Pathogenèse de l’athérosclérose
Cours de Neurologie
Introduction
:
Les cardiopathies ischémiques et les accidents vasculaires cérébraux
constituent l’une des premières causes de mortalité dans le monde
(respectivement 7,2 et 4,6 millions de décès en 1997 sur un total
mondial de 52,2 millions de décès selon le rapport 1998 de
l’Organisation mondiale de la santé.
Leur prévalence devrait croître
dans les prochaines années en raison principalement de l’adoption
par des populations jusque-là protégées de modes de vies
« occidentaux », avec leurs facteurs de risque inhérents.
Les
accidents ischémiques aigus sont, dans la majorité des cas, la
traduction clinique de la maladie athéromateuse, consécutifs à une
rupture ou une érosion de la plaque d’athérosclérose et à la
formation d’un thrombus obstruant la lumière vasculaire.
Description anatomopathologique
de l’athéroslérose :
Scarpa (1752-1832), dans son travail sur l’anévrisme artériel (1804),
est le premier à fournir une description anatomopathologique
complète d’une maladie de la couche interne des grosses artères que
l’on nomme aujourd’hui « athérosclérose ». Pour lui, l’anévrisme de
l’aorte résulte « d’une dégénérescence de la couche interne de
l’artère, lente, à ulcération pathologique, stéatomateuse, fongueuse
et squameuse ».
Depuis, la dénomination de cette maladie artérielle
n’a cessé d’évoluer.
Le terme d’« athérome », du grec athara (bouillie
de farine ou de gruau), est proposé pour la première fois par von
Haller en 1755.
En 1833, Lobstein préfère utiliser « artériosclérose »,
considérant que les altérations artérielles sont d’origine non
inflammatoire et sont dues à une mauvaise nutrition des vaisseaux.
Virchow, en 1856, parle d’« endartérite déformante » pour souligner le caractère inflammatoire de la maladie.
Councilman, en 1891,
propose « artériosclérose nodulaire », adoptée plus tard par Osler
(1897).
C’est finalement Marchand, en 1904, qui invente le terme
d’« athérosclérose » qui reflète la dualité lésionnelle, athéromateuse
et scléreuse, de la maladie.
Ces changements de terminologie
recouvraient en fait les évolutions à la fois de la description
anatomopathologique du phénomène et de la compréhension de
l’étiologie de la maladie.
La description anatomopathologique moderne de l’athérosclérose
retient trois stades évolutifs : strie lipidique, lésion fibrolipidique et
lésion compliquée.
Une classification beaucoup plus détaillée a été
proposée par Stary, qui divise les événements pathologiques en
sept stades de gravité croissante.
Cette classification
repose sur l’observation d’un grand nombre d’artères d’enfants et
d’adultes jeunes.
Elle suggère que les lésions évoluent avec l’âge du
sujet en passant successivement d’un type lésionnel au type
immédiatement supérieur.
Cette chronologie des événements et leur
importance relative sont demeurées pendant longtemps des sujets
de controverse.
Mais les progrès accomplis dans la caractérisation
des composants cellulaires de la plaque d’athérome, en particulier
grâce à l’immunohistochimie, ont permis de lever un grand nombre
d’incertitudes.
Les cellules spumeuses de la strie
lipidique, caractéristique de la plaque au stade précoce de son
développement, sont d’origine essentiellement macrophagique.
À
une étape plus avancée du processus athéromateux, une chape
fibreuse constituée majoritairement de cellules musculaires lisses
vient coiffer la masse lipidique, donnant naissance à la plaque fibrolipidique.
De plus, des lymphocytes T sont également présents
en quantité assez abondante, environ 20 %, en bordure de la plaque
et dans la chape fibreuse.
Différentes théories de l’athérogenèse
:
Le pathologiste Virchow (1821-1902) a donné naissance aux deux
grands courants de pensée sur la pathogenèse et l’étiologie de
l’athérosclérose.
Selon ce dernier, en effet, les lipides plasmatiques
sont absorbés directement à travers l’endothélium par l’intima et, lorsque les conditions le permettent, certains d’entre eux, en
particulier les esters de cholestérol, s’y déposent.
C’est l’hypothèse
de l’infiltration lipidique comme facteur initiateur de la plaque
d’athérome, confortée au début du siècle par les travaux
d’Anitschkow et Chalatow (1913) qui mirent en évidence le rôle du
cholestérol dans l’athérosclérose expérimentale chez le lapin.
Virchow pensait également qu’à l’origine de l’infiltration lipidique il
y avait traumatisme endothélial provoqué par des facteurs
mécaniques.
Sur cette deuxième hypothèse, Ross a développé, dès
1976, la théorie de la « réponse à l’effraction endothéliale », selon
laquelle à l’origine de l’athérosclérose il y aurait lésion de
l’endothélium avec mise à nu de la matrice conjonctive sousendothéliale.
Les plaquettes adhéreraient à la lésion et, une fois
activées, libéreraient un facteur mitogène, le platelet derived growth
factor (PDGF).
