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Neurologie
Paraplégies spastiques
Cours de Neurologie
 

 

Introduction :

Les paraplégies ou paraparésies spastiques sont définies par un tableau médullaire où l’atteinte prépondérante est celle du faisceau pyramidal, atteinte responsable d’un déficit moteur variable des membres inférieurs.

Les paraplégies spastiques isolées, sans cause compressive ou malformative, sans signes cliniques d’atteinte du motoneurone ou témoignant d’une dissémination sus-médullaire demeurent un problème diagnostique fréquent et relèvent de causes nombreuses.

Les données épidémiologiques sur les paraplégies spastiques sont limitées.

Dans une revue récente, parmi 473 patients souffrant d’une paraplégie spastique, 47 % avaient une myélographie normale.

Chez 66 % d’entre eux, un diagnostic clinique a été facilement posé (présence de signes sus-médullaires ou d’une maladie systémique), et dans 34 %des cas la paraplégie spastique était isolée.

Parmi ces derniers, 67 % des patients avaient un diagnostic de SEP défini par les examens complémentaires.

Ces résultats sont comparables à ceux obtenus par d’autres équipes. Ainsi dans les pays tempérés, la principale étiologie des myélopathies progressives est la SEP.

À la différence de ce qui est observé dans les pays occidentaux, les paraplégies spastiques en pays tropical ou subtropical ont des étiologies différentes : les étiologies infectieuses dominent, en particulier la tuberculose, les paraplégies spastiques inexpliquées sont actuellement associées à des étiologies virales (HTLV-1 [human T-cell lymphoma virus type 1]), toxiques ou nutritionnelles (lathyrisme, konzo).

La démarche diagnostique du clinicien en face d’une paraplégie spastique a été bouleversée par le développement de l’IRM.

L’IRM médullaire permet d’éliminer les étiologies tumorales et malformatives, vasculaires ou non.

Dès lors, le problème du clinicien est, avant de conclure trop prématurément au diagnostic de SEP, d’éliminer les autres étiologies de paraplégies spastiques.

Un algorithme est proposé pour guider cette enquête.

Paraplégies spastiques d’origine inflammatoire :

A - Formes médullaires progressives de sclérose en plaques :

La SEP peut être à l’origine de tableaux médullaires variés.

Selon le mode évolutif, on peut distinguer des formes d’évolution rapide et des formes chroniques qui se manifestent comme une paraparésie progressive.

Les tableaux médullaires aigus ou subaigus s’observent chez le sujet jeune et peuvent être révélateurs de la SEP.

Les troubles sensitifs superficiels ou profonds sont au premier plan, les troubles sphinctériens sont fréquents et les troubles moteurs sont souvent au deuxième plan.

L’IRM médullaire révèle le plus souvent une lésion à l’étage cervical, la concordance avec le niveau médullaire clinique est rare.

Dans environ 60 % des cas, l’interrogatoire et les données des examens complémentaires permettent de retenir un diagnostic de SEP défini cliniquement ou par les examens complémentaires.

L’évolution à court terme est favorable, avec une amélioration totale ou partielle dans 75 % des cas.

Les formes progressives d’emblée de SEP s’observent chez le sujet plus âgé (près de 75 % des cas de SEP du sujet de plus de 50 ans).

Il s’agit le plus souvent d’une hémiparésie ou d’une paraparésie progressive.

Les signes moteurs sont au premier plan. Lorsque manquent les signes de dissémination dans le temps, le diagnostic sera un diagnostic d’exclusion des autres causes de paraparésie progressive.

L’IRM cérébrale peut être normale ou montrer des anomalies non spécifiques dont l’interprétation est rendue difficile par l’âge du patient.

Lorsque des lésions cérébrales sont identifiées, elles s’accompagnent rarement d’une prise de gadolinium.

L’IRM médullaire serait évocatrice de ces formes progressives lorsqu’elle montre un hypersignal diffus de la moelle cervicale.

Les anomalies de l’étude des potentiels évoqués visuels sont moins fréquentes que dans les formes rémittentes et le plus souvent bilatérales.

Le seul facteur pronostique des formes progressives d’emblée est la progression du handicap.

Le traitement de ces formes progressives est décevant.

En l’absence d’études cliniques ayant montré une efficacité sur ces formes, le traitement consiste en une corticothérapie en cure mensuelle et/ou sur les immunosuppresseurs.

