Papulose lymphomatoïde, lymphomes cutanés primitifs CD30+ et maladie de Hodgkin Cours de dermatologie
Introduction
:
Les LCP non épidermotropes d’origine T lymphocytaire constituent
un groupe hétérogène.
Ils sont classés selon la taille des cellules lymphomateuses, en LCP à petites et moyennes cellules, et en LCP à
grandes cellules.
Parmi les LCP à grandes cellules, l’expression par
les cellules tumorales de l’antigène d’activation CD30 a permis
d’individualiser le groupe des LCP CD30+ caractérisé, à la
différence des LCP à grandes cellules n’exprimant pas cet antigène,
par un pronostic favorable, et ce quelle que soit leur morphologie,
anaplasique, immunoblastique ou pléomorphe.
Ils sont classés dans
la classification des lymphomes cutanés proposée par l’organisation
européenne de recherche sur le traitement des cancers (EORTC),
parmi les lymphomes « indolents », aux côtés de la PLy dont ils sont
proches.
Le spectre des lymphoproliférations CD30+ est un spectre
continu comprenant les LCP CD30+, les PLy de type A, ainsi que
des formes frontières entre ces deux entités.
Ces lymphoproliférations cutanées ont comme caractéristique commune
d’exprimer l’antigène CD30, mais ont aussi de nombreuses
similitudes anatomocliniques et évolutives et peuvent parfois
s’associer ou évoluer l’une vers l’autre.
D’autre part, elles ont de
nombreuses
ressemblances anatomocliniques avec les lymphomes ganglionnaires
CD30+, mais dont il paraît important de les distinguer, car leur
évolutivité différente appelle un traitement particulier et peut
suggérer une pathogénie distincte.
Antigène CD30
:
L’antigène CD30 a été identifié grâce à l’anticorps monoclonal Ki-1
développé contre les cellules de Reed-Sternberg qui caractérisent la
MH, puis son expression par les cellules anaplasiques de lymphomes ganglionnaires a été mise en évidence, permettant leur
identification.
Le CD30 est un récepteur transmembranaire de la
famille du récepteur du tumor necrosis factor (TNF).
Son gène est
localisé en 1p36, près de ceux des autres membres de la famille du TNF qui interviennent dans la différenciation et la prolifération des
lymphocytes.
Le ligand de l’antigène CD30 (CD30L) est une cytokine
proche du TNF dont les effets pléiotropes sur des lignées
lymphocytaires CD30+ pourraient ouvrir des perspectives pour une
immunothérapie spécifique.
Cependant, le CD30L a un effet
différent sur les lignées cellulaires dérivées de MH où il induit la
prolifération cellulaire, alors qu’il induit l’apoptose dans les lignées
de cellules lymphomateuses anaplasiques.
Le CD30s, forme soluble
du CD30, est détectable dans le sérum des malades porteurs d’une MH ou d’un lymphome ganglionnaire CD30+.
Son taux y est corrélé
au stade de la maladie, et surtout à un mauvais pronostic et à une
résistance au traitement.
À l’inverse, son taux diminue avec la
réponse au traitement. Sa valeur n’a jusqu’alors pas été étudiée dans
les LCP CD30+.
Lymphomes
ganglionnaires anaplasiques CD30+
:
A - INTRODUCTION :
La reconnaissance de l’antigène CD30 a révélé que des tumeurs
anciennement considérées comme des « histiocytoses malignes »
étaient des lymphomes anaplasiques.
L’anticorps monoclonal
Ki-1, qui avait initialement permis de les individualiser, a ensuite
été supplanté par l’anticorps monoclonal Ber-H2 reconnaissant un épitope du CD30 résistant à la fixation, permettant donc l’étude de
larges séries et de prélèvements rétrospectifs, et la description des
caractéristiques de ces lymphomes.
B - CLINIQUE :
Ces lymphomes, relativement rares (5 à 8 % des lymphomes
ganglionnaires), ont une distribution bimodale.
Ils sont plus
fréquents chez l’enfant et l’adulte jeune, avec un premier pic vers 20
ans, mais il existe aussi un deuxième pic vers 70 ans.
