Principales échelles en pathologie neurovasculaire
Cours de Neurologie
Introduction
:
L’intérêt des échelles en pathologie neurovasculaire est multiple :
pouvoir avoir de façon quantifiée, dès la phase aiguë de l’accident
vasculaire cérébral (AVC) et plus précisément de l’infarctus cérébral,
des prédicteurs de morbi/mortalité, ce qui peut amener à une
modification de la prise en charge thérapeutique ;
une évaluation
fiable et reproductible, soit du handicap, soit des déficiences
multimodales neurologiques d’un intérêt évident dans les essais
thérapeutiques ; une répétition possible pour le suivi évolutif.
Nous
détaillons essentiellement l’index de Barthel, le score de Rankin
modifié et le score National Institute of Health Stroke Scale (NIHSS)
qui sont les scores les plus usités.
Index d’activités de la vie quotidienne
:
Les difficultés dans les activités de la vie quotidienne appartiennent
au domaine des incapacités selon l’Organisation mondiale de la
santé (OMS).
Le principal avantage des échelles fonctionnelles est
qu’elles mesurent les capacités réelles du patient dans différentes
activités de base qui conditionnent l’autonomie.
Elles sont sensibles
à des perturbations environnementales telles qu’un excès
d’assistance par l’entourage ou la structure d’accueil qui entraîne
une sous-estimation des capacités du patient.
Nous détaillons l’index
de Barthel qui s’est imposé par sa simplicité, sa sensibilité et sa
validité puis le score de Rankin modifié qui est une échelle plus
globale intégrant des dimensions de handicap mais de sensibilité et
de fiabilité moindres que l’index de Barthel.
A - INDEX DE BARTHEL :
L’index de Barthel est un index fonctionnel, simple et
fiable, servant à mesurer les incapacités dans la vie quotidienne, et
destiné à objectiver les progrès fonctionnels après un AVC. Il s’agit
d’une échelle analytique nécessitant l’observation directe du patient
au cours d’une consultation ou d’une visite à domicile.
Cette échelle
peut être remplie par le personnel soignant pendant l’hospitalisation
à la phase aiguë puis réévaluée 3 mois plus tard lors d’une
consultation.
Il a été développé empiriquement par Dorothea Barthel, puis publié
en 1965 par Mohaney et Barthel après validation chez
l’hémiplégique. Il est depuis très largement utilisé en pratique
quotidienne et dans les essais cliniques de phase aiguë.
L’index de Barthel a été utilisé dans de très nombreuses études pour montrer
des corrélations entre l’état fonctionnel précoce post-AVC et le
pronostic, ou encore étudier les liens entre déficiences et incapacités.
Il s’agit d’une échelle non ordinale, qui comporte dix paramètres
évalués entre 2, 3 ou 4 points de 0 à 5 ou de 0 à 15.
Le maximum de
100 correspond à un patient ayant une indépendance suffisante en
ce qui concerne les soins personnels et une mobilité satisfaisante ne
nécessitant ni l’aide ni la présence d’une tierce personne.
L’inconvénient principal de l’index de Barthel tient à l’absence
d’évaluation des troubles du langage ou des fonctions cognitives.
Un index à 100 ne correspond pas forcément à un malade autonome
dans la vie quotidienne.
Un score à 0 correspond à un malade nécessitant une aide complète
ou importante.
La valeur prédictive de certains scores intermédiaires
a été étudiée par Granger et al : un score de 20 ou plus pendant
les premiers jours après un AVC ou un score de 40 ou plus au
moment du transfert en rééducation est un prédicteur important de
retour à domicile dans les 2 mois après l’AVC.
Parmi les patients
qui retournent à leur domicile, plus des trois quarts ont un score
supérieur à 60.
Avec un score de 85, la majorité des patients peuvent
s’habiller seuls et assurer les transferts du lit au fauteuil sans aide,
mais seuls un tiers d’entre eux peuvent marcher sans aide.
B - SCORE DE RANKIN MODIFIÉ
:
Le score de Rankin modifié comporte sept niveaux
avec évaluation globale des activités de la vie quotidienne et
introduction de la notion de handicap.
Cette évaluation globale
permet le recueil auprès de tiers, par téléphone ou par courrier, sans avoir besoin de revoir le patient ce qui est moins contraignant et
moins coûteux.
Ceci peut être intéressant pour des études
épidémiologiques sur de larges populations mais, pour les essais
cliniques, qui demandent une très bonne sensibilité et une très
bonne fiabilité, l’utilisation de l’index de Barthel est préférable.
Scores d’évaluation neurologique en
phase aiguë des accidents vasculaires
cérébraux :
Il s’agit de combiner en une seule mesure les différentes modalités
de déficiences produites par un infarctus cérébral étendu.
Pour un
territoire artériel donné, le groupement de symptômes est
relativement constant en interpatients et peut être quantifié selon les
modalités de déficits élémentaires (moteurs, sensitifs, visuels…)
selon leur extension topographique et selon la sévérité de chacune
de ces déficiences élémentaires.
Ceci a permis la mise au point
d’échelles spécialisées destinées à quantifier les conséquences des
infarctus hémisphériques ou plus précisément des infarctus du
territoire de l’artère cérébrale moyenne.
Nous citons, pour mémoire,
l’échelle neurologique des infarctus de l’artère cérébrale moyenne
qui inclut seulement des items décrivant les fonctions motrices, la
communication et la vigilance, la Scandinavian Neurological
Scale qui inclut les mêmes variables et des items pour
l’orientation et la marche, la Canadian Stroke Scale qui n’inclut
pas la vigilance mais qui fait un distinguo entre aphasie d’expression
et de compréhension. Il existe encore l’European Stroke Scale,
l’Unified Neurological Stroke Scale mais nous détaillons
essentiellement le score NIHSS sur lequel repose la plupart des
essais thérapeutiques actuels.
SCORE NIHSS :
L’échelle NIHSS a été décrite par Brott en 1989 pour
l’évaluation des patients en phase aiguë de l’ischémie cérébrale.
Cette échelle peut être utilisée dans les accidents ischémiques
carotidiens et vertébrobasilaires.
La reproductibilité interobservateurs est améliorée par un apprentissage vidéo et
l’adjonction de consignes de passation.
Il existe une corrélation
entre le score obtenu dans les 24 premières heures et la quantité de
tissu infarci mesurée sur le scanner au septième jour.
Le score
initial permet une prédiction plus fiable du handicap résiduel que
les autres échelles.
Ce score a largement été utilisé ces dernières
années dans les essais thérapeutiques, notamment de thrombolyse.
Un score inférieur à 10 avant la troisième heure permet d’espérer
40 % de guérisons spontanées, alors que celles-ci sont exclues par
un score supérieur à 20.
Il y a des limites à cette échelle : notamment sa validité car la
corrélation entre la sévérité du score et la taille de l’infarctus peut
être prise en défaut (certains accidents étendus entraînent des
déficits modérés ; un infarctus complet du territoire de l’artère
cérébrale postérieure donne un score inférieur à 10).
Par ailleurs, un
score donné peut témoigner d’un déficit de signification pronostique
variable (déficit facial modéré et aphasie sévère peuvent
correspondre à un score de 2).
La sensibilité de l’échelle est limitée par le nombre restreint d’items testés et par le faible nombre de
gradations pour chaque item ; cette limite a cependant l’avantage
d’assurer la reproductibilité interobservateurs élevée nécessaire aux
essais thérapeutiques.
Ce défaut de sensibilité de l’échelle diminue
son intérêt dans le dépistage de l’amélioration ou de l’aggravation
clinique, sauf dans les accidents mineurs.