Ostéosarcome de forme commune Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
A - DÉFINITION :
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit l’ostéosarcome
comme une « tumeur maligne caractérisée par l’élaboration d’os ou
de substance ostéoïde par les cellules tumorales ».
Microscopiquement, cette tumeur mêle différents composants,
cartilagineux, fusiforme, ostéoblastique et anaplasique, dont l’importance respective varie d’un patient à l’autre et d’un secteur à
l’autre de la tumeur.
Selon la définition, une production d’os, même
minime, suffit pour parler d’ostéosarcome.
Celle-ci permet aussi
d’écarter les tumeurs avec production d’os réactionnel par le stroma.
L’ostéosarcome comporte une grande variété de lésions distinctes
par leur présentation clinique et radiographique, leur aspect
microscopique et leur évolution.
Trois groupes sont identifiés selon
leur localisation, les ostéosarcomes de surface, ceux de siège intracortical et les ostéosarcomes intramédullaires ou centraux qui
sont les plus fréquents.
Les ostéosarcomes intracorticaux
sont extrêmement rares et seules des observations isolées sont
rapportées.
Les ostéosarcomes développés à la surface de l’os sont
généralement de bon pronostic, associant les formes périostées,
d’aspect cartilagineux, les formes paraostéales ou juxtacorticales, très
ostéoformatrices, et ceux de forme commune, plus agressifs.
Les
ostéosarcomes centraux regroupent différentes variantes
histologiques qui, à l’exception de la forme dite « bien différenciée intramédullaire », sont toutes de haute malignité.
Il s’agit de l’ostéosarcome télangiectasique, caractérisé par des lacs sanguins,
l’ostéosarcome à petites cellules rondes identiques à celles du
sarcome d’Ewing et la forme commune scindée, selon le contingent
prédominant, en variantes ostéoblastique, chondroblastique ou
fibroblastique.
B - TERMINOLOGIE :
Peu de termes ont été utilisés dans le passé : sarcome squelettogène,
sarcome ostéogène qui a été le plus usité et progressivement
remplacé, dans la nomenclature internationale, par celui
d’ostéosarcome.
C - ÉPIDÉMIOLOGIE :
L’ostéosarcome est une tumeur rare, puisque le nombre
d’ostéosarcomes découverts par année en France est estimé entre
150 et 200.
Pour comparaison, l’incidence évaluée en Suède, dont
le registre des tumeurs est un des mieux tenus, serait de 4,6 cas par
million d’habitants.
Malgré ce faible chiffre et si l’on excepte le
myélome, l’ostéosarcome est la tumeur osseuse maligne primitive la
plus fréquente.
Il représente, dans les grandes séries,
environ 20 % des tumeurs malignes et près du double des cas de
sarcomes d’Ewing et de chondrosarcomes.
L’incidence serait plus
faible dans les populations asiatiques et latinoaméricaines.
Il survient entre 10 et 20 ans et touche entre une fois et demie et
deux fois plus fréquemment les garçons que les filles.
Il est rare
avant 10 ans, exceptionnel avant 5 ans, quelques cas d’ostéosarcomes
congénitaux ont même été décrits.
Très rare aussi après 60 ans où il
survient généralement sur terrain prédisposé, l’incidence dans cette
tranche d’âge augmenterait pour certains.
D - ÉTIOLOGIE :
Elle est à ce jour inconnue.
Si de nombreuses théories ont été émises
à partir de constatations expérimentales ou chez l’animal, comme
une origine virale, traumatique, chimique etc, aucune n’a reçu de
confirmation chez l’homme.
Plusieurs constatations :
– les sujets de grande taille développeraient des ostéosarcomes avec
une plus grande fréquence, ce qui est à rapprocher des observations
chez les chiens dont certaines races (saint-Bernard, danois)
présenteraient plus d’ostéosarcomes ;
– différentes conditions peuvent être associées à l’ostéosarcome,
considérées comme des facteurs favorisants ; ces ostéosarcomes,
appelés secondaires, surviennent plus tardivement et à des
localisations moins habituelles ;
– après irradiation, l’augmentation de son incidence est
constamment retrouvée, qu’elle soit militaire, accidentelle,
professionnelle ou thérapeutique ; lorsqu’elle est localisée, la tumeur
naît généralement en bordure du champ d’irradiation ;
– l’ostéosarcome se développe aussi à partir de tumeurs
préexistantes, dysplasie fibreuse, tumeur à cellules géantes, ou bien
de maladie osseuse sous-jacente, ostéogenèse imparfaite, mélorhéostose et surtout la maladie de Paget ; il fait suite, plus
rarement, à un infarctus ou une ostéomyélite.