Leur
présentation est agressive, surtout chez le jeune où plus de 50 % des
malades sont d’emblée en stade III à IV avec des signes généraux,
une polyadénopathie et une atteinte extraganglionnaire, surtout
cutanée (20 à 30 %) et osseuse.
L’atteinte médullaire est rare, mais
quand elle existe, elle est de mauvais pronostic.
C - HISTOPATHOLOGIE :
La prolifération tumorale est diffuse à prédominance intrasinusale
détruisant l’architecture ganglionnaire.
L’infiltrat est pléomorphe,
avec de grandes cellules ressemblant aux cellules de Reed-Sternberg
présentes dans la MH.
Les différents variants histologiques sont
rassemblés dans un même groupe.
Dans la majorité des cas, les
cellules lymphomateuses sont de phénotype T ou nul. Des
lymphomes ganglionnaires CD30+ de phénotype B sont aussi
décrits, surtout lors du sida, mais se rapprochent des lymphomes B
diffus à grandes cellules.
Les cellules lymphomateuses, par
définition CD30+, expriment des antigènes d’activation comme
l’antigène épithélial de membrane (EMA) (65 à 83 %), le BNH9
(reconnaît les antigènes des groupes sanguins H et Y) (60 %), le
CBF78 (nouvel antigène des lymphocytes T) (80 %), le CD45
(antigène commun des leucocytes) (45 %) et plus rarement le CD15
(LeuM1) (inférieur à 20 %).
Ce profil phénotypique permet le
diagnostic différentiel avec la MH, en particulier dans sa forme riche
en cellules tumorales.
Ces lymphomes ganglionnaires CD30+ ne
sont que rarement (10 à 20 %) associés au virus d’Epstein-Barr
(EBV).
D - GÉNÉTIQUE :
Un réarrangement clonal du gène de la chaîne ç du récepteur des
lymphocytes T est détecté en polymerase chain reaction (PCR) dans
plus de 60 % des cas.
La translocation t(2;5) consiste en la fusion
des gènes de la nucléophosmine (NPM) et de l’anaplastic lymphoma
kinase (ALK).
Récemment, le clonage du point de cassure a
permis de disposer d’amorces pour détecter les transcrits NPMALK
par RT-PCR et les points de cassure chromosomiques par PCR.
L’anticorps ALK1 a secondairement été mis au point pour
l’immunodétection de la protéine ALK exprimée par les
lymphocytes porteurs de la t(2;5).
Il a ainsi été montré que la
t(2;5) est un événement moléculaire caractéristique de ces
lymphomes et que sa détection y constitue un outil non
seulement diagnostique mais aussi pronostique.
En effet, bien que
le pouvoir oncogénique de NPM-ALK ait été démontré in vivo et in
vitro, la t(2;5) est paradoxalement associée dans ces lymphomes à
un bon pronostic.
E - ÉVOLUTION ET TRAITEMENT :
Ils nécessitent des chimiothérapies agressives, voire des greffes
médullaires, mais réagissent souvent bien à ces traitements malgré
leur présentation clinique agressive et indépendamment du stade
d’extension initial, et leur pronostic est moins mauvais que celui
des autres lymphomes T ganglionnaires à grandes cellules.
En fait,
le pronostic dépend de l’âge des malades, avec une survie à 5 ans à
54 % chez les malades âgés, alors qu’elle est de 77 % chez les enfants
et les adultes jeunes.
Lymphomes cutanés
primitifs T CD30+ :
A - CARACTÉRISTIQUES :
Ils représentent 9 % des LCP dans le recensement européen de
Willemze.
Alors que les lymphomes cutanés CD30+ faisant suite
à un mycosis fongoïde (MF) et qui correspondent alors à des « MF
transformés » sont de mauvais pronostic, les LCP CD30+, sans
antécédent de lymphoprolifération préexistante, sont caractérisés par
une survie prolongée.
Le caractère cutané primitif est défini par
l’absence d’extension extracutanée pendant au moins 6 mois après
le diagnostic initial.
