Introduction
:
L’otopathie dysbarique se définit comme une pathologie de
l’appareil auditif liée à l’exposition aux variations pressionnelles
lentes.
Sous ce terme sont regroupées deux entités, bien distinctes
par leur pathogénie et par leur prise en charge thérapeutique :
– les barotraumatismes, dus à un dysfonctionnement tubaire qui
empêche l’équilibration des pressions entre les cavités semi-closes
d’oreille moyenne et le milieu extérieur.
Les conséquences
pathologiques concernent l’oreille moyenne le plus souvent : c’est
l’otite barotraumatique.
L’oreille interne peut également être lésée ;
– les accidents aéroemboliques, liés à la production de bulles
gazeuses à partir des gaz dissous dans le sang.
La trompe auditive
(TA) ne joue aucun rôle, et l’oreille moyenne n’est pas concernée par
ce type d’accident.
Il s’agit uniquement de lésions de l’oreille
interne.
L’oxygénothérapie hyperbare est le traitement de cette
pathologie.
Les variations pressionnelles lentes sont l’apanage de la société de
loisirs, puisqu’on les rencontre dans deux circonstances :
– en plongée sous-marine, où il faut distinguer les plongées non
saturantes des plongées à saturation, c’est-à-dire en bouteille avec
inhalation d’un mélange gazeux respiratoire ;
– en aéronautique, qu’il s’agisse de vols en avion ou de
parachutisme.
Les variations lentes rencontrées dans ces circonstances s’opposent :
– aux variations pressionnelles rapides inférieures à 1 bar
responsables des traumatismes sonores aigus, lors des bruits impulsionnels (inférieurs à 300 ms) ;
– aux variations pressionnelles rapides supérieures à 1 bar, qui
correspondent à des ondes de souffle responsables des blasts.
D’une façon générale, les termes de « montée » et de « descente »
seront assimilés respectivement aux phases de « décompression » et
de « compression », qu’il s’agisse de l’évolution en milieu
subaquatique ou aérien.
Accidents barotraumatiques aigus :
A - BAROTRAUMATISMES D’OREILLE MOYENNE :
1- Physiopathologie :
* Rappels physiques :
+ Loi de Boyle-Mariotte :
Elle régit les relations entre variations de pression et de volume des
gaz et stipule que, pour un gaz parfait et à température constante, la
pression (P) et le volume (V) du gaz sont inversement
proportionnels (PV = constante).
Donc si la pression d’un gaz
augmente, son volume diminue et inversement.
+ Variations de la pression ambiante et conséquences
sur les cavités semi-closes :
Au niveau de la mer, la pression atmosphérique est de 1 013 hPa.
En altitude, la pression ambiante diminue progressivement :
– elle est divisée par 2 à 5 000 mètres, et le volume relatif d’un gaz
sera multiplié par 2 ;
– elle est divisée par 5 à 10 000 mètres.
En plongée, la pression ambiante est la somme de la pression
atmosphérique au niveau de la mer et de celle induite par le poids
de la colonne d’eau située au-dessus du sujet (pression
hydrostatique).
La densité de l’eau est 800 fois celle de l’air, on
comprend donc que la pression ambiante augmente très vite avec la
profondeur.
À 10 mètres de profondeur, elle est le double de celle de
la surface.
Les variations relatives de pression sont donc les plus
fortes dans les premiers mètres de plongée.
Conséquences au niveau des cavités aériques de l’organisme : dans une
cavité largement ouverte sur le milieu extérieur, l’équilibration des
pressions entre cette cavité et le milieu extérieur est instantanée.
Au
contraire, dans une cavité semi-close, les capacités d’équilibration
pressionnelle sont fonction de l’importance de l’ouverture et de la
vitesse de variation pressionnelle.
Les cavités d’oreille moyenne sont
des cavités semi-closes, ouvertes vers le milieu ambiant par la
trompe auditive.
Ainsi, les nageurs ou les plongeurs en apnée
évoluant sous quelques mètres d’eau, mais obligés de descendre
rapidement, sont beaucoup plus exposés au barotraumatisme que
les plongeurs en bouteille évoluant quelques dizaines de mètres plus
bas.
* Physiopathologie :
Dans les conditions physiologiques, le mécanisme qui régit
l’équilibre de la pression gazeuse dans l’oreille moyenne fait
intervenir la trompe auditive, la caisse du tympan et le système des
cellules mastoïdiennes.
Ces trois entités anatomiques ont des
fonctions spécifiques et complémentaires.
La trompe auditive assure
la fonction d’équipression.
La caisse du tympan est le siège d’une
diffusion gazeuse constante à travers sa muqueuse.
Les cavités de
l’oreille moyenne et l’élasticité du tympan atténuent les effets des
fluctuations pressionnelles.
Lors de l’exposition aux variations pressionnelles rencontrées en vol
ou en plongée, seule la trompe auditive permet l’équilibration des
pressions entre la caisse du tympan et le milieu ambiant.
Lors de la décompression (montée en avion ou en plongée), il se
produit une diminution de la pression ambiante.
Les volumes
gazeux enclos dans la caisse du tympan augmentent donc selon la
loi de Mariotte, d’où l’apparition d’une relative surpression dans la
caisse du tympan par rapport au milieu ambiant.
Cette différence
pressionnelle se traduit par la sensation d’oreille bouchée.
Dès que
la trompe s’ouvre, du gaz s’échappe des cavités de l’oreille moyenne
vers le cavum, et rétablit l’équilibre pressionnel.