B - Neurosarcoïdose :

Une atteinte neurologique survient dans 5 % des cas de sarcoïdose, elle est révélatrice dans 50 % des cas, et dans plus de 90 %des cas il existe une autre localisation sarcoïdosique permettant de faire facilement le diagnostic.

La myélopathie sarcoïdosique doit être évoquée devant toute myélopathie d’évolution subaiguë ou chronique.

Dans la plupart des cas, le granulome est intramédullaire et cervical et pose le problème d’un processus occupant de l’espace. L’évaluation clinique complète du patient est capitale.

Elle permet de mettre en évidence le caractère multisystémique de la maladie et oriente le diagnostic.

La confirmation histologique peut être apportée par la biopsie de l’un des organes atteints (peau, adénopathie périphérique ou médiastinale, conjonctive, glandes salivaires accessoires, foie, muscle).

La myélographie et le scanner ne sont pas spécifiques.

L’IRM médullaire révèle un hypersignal médullaire sur les séquences pondérées en T2 qui prend fortement le contraste après injection de gadolinium.

Le contraste entre l’importance de l’atteinte médullaire en imagerie et des signes cliniques modérés peut orienter vers une atteinte inflammatoire.

Le liquide céphalorachidien (LCR) contient une hyperprotéinorachie modérée avec parfois des bandes oligoclonales et une discrète cytorachie.

L’IRM encéphalique peut mettre en évidence des lésions de substance blanche périventriculaire identiques à celles observées dans la SEP.

Un syndrome inflammatoire biologique est un élément d’orientation, tout comme l’existence d’une hypercalciurie sans hypercalcémie.

L’augmentation de l’enzyme de conversion de l’angiotensine sérique et la présence d’une fixation diffuse à la scintigraphie au gallium (poumons, glandes parotides, salivaires et lacrymales) sont les meilleurs éléments du diagnostic, cette association a une spécificité de 90 %pour le diagnostic de sarcoïdose.

Parfois, seule la biopsie chirurgicale permettra le diagnostic.

Le traitement corticoïde permet souvent une amélioration.

C - Neurolupus :

Des manifestations neurologiques surviennent dans 25 à 75 % des cas de lupus érythémateux aigu disséminé (LEAD).

L’atteinte neurologique est la seconde cause de mortalité après l’atteinte rénale.

Dans deux tiers des cas, les manifestations neurologiques ne témoignent pas d’une localisation de la maladie lupique au système nerveux mais sont en rapport avec les complications de l’hypertension, les perturbations métaboliques, les infections ou les traitements.

La myélite transverse aiguë est une complication rare du lupus, dont l’évolution est souvent défavorable.

Elle survient le plus souvent lorsque le diagnostic de LEAD a été posé ou dans le cadre d’un syndrome de Devic.

Elle est rarement révélatrice de la maladie lupique, elle survient souvent au cours d’une poussée de la maladie.

L’évolution du déficit neurologique est rapide, en quelques heures.

L’examen révèle une paraplégie complète avec perte des fonctions sphinctériennes.

L’IRM médullaire montre une augmentation du volume de la moelle épinière et un hypersignal modéré en T2.

Le LCR peut être normal ou discrètement inflammatoire.

Le handicap résiduel est sévère même lorsque le lupus est contrôlé.

L’examen anatomopathologique montre une destruction de la moelle dorsale et lombaire associée à des modifications vasculaires (angéite et thrombose). Le rôle possible d’anticorps antiphospholipides et d’anticorps antineuronaux a été suggéré.

Ces myélites aiguës transverses lupiques doivent être différenciées des myélites transverses d’autres étiologies, en particulier virale (virus du groupe Herpès), qui peuvent s’observer chez le patient immunodéprimé.

Des myélopathies progressives ou rémittentes peuvent se rencontrer.

Elles posent le problème de leur relation avec le lupus lorsque la seule anomalie est la présence d’anticorps antinucléaires.

D - Neuro-Behçet :

Une atteinte neurologique survient dans 15 à 20 % des cas de maladie de Behçet.

Le diagnostic repose sur les signes cliniques extraneurologiques associés (ulcérations orales et génitales, lésions cutanées et oculaires).

Il est rare que l’atteinte neurologique révèle la maladie.

La maladie de Behçet atteint préférentiellement le tronc cérébral mais une atteinte médullaire est présente chez 28 % des patients autopsiés.

L’atteinte médullaire survient après l’atteinte du tronc cérébral.

