En France, 40 % des pancréatites aiguës sont associées à
la migration d’un calcul biliaire au travers de la papille,
et 35 % sont associées à l’alcoolisme.
La proportion de
pancréatites aiguës dites idiopathiques est d’autant plus
faible que l’on s’applique à rechercher une autre cause,
biliaire notamment.
Les pancréatites aiguës postopératoires,
post-traumatiques et post-cathétérisme de la
papille sont évoquées dans le contexte étiologique qui leur est propre.
Toutes les autres causes de pancréatite
aiguë sont rares.
En dehors des pancréatites aiguës postopératoires,
aucune étiologie n’est associée à une sévérité
pronostique particulière.
A - Causes obstructives :
• La cause la plus fréquente est la lithiase biliaire.
Il
est admis que c’est l’obstruction transitoire par un calcul
du canal commun biliaire et pancréatique qui participe à
la pathogénie de la pancréatite aiguë.
En France, 45 %
des patients qui ont un syndrome clinique et biologique
compatible avec le diagnostic de pancréatite aiguë sont
porteurs de calculs biliaires.
La responsabilité de la
lithiase dans la pancréatite aiguë est d’autant plus probable
que les calculs vésiculaires sont nombreux et
petits (inférieurs à 5 ou à 3 mm).
La proportion plus élevée
de femmes chez les patients ayant une pancréatite
aiguë biliaire est en relation avec l’épidémiologie de la
lithiase biliaire et non avec un risque particulier à la
femme d’avoir une pancréatite aiguë quand elle est porteuse
d’une lithiase.
Au contraire, la pancréatite aiguë
est une complication plus fréquente de la lithiase chez
l’homme que chez la femme.
• Environ 3 % des cancers du pancréas peuvent se
révéler par une pancréatite aiguë, théoriquement par
l’obstruction tumorale du canal de Wirsung.
Le pancréas divisum est une anomalie congénitale du
système canalaire pancréatique qui serait présente dans
5 à 7 % de la population et sa responsabilité dans la survenue
d’une pancréatite aiguë est controversée.
En l’absence
de fusion avec le canal de Wirsung (pancréas ventral),
le canal de Santorini (pancréas dorsal) devient le
canal principal de la sécrétion exocrine ce qui peut
aboutir à une « sténose fonctionnelle » au niveau de la
papille accessoire.
B - Causes toxiques et médicamenteuses :
• La cause toxique la plus fréquente de pancréatite
aiguë est l’alcool éthylique.
Les autres causes toxiques
sont l’alcool méthylique, les insecticides organophosphorés
et le venin de scorpion.
• Le nombre de médicaments incriminés dans la survenue
d’une pancréatite aiguë dépassait 200 en juin 1998.
La cause médicamenteuse est estimée à environ 1 à 2 %
pour l’ensemble des pancréatites aiguës de l’adulte.
Les critères d’imputabilité d’une pancréatite aiguë médicamenteuse
sont l’absence d’une cause habituelle de pancréatite
aiguë, associée à des critères chronologiques de
prise d’un médicament pancréatotoxique et à des signes
d’hypersensibilité.
Les mécanismes de la pancréatite
aiguë médicamenteuse sont mal connus et variables
selon le médicament : immuno-allergiques (sulfamides),
toxiques (tétracyclines, paracétamol), métaboliques
(oestrogènes, antirétroviraux), ischémiques (oestroprogestatifs)
ou canalaires (morphiniques, codéine). Les
médicaments anti-infectieux (didanosine, pentamidine,
sulfamides, zidovudine) utilisés chez les patients atteints
de sida sont le plus souvent incriminés.
Parmi les immunosuppresseurs,
les principaux médicaments sont l’azathioprine
et la mercaptopurine.
C - Causes traumatiques :
• Les traumatismes fermés de l’étage sus-mésocolique
de l’abdomen sont une cause de pancréatite aiguë lorsqu’il
existe une rupture du parenchyme ou du système
canalaire pancréatique.