Très rarement, l’ostéosarcome peut être familial.
Il survient dans un
tableau de tumeurs multiples de différentes variétés histologiques
et correspond à la présence d’un gène de prédisposition aux
tumeurs.
On peut : citer le syndrome de Li-Fraumeni qui correspond
à l’anomalie innée de l’un des allèles du gène p53, l’enfant
développant de multiples tumeurs aussi bien sarcomateuses (os et
tissus mous) que carcinomateuses ; également le rétinoblastome
bilatéral, maladie caractérisée par des tumeurs oculaires bilatérales
et où les ostéosarcomes s’observent 100 fois plus fréquemment que
dans la population normale.
Les anomalies cytogénétiques observées dans la tumeur sont
caractérisées par leur extrême fréquence et leur grande complexité.
Il n’existe pas de lésion spécifique reconnue comme pour le sarcome
d’Ewing, mais une fréquente atteinte des locus des gènes p53 et du rétinoblastome.
Localisation
:
L’ostéosarcome peut toucher tous les os mais manifeste une
prédilection pour la métaphyse des os longs.
Moins de 10 %
surviennent à la diaphyse et les localisations épiphysaires sont
encore plus rares.
Il se localise surtout au genou : extrémité inférieure du fémur (40 %)
et extrémité supérieure du tibia (15 %), puis à l’extrémité supérieure
du fémur et de l’humérus (14 %), sites correspondant aux segments
osseux dont la croissance est la plus importante de l’organisme.
Les
os plats et les os courts sont plus rarement touchés.
Le crâne et la
face sont atteints dans moins 10 % des cas, préférentiellement à la
voûte et la base du crâne, ainsi que la mandibule.
Ils surviennent à
un âge plus avancé et leur forme histologique est plus volontiers chondroblastique.
Localisé au pelvis pour 10 % des cas, il est de
grande taille, de variété chondroblastique, et envahit fréquemment
les troncs vasculaires.
Il survient secondairement à une irradiation
ou une maladie de Paget.
Le rachis représente entre 1 et 3 % des
localisations, souvent secondaires.
Il prédomine à la partie inférieure
du rachis, naissant du corps vertébral et s’étend rapidement vers le
canal médullaire.
Pour tous les os du squelette, même pour les sésamoïdes, des cas
d’ostéosarcomes ont été rapportés.
Étude clinique :
La principale manifestation clinique est la douleur au site tumoral,
irradiant vers les articulations de voisinage.
Elle débute
insidieusement, puis croît, devenant intermittente puis continue, non
calmée par le repos ou les antalgiques ordinaires.
Elle est très
fréquemment attribuée par le patient à un traumatisme mineur
survenant dans les jours précédant la consultation.
Une masse
palpable apparaît plus tardivement, sensible à la palpation, pouvant
gêner la mobilité de l’articulation selon sa taille.
À un stade plus
tardif, des signes inflammatoires cutanés et une stase veineuse sont
visibles.
Les fractures pathologiques sont rares, touchant les plus
volumineuses lésions.
Le délai entre l’apparition des premiers
symptômes et la consultation médicale est plus court que celui du
sarcome d’Ewing, en moyenne de 6 semaines, mais le diagnostic
n’est porté initialement que dans un tiers des cas.
L’augmentation du taux sérique des phosphatases alcalines est
fréquente, conséquence de l’activité ostéoblastique de la tumeur.
Elle
n’est pas toujours corrélée au taux mesuré dans la tumeur. Plus
caractéristique serait le retour à la normale après exérèse.
La
persistance traduirait la présence de métastases ou une excision
incomplète.
Étude radiologique
:
L’imagerie a évolué rapidement.
À la radiologie conventionnelle,
première étape qui reste indispensable, et à la scintigraphie osseuse
se sont ajoutés le scanner et l’imagerie par résonance magnétique (IRM).
L’imagerie sert au diagnostic, au bilan local d’extension, au
bilan à distance, à l’appréciation de l’efficacité de la chimiothérapie néoadjuvante, à la détection des récidives.
A - DIAGNOSTIC
:
La première étape est toujours la radiologie conventionnelle.
