Histoire naturelle
:
L’évolution naturelle de l’otite séromuqueuse est la résolution
spontanée après 3 mois de suivi dans plus de 50 % des cas.
La
diminution progressive de la prévalence en fonction de l’âge rend
compte certainement de la maturation du système immunitaire
général et local, ainsi que de la maturation fonctionnelle de la
trompe d’Eustache.
Mais, chez un enfant donné, l’évolution de l’otite séreuse se fait en
dents de scie, avec des rechutes et une aggravation des symptômes
en hiver, tandis que les rémissions sont plus ou moins complètes
pendant les périodes estivales.
Si le délai de guérison est variable de
quelques mois à quelques années,
Tos nous rappelle que, chez plus
de la moitié des enfants présentant un tympanogramme plat, celui-ci
se normalise dans un délai de 3 mois environ. Ainsi, la
proposition de mise en place d’aérateurs transtympaniques, dès le
diagnostic d’otite séromuqueuse fait, mérite d’être nuancée, à l’instar
des RMO sur l’indication de pose des aérateurs transtympaniques.
Il faut répéter les examens ostoscopiques, audiométriques et
tympanométriques, avant de poser une indication chirurgicale.
Dans
la décision, les antécédents, la saison, le degré de l’hypoacousie et
l’apparition d’une complication doivent aussi être pris en compte.
Les récidives, lorsqu’elles apparaissent, sont la plupart du temps
précoces, dès la première année et, chez certains enfants (30 à 35 %),
un deuxième aérateur doit être remis en place et, dans 10 % des cas,
un troisième aérateur est nécessaire.
C’est parmi ces formes
prolongées et récidivantes qu’apparaît, dans une proportion de 4 à
5 %, une évolution grave évoquée par des complications affectant la
membrane tympanique.
Les fibres conjonctives du tympan se
raréfient pour conduire à une atrophie de la membrane qui prend
un aspect pellucide, mince, fragile.
Ces oreilles peuvent évoluer vers
une perforation, une poche d’invagination, une otite adhésive ou un cholestéatome.
Il est donc essentiel que les enfants qui présentent
une otite séreuse aient une surveillance otoscopique régulière, dans
le but de dépister le plus précocement possible les étapes évolutives
vers l’otite chronique dangereuse.
Traitement de l’otite séromuqueuse :
A -
TRAITEMENT MÉDICAL
:
1- Antibiotiques :
Il est démontré que le liquide d’épanchement de l’otite séromuqueuse contient des bactéries.
Cette bactériologie est proche
de celle des otites moyennes aiguës, avec présence de
pneumocoques et d’Haemophilus influenzae.
C’est l’activité des
antibiotiques vis-à-vis de cette population bactérienne entretenant
l’otite séromuqueuse qui justifie l’antibiothérapie.
Plusieurs études
ont prouvé l’efficacité de la prescription d’antibiotiques sur le taux
de guérison à 1 mois des otites séromuqueuses.
En raison du
nombre croissant d’Haemophilus influenzae sécréteurs de
b-lactamases et de pneumocoques à sensibilité atténuée pour la
pénicilline, les principaux antibiotiques utilisables sont amoxicillineacide
clavulanique (100 mg/kg/j en trois prises), cefpodoximeproxétil
(8 mg/kg/j en deux prises), céfuroxime-axétil (30 mg/kg/j
en deux prises), et en cas d’allergie aux b-lactamines, cotrimoxazole
(30 mg/kg/j de sulfaméthoxazole [SMZ] en deux prises).
La
durée du traitement la plus communément admise est de 15 jours,
même si une durée de 1 mois semblerait plus efficace.
2- Anti-inflammatoires :
La physiopathologie de l’otite séromuqueuse rend logique
l’utilisation d’anti-inflammatoires stéroïdiens et d’antibiotiques.
Pourtant, l’efficacité clinique d’une telle association reste encore
controversée.
Plusieurs études menées en double aveugle montrent
qu’une antibiothérapie associée à une corticothérapie de 7 à 14 jours,
est supérieure à la même antibiothérapie associée à un placebo.
Dans une méta-analyse, réalisée en 1991 par Rosenfeld, il apparaît,
que sur 156 enfants faisant partie d’un essai clinique associant
corticoïdes et antibiotiques versus placebo, 60 % du premier groupe
ont guéri à l’issue du traitement, contre 31 % dans le groupe
contrôle.