Cette ouverture
s’effectue à partir d’une différence pressionnelle de 15 à 20 hPa, soit
dès une altitude de 170 m.
L’anatomie particulière de la trompe
auditive, biconique avec une portion osseuse prolongeant la caisse
du tympan, ne pouvant donc pas se collaber, permet de comprendre
que ce mécanisme soit passif.
L’ouverture est favorisée aussi par la
dépression relative régnant dans le cavum.
Lors de la compression (montée ou atterrissage), l’augmentation de la
pression ambiante est responsable d’une diminution du volume
gazeux, et donc d’une relative dépression dans la caisse par rapport
au milieu ambiant.
Le tympan subit un gradient de pression de
dehors en dedans, et a donc tendance à se rétracter.
La dépression
relative collabe la portion cartilagineuse de la trompe, et la
surpression régnant dans le cavum ferme son ostium.
La trompe ne
peut s’ouvrir passivement.
Son ouverture nécessite :
– soit un mécanisme musculaire actif.
La TA s’ouvre sous l’effet de
la contraction des muscles péritubaires durant la déglutition et le
bâillement ;
– soit un passage passif forcé.
De nombreuses manoeuvres ont été
décrites pour parvenir volontairement à l’ouverture tubaire
(Valsalva, Toynbee, Frenzel).
Au-delà d’un gradient de pression de plus de 60 à 80 hPa,
l’ouverture de la trompe auditive n’est plus possible.
Le barotraumatisme est donc directement secondaire au
dysfonctionnement tubaire, et ne survient qu’en phase de
compression.
Le barotraumatisme est ainsi subi par l’aviateur et peut
être évité par le plongeur.
Les risques de barotraumatisme sont
d’autant plus graves que les variations pressionnelles sont de
survenue rapide, et que leur valeur absolue est grande.
* Facteurs favorisants :
Toute pathologie tubaire favorise le barotraumatisme en abaissant
les seuils lésionnels.
Chez les sujets à trompe perméable, le
barotraumatisme survient si le gradient de pression est très
important, si la vitesse de variation de pression est très élevée, si
l’exposition au risque est répétée, et si le sujet est incapable
d’effectuer les manoeuvres d’équilibration des pressions.
2- Anatomopathologie
:
Lorsque le gradient de dépression régnant dans l’oreille moyenne
devient supérieur à 80 hPa, la muqueuse subit des lésions a vacuo :
oedème, congestion, hyperhémie, puis constitution d’un
épanchement séreux exsudatif ou hémorragique, qui compense
partiellement la dépression.
Si cette dépression tympanique relative
atteint 400 hPa, a fortiori si elle est établie brutalement, l’équilibre
des pressions se rétablit par rupture de la membrane tympanique.
3- Clinique :
L’otite moyenne aiguë barotraumatique se manifeste par une otalgie,
progressivement croissante avec la compression, et pouvant aller
jusqu’à la syncope.
Elle peut s’accompagner d’acouphènes de
tonalité grave au début avec hypoacousie, craquements, sensation
d’oreille « pleine » et autophonie.
Des vertiges fugaces sont plus
rares.
L’examen du tympan montre un aspect variable en fonction de la
dépression endotympanique atteinte, ce que démontrent les cinq
stades anatomocliniques définis par Haines et Harris, puis par
Riu :
– stade I : hyperhémie du manche du marteau et de la pars flaccida ;
– stade II : tympan rétracté, congestif, immobile à l’épreuve du
spéculum pneumatique ;
– stade III : épanchement séreux dans la caisse, avec bulles ou
niveau hydroaérique visibles ;
– stade IV : épanchement de sang dans la caisse, avec tympan rouge,
bombé ;
– stade V : perforation linéaire à bords géométriques de la pars tensa, avec otorragie minime et lambeaux à l’intérieur de la caisse.
L’examen labyrinthique est normal.
L’examen fonctionnel de l’oreille retrouve une hypoacousie de
transmission modérée, atteignant 20 à 30 db de perte au maximum,
sur les fréquences graves ou moyennes.
L’impédancemétrie, n’aggravant pas la pathologie, montre :
– un tympanogramme décalé vers les pressions négatives dans les
stades I et II, signant la dysperméabilité tubaire (courbe de type C
de Jerger) ;
– un tympanogramme décalé vers les pressions négatives et aplati
dans les stades III et IV, traduisant l’épanchement dans la caisse
(courbe de type B de Jerger) ;
– l’absence de courbe dans le stade V.
L’examen locorégional recherche une cause favorisante, temporaire ou
permanente d’obstruction tubaire, par un examen des cavités
nasales, de la partie nasale du pharynx et des sinus.
Secondairement,
et en fonction du bilan clinique, une imagerie tomodensitométrique
des sinus peut être réalisée.
La tubomanométrie réalise une étude dynamique de la synergie
vélotubaire, permettant une analyse fine du déroulement de la
déglutition et des modalités de l’ouverture tubaire.
Elle permet de
visualiser un éventuel trouble de la fonction équipressive de la
trompe auditive, de caractériser la nature de ce trouble (trouble de
la perfusion tubaire, béance tubaire, insuffisance ou incontinence
vélaires), et de suivre son évolution sous traitement.
4- Évolution
:
Elle est spontanément favorable pour les stades I et II.
Aux stades III et IV, la complication potentielle est la surinfection.
Au stade V, la
cicatrisation est habituelle en l’absence de surinfection.
