sudation rétrograde, la sueur rend
possible l’absorption percutanée.
Enfin, la sueur eccrine possède un
caractère antiseptique.
A - VARIATIONS QUANTITATIVES :
1- Hyperhidrose :
L’hyperhidrose peut être définie comme une production de
sueur supérieure à la normale. Mais cette « norme » propre à chaque
individu reste à définir.
Il s’agit en réalité d’une impression
purement subjective.
Excessive, l’hypersudation peut devenir un
véritable handicap.
C’est ainsi qu’en France, chaque année, des
millions de patients souffrent d’une hyperhidrose généralisée ou
localisée.
* Hyperhidrose généralisée
:
Elle est toujours secondaire à un dérèglement interne.
+ Fièvre
:
L’hypersudation, au décours d’une fièvre, s’observe surtout lors de
la défervescence thermique, souvent nocturne, quelle qu’en soit la
cause.
Il s’agit d’une perturbation de l’activité de régulation de
l’hypothalamus, classique dans les maladies infectieuses comme le
paludisme, la brucellose, la tuberculose, l’endocardite, mais aussi
lors de l’insuffisance cardiaque, de la ménopause et dans certains
cancers (lymphomes).
+ Maladies endocriniennes :
L’hyperactivité sympathique explique la peau moite et humide de
l’hyperthyroïdie, à condition que la chaleur ambiante soit cantonnée
à des chiffres supérieurs à 29 °C, sinon l’hypersudation n’apparaît
pas.
À coup sûr, elle est déclenchée dans la thyrotoxicose et à une
température de 34 °C.
On l’observe aussi dans l’acromégalie, le
diabète sucré, les tumeurs carcinoïdes, le phéochromocytome,
l’obésité, l’hyperpituitarisme, la goutte.
Cette hyperhidrose est
contrôlable par les anticholinergiques.
+ Agression du système nerveux autonome :
On observe différentes formes aiguës d’hyperhidrose, nocturne,
généralisée.
C’est le cas de l’hypoglycémie, du dumping syndrome,
de l’empoisonnement par mercure, insecticides, herbicides, du
sevrage en alcool ou en stupéfiants, de l’intoxication tabagique, de
la réaction d’Herxheimer, de l’état de choc, de l’état syncopal, d’une
émotion subite (mais l’hyperhidrose émotionnelle est habituellement
localisée) et de l’exposition au froid.
Cette hyperhidrose s’associe à
un refroidissement cutané, une vasoconstriction intense, une peau
moite et parfois des douleurs cutanées.
+ Affections neurologiques :
Par leurs lésions tissulaires, elles peuvent induire des hyperhidroses
généralisées comme au cours des lésions médullaires traumatiques,
vasculaires, myélitiques.
Dans la syringomyélie et la syringobulbie,
l’atteinte est souvent localisée.
L’atteinte du système nerveux central est responsable de
l’hyperhidrose de la sclérose en plaques, de la maladie de Parkinson,
du syndrome de Shapiro, du syndrome dysautonomique familial
de Riley-Day.
Il peut s’agir d’atteintes des nerfs périphériques dans
les neuropathies du diabète, de l’amylose, de l’alcoolisme, de la
lèpre, et au cours de l’insensibilité congénitale à la douleur.
L’hypersudation accompagnant les cancers en phase terminale
pourrait bénéficier du thalidomide.
Enfin, des hyperhidroses compensatrices s’observent après
sympathectomie thérapeutique, ou sont la conséquence de tableaux
d’anhidrose.
* Hyperhidroses localisées :
Elles traduisent une perturbation de la
régulation sécrétoire.
Unilatérales, elles font rechercher une
cause précise sous-jacente d’origine neurologique ou
tumorale.
Bilatérales et symétriques, elles sont
idiopathiques.
+ Hyperhidroses faciales
:
L’hyperhidrose gustative est peu fréquente.
Elle peut être associée à
une encéphalite, une parotidite, un abcès de la parotide, une
syringomyélie, être la conséquence d’un zona, d’une neuropathie
diabétique, d’une sympathectomie thoracique.
De siège médio- ou latérofacial, elle est déclenchée par la vue d’un
aliment désiré, véritable stimulation gustative à l’oeil, ou par la
mastication.
Elle s’accompagne de rubéfaction du visage, de
larmoiement, de rhinorrhée.
Le syndrome de Lucie Frey désigne une hyperhidrose cutanée
localisée à la peau, mais déclenchée par une sollicitation gustative.
Elle s’explique par un accident neurologique régional qui se déroule
en deux temps.
Dans un premier temps, une maladie ou un
traumatisme entraînent un décollement sous-cutané avec déchirure
des fins rameaux nerveux.
La dégénérescence axonale rétrograde des
fibres sympathiques et parasympathiques qui en résulte peut
s’étendre très loin de la zone lésée.
Dans un deuxième temps, la régénération des axones peut devenir
aberrante en empruntant des fibres différentes.
C’est ainsi que des
fibres gustatives peuvent aboutir à la peau.
Les causes sont multiples : herpès du trijumeau, fractures, forceps,
chirurgie méningée et surtout inflammation ou chirurgie de la
parotide.
La gêne sociale peut être sévère (restaurant impossible) et
la demande thérapeutique pressante.
Jusqu’à ces dernières années, les thérapeutiques étaient souvent
aléatoires : interposition de greffon pour éviter la colonisation des
fibres, anticholinergiques généraux inefficaces.
Le blocage
parasympathique en amont justifiait les excisions du nerf auriculotemporal, de la corde du tympan, l’alcoolisation des
ganglions cervicaux supérieurs, du ganglion otique…
Désormais, l’injection de toxine botulinique réalise une parfaite
dénervation chimique indolore.
Il suffit de bien visualiser le territoire
cutané atteint (mastiquer du citron vert), et d’injecter 3 unités de Botoxt ou 10 unités de Dysportt pour chaque cm2.