Une étude plus récente, celle de Hemlin, menée auprès
de 142 enfants âgés de 2 à 12 ans, montrait la supériorité de
l’association corticoïdes plus antibiotique versus antibiotique seul et
versus placebo seul, avec des taux respectifs de guérison à 3
semaines de 44,1 %, 19,7 % et 5 %.
Encore plus récemment, une méta-analyse, celle de Butler en 2001, concluait en une résolution
plus rapide de l’otite séromuqueuse à court terme, en cas de
prescription de corticoïdes seuls ou associés à un antibiotique.
Toutefois, à long terme, l’utilisation de corticoïdes locaux ou
généraux, n’apporterait aucun bénéfice à l’état auditif occasionné par
l’otite séromuqueuse.
Les corticoïdes les plus utilisés sont : la prednisone à la posologie de
1 mg/kg/j et la déxaméthasone à la posologie de 0,15 mg/kg/j.
Les
durées de traitement varient entre 8 jours et 14 jours.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens n’ont aucune efficacité dans
le traitement de l’otite séromuqueuse.
Ils seraient même néfastes par
leur action antiprostaglandines, comme le rapporte Abramovich
dans son travail avec le naproxène.
3- Autres :
Les antihistaminiques, les décongestionnants, les fluidifiants, les
mucorégulateurs, l’immunothérapie, n’ont pas fait la preuve
formelle de leur efficacité.
B - TRAITEMENTS LOCAUX
:
1- Méthodes d’insufflation tubaire
:
Ces techniques, essentiellement pratiquées en cures thermales, se
proposent de maintenir une ventilation efficace de l’oreille moyenne,
par l’intermédiaire de l’apprentissage de la manoeuvre de Valsalva
ou de ses équivalents.
Elles nécessitent une coopération active des
enfants, possible à obtenir à partir de 3 ans ou plus.
Elles imposent une répétition des exercices, car leur durée d’action est limitée dans
le temps, n’excédant pas 30 à 60 minutes.
L’auto-insufflation tubaire
pratiquée à l’aide d’un tube nasal peut être prescrite à domicile, à
partir de 3 ans, à raison de trois manoeuvres quotidiennes.
Le
traitement doit être interrompu en cas de rhume ou de rhinite
purulente.
Dans une étude prospective, menée par Stangerup en
1992, chez des enfants âgés de plus de 3 ans et porteurs d’une otite
séreuse, a été évaluée l’efficacité de trois auto-insufflations tubaires
par jour durant 15 jours (groupe 1) versus un groupe contrôle sans
traitement (groupe 2).
Les courbes tympanométriques ont été
enregistrées tous les 15 jours sur 3 mois.
Si après 15 jours, la tympanométrie s’était améliorée dans 64 % des oreilles du groupe 1
contre 15 % des oreilles du groupe 2, en revanche, à partir du
deuxième mois, il n’y avait plus aucune différence statistiquement
significative entre les deux groupes.
Récemment, en 1999, Reidpath
a tenté de faire le point sur le rôle de l’auto-insufflation tubaire par
usage de ballon.
À partir d’une analyse exhaustive de la littérature
sur le sujet, il ressortait que l’auto-insufflation tubaire pouvait être
cliniquement bénéfique.
Toutefois, l’absence d’études
méthodologiquement fiables, et surtout l’absence d’études à long
terme, ne permettaient pas de recommander l’auto-insufflation en
pratique clinique.
2- Kinésithérapie tubaire :
Fréquemment utilisée en cures thermales, elle est destinée à lutter
contre la dysperméabilité tubaire, mais elle relève d’une technique
très complexe qui la rend difficilement applicable chez l’enfant.
Cette
technique associe des exercices linguaux, vélaires et mandibulaires,
réalisés bouche ouverte et fermée.
Elle fait prendre conscience de
l’importance de la répercussion de la ventilation nasopharyngée sur
l’oreille moyenne.
Elle permet aussi de comprendre le rôle néfaste
du reniflement qui, par un phénomène inverse à celui de la
kinésithérapie tubaire, entretient la dépression tympanique.
3- Autres traitements locaux
:
Actuellement abandonnés, il s’agit de l’injection de gaz par voie transtympanique ou par voie tubaire, et de la b-thérapie des
bourrelets tubaires.