La vitesse de
réparation de la perforation est évaluée à 10 % de la surface
tympanique par mois.
5- Principes thérapeutiques
:
Les buts du traitement sont de rétablir la perméabilité tubaire, de
restituer la fonction auditive, de prévenir la surinfection, d’évacuer
l’épanchement, de fermer la perforation.
Les indications dépendent
du stade de l’otite :
– stades I et II : le traitement est celui de la dysperméabilité tubaire.
Il est local par des pulvérisations nasales et aérosols quotidiens,
associant un corticoïde, un antibiotique et un vasoconstricteur ;
– stades III et IV : même protocole, mais une antibiothérapie et une
corticothérapie orales sont associées pendant une dizaine de jours.
Une paracentèse, voire la pose d’un aérateur transtympanique, peut
être effectuée en cas d’échec du traitement médical ;
– stade V : nettoyage ; antibiothérapie orale en cas de risques de
pénétration d’eau lors des accidents en plongée. Les instillations
auriculaires sont formellement proscrites.
Au bout de 6 mois, si la
perforation persiste, une myringoplastie est envisagée. Son résultat
est conditionné par le traitement des troubles de la fonction tubaire.
Une inaptitude au vol et à la plongée est prononcée pour une durée
de 5 jours pour les stades I et II, 10 jours pour un stade III, 1 mois
pour un stade IV, 2 mois pour un stade V.
6- Cas particulier : otite moyenne aiguë retardée
Des otites barotraumatiques d’une symptomatologie identique mais
d’un mécanisme différent sont parfois observées.
Il s’agit de pilotes
ayant exécuté un vol au cours duquel ils ont respiré de l’oxygène
pur, ou de patients bénéficiant de séances d’oxygénothérapie
hyperbare et qui, le plus souvent, se sont endormis peu de temps
après l’exposition.
Les sujets sont réveillés par une douleur
auriculaire. Pendant le vol ou dans le caisson, l’oreille moyenne s’est
remplie d’oxygène pur.
Au retour à pression atmosphérique, si
l’oreille n’est pas suffisamment ventilée, ce qui arrive pendant le
sommeil, l’oxygène est résorbé par la muqueuse, et il se constitue
progressivement une dépression endotympanique.
Ce type d’otite
barotraumatique par absorption d’oxygène peut venir exacerber une
otite barotraumatique survenue en altitude.
B - OTITE EXTERNE BAROTRAUMATIQUE :
L’otite externe barotraumatique reste anecdotique.
Elle est liée à
l’obturation du conduit auditif externe, laissant persister une cavité
enclose entre le tympan et l’obstacle du conduit auditif (bouchon de
cérumen, protecteur d’oreille).
Lors de la descente, il peut se créer
dans cet espace clos une relative dépression par rapport au milieu
extérieur, responsable de phénomènes de succion et de pétéchies du
revêtement du méat acoustique externe, voire de phlyctènes
hémorragiques.
Le signe fonctionnel est une otalgie.
Le traitement
n’est pas nécessaire, sauf en cas de phlyctènes hémorragiques qui
peuvent être ponctionnées.
C - BAROTRAUMATISMES D’OREILLE INTERNE
:
Ils résultent le plus souvent de complications des manoeuvres
d’équilibration des pressions en cas de dysperméabilité tubaire.
Leur fréquence est estimée entre 11,4 % sur une
population de plongeurs professionnels et 39 %.
1- Physiopathogénie :
Les mécanismes engendrant des accidents barotraumatiques
d’oreille interne sont complexes et multiples, et peuvent aboutir au
maximum à une rupture de la fenêtre vestibulaire ou de la fenêtre
cochléaire, selon deux mécanismes décrits par Goodhill
engendrant des possibles fistules périlymphatiques.
* Voie implosive de Goodhill :
Lors de la descente ou compression, l’ouverture brutale de la trompe
auditive après forçage pour dysperméabilité tubaire peut entraîner
une brutale hyperpression dans l’oreille moyenne, qui peut être
responsable d’une rupture de la fenêtre cochléaire.
On peut en
rapprocher le coup de piston brutal de l’étrier qui résulte de deux
mécanismes : lors d’un Valsalva intempestif, ou lors d’une
descente rapide en plongée en apnée, responsable d’une
hyperpression brutale sur le tympan et d’un enfoncement de l’étrier.
Au maximum, on peut observer une luxation stapédovestibulaire
de dehors en dedans.
La lésion est d’autant plus grave que la
rupture tympanique ne s’est pas produite.
* Voie explosive de Goodhill :
Lors des manoeuvres de Valsalva, l’hyperpression thoracique induite
se transmet aux espaces méningés, et entraîne une hyperpression
du liquide céphalorachidien.
Cette hyperpression est transmise par
l’aqueduc cochléaire aux liquides périlymphatiques, et expose à des
risques de rupture de la fenêtre cochléaire de dedans en dehors.
La
rupture de la fenêtre tympanique peut être obtenue si le gradient de
pression atteint 600 hPa.
2- Clinique
:
* Circonstances d’apparition
:
Un interrogatoire soigneux sur les circonstances de la plongée
permet une orientation étiologique qui guide les modalités
thérapeutiques.
Assez fréquemment observés chez les plongeurs
sous-marins, ces accidents surviennent une fois sur deux à la
descente, mais se voient aussi à la remontée, ou même plus tard.
Ils
concernent surtout les plongeurs à scaphandre à air, mais aussi les
plongeurs en apnée (20 % des cas).
