L’otomycose est une infection fongique qui touche électivement l’oreille
externe.
En pratique, c’est le conduit auditif externe qui est le plus souvent
concerné.
Les localisations au niveau du pavillon (dermatophyties) se
rapprochent davantage des mycoses cutanées que des otomycoses et sont plus
volontiers dirigées vers le dermatologue.
L’otomycose est une pathologie
relativement commune, principalement rencontrée lors de la période estivale.
Sa prévalence représenterait 5 à 10%de l’ensemble des otites externes.
Les facteurs favorisant la survenue d’otomycoses sont ceux habituellement
retrouvés lors d’infections fongiques : climat tropical,
immunodépression, traumatismes locaux et chirurgicaux, application
d’antibiotiques ou de corticoïdes in situ...
Les agents pathogènes (levures,
filaments mycéliens kératinophiles) principalement rencontrés sont
Candida albicans et les Aspergillus.
Le diagnostic d’otomycose repose avant
tout sur l’examen otoscopique, et sa symptomatologie clinique est proche de
celle de l’otite externe bactérienne.
Cependant, le diagnostic peut être difficile
à établir, notamment en cas de surinfection.
Son traitement est avant tout
local, reposant sur l’application d’antifongiques, de type polyénique (spectre
étroit) ou imidazolé (spectre large).
Dans la grande majorité des cas,
l’otomycose guérit simplement avec un traitement adapté.
Il faut cependant
savoir détecter les otomycoses sévères ou étendues dont le diagnostic peut
être plus difficile.
Ces formes surviennent surtout sur des terrains
immunodéprimés.
Elles requièrent un traitement médical urgent par voie
systémique, et parfois un traitement chirurgical.
Mycologie et commensalisme
du conduit auditif externe
:
L’étude de l’écologie mycologique et microbienne cutanée permet de décrire
un certain nombre de micro-organismes constituant la flore commensale du conduit auditif externe.
Parmi eux se trouvent des bactéries et des
champignons (ou micromycètes).
Les micromycètes appartiennent au règne
végétal.
Ce sont des tallophytes, c’est-à-dire qu’ils ne comportent ni tiges, ni
feuilles, ni racines ; l’absence de système chlorophyllien en fait des
saprophytes obligatoires.
Mais tout saprophytisme n’impose pas
nécessairement un caractère pathogène, et il faut donc interpréter à leur juste
valeur les résultats des prélèvements mycologiques et bactériologiques
réalisés au niveau de la peau.
Sans confrontation à l’examen clinique, un
prélèvement réalisé au niveau du conduit auditif externe a peu de valeur
pathologique : il peut refléter une population de micro-organismes
saprophytes ou être simplement le témoin d’une contamination extérieure.
L’étude de la flore saprophyte du conduit auditif externe (commensalisme)
montre que les bactéries et les micromycètes sont présents en grande quantité.
A - Micromycètes commensaux
:
Ils sont fréquemment isolés dans le conduit auditif externe en l’absence
d’infection patente.
On distingue :
– le genre des micromycètes filamenteux de la famille des aspergillacés
(groupe des Aspergillus) ;
– le genre des levuriformes de type Pityrosporum ovale.
En revanche, le caractère saprophyte des levures de type Candida albicans,
reconnu au niveau du tube digestif, est plus discuté au niveau du conduit
auditif externe.
Tout déséquilibre de la flore cutanée saprophyte du conduit auditif externe
peut être à l’origine d’une infection de l’oreille.
En effet, une destruction
élective de la flore bactérienne entraîne une augmentation anormale de la
proportion des agents fongiques, ce qui leur confère un caractère invasif et
pathogène.
B - Bactéries commensales :
Elles sont retrouvées dans 70 à 95 % des prélèvements de conduit auditif
externe réalisés en l’absence d’anomalie clinique.
Les germes le plus
fréquemment retrouvés peuvent être classés en quatre groupes.
1- Staphylocoques à coagulase négative
:
Ce sont les plus nombreux. Ils font partie du groupe des cocci à Gram positif
et sont classiquement agencés en petits amas plus ou moins réguliers.