Le PDGF favoriserait alors la prolifération des cellules
musculaires lisses dans l’intima, qui synthétiseraient à leur tour les
protéines de la matrice interstitielle : élastine, collagène et
protéoglycanes.
Il y aurait, ensuite, accumulation de lipides dans les
cellules musculaires lisses proliférantes et dans les macrophages,
ainsi que dans le tissu conjonctif nouvellement synthétisé.
Cette
conception de l’athérosclérose s’est avérée totalement inexacte.
On
n’a jamais pu mettre en évidence un quelconque processus de
dégénérescence, de rupture ou de desquamation endothéliale à
l’origine du processus athéroscléreux.
En fait, l’endothélium
conserve son intégrité structurale au cours du développement de
l’athérosclérose, mais se présente dans un état d’activation
inflammatoire qui favorise le recrutement des monocytes et des
lymphocytes circulants. De plus, les plaquettes n’interviennent pas
dans la genèse de la plaque.
Elles participent, en partie, à la
formation du thrombus fibrinoplaquettaire après rupture ou érosion
de la plaque, entraînant la survenue d’un syndrome coronarien aigu.
Enfin, la prolifération des cellules musculaires lisses n’est en rien
délétère.
Elle constitue une étape essentielle de la réparation
tissulaire.
Les cellules musculaires assurent la stabilité de la
plaque d’athérosclérose : les plaques riches en cellules musculaires
lisses et collagène, et pauvres en macrophages, sont cliniquement
silencieuses.
Les études expérimentales les plus récentes,
associées aux observations anatomopathologiques faites sur des
plaques d’athérosclérose humaines, permettent d’affirmer
aujourd’hui que l’athérosclérose est une maladie inflammatoire
chronique des grosses artères, à localisation intimale, l’agent
d’agression entraînant la réaction inflammatoire étant très
probablement le cholestérol-low density lipoprotein (LDL)
(lipoprotéines de faible densité) sous une forme oxydée.
Rôle des LDL dans l’athérosclérose
:
A - PÉNÉTRATION DES LDL DANS L’INTIMA :
L’importance du cholestérol et des LDL dans l’athérogenèse n’est
plus contestée depuis que les essais cliniques de prévention primaire
et secondaire ont démontré qu’il était possible de réduire le risque
cardiovasculaire en diminuant le cholestérol-LDL par le traitement à
l’aide de statines.
Les LDL interviennent dans les toutes premières
étapes du processus athéroscléreux.
Elles s’accumulent dans l’espace sous-endothélial, ce qui déclenche le recrutement et l’infiltration de
monocytes circulants dans l’intima.
Dans les stries lipidiques déjà
visibles chez des foetus portés par des mères hypercholestérolémiques,
la présence de macrophages est toujours associée à celle
de LDL oxydées, alors que les lésions riches en LDL natives, non
oxydées, sont exemptes de macrophages.
Il est ainsi possible
d’établir la chronologie des premiers événements de
l’athérosclérose :
– infiltration lipidique ;
– modifications oxydatives des LDL ;
– recrutement monocytaire.
Les LDL pénètrent dans la paroi à travers l’endothélium et
s’accumulent dans l’intima, en raison d’un déséquilibre entre les flux
d’entrée et de sortie.
Ce déséquilibre peut résulter d’une
augmentation de la perméabilité endothéliale, d’une diminution de
celle de la média, ou de la présence de molécules telles que les protéoglycanes ou le collagène qui fixent les LDL.
Les facteurs
hémodynamiques (pression, forces de cisaillement à la paroi,
turbulences, stagnation d’écoulement) influent sur le transport des LDL à travers la paroi.
Les conditions circulatoires locales
déterminent la topographie hétérogène des plaques d’athérome, qui
apparaissent de façon privilégiée à certains sites : courbures,
bifurcations, origines des branches, là où les forces de cisaillement
(frottement) sont faibles.
B - CAPTATION DES LDL :
1- Récepteur des LDL natives
:
Pour se transformer en cellules spumeuses, les macrophages infiltrés
dans le sous-endothélium doivent capter et internaliser de grandes
quantités de LDL.
Or, très tôt, Brown et Goldstein ont découvert
que le récepteur cellulaire des LDL, dont le ligand est
l’apolipoprotéine-B (apoB) pour les LDL et l’apoE pour les very low
density lipoprotein, est soumis à une régulation négative (downregulation)
: lorsque la concentration en cholestérol intracellulaire
augmente au-delà d’un certain seuil, la synthèse des récepteurs cesse
et la captation et l’internalisation des LDL décroissent.
Cette
régulation métabolique maintient les taux intracellulaires d’esters du
cholestérol très en deçà de ceux retrouvés dans les cellules
spumeuses.
La voie de captation des LDL par le récepteur des LDL
ne peut donc pas expliquer la transformation des macrophages ou
des cellules musculaires lisses en cellules spumeuses.
Brown et
Goldstein ont alors proposé et démontré que les LDL devaient subir
des modifications entraînant un changement de conformation de
l’apoB, la perte de reconnaissance par le récepteur des LDL et leur
captation par d’autres récepteurs.