S’en passer et aller directement au scanner ou à l’IRM devant des
douleurs ou une masse peut conduire à des erreurs grossières.
L’association de paramètres diagnostiques non radiologiques
(comme l’âge, la localisation, la taille, la partie de l’os atteinte...) et
radiologiques permet une probabilité diagnostique et guide
l’attitude pratique.
L’examen repose sur des clichés orthogonaux de
tout l’os douloureux, complétés au besoin par des clichés localisés
améliorant la résolution spatiale et donc l’étude des petits détails,
des incidences obliques pour détecter des anomalies limitées du
cortex ou des calcifications des parties molles.
La radiographie révèle le plus souvent des signes de tumeur très
agressive.
La tumeur peut être rarement lytique pure,
faisant disparaître les travées osseuses, condensante pure,
ossifiée ou contenant des calcifications de type cartilagineux
(arciformes à centre clair).
Une biopsie dans une région de ce type
peut amener un diagnostic de chondrosarcome, soulignant l’intérêt
d’une confrontation multidisciplinaire.
Le plus souvent elle est
mixte, associant condensation et lyse.
La limite de la tumeur avec
l’os normal donne une image de sa rapidité d’évolution.
Celle des
ostéosarcomes est le plus souvent de type perméatif, faite de
multiples petites lésions lytiques (type 3), la transition entre l’os
normal et pathologique ne pouvant être déterminée précisément.
Les réactions du périoste à la progression tumorale sont très
fréquentes, et là encore traduisent une tumeur agressive.
Les
spicules périostés perpendiculaires, souvent divergents (en
« coucher de soleil »), sont fréquents et les appositions parallèles
sont souvent rompues en leur centre par la rapide progression
tumorale (éperon de Codman).
L’envahissement des parties molles,
quasi constant, n’est évident que si la tumeur est calcifiée, sinon
mieux précisé en scanner ou IRM.
Au total, l’aspect de lésion agressive, souvent très évocateur du
diagnostic, doit conduire à compléter l’examen par d’autres
techniques d’imagerie, si possible avant la biopsie, qui fausse le
bilan d’extension.
Le scanner est demandé s’il existe des problèmes diagnostiques
ou si l’IRM n’est pas disponible pour le bilan d’extension.
Il est
particulièrement efficace dans l’étude des os courts et plats, rares
sièges d’ostéosarcome.
Dans ces localisations difficiles à étudier sur
les clichés conventionnels, le scanner est une précieuse aide
diagnostique, révélant des lésions lytiques ou condensantes, une
atteinte limitée du cortex, des appositions périostées et la lésion des
parties molles.
Mais parfois, même pour les os longs, il peut
améliorer l’analyse de la lésion. Ainsi, de petites calcifications, de
minimes appositions périostées perpendiculaires, un envahissement
des parties molles, une atteinte de part et d’autre d’un cortex
paraissant encore intact (et traduisant ainsi la rapidité de
progression tumorale), peuvent augmenter la suspicion de
malignité.
Une bonne technique utilise des coupes d’épaisseur
adaptée (fines pour les os longs) et les possibilités de traitement
d’image (agrandissements, fenêtrages différents pour l’os et les
parties molles, inversion d’image pour analyser l’os dense, mesures
de densité).
L’injection de produit de contraste n’est pas utile quand
l’IRM est également réalisée, la visualisation des parties molles étant
supérieure en IRM.
Celle-ci ne permet pas une bonne analyse des
calcifications et donc sa valeur diagnostique est très limitée. Les
mesures des temps de relaxation et les études dynamiques après
injection n’ont qu’une valeur diagnostique très limitée.
En
revanche, le contraste très supérieur et le choix du plan de coupe
sans déplacer le patient rendent l’IRM très supérieure dans le bilan
d’extension (malgré les nouvelles possibilités du scanner avec
reconstructions 3D).
B - FORMES PARTICULIÈRES :
1- Ostéosarcome de haut grade de surface
:
Cette tumeur rare est un ostéosarcome conventionnel, dont elle
partage les aspects en imagerie, les problèmes thérapeutiques et le
pronostic, mais se développe sur le versant externe de la corticale
osseuse.
Elle est le plus souvent ossifiée, parfois très dense.
2- Ostéosarcome télangiectasique
:
La tumeur est purement lytique.
Des lacs sanguins sont
parfois visibles en scanner et surtout en IRM.