• La physiopathogénie des pancréatites après cholangiopancréatographie
rétrograde endoscopique (CPRE) et
(ou) sphinctérotomie endoscopique (SE) associe le
traumatisme mécanique et thermique de la papille, la
pression d’injection, l’hyperosmolarité du produit de
contraste, l’activation intracanalaire des enzymes, et une
possible contamination bactérienne.
La fréquence des
pancréatites aiguës après cholangio-pancréatographie
rétrograde endoscopique et sphinctérotomie endoscopique
varie selon les définitions utilisées et le mode de
recueil, rétrospectif ou prospectif des données.
L’amylasémie augmente après 40 % des cholangiographies
seules, et 70 % des wirsungographies.
La fréquence
des pancréatites aiguës est de l’ordre de 6 % après cholangio-pancréatographie rétrograde endoscopique, et
de 10 % après sphinctérotomie endoscopique.
La fréquence
des pancréatites aiguës est significativement
plus élevée après manométrie du sphincter d’Oddi.
• Les pancréatites aiguës postopératoires compliquent
la chirurgie dirigée directement sur le pancréas ou le
sphincter d’Oddi.
Elles peuvent survenir après chirurgie
à distance du pancréas, notamment dans la chirurgie cardiothoracique
avec une circulation extracorporelle.
Les
facteurs qui seraient associés au risque de pancréatite
aiguë sont l’hypotension periopératoire, l’insuffisance
rénale et l’excès de chlorure de calcium.
D - Causes métaboliques
:
L’hypertriglycéridémie est une cause plus fréquente de
pancréatite aiguë que l’hypercalcémie.
Un taux de triglycérides
supérieur à 10 g/L (11,3 mmol/L) augmente le
risque de pancréatite aiguë. Les hyperlipémies qui sont
associées au risque de pancréatite aiguë sont les types V, I
et IV.
L’alcoolisme peut être une cause d’hyperlipémie.
E - Causes infectieuses :
L’incidence de la pancréatite aiguë est plus élevée chez les
patients ayant un sida que dans la population normale.
Plus des deux tiers des cas de pancréatite aiguë chez les
patients ayant un sida sont de cause infectieuse.
La cause
la plus fréquente est le cytomégalovirus.
La distinction
entre cause infectieuse et cause médicamenteuse est difficile
dans le contexte du sida.
F - Pancréatites idiopathiques
:
Une microlithiase biliaire méconnue serait en cause
dans 66 à 75 % des cas de pancréatite aiguë dite « idiopathique
».
L’examen le plus sensible pour la recherche
d’une microlithiase biliaire est l’échoendoscopie.
La
migration de sludge biliaire ou de polypes vésiculaires
cholestéroliques a été rapportée comme cause possible
de pancréatite aiguë .
G -
Autres causes :
Des pancréatites aiguës ont été associées aux ulcères
duodénaux perforés pénétrant dans le parenchyme pancréatique,
et à l’obstruction de la papille soit par un
diverticule de la fenêtre duodénale soit par une entérite
régionale (Crohn duodénal).
Diagnostic
:
A - Diagnostic positif de pancréatite aiguë
:
1- Signes cliniques :
Le diagnostic est évoqué devant un syndrome dont on dit
qu’il est « cliniquement compatible » avec une pancréatite
aiguë, associé à une augmentation de l’amylasémie.
Le symptôme qui fait suspecter le diagnostic de pancréatite
aiguë est la douleur.
Elle est typiquement de siège sus-ombilical en barre, épigastrique ou dans l’hypocondre
droit, intense, d’installation rapide puis permanente,
rebelle aux antalgiques habituels, parfois calmée par
l’antéflexion du tronc, irradiant dans le dos.
Elle se
généralise secondairement à tout l’abdomen.
Il s’y associe
des nausées ou vomissements, ainsi qu’une élévation
de la température, voisine de 38° C.
L’examen de l’abdomen,
qui peut être météorisé du fait de l’iléus réflexe,
met en évidence une douleur provoquée, de siège identique
à celui de la douleur spontanée, parfois un empâtement
épigastrique correspondant à l’infiltration de la
glande et des tissus péripancréatiques, et dans 30 à 40 %
des cas une défense de la paroi abdominale.