2- Récepteurs « scavenger »
:
Pour se transformer en cellules spumeuses, les macrophages captent
(« internalisent ») de grandes quantités de LDL oxydées
par l’intermédiaire de récepteurs, dits « éboueurs » (scavenger) (SRAI,
SR-AII, CD36, CD68), qui, à l’inverse du récepteur classique des
LDL normales (récepteur de Brown-Goldstein), ne sont pas régulés
négativement par le contenu intracellulaire en cholestérol.
L’importance de ces récepteurs dans l’athérosclérose est attestée par
des expériences réalisées chez la souris apoE–/– déficiente en
récepteurs SR-A ou en CD36 ; ces souris développent
nettement moins de lésions athéroscléreuses que les souris apoE–/–
dotées de récepteurs normaux.
Le récepteur scavenger de type A a été cloné.
Il en existe deux
types, I et II.
Le récepteur de type I se présente sous la forme d’un
trimère ayant l’aspect d’une tige hérissée à l’extérieur de la cellule.
Cette tige comprend trois domaines successifs : une hélice a, une
séquence proche du collagène qui lie les LDL oxydées, puis un
domaine C-terminal riche en cystéine qui est tronqué sur le
récepteur de type II.
Récemment, un nouveau récepteur dénommé
LOX-1 (pour lectin-like oxidized low-density lipoprotein receptor),
appartenant à la famille des lectines de type C, capable de
reconnaître et d’internaliser les LDL oxydées, a été identifié sur les
cellules endothéliales.
3- Phagocytose
:
D’autres modes de captation des LDL par le macrophage conduisent
à une surcharge intracellulaire en esters du cholestérol.
Les LDL
présentent une affinité importante pour les glycosaminoglicanes de
la matrice extracellulaire, avec lesquels elles forment des complexes
insolubles que le macrophage est capable de phagocyter.
On
observe aussi, dans certaines circonstances, la formation d’agrégats
de LDL dont la phagocytose est déclenchée par la liaison de
plusieurs LDL à leurs récepteurs spécifiques.
4- Complexes immuns :
Une voie supplémentaire de captation des LDL par le macrophage a
été identifiée.
Des autoanticorps dirigés contre les résidus lysine
conjugués à des fragments d’acide gras, tels que le
malondialdéhyde, produits in vivo au cours des processus oxydatifs,
ont été retrouvés dans le sang d’animaux normaux et
hypercholestérolémiques, ainsi que chez des sujets sains ou
coronariens.
Ces autoanticorps pourraient reconnaître des LDL
faiblement oxydées et former un complexe immun qui serait alors
capté avec une forte affinité par le récepteur du fragment Fc des
immunoglobulines, présent sur les macrophages.
C - OXYDATION DES LDL :
L’oxydation des LDL, étape essentielle du processus, se produit
essentiellement in situ, dans la paroi athéroscléreuse.
On ne
retrouve en effet que de très faibles quantités de LDL oxydées
circulantes alors qu’elles sont présentes en abondance dans la plaque
athéroscléreuse.
L’oxydation des LDL peut être provoquée chimiquement in vitro
(par exemple, par incubation de LDL natives en présence de
malondialdéhyde, de radicaux libres ou d’extraits de fumée de
cigarette).
Les LDL peuvent être oxydées au contact des cellules
endothéliales, des cellules musculaires lisses ou des macrophages.
Schématiquement, les étapes de l’oxydation des LDL comportent :
– une initiation du mécanisme qui se traduit par une peroxydation
à la surface de la LDL ; cette peroxydation est au départ limitée et
peut être induite par tous les facteurs cités précédemment ;
– la propagation du phénomène dépend de la phospholipase A2 ; la
LDL possède une activité phospholipase A2 et, après peroxydation
lipidique de quelques fragments, cette activité provoque une
amplification de la peroxydation, conduisant à une fragmentation
des acides gras polyinsaturés et à la génération d’aldéhyde et de
cétone ; les cétones sont éliminées mais les aldéhydes se lient aux
résidus lysine de l’apoB, le ligand du récepteur des LDL ; une
modification conformationnelle de l’apoB s’ensuit, qui entraîne une
perte de la reconnaissance par le récepteur des LDL natives, mais
lui confère la capacité de se lier au récepteur scavenger.
L’oxydation des LDL par les cellules endothéliales, mais pas par les
cellules musculaires lisses ou par les macrophages, nécessite le
contact entre LDL et cellules.
La production cellulaire de radicaux
libres pourrait être à l’origine de l’oxydation des LDL.
La 15-lipoxygénase semble également jouer un rôle important dans les
mécanismes cellulaires d’oxydation des LDL.
Dans la plaque
d’athérome, il a été montré qu’il y avait colocalisation des acides
ribonucléiques messagers codant pour la 15-lipoxygénase et le
récepteur scavenger avec des LDL oxydées.
La modification biologique des LDL par les différents types
cellulaires de la plaque peut expliquer la présence de LDL oxydées
dans la plaque athéroscléreuse, révélée par immunomarquage.
Il
est également possible que les LDL finissent par s’oxyder lorsque
leur temps de séjour dans l’intima est augmenté, la pression en
oxygène dans le sous-endothélium étant relativement élevée
(sensiblement égale à celle du sang).