Des nodules solides et
une paroi épaisse et irrégulière doivent faire suspecter le
diagnostic.
C - APPRÉCIATION DE L’EFFICACITÉ
DE LA CHIMIOTHÉRAPIE NÉOADJUVANTE :
Il serait utile de prévoir l’efficacité de la chimiothérapie
préopératoire avant la chirurgie et l’étude histologique, pour adapter
plus tôt le traitement.
Sur les clichés standards et le scanner, une
diminution de la masse tumorale, une meilleure limitation et plus
d’ossification indiquent une bonne efficacité du traitement.
Les
exceptions sont néanmoins trop nombreuses pour permettre un
usage pratique.
L’IRM permet une visualisation plus précise : sans
injection, la persistance ou l’aggravation de l’oedème péritumoral sur
les séquences à pondération T2 indiquent un mauvais répondeur.
Surtout, les séquences après injection et acquisition rapide et répétée
permettent de localiser directement le tissu tumoral dans l’image :
la prise de contraste précoce (dans les 2 premières minutes) visualise
directement le tissu tumoral viable, l’inflammation ayant un
rehaussement plus tardif.
Différentes techniques (analyse factorielle
des structures dynamiques, soustraction, imagerie de premier
passage) peuvent être réalisées, avec des résultats proches.
Elles
sont maintenant souvent disponibles en routine sur la console de la
machine et fonctionnent très rapidement.
Il est possible de
superposer la localisation du tissu tumoral viable à l’image
anatomique.
Malheureusement, si cette information est fiable, elle
ne le devient que juste avant la chirurgie (on ne peut donc pas
prévoir l’efficacité du traitement après seulement une cure de
chimiothérapie et modifier le traitement en conséquence).
D - DÉTECTION DES RÉCIDIVES
:
Localement, la surveillance après pose d’une prothèse est assurée
au mieux en IRM si le patient a une prothèse non paramagnétique
en titane, ce qui n’est pas toujours le cas.
Sa place est relative pour les ostéosarcomes des membres où elle est surtout clinique.
La
surveillance thoracique est assurée par clichés standards et scanners.
Bilan d’extension :
A - BILAN LOCAL D’EXTENSION
:
Il repose sur l’IRM.
Celle-ci comporte des plans orthogonaux,
adaptés à la région, avec antenne de surface si possible, améliorant
la résolution spatiale, des séquences à pondérations variées (T1 pour
analyser la moelle osseuse, T2 ou séquence d’inversion-récupération
[STIR] pour les parties molles).
L’injection de produit de contraste
n’est pas systématique dans le bilan initial.
L’IRM permet de bien
délimiter la tumeur :
– dans la moelle osseuse diaphysaire, permettant de choisir le
niveau de la résection ; les skip-metastases (séparées de la tumeur
principale par du tissu normal) sont très rares ; elles atteignent le
plus souvent le même os, mais parfois un autre proche ;
– vers le cartilage de croissance, qui est très bien vu ; son
franchissement est parfaitement analysé ; l’analyse de l’extension
dans l’os spongieux métaphysaire et éventuellement épiphysaire est
facile, alors qu’elle est très peu performante en scanner ;
– l’atteinte des parties molles, de la peau, est facilement évaluée ;
– l’analyse des vaisseaux (rarement envahis et seulement refoulés
d’ordinaire) peut être aussi réalisée en IRM ; il est possible de
réaliser une artériographie-IRM aussi performante qu’un examen
conventionnel, sans ou avec une injection intraveineuse de peu de
contraste ; l’unique indication de l’artériographie conventionnelle
reste l’injection intra-artérielle de chimiothérapie.
La principale limite de l’examen est l’impossibilité de préciser si une
tumeur qui va jusqu’au cartilage articulaire envahit l’articulation.
Bien sûr les atteintes massives ne posent pas de
problèmes.
Cette limite, parfois très gênante, est reconnue
par toutes les équipes, et les signes indirects (épanchement
articulaire) ne sont pas plus fiables.
L’oedème péritumoral peut
parfois poser des problèmes, faisant surévaluer la tumeur, surtout
sur les images pondérées T2 et STIR.
Dans les cas difficiles, le
contrôle après chimiothérapie permet le plus souvent de répondre.
B - BILAN D’EXTENSION À DISTANCE
:
Il repose sur le cliché de thorax et le scanner pour les métastases
pulmonaires, la scintigraphie pour les plus rares métastases
osseuses.