La présence
d’un état de choc hémodynamique, d’une oligurie,
d’une polypnée, d’une agitation ou d’un état confusionnel,
et d’une ecchymose périombilicale ou des flancs
constitue des signes de gravité.
2- Signes biologiques :
• Les taux sériques de l’amylase et de la lipase s’élèvent
dans les 48 heures qui suivent l’apparition de la
douleur et reviennent à la normale en une semaine.
• L’augmentation de la lipase est retardée par rapport à
celle de l’amylase et elle s’efface plus lentement.
La sensibilité
et la spécificité de l’augmentation de la lipase sérique pour le diagnostic de pancréatite aiguë n’ajoutent
rien à l’information apportée par celle de l’amylase mais
cette cinétique retardée lui donne un intérêt lorsque le diagnostic
est évoqué tardivement par rapport au début de la
douleur.
Le seuil reconnu comme diagnostique de pancréatite
aiguë pour l’augmentation de l’amylase sérique est de 3
fois la limite supérieure de la normale.
L’importance de
l’augmentation des taux sériques de l’amylase et de la lipase
n’a aucune valeur pronostique.
• Le dosage de l’amylasurie n’a plus d’intérêt pour le diagnostic
de pancréatite aiguë.
En revanche une mesure rapide
(3 min) du trypsinogène-2 urinaire sera prochainement d’un
grand intérêt avec une sensibilité (0,94) et une spécificité
(0,95) supérieures à celles de l’amylase et de la lipase pour
le diagnostic de pancréatite aiguë.
B - Diagnostic différentiel :
Aucune des caractéristiques de la douleur n’est spécifique
de la pancréatite aiguë, et rien ne permet de la distinguer formellement d’autres syndromes abdominaux aigus,
chirurgicaux ou médicaux.
Le choix du seuil de 3 fois la normale pour l’augmentation
de l’amylase sérique est un compromis entre sensibilité
(risque de faux négatifs) et spécificité (risque de
faux positifs).
La sensibilité de l’augmentation de
l’amylasémie pour le diagnostic de pancréatite aiguë est
de 0,85 lorsque le seuil est fixé à 1 fois la normale et de
0,70 lorsque le seuil est fixé à 3 fois la normale.
Cependant, entre 1 fois et 3 fois la normale, les faux positifs
sont nombreux, tant chirurgicaux (occlusions ou
ischémies intestinales, perforations digestives, grossesse
extra-utérine) que médicaux (infarctus du myocarde,
diabète décompensé, insuffisance rénale, parotidite).
C - Diagnostic de gravité :
• Les variables cliniques qui sont associées à la gravité
sont l’obésité (body mass index = poids(kg) / taille2 (m2) O30 kg/m 2), l’état de choc [pression artérielle systolique
inférieure à 90 mmHg et (ou) fréquence cardiaque supérieure
à 130/min], la polypnée ou la défaillance respiratoire,
la présence d’un syndrome d’occlusion intestinale,
d’un syndrome péritonéal, d’une hémorragie digestive ou
de signes neurologiques.
Quelle que soit l’expérience de
l’observateur, l’évaluation clinique initiale méconnaît la
gravité à l’admission de plus de 6 malades sur 10.
• L’analyse du liquide péritonéal recueilli par ponction ou
après lavage est peu utilisée en pratique.
Elle permet de
prédire la sévérité de la pancréatite aiguë dès l’admission
chez 50 à 72 % des malades examinés.
La pancréatite
aiguë est jugée sévère si l’on recueille plus de
20 mL de liquide brun foncé par ponction ou si le liquide
de lavage a la même coloration.
• Biologiquement, l’urée sanguine supérieure à
7,4 mmol/L, la glycémie supérieure à 11 mmol/L, la calcémie
corrigée en fonction du taux de l’albumine inférieure
à 2 mmol/L à l’admission et l’augmentation de la protéine C réactive (supérieure
à 210 mg/L entre le 2e et le 4e jour ; supérieure à 120 mg/L au 7e
jour) sont associées à la gravité.