Des travaux récents rapportent que les LDL immobilisées dans la
matrice extracellulaire sous-endothéliale peuvent subir une attaque
enzymatique, avec génération de particules de LDL non oxydées, de
10 à 200 nm de diamètre, capables d’activer le complément et
d’induire une réponse inflammatoire au niveau des cellules
vasculaires et des macrophages.
Rôle des LDL oxydées
dans l’athérosclérose
:
Les études expérimentales ont permis d’établir de façon claire un
lien entre hypercholestérolémie et présence d’une réaction
inflammatoire dans le tissu vasculaire.
De nombreuses études ont
également été réalisées afin d’évaluer l’effet des LDL oxydées
comme agent inflammatoire.
Celles-ci ont un pouvoir chimioattractant sur les monocytes, favorisent leur différenciation
en macrophages résidents et, en revanche, inhibent la motilité de
ces derniers.
L’exposition à des LDL oxydées de cellules
mononucléées du sang humain, constituées de monocytes, de
lymphocytes T et occasionnellement de lymphocytes B, se traduit
par l’activation élective de la population lymphocytaire T, attestée
par l’expression accrue de récepteurs de l’interleukine (IL) 2 et des
antigènes human leukocyte antigen (HLA)-DR sur les cellules T.
L’administration in vivo chez la souris de LDL légèrement oxydées,
dites minimally modified-LDL provoque l’induction rapide de
monocyte-colony stimulating factor (M-CSF) dans le sang et des gènes
pro-inflammatoires codant pour JE (l’homologue murin du facteur
chimiotactique des monocytes, monocyte chemotactic protein [MCP-
1]) et d’autres protéines de l’inflammation dans les tissus.
Cette
réponse est identique à celle induite par un régime athérogène et
renforce l’idée que les produits d’oxydation dérivés des lipides sont
à l’origine de la réaction inflammatoire.
Mais cette réponse
pourrait être contrôlée génétiquement, car elle n’est pas retrouvée
chez les souris de la souche C3H qui ne développent pas de lésions
athéromateuses lorsqu’elles sont nourries à un régime hypercholestérolémiant.
Les LDL oxydées pourraient engendrer des réactions auto-immunes,
comme en témoigne la présence chez l’homme d’anticorps circulants
spécifiques dirigés contre ces molécules immunes.
L’étude de Salonen et al rapporte des taux d’autoanticorps anti-LDL oxydées
significativement plus élevés chez des patients souffrant
d’athérosclérose carotidienne évolutive par rapport à un groupe
contrôle de même âge.
Le titre sérique en anticorps anti-LDL oxydés
(anticorps antimalondialdéhyde) est un marqueur prédictif
indépendant de la progression de la maladie athéromateuse.
Des
travaux récents montrent que ces autoanticorps reconnaissent
également des épitopes spécifiques de l’oxydation présents sur les cellules apoptotiques, qui contribuent très certainement à
l’homéostasie physiologique des cellules mortes par apoptose ou par
nécrose et ayant subi des modifications oxydatives.
Il s’agit
d’anticorps naturels présents dans l’organisme dès les premiers
instants de la vie qui seraient sélectionnés en réponse à une charge
excessive en antigènes spécifiques de l’oxydation, comme cela se
passe au cours de l’athérosclérose.
Cellules immunocompétentes
et athérosclérose :
A - MONOCYTES-MACROPHAGES :
Les macrophages constituent une proportion significative des
cellules présentes dans la plaque d’athérome chez l’homme
, ainsi que dans les modèles animaux d’athérosclérose
spontanée (souris apoE–/–) ou induite par des régimes enrichis en
cholestérol (lapins hypercholestérolémiques).
Une fois les LDL séquestrées dans l’intima, les monocytes circulants
s’immobilisent à la surface de l’endothélium, le traversent, puis
s’activent en macrophages au contact des protéines de la matrice
extracellulaire.
L’adhérence des monocytes à l’endothélium implique
la liaison de molécules de structure exprimées à la surface
endothéliale, vascular cell adhesion molecule (VCAM)-1 ou inter
cellular adhesion molecule (ICAM)-1, à des ligands de la famille des
intégrines, présents sur la membrane des leucocytes (respectivement
VLA-4 [a4b1] et LFA-1 [aLb2, CD11a/CD18]).
Ces molécules sont
peu, ou pas, exprimées à la surface d’un endothélium normal, mais
leur expression peut être induite par les LDL oxydées ou par les
cytokines pro-inflammatoires (tumor necrosis factor [TNF] a, IL1).
Les LDL oxydées sont très probablement l’agent de stimulation primaire
intervenant dans l’activation des cellules endothéliales, les cytokines
inflammatoires secondairement exprimées par les cellules de la
plaque intervenant comme facteur d’amplification et de
pérennisation de l’activation endothéliale.
Des travaux récents
semblent indiquer que la réponse inflammatoire de l’endothélium
aux LDL oxydées est déterminée génétiquement.