L’efficacité, mais aussi l’innocuité de ces
méthodes, ne sont pas prouvées.
4- Crénothérapie :
Elle constitue une thérapeutique de choix lorsque les traitements
conventionnels tardent à donner des résultats, en particulier après
mise en place répétée d’aérateurs transtympaniques.
Elle consiste à éradiquer tous les foyers infectieux de voisinage,
adénoïdiens et sinusiens, à traiter le dysfonctionnement tubaire,
ainsi que l’ensemble des muqueuses naso-sinuso-tubaires et le
terrain.
Le nombre de cures nécessaires varie de une à quatre.
Elle
fait appel aux eaux sulfurées, plus rarement bicarbonatées.
C - TRAITEMENTS CHIRURGICAUX
:
1- Aérateurs transtympaniques :
Le rôle d’un aérateur transtympanique est de maintenir le tympan
ouvert, dans le but de réaliser une aération artificielle de l’oreille
moyenne.
Permettant l’équipression entre l’oreille moyenne et l’air
atmosphérique, l’aérateur rétablirait aussi la fonction de drainage
de la trompe d’Eustache.
C’est actuellement la méthode
thérapeutique la plus efficace, tant sur le traitement de fond de l’otite séromuqueuse, que sur l’effet immédiat vis-à-vis de l’audition.
Elle
a connu, depuis qu’Armstrong l’a remise à l’honneur en 1954, un
remarquable succès, peut-être même excessif.
Il existe un nombre considérable de types d’aérateurs transtympaniques sur le marché.
Aucun ne réunit toutes les qualités
que sont : la facilité de mise en place, l’absence d’expulsion
spontanée, la perméabilité durable, le prix peu élevé.
Le choix se
pose entre les aérateurs standards de type Shepard, Donaldson ou
Armstrong, faciles à poser mais s’expulsant en 6 à 12 mois en
moyenne, et les aérateurs dits de longue durée, comme le T-tube de
Goode, moins aisés à mettre en place mais permettant une aération
plus prolongée.
En France, les RMO recommandent la pose d’aérateurs
transtympaniques en silicone ou en téflon ; les aérateurs en titane
n’étant pas justifiés.
La mise en place de l’aérateur peut être réalisée sous anesthésie
générale chez l’enfant, et sous anesthésie locale ou générale chez
l’adulte.
La myringotomie, réalisée sous microscope, doit être menée
de façon radiaire dans le quadrant antérosupérieur du tympan,
chaque fois que l’état de la membrane tympanique le permet.
C’est
en effet à cet emplacement que l’aérateur a le moins tendance à
bouger, et même dans les oreilles très atélectasiques, il est rare que
l’on ne trouve pas de place dans cette région pour y placer un
aérateur.
La taille de la myringotomie doit être suffisamment
grande pour introduire l’aérateur sans forcer, mais elle ne doit pas
permettre à celui-ci de s’exclure spontanément.
Vis-à-vis des
sécrétions présentes dans l’oreille moyenne, il est inutile et souvent
fastidieux de chercher à les aspirer, car elles auront tendance à se
drainer spontanément par la trompe d’Eustache, dès la pression
normalisée dans l’oreille moyenne.
Ce geste peut aussi être
dangereux, car il aurait été incriminé dans la survenue de surdités
de perception dans les suites de la mise en place d’un aérateur.
Si l’amélioration sur l’audition est quasi immédiate, l’efficacité de
l’aérateur sur l’évolution de l’otite séromuqueuse est plus difficile à
apprécier.
Toutefois, les complications tardives de l’otite séromuqueuse, que sont l’atélectasie tympanique et le
cholestéatome, sont moins fréquentes en présence d’aérateurs.
Mais il n’a pas d’influence directe sur la guérison spontanée de la dysperméabilité tubaire, quand on analyse le nombre de patients
pour lesquels la pose d’un deuxième puis d’un troisième aérateur
s’avère nécessaire.
Il apparaît donc que l’aérateur ne permet que de
pallier les inconvénients et les complications potentielles de l’otite séromuqueuse, tout en attendant la guérison spontanée des facteurs
étiopathogéniques, notamment tubaires et inflammatoires.