• Le score de Ranson est la méthode de référence
pour l’évaluation de la gravité de la pancréatite aiguë.
Chaque paramètre présent étant affecté d’un
coefficient 1, le score varie de 0 à 11.
Le risque de complications et la mortalité sont
proportionnels au nombre de critères présents.
Les écueils du score de Ranson sont le nombre
important de critères à recueillir et le délai de 48 heures
nécessaire à leur obtention.
• Le score de Glasgow ne comprend que 8 variables.
Il permet une évaluation pronostique dès
l’admission.
On parle de pancréatite bénigne lorsque ces
scores sont inférieurs à 3 (mortalité < 3 %), de pancréatite
grave lorsqu’il sont compris entre 3 et 5 (mortalité
15 %), et de pancréatite sévère au-delà de 5.
Les performances
pronostiques des scores de Ranson et de
Glasgow sont meilleures pour les pancréatites aiguës
alcooliques que pour les pancréatites aiguës biliaires :
ces scores ont tendance à surestimer la gravité des pancréatites
aiguës biliaires.
• Au-delà de la 48e heure d’évolution, les scores de
Ranson ou de Glasgow n’ont plus d’intérêt pronostique.
Dans ces conditions l’évaluation de la gravité de
la pancréatite aiguë fait appel à des scores non spécifiques.
Le score APACHE II (Acute Physiology And
Chronic Health Evaluation) prend en compte 12 paramètres
qui reflètent le degré d’anormalité des systèmes
physiologiques majeurs ainsi que l’âge et l’état de santé
antérieur.
À l’admission, APACHE II identifie environ
les deux tiers des pancréatites aiguës graves et à la 48e
heure, sa précision pronostique est comparable à celle
des scores de Ranson et de Glasgow.
Les avantages de
APACHE II sont de permettre une évaluation de la gravité
des pancréatites aiguës indépendamment du délai
écoulé avant l’admission, de n’utiliser que des paramètres
disponibles en urgence et d’autoriser un suivi
séquentiel de l’état du malade au cours de l’évolution.
L’inconvénient de APACHE II est sa complexité.
Le
seuil de gravité est un score APACHE II supérieur à 10.
D - Diagnostic d’imagerie :
1- Radiographies standard :
• La radiographie d’abdomen sans préparation (face
debout et couché, cliché centré sur les coupoles) est anormale
2 fois sur 3.
Elle montre une dilatation gazeuse des
anses grêles proximales et du côlon transverse. Il n’y a
pas de pneumopéritoine.
• La radiographie du thorax montre une surélévation
des coupoles diaphragmatiques, des troubles de ventilation
des bases pulmonaires et parfois un épanchement
pleural uni- ou bilatéral.
2- Échographie :
L’échotomographie de l’abdomen peut montrer des
signes directs de pancréatite aiguë : augmentation de
volume du pancréas, épanchement intrapéritonéal.
La
recherche d’une lithiase vésiculaire et l’étude du pancréas
sont difficiles en urgence lorsqu’il existe un iléus
intestinal important.
3- Tomodensitométrie :
L’apport de la tomodensitométrie (TDM) abdominale a
été déterminant dans la prise en charge de la pancréatite
aiguë.
C’est aujourd’hui l’examen diagnostique de référence.
Il n’est utile en urgence que si les diagnostics clinique
et biologique sont imprécis.
Dans les autres cas,
l’exploration scanographique précoce est prématurée en
termes de bilan lésionnel pancréatique et n’apporte pas
d’informations pronostiques supplémentaires par rapport
à l’évaluation bioclinique initiale.
Les signes tomodensitométriques
sont classés en 5 stades : pancréas normal,
augmentation de volume du pancréas avec
conservation des contours de la glande, inflammation du
pancréas et de la graisse péripancréatique avec perte des
contours de la glande, présence d’une collection péripancréatique et présence de plusieurs collections liquidiennes
péripancréatiques et à distance du pancréas.