L’installation des troubles neurologiques est variable.

Dans 50 %des cas, l’évolution est aiguë sur quelques jours, dans les autres cas l’évolution est plus lente, sur quelques semaines ou mois.

L’atteinte motrice (hémiparésie, tétraparésie ou paraparésie) est au premier plan et présente chez plus de 60 % des patients.

L’association de ces troubles moteurs à une atteinte du tronc cérébral (ataxie cérébelleuse, atteinte oculomotrice, dysarthrie, dysphagie), à une atteinte des fonctions cognitives, et à des troubles du comportement, est évocatrice.

Le LCR est le plus souvent anormal : pléiocytose à prédominance lymphocytaire mais parfois les polynucléaires sont les plus nombreux ; hyperprotéinorachie modérée ; synthèse intrathécale d’immunoglobulines augmentée (la présence de bandes oligoclonales est un argument contre le diagnostic de neuro- Behçet).

L’IRM médullaire est souvent normale, en revanche l’imagerie de l’encéphale et du tronc cérébral montre des lésions sous la forme d’hypersignaux, sur les séquences pondérées en T2, de la substance grise et de la substance blanche.

Les séquences avec injection de gadolinium permettent de détecter une prise de contraste leptoméningée évocatrice du diagnostic.

Les lésions neuropathologiques sont caractérisées par une méningoencéphalomyélite qui prédomine dans le tronc cérébral.

La biologie usuelle oriente lorsqu’elle met en évidence un syndrome inflammatoire.

La corticothérapie est efficace en début de maladie, en particulier dans les formes rémittentes.

La colchicine, efficace dans la prévention des poussées oculaires, a un effet modeste sur l’atteinte neurologique.

Les immunosuppresseurs (cyclophosphamide) permettent parfois un contrôle de la maladie.

E - Atteinte médullaire des vasculites primitives et systémiques :

Les vasculites primitives ou granulomateuses du système nerveux central sont des maladies rares.

Elles peuvent parfois être révélées et se limiter à une atteinte médullaire.

Le tableau clinique est celui d’un infarctus médullaire (douleurs lombaires, niveau sensitif et incontinence urinaire) ou d’une myélopathie progressive où l’atteinte motrice est prédominante.

Le LCR montre une méningite lymphocytaire ou une hyperprotéinorachie modérée.

L’IRM peut être normale ou montrer un hypersignal sur les séquences pondérées en T2.

La présence de signes d’atteinte sus-médullaire (encéphalopathie, confusion, déficits focaux) est un argument important pour le diagnostic.

La biopsie méningée et parenchymateuse permet de mettre en évidence une vasculite granulomateuse ou non. L’enquête étiologique doit éliminer les artérites secondaires (à un cancer, à un agent infectieux, à une vasculite systémique).

Le traitement consiste en une association de corticoïdes et d’immunosuppresseurs (cyclophosphamide).

Des atteintes médullaires peuvent se rencontrer au cours de la périartérite noueuse, de la maladie deWegener, du syndrome de Sjögren et de la maladie de Takayasu.

Les signes systémiques de ces artérites sont toujours présents, et le diagnostic déjà connu lorsque la médullopathie se manifeste.

F - Syndrome de Devic :

La neuromyélite optique de Devic est caractérisée par l’association d’une neuropathie optique aiguë ou subaiguë et d’une atteinte médullaire.

Si la neuromyélite optique a été considérée dans le passé comme une forme possible de SEP, la plupart des auteurs s’accordent actuellement pour en faire une maladie différente.

Les critères diagnostiques proposés de la neuromyélite optique sont les suivants :

– atteinte aiguë ou subaiguë de la moelle épinière et des nerfs optiques simultanée ou séparée de plusieurs mois ou années ;

– évolution variable, mais on ne trouve jamais au cours de l’évolution de signes témoignant d’une atteinte cérébrale, cérébelleuse ou du tronc cérébral ;

– l’IRM encéphalique est normale, l’IRM médullaire montre une moelle augmentée de volume avec une nécrose ;

– il n’existe pas de sécrétion intrathécale d’immunoglobulines, mais des bandes oligoclonales et des cellules sont parfois présentes.

L’étude anatomopathologique révèle une nécrose cavitaire de la moelle épinière sans signes inflammatoires, les nerfs optiques présentent des lésions de démyélinisation avec parfois une nécrose cavitaire, on ne trouve pas d’autres lésions de démyélinisation.