Parmi
eux, les deux principaux sont le Staphylococcus auricularis (spécifique du
conduit auditif externe) et le Staphylococcus capitis (non spécifique).
Aucun
rôle pathogène n’a été décrit pour ces staphylocoques à coagulase négative
au niveau du conduit auditif externe.
2- Diphtéroïdes aérobies ou corynéformes :
Ils sont très fréquemment retrouvés dans le conduit auditif externe.
En forme
de bâtonnets, ils font partie du groupe des bacilles à Gram positif.
Certains
d’entre eux sont particulièrement lipophiles, et se développent dans les
régions riches en glandes sébacées.
3- Diphtéroïdes anaérobies
:
Ils sont retrouvés de façon moins fréquente.
Il s’agit surtout du groupe des Propionibacterium.
4- Autres bactéries : Escherichia coli, Proteus et Pseudomonas
aeruginosa...
Elles sont retrouvées de façon sporadique dans le conduit auditif externe sain.
Épidémiologie :
Le diagnostic d’otomycose est le plus souvent posé chez l’adulte de plus de
35 ans, de sexe masculin. L’été et l’automne constituent les périodes de
prédilection.
Les otomycoses peuvent se rencontrer chez des sujets sains
et sans antécédents notables, mais le plus souvent il existe des facteurs
favorisants : un traitement récent par les antibiotiques, une modification
du pH cutané ou des propriétés antibactériennes du cérumen, une
malnutrition, une chirurgie otologique récente ou un traumatisme du
conduit auditif externe.
De façon générale, tous les états induisant une
immunodépression augmentent le risque de survenue d’une otomycose.
L’otite externe est avant tout une infection d’origine bactérienne : une étude
regroupant plus de 1 400 prélèvements effectués à partir d’otorrhées a
montré que l’agent pathogène principal de l’otite externe était le Pseudomonas aeruginosa.
Cependant, la responsabilité isolée d’un microorganisme
fongique a été établie dans 6 % des cas, alors qu’une étiologie
mixte, bactérienne et fongique, était rapportée dans 7 % des cas.
Les
prélèvements réalisés chez des patients atteints d’otomycose avérée montrent
que les principaux agents responsables sont du genre aspergillaire
(Aspergillus niger, mais aussi flavus et fumigatus), et du genre des levures
(Candida albicans, parapsilosis).
La présence de Penicillium est
classiquement rapportée, mais dans de plus faibles proportions.
Étude clinique
:
Plusieurs formes cliniques peuvent se présenter.
Le diagnostic positif est
alors plus ou moins facile à établir.
A - Otomycose externe
:
On peut distinguer trois stades. Le stade initial correspond à l’implantation
du champignon, et à son développement dans les couches superficielles de la
peau.
Il existe un prurit modéré et l’otoscopie montre une hyperhémie de la
peau.
La présence de filaments colorés sur les sécrétions permet d’évoquer le diagnostic.
À un stade plus évolué, le patient consulte pour une otalgie intense
associée à une otorrhée.
Le conduit auditif externe est obstrué par une masse
blanchâtre, formant un amas purulent.
Après ablation, la peau du conduit
auditif externe est inflammatoire et parfois ulcérée.
Enfin, à un stade ultérieur,
survenant en l’absence de traitement adapté, les signes fonctionnels
s’intensifient.
L’inflammation s’étend, des adénopathies satellites prétragiennes sont parfois observées, et une perforation tympanique peut
survenir (clou mycosique).
1- Prévalence :
– Sous nos latitudes, la prévalence de l’otomycose est faible.
Elle atteindrait
10 % des causes d’otites externes.
Dans le cas des otites externes qui
persistent malgré le traitement local, l’origine mycosique serait d’environ un
tiers : des travaux portant sur plus de 230 patients ont permis de mettre en
évidence un micromycète dans plus de 35 % des otites externes qui persistent
après le traitement antibiotique et corticoïde local.
– Sous des climats tropicaux, la prévalence est nettement plus
importante.
Dans certaines régions, l’incidence pourrait dépasser 75 % des
otites externes.
En pratique, l’otomycose représenterait 10 % des
consultations d’otologie sous des climats chauds et humides.