Ce bon pronostic a permis, au cours de ces 10
dernières années, leur individualisation, les opposant aux
lymphomes ganglionnaires CD30+, même si ces derniers ont un
meilleur pronostic que les autres lymphomes T ganglionnaires à
grandes cellules.
Il est donc important pour le choix
thérapeutique de distinguer ces LCP CD30+ des localisations
cutanées secondaires ou simultanées d’un lymphome systémique
CD30+.
Ce problème de diagnostic différentiel est fréquent, car la
peau est la première des localisations extraganglionnaires des
lymphomes ganglionnaires CD30+ T et les localisations cutanées
secondaires, à type de nodules souvent sous-cutanés, peuvent
régresser spontanément comme des lésions de LCP CD30+.
Leur définition repose sur les critères établis par Beljaards :
– 1. présence sur la biopsie cutanée initiale de plus de 75 % de
cellules lymphomateuses exprimant l’antigène CD30 ;
– 2. absence de lésions de type PLy ;
– 3. absence d’antécédent de PLy, de MF ou d’autre lymphome ;
– 4. absence d’atteinte extracutanée au moment du diagnostic.
Toutefois, le critère d’exclusion concernant l’existence de lésions de
type PLy ou d’antécédents de PLy paraît discutable.
En effet, le
pronostic des PLy associées à des LCP CD30+ est bon, à la
différence des MF secondairement transformés en lymphomes à
grandes cellules CD30+ et on peut alors se demander où classer
les LCP CD30+ faisant suite à une PLy.
B - CLINIQUE :
Les LCP CD30+ surviennent le plus souvent chez l’adulte de plus de
50 ans, plus fréquemment de sexe masculin (sex-ratio : 3/2).
Il
n’y a donc pas de distribution bimodale et ils sont exceptionnels chez l’enfant, contrairement aux lymphomes ganglionnaires CD30+.
Ils se présentent sous la forme de lésions papulonodulaires ou
tumorales de 2 à 10 cm de diamètre, le plus souvent localisées ou
régionales, plus rarement multicentriques, volontiers ulcérées et nécrotiques.
Des tumeurs parfois très
volumineuses sont aussi observées.
Elles sont de croissance rapide
et sont surtout caractérisées par des épisodes de régression
spontanée.
Toutefois, ces épisodes ne sont pas spécifiques des LCP puisqu’ils peuvent aussi être observés dans des localisations
cutanées de lymphomes ganglionnaires CD30+.
D’autre part,
ils peuvent, dans les LCP, être suivis par une évolution
défavorable.
Enfin, des LCP CD30+ se révélant par une
érythrodermie ont aussi été décrits.
C - HISTOPATHOLOGIE :
L’infiltrat lymphomateux est non épidermotrope, mais on observe
souvent une hyperplasie pseudoépithéliomateuse en regard de
l’infiltrat.
Les grandes cellules lymphomateuses sont groupées en
nappes denses.
Elles sont soit de type anaplasique (80 % des
cas) avec un noyau rond ou ovale, irrégulier, un ou plusieurs
nucléoles éosinophiles et un large cytoplasme, soit de type
immunoblastique ou pléomorphe.
Toutefois, la morphologie
des cellules lymphomateuses n’influence pas le pronostic et
ces LCP T CD30+ anaplasiques, pléomorphes ou immunoblastiques,
sont rassemblés dans un même groupe.
Il existe aussi quelques
cellules de type Reed-Sternberg éparses. Par définition, plus de
75 % des cellules tumorales expriment l’antigène CD30, avec un
marquage membranaire et golgien.
Elles sont le plus souvent
CD3+, CD4+.
L’expression d’antigènes d’activation tels que l’EMA, le
CD15, est discutée.
Ainsi, si pour certains l’expression d’EMA est
restreinte aux lymphomes anaplasiques ganglionnaires et constitue un
caractère distinctif avec les LCP CD30+, d’autres études observent
une expression de l’EMA dans 33 % à 41 % des cas, sans que
cette expression n’ait de valeur pronostique.
Il existe aussi
fréquemment une expression anormale de l’oncoprotéine p53
et une expression de marqueurs de cytotoxicité tels que le granzyme
B et l’antigène intracellulaire des lymphocytes T (TiA1), comme
dans les lymphomes anaplasiques ganglionnaires.