Cette
découverte a été faite sur des souris de fond génétique différent,
souris C57BL/6 et souris C3H, dont on connaissait depuis
longtemps les différences de susceptibilité à l’athérosclérose en
réponse à un régime athérogène, les souris C3H étant résistantes et
les C57BL/6 sensibles.
Or, cette différence de sensibilité au régime athérogène ne s’explique pas par des différences liées au
métabolisme lipidique, comme on avait pu le penser.
En effet,
lorsque ces souris sont croisées avec des souris déficientes en apoE–/–, leur niveau de cholestérol plasmatique s’accroît
considérablement de façon identique dans les deux souches, mais
leur sensibilité (ou résistance) à l’athérosclérose demeure inchangée.
Des différences de sensibilité des monocytes ne sont pas non plus
en cause.
La transplantation de cellules de moelle de souris sensibles
C57BL/6 à des souris résistantes C3H ne modifie pas la résistance
de ces dernières.
En revanche, les cellules endothéliales de souris
C3H ne s’activent pratiquement pas en présence de LDL oxydées,
alors que les cellules de C57BL/6 expriment de façon importante le
facteur hématopoïétique M-CSF, la chimiokine MCP-1 et la molécule
d’adhérence VCAM-1.
Le monocyte adhérant pénètre dans l’intima à travers les jonctions interendothéliales sous l’effet de facteurs chimiotactiques, dont le
MCP-1, qui a été retrouvé dans la plaque d’athérosclérose humaine
abondamment exprimé par les macrophages et par les cellules
musculaires lisses.
Son rôle dans l’athérogenèse est démontré par
des travaux réalisés chez des souris déficientes en MCP-1 ou en
récepteur de MCP-1, le CCR2 : ces souris ne développent
quasiment plus de lésions athéroscléreuses.
Les macrophages de la plaque contribuent à la formation mais aussi
à la stabilisation de la plaque en synthétisant un certain nombre de
facteurs de croissance vasculaires.
Ainsi, l’analyse des lésions
d’athérome de la carotide humaine par immunohistochimie révèle
la présence de PDGF dans les macrophages, et l’expression accrue
de son récepteur (le récepteur de type b) sur les cellules musculaires
lisses adjacentes, étayant l’hypothèse d’une prolifération des
cellules musculaires lisses induite par la coopération avec les
macrophages.
Les monocytes/macrophages dans la plaque ont la
capacité de s’y multiplier.
Le M-CSF, facteur hématopoïétique de
différenciation et de prolifération des monocytes, est produit
localement par les cellules endothéliales et les cellules musculaires
lisses de la plaque d’athérosclérose humaine, et contribue au
processus athéroscléreux.
La multiplication et la différenciation des
monocytes/macrophages dans la plaque est d’une importance
capitale dans l’athérogenèse, comme en témoigne l’absence quasi
totale de lésions athéroscléreuses chez les souris apoE–/– déficientes
en M-CSF.
On peut donc penser que les macrophages qui
pénètrent dans la paroi pour épurer l’intima de la surcharge en
cholestérol entretiennent un cercle vicieux en activant les cellules
endothéliales et en augmentant la perméabilité aux LDL à travers la
production de cytokines pro-inflammatoires.
B - LYMPHOCYTES T ET ATHÉROSCLÉROSE
:
L’identification des sous-types lymphocytaires T dans la plaque
d’athérosclérose a révélé une certaine hétérogénéité.
Certains portent
le marqueur CD4, d’autres, moins nombreux, sont CD8.
Les
lymphocytes CD4+ sont polyclonaux d’origine puisque les
phénotypes des T-cell receptors sont mixtes : a/b ou c/d, en plus
faible proportion.
Les natural killers sont quasi absents des lésions
d’athérosclérose. La présence de ces lymphocytes T est importante
sur le plan à la fois étiologique et évolutif de la maladie
athéromateuse.
Ils sont le témoin d’une réponse immune et peuvent
moduler les fonctions vasculaires.
Les lymphocytes de la plaque
expriment les molécules de classe II du complexe majeur
d’histocompatibilité (CMH), l’interféron (IFN) c, l’IL2 et ses
récepteurs.
De plus, ces lymphocytes T sont pour la plupart des cellules-mémoires exprimant le CD45RO.
L’ensemble de ces
données indiquent que ces cellules sont dans un phénotype
d’activation plutôt chronique.
Les cellules musculaires lisses
adjacentes aux lymphocytes T expriment souvent les molécules HLA-DR de classe II du CMH, probablement induites par l’IFNc
d’origine lymphocytaire.
Le système CD40/CD40L d’activation
lymphocytaire semble jouer un rôle important dans l’athérogenèse.
Les souris apoE-/- déficientes en CD40L développent nettement
moins de lésions avancées que les souris sauvages.
Cytokines dans l’athérosclérose
:
A - CYTOKINES PRO-INFLAMMATOIRES :
Les macrophages et les lymphocytes infiltrant la lésion
athéroscléreuse entretiennent une réaction inflammatoire chronique.