Sous des
latitudes tropicales, les micromycètes de type aspergillaire sont les plus
fréquents, et seraient responsables des formes les plus sévères.
2- Forme aiguë :
La plainte fonctionnelle, qui est au premier plan, est l’otalgie.
Le patient
rapporte volontiers une otorrhée plus ou moins abondante, un prurit avec
sensation de cuisson cutanée, et une hypoacousie avec une sensation d’oreille
bouchée.
La pression exercée sur le tragus et l’examen au spéculum entraînent une
exacerbation de la douleur.
Ce tableau clinique est proche de celui de l’otite
externe banale, avec une intensité moindre.
L’otoscopie montre un
comblement plus ou moins important du conduit auditif externe par une masse
humide parfois comparée à du papier buvard, dont la couleur varie du jaunâtre
au noir.
Après détersion sous microscope, la peau du conduit
auditif externe se montre très inflammatoire, douloureuse et saigne au
moindre contact.
La membrane tympanique peut être le siège d’une myringite
granulomateuse évocatrice, qui n’est cependant pas spécifique aux infections
fongiques.
Une perforation tympanique appelée « clou mycosique » peut
survenir, et serait due à une infection mixte, mycosique et bactérienne.
Le diagnostic n’est pas toujours facile à poser, notamment dans les formes
modifiées par les traitements locaux.
3- Forme chronique :
Il s’agit d’une forme clinique plus difficile.
Le diagnostic est souvent plus
tardif. Son aspect clinique et otoscopique est moins typique que la forme
aiguë.
Il existe une inflammation diffuse du conduit auditif externe, mais la
présence de filaments, de plages cotonneuses ou charbonneuses fait souvent
défaut.
Cependant, l’absence d’amélioration, voire l’aggravation des
symptômes après un traitement antibiotique et corticoïde local bien conduit
attire l’attention du praticien et permet d’évoquer le diagnostic.
Dans ces
formes, les prélèvements mycologiques et bactériologiques sont très utiles
pour confirmer le diagnostic.
En cas de récidive quelques semaines après la fin des soins, ou s’il persiste
une anomalie de la peau du conduit, il convient de rechercher une dermatose
sous-jacente.
En effet, l’otomycose peut survenir sur le lit d’un eczéma (atopique, de contact) ou d’un psoriasis, dont le diagnostic est difficile au
niveau du conduit auditif externe.
Dans ces cas, un examen par un
dermatologue est nécessaire, car ces dermatoses nécessitent souvent un
traitement spécifique indépendant de celui de l’otomycose.
Dans les formes
chroniques, les agents fongiques peuvent exercer leur pouvoir pathogène de
deux manières : d’une part, par un mécanisme invasif lié à la pénétration
directe des micromycètes dans les couches épidermiques ; d’autre part, par
un mécanisme de type allergique appelé mycétide, survenant notamment au
contact de micromycètes du genre Aspergillus.
B - Otomycose asymptomatique
:
Son diagnostic est en règle générale facile.
L’otomycose est découverte lors
d’une otoscopie systématique ou réalisée pour une simple sensation d’oreille
bouchée.
L’otoscopie montre des dépôts pulvérulents ou une masse
floconneuse obstruant tout ou partie du conduit auditif externe.
Ces
formations peuvent être greffées sur un bouchon de cérumen.
Certaines
formes sont colorées : il peut s’agir soit de masses blanchâtres « cotonneuses
ou neigeuses », évocatrices d’otomycose à Candida albicans, soit de
sécrétions « charbonneuses » évocatrices d’otomycose à Aspergillus niger.
Après détersion de ces dépôts sous microscope, la peau se révèle intacte, ainsi
que la membrane tympanique.
C - Otomycose postopératoire
:
Il s’agit d’une forme clinique rare.
La période postopératoire constitue
un facteur de risque, puisqu’il existe un bouleversement de la flore cutanée,
une macération engendrée par le pansement du conduit auditif externe et
parfois un traitement antibiotique.
Toute recrudescence des douleurs, toute
apparition d’une fièvre ou d’une otorrhée fétide postopératoires doivent
conduire au déméchage du patient et à un examen otoscopique accompagné
de prélèvements mycologiques et bactériologiques.