L’injection de produit de contraste couplée à l’examen
tomodensitométrique permet de rehausser l’image de la
glande pancréatique au sein des tissus pancréatiques et
(ou) péripancréatiques infiltrés ou nécrosés, de distinguer les collections
liquidiennes des infiltrations tissulaires nécrotiques et de
vérifier la perméabilité des axes veineux, splénique et portal.
L’évaluation visuelle approximative du degré de
rehaussement de la glande par le produit de contraste a permis de
décrire un index tomodensitométrique qui est associé à la
sévérité de l’évolution.
La morbidité et la mortalité sont
respectivement de 8 et 3 % pour un index inférieur à 4,
de 35 et 6 % pour un index compris entre 4 et 6, et de
92 et 17 % pour un index supérieur à 6.
Cependant, la
valeur pronostique des signes tomodensitométriques qui
mesurent la gravité des lésions anatomiques est inférieure
à celle des scores biocliniques qui mesurent la gravité du malade.
Le diagnostic tomodensitométrique de la nécrose
pancréatique est sensible pour la prédiction de la sévérité (presque
toutes les pancréatites aiguës graves sont parmi les pancréatites
aiguës avec nécrose), mais peu spécifique (près de la moitié des
pancréatites aiguës avec nécrose n’ont pas de gravité clinique).
La présence de bulles gazeuses au sein de la
nécrose est considérée comme un signe spécifique mais peu sensible
(sensibilité 0,2) de l’infection de la nécrose.
Son interprétation peut être délicate.
Les scores biocliniques et tomodensitométriques doivent être analysés
conjointement et non de façon indépendante.
E - Diagnostic étiologique
:
Le diagnostic étiologique de la pancréatite aiguë,
notamment dans les premiers jours de son évolution, est centré sur la recherche de l’une des 2 causes les plus fréquentes
: 75 % des pancréatites aiguës sont d’origine
biliaire ou alcoolique.
Les pancréatites aiguës postopératoires,
post-traumatiques et post-cathétérisme de la
papille sont évoquées dans le contexte étiologique qui
leur est propre.
Les caractères de la douleur ne sont pas contributifs à la
discrimination entre pancréatite aiguë biliaire ou alcoolique.
Le sexe féminin, l’âge supérieur à 50 ans, et l’augmentation
de l’amylasémie (supérieure à 13 fois la normale)
sont des variables indépendantes en faveur de la
responsabilité de la lithiase au cours de la pancréatite
aiguë.
L’amylase revient plus rapidement à la normale, au
cours des 24-48 heures après l’admission, dans la pancréatite
aiguë biliaire que dans la pancréatite aiguë alcoolique.
L’alanine aminotransférase (ALAT) et l’aspartateaminotransférase
(ASAT) sont en moyenne plus élevées
à l’admission dans les pancréatites aiguës biliaires que
non biliaires.
La valeur seuil permettant la meilleure discrimination
entre pancréatite aiguë biliaire et non biliaire
est de 2 fois la normale pour l’alanine aminotransférase
et l’aspartate aminotransférase.
Le taux d’aspartate aminotransférase
n’est un indice prédictif de la lithiase
qu’en l’absence d’une consommation excessive d’alcool.
L’augmentation plus importante de l’alanine aminotransférase
que de l’aspartate aminotransférase (rapport
ASAT / ALAT inférieur à 1) a été décrite comme
indice prédictif de la lithiase.
Le taux de phosphatase
alcaline est plus élevé à l’admission dans les pancréatites
aiguës biliaires par comparaison aux pancréatites
aiguës alcooliques.
L’augmentation de la phosphatase
alcaline à plus de 2,5 fois la normale est une variable
indépendante pour la prédiction de la lithiase au cours
de la pancréatite aiguë.
Le taux de bilirubine est en
moyenne plus élevé à l’admission dans les pancréatites
aiguës biliaires que dans les pancréatites aiguës alcooliques
ou non biliaires.