Cette réaction fait intervenir des médiateurs solubles, les cytokines,
d’origine mixte, leucocytaire et vasculaire, ainsi que les molécules immunorégulatrices membranaires CD40/CD40L (ligand du
CD40). Un grand nombre de cytokines pro-inflammatoires sont
présentes dans la plaque athéroscléreuse : TNFa, IL1, IL6, IL8, IL12,
oncostatine-M, IFNc.
Les cytokines jouent au niveau des cellules
vasculaires un rôle d’activateur semblable à celui qu’elles jouent au
niveau des cellules du système immunitaire.
D’où la notion
d’« activation » des cellules vasculaires, qui comprend des
modifications morphologiques, fonctionnelles ou antigéniques.
Les cytokines activatrices sont essentiellement les cytokines proinflammatoires,
TNFa, IL1, IL12 et IFNc.
Ces cytokines d’origine
mixte, leucocytaire et vasculaire, peuvent contrôler deux des
principales caractéristiques de l’athérosclérose : la réaction
inflammatoire et la réponse proliférative intimale fibromusculaire.
Elles peuvent, d’une part, provoquer le recrutement des monocytes
en stimulant la libération de la chimiokine MCP-1 par les cellules de
la plaque et, d’autre part, favoriser leur adhérence à l’endothélium
en induisant l’expression par les cellules endothéliales des molécules d’adhérence VCAM-1 et ICAM-1.
Les cytokines peuvent par ailleurs
moduler l’activité des cellules musculaires lisses.
La production des
collagènes de type I et III par les cellules musculaires lisses est
fortement inhibée par l’IFNc.
De plus, l’IL1 et le TNFa induisent
l’expression par les cellules musculaires lisses de métalloprotéinases
capables de dégrader les protéines de la matrice extracellulaire
(matrix metalloproteinases [MMP]).
Ces cytokines stimulent l’activité
de la MMP-2 exprimée de façon constitutive par les cellules
musculaires lisses, et induisent l’expression d’une autre gélatinase,
la MMP-9, ainsi que la MMP-3 qui dégrade les protéoglycanes et
l’élastine.
L’activité des MMP est inhibée par des inhibiteurs
tissulaires de métalloprotéinases (tissue inhibitor of metalloproteinases
[TIMP-1 ou 2]) produits de façon constitutive par les cellules
musculaires lisses.
Toutefois, les cytokines IL1 et TNFa ne modifient
guère l’expression des TIMP.
On peut donc s’attendre, dans une
plaque où l’infiltrat inflammatoire est important et où l’IL1, le TNFa
et l’IFNc sont exprimés, à une augmentation des MMP sous l’effet
de l’IL1 et du TNFa, et à une diminution de la production des
protéines de la matrice extracellulaire sous l’effet de l’IFNc, sans
modification du niveau des TIMP, avec comme conséquence une
dégradation de la matrice extracellulaire et une fragilisation de la
chape fibreuse.
Le rôle de l’IFNc a été évalué chez la souris apoE–/–
déficiente en récepteurs de l’IFNc.
Ces souris présentent une très
nette réduction de la taille des lésions athéroscléreuses avec une
forte augmentation du contenu en collagène, ce qui confirme
l’importance de l’IFNc comme régulateur négatif de la production
des protéines matricielles.
Les cytokines pro-inflammatoires de la plaque peuvent aussi
intervenir dans les complications thrombotiques associées à
l’athérosclérose.
Les propriétés antithrombotiques des cellules
endothéliales sont profondément altérées par l’IL1 ou le TNFa, qui
augmentent l’activité procoagulante de type facteur tissulaire (TF)
et suppriment l’activité anticoagulante relayée par le système
thrombomoduline-protéine C, en diminuant l’expression de la
thrombomoduline.
Ces cytokines modifient aussi les propriétés
fibrinolytiques des cellules endothéliales en diminuant la production
de l’activateur du plasminogène de type tissulaire (tissue plasminogen
activator [tPA]) et en augmentant la production de l’inhibiteur du
tPA, le plasminogen activator inhibitor (PAI)-1.
B - BALANCE INFLAMMATOIRE DANS L’ATHÉROSCLÉROSE :
Le schéma inflammatoire de l’athérosclérose ressemble de très près
à ce qui est classiquement décrit dans les pathologies inflammatoires
chroniques plus classiques, telles que la glomérulonéphrite, la
polyarthrite rhumatoïde, la pancréatite ou la cirrhose : infiltrat
inflammatoire composé de lymphocytes et de macrophages, puis
prolifération des cellules mésenchymateuses.
À une exception
près, les neutrophiles ne semblent jouer aucun rôle dans
l’athérosclérose.
Si l’on accepte le principe que l’athérosclérose est le
résultat d’une réaction inflammatoire chronique à localisation intimale, il convient alors d’envisager que l’athérosclérose, comme
toute réaction inflammatoire, s’accompagne de la production de
cytokines anti-inflammatoires qui participent à la résolution de
l’inflammation. Parmi les cytokines anti-inflammatoires (IL4, IL13,
transforming growth factor [TGF] b et IL10), l’IL10 est certainement la
plus intéressante dans le contexte de l’athérosclérose.