En 2 à 5 jours,
l’efficacité est nette dans 100 % des cas et se prolonge 6 à 15 mois.
Le granulosis rubra nasi, exceptionnel, s’observe chez les garçons
âgés de quelques mois ou années (avant 10 ans).
Un érythème franc
de la pointe du nez se couvre de vésiculettes de sueur eccrine.
L’hypersudation peut précéder l’érythème de plusieurs années.
Une
acrocyanose peut être associée.
Secondairement, joues et menton
peuvent être atteints.
La régression apparaît vers 3-4 ans ou à la
puberté, avec télangiectasies et microkystes résiduels.
Il n’y a pas de
traitement efficace reconnu.
L’hyperhidrose frontale, l’hyperhidrose
hémifaciale correspondent à des sudations compensatrices
en réponse à une anhidrose de proximité passée
inaperçue.
+ Hyperhidroses isolées du tronc et des membres
:
Il existe de véritables hyperhidroses localisées paroxystiques.
Des
sites d’hyperhidrose localisée peuvent s’observer chez le jeune
enfant ou apparaître spontanément chez l’adulte.
Ainsi ont été
découverts des nævus sudorifères, véritables hamartomes sudoraux.
L’un d’eux a pu révéler une récidive d’angiome en touffe 10 ans
plus tard.
Une hyperhidrose localisée a pu faire découvrir une tumeur
glomique digitale.
Le syndrome POEMS associe : polyneuropathie, organomégalie,
endocrinopathie, gammapathie monoclonale et pigmentation
cutanée avec parfois angiomes gloméruloïdes.
Il est souvent
accompagné d’une hyperhidrose, de même que le syndrome de
Gopalan (ou syndrome des pieds brûlants) et les tableaux de
pachydermopériostose.
Certaines kératodermies palmoplantaires acquises sont le siège
d’hyperhidrose plantaire majeure, responsable de macération avec
kératolyse ponctuée, signe habituel des hypersudations sur les sites
à kératine épaisse.
Les hyperhidroses thoraciques
unilatérales parfois paroxystiques doivent faire
rechercher une côte cervicale, un cancer pulmonaire
bronchique ou pleural.
+ Hyperhidroses idiopathiques
:
Sous ce terme, on regroupe les hypersudations axillaires et palmoplantaires bilatérales, symétriques, permanentes, majorées par
l’émotion et le stress indépendamment des phénomènes de
thermorégulation.
Selon une enquête de la SOFRES, 12 % de la population de plus de
15 ans serait atteinte, avec prédominance féminine.
Elle débute
classiquement à la puberté, mais s’observe aussi chez les enfants.
Elle s’estompe chez le sujet âgé.
Un début chez le nourrisson fait
rechercher une kératodermie palmoplantaire congénitale ou une
érythrodermie ichtyosiforme congénitale.
Sur un fond de sudation permanente, des crises sudorales intenses,
parfois sévères, peuvent s’accompagner d’érythème, d’oedème,
parfois de douleur avec une cyanose froide des extrémités (par
évaporation).
Entre les crises, la sudation peut être majorée par la
chaleur (saison, profession).
Des facteurs favorisants et des facteurs déclenchants sont bien
individualisés : stimulus psychoaffectif, émotion, stress, simple effort
de concentration intellectuelle (calcul mental) ou physique.
Les boissons
chaudes, la nourriture épicée, l’humidité ambiante, les changements
brutaux de température du froid au chaud sont redoutés par ces
sujets.
Il n’existe aucune anomalie organique des glandes sudorales.
En fonction des localisations, les inconvénients diffèrent.
– L’atteinte axillaire correspond à une production de sueur locale
supérieure à 50 mL/min.
Elle est mal vécue en raison du
retentissement vestimentaire et olfactif compliqué de bromhidrose.
Elle a un retentissement esthétique et limite certaines activités
relationnelles ; le sport intensif, la danse deviennent impraticables.
Elle contre-indique les professions exposées au froid, en particulier
les travaux en milieu frigorifique. Les vêtements en permanence
humides, décolorés, siège d’une chromhidrose sont à changer
fréquemment.
– L’hyperhidrose palmaire rend les poignées de main
désagréables, source d’appréhension, phobie et d’isolement
socioprofessionnel.
Elle représente un véritable handicap dès la
scolarisation (cahiers tachés), dans les métiers de précision
(horlogerie, chirurgie, broderie, couture, machine-outil), mais aussi
couramment chez les secrétaires et les musiciens (guitariste,
pianiste).
Elle contre-indique la profession d’électricien.
Le handicap
peut être aussi médical, en favorisant les dermites de contact aux
objets manipulés (gants, montre, bijoux).
– L’hyperhidrose plantaire, par la macération permanente, est
responsable de kératolyse ponctuée.
La couche cornée macérée,
blanchâtre, cartonnée, parsemée de ponctuations plus ou moins
larges, traduirait l’activité de Corynebacterium keratolyticum.
Ainsi se
trouvent favorisées les surinfections bactériennes et fongiques, les
eczémas de contact aux constituants des chaussures (colle, colorants)
dont l’usure prématurée pose parfois de véritables problèmes
économiques.
Enfin, se surajoute la bromhidrose plantaire et les
inconvénients relationnels qu’elle entraîne.
L’origine génétique,
avec 50 % d’atteintes familiales, ne fait aucun doute.
La transmission
autosomique dominante serait à pénétrance incomplète.
Cette hyperhidrose idiopathique peut accompagner, outre les
kératodermies palmoplantaires, la maladie de Raynaud,
l’érythermalgie, la polyarthrite rhumatoïde, le syndrome onglerotule.
Son diagnostic est facile cliniquement.
L’intensité de la
sudation peut être calculée par des tests de coloration (iode, phénolphtaléine) ou par des empreintes sur des révélateurs spéciaux
(iode).