Un taux de bilirubine supérieur à 25 µmol/L a été observé dans 50 à 62 % des pancréatites
aiguës biliaires.
La gamma-glutamyltranspeptidase gGT à
l’admission est en moyenne plus élevée dans les pancréatites
aiguës biliaires que dans les pancréatites aiguës non
biliaires.
La prédiction d’une étiologie biliaire pour la pancréatite
aiguë n’est pas synonyme de la présence de calculs dans la
voie biliaire principale (VBP) car il s’agit d’une complication
de la migration transpapillaire des calculs.
Dans la pancréatite
aiguë biliaire les taux de bilirubine, phosphatase
alcaline et gamma-glutamyltranspeptidase sont significativement
plus élevés dans le groupe des patients ayant des
calculs dans la voie biliaire principale.
Le taux de l’alanine aminotransférase n’a pas de valeur prédictive en faveur de la
présence de calculs dans la voie biliaire principale.
L’échotomographie diagnostique la lithiase biliaire chez
67 % des patients lorsqu’elle est pratiquée dans les
72 premières heures, et chez 78 % des patients lorsqu’elle
est pratiquée dans la première semaine.
Le diagnostic de pancréatite aiguë alcoolique sera évoqué
dans le contexte d’une intoxication aiguë ou chronique.
La pancréatite aiguë est habituellement l’exacerbation
aiguë d’une pancréatite chronique consécutive à
plusieurs années d’intoxication alcoolique.
Cependant,
il peut s’agir de la crise aiguë inaugurale. Les marqueurs
biologiques de l’alcoolisme sont l’augmentation du
volume érythrocytaire (supérieur à 100 mm3) et de la gamma-glutamyltranspeptidase.
Les taux respectifs
atteints par la lipase et l’amylase à l’admission ont été
utilisés pour discriminer les pancréatites aiguës alcooliques
et les pancréatites aiguës biliaires.
Lorsque la
lipase et l’amylase sont exprimées en multiples de la
valeur supérieure de la normale, un rapport lipase/amylase
supérieur à 2 serait prédictif de l’étiologie alcoolique.
La présence de calcifications au sein du parenchyme
pancréatique est fortement évocatrice de pancréatite
aiguë sur pancréatite chronique alcoolique.
Évolution :
L’évolution d’une pancréatite aiguë bénigne est marquée
par la résolution en 48 heures de la douleur et la
normalisation de l’amylasémie, sans complications
générales ou infectieuses.
Si le facteur déclenchant est
identifié et supprimé, il n’y a pas lieu de craindre une
récidive ou des séquelles.
Les malades qui ont une pancréatite grave présentent
une ou plusieurs complications, générales et (ou) locales,
cause(s) du décès dans un tiers des cas.
Soixante pour
cent des décès surviennent dans la première semaine par
défaillance viscérale.
Quarante pour cent des décès surviennent
après la première semaine, le plus souvent par
complication septique locale ou générale et dénutrition.
A - Défaillance viscérale :
La première semaine d’évolution d’une pancréatite
aiguë grave ou sévère est dominée par le risque de
défaillance viscérale, le plus souvent respiratoire, rénale
et hémodynamique.
Les complications respiratoires
modérées sont l’hypoxémie ne justifiant pas d’assistance
respiratoire, les troubles de ventilation des bases pulmonaires
et atélectasies, les épanchements pleuraux.
Les
complications respiratoires sévères justifient une assistance
respiratoire et exposent au syndrome de détresse
respiratoire de l’adulte (destruction du surfactant au
niveau des membranes alvéolaires) avec hypoxémie
réfractaire.
Les pneumopathies nosocomiales associées
à l’assistance respiratoire aggravent le pronostic.
La
défaillance rénale initiale est habituellement fonctionnelle,
associée à l’hypovolémie et réversible avec sa correction.
La nécrose tubulaire aiguë anurique est plus
grave, nécessitant le recours à une épuration extrarénale.
Le tableau hémodynamique associe un état hyperkinétique (hypovolémie, diminution de la précharge) et des
résistances artérielles effondrées, justifiant le recours
aux amines vasopressives.