Enfin, ces LCP
CD30+ ne sont habituellement pas associés à la présence de protéines
ou de transcrits de l’EBV.
D - GÉNÉTIQUE :
L’étude génotypique de ces LCP montre le plus souvent un
réarrangement clonal du gène de la chaîne ç récepteur T au niveau
des prélèvements cutanés.
En revanche, peu de données sont disponibles à propos de la clonalité des lymphocytes
circulants.
La présence de transcrits NPM-ALK et d’une
expression de la protéine ALK, liée à la translocation t(2;5),
constitue un événement très rare dans les LCP CD30+, ce qui
suggère que la t(2;5) n’est vraisemblablement pas impliquée dans
leur pathogenèse et constitue donc un argument en faveur d’un
comportement biologique différent de celui des lymphomes
systémiques CD30+.
L’existence de très rares LCP t(2;5)+ implique
toutefois que la détection de la t(2;5) n’est pas utilisable à l’échelon
individuel pour distinguer LCP et localisations cutanées secondaires
d’un lymphome ganglionnaire, même si l’expression d’ALK est
significativement plus fréquente dans les localisations
secondaires.
D’autre part, des techniques trop sensibles comme
la RT-PCR nichée sont à éviter pour le diagnostic car la détection de
transcrits isolés peut ne refléter que la présence de cellules «
bystander », comme cela a été décrit pour d’autres translocations au
niveau ganglionnaire.
E - ÉVOLUTION ET TRAITEMENT :
Le bon pronostic des LCP CD30+, quelle que soit leur morphologie,
avait été soupçonné par de petites séries et a été confirmé par
les 47 malades de Beljaards où la survie à 5 ans est de 90 % et la
médiane de survie de 52 mois, puis par deux séries de 86 et 65
malades.
Cependant, une extension extracutanée peut survenir
tardivement, après 6 mois, dans 25 % des cas.
Bien que leur
signification n’ait pas été étudiée statistiquement, des
caractéristiques cliniques ont pour certains une valeur pronostique
défavorable, telles que des lésions cutanées multicentriques initiales, alors que d’autres études ont ensuite montré que ce caractère
multicentrique n’avait pas de valeur pronostique statistiquement
défavorable.
Seuls les épisodes de régression spontanée et l’âge
inférieur à 60 ans ont été démontrés comme statistiquement corrélés
à un pronostic favorable.
De même, aucun marqueur
phénotypique, y compris l’expression de l’EMA ou de p53, n’a de
valeur prédictive pour le pronostic.
Depuis que leur bon pronostic a été reconnu, le traitement des LCP
CD30+ ne repose pas sur des chimiothérapies agressives qui ne
permettent pas d’obtenir de meilleure réponse et doivent être
réservées à des malades avec une extension extracutanée
secondaire.
La chirurgie ou la radiothérapie sont indiquées pour
des lésions locorégionales.
Le méthotrexate à la dose de 15 à 25 mg
par semaine, voire l’interféron-alpha-2a, pourraient être
intéressants, de par leur bonne tolérance et leur efficacité, pour des
lésions multicentriques, même si cela n’a pas été validé de façon
prospective.
Toutefois, quel que soit le traitement entrepris, de
fréquentes récidives cutanées sont observées.
Même si elles ne sont
pas forcément associées à un mauvais pronostic, elles
retentissent sur la qualité de vie des malades et il serait intéressant
d’évaluer leur impact afin d’y adapter le choix thérapeutique.
F - LYMPHOMES CUTANÉS CD30+ ET INFECTION
PAR LE VIRUS DE L’IMMUNODÉFICIENCE HUMAINE :
Les malades infectés par le virus de l’immunodéficience humaine
(VIH) ont un risque accru de développer des lymphomes
systémiques B agressifs. Les lymphomes cutanés sont eux rarement
décrits au cours du sida.