Certaines neuromyélites optiques ont été considérées comme des encéphalomyélites aiguës disséminées, d’autres sont apparues au cours de maladies systémiques telles que le LEAD ou la maladie de Behçet.

Paraplégies spastiques d’origine infectieuse :

A - Paraplégies associées au HTLV-1 :

HTLV-1 est le premier rétrovirus humain.

Il a été isolé en 1981 à partir des lymphocytes d’un patient porteur d’un lymphome T.

En 1985, en Martinique, une haute prévalence d’anticorps dirigés contre HTLV-1 fut observée chez les patients souffrant de paraparésie spastique tropicale.

L’association myélopathie chronique progressive et HTLV-1 fut rapidement confirmée dans les zones d’endémie HTLV-1 et l’appellation TSP/HAM (tropical spastic paraparesis/ HTLV-1 associated myelopathy) fut retenue. HTLV-1 se transmet par voie sexuelle (le plus souvent dans le sens hommefemme), par l’allaitement maternel, par voie sanguine et plus rarement par voie transplacentaire.

Les zones d’endémie de HTLV-1 incluent le bassin caraïbéen, l’Amérique centrale et du Sud, l’Afrique intertropicale, l’Afrique du Sud et le Japon.

Les myélopathies chroniques associées au HTLV-1 (TSP/HAM) s’observent principalement dans les zones d’endémie de HTLV-1 : bassin caraïbéen, Amérique centrale et du Sud, Afrique équatoriale, Seychelles, Mélanésie, Afrique du Sud.

Des cas sporadiques ont été rapportés dans des pays non endémiques tels que l’Amérique du Nord, l’Europe ou la Chine, habituellement chez des immigrants originaires de pays endémiques mais aussi chez des autochtones.

Le mode de contamination, chez ces derniers, est lié le plus souvent à une transfusion de produits sanguins contaminés ou à une contamination sexuelle par un sujet porteur du virus.

Cependant, chez certains patients, aucune source de contamination n’a pu être identifiée et certains auteurs ont suggéré la possibilité de microfoyers endémiques.

La prévalence des TSP/HAM varie largement selon les pays, allant de 8,6/100 000 habitants à Kyushu (Japon) à 128/100 000 habitants à Mahé (Seychelles).

À l’intérieur d’un pays, la prévalence des TSP/HAM varie avec celle de la séropositivité pour HTLV-1.

L’incidence annuelle varie entre 0,04/100 000 habitants/an à Kyushu et 6,3/100 000 habitants/an à Tumaco (Colombie).

Au Japon, l’incidence des TSP/HAM parmi les individus porteurs de HTLV-1 est de 68,3/100 000.

Dans certaines communautés, le pourcentage des individusHTLV-1 positifs atteints de TSP/HAM peut être très élevé, comme dans la communauté juive iranienne originaire de Mashad, où 23 % des individus sont séropositifs et 68 % d’entre eux sont atteints de TSP/HAM.

L’âge de début des manifestations cliniques se situe dans la quatrième décennie.

La maladie apparaît exceptionnellement avant 20 ans et après 70 ans.

Dans toutes les séries, il existe une prépondérance féminine, avec un rapport femme/homme allant de 1,5 : 1 au Japon à 3,5 : 1 en Martinique.

Quelle que soit l’origine géographique du patient, le tableau clinique est similaire et correspond aux anciennes descriptions des paraparésies spastiques tropicales endémiques.

Le début est insidieux, sans prodromes ni facteurs déclenchants.

Il est souvent marqué par des lombalgies, irradiant ou non dans les membres inférieurs, siège d’une sensation de raideur et de faiblesse.

Des paresthésies à type d’engourdissements, de brûlures ou de piqûres des membres inférieurs sont parfois présentes dès le début.

Les troubles urinaires sont souvent inauguraux; mictions impérieuses, incontinence intermittente.

L’impuissance est fréquente.

La progression de la maladie est variable. Ainsi, après 10 ans d’évolution, un tiers des patients se déplacent sans aide, un tiers marchent avec une ou deux aides, le dernier tiers est dépendant d’un fauteuil roulant pour se déplacer.

Un âge de début précoce et une contamination transfusionnelle augurent d’une progression plus rapide et d’un handicap plus sévère.

Le tableau clinique est dominé par une paraparésie ou une paraplégie spastique; les réflexes sont pyramidaux; il existe un clonus du pied et un signe de Babinski bilatéral.