La lutte contre l’hypotension
et l’insuffisance rénale par le remplissage vasculaire
aggrave l’état respiratoire.
B - Évolution de la nécrose péripancréatique
et pancréatique
:
Passés les premiers jours, le pronostic est fonction de
l’évolution de la nécrose péripancréatique et pancréatique,
et de son infection.
Les collections liquidiennes péripancréatiques peuvent soit se résorber spontanément,
soit aboutir à la constitution de faux kystes, soit se
surinfecter .
1- Résorption spontanée de la nécrose :
Les collections liquidiennes péripancréatiques se résorbent
spontanément dans plus de la moitié des cas.
La
résorption spontanée de la nécrose sans complication est
la règle dans les pancréatites aiguës bénignes.
L’évaluation clinique et biologique du pronostic est
supérieure à l’évaluation tomodensitométrique des
lésions pancréatiques et péripancréatiques.
2- Faux kystes pancréatiques :
Les liquides péripancréatiques ou la nécrose liquéfiée
peuvent s’organiser en collections cloisonnées limitées
par les organes de voisinage.
Ces cavités kystiques qui
n’ont pas de paroi propre sont appelées de ce fait faux
kystes.
Il s’agit dans le cas particulier de la pancréatite
aiguë de faux kystes post-nécrotiques.
En l’absence de
nécrose du parenchyme pancréatique lui-même, ils ne
communiquent pas avec le système canalaire.
Les faux
kystes ont un contenu aseptique.
Ils tirent leur symptomatologie
de la compression des organes de voisinage, mais peuvent être, en dépit de leur volume, remarquablement
tolérés.
Ils peuvent se résorber spontanément.
Seuls les faux kystes persistants, volumineux et symptomatiques
justifient un traitement.
L’infection d’un faux
kyste donne lieu à la formation d’un abcès pancréatique.
3- Infection de la nécrose péripancréatique :
La nécrose pancréatique est initialement stérile.
L’infection spontanée des tissus péripancréatiques complique
près de 40 % des cas de pancréatites nécrosantes.
Les germes responsables sont dans 80 % des cas d’origine
intestinale (gram-négatifs, anaérobies) , et dans 20 %
des cas nosocomiaux (porte d’entrée veineuse, respiratoire
ou urinaire).
Le risque d’infection de la nécrose est
fonction de la sévérité clinique (Ranson > 3) et tomodensitométrique
(stade D ou E) de la pancréatite aiguë.
L’infection survient rarement avant la fin de la première
semaine, le plus souvent après la 3e semaine d’évolution.
Les surinfections les plus précoces sont les plus graves.
La surveillance des patients en réanimation est fondée
sur la température et la leucocytose mais ni l’une ni
l’autre ne sont des témoins spécifiques de l’infection
dans le contexte de la pancréatite aiguë.
Les signes
locaux sont difficiles à interpréter chez un malade sous
sédatif et ventilé.
Aucun signe clinique ou biologique
n’est en mesure de faire la distinction entre nécrose stérile
ou infectée.
Seule la ponction percutanée du tissu
nécrotique sous contrôle échographique ou tomodensitométrique
permet de diagnostiquer la surinfection de la
nécrose.
La décision de ponction de la nécrose sera prise
en fonction de l’évolution en réanimation : apparition ou
aggravation d’une défaillance viscérale, respiratoire ou
rénale notamment.
La présence de bulles gazeuses au
sein de la nécrose est un signe spécifique d’infection et
ne justifie pas la ponction.
Toute infection des tissus péripancréatiques nécrosés justifie leur drainage.
Les collections
liquidiennes infectées (abcès) sont accessibles au
drainage percutané.
L’infection de tissus nécrotiques non
collectés n’est accessible qu’au drainage chirurgical.
L’infection persistante des tissus malgré le drainage, les
complications du drainage lui-même (fistules digestives,
hémorragies) et la détérioration de l’état général avec
dénutrition peuvent rendre compte d’évolutions prolongées,
désespérantes et finalement mortelles.