Des appareils sophistiqués, - évaporimètre, cornéomètre, -
sont utilisés en recherche.
* Traitements :
Bien qu’innervées par des fibres sympathiques et sensibles aux
stimulations parasympathiques, les glandes sudoripares eccrines
sont sous contrôle cholinergique.
La sécrétion est stimulée par
l’acétylcholine, la pilocarpine, et inhibée par l’atropine et les anticholinergiques.
Mais la prescription de traitements systémiques anticholinergiques, atropine-like, n’est efficace qu’à doses toxiques
et induit des inconvénients majeurs : dessèchement muqueux sévère,
troubles de l’accommodation…
Il faut donc faire appel à des thérapeutiques locales.
Elles sont de
quatre ordres : antitranspirants de contact, ionophorèse, toxines botuliniques,
techniques chirurgicales.
+ Antitranspirants de contact
:
Pour bloquer la sécrétion-excrétion sudorale, formol et acide borique
sont désormais interdits car toxiques neurologiques, digestifs et
rénaux.
Le glutaraldéhyde en solution aqueuse à 10 %, tamponné
dans du bicarbonate de soude à pH 6-7 est efficace mais irritant et
colore la peau en jaune.
Les poudres neutres : talc, alun, tanin, peu
efficaces, sont progressivement abandonnées.
Parmi les sels de
métaux, le zirconium, responsable de granulomes à corps étranger,
est déconseillé ; restent les sels d’aluminium.
Les sels d’aluminium représentent encore en 2002 les meilleurs
antisudoraux chimiques, à condition d’utiliser les formulations les
plus efficaces, rendues peu irritables par leur association à des
substances tampons comme les lipoaminoacides et à d’autres
complexes métalliques.
Les variations de pH entre 4 et 6 sont plus bénéfiques, les produits
avec une galénique sans cesse améliorée sont bien tolérés.
Ils ne
dégradent plus les tissus naturels ni industriels. Leur structure
insoluble permet d’éviter les interférences avec les protéines de la
couche cornée et ils n’entraînent pas d’acanthose réactionnelle.
De plus, l’utilisation de radicaux de
chaînes grasses, saturées ou insaturées, de C6 à C11
atomes de carbone confère des propriétés déodorantes,
antibactériennes et anti-inflammatoires.
+ Ionophorèse :
Elle permet la pénétration d’ions de sels solubles par voie
transcutanée.
Cette technique de galvanisation permet de réaliser
des ionisations médicales très utilisées en thérapeutique ces
50 dernières années.
Dans l’hyperhidrose idiopathique axillaire, palmaire ou plantaire, on
utilise un générateur de courant électrique qui doit répondre à des
normes européennes de sécurité (93/42/CEE) (appareils Idromed et
Ionomat).
Il permet de faire passer un courant électrique de
20 mA d’intensité sous 50 V entre deux électrodes immergées dans
un bac rempli d’eau du robinet pour les mains et les pieds.
En
suivant scrupuleusement les recommandations d’utilisation et les
précautions élémentaires, ce traitement peut être réalisé à domicile.
Les résultats sont satisfaisants dans les hyperhidroses
palmoplantaires modérées et un peu moins favorables dans les hyperhidroses axillaires pour des raisons techniques.
Pour traiter les
aisselles, l’électrode métallique sphérique ou plate est recouverte de
tissu protecteur saturé en eau du robinet dont le maintien au contact
de la peau peut être problématique, d’où les résultats moins
satisfaisants.
Pour Murphy, il apparaît logique d’utiliser une technique
d’ionophorèse avant de proposer les interventions chirurgicales
invasives.
+ Injections de toxines botuliniques
:
Utilisée depuis 1980 dans de multiples indications neurologiques,
ophtalmologiques et cosmétiques, la toxine botulinique a désormais
sa place dans le traitement de l’hyperhidrose.
Elle bloque la
libération présynaptique d’acétylcholine à la jonction
neuromusculaire des muscles striés.
Des injections souscutanées
de Botoxt (BTX A) ou Dysportt réduisent les
hyperhidroses localisées craniofaciale, frontale, cervicale, les
sueurs gustatives ou du syndrome de Ross, ainsi que celles des
amputés de jambe et de la maladie de Hailey-Hailey.
La dose optimale nécessaire pour traiter aisselles, paumes ou plantes
est de 30 à 80 unités de Botoxt. L’amélioration nette obtenue en 3 à
8 jours, se maintient 4 à 8 mois.
Pour Naver, un bénéfice substantiel
persiste 1 an après chez 55 % des sujets.
L’efficacité contre placebo
a été confirmée par Heckmann dans l’hyperhidrose axillaire.
Les
douleurs à l’injection, minimes sur la face, le cou et le thorax,
inexistantes sur les aisselles, deviennent pénibles sur les paumes et
surtout les plantes.
Une anesthésie locale a été proposée, de même
que l’utilisation d’un dermojet pour rendre l’injection acceptable à
ce niveau.
De Almeida propose de ne traiter que la main dominante après
avoir réalisé une anesthésie tronculaire du poignet.
Vollert, mieux
que l’utilisation de la crème Emlat, propose une anesthésie
régionale, intraveineuse, pour réaliser les injections de toxines
botuliniques dans les paumes.
Cependant, la nécessité d’effectuer
16 à 25 injections par paume ou plante, et de recommencer en
moyenne tous les 6 mois, lasse rapidement ces patients.
+ Traitements chirurgicaux de l’hyperhidrose idiopathique
:
La chirurgie du canal carpien n’a plus de justification.
La chirurgie
réglée des aisselles, à condition d’être réalisée par un chirurgien
expérimenté, retirant les groupements sudoraux par unités
anatomiques, a longtemps permis d’obtenir des résultats
satisfaisants.
Ces experts doivent éviter les brides et les rétractions,
causes de séquelles inesthétiques et de bromhidrose paradoxale.