Les cytokines
anti-inflammatoires sont en général produites par les lymphocytes
T de type Th2, mais l’IL10 se singularise dans la mesure où elle est
également produite en grandes quantités par les macrophages et
qu’elle intervient dans le contrôle direct de la production de TNFa.
Par ailleurs, l’IL10 inhibe l’expression par les macrophages
des métalloprotéinases, MMP-1 et MMP-9, et stimule l’expression
de l’inhibiteur endogène des MMP, le TIMP-1.
Elle inhibe
l’activation du facteur de transcription NF-jB (nuclear factor-jB, ainsi
que l’expression par les monocytes activés du TF.
L’ensemble de ces
propriétés fait de l’IL10 une cytokine potentiellement antiathérogène
et antithrombotique.
Elle est présente dans les plaques
d’athérosclérose humaines et, comme attendu, son expression locale
est inversement corrélée aux signes d’inflammation et à la mort des
cellules par apoptose.
L’IL10 est impliquée dans le
développement des lésions athéroscléreuses, comme le démontre
une approche expérimentale utilisant des souris déficientes en IL10
(IL10–/–).
Ces souris, élevées dans un milieu protégé des pathogènes
environnementaux et mises sous régime athérogène, développent
des plaques d’athérome trois fois plus grosses que celles des souris
témoins.
Par ailleurs, lorsque les souris IL10–/– sont soumises
au même régime athérogène, mais élevées dans un environnement
conventionnel, celles-ci développent des lésions athéroscléreuses 30
fois plus grosses que celles des souris IL10+/+.
Ces expériences
suggèrent que des agents infectieux, dont certains, en particulier
Chlamydia pneumoniae, ont été impliqués dans l’athérosclérose chez
l’homme, ne pourraient se révéler délétères que dans un contexte
immuno-inflammatoire de déséquilibre de production d’IL10.
De
plus, les études réalisées sur les souris IL10–/– ont également montré
l’importance potentielle de cette cytokine dans la stabilité de la
lésion.
Les plaques de souris IL10–/– contiennent plus de
lymphocytes T, plus d’IFNc et moins de collagène, caractéristiques
des plaques instables et vulnérables.
Apoptose et athérosclérose
:
On savait depuis longtemps que la plaque contient des débris
cellulaires provenant principalement, pensait-on, de la nécrose des
macrophages.
On sait maintenant que la plaque athéromateuse est
le siège d’intenses processus apoptotiques.
L’apoptose survient
essentiellement dans les macrophages, mais tous les types cellulaires
de la plaque peuvent être affectés, y compris les cellules
endothéliales situées en aval de la sténose maximale et exposées à
de faibles niveaux de cisaillement.
La réaction inflammatoire détermine, en grande partie, le taux de
cellules en apoptose dans la plaque d’athérome.
Les cytokines proinflammatoires
sont capables d’induire l’apoptose de tous les types
cellulaires de la plaque, en partie par la production excessive de
monoxyde d’azote conduisant à la formation de peroxynitrite.
L’expression du nitric oxide (NO) synthase inductible est directement
corrélée à la survenue d’apoptose dans la plaque d’athérome
humaine.
À l’inverse, l’expression locale de cytokines antiinflammatoires
comme l’IL10 est associée à une diminution de
l’expression de la NO synthase inductible et à une diminution de
l’apoptose dans la plaque.
Les données les plus actuelles font jouer un rôle déterminant à
l’apoptose dans la formation du thrombus à l’origine des syndromes
coronariens aigus.
Les cellules inflammatoires, macrophages et
lymphocytes T, constituent la part la plus importante des cellules en apoptose dans la plaque.
L’apoptose des macrophages est
fréquemment observée en bordure du noyau lipidique acellulaire,
ce qui suggère que la mort des macrophages par apoptose contribue
à la croissance du noyau lipidique dans lequel s’accumulent des
microparticules apoptotiques, fragments membranaires de cellules
mortes.
Ces microparticules apoptotiques possèdent des propriétés
chimiotactiques et promitogènes pour les macrophages qui les
rendent potentiellement délétères.
Surtout, le rôle fonctionnel majeur
de l’apoptose dans la plaque d’athérome est lié au potentiel
procoagulant des cellules et microparticules apoptotiques.
L’apoptose dans la plaque d’athérome est responsable de l’activation
locale du TF, à l’origine de la thrombogénicité de la plaque
d’athérome.
On savait que l’expression et l’activité du TF sont
augmentées dans la plaque d’athérome, en particulier dans le noyau
lipidique, et qu’il existe une relation entre l’activité TF et la thrombogénicité de la plaque d’athérome.
Nous savons
maintenant que l’expression extracellulaire du TF est
particulièrement importante dans les zones apoptotiques et que le
TF est libéré pendant la mort cellulaire, en association avec des
microparticules apoptotiques.
Or, l’une des caractéristiques des
cellules apoptotiques est l’exposition précoce de la phosphatylsérine
(PS) à la surface externe de la membrane plasmique.
L’externalisation de la PS crée un environnement favorable à
l’activation du TF, dont l’activité procoagulante est considérablement
augmentée après l’induction de l’apoptose.