Contrairement aux lymphomes systémiques-sida, ces lymphomes cutanés ont un phénotype T
prédominant, et la fréquence des lymphomes cutanés CD30+ est
remarquable (Beylot-Barry M, Vergier B, Masquetier B, Bagot M,
Joly P, Souteyrand P et al. The spectum of cutaneous lymphonas in
human immunodeficiency virus infection : a study of 21 cases. Am J
Surg Pathol, 1999 [sous press]) et est inhabituelle par rapport à celle
des LCP CD30+ de l’immunocompétent.
Les interactions entre le VIH et le CD30L récemment évoquées pourraient expliquer la
fréquence de lymphomes T CD30+ au cours de l’infection par le
VIH, mais n’expliquent pas pourquoi ils sont fréquents surtout au
niveau cutané et non au niveau ganglionnaire. Ces LCP CD30+
surviennent chez des malades très immunodéprimés (Beylot-
Barry et al. 1999, sous presse).
Leur présentation clinique est proche
des LCP CD30+ de l’immunocompétent, avec des nodules ou des
tumeurs souvent localisés, de fréquents épisodes de régression
spontanée, et le décès n’est qu’exceptionnellement dû au lymphome
mais est lié à l’immunodépression, ce qui amène à proposer d’éviter
des traitements agressifs risquant de majorer l’immunodépression.
L’absence d’expression de la protéine ALK les rapproche également
des LCP CD30+ de l’immunocompétent (Beylot-Barry et al. 1999,
sous presse). En revanche, des transcrits EBER sont souvent détectés
dans ces lymphomes (Beylot-Barry et al. 1999, sous presse), les
rapprochant alors des lymphomes systémiques B CD30+ associés au
sida.
La présence de l’EBV est souvent parallèle à
l’hyperexpression de l’oncoprotéine p53, ce qui peut suggérer une
interaction EBV-p53.
Enfin, ces lymphomes ne sont pas associés à
la présence du virus herpès humain de type 8 (Beylot-Barry et al.
1999, sous presse).
Papulose lymphomatoïde :
A -
INTRODUCTION
:
La PLy de type A appartient au spectre des lymphoproliférations
CD30+ et a de nombreuses similitudes anatomocliniques avec les
LCP CD30+.
B - CLINIQUE :
La moyenne d’âge des sujets atteints est légèrement inférieure à celle
des LCP CD30+ car les cas pédiatriques sont plus fréquents. Elle
se caractérise par la survenue chronique d’éruptions autorégressives
faites de lésions multiples de différents types en fonction de leur
âge.
La lésion initiale est une papule érythémateuse, parfois un peu brunâtre, qui va évoluer spontanément en quelques jours
vers la nécrose, puis vers la régression spontanée en quelques
semaines, laissant une cicatrice dyschromique atrophique.
Plus
rarement, il peut exister des nodules ou des plaques.
Les lésions
sont nombreuses, d’une dizaine à une centaine, disséminées sur le
corps, en particulier sur le tronc et les membres alors que le visage
est rarement atteint.
C - HISTOPATHOLOGIE :
Les lésions de PLy ont une histologie variable, non seulement selon
l’âge des lésions mais aussi selon le type de la PLy.
Le type A, qui
appartient au spectre des lymphoproliférations cutanées CD30+, est
caractérisé par un infiltrat non épidermotrope formant un triangle
bien limité pointant vers la profondeur du derme, à grand côté
épidermique.
Il est fait de plusieurs îlots périvasculaires de
grands lymphocytes d’allure anaplasique de phénotype T CD3+,
CD4+, CD30+, mêlés à un infiltrat polymorphe de petits
lymphocytes, d’histiocytes, de neutrophiles et d’éosinophiles.
D - GÉNÉTIQUE :
La détection par PCR d’une population monoclonale T est fréquente
dans la PLy (69 %) dans une proportion proche de celle des LCP,
sans qu’elle soit prédictive d’un pronostic défavorable.
Comme dans les LCP CD30+, l’étude de la clonalité des lymphocytes
circulants a rarement été réalisée, et les rares résultats décrits ne
permettent pas de conclure quant à sa prévalence et à sa
signification.
Enfin, la t(2;5) ne paraît pas impliquée dans leur
pathogénie.