* Complications
:
Un certain nombre de complications peut s’observer dans les suites
de la mise en place d’un aérateur transtympanique.
Les
pourcentages des différentes complications lors de la pose
d’aérateurs transtympaniques notifiés dans ce paragraphe
correspondent aux résultats d’une méta-analyse menée par Kay en
2001.
– L’expulsion précoce de l’aérateur, dans les jours qui suivent la
mise en place, est la conséquence habituelle d’une myringotomie
trop large.
Elle se produisait dans 3,9 % des oreilles, alors qu’une
migration dans l’oreille moyenne était notée dans 0,5 % des
cas sur 5 531 patients analysés à partir de huit études.
En dehors de
ce cas de figure, l’aérateur standard s’élimine généralement de façon
spontanée, sauf dans le cas d’aérateurs dits de longue durée, qu’il
convient de retirer.
Le choix du moment du retrait de l’aérateur est
difficile à poser car, trop tôt il expose à la récidive de l’épanchement,
et trop tard il majore le risque de perforation tympanique résiduelle.
Le praticien doit tenir compte de l’état de la membrane tympanique,
des antécédents récents d’otorrhée séreuse, et des infections des
voies aériennes supérieures.
– L’obstruction de l’aérateur (7 %) peut survenir précocement, par
coagulation d’une goutte de sang ayant pénétré dans le tube lors de
sa mise en place.
Plus tardivement, il s’agit d’accumulation de
cérumen ou de sécrétions solidifiées.
Cette complication est d’autant
plus fréquente que le tube est long et de diamètre réduit. Un
nettoyage sous microscope sous anesthésie peut s’imposer.
– L’otorrhée à travers l’aérateur est la complication la plus
fréquente, et on différencie classiquement deux tableaux :
– l’otorrhée précoce ou primaire (16 %) survient dans les jours qui
suivent la mise en place de l’aérateur.
Certains auteurs ont étudié
les facteurs prédictifs concernant l’apparition de cette otorrhée
précoce : la désinfection préopératoire du conduit auditif externe
par l’alcool à 70° ou par la Bétadinet n’a pas d’incidence sur son
apparition, alors que la présence de germes pathogènes dans le
conduit auditif externe, dans l’épanchement de l’oreille moyenne,
ou une muqueuse d’oreille moyenne inflammatoire, en font croître
nettement le risque.
Quoi qu’il en soit, cette otorrhée précoce
survient principalement chez le nourrisson, avec une bactériologie
habituelle à cet âge, faite de staphylocoque doré ou de Pseudomonas aeruginosa, et elle doit donc être traitée par une
antibiothérapie par voie orale adaptée à l’antibiogramme ;
– l’otorrhée secondaire (26 %) peut survenir à tout âge.
L’infection
de l’oreille moyenne peut se faire de dehors en dedans lors d’une
toilette ou d’une baignade, ou être d’origine rhinopharyngée.
L’introduction de germes par la voie du conduit auditif externe
suscite des attitudes différentes selon les auteurs.
Le
shampooing étant réputé être le plus important pourvoyeur
d’infection, c’est lors de la toilette que le maximum de précautions
doit être pris.
En revanche, certains autorisent les bains de mer
sans protection.
Le traitement fait appel, en premier lieu, à un
nettoyage de la conque et à une aspiration soigneuse du conduit
auditif externe, aidés par l’instillation de gouttes associant rifamycine et ofloxacine.
Ce n’est qu’en cas d’échec, au bout de
3 à 4 jours de traitement local, qu’un traitement par voie générale
est administré après prélèvement.
Si l’ablation du drain de
première intention n’est pas conseillée, en revanche, la persistance
de l’otorrhée malgré les soins locaux et le traitement général,
impose qu’il soit retiré.
– Les perforations tympaniques résiduelles peuvent s’observer
après la chute spontanée de l’aérateur, comme après son ablation.
Elles s’observeraient avec une fréquence allant de 2,2 % pour
les aérateurs de courte durée à 16,6 % pour les aérateurs de longue
durée.
Ces perforations doivent être surveillées.
Ne bénéficient
d’une myringoplastie que les perforations persistantes, après s’être
assuré d’un hiver au moins sans épisode infectieux.
La mise en place
répétée d’aérateurs augmenterait aussi le risque de perforation
résiduelle.