L’otomycose est possible
en période postopératoire précoce, mais aussi plusieurs semaines après
l’intervention.
Les cavités d’évidement mal entretenues peuvent
également être le siège de greffes fongiques, par une colonisation simple, et
le plus souvent peu pathogène.
D - Otomycose maligne
:
Ces formes redoutables d’otomycose sont très rares, et correspondent à une
évolution nécrosante de l’infection.
Une extension à la mastoïde et à la base
du crâne doit être redoutée.
Elles sont surtout le fait de l’Aspergillus,
mais une cocontamination pas le Pseudomonas aeruginosa est possible.
Elles sont essentiellement rencontrées chez des patients immunodéprimés
(sida) ne présentant pas d’autre localisation aspergillaire.
La
physiopathologie de l’invasion aspergillaire tympanomastoïdienne ne repose
actuellement que sur des hypothèses : contamination d’origine sinusienne,
hématogène, auditive externe...
Le tableau clinique classiquement décrit est
celui d’une otomastoïdite subaiguë.
Les douleurs et l’otorrhée sont intenses
et précoces.
La survenue d’une paralysie faciale périphérique et d’une labyrinthisation (syndrome labyrinthofacial) est particulièrement évocatrice,
mais doit aussi faire évoquer, dans ce contexte, une tuberculose de l’oreille.
Dans les formes évoluées, des extensions de l’ostéite à la base du crâne ont
été décrites.
À côté des formes classiques survenant chez les patients immunodéprimés,
des otomastoïdites invasives ont exceptionnellement été décrites chez des patients non immunodéprimés ainsi que chez des patients ayant
préalablement présenté une aspergillose pulmonaire.
E - Dermite séborrhéique du conduit auditif externe :
L’agent pathogène de la dermite séborrhéique est un micromycète appelé Pityrosporum ovale, qui est aussi l’agent du pityriasis versicolor.
Il s’agit
d’un champignon lipophile le plus souvent saprophyte de la peau, et considéré
comme pathogène opportuniste.
Les dermites séborrhéiques sont
particulièrement fréquentes et étendues chez les patients porteurs d’un
syndrome d’immunodéficience humaine.
D’autres facteurs comme le
stress et la consommation d’alcool sont aussi incriminés.
Il s’agit d’une forme clinique d’otomycose assez difficile à diagnostiquer.
Son
traitement est également difficile compte tenu de son caractère récidivant.
La
plainte principale est un prurit, parfois modéré, qui conduit le patient à
utiliser un coton-tige, ou un objet fin du même type pour soulager ses
démangeaisons.
L’examen met en évidence des lésions érythématosquameuses faites de
squames grasses jaunâtres qui épargnent la membrane tympanique.
Les
lésions de grattage du conduit auditif externe et de la conque sont parfois
responsables d’un suintement secondaire peu spécifique.
L’interprétation otoscopique est alors plus difficile.
Dans les formes anciennes, le grattage
chronique peut induire une lichénification de la peau.
L’examen clinique doit s’attacher à rechercher une localisation extraauriculaire
(sillons rétroauriculaires, sillons nasogéniens, sourcils, cuir
chevelu, région médiothoracique...).
Ces dermites sont parfois confondues
avec des eczémas ou des psoriasis du conduit auditif externe.
F - Otomycose et perforation tympanique
:
La symptomatologie de ces otomycoses est dominée par l’otorrhée.
Leur
aspect clinique est proche de celui de l’otomycose aiguë.
L’interrogatoire
peut parfois retrouver une notion de perforation tympanique ancienne connue.
L’examen otoscopique montre, après détersion, une perforation de la
membrane tympanique associée à une réaction inflammatoire de la muqueuse
de l’oreille moyenne.
Ces formes cliniques posent un problème
thérapeutique particulier.
G - Cas particulier : dermatophytie du pavillon
C’est le plus souvent le dermatologue qui est amené à poser le diagnostic de dermatophytie du pavillon.
En effet, il s’agit plus d’une mycose cutanée du
pavillon que d’une réelle otomycose.
Cependant, le conduit auditif externe
peut être touché par extension de contiguïté au départ de la région de la
conque.