E - ÉVOLUTION ET TRAITEMENT :
Les PLy peuvent succéder ou précéder un lymphome cutané ou
ganglionnaire CD30+, une MH ou un MF, dans un pourcentage de
cas qui était estimé de l’ordre de 10 à 20 % d’après des séries limitées
ou des cas ponctuels.
En fait ce pourcentage serait plus faible, de
l’ordre de 5 %, selon la série de 70 PLy de Beljaards, qui recense
aussi 39 cas de la littérature de PLy associées à des
lymphoproliférations.
Dans cette série, le risque d’avoir une PLy
associée à un lymphome paraît plus important si la PLy est riche en
grandes cellules CD30+.
Les malades sont plutôt de sexe masculin,
et sont plus âgés que ceux avec une PLy isolée (59 ans versus 42
ans).
L’ancienneté, la localisation, la taille et l’étendue des lésions de PLy ne paraissent pas être des facteurs prédictifs de l’évolution.
L’association PLy-MF est la plus fréquente des associations
(38 % des PLy associées à des lymphoproliférations cutanées ou
ganglionnaires) et a un bon pronostic ne modifiant pas
l’évolution naturelle de la PLy ou du MF.
De même, l’association PLy-lymphome cutané CD30+ (12 % des PLy associées à un
lymphome) paraît de bon pronostic.
En revanche, l’association à
un lymphome ganglionnaire anaplasique CD30+ (20 %) ou à une
MH (24 % des associations) sont de plus mauvais pronostic.
Le traitement des PLy n’est pas toujours satisfaisant en termes
d’efficacité et s’adapte à la gêne entraînée par les lésions.
Si elles
sont peu importantes, l’abstention thérapeutique est préférable,
sinon le traitement peut aller de la PUVAthérapie aux moutardes
azotées, jusqu’au méthotrexate ou à l’interféron-alpha-2a.
F - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Le diagnostic différentiel entre PLy et LCP CD30+ n’est pas toujours
aisé et il existe même d’authentiques formes
frontières entre PLy et LCP CD30+ ou formes « borderline » où la
clinique et l’histologie sont discordantes.
Ainsi, il peut s’agir
d’une tumeur unique évoquant cliniquement un LCP CD30+ mais
ayant une histologie de PLy ; Willemze considère alors le malade
comme ayant un LCP CD30+.
Il peut, à l’inverse, s’agir d’une
éruption de multiples papules évoluant vers la régression, évoquant
cliniquement une PLy mais dont l’histologie est celle d’un LCP
CD30+ ; il s’agit alors d’une PLy de type C, dont le pronostic paraît
semblable à celui d’une PLy classique.
Les PLy de type B ne font quant à elles pas partie du spectre des
lymphoproliférations CD30+, puisqu’alors que la clinique est la
même que celle d’une PLy type A, l’histologie se rapproche plus
d’un MF en plaques avec des cellules lymphoïdes de taille moyenne
au noyau cérébriforme.
Toutefois, chez un même malade, des lésions
de type PLy type A et PLy type B peuvent coexister ou se succéder.
Maladie de Hodgkin cutanée :
A - INTRODUCTION :
La MH est une pathologie ganglionnaire maligne caractérisée par la
présence de cellules particulières, les cellules de Reed-Sternberg,
dont l’origine est discutée (origine lymphoïde B, folliculaire
dendritique ?).
Il s’agit de cellules de grande taille, avec
fréquemment deux noyaux symétriques en miroir renfermant un
volumineux nucléole. Bien que non spécifique de la MH, leur
présence est indispensable pour porter le diagnostic, mais elles
représentent moins de 5 % de l’infiltrat observé dans les ganglions
hodgkiniens.
Les autres cellules sont des cellules de Hodgkin, des
cellules lacunaires, ou encore des cellules anaplasiques.
Alors que
les lésions cutanées les plus fréquentes au cours de la MH sont
aspécifiques à type d’ichtyose, les lésions cutanées spécifiques sont
rares, de l’ordre de 0,5 à 7,5 % des cas.
Il s’agit dans la quasitotalité
des cas de lésions cutanées secondaires à une MH
ganglionnaire connue, qui surviennent de façon tardive et qui
signent un pronostic défavorable.