Ainsi, l’ablation de l’aérateur dans une oreille ayant
déjà subi au moins trois mises en place précédentes, pourrait être
associée à un geste myringoplastique de fermeture a minima comme
un patch en papier ou de tissu adipeux.
– L’apparition de plaques de calcaire (32 %) dans la membrane
tympanique, réalisant au maximum une véritable myringosclérose
en fer à cheval, survient d’autant plus volontiers que l’aérateur a été
laissé en place pendant une longue durée.
Il s’agit plus d’une
constatation otoscopique qu’audiométrique.
– Le cholestéatome iatrogène (0,7 %) est une complication rare,
commune à l’ensemble des actes invasifs sur l’oreille moyenne.
En
fait, si la notion d’antécédent d’otite séromuqueuse est fréquente
dans l’histoire clinique des cholestéatomes de l’oreille moyenne,
rares sont les cas où la genèse du cholestéatome apparaît clairement
liée à la mise en place d’un aérateur transtympanique.
La
prévention de cette complication passe par une mise en place
soigneuse de l’aérateur, en pratiquant une myringotomie radiaire, et
en veillant à ne pas inclure d’épiderme dans la caisse du tympan.
– La labyrinthisation représente la complication la plus grave des
aérateurs transtympaniques.
Sa fréquence est difficile à estimer,
d’autant que l’audiogramme préopératoire ne peut pas toujours être
réalisé chez l’enfant et que, dans bien des cas, il n’a pas été fait
d’audiogramme dans les suites précoces de la mise en place de
l’aérateur.
Le mécanisme de cette labyrinthisation reste
hypothétique, certains incriminant le traumatisme sonore dû à
l’aspiration de glu, l’emploi de gouttes ototoxiques, voire le
traumatisme caténaire lors de la mise en place de l’aérateur.
– La récidive de l’otite séreuse peu après l’ablation ou la chute de
l’aérateur représente la complication la plus fréquente.
Elle illustre
la difficulté d’appréciation de la normalisation de la fonction tubaire,
et impose une surveillance clinique voire tympanométrique
rigoureuse, après ablation de l’aérateur.
2- Adénoïdectomie
:
C’est l’ablation au moyen d’une curette des végétations adénoïdes
situées sur les parois supérieure et postérieure du cavum, ainsi
qu’autour de l’orifice des trompes d’Eustache.
Elle agirait par une
levée de l’obstruction mécanique des trompes d’Eustache, et par
éradication de réservoir bactérien, comme l’attestait l’étude de
Linder en 1997.
Cette intervention est réalisée sous anesthésie
générale fréquemment en ventilation spontanée en France, alors
qu’aux États-Unis l’intubation est systématique.
Isolée ou associée à
la mise en place d’aérateurs transtympaniques, l’adénoïdectomie est
principalement indiquée en présence de rhinopharyngites itératives
et/ou d’une hypertrophie adénoïdienne.
Bien que discutée,
l’adénoïdectomie serait un traitement efficace à long terme (12 mois)
sur l’épanchement rétrotympanique.
Le bénéfice de
l’adénoïdectomie a été également mis en évidence par Gates.
Il a
montré une diminution du temps passé avec un épanchement rétrotympanique récurrent chez des enfants âgés de 4 à 8 ans, de
47 % et de 29 % respectivement pour ceux ayant bénéficié d’une
adénoïdectomie avec pose d’aérateurs transtympaniques et pour
ceux n’ayant eu que la pose d’aérateurs, par rapport à ceux ayant
été simplement surveillés.
Plus récemment, Coyte a étudié les
résultats de 37 316 enfants ayant bénéficié d’une insertion
d’aérateurs associée ou non à une adénoïdectomie.
Les enfants
ayant eu une adénoïdectomie comme traitement adjuvant
présentaient une réduction de la probabilité de réinsertion
d’aérateurs et une réduction de la probabilité de réhospitalisations
pour problèmes liés à l’otite séromuqueuse.
Les bénéfices de l’adénoïdectomie étaient
significatifs chez les enfants âgés de 2 ans et plus.
3- Mastoïdectomie :
La mastoïdectomie est indiquée lorsqu’une mastoïdite subaiguë,
résistante à une antibiothérapie parentérale, vient compliquer une
otite séromuqueuse sous-jacente.