Ces dermatoses sont à rapprocher des teignes de la peau glabre et sont
dues aux mêmes groupes de champignons filamenteux.
Il existe trois classes
de micromycètes responsables de dermatophyties : Epidermophyton,
Microsporum et Trichophyton.
Elles sont particulièrement contagieuses.
En
fonction de l’agent pathogène, ces mycoses sont transmises soit par des
animaux domestiques, soit par un contact interhumain direct, soit, plus
rarement, par une souillure tellurique.
Leur aspect clinique est caractérisé par
des plaques érythématosquameuses bien limitées, superficielles, et s’étendant
de façon excentrique.
La zone centrale est plus claire.
Les plaques peuvent
être multiples et confluer, donnant alors un aspect polycyclique.
La présence
associée de lésions interdigitoplantaires, d’un herpès circiné, ou d’un onyxis est évocatrice.
Devant toute dermatophytie de l’oreille, une déclaration
obligatoire est réalisée et des mesures d’éviction sont éventuellement prises.
Un examen dermatologique doit être demandé pour le patient et son entourage
proche.
Examens mycobactériologiques :
A -
Indications
:
Le diagnostic d’otomycose est avant tout clinique.
En effet, les prélèvements mycobactériologiques ne sont pas toujours faciles à interpréter.
La présence
de champignons dans un prélèvement peut être le témoin d’un microorganisme
saprophyte du conduit auditif externe, ou d’une contamination
externe.
Le résultat d’un examen mycologique ne peut être connu avant
plusieurs jours, et ne doit pas différer la mise en route du traitement.
Il est donc
logique de ne pratiquer un prélèvement que lorsque le contexte clinique est
atypique, ou est en faveur d’une forme grave :
– otite s’aggravant ou résistant à l’issue d’un traitement médical bien
conduit ;
– patient immunodéprimé ;
– infection survenant dans un contexte postopératoire ;
– patient issu d’une région tropicale, en raison des formes parfois graves ;
– suspicion de dermatophytie.
B - Modalités
Le diagnostic mycologique repose sur la qualité du prélèvement.
Les
sécrétions ou les dépôts sont prélevés sous contrôle microscopique à l’aide
d’un instrument stérile.
Il peut s’agir d’une micropince, d’une aspiration
branchée sur un piège à germe, d’un écouvillon plongé dans un milieu de
culture pour éviter la dessiccation du prélèvement (kit culturette).
En cas
de suspicion d’otomycose chronique, il est intéressant de prélever les
squames cutanés à l’aide d’un adhésif au niveau de la conque.
Le prélèvement
peut être placé dans un tube sec stérile et être acheminé rapidement.
Mais il
est aussi possible d’utiliser des milieux de transport fournis par le laboratoire,
contenant du sérum physiologique additionné d’antibiotiques qui permettent
une conservation plus longue du prélèvement avant acheminement.
Au laboratoire, un examen direct (colorations spécifiques de type Gomori-Grocott) est réalisé à la recherche de spores ou de filaments.
Il peut permettre
de donner une idée rapide sur l’espèce du champignon présent.
Les
prélèvements sont ensuite systématiquement ensemencés dans des milieux de
cultures spécifiques de type Sabouraud contenant des antibiotiques et des
inhibiteurs du développement des espèces saprophytes (cycloheximide).
Un
délai de 4 jours au minimum est nécessaire à l’apparition de colonies de micromycètes.
Il faut ensuite étudier leur métabolisme glucidique
(zymogramme) et carboné (auxanogramme) pour en effectuer
l’identification.
Pour cela, un délai supplémentaire de 48 heures est
nécessaire.
Un antifongigramme peut être réalisé, selon les mêmes modalités
que l’antibiogramme.
Au total, le résultat d’un prélèvement mycologique ne
pourra être connu avant un minimum de 6 jours.
Des méthodes diagnostiques plus récentes font appel à des techniques de
détection par immunofluorescence après immunomarquage des
prélèvements.
Elles sont proposées depuis 1997 par certaines équipes pour le
diagnostic des otomycoses.