La faiblesse musculaire prédomine à la racine des membres inférieurs.

Les réflexes sont vifs aux membres supérieurs.

Les signes sensitifs sont minimes (témoignant de l’atteinte du faisceau spinothalamique ou plus rarement des cordons postérieurs) et contrastent avec l’intensité des symptômes.

L’atteinte du système nerveux périphérique est décrite principalement chez les patients originaires des Antilles et d’Amérique du Sud.

Ainsi, en Martinique, 23 % des patients présentent une atteinte clinique ou infraclinique du système nerveux périphérique.

Celle-ci est souvent discrète, se traduisant par une diminution ou une abolition des réflexes achilléens associée à une hypoesthésie en « chaussettes » et à une amyotrophie distale.

Lorsque l’amyotrophie est très marquée, un tableau de pseudosclérose latérale amyotrophique peut être observé.

Exceptionnellement, il existe un syndrome polymyositique associant des douleurs musculaires, un déficit moteur proximal et une élévation des enzymes musculaires.

L’atteinte des nerfs crâniens est rare, mais des cas de neuropathie optique ont été rapportés.

L’atteinte cérébelleuse, limitée à un tremblement d’action, est présente chez 20 % des patients examinés aux Seychelles.

Dès les premières publications, l’association de signes systémiques à l’atteinte neurologique fut soulignée.

De nombreuses manifestations ont été décrites : gammapathie monoclonale, cryoglobulinémie, vascularite nécrosante, arthrite, polymyosite, myosite à inclusions, myasthénie, cholangite sclérosante, alvéolite lymphocytaire, hépatite, uvéite, syndrome sec, sarcoïdose, maladies dermatologiques….

Deux faits méritent d’être soulignés : d’une part, ces manifestations ne sont pas systématiquement associées aux TSP/HAM ; d’autre part, elles sont aussi observées chez des patients séropositifs pour HTLV-1 sans TSP/HAM.

Certaines de ces manifestations sont exceptionnelles et l’imputabilité de HTLV-1 dans leur genèse est loin d’être établie.

En revanche, d’autres manifestations semblent fréquentes.

Tel est le cas des alvéolites lymphocytaires, des arthrites et des uvéites.

L’alvéolite lymphocytaire est souvent asymptomatique et découverte lors d’un lavage bronchoalvéolaire systématique : présente chez 80 % des patients TSP/HAM, elle ne s’observe que chez 30 à 60 % des sujets asymptomatiques.

Les arthrites touchent les grosses articulations (genoux, chevilles, poignets) ; la ponction articulaire ramène un liquide inflammatoire contenant des lymphocytes atypiques (ATL-like).

Présentes chez 30 % des patients TSP/HAM japonais, elles sont rares chez les sujets HTLV-1 positifs asymptomatiques.

Les uvéites représentent parfois la seule manifestation clinique de l’infection HTLV-1; des anticorps anti-HTLV-1 sont présents dans 40 % des cas d’uvéites « idiopathiques » japonaises.

L’imagerie de la moelle épinière peut être normale ; elle montre parfois une moelle thoracique atrophique ; ailleurs, elle met en évidence un hypersignal dorsal diffus sur les séquences pondérées en T2.

Dans 58 % des cas, l’imagerie encéphalique montre des lésions de haut signal dans la substance blanche périventriculaire ou profonde.

Les potentiels évoqués moteurs détectent un ralentissement de la conduction motrice centrale. Ce ralentissement concerne les fibres pyramidales destinées aux membres supérieurs et inférieurs.

Les potentiels évoqués visuels sont anormaux dans 30 % des cas, les potentiels évoqués somesthésiques dans 50 % des cas, et les potentiels évoqués auditifs dans 25 % des cas.

Les études urodynamiques montrent une vessie spastique avec un détrusor hyperactif et une dyssynergie vésicosphinctérienne.

L’atteinte du système nerveux périphérique (polynévrite ou myosite), présente dans 25 % des cas, peut n’être détectée que par un électromyogramme (EMG) avec mesure des vitesses de conduction nerveuse.

La vitesse de sédimentation est normale ; accélérée, elle doit faire chercher une maladie associée à la TSP/HAM.

La numération formule sanguine est normale. Sur le frottis sanguin, un cytologiste averti peut trouver des lymphocytes atypiques à noyau indenté ou convoluté qui peuvent représenter de 1 à 20% des lymphocytes circulants.