En aéronautique, ce problème
est moins important, en raison d’un gradient de pression plus faible.
Les lésions labyrinthiques constatées sont associées à un
barotraumatisme d’oreille moyenne dans 56 % des cas.
L’interrogatoire retrouve volontiers des difficultés d’équilibration
des pressions par les différentes manoeuvres, témoins de la dysperméabilité tubaire.
* Symptomatologie :
L’hypoacousie neurosensorielle est recrutante, importante, touchant
surtout les fréquences aiguës, associée à des acouphènes aigus quasi
constants et allant parfois jusqu’à la cophose.
La gravité de la surdité
ne semble corrélée ni au type de plongée, ni à la profondeur atteinte.
Elle ne semble pas non plus conditionner le pronostic.
Les vertiges
sont plus rares, isolés ou associés à la surdité.
Classiquement, ils
apparaissent lors de la plongée à l’occasion d’une manoeuvre
d’équilibration pressionnelle.
Lorsqu’ils sont fugaces, sans signes
cochléaires associés, ils sont typiques des vertiges alternobariques.
Ils peuvent être sévères, durables de type périphérique et
déficitaire, avec des signes neurovégétatifs importants et lourds de
conséquences en plongée.
Parfois l’atteinte vestibulaire est infraclinique, dépistée aux explorations vestibulaires.
La
symptomatologie est le plus souvent unilatérale, et réalise différents
tableaux cliniques selon que le barotraumatisme est mixte ou limité
à l’oreille interne.
* Examen clinique :
L’examen clinique chez un patient victime d’un accident
barotraumatique de l’oreille interne comporte un examen otoscopique, qui objective une otite moyenne aiguë barotraumatique
une fois sur deux.
L’examen clinique vestibulaire peut être
strictement normal dans le cas d’un vertige alternobarique, mais
peut aussi objectiver un syndrome destructif vestibulaire.
3- Évolution. Complications
:
* Évolution :
La restitutio ad integrum est la règle dans les formes mineures.
Mais
des séquelles peuvent persister, notamment des acouphènes et une
hypoacousie d’importance variable, portant sur les fréquences
aiguës, parfois associée à une hypovalence à l’examen calorique
thermique.
Les séquelles les plus invalidantes, parfois irréversibles,
sont vestibulaires.
* Fistules périlymphatiques :
Les circonstances de survenue de ces accidents et les manifestations
cliniques font inévitablement évoquer la possibilité de fistules
périlymphatiques.
C’est donc la complication majeure à redouter, et
son diagnostic reste controversé car il n’existe pas de tableau
typique.
La fistule périlymphatique sera suspectée dans les suites
d’un accident barotraumatique d’oreille interne en cas :
– de vertiges ou d’instabilité déclenchés par des changements de
position, des variations de pression (plongée, éternuements, toux,
efforts) ou par des sons forts (c’est le phénomène de Tullio) ;
– de surdité fluctuante.
L’examen clinique recherche systématiquement un signe de la fistule
par pression digitale sur le conduit auditif externe entraînant un
déplacement du liquide vers la cupule, et donc un nystagmus dirigé
vers l’oreille saine et en sens inverse lors du relâchement de la
pression.
De même, la survenue d’un vertige lors de
l’impédancemétrie réalise un véritable signe de la fistule.
L’audiométrie positionnelle, ou test d’audiométrie positionnelle de
Frazer, compare les courbes recueillies en position assise et en
décubitus latéral sur le côté sain.
Ce test est positif si l’on obtient
une amélioration des seuils d’au moins 10 dB sur trois fréquences.
En réalité, le diagnostic de cette entité est souvent difficile.
Ces tests
n’ont de valeur que s’ils sont positifs, et même une éventuelle
exploration chirurgicale ne permet pas toujours d’affirmer la fistule.
Ainsi, si certains auteurs prônent une exploration chirurgicale
précoce en cas de fort doute de fistule, cette attitude peut être
tempérée.
4- Principes thérapeutiques
:
Le traitement est urgent et doit être appliqué dès que l’accident
d’oreille interne est identifié, si possible en milieu hospitalier
spécialisé.
Les résultats sont très satisfaisants si le délai
thérapeutique a été inférieur à 3 jours, et généralement nuls s’il a été
supérieur à 10 jours.
Cependant, des récupérations tardives ont été
rapportées.
Le principe du traitement est :
– la prise en charge du facteur étiologique causal : traitement du
dysfonctionnement tubaire et de sa cause, auquel on associe le
traitement de l’otite barotraumatique éventuellement associée ;
– le traitement de l’urgence cochléaire, qui repose avant tout sur la
corticothérapie ;
– le traitement symptomatique des troubles vestibulaires
(antivertigineux et antiémétiques) ;
– la mise au repos en position demi-assise, afin de diminuer la
pression du liquide cérébrospinal pour ne pas aggraver une
hypothétique fistule périlymphatique.
L’indication d’oxygénothérapie hyperbare doit être mûrement
pensée : en effet, l’accident barotraumatique d’oreille interne est lié
au dysfonctionnement tubaire qui contre-indique le caisson en
principe, et comporte un risque théorique d’aggravation d’une
fistule.
Ainsi, en cas d’oxygénothérapie hyperbare, les phases de
compression et décompression sont réalisées avec toute la lenteur et
la prudence nécessaires.
Toute aggravation du tableau lors de
l’oxygénothérapie hyperbare est un argument en faveur d’une
fistule, et conduit à arrêter les séances et à discuter l’exploration
chirurgicale.