Désormais, l’acte chirurgical curatif est représenté par la
sympathectomie endoscopique transthoracique (SET).
Certes, le principe
de la chirurgie thoracique, vieux d’un siècle, était un privilège
des pneumophtysiologues pour réaliser des sections de brides lors
de pneumothorax thérapeutiques.
Mais les pionniers des
sympathectomies de l’hyperhidrose réalisaient une chirurgie à
thorax ouvert. Une telle prise de risque n’est plus justifiée dans cette
indication.
Avec les progrès de l’anesthésie et de la technologie vidéomicroscopique et l’évolution des mentalités des chirurgiens
thoraciques, désormais la SET a conquis ses lettres de noblesse.
La section par voie endoscopique transthoracique des ganglions
sympathiques T2, T3, T4 permet de contrôler les hyperhidroses
palmaires.
Si l’on ajoute T5, l’atteinte axillaire concomitante se
trouve aussi éradiquée - ceci au prix d’une hospitalisation courte de
1 à 2 jours et de complications limitées : 3 % de pneumothorax, 1 %
de syndrome de Claude Bernard-Horner habituellement
régressifs.
Les douleurs thoraciques peuvent durer jusqu’à
2 semaines.
Lan rapporte un oedème pulmonaire bilatéral.
L’hyperhidrose compensatrice, notée par Schmutz et son équipe
dans 91 % des cas, régresse après plusieurs mois, excepté chez 5 %
d’insatisfaits.
Dans ce but, Lin propose une technique réversible par
pose de clips.
Pour Gossot, le taux d’hypersudation
compensatrice pour une hyperhidrose axillaire seule est supérieur à
celui noté pour une hyperhidrose palmaire.
Certains effets bénéfiques inattendus ont été obtenus dans les suites
opératoires.
Il s’agit d’améliorations associées d’hyperhidrose de la
tête, du cou, et surtout de localisations plantaires, améliorées
de l’ordre de 40 %.
De plus, chez six patients sur 11 ayant eu une SET unilatérale, est
apparue une amélioration nette du côté opposé… non traité.
Ces
résultats incitent l’équipe nancéenne à ne plus traiter les deux côtés
en un seul temps.
Ils n’opèrent désormais le deuxième côté que chez
les sujets qui en ont réellement besoin, après les avoir suivis
plusieurs mois.
À long terme, les résultats sont stables, les récidives rares, à
condition d’éviter les sympathectomies sélectives laissant
persister des rameaux communicants.
L’apparition d’une moiteur
correspond à une adaptation physiologique et non à une récidive.
De Haan, en 2001, propose une voie d’abord postérieure plus
simple.
L’originalité de l’équipe nancéenne est d’avoir prouvé l’intérêt
de la sympathectomie lombaire dans l’hyperhidrose plantaire chez
la femme.
Les résultats sont aussi spectaculaires que ceux obtenus
avec la chirurgie thoracique pour traiter l’hyperhidrose palmaire :
98,5 % de résultats favorables et stables.
Cette indication reste
cependant contre-indiquée chez l’homme en raison des prévisibles
complications de l’éjaculation.
2- Baisse de la production de sueur : hypohidrose,
anhidrose
En réponse à un stimulus précis, l’absence totale de sueur définit
l’anhidrose, elle est très rare.
La production de sueur en quantité
réduite est l’hypohidrose.
Ces deux phénomènes ne sont diagnostiqués que s’ils sont
responsables d’une gêne nette pour le patient, sinon ils passent
inaperçus.
Le diagnostic peut être confirmé par l’examen cutané de la peau,
sèche, lisse, douce, craquelée, qui paraît dépourvue, ou pourvue en
petite quantité, de pores sudoraux après badigeonnage à l’iode ou à
l’O-phtalaldéhyde, après exposition de 1 minute à la lumière solaire.
Chaque pore sudoral devient encore plus visible si une injection
sous-cutanée d’acétylcholine est venue majorer la sécrétion.
Des
mesures plus précises peuvent être réalisées par des tests à la
sueur, une cornéométrie ou d’autres investigations.
Peuvent être
utilisés aussi des papiers imprégnés de dibromofluorescéine, d’iode,
de chlorate de cobalt.
* Manifestations cliniques :
Tant qu’il vit en milieu frais, le sujet hypohidrotique ou anhidrotique
reste ignorant de sa maladie, car aucune gêne n’apparaît.
S’il existe
de vastes territoires anhidrotiques, l’hyperhidrose compensatrice de
la peau normale n’est pas perçue car la sueur s’évapore aussitôt.
Mais en atmosphère chaude, une quantité élevée de glandes eccrines
non fonctionnelles entraîne des troubles de la thermorégulation,
cliniquement caractéristiques.
Cette asthénie anhidrotique associe fatigabilité, malaises, vertiges,
céphalées, sensation d’inconfort à la chaleur, puis nausées,
tremblements, palpitations, impression de striction sous-sternale
avec picotements des extrémités.
À l’examen, la peau sèche, chaude, à 38 - 39 °C, s’accompagne de
tachycardie et d’hyperpnée.
Ce tableau récidivant sans cesse en
milieu chaud incite les patients à éviter la chaleur, l’hyperactivité et
déclenche une véritable phobie de l’atmosphère chaude.
* Étiologie des anhidroses et hypohidroses
:
+ Affections sans signes cutanés associés
:
Il s’agit d’affections endocriniennes, diabète sucré, hypothyroïdie,
ou neurologiques.
Tout traumatisme de l’hypothalamus ou du
plancher du IIIe ventricule peut se compliquer d’une anhidrose ; de
même, les neuropathies diabétiques, alcooliques et lépreuses.
L’absence d’innervation des glandes sudoripares s’observe dans
l’insensibilité à la douleur, le syndrome de Guillain-Barré, le
syndrome de Ross.
Toute déshydratation sévère aboutit à une perte de sudation.