Environ 1 à 5 % des lymphocytes sont des cellules ATL-like à noyau en trèfle et au cytoplasme hyperbasophile.

Il est rare d’observer de telles cellules chez le sujet HTLV-1 positif asymptomatique.

Dans le LCR, il existe une pléiocytose modérée (< 50 cellules/mm3) à prédominance lymphocytaire.

Il est possible de trouver des lymphocytes atypiques similaires à ceux observés dans le sang périphérique ainsi que des lymphocytes activés.

La protéinorachie est normale ou discrètement augmentée.

Des bandes oligoclonales d’immunoglobulines G (IgG) sont toujours présentes à la fois dans le sang et le LCR (à la différence de ce qui est observé dans la SEP où elles ne sont présentes que dans le LCR).

Certaines de ces bandes contiennent des IgG dirigées contre HTLV-1.

Les anticorps anti-HTLV-1 sont toujours détectables à la fois dans le sang et le LCR des patients souffrant de TSP/HAM.

En revanche, chez l’individu séropositif asymptomatique, il est exceptionnel de mettre en évidence, dans le LCR, des anticorps contre HTLV-1.

Le diagnostic des TSP/HAM repose sur l’association d’un tableau clinique de myélopathie progressive, de la détection d’anticorps anti-HTLV-1 dans le sang et le LCR.

L’exclusion préalable des autres diagnostics possibles de myélopathie, en particulier d’une compression de la moelle épinière, est nécessaire.

Les lésions anatomopathologiques prédominent dans la moelle thoracique basse qui est atrophique.

Celle-ci est le siège d’une méningomyélite associant des infiltrats inflammatoires périvasculaires et parenchymateux et une destruction myélinoaxonale des voies longues des cordons antérolatéraux.

L’inflammation est nette en début de maladie ; elle diminue puis disparaît au cours de l’évolution et laisse la place à une gliose astrocytaire et à une fibrose vasculaire.

Les infiltrats inflammatoires sont constitués de macrophages, de cellules microgliales, de lymphocytes T et B.

Les lymphocytes CD4+ prédominent au début de la maladie ; puis ce sont les lymphocytes CD8+ associés à une expression exagérée des antigènes d’histocompatibilité de classe I.

Dans le cerveau, les infiltrats inflammatoires périvasculaires observés sont rarement associés à des lésions parenchymateuses.

La possibilité de souches neurotropes de HTLV-1 est actuellement écartée.

L’apparition de manifestations en rapport avec l’infection HTLV-1 est dépendante de l’hôte et en particulier de sa réponse immune.

Celle-ci est humorale et cellulaire.

Les études immunologiques comparant les patients séropositifs asymptomatiques et symptomatiques ont montré des différences purement quantitatives.

Les lymphocytes T cytotoxiques (CD8+, HLAclasse I) spécifiques de HTLV-1 sont dirigés principalement contre la protéine tax et aussi contre les protéines codées par les gènes env et pol.

Ils sont présents dans le sang périphérique des patients séropositifs, qu’ils soient ou non symptomatiques.

La présence d’un nombre plus élevé de lymphocytes T cytotoxiques chez les patients souffrant d’une PST/HAM n’est pas constante.

En revanche, il est admis que le titre plus élevé d’anticorps dirigés contre HTLV-1 et la proportion plus élevée de lymphocytes activés sont plus fréquents chez les patients HTLV-1 positifs atteints de TSP/HAM que chez les sujets asymptomatiques.

L’importance de la réponse immune apparaît dépendante de l’importance de la charge virale.

Dans les cellules du sang périphérique des patients séropositifs symptomatiques, celle-ci est 10 à 100 fois plus élevée que chez les individus asymptomatiques.

Cette observation suggère que l’importance de la charge virale est corrélée non seulement à l’apparition de manifestations cliniques mais aussi à l’importance des anomalies immunologiques.

Dans les cas post-transfusionnels de PST/HAM où la charge virale contaminante est supposée élevée, l’apparition de la symptomatologie est rapide.

En dehors des cas post-transfusionnels, plusieurs mécanismes peuvent contribuer à l’augmentation de la charge virale.

Dans un couple où les deux partenaires sont séropositifs, la réinfestation répétée (essentiellement dans le sens homme-femme) contribue certainement à un accroissement de la quantité de virus.

D’un autre côté, il est possible que les stimulations immunologiques augmentent de façon directe ou indirecte (par le biais des cytokines) la multiplication du virus.