Une alternative à l’oxygénothérapie hyperbare,
lorsqu’elle est réalisée uniquement dans un but d’oxygénation, est
l’utilisation du carbogène normobare (93 % d’O2, 7% de CO2) en
inhalation.
Tout accident barotraumatique d’oreille interne impose un arrêt des
vols ou de la plongée pendant 1 mois, et un bilan cochléovestibulaire
avant la reprise de l’activité.
5- Cas particulier : vertige alternobarique
Le vertige alternobarique est un vertige bien connu des pilotes de
chasse (il pourrait être augmenté par l’usage des moyens de
protection anti-G) et des plongeurs.
En milieu aéronautique, des
statistiques britanniques estiment de 10 à 17 % le personnel navigant
ayant ressenti ce phénomène au cours de leur carrière.
Chez les
plongeurs, 84 % avouent, sur un questionnaire anonyme, avoir déjà
subi un vertige alternobarique.
Le vertige alternobarique résulte
d’une rééquilibration pressionnelle asymétrique lors de la
décompression.
Lors de la remontée, un obstacle tubaire mécanique
ou fonctionnel unilatéral peut gêner la vidange aérienne de ce côté.
Tout se passe comme si une oreille « remontait à la surface », tandis
que l’autre « restait en profondeur ».
Il s’ensuit une stimulation
labyrinthique par hyperpression relative de ce côté, dès que la
différence de pression entre les deux côtés atteint 60 hPa.
Il se
produit alors un vertige bref, fugace, mais souvent violent, qui
régresse spontanément sans séquelles.
Lorsqu’il survient en plongée,
il est conseillé aux plongeurs de redescendre un peu, pour faciliter
l’équilibration entre les deux oreilles.
Cette manifestation apparaît
le plus souvent dans un contexte d’infection des voies respiratoires
supérieures, chez des patients ayant au départ une fonction tubaire
limite.
On retrouve également comme autres facteurs favorisants,
les phases répétées de compression et décompression lors d’une
plongée ou d’un vol.
Ce vertige disparaît sans laisser de séquelles et
n’appelle pas de traitement particulier, si ce n’est de reconnaître la
raison de la dysperméabilité tubaire causale.
S’il est bénin en luimême,
il représente un danger vital potentiel lors du vol ou de la
plongée, en raison de l’incapacité subite qu’il peut entraîner.
D - PRÉVENTION DES ACCIDENTS BAROTRAUMATIQUES :
La prévention des accidents barotraumatiques repose sur des
mesures collectives et individuelles.
1- Réglementation aéronautique :
* Pressurisation des aéronefs :
Les cabines des avions de lignes sont pressurisées à 1 500 m en
moyenne.
Ainsi, lors d’un vol commercial, l’altitude relative de la
cabine ne dépasse pas cette altitude.
Les avions militaires sont
pressurisés entre 2 500 et 3 500 m.
* Vitesse de variation de la pression dans la cabine
:
Pour assurer le confort des passagers, la pression-cabine ne doit pas
varier de plus de 500 ft/min (152 m/min) à la montée, et de 300
ft/min (91 m/min) à la descente.
2- Sélection et surveillance des personnels navigants
et des plongeurs :
Elle repose sur :
– l’examen oto-rhino-laryngologique (ORL) systématique des
personnels navigants et des plongeurs par des médecins agréés
(expertise médicale, tympanométrie, voire tubomanométrie ou
épreuves en caissons hypo- ou hyperbare) ;
– la surveillance périodique (aptitude) médicale des plongeurs et
des personnels navigants.
3- Protection individuelle
:
L’exécution de manoeuvres volontaires d’égalisation de pression en
vol ou lors des plongées (Valsalva, Toynbee, Frenzel) avant et
pendant les « descentes » est nécessaire dès les premières sensations
de gêne auditive.
Ces manoeuvres sont parfois malaisées, mal
comprises, et il n’est pas exceptionnel d’observer des otites
barotraumatiques malgré une trompe auditive perméable.
Certaines
publications font état de l’intérêt des auto-insufflations par le
système Otoventt notamment chez l’enfant.
En raison de la
synergie vélotubaire, en moyenne une déglutition sur deux produit
une ouverture tubaire.
La déglutition est automatique toutes les
minutes chez le sujet éveillé, mais seulement toutes les 5 minutes
chez le sujet endormi.
Aussi faut-il réveiller systématiquement les passagers endormis avant la descente.
Les nourrissons prendront
un biberon ou une tétine.
Tout vol ou plongée seront déconseillés en
cas d’inflammation des voies respiratoires supérieures.
De commercialisation récente et disponibles dans les centres
d’audioprothèses, des bouchons de protection (EarPlane NF EN
352-2) sont proposés.
Il s’agit d’obturateurs en silicone muni
d’ailettes et d’un filtre céramique, placés dans le méat acoustique
externe en laissant une cavité enclose entre son extrémité et le
tympan.
Le rôle du filtre permet de ralentir la vitesse de
compression dans cette cavité, et donc de limiter la tension
tympanique. Une descente en avion de 2 500 m dure en moyenne
16 minutes.
Avec les bouchons, tout se passe comme si la descente
s’effectuait en 24 minutes, donc la vitesse de variation du gradient
pressionnel est ralentie.
Leur action préventive des accidents
barotraumatiques n’est pas prouvée, mais ils réduisent les
désagréments dus aux bourdonnements d’oreille et aux sensations
de tension douloureuse.