Toutefois, depuis les progrès
thérapeutiques dans la MH, ces localisations cutanées secondaires
sont plus rarement rapportées.
D’autre part, l’insuffisance des
données phénotypiques dans les cas anciennement publiés ne
permet pas toujours de porter formellement le diagnostic et
d’exclure en particulier un LCP CD30+ ou une PLy.
Enfin,
d’authentiques MH cutanées primitives ont exceptionnellement été
décrites, et leur évolution indolente tend à les intégrer au spectre
des lymphoproliférations cutanées CD30+.
B - CLINIQUE :
La présentation clinique des localisations secondaires de MH est peu
spécifique et se rapproche de celle de LCP CD30+ ou de localisations
cutanées secondaires de lymphomes ganglionnaires CD30+ avec des
papules rouge-brun, des plaques, des nodules ou des tumeurs
fréquemment ulcérées.
Ces lésions, souvent multiples, sont
toutefois plus volontiers localisées dans le territoire de drainage du
ganglion atteint, par extension lymphatique rétrograde.
Beaucoup
plus rarement, il peut s’agir de l’extension directe au contact du
ganglion atteint.
La dissémination hématogène est exceptionnelle.
Les observations suffisamment documentées de MH cutanées
primitives sont au nombre de six.
Il s’agit aussi de nodules
ulcérés ou de papules de nombre variable. Des épisodes de
régression spontanée sont signalés dans deux des cinq cas de Sioutos
et al, rappelant la présentation clinique d’une PLy.
Dans trois cas,
l’atteinte cutanée reste isolée avec un recul de 20 ans, dans trois
autres cas les lésions cutanées précèdent l’atteinte ganglionnaire de
2 mois à 6 ans, et le décès survient alors rapidement dans un cas
où est soulevée la question de localisations cutanées d’une MH
ganglionnaire encore occulte et non de MH cutanée véritablement
primitive.
C - HISTOPATHOLOGIE :
Dans les localisations cutanées secondaires, comme dans les rares MH cutanées primitives, l’infiltrat nodulaire ou diffus envahit la
totalité du derme.
Dans cet infiltrat polymorphe, les petits
lymphocytes prédominent et sont mêlés à des éosinophiles et à des
macrophages, alors que les cellules de Hodgkin, les cellules de Reed-
Sternberg bi- ou multinuclées, et les cellules lacunaires sont
éparses.
Les cellules de Reed-Sternberg expriment l’antigène
CD30 et sont négatives pour le CD45, alors qu’elles ont un marquage
membranaire pour le CD15, même si ce marquage n’est pas
toujours observé dans la peau.
D - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL
:
Celui-ci se pose surtout avec un LCP CD30+ ou une PLy qui peuvent
aussi succéder ou précéder une MH, et beaucoup de cas
anciennement publiés sont en réalité des lymphomes anaplasiques,
ce qui a même fait discuter la réalité de MH primitivement cutanées.
S’il semble bien que cette entité existe, elle est toutefois extrêmement
rare, et le diagnostic de PLy ou de LCP CD30+ doit être évoqué. Le
polymorphisme de l’infiltrat, et surtout le phénotype CD30+/CD15+
membranaire/CD45- est en faveur d’une « MH cutanée », alors que
les LCP CD30+ et les PLy sont CD30+/CD15 ± cytoplasmique/
CD45+, même si le marquage avec l’anti-CD15 est
parfois négatif dans la peau.
D’autres marqueurs, tels que le
BNH9 et le CBF78, non étudiés jusqu’ici dans les MH cutanées,
pourraient être utiles dans le diagnostic différentiel.
E - GÉNÉTIQUE :
Peu de données sont disponibles au niveau cutané. Dans un cas,
aucun réarrangement clonal B ou T n’est détecté par PCR, comme
cela est d’ailleurs habituel dans la MH.
La translocation t(2;5) n’a
pas été recherchée dans les MH cutanées, mais il a été montré qu’elle
n’était pas impliquée dans les MH classiques.
F - ÉVOLUTION ET TRAITEMENT :
La rareté des MH cutanées primitives ne permet pas de conclure sur
son pronostic, et son traitement repose soit sur l’abstention en raison
de possibles régressions spontanées, soit sur la radiothérapie ou
l’excision chirurgicale en première intention.