Le scanner pulmonaire fait partie du bilan systématique,
même si sa sensibilité et sa spécificité sont médiocres (nondétection
des petits nodules, très nombreux faux positifs).
La
chirurgie étant la meilleure, et probablement la seule chance de
guérison des patients métastatiques au poumon, le scanner reste
l’examen de référence, en attendant une méthode plus performante.
Anatomie pathologique
:
A - BIOPSIE :
L’aspect microscopique est dominé par l’hétérogénéité tumorale et
par les fréquents remaniements présents.
Le diagnostic est
entièrement conditionné par le site de la biopsie chirurgicale et le
volume des fragments et nécessite impérativement la transmission
au laboratoire des informations cliniques et radiographiques (cliché standard) et du compte rendu opératoire.
En leur absence, le
pathologiste n’est pas tenu d’effectuer un diagnostic formel.
La démarche diagnostique du pathologiste est d’abord d’affirmer la
malignité de la tumeur, de reconnaître l’ostéoformation par les
cellules tumorales et enfin de préciser la forme histologique.
1- Affirmer la malignité de la tumeur
:
Plus facile que pour les autres formes d’ostéosarcomes, elle associe
généralement une cellularité très importante et des anomalies
cytologiques, polymorphisme, inversion du rapport
nucléocytoplasmique, mitoses abondantes et fréquemment
anormales, qui sont caractéristiques.
Lorsque la lésion est
mieux différenciée, les anomalies cytonucléaires peuvent être
minimes, voire absentes, et ce n’est que l’examen attentif à la
recherche de mitoses anormales et la corrélation aux données
cliniques et radiographiques qui permettent d’établir le diagnostic.
2- Reconnaître l’ostéoformation
par les cellules tumorales
:
L’ostéoformation est facilement reconnaissable, sous forme d’os non
lamellaire constituant des travées de taille et d’épaisseur variables,
d’agencement anarchique et directement bordé par les ostéoblastes
tumoraux.
Parfois très abondante, la substance ostéoïde peut
réaliser des structures plus régulières, organoïdes, se moulant autour
des lamelles osseuses normales préexistantes.
Sa répartition
varie selon le site, plus abondante au centre de la tumeur, dans le
fût diaphysaire, plus faible en périphérie où elle est associée à
l’ostéogenèse réactionnelle du périoste et de la corticale.
L’ostéoformation peut être parfois minime, disposée en petits îlots
ou en fin réseau entourant chaque cellule, difficile à distinguer de
fibres de collagène, même par examen en lumière polarisée.
À la
différence d’autres types tumoraux, il n’existe aucun immunomarquage
spécifique de l’origine ostéoblastique des cellules ni de la
nature ostéoïde de la substance élaborée.
Le diagnostic repose
uniquement sur l’aspect morphologique et dépend du caractère
représentatif de la biopsie.
3- Classer la lésion :
En plus de la forme anatomopathologique, il est
généralement demandé au pathologiste de typer la lésion selon l’une
des différentes classifications pronostiques existantes.
La plus
répandue est le grading de Broders qui comporte quatre degrés
différents (I à IV).
Son intérêt apparaît restreint car la majorité
des ostéosarcomes sont à classer comme grade IV ou III, sa
reproductibilité n’a jamais été établie et semble limitée et sa valeur
pronostique, comme pour les autres classifications, n’est pas
significative.
B - DIFFÉRENTES FORMES ANATOMOPATHOLOGIQUES
ET LEUR SIGNIFICATION ÉVENTUELLE
:
1- Forme commune
:
De loin la plus fréquente, elle a été classée par Dahlin selon le
contingent prédominant.
La variante ostéoblastique représente
environ 50 % des cas, les variantes chondroblastique et fibroblastique 25 %
chacune.
Cette classification, conçue
initialement à des fins pronostiques, s’est progressivement
généralisée, mais sa fiabilité apparaît imparfaite, limitée par
l’hétérogénéité tumorale et par la représentativité partielle du
matériel biopsique dont le volume représente souvent moins de 1
% de la masse tumorale.
2- Télangiectasique :
Sa fréquence varie selon les séries entre 2 et 10 %, différences liées
aux critères anatomoradiologiques retenus.