Accessoirement, ils ont une action
protectrice contre le bruit.
Enfin, nous rappelons qu’en plongée le barotraumatisme peut être
évité ; il suffit de ne pas insister à vouloir descendre en cas de
difficultés d’équilibration pressionnelle.
Dans le cas particulier de vols impératifs (évacuation aérienne, raisons
socioprofessionnelles, etc), l’utilisation de vasoconstricteurs dans les
cavités nasales est une bonne précaution, si l’on doute de la
perméabilité nasale.
La réalisation d’une paracentèse bilatérale
préventive, voire la pose d’aérateur transtympanique, peuvent être
également discutées en cas d’évacuation sanitaire d’un patient
comateux.
Accidents aéroemboliques :
Ils résultent de la production de bulles à partir de gaz dissous dans
les tissus.
Ce sont des accidents de la plongée sous-marine, et
exceptionnellement du milieu aéronautique.
A - PHYSIOPATHOGÉNIE :
1- Lois physiques
:
La dissolution des gaz dans les tissus est régie par la loi de Henri :
« à température constante et à saturation, la quantité de gaz dissous
dans un liquide est proportionnelle à la pression qu’exerce ce gaz
sur le liquide ».
Lorsque la pression du gaz augmente (lors de la descente ou
compression), les molécules du gaz vont se dissoudre dans le liquide
jusqu’à un état d’équilibre : état de saturation.
Dans le cadre d’un
mélange gazeux, la compression entraîne une augmentation de la
pression partielle de chacun des gaz qui le constituent.
La solubilité des gaz dépend également de leur nature : l’azote
contenu dans les bouteilles est le gaz le plus soluble dans le plasma
et dans les tissus adipeux, par rapport à l’oxygène et au dioxyde de
carbone.
Elle dépend aussi de la température, et la solubilité est
inversement proportionnelle à celle-ci.
Enfin, elle dépend des tissus,
et on distingue des tissus qui se saturent en quelques minutes (sang,
graisse) et des tissus dont la saturation est lente (os, tendons).
Inversement, en cas de décompression, le liquide ou le tissu dans
lequel se dissout le gaz se retrouve en état de sursaturation.
Il se
produit une diffusion depuis le milieu où sa pression partielle est la
plus importante, vers le milieu où elle l’est moins.
La vitesse de
diffusion dépend du gradient de pression et des milieux qu’il doit
traverser, ces milieux ayant des vitesses d’élimination différentes.
Si
la variation de pression est trop importante, le gaz dissous peut
reprendre dans le liquide sa forme gazeuse, provoquant la formation
de bulles : ce phénomène réalise la sursaturation critique.
2- Conséquences :
La quantité d’azote dissous dépend de la profondeur et du temps
de plongée.
Lors de la remontée, ce gaz dissous va tendre vers une
sursaturation.
Ce phénomène conditionne les constantes de vitesse
de remontée et les paliers de décompression.
Le non-respect de ces
règles de sécurité a pour conséquence l’atteinte d’une sursaturation
critique et un relargage de bulles dans le sang veineux, autour
desquelles va se former un agrégat plaquettaire.
En principe, les
bulles sont éliminées par le shunt pulmonaire.
Les lésions de l’oreille
interne résultent :
– soit de lésions ischémiques, par obturation vasculaire.
Ceci
suppose un passage systémique dans la circulation artérielle par
l’ouverture de shunts, qui sont soit préexistants mais méconnus
(foramen ovale perméable par exemple), soit ouverts du fait de
l’hypertension artérielle pulmonaire qui résulte de l’incapacité du
poumon à les éliminer en raison de leur diamètre (quand il est
supérieur à 20 µm) ou de leur débit.
– soit de la production de bulles in situ dans le labyrinthe.
B - CLINIQUE :
1- Circonstances de survenue
:
La survenue d’un accident aéroembolique a pour condition première
d’avoir effectué une plongée à saturation.
Certains facteurs
favorisants pourront être retrouvés à l’interrogatoire : essoufflement,
efforts, froid, plongées répétées, inexpérience, non-respect de la
procédure, mauvaise condition physique.
Il existe toujours un
intervalle libre entre la plongée et les manifestations cliniques de
moins de 1 heure dans 80 % des cas.
D’autres facteurs favorisants
ont pu être décrits, comme la séquence plongée profonde en
scaphandre autonome suivie de séjour en altitude dans les 24 heures
qui suivent (vol en avion, séjour en montagne).
Ceci s’explique
par un possible relargage d’azote dissous dans les tissus graisseux,
favorisé par le gradient de pression important induit par l’altitude.
2- Clinique
:
Le tableau clinique est celui d’un syndrome destructif cochléovestibulaire associant un vertige aigu, une surdité de
perception prédominant sur les fréquences aiguës de survenue
brutale et des acouphènes.
Des nausées et des vomissements sont
classiques.
Les atteintes peuvent être dissociées, cochléaires pures
ou vestibulaires pures.
L’examen clinique permet :
– d’affirmer l’absence de lésion d’oreille moyenne grâce à
l’otoscopie, éliminant a priori une otite barotraumatique.