Le
coup de chaleur comme l’hyperthermie provoquée par la chaleur
représentent deux troubles sévères de la thermorégulation.
Le début
brutal associe une hyperthermie à 40,5 °C, des troubles du système
nerveux central avec hémorragies par thrombocytopénie et
fibrinogénopénie.
L’issue est fatale en l’absence de traitement.
Même
traitée, 35 % de décès sont observés.
Cette véritable urgence
nécessite une immersion dans de l’eau glacée sous chlorpromazine
jusqu’à obtention d’une température à 39 °C, puis récupération en
milieu frais aéré avec réanimation hépatique et rénale.
L’instabilité
de la thermorégulation persiste plusieurs jours, troubles mentaux et
aberrations neurologiques durent des mois, avec séquelles
définitives fréquentes (ataxie).
+ Anhidroses associées à des manifestations cutanées
:
La dysplasie ectodermique anhidrotique est une affection
récessive liée à l’X, due à l’absence congénitale de glandes cutanées
et muqueuses (bronches) rendant les malades très sensibles à la
chaleur.
C’est l’intolérance aux coups de chaleur (vent du midi) dès
les premiers jours de la vie, avec tableau sévère d’hyperthermie qui
alerte l’entourage, de même que l’aggravation des symptômes au
cours de la mise en incubateur.
Ces enfants ont par ailleurs des
perturbations morphologiques caractéristiques : air vieillot, front
proéminent, ensellure nasale, narines évasées, rides autour des
paupières, lèvre supérieure mince, lèvre inférieure protruse éversée,
oreilles pointues et décollées, absence de sourcils et de cils, cheveux
rares et clairsemés, fragiles, cassants, se laissant facilement arracher.
La radiographie des maxillaires fait découvrir la rareté ou l’absence
des bourgeons dentaires.
L’étude des dermatoglyphes, l’absence ou
la rareté des glandes sudoripares et l’enquête familiale confirment le
diagnostic.
En dehors du traitement symptomatique des accidents aigus et des
complications, le traitement consiste à bien éduquer ces enfants pour
éviter des situations critiques en ambiance chaude.
Des absences
congénitales de structures ectodermiques peuvent réaliser des
tableaux localisés d’anhidrose.
La dystrophie ectodermique hidrotique (syndrome de Clouston),
transmise en dominance autosomique, s’accompagne d’atteintes
unguéales inflammatoires, destructrices, d’alopécie totale, sans
altération dentaire ni dysmorphie faciale, ni trouble de la sudation.
Certaines ichtyoses s’accompagnent d’hypoplasie sudorale hypohidrotique, avec troubles graves de la kératinisation.
Dans la fucosidose de Fabry, anhidrose ou hypohidrose sont
classiques.
En dermatologie générale, de nombreuses dermatoses à caractère
atrophique peuvent retentir sur les glandes sudorales et induire une hypohidrose : sclérodermie, syndrome de Sjögren, lichen scléreux,
acrosclérose d’Huriez, acrodermatite chronique atrophiante,
radiodermite, ulcérations au long cours, cicatrices, séquelles de
maladies exfoliatrices sévères (Lyell), maladies infiltrantes comme le
myxoedème et le lymphoedème.
Une urticaire cholinergique peut s’associer à une hypohidrose
acquise.
Enfin, l’anhidrose localisée doit être le résultat attendu après
sympathectomie chirurgicale dans le traitement de l’hyperhidrose.
Parmi les médicaments responsables, citons l’hormone de
croissance, le zonisamide.
B - VARIATIONS QUALITATIVES :
1- Chromhidroses eccrines :
La chromhidrose n’intéresse qu’exceptionnellement les glandes
sudorales eccrines.
Il s’agit essentiellement d’une coloration
vestimentaire, source de pseudochromhidroses ou encore d’une
décomposition bactérienne de la sueur.
2- Bromhidroses eccrines :
Bien que les glandes eccrines ne soient pas considérées comme
glandes responsables d’« odeur » désagréable (apanage des
apocrines), elles peuvent subir l’agression de micro-organismes dont
la dégradation est responsable d’odeurs déplaisantes,
proportionnelles au nombre de bactéries (bacilles diphtéroïdes), en
moyenne plus de 10 000/cm2.
Compte tenu de la grande quantité
produite, la sueur eccrine a plutôt tendance à diluer la sueur
apocrine et par suite, diminue la bromhidrose axillaire globale.
Sur un plan plus général, on individualise trois types originaux de bromhidroses eccrines : kératogénique, métabolique, exogène.
* Bromhidrose eccrine kératogénique :
C’est la conséquence de la macération du stratum corneum avec
altération de la kératine et kératolyse ponctuée bactérienne.
On
l’observe plus exceptionnellement dans les plis inguinaux et les
pieds où elle est responsable de l’odeur de l’intertrigo des orteils.
* Bromhidroses métaboliques
:
Elles correspondent à plusieurs affections génétiques, responsables
d’odeurs originales :
– aminoaciduries héréditaires : phénylcétonurie (odeur de moisi),
maladie du sirop d’érable (odeur d’urine) oasthouse syndrome,
hyperméthioninémie (odeur rance fruitée), acidémie isovalérique
(odeur de fromage), acidémie n-butyrique/n-hexanoïque,
tyrosinémie de type I (odeur de chou bouilli) ;
– triméthylaminurie due au déficit en triméthylamine-oxydase
hépatique qui donne une odeur de poisson à la sueur et aux urines,
c’est le fish odour syndrome.
* Bromhidroses eccrines exogènes
:
Elles s’observent après ingestion d’ail, d’oignon, de vitamine B1,
d’arsenic ou après utilisation de produits sulfhydrilés.
3- Concentration anormale de la sueur en électrolytes
:
Elle peut s’observer dans diverses situations de déshydratation, mais
surtout en pathologie dans la mucoviscidose.
La concentration en
Na+ est très élevée.