À l’inverse, une immunosuppression peut contribuer à cette multiplication du virus. Plusieurs hypothèses physiopathologiques peuvent être émises.

Si l’on admet qu’une infection de certaines cellules du système nerveux central est possible, l’expression des protéines du virus dans ces cellules pourrait entraîner une réponse humorale et cellulaire responsable :

– de la mort de ces cellules ;

– d’une atteinte plus diffuse secondaire aux effets délétères des cytokines (en particulier du TNF alpha [tumor necrosis factor alpha]) sur les cellules non infectées, la myéline et les axones.

Si l’on estime qu’il n’y a pas d’infection des cellules du système nerveux central, deux autres mécanismes sont envisageables.

En premier lieu, la migration dans le système nerveux central de lymphocytes activés dont certains sont infectés par HTLV-1, pourrait créer un foyer inflammatoire local qui s’autoentretiendrait et qui s’étendrait progressivement.

En second lieu, l’infection de clones lymphocytaires périphériques « autoréactifs » (contre des antigènes du système nerveux central) pourrait conduire à leur expansion et à leur activation puis à la pénétration secondaire de ces clones dans le système nerveux central et enfin à la destruction locale du parenchyme.

Dans tous les cas, il reste à expliquer la localisation préférentielle des lésions dans la moelle thoracique basse.

Les divers traitements proposés jusqu’à présent (corticoïdes, immunosuppresseurs, interféron alpha, zidovudine) ont été décevants.

L’association zidovudine-interféron alpha, étudiée récemment dans les ATL, a donné des résultats encourageants.

B - Paraplégies associées au HTLV-2 :

HTLV-2 possède 60 % d’homologie de séquence avec HTLV-1.

HTLV-2 est endémique dans certaines populations du globe telles que les Amérindiens de l’Amérique du Nord et du Sud, certaines tribus de Mongolie et d’Afrique du Nord.

Les modes de transmission de HTLV-2 sont identiques à ceux de HTLV-1.

En Europe de l’Ouest et aux États-Unis, la séroprévalence de HTLV-2 est relativement importante parmi les toxicomanes.

HTLV-2 a été associé aux leucémies à tricholeucocytes et aux lymphomes à grandes cellules.

Plus récemment, HTLV-2 a été incriminé dans des myélopathies progressives similaires aux TSP/HAM et dans certaines dégénérescences spinocérébelleuses.

Dans un cas de myélopathie associée au HTLV-2, le virus a pu être mis en évidence, par hybridation in situ, à l’intérieur d’un granulome de la moelle épinière.

Les quelques cas rapportés à ce jour ne permettent pas encore de conclure à une association significative.

C - Paraplégies associées au virus de l’immunodéficience humaine (VIH)-1 :

La myélopathie vacuolaire (MV) est l’atteinte médullaire la plus fréquente observée chez le sidéen.

Elle s’observe chez 10 à 20 % des sidéens et survient lorsqu’il existe une immunodépression importante (nombre de lymphocytes CD4+ < 200/mL). Dans les séries autopsiques, la MV s’observe dans 50 % des cas adultes mais dans seulement 10 % des cas pédiatriques.

Chez le sidéen sans signes médullaires, une altération des potentiels évoqués sensitifs peut être parfois mise en évidence.

Le suivi des potentiels évoqués sensitifs montre une aggravation dans les années qui suivent chez les patients qui développent une MV.

La MV se présente comme une paraparésie spastique d’évolution progressive, associée souvent à une ataxie proprioceptive avec signe de Romberg, sans niveau sensitif, elle s’accompagne le plus souvent d’une démence et d’une neuropathie périphérique qui rendent le tableau clinique complexe.

Les membres supérieurs sont respectés. L’IRM médullaire est normale ou montre une moelle atrophique.

L’analyse du LCR est peu contributive car elle montre une hyperprotéinorachie et une discrète pléiocytose sans valeur diagnostique.

Le tableau clinique ressemble à celui d’une sclérose combinée de la moelle liée à un déficit en vitamine B12, mais aucune carence en vitamine B12 n’a pu être mise en évidence.

L’examen anatomopathologique montre une vacuolisation de la substance blanche médullaire et une gliose qui sont localisées dans les cordons postérieurs et antérolatéraux.

La physiopathologie des lésions demeure inconnue.