L’association otite barotraumatique et accident de décompression est
exceptionnelle, car le barotraumatisme survient à la compression
(descente) dès les premiers 10 m, et empêche ainsi la plongée
profonde et durable ;
– de confirmer l’atteinte périphérique par la mise en évidence d’un
syndrome vestibulaire harmonieux, avec un nystagmus battant du
côté de l’oreille saine, et des déviations segmentaires vers l’oreille
sourde ;
– d’éliminer un accident neurologique associé grâce à un examen
clinique complet ;
– d’éliminer les autres causes d’instabilité d’origine respiratoire :
narcose, intoxication au CO2, intoxication à l’O2, hypoxie. Les
conditions de la plongée et l’absence de syndrome vestibulaire les
font suspecter.
3- Bilan paraclinique :
Le bilan paraclinique n’a en principe pas sa place, car toute
suspicion d’accident de décompression impose de réaliser en
urgence une oxygénothérapie hyperbare.
Le seul examen
éventuellement utile est la réalisation d’une tympanométrie pour
confirmer l’absence de dysperméabilité tubaire.
4- Recherche de facteurs favorisants :
Après traitement de l’épisode aigu, il convient de réaliser un bilan
cardiovasculaire à la recherche de malformation cardiaque mettant
en communication les oreillettes droite et gauche, et notamment un
foramen ovale perméable.
Cette communication permet aux bulles intravasculaires de shunter le filtre pulmonaire et de passer dans la
circulation générale.
Le foramen ovale perméable semble être une
malformation fréquente (30 % dans une population de plongeurs).
C - PRINCIPES THÉRAPEUTIQUES :
Le seul traitement des accidents de décompression est
l’oxygénothérapie hyperbare.
Le principe est de « recomprimer » les
bulles en replaçant le patient en milieu hyperbare.
L’idéal est
d’effectuer la recompression immédiatement.
Si ce n’est pas possible
pour des raisons d’éloignement d’un centre de médecine hyperbare,
il convient d’administrer dans l’intervalle précédant la recompression, de l’acide acétylsalicylique (5 mg/kg en une dose
unique).
Les autres thérapeutiques ne sont qu’adjuvantes.
Il s’agit
des traitements symptomatiques des nausées et vomissements
(métoclopramide) et des vertiges (isoleucine intraveineuse), associés
aux traitements de soutien cochléaire.
La recompression est effectuée selon des tables thérapeutiques
établies par la Comex, par la Marine nationale ou par l’US Navy.
Elles prennent en compte le type de plongée, la durée, la profondeur.
En cas de doute entre un accident barotraumatique d’oreille interne
et un accident de décompression, celui-ci doit toujours être en faveur
de l’accident aéroembolique et faire pratiquer une oxygénothérapie
hyperbare.
D - PRÉVENTION :
La prévention des accidents aéroemboliques repose avant tout sur
le respect des vitesses de remontée et des paliers de décompression
lors de la remontée après une plongée profonde autonome.
En ce
qui concerne les vitesses de remontée, il existe une courbe de
sécurité qui indique en fonction de la profondeur le temps
maximum de plongée sans palier (exemple : table Marine nationale
MN 90 : 1 h 15 à 15 m sans palier mais 5 minutes à 40 m).
Elle
conditionne une vitesse de remontée établie à 15 m par minute. Les
paliers de décompression sont des pauses à profondeur stabilisée
lors de la remontée.
Ils permettent d’éliminer une quantité d’azote
suffisante pour éviter un état de sursaturation critique.
Ils sont à
respecter si la plongée se trouve en deçà de la courbe de sécurité.
Après une plongée à saturation, il faut savoir éviter les efforts ou la
plongée en apnée notamment la plongée « yoyo » dans les 6 heures,
et proscrire les voyages en avion et les séjours en altitude dans les
24 heures.
Ceci limite le risque de relargage massif des gaz toujours
dissous dans les tissus graisseux.
En ce qui concerne l’aptitude à la
plongée, il paraît illusoire de vouloir dépister un foramen ovale
perméable par une échographie transoesophagienne systématique ou
par un doppler transcrânien après injection intravasculaire d’air.
Maladie barotraumatique
:
La maladie barotraumatique auriculaire est au dysbarisme ce que la
surdité professionnelle est au bruit.
Elle constitue le retentissement
au long cours sur l’oreille des variations itératives de la pression
barométrique chez des sujets exposés professionnellement
(personnel navigant, plongeurs, sous-mariniers…).
Comme la
surdité, l’otopathie dysbarique chronique peut intéresser l’oreille
moyenne, l’oreille interne, ou être de nature mixte.
Cette pathologie
est donc découverte le plus souvent lors d’une visite systématique,
car les signes fonctionnels sont en général très modérés. Parfois, c’est
l’apparition d’un épisode d’otite moyenne aiguë barotraumatique
qui amène au diagnostic.
A - MALADIE BAROTRAUMATIQUE D’OREILLE MOYENNE
:
Sur le plan physiopathologique, on considère classiquement que
c’est la répétition de microbarotraumatismes, en règle
asymptomatiques, chez des sujets à perméabilité tubaire « limite »,
mais physiologiquement satisfaisante au sol, qui finit par engendrer
cette maladie.
1- Clinique :
Au stade de début la pathologie est essentiellement fonctionnelle,
avec otalgies modérées à type de gêne ou sensation d’oreille bouchée
avec parfois acouphènes.
Ces signes disparaissent rapidement après
le vol ou la plongée.
À l’otoscopie, le tympan est normal et mobile
au Valsalva.
L’audiométrie n’objective pas de surdité de
transmission.
Le tympanogramme est normal ou décalé sur les
pressions négatives.
La poursuite de l’exposition au risque dysbarique aboutit au stade
lésionnel constitué par un tableau d’otite moyenne chronique à
tympan fermé.