Elle s’explique par un défaut de réabsorption canalaire de l’ion sodium.
Un test à la sueur standardisé à la
pilocarpine confirme le diagnostic.
De même, en cas d’insuffisance rénale sévère dans les pays chauds,
l’évaporation de l’eau sudorale laisse un dépôt d’urée sous forme
de poudre blanche sur l’ensemble des téguments : c’est le givre
urémique, encore dénommé urhidrose.
C - PATHOLOGIE RÉTENTIONNELLE :
Lors des poussées de fièvre en atmosphère chaude et humide,
l’excédent d’eau de surface altère l’évaporation de la sueur
transépidermique et limite l’exfoliation cornée.
Miliaire est le terme
générique traduisant ce phénomène rétentionnel.
L’obstruction se
situe à trois niveaux : région porale (miliaire cristalline), région
épidermique moyenne (miliaire rouge), jonction dermoépidermique
(miliaire profonde).
1- Miliaire cristalline :
Encore appelée sudamina, la miliaire cristalline est la forme simple
ni inflammatoire, ni prurigineuse, de rétention sudorale déclenchée
par une hypersudation ostiale.
De minuscules vésicules,
translucides, en « goutte de rosée », sous-cornées, occupent les pores
sudoraux du thorax et de l’abdomen.
Elles disparaissent en quelques
heures et s’observent surtout chez les nourrissons.
En période
néonatale, elles prédominent sur la tête, le cou et le thorax.
2- Miliaire rouge
:
Elle s’observe en milieu tempéré, dans des conditions de chaleur et
d’humidité élevées, permanentes ou répétées.
C’est la
« bourbouille » en milieu tropical.
Les vésicules intraépidermiques
sont dues à l’accumulation de sueur hypertonique, mêlée à des
débris de kératinocytes et des bactéries entraînant l’occlusion
partielle puis la rupture du conduit sudoral.
Elles respectent la tête,
les paumes, les plantes et prédominent sur les faces latérales du
thorax et de l’abdomen.
L’éruption prurigineuse est faite de papules
et de vésicules rouge vif, de 1 à quelques millimètres de diamètre.
Une fois installée, la symptomatologie s’intensifie au cours des
poussées d’hyperhidrose.
Traitée par le repos et l’exposition à une
atmosphère fraîche, aérée, elle disparaît en quelques jours.
Les
antiseptiques locaux évitent les surinfections.
3- Miliaire profonde
:
Il s’agit le plus souvent de la forme évolutive de miliaires rouges
répétitives, exposées au long cours pendant des mois en milieu
tropical chaud, surchargé d’humidité.
L’obstruction canalaire
jonctionnelle, dermoépidermique, favorise le passage de sueur dans
le derme, responsable de réaction inflammatoire prononcée.
Les papules, plus marquées, ont la couleur de la peau normale, et
siègent sur le tronc et les extrémités.
Le prurit est modéré ou absent,
et surtout apparaît une anhidrose locale induisant une hyperhidrose
compensatrice de la tête et du cou.
S’y associent des signes généraux
d’intolérance à la chaleur, correspondant à l’asthénie anhidrotique :
asthénie, apathie, désintérêt dans le travail, phobie de la chaleur.
Elle peut aussi s’associer à des hamartomes épidermiques.
Le traitement par le repos en milieu frais ne suffit pas.
Plusieurs
semaines ou mois en l’absence d’atmosphère chaude sont
nécessaires avec une antibiothérapie pour éviter les colonisations
bactériennes et jouer éventuellement un rôle préventif.
D - PATHOLOGIE INFLAMMATOIRE (HIDRADÉNITES)
:
Il existe plusieurs formes d’hidradénites.
1- Hidradénite eccrine neutrophilique (HEN)
:
Décrite par Harrist en 1982, à un âge moyen de 40 ans, elle
s’observe aussi chez l’enfant.
Elle survient dans 84 % des cas chez
des malades sous chimiothérapie pour hémopathie de type leucémie
aiguë myéloblastique (plus de 50 %), leucémie lymphoïde
chronique, lymphome non hodgkinien, maladie de Hodgkin et lors
de tumeurs solides, ostéosarcome et cancer du testicule.
Cliniquement, les lésions ont un aspect variable : papules, plaques
infiltrées, parfois annulaires, nodules, papulovésicules, rarement
pustules, plages érythémateuses, oedémateuses, de topographie
ubiquitaire, tête, cou, membres, sans prédilection pour les paumes
ni les plantes.
Asymptomatiques, elles sont rarement douloureuses ou
accompagnées de purpura.
Ayant débuté en général 8 à 15 jours après initiation d’une chimiothérapie, elles disparaissent
spontanément en 1 à 5 semaines après arrêt du traitement.
Des
formes hyperalgiques ou associées à des oedèmes sévères ont
bénéficié d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, de corticostéroïdes
et de Disulonet.
L’étude histopathologique permet d’observer des amas de
neutrophiles périsudoraux, entourant et infiltrant les glandes
sudoripares, avec parfois vacuolisation cellulaire importante et
nécrose cellulaire.
S’y associe fréquemment un phénomène de syringométaplasie kératinocytaire, peu spécifique, purement
réactionnel car rencontré dans de nombreuses autres pathologies.
Des thérapeutiques autres que les chimiothérapies peuvent être
responsables : anti-inflammatoires non stéroïdiens, intoxication à la digoxine.
Enfin, des virus ont été impliqués.
L’infiltrat à
polynucléaires neutrophiles est diffus, sans tendance à respecter la
portion sudorale du glomérule.
Parmi les chimiothérapies impliquées, les plus fréquentes sont
la cytarabine, la doxorubicine, le mitoxantrone, le cyclophosphamide
et la bléomycine.
Il est difficile d’identifier précisément un seul
responsable, ces médicaments étant prescrits en association.
Sont
aussi imputés : paracétamol, granulocyte colony-stimulating factor (GCSF), zidovudine, stavudine et minocycline.