Une otite séromuqueuse
récidivante et atélectasiante après plusieurs poses d’aérateurs
transtympaniques et un aspect de tympan bleu idiopathique sont
également des indications de la mastoïdectomie.
Il convient de réaliser une large masto-antro-atticotomie permettant
un nettoyage correct et une exploration de l’attique antérieure et de
la cavité atriale.
Cette intervention peut être associée à un
renforcement tympanique par aponévrose temporale superficielle.
Dans les cas de mastoïdectomie pour otite séromuqueuse récidivante
et atélectasiante après plusieurs poses d’aérateurs transtympaniques,
Narcy rapportait, en 1989, sur une série de 23 patients et avec un
recul moyen de 3 ans, la guérison de deux patients sur trois.
D - INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES :
1- Chez l’enfant
:
Toutes les otites séromuqueuses ne méritent pas nécessairement un
traitement.
La découverte d’une otite séromuqueuse latente et bien
tolérée ne constitue en aucun cas une indication d’aérateur
transtympanique, ni même d’autre traitement. Une simple
surveillance régulière suffit, la guérison spontanée étant la règle
dans la grande majorité des cas.
Les difficultés d’indication
imposent de mettre en balance la gêne de l’enfant, l’hypoacousie,
les surinfections, la souffrance tympanique, et les risques d’un geste
chirurgical comme la labyrinthisation ou l’otorrhée sur aérateur.
De
l’ensemble de l’arsenal thérapeutique dont nous disposons, la mise
en place d’un aérateur transtympanique associée à l’ablation des
végétations adénoïdes constitue l’essentiel du traitement à proposer.
Il est maintenant admis que le taux de récidives est moins important
chez les enfants ayant subi, au cours de la même anesthésie générale,
une adénoïdectomie et une mise en place d’aérateurs transtympaniques, que chez ceux ayant seulement subi une simple
pose d’aérateur.
Les autres thérapeutiques constituent un
traitement d’appoint, et s’adressent à des cas particuliers :
crénothérapie avec insufflations tubaires dans les formes sévères multiopérées, traitement antibiocorticoïde lors des épisodes
infectieux.
La date optimale de mise en place d’un aérateur transtympanique
doit de préférence se situer en automne et après l’âge de 1 an.
L’âge
minimal de 12 mois paraît raisonnable car, avant cette date, le recul
est nécessairement limité pour apprécier la chronicité de l’affection,
et le risque d’otorrhée sur aérateur est plus élevé dans cette tranche
d’âge.
D’autre part, placer un aérateur transtympanique au début
de l’été est souvent inutile, en raison de l’amélioration estivale
spontanée de la maladie muqueuse, et des risques d’otorrhée avec
la pratique des bains de piscine et de mer en cette saison.
La durée du maintien de l’aérateur est une question difficile.
Lorsqu’il est placé au début de l’automne, son ablation peut être
raisonnablement envisagée à la fin du printemps.
Habituellement,
la durée moyenne de l’aération est environ de 6 mois, bien
qu’aucune étude n’apporte d’arguments scientifiques.
Un bon
élément d’appréciation clinique est l’état tympanique d’une oreille
qui a spontanément expulsé un aérateur, ou dont l’aérateur est
bouché par du cérumen.
Cette situation, fréquente, permet
d’apprécier le fonctionnement tubaire et de proposer l’ablation de
l’aérateur controlatéral.
En revanche, l’existence d’une forme
récidivante ou évoluant vers une souffrance tympanique de type
rétraction postérosupérieure, comme on la retrouve dans un grand
nombre de fentes palatines, impose des délais d’aération beaucoup
plus longs, pouvant s’étaler sur plusieurs années.
Dans ces cas, il
faut prévenir les parents de cette longue prise en charge, avec
comme séquelle le risque d’une perforation tympanique résiduelle.
Lors du diagnostic initial d’une otite séromuqueuse, l’objectif est
d’identifier les formes à traiter d’emblée et les formes à surveiller.
Les formes à traiter d’emblée comprennent les otites séromuqueuses
associées à un syndrome de Down, une surdité de perception, des
malformations craniofaciales, une surdité de transmission > 30 db
avec retard de langage, et une poche de rétraction tympanique.
Leur traitement consiste en la pose d’aérateurs de longue durée
associée, sauf contre-indications (insuffisance vélaire, anomalie de la
crase sanguine), à une adénoïdectomie.