Lésion purement lytique
et expansive sur la radiographie, à l’origine de fréquentes fractures
pathologiques, son aspect lors de la biopsie et en macroscopie est
celui d’une lésion multilobée à contenu hémorragique.
Microscopiquement, les cavités hémorragiques sont séparées par des
cloisons fibreuses d’épaisseur variable mêlant des cellules géantes
multinucléées, sidérophages, de l’ostéoïde en travées grêles et la
population tumorale souvent polymorphe et atypique.
Huvos a intégré à cette forme les ostéosarcomes avec une importante
nécrose hémorragique.
Considérée par Dahlin comme la forme
d’ostéosarcome la plus agressive, son pronostic est aujourd’hui
proche de celui des formes standards.
3- À petites cellules rondes
:
D’aspect radiographique hétérogène, la centaine de cas décrits
concerne des jeunes patients entre 10 et 25 ans.
La tumeur est
constituée de petites cellules tumorales aux noyaux arrondis, au
cytoplasme peu abondant et aux limites imprécises, similaire au
sarcome d’Ewing.
L’ostéoïde élaboré par les
cellules est en quantité très variable selon les cas, accompagné
rarement par des plages cartilagineuses.
Le pronostic est péjoratif et
certaines équipes les traitent selon les protocoles des sarcomes
d’Ewing.
4- Ostéosarcomatose :
Elle correspond à la survenue de plusieurs ostéosarcomes de siège
différent, soit de façon simultanée (synchrone), soit différée dans le
temps (asynchrone).
Cette entité très particulière s’observe à la fois
chez l’adulte et l’enfant.
Il s’agit d’ostéosarcomes intramédullaires
développés dans des os longs, de répartition souvent symétrique et
de même taille.
Le pronostic est extrêmement péjoratif, avec une
moyenne de survie de quelques mois.
C - PIÈCE DE RÉSECTION :
Son étude permet d’apprécier la taille et l’extension de la tumeur,
de juger de la qualité de l’exérèse chirurgicale, d’évaluer la réponse
à la chimiothérapie et de rechercher une lésion préexistante.
Elle
nécessite que le pathologiste dispose de la biopsie initiale pour
pouvoir comparer les aspects histologiques avant et après
traitement.
Sa prise en charge est bien codifiée.
Avant ouverture de la tumeur,
le pathologiste effectue les prélèvements des limites de résection et
des masses appendues à la pièce osseuse, muscles, ligaments,
capsule articulaire, revêtement cutané etc.
La pièce est radiographiée
pour juger de la localisation de la tumeur, puis coupée à la
scie selon le plus grand axe de la tumeur en tranches de quelques
millimètres d’épaisseur.
La tumeur, toujours hétérogène, associe des zones blanchâtres,
charnues ou dures lorsqu’elles sont ossifiées ou calcifiées, des plages
bleutées cartilagineuses et des secteurs encéphaloïdes.
Les
remaniements sont nombreux et étendus, hémorragiques, kystiques
et nécrotiques, modifiant l’aspect, qu’ils soient spontanés ou induits
par le traitement ou par une fracture pathologique.
La taille de la tumeur est évaluée sur les tranches de section, en
précisant ses deux plus grandes dimensions ainsi que les distances
qui la séparent des berges.
La tumeur occupe généralement toute la cavité médullaire, déforme
la pièce osseuse, rompt très rapidement la corticale et envahit les
tissus mous adjacents.
Sa délimitation est souvent excellente après
chimiothérapie.
Elle bute sur le cartilage de croissance qui constitue
une barrière anatomique efficace à l’avancée tumorale et à son
extension dans l’épiphyse.
De même, l’envahissement intraarticulaire
est très rare grâce à la résistance encore plus grande du
cartilage articulaire.
Il s’effectue en général par le contingent extraosseux ou aux points de faiblesse, jonction os-cartilage et
insertions capsuloligamentaires.
La recherche de skip-metastases est systématique.
Elle correspond à
une dissémination osseuse intramédullaire à distance de la tumeur.
Définie par Enneking comme un foyer tumoral isolé de
l’ostéosarcome situé dans le même segment osseux mais sans
connexion avec la tumeur principale ou bien dans la pièce osseuse
opposée (transarticulaire), sa fréquence est très variable suivant
les études et les techniques employées mais serait faible, de l’ordre
de 5 %.
Microscopiquement, la tumeur après chimiothérapie d’induction est
parfois strictement inchangée, mais comporte le plus souvent
d’importantes altérations à la fois cellulaires et architecturales.