Elles semblent à la fois sensibles et rapides,
mais restent à la disposition d’un faible nombre de laboratoires.
Évolution
:
Lorsqu’un traitement adapté est réalisé pendant une durée suffisante de 15
jours, l’évolution se fait vers la guérison dans la grande majorité des cas.
Les
récidives sont possibles et leur prévention repose sur le contrôle des facteurs
favorisants.
Dans les formes aiguës, si la mise en route du traitement est différée, ou s’il
existe une infection mixte bactérienne et mycologique, une perforation
tympanique peut survenir.
Elle entraîne une otite moyenne et rend plus
difficile la prise en charge thérapeutique.
Les formes graves sont essentiellement décrites dans les régions tropicales,
et les formes d’évolution maligne chez les sujets immunodéprimés.
Elles sont
le fait de micromycètes aspergillaires et se caractérisent par une aggravation
de l’infection mycosique accompagnée d’une altération de l’état général.
L’extension infectieuse peut se propager aux régions périauriculaires,
cervicales, à la mastoïde et même à la base du crâne.
Traitement :
A - Modalités thérapeutiques :
1- Soins locaux :
Ils sont indispensables et constituent toujours le premier temps du traitement.
Ils sont réalisés sous microscope à la consultation.
Une détersion du conduit
auditif externe est réalisée, visant à supprimer les dépôts et les sécrétions.
Cette étape permet une meilleure efficacité du traitement local ultérieur et peut
comporter un bain d’oreille à l’aide d’une solution antiseptique locale de type
peroxyde d’hydrogène 10 % boraté à saturation (eau oxygénée boratée).
Ensuite, un méchage du conduit auditif externe est réalisé à l’aide d’un
pansement expansif stérile qui sera changé après 2 à 3 jours, en fonction du
degré de l’infection locale.
2- Antiseptiques locaux
:
Certains antiseptiques locaux sont d’excellents antifongiques, sous réserve
que la membrane tympanique soit intacte.
Le peroxyde d’hydrogène à 10 volumes (eau oxygénée) inhibe la croissance
mycélienne in vitro, mais ses propriétés fongitoxiques sont insuffisantes
pour en faire le traitement idéal de l’otomycose.
Certains auteurs préconisent un traitement local pendant 2 semaines à base
d’un antiseptique mercuriel de type mercurochrome, qui possède de bonnes
propriétés fongistatiques.
Les antiseptiques iodés de type polyvidone iodée (Bétadine solutiont) sont
de bons fongicides.
Cependant, ils ne peuvent pas être utilisés en cas de
perforation tympanique.
De plus, leur coloration rend leur utilisation
quotidienne délicate.
3- Antifongiques
:
Le mécanisme d’action des molécules antifongiques est basé sur l’altération
de la perméabilité cellulaire du champignon dont la paroi formée de chitine
est particulièrement épaisse.
Le traitement des otomycoses fait surtout appel
à deux classes d’antifongiques : les polyéniques et les imidazolés.
Pour certains auteurs, l’utilisation d’imidazolés serait préférable, d’une part
en raison de leur spectre plus large sur le groupe des apergillacés, et
d’autre part en raison de leur pouvoir bactéricide sur les germes à Gram
positif.
Les antifongiques polyéniques sont ototoxiques, et ne doivent pas
être utilisés en cas de perforation tympanique.
L’ototoxicité des imidazolés
serait moindre, mais en l’absence de travaux publiés suffisamment probants,
nous considérons qu’ils ne doivent pas non plus être utilisés en cas de
perforation tympanique.
B - Indications :
1- Otomycose externe
:
Le prélèvement mycologique n’est pas nécessaire.
Après la réalisation des
soins locaux, un méchage du conduit auditif externe est réalisé, et un
traitement antifongique local est appliqué directement sur ce pansement.
Le
premier méchage doit être retiré après 48 heures.
En cas de suspicion
d’infection mixte, bactérienne et fongique, il faut prescrire en alternance des
gouttes antibiotiques et antifongiques.
Ce traitement local est suffisant sous
réserve d’être prolongé durant 2 semaines.
Il existe essentiellement deux
classes principales d’antifongiques : les polyéniques et les imidazolés.