D’autres facteurs étiologiques sont connus, des agents infectieux de
type Serratia, Enterobacter, Staphylococcus aureus, et le virus de
l’immunodéficience humaine (VIH).
Dans certaines observations, l’HEN apparaît de longs mois après
arrêt du traitement ou en l’absence de traitement, ou même
a pu être inaugurale d’une leucémie aiguë myéloblastique.
À l’inverse, la réintroduction d’une chimiothérapie responsable
d’HEN n’entraîne pas obligatoirement une récidive.
La pathogénie demeure inconnue. Dans les causes
médicamenteuses, l’agent causal ou l’un de ses métabolites pourrait
avoir une concentration sudorale eccrine anormalement élevée,
responsable d’une toxicité locale.
Mais des tableaux identiques ont
été observés chez des sujets sains, spontanément ou créés par
une intradermoréaction à la bléomycine.
Il pourrait aussi s’agir d’une dermatose neutrophilique due à des
facteurs d’origine myélocytaire.
Plusieurs diagnostics différentiels peuvent être évoqués en raison
du polymorphisme clinique : toxidermie, leucémie cutanée,
syndrome de Sweet, pyoderma gangrenosum, essentiellement dans
les formes bulleuses.
À ces données classiques, il faut ajouter quelques formes originales :
la possibilité d’atteinte des glandes apocrines, la survenue chez
les sujets neutropéniques, se traduisant par l’absence d’infiltrat
neutrophilique, faisant parler d’hidradénite eccrine purement chimiothérapique.
2- Hidradénite eccrine plantaire
:
Elle a été individualisée par Stahr parmi différents tableaux
papulonodulaires plantaires douloureux, observés chez l’enfant et
l’adulte jeune.
Il s’agit aujourd’hui d’une entité caractéristique dont
la fréquence reste sous-estimée.
Elle survient brutalement, sans facteur déclenchant précis ni prise
médicamenteuse chez un jeune de 9 à 21 ans en bonne santé.
La
douleur constante, aiguë, rend tout appui impossible. Papules et
nodules multiples siègent sur les deux plantes ou une seule, sans
fièvre ni autre symptôme associé, ni perturbations biologiques.
En
quelques heures, ou 4 à 7 jours, toute symptomatologie disparaît
spontanément.
À cette forme stéréotypée, il faut associer désormais quelques cas
d’atteintes palmaires concomitantes, justifiant le qualificatif
de palmoplantaire.
D’où les nouveaux qualificatifs : hidradénite
eccrine palmoplantaire, ou bien hidradénite eccrine palmoplantaire
idiopathique juvénile.
L’étude histopathologique permet d’observer un infiltrat
inflammatoire dense, à polynucléaires neutrophiles, situé
principalement autour des glandes sudorales eccrines, avec
surtout atteinte des canaux excréteurs sur toute leur portion intraet
extraglomérulaire contrastant avec l’intégrité du segment
sécrétoire glomérulaire.
La présence de thrombose veineuse isolée
est rarement retrouvée.
Il n’existe pas de sialosyringométaplasie
associée.
Les circonstances de survenue ne sont pas connues, cependant a été
évoquée la présence de milieu humide et froid, d’engelures
localisées aux pieds, respectant les orteils, d’hyposudation liée à un
effort physique et thermique : marche prolongée au froid.
Le diagnostic différentiel pose des problèmes nosologiques avec les
dermatoses neutrophiliques et des tableaux cliniques proches,
dont les trois principaux sont l’urticaire plantaire traumatique,
l’érythème noueux plantaire et la vascularite plantaire sans
leucocytoclasie.
La confrontation avec de nouvelles
observations devrait permettre, avec le temps, de
regrouper la majorité de ces observations.
3- Hidradénite suppurative
:
Elle ne doit plus être citée parmi les affections des glandes
sudoripares.
Encore dénommée maladie de Verneuil ou acné
inversée, il s’agit d’une maladie inflammatoire chronique
suppurative fistulisante, d’évolution cicatricielle localisée à des
régions cutanées où siègent des glandes apocrines.
Cependant, Grosshans a bien démontré, à partir d’arguments irréfutables,
histopathologiques, génétiques, hormonaux et thérapeutiques, qu’il
s’agit d’une maladie du follicule pileux sébacé, différente de l’acné.
En conséquence, elle ne doit être intégrée ni parmi les hidradénites,
ni dans le cadre des acnés.
4- Syringométaplasie eccrine épidermoïde
:
Elle correspond à la classique métaplasie malpighienne ou
kératinisante, dans laquelle les cellules épithéliales cuboïdes des
canaux sudoraux eccrines se transforment sur une certaine surface
en épithélium malpighien regroupant des kératinocytes avec leurs
cadres clairs, leurs tonofilaments et la capacité de fabriquer de la
kératine.
Ce phénomène purement réactionnel, non dysplasique,
s’observe aussi sur d’autres épithéliums dans différentes situations :
réactions phototoxiques, photophytodermatoses, inflammations
chroniques (ulcérations, escarres, pyoderma gangrenosum),
chimiothérapies (cytarabine, mitoxantrone, daunorubicine,
cisplatine, 5-fluorouracil, doxorubicine, cyclophosphamide,
étoposide, méthotrexate, busulfan, melphalan, carmustine, thiotepa
et docétaxel).
Pathologie sudorale apocrine :
Les glandes apocrines ont une origine embryologique commune
avec l’ensemble des éléments du follicule pilosébacé, issus du germe
épithélial primaire.
Le tube sudoral, long et épais, est suivi d’un
canal excréteur court, rectiligne, qui débouche dans le follicule, audessus
de l’orifice du canal excréteur sébacé.
Elles sont localisées essentiellement sur les aisselles, les aréoles
mammaires, les conduits auditifs, les paupières, la région pubienne, périanale, ombilicale, les petites lèvres et le prépuce.