Elle
peut être entièrement stérilisée ou seulement par zone, remplacée
par un tissu oedémateux riche en vaisseaux ou par d’épaisses travées
osseuses déshabitées et disposées en réseau plus ou moins régulier.
Les cellules tumorales viables sont volumineuses, aux noyaux
irréguliers, monstrueux, parfois multiples, aux cytoplasmes
vacuolisés.
Elles peuvent être isolées dans un tissu hyalin dense ou
disposées en « plages ».
L’ostéoformation est beaucoup plus
importante après chimiothérapie.
Son origine est discutée,
maturation directement induite par la chimiothérapie, réaction
cellulaire passive à une agression.
Les plages résiduelles viables
prédominent en des secteurs anatomiques précis, appelés « sites
sanctuaires ».
Elles sont situées au contact du périoste, du cartilage
articulaire, du cartilage de croissance, le long des vaisseaux et dans
l’extension extraosseuse de la tumeur.
Pour apprécier la viabilité après chimiothérapie, le pathologiste
sélectionne une tranche entière de section de la tumeur qui
est radiographiée, fixée, décalcifiée et incluse en totalité avec
réalisation de prélèvements en grille, chacun étant identifié et noté
sur un schéma qui accompagne le compte rendu.
Le
pathologiste apprécie microscopiquement pour chaque bloc le
pourcentage de cellules résiduelles qui est retranscrit sur le schéma
puis, après addition des résultats des différents blocs, calcule la
moyenne.
Ce protocole établi par Huvos n’est fiable que
si le pathologiste dispose de la biopsie avant tout traitement pour
juger des modifications survenues.
Le chiffre du pourcentage de
cellules résiduelles sert à établir le grade de Rosen,
facteur pronostique important et surtout permettant le choix de la
chimiothérapie adjuvante. Bien que sa reproductibilité soit
régulièrement critiquée, les valeurs obtenues dans les différentes
études publiées sont très similaires et sa valeur pronostique
pratiquement constante.
Cette valeur pronostique est obtenue au
prix d’un nombre considérable de prélèvements pour le laboratoire
qui nécessite un temps de technique et de lecture important.
Diagnostic différentiel
:
A - RADIOLOGIQUE :
Il se pose surtout avec les autres lésions osseuses agressives, formes
initiales d’ostéomyélite (ce qui souligne l’intérêt d’un prélèvement
bactériologique systématique lors de la biopsie), rarement
granulome à cellules de Langerhans (posant plus de problèmes avec
le sarcome d’Ewing), autres tumeurs malignes primitives (Ewing de
localisation plus volontiers centrale, souvent fébrile, fibrosarcome,
fibrohistiocytome malin, lymphome).
Le sarcome télangiectasique
peut simuler un kyste osseux anévrismal devant les lacs sanguins.
Des parois épaisses et des nodules pleins en scanner ou IRM doivent
attirer l’attention.
B - ANATOMOPATHOLOGIQUE :
En raison de la diversité des aspects histologiques de l’ostéosarcome,
le diagnostic différentiel comporte un large éventail de lésions, bien
que la forme de haut grade soulève moins de difficultés
diagnostiques que les formes bien différenciées.
Malgré tout, la
corrélation avec les images radiographiques et les informations
cliniques est toujours indispensable, base essentielle du diagnostic
en pathologie osseuse et, en son absence, le pathologiste peut ne pas
porter de diagnostic de certitude.
1- Variante ostéoblastique :
Bien que la malignité soit souvent patente, deux affections peuvent
simuler parfaitement l’ostéosarcome ostéoblastique et doivent donc
être systématiquement écartées avant de porter ce diagnostic : ce
sont le cal fracturaire et l’ostéoblastome.
* Cal fracturaire :
À un stade précoce, la réaction induite par la fracture est constituée
de plages denses d’ostéoblastes immatures avec de nombreuses
mitoses, élaborant une substance ostéoïde grêle à disposition
anarchique, l’ensemble mimant exactement un ostéosarcome.
En
l’absence de notion de traumatisme ou d’évolution rapide de la
lésion, le pathologiste peut effectuer à tort un diagnostic de
malignité sur les seuls critères morphologiques.