Progressivement apparaissent des modifications tympaniques avec
aspect de tympans hétérogènes, plus ou moins rétractés, peu
mobiles, pouvant s’accoler partiellement au fond de caisse.
Le tympanogramme est plus ou moins décalé vers les pressions
négatives.
Le déficit auditif habituellement bilatéral, est modéré au
début constituant une surdité de transmission pure modérée, puis
la surdité devient mixte.
2- Sur le plan thérapeutique
:
Au stade de début l’information, l’apprentissage et l’entraînement à
effectuer les manoeuvres d’équipression tubaire peuvent suffire à
prévenir une aggravation.
Au stade lésionnel, le traitement est
superposable à celui de l’otite moyenne chronique à tympan fermé.
B - MALADIE BAROTRAUMATIQUE D’OREILLE INTERNE
:
1- En milieu hypobare
:
Il est classiquement admis que l’oreille interne du pilote va présenter
progressivement un déficit au fil du déroulement de sa carrière.
De
nombreuses études réalisées au Centre principal d’expertise du
personnel navigant ont permis de mettre en évidence ce déficit, en
le différenciant d’une presbyacousie et en le corroborant au nombre
d’heures de vol.
Pour Lienhart, la surdité de l’aviateur est une surdité professionnelle
liée à l’exposition prolongée aux bruits résultant de l’activité
aéronautique.
Cependant, cet auteur évoque par ailleurs
l’existence d’une maladie professionnelle par microbarotraumatismes
répétés de l’oreille interne, et estime qu’elle pourrait
avoir une origine mécanique par enfoncement répété de la platine
dans la fosse ovale.
Le tableau de cette forme clinique de la
surdité de l’aviateur est celui d’un syndrome cochléovestibulaire
déficitaire bilatéral avec surdité de perception mais plutôt de type
mixte et, sur le plan vestibulaire, absence de signes cliniques
vestibulaires mais hypoexcitabilité vestibulaire paraclinique.
Selon
d’autres études, le facteur barotraumatique de l’oreille interne paraît
négligeable.
2- En milieu hyperbare
:
Si la majorité des auteurs s’accorde pour considérer qu’il existe une
détérioration cochléaire progressive chez les plongeurs
professionnels, la pathogénie de cette surdité de perception, qui
porte essentiellement sur les fréquences aiguës, reste controversée.
Ainsi, certains auteurs considèrent que cette surdité est directement
en relation avec la pratique de la plongée sous-marine.
Pour
d’autres, la plongée en scaphandre autonome pendant de
nombreuses années ne rend pas sourd.
Ainsi, une étude effectuée
chez 272 plongeurs de la Marine nationale n’ayant pas présenté
d’accidents montre que ce n’est pas la pratique prolongée de la
plongée sous-marine qui menace leur audition, mais la presbyacousie naturelle et l’exposition concomitante au bruit
industriel.
Une étiologie multifactorielle de cette surdité due au
dysbarisme, à la maladie de la décompression et au bruit, est
également évoquée.
En ce qui concerne le vestibule du
plongeur, on sait qu’il existe de nombreuses anomalies électronystagmographiques (ENG) infracliniques chez les plongeurs
professionnels, mises en évidence lors des visites d’aptitudes.
Cependant, la thèse de Bizeau a montré que les anomalies ENG
constatées sont fréquentes, infracliniques, et doivent être considérées
comme banales chez les plongeurs.
Elles ne s’aggravent pas, au
contraire, et ne prédisposent pas les sujets aux accidents
vestibulaires.
3- Prise en charge thérapeutique :
Le traitement de la maladie barotraumatique d’oreille interne associe
les diverses thérapeutiques visant à rétablir une fonction tubaire
normale et les traitements médicaux classiques de soutien cochléaire.
C - INCIDENCES MÉDICOLÉGALES :
1- En milieu civil
:
Les otopathies dysbariques aiguës ne sont que rarement prises en
charge au titre des accidents du travail.
Dans une étude réalisée chez
les personnels navigants commerciaux d’Air France, 63 % des arrêts
pour otalgies sont reconnus en accident du travail.
Les lésions résultant des travaux effectués en milieu hyperbare sont
inscrites au tableau n° 29 des maladies professionnelles, notamment :
– syndrome vertigineux confirmé par les épreuves labyrinthiques et
survenant lors de travaux effectués par les scaphandriers, avec un
délai de prise en charge de 3 mois ;
– maladie barotraumatique auriculaire en relation avec les travaux
effectués par les plongeurs, munis ou non d’appareils respiratoires
individuels, avec un délai de prise en charge de 3 mois ;
– surdité associée ou non à des troubles vestibulaires et apparaissant
chez des sujets travaillant en milieu hyperbare, avec un délai de
prise en charge de 1 an.
La surdité ne doit pas s’aggraver après
l’arrêt de l’exposition au risque, et doit être confirmée par une
audiométrie tonale et vocale 6 mois à 1 an après la première
constatation.
Les otopathies dysbariques survenues à l’occasion de travaux
effectués en service aérien sont inscrites au tableau n° 83 des
maladies professionnelles.
Une étude réalisée à Air Inter n’avait pas
montré de cas de maladie professionnelle n° 83 déclaré.
2- En milieu militaire :
En milieu militaire est pris en charge tout accident imputable au
service.
Les séquelles d’accidents ou de maladies imputables au
service sont indemnisables au titre du code des pensions militaires.
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