Néanmoins, en période estivale, de première intention, un traitement
médical antibiocorticoïde peut être tenté, excepté pour les poches de
rétraction tympaniques.
Les autres formes d’otites séromuqueuses nécessitent une surveillance
de 3 mois.
En effet, elles guérissent spontanément dans 85 % des cas
sans séquelle, le plus souvent en quelques mois, surtout chez le
jeune enfant.
Cette surveillance est active, car elle consiste en la prise
en charge d’éventuels facteurs de risque.
À ce stade évolutif de
l’otite séromuqueuse, on distingue des formes où la surveillance
peut être poursuivie, et des formes où un traitement médical doit
être prescrit :
– l’absence de surinfection avec audition conservée, la période
estivale et/ou une otite séromuqueuse unilatérale incitent à
poursuivre la surveillance ;
– dans les autres cas, le traitement médical doit être instauré. Son
efficacité est jugée à 1 mois.
En cas d’échec, trois options se
discutent : la pose d’aérateurs associée à une adénoïdectomie,
l’adénoïdectomie seule, un nouveau traitement médical.
La première
option semble licite en présence d’une hypoacousie > 30 db.
La
précipitation n’est pas forcément une règle absolue.
En effet, Maw a
mené une étude prospective incluant 186 enfants porteurs d’une
otite séromuqueuse bilatérale responsable d’une surdité d’au moins
25 db et présente depuis plus de 3 mois.
Les critères d’exclusion
étaient la présence d’une fente palatine et de syndromes tels que
Down, Hunter ou Hurler.
Les enfants ont été scindés en deux
groupes, le groupe 1 (n = 92) où l’insertion des aérateurs a été
réalisée à 6 semaines (précoce), et le groupe 2 (n = 90) où l’insertion
des aérateurs a été réalisée à 9 mois (retardée).
À 9 mois et 18 mois
après l’inclusion, les niveaux de perception auditive, de
compréhension verbale et d’expressivité étaient évalués.
Neuf mois
après la randomisation, les enfants du groupe 2 (chirurgie retardée)
avaient des capacités langagières statistiquement inférieures par
rapport au groupe 1 (chirurgie précoce).
Et 18 mois après la
randomisation, 85 % des enfants du groupe 2 avaient des aérateurs, et les capacités langagières des deux groupes étaient identiques.
De
cette étude, il apparaît que l’insertion d’aérateurs transtympaniques
favorise l’expression et la compréhension verbale, mais la date de
l’insertion n’est pas critique.
Si les surinfections sont fréquentes
et/ou les signes d’hypertrophie adénoïdienne sont patents et
l’audition normale ou subnormale, l’indication d’adénoïdectomie est
licite.
À distance, en cas d’échec, les aérateurs peuvent être proposés.
Entre ces indications se trouvent des cas limites, d’autant plus en
période estivale, où l’option médicale peut être à nouveau tentée.
2- Chez l’adulte
:
L’otite séromuqueuse a pour particularités son caractère accidentel,
son unilatéralité fréquente et sa mauvaise tolérance, essentiellement
sur le plan algique.
Il convient de rappeler la nécessité d’une
exploration nasopharyngée systématique, à la recherche d’un
processus tumoral.
Le traitement médical associant antibiotiques,
corticoïdes et aérosols pendant 1 semaine est utilisé de première
intention.
En l’absence de guérison après avoir éventuellement
répété ce traitement, un aérateur transtympanique est mis en place
pour une durée de 3 à 6 mois.
Il n’existe pas une seule otite séromuqueuse.
Si l’argument de
fréquence joue en faveur d’un processus inflammatoire simple,
touchant la caisse du tympan en réaction à une infection des voies
aériennes supérieures, que l’on pourrait appeler otite séromuqueuse
symptôme, il existe aussi de façon certaine une « otite séromuqueuse
maladie » qui reste mal connue.
De nombreuses études
épidémiologiques et de nombreux travaux sur les constatations
microbiologiques et sur les particularités des mécanismes allergiques
et immunitaires sont encore nécessaires.
Eux seuls pourront servir
de base de travail à une approche plus précise de l’étiopathogénie
de cette otite séromuqueuse, et faciliter ainsi des stratégies
thérapeutiques moins controversées.
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