La sudation apocrine intermittente est provoquée par les stimuli émotionnels et
les sympathicomimétiques.
La sueur apocrine est alcaline,
visqueuse, légèrement opalescente.
Initialement sans odeur, elle est
à l’origine d’odeurs caractéristiques après dégradation bactérienne,
de plus, elle diffuse à l’extérieur certaines hormones de
reconnaissance sexuelle, les phéromones.
La production est limitée,
0,03 cm3 de sécrétion par jour qui aide à la lubrification du poil,
associée aux sécrétions eccrines et sébacées.
A - BROMHIDROSE AXILLAIRE
:
L’odeur axillaire commune est générée par des diphtéroïdes
lipophiles aérobies et des micrococci incubés dans la sueur apocrine
avec des débris cellulaires.
Des acides gras à chaîne courte, mélangés à l’ammoniac, après dégradation bactérienne, sont à l’origine de
toutes sortes d’odeurs, acide caproïque en C6, caprylique en C8,
valérique en C5.
Des stéroïdes odorants, nés de la transformation
bactérienne du cholestérol et du sulfate de déhydroépiandrostérone
(DHEA) et de l’androstérone donnent la 5 alpha-androsténone
(odeur d’urine) et le 5 alpha-androsténol (odeur de musc) à l’origine
du bouquet axillaire composé de bien d’autres produits.
À l’inverse, sur les autres sites apocrines, le rôle odorant de la sueur
apocrine reste modeste.
Dans les régions génitales féminines, les
sécrétions vulvaires, la glaire cervicale et l’exfoliation vaginale jouent
un rôle prédominant.
L’odeur du mâle, musquée, dépend des
stéroïdes locaux et en partie de Mycobacterium smegmates, la sueur
étant rapidement contaminée par ces bactéries.
La principale
nuisance olfactive reste de loin dominée par la bromhidrose axillaire
intensifiée par une mauvaise hygiène… à l’origine de nombreux
désagréments : isolement, timidité maladive, conflit de couple,
anxiété, stress.
Débutant à la puberté, elle est plus importante chez le sujet noir que
chez le Caucasien et l’Asiatique.
Diluée par la sueur eccrine, elle se
trouve piégée par les poils axillaires retenant les substances volatiles
odoriférantes.
Le traitement est avant tout local. Il fait intervenir les antisudoraux,
l’ionophorèse ou la chirurgie, mais aussi le laser CO2
et la
lipoplastie.
B - LÉPOTHRIX OU TRICHOMYCOSE AXILLAIRE
:
Nocardia tenuis ou Corynebacterium tenuis se développe en raison du
manque d’hygiène.
Il entraîne une couleur inhabituelle, jaunâtre,
rosâtre, ou noirâtre des vêtements.
Les poils infectés sont engainés
sur toute leur périphérie de grumeaux caractéristiques. Une hygiène
correcte est suivie de guérison, le rasage constitue la meilleure
prévention.
C - CHROMHIDROSE APOCRINE :
Elle traduit la production de sueur colorée faciale ou axillaire.
Les
glandes apocrines normales sont riches en lipofuchsines qui,
oxydées, se pigmentent en noir et présentent un diagnostic
différentiel avec l’ochronose ou alcaptonurie due à une accumulation
de l’acide homogentisique en raison d’un déficit en homogentisiqueoxydase.
Dans l’ochronose, les urines deviennent noires par addition
d’une solution de nitrate d’argent.
L’acide homogentisique est
identifié dans l’urine par chromatographie.
Un apport hydrique et des solvants organiques normalisent la
sécrétion.
Cette pigmentation apocrine foncée est classique chez
certains animaux : hippopotame, kangourou, antilope, gazelle.
Chez l’homme, la chromhidrose est le plus souvent d’origine
extrinsèque comme nous l’avons vu précédemment.
Des produits
d’origine bactérienne, chromogène, chimique (peinture), ou des
teintures, se trouvent mélangés à la sueur axillaire.
Il s’agit en réalité
de pseudochromhidroses.
Les vêtements peuvent être colorés en
jaune, noir, rouge, bleu, en fonction des agents responsables.
D - MALADIE DE FOX-FORDYCE :
C’est une éruption de papules prurigineuses localisées sur des sites
riches en glandes apocrines : aisselles, aréoles mammaires, région
pubienne.
L’étude histologique permet d’observer une obstruction du canal apocrine, intraépidermique, par une kératoacanthose.
Cette rétention
sudorale apocrine est à l’origine de l’ectasie canalaire, qui peut
devenir kystique et s’accompagner d’une inflammation
réactionnelle.
Les papulovésicules, légèrement translucides, siègent
au sein d’une peau anhidrotique et lichénifiée par le grattage. Ceci
aggrave la rétention.
Le prurit paroxystique associé est rythmé par les émotions, les
activités sexuelles, les menstruations, l’effort physique.
Amélioré par
la grossesse et les anticonceptionnels, le traitement peut faire appel
aux oestrogènes, aux dermocorticoïdes, aux rétinoïdes locaux,
exceptionnellement à la chirurgie.
E - HIDROSADÉNITE AIGUË :
Elle définit l’affection aiguë des glandes apocrines, responsable de
papules et nodules douloureux, le plus souvent axillaires, plus
rarement situés sur le périnée ou les aréoles mammaires.
Un
traitement symptomatique antistaphylococcique s’impose.
Conclusion :
Les pathologies eccrine et apocrine, malgré leurs spécificités, jouent
manifestement par certains excès un rôle non négligeable dans la vie
relationnelle et le quotidien de nombreux sujets (bromhidrose,
hyperhidrose).
Mais il ne faut pas sous-estimer les conséquences liées à des tableaux
d’anhidrose, d’hypohidrose ou de rétentions, exposant à l’asthénie, au
coup de chaleur et à certaines hyperthermies d’inadaptabilité au chaud
parfois dramatiques.