L’apoptose joue ainsi un rôle fondamental en tant que catalyseur de la réaction
thrombogène en augmentant l’activité procoagulante du TF exprimé
dans la plaque.
C’est le facteur déterminant de la thrombogénicité
intraplaque, qui peut expliquer la formation de thrombus après
rupture de la chape fibreuse et mise en contact du sang avec le
noyau lipidique.
Par ailleurs, les propriétés proadhésives et procoagulantes des
cellules endothéliales en apoptose pourraient être responsables de
la formation de thrombi plus ou moins importants à la surface de
ces cellules et éventuellement de la survenue de microemboles après
détachement des cellules apoptotiques du tissu sous-jacent.
Or, les
cellules endothéliales vasculaires sont soumises à de nombreuses
agressions, à la fois chimiques et physiques, induisant une mort
cellulaire dont le risque est toujours la dénudation endothéliale et
l’initiation des processus thrombotiques.
Dans ce contexte, les forces
de cisaillement exercent un rôle décisif dans le contrôle de l’apoptose
endothéliale.
La mort par apoptose des cellules endothéliales
survient préférentiellement en aval de la sténose maximale, où les
forces de cisaillement sont basses, par comparaison avec l’amont de
la sténose où les forces de cisaillement sont normales.
L’apoptose
des cellules endothéliales luminales de la plaque est très
certainement responsable de l’érosion de la plaque et de la survenue
de thrombose sans rupture.
Enfin, des microparticules apoptotiques peuvent être retrouvées
dans la circulation à l’occasion d’une rupture de plaque chez des
patients admis pour accidents coronaires ischémiques aigus.
Compte tenu de leur forte activité procoagulante, elles pourraient
exagérer les états d’hypercoagulabilité rencontrés dans les suites de
ces situations cliniques et favoriser ainsi la récidive d’accidents
ischémiques.
Elles pourraient également exercer des activités proapoptotique et pro-inflammatoire.
Des microparticules d’origine
leucocytaire, produites in vitro, sont des médiateurs inflammatoires
compétents capables d’activer les cellules endothéliales.
Il est
important de noter que la survenue de syndromes coronariens aigus
est très souvent associée à une inflammation systémique.
Formation de la chape fibromusculaire
:
La chape fibreuse qui recouvre la masse lipidique est constituée
principalement de cellules musculaires lisses qui ont migré à partir
de la média à travers la limitante élastique interne et ont proliféré
dans l’intima, ainsi que de protéines de la matrice extracellulaire
(protéoglycanes, collagène et élastine).
La structure de la chape fibromusculaire constituée, souvent organisée en unités lamellaires
avec des cellules musculaires lisses redevenues contractiles, laisse
penser qu’il s’agit là d’un phénomène de type cicatriciel, la média
originelle étant fréquemment atrophiée ou inexistante, suite
probablement à l’activité des MMP sécrétées par les macrophages.
Les cellules adultes quiescentes de la média sont dans un état
contractile, leur taux de renouvellement est très bas et la sécrétion
des protéines de la matrice extracellulaire interrompue.
En revanche,
après avoir migré dans l’intima, elles changent de phénotype et
deviennent « synthétiques » ; elles profilèrent et sécrètent en
abondance les protéines extracellulaires.
Toutefois, les cellules
musculaires provenant de la chape fibreuse de plaques athéroscléreuses sont beaucoup plus sensibles à l’apoptose que les
cellules issues de la média, ce qui pourrait expliquer l’instabilité
de certaines plaques.
Le facteur de stimulation de la prolifération des cellules musculaires
lisses le plus probable est le PDGF.
Les cellules endothéliales, les
macrophages et les cellules musculaires lisses de la plaque en
sécrètent.
Mais il existe d’autres facteurs de croissance candidats, en
particulier le basic fibroblast growth factor (bFGF).
Deux mécanismes
d’action ont donc été suggérés pour expliquer l’effet des facteurs de
croissance : une action paracrine (après libération par les cellules
environnantes [cellules endothéliales et macrophages], le PDGF agit
sur les cellules musculaires lisses) ; une action autocrine (la cellule
musculaire lisse sécrète elle-même l’agent qui va agir sur sa propre
croissance).
Conclusion
:
La fin du XXesiècle a été caractérisée par une évolution rapide des
concepts physiopathologiques de l’athérosclérose.
Le caractère
inflammatoire indéniable de la maladie oriente vers des stratégies
thérapeutiques spécifiques destinées à limiter l’inflammation au cours
des accidents aigus.
La reconnaissance du rôle stabilisateur des cellules
musculaires lisses dans la plaque a conduit à abandonner l’illusion de
pouvoir agir sur la plaque en inhibant la prolifération de ces cellules.
La
capacité de la plaque à croître tout en se remodelant sans sténose
anatomique amène à développer des techniques d’imagerie (ultrasons intravasculaires, imagerie par résonance magnétique) capables de
visualiser la plaque et d’en identifier les composants.
Enfin,
l’identification de l’apoptose comme déterminant majeur de la
thrombose laisse entrevoir des possibilités d’agir à ce niveau pour
empêcher la survenue d’accidents ischémiques aigus.