Pour les
localisations cutanées secondaires, elles constituent un événement
tardif de pronostic rapidement défavorable et leur traitement rejoint
celui de la MH elle-même.
Une pathogénie commune ?
Malgré leurs différences pronostiques, la parenté entre leurs
caractères cliniques, histologiques phénotypiques et moléculaires
suggèrent une pathogénie commune entre lymphomes
ganglionnaires anaplasiques CD30+, LCP CD30+ et PLy, d’autant que
ces lymphoproliférations peuvent s’associer ou se succéder chez un
même malade et qu’il a été montré chez des malades présentant une
PLy associée à un lymphome que ces lymphoproliférations
dérivaient d’un clone T commun.
Les mécanismes
physiopathologiques conduisant à la transformation d’une PLy en
un LCP CD30+ restent inconnus.
L’activité du TGF(transforming
growth factor)-bêta qui inhibe la prolifération cellulaire, pourrait
induire les phénomènes de régression des proliférations
lymphocytaires CD30+.
À l’inverse, la perte de sensibilité au TGFbêta
de lignées lymphocytaires issues de lymphomes CD30+ évolués,
avec perte des récepteurs I et II du TGF-bêta, pourrait expliquer la
disparition des phénomènes de régression et par là l’évolutivité
clinique du lymphome.
La valeur pronostique de ces données,
mises en évidence sur lignées cellulaires, reste à valider in vivo, en
étudiant l’expression des récepteurs au TGF-bêta directement à
l’échelon tissulaire (hybridation in situ, Northern blot...).
Le rôle de
l’EBV, qui avait été évoqué dans les poussées de PLy, semble devoir
être récusé d’après les études négatives en hybridation in situ et en
immunohistochimie dans les PLy et les LCP CD30+, à l’exception
des cas associés au sida.
La translocation t(2;5) qui est un
événement moléculaire présent dans la majorité des lymphomes
systémiques CD30+ paraît exceptionnelle dans les lymphoproliférations cutanées primitives CD30+ et ne joue donc
certainement pas de rôle clé dans leur pathogenèse.
Perspectives
:
Il n’y a pas actuellement de caractéristiques clinique, histopathologique, phénotypique ou moléculaire permettant de
différencier une PLy d’un LCP CD30+, ni de critère diagnostique
formel pouvant différencier une lymphoprolifération cutanée
primitive CD30+ et une localisation cutanée d’un lymphome
systémique CD30+ non encore connu lors du diagnostic.
Il
n’existe pas non plus de facteur prédictif de l’évolutivité d’une PLy
vers un lymphome.
Même si cette évolution demeure relativement
rare, la surveillance à long terme de ces malades s’impose, une
transformation étant suspectée devant l’augmentation de volume
des lésions cutanées, l’absence de régression spontanée, et bien sûr
l’apparition d’adénopathies.
Dans les lymphoproliférations cutanées
primitives CD30+, il reste donc à identifier des événements
moléculaires récurrents qui pourraient être utiles au diagnostic, voire
au pronostic, et expliquer le comportement particulier de ces
lymphoproliférations.
La recherche de gènes pouvant contribuer au
développement des lésions par leur expression dans la tumeur ou
son microenvironnement, et l’étude du profil d’expression génique
de la tumeur dans des phases évolutives différentes (progression,
régression, absence de régression) pourraient ainsi être développées.
D’autre part, l’intérêt de la détection du CD30s dans le sérum des
malades pour le suivi évolutif et la prédiction du pronostic au cours
des LCP CD30+ est à évaluer, ainsi que la fréquence et la
signification d’un réarrangement monoclonal du gène de la chaîne ç
du récepteur T dans les lymphocytes sanguins de ces malades, par
comparaison à la peau.
Les LCP CD30+ sont définis par leur
localisation purement cutanée.
Un passage des cellules lymphomateuses dans le sang circulant, dont le développement ne
pourrait se faire que dans le microenvironnement cutané, pourrait
peut-être expliquer la fréquence des récidives cutanées observées
chez ces malades.