Contrairement à ce qui est observé dans le cerveau, une infection productive de VIH dans la moelle épinière est rare ; le VIH n’a été qu’exceptionnellement isolé de la moelle épinière ou du LCR de patient porteur d’une myélopathie progressive.

Le Cytomégalovirus (CMV) ne semble pas intervenir dans la physiopathologie de la MV.

Certains auteurs ont suspecté le rôle de carences multiples, celui des cellules microgliales, voire un effet toxique direct d’une glycoprotéine virale (gp120).

La présence du VIH-1 n’est pas corrélée à la présence ou à la gravité de la MV.

Le traitement demeure symptomatique. La zidovudine à forte dose ne modifie pas l’évolution de la maladie. Le rôle de la trithérapie est en cours d’évaluation.

La MV doit être différenciée des autres myélopathies survenant au cours de l’infection par le VIH-1 ; en particulier des myélopathies secondaires à une infection opportuniste (CMV et autres virus du groupe Herpès, toxoplasmose) dont l’installation est souvent plus rapide et où l’imagerie peut parfois montrer un aspect tumoral, et des myélopathies d’origine carentielle (carence en vitamine B12).

Paraparésies spastiques associées au virus

D - Herpès de type 6 (HHV-6) :

Le virus HHV-6 est associé à l’exanthème subit du jeune enfant.

Un tableau de méningoencéphalite peut parfois accompagner l’exanthème subit, ce qui suggère le neurotropisme de ce virus.

Un cas de paraparésie spastique progressive chez une femme de 75 ans a été attribué au HHV-6 sur les résultats de l’étude autopsique qui mettaient en évidence, à l’intérieur de lésions inflammatoires médullaires, la présence de HHV-6 dans les cellules gliales (principalement astrocytaires).

Il existait, associée à l’inflammation, une destruction axonomyélinique étendue à toute la moelle mais qui prédominait dans la moelle dorsale.

E - Maladie de Lyme :

Dix à 40 % des maladies de Lyme se compliquent de manifestations neurologiques (neuroborréliose).

Au cours de la phase précoce, on observe une méningite lymphocytaire, des atteintes des nerfs crâniens et des atteintes radiculaires (syndrome de Garin-Bujadoux).

Au cours de la phase tardive, il existe une encéphalomyélite qui associe à des degrés divers, une paraparésie spastique, une ataxie, une atteinte des nerfs crâniens et des troubles cognitifs.

L’étude du LCR révèle la présence d’une méningite lymphocytaire associée à des bandes oligoclonales (avec synthèse intrathécale d’IgG spécifique anti-Borrelia burgdorferi).

L’IRM encéphalique peut montrer des lésions localisées préférentiellement dans la substance blanche.

Le diagnostic des manifestations neurologiques survenant au cours de la phase tardive repose sur les antécédents cliniques du patient (érythème migrant, arthrite), sur les sérologies, la mise en évidence d’une synthèse intrathécale et éventuellement les techniques d’amplification par la polymérase (PCR [polymerase chain reaction]).

La neuroborréliose est traitée par la ceftriaxone ou la pénicilline G par voie parentérale.

La place des corticoïdes dans le traitement est discutée.

F - Bilharziose médullaire :

Schistosoma mansoni et Schistosoma haematobium sont responsables d’atteinte médullaire ou du cône terminal.

Le tableau clinique correspond à celui d’une myélite nécrosante d’évolution aiguë ou subaiguë, ou d’un granulome du cône terminal associé à une arachnoïdite de la queue de cheval.

Dans le premier cas, l’IRM montre une augmentation du volume médullaire, et l’étude du LCR révèle une pléiocytose parfois associée à une éosinophilie.

Le contexte et les résultats des études parasitaires (sérologies, recherche d’oeufs de bilharzie) permettent le diagnostic.

Le traitement associe praziquantel ou oxamniquine et des corticoïdes.

G - Arachnoïdite spinale :

Elle se rencontre au cours des méningites chroniques non traitées, en particulier au cours de la tuberculose, de la brucellose et de la syphilis.

Les manifestations cliniques associent des signes d’atteinte médullaire et radiculaire.

Les premiers signes cliniques sont radiculaires : douleurs radiculaires qui peuvent précéder l’atteinte médullaire de plusieurs mois ou années.

Les lésions anatomopathologiques sont constituées d’une prolifération du tissu conjonctif (secondaire à l’infection chronique) qui occupe progressivement l’ensemble de l’espace sous-arachnoïdien.

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