La ciclopiroxolamine (Mycostert) est une molécule n’appartenant à aucune de
ces deux classes (groupe des pyridones) mais possédant des propriétés
antifongiques et antibactériennes proches de celles des imidazolés.
Plusieurs
préparations commerciales plus ou moins bien adaptées au traitement local
des otomycoses sont disponibles dans le commerce.
2- Otomycose asymptomatique
:
Comme pour les otomycoses aiguës simples, le prélèvement mycologique
n’est pas nécessaire.
Les soins locaux de détersion du conduit auditif externe
sont suffisants, puisqu’il n’existe aucune invasion cutanée ; il n’est pas utile
de prescrire un traitement antifongique.
3- Otomycose postopératoire
:
Un traitement local est suffisant, qui comporte des soins répétés à la
consultation et la prescription d’une application locale d’antifongiques durant
2 semaines.
Dans le cas particulier des cavités d’évidement, on peut utiliser
par exemple Auricularumt qui contient une association antibiotique
(polymyxine B), corticoïde et antifongique polyénique (nystatine).
4- Otomycose maligne
:
Pour ces formes sévères, le traitement local est insuffisant.
La prise en charge
thérapeutique ne doit pas être différée et est médicochirurgicale.
Pour l’ensemble des auteurs, un traitement chirurgical comportant une mastoïdectomie élargie doit être réalisée.
Son but est de retirer le maximum
de lésions pathologiques.
Des prélèvements à visées mycologiques,
bactériologiques (comportant une recherche du bacille de Koch [BK]) et
histologiques sont réalisés durant l’intervention.
Un traitement antifongique
par voie systémique doit ensuite être instauré, associé à une antibiothérapie
parentérale en raison des risques de co-infection fongique et bactérienne.
L’amphotéricine B peut être prescrite, mais la fréquence des micromycètes
de type aspergillaire dans ces infections nous fait préférer un antifongique de
type imidazolé.
Le kétoconazole à la posologie de 200 à 400 mg/j (Nizoralt)
est une possibilité thérapeutique.
Un bilan clinique et paraclinique
préthérapeutique, puis une surveillance régulière, doivent être réalisés en
raison des effets secondaires des médicaments de type imidazolé (risque
hépatocytolytique).
La durée du traitement minimal est de 1 mois.
5- Dermite séborrhéique du conduit auditif externe :
Son traitement repose sur l’application locale d’anti-inflammatoires de
type triamcinolone (Kénalcolt) et d’antifongiques.
Des antiseptiques locaux
de type eau oxygénée en bains peuvent également être prescrits pendant
quelques jours.
En cas de localisations cutanées associées, il convient de
traiter les différentes localisations dans un même temps.
6- Otomycose et aérateur ou perforation tympanique
:
En l’absence de travaux scientifiques suffisants concernant l’absence
d’ototoxicité des antifongiques d’action locale, leur utilisation ne nous semble
pas indiquée en cas d’otomycose survenant à tympan ouvert.
Il est alors
préférable d’utiliser des antiseptiques locaux de type eau oxygénée.
En cas
d’otomycose survenant chez un patient porteur d’un aérateur
transtympanique, le mieux est de retirer l’aérateur et d’utiliser un antiseptique
local en attendant la fermeture spontanée de la perforation.
Lorsque la
membrane tympanique est parfaitement fermée, les antifongiques locaux
peuvent être prescrits.
7- Otomycose dermatophytique :
Un traitement antifongique local à base d’imidazolés est suffisant, mais doit
impérativement être prolongé 4 semaines.
On peut par exemple utiliser
l’éconazole (Pevarylt sous forme de crème pour le pavillon et la conque, et
sous forme de spray-solution pour le conduit auditif externe).
Dans la majorité des cas, l’otomycose est une otite externe aiguë qui
guérit facilement avec un traitement local adapté.
Il existe cependant des formes de diagnostic plus difficile qu’il faut
savoir reconnaître.
Il s’agit des formes chroniques qui cachent parfois
une dermatose sous-jacente, et des formes graves, rencontrées chez
l’immunodéprimé, qui nécessitent un traitement médicochirurgical
urgent.