Ceci explique la
nécessité absolue pour le pathologiste de disposer des données
cliniques, d’une radiographie de la lésion et du compte rendu
opératoire pour limiter le risque de faux positifs auquel tout pathologiste a été ou est un jour confronté.
À un stade plus tardif, le
diagnostic histologique aussi bien que radiologique devient plus
facile, la lésion apparaît moins cellulaire et perd sa disposition
anarchique pour s’organiser dans l’espace.
En cas de doute
diagnostique, un délai d’observation d’une dizaine de jours sans
aucun traitement permet d’apprécier l’évolution spontanée de la
lésion.
C’est un vrai problème qui se pose de façon aiguë chez un
adolescent dans les suites d’arrachements apophysaires (épine
iliaque antéro-inférieure, tubérosité ischiatique).
Le diagnostic est
tout aussi difficile dans certaines pathologies d’insertion chez
l’enfant sportif (tendons du grand fessier, du grand adducteur sur le
fémur, tendon rotulien sur la tubérosité tibiale) pouvant simuler
cliniquement, radiologiquement et microscopiquement un
ostéosarcome.
* Ostéoblastome :
Développé entre 20 et 30 ans, il peut être de grande taille et agressif,
soufflant ou détruisant en partie la pièce osseuse.
Microscopiquement, la distinction est aussi difficile car l’ossification
est irrégulièrement répartie et la lésion est cellulaire avec parfois
quelques atypies cytonucléaires.
Mais le polymorphisme cellulaire
est moins marqué que celui de l’ostéosarcome, la nécrose est absente
et les mitoses rares, sans image anormale.
Il faut rappeler que
certains ostéosarcomes comportent peu ou pas d’anomalies cytonucléaires, ce qui rend la confrontation radiohistoclinique
essentielle.
2- Variante chondroblastique :
Le problème diagnostique se pose avec le chondrosarcome, soit
parce que la biopsie n’a pas intéressé les secteurs ossifiés soit parce
qu’ils sont très peu abondants (os plats) ou difficiles à reconnaître.
L’âge, la localisation et l’aspect radiographique en complément de
l’histologie permettent le diagnostic.
3- Variante fibroblastique
:
Le problème est identique pour la composante fusiforme, si
ce n’est qu’elle peut être prise pour un fibrosarcome, un histiocytofibrosarcome et un léiomyosarcome, plus rarement un
carcinome sarcomatoïde.
L’immunohistochimie apporte une aide
indirecte en montrant que la tumeur ne comporte aucune de ces
différenciations, épithéliale, musculaire etc.
4- Ostéosarcome télangiectasique
:
En microscopie, il s’agit, comme en radiologie, de le différencier du
kyste osseux anévrismal.
La présence d’anomalies cytonucléaires
permet de trancher en faveur de l’ostéosarcome bien qu’elles soient
parfois peu abondantes et nécessitent un examen de l’intégralité des
fragments.
5- Variante à petites cellules rondes
:
Elle pose le problème de sa distinction avec le sarcome d’Ewing, les
autres tumeurs comme un lymphome, le carcinome à petites cellules
ou le neuroblastome étant facilement écartées par l’étude
immunohistochimique.
La rareté des cas décrits ne facilite pas la
recherche de facteurs discriminants.
La cytologie est identique dans
les deux affections et l’expression immunohistochimique du mic2
peut même s’observer dans l’ostéosarcome.
C’est dans ce cas que la
cytogénétique et la biologie moléculaire se révèlent utiles au
diagnostic.
6- Formes de surface :
Pour ces formes, le danger est de méconnaître le contingent de haut
grade qui conditionne le traitement chimiothérapique par rapport
aux formes périostée et juxtacorticale dont le traitement est surtout
chirurgical.
7- Ostéosarcomatose :
Cette circonstance rare doit faire éliminer une dissémination osseuse
d’une seule tumeur qui est généralement plus volumineuse et, chez
l’adulte, des métastases d’un carcinome induisant une forte
production osseuse réactionnelle.
Évolution et pronostic
:
A - ÉVOLUTION :
L’évolution spontanée s’effectue d’abord localement, la tumeur
devenant volumineuse, envahissant les tissus mous, l’articulation,
comprimant les axes vasculonerveux, se compliquant de fractures
pathologiques, ce qui rend progressivement le membre non
fonctionnel.
La dissémination métastatique survient aussi rapidement.
Lorsque
l’amputation était le seul traitement de l’ostéosarcome, environ 80 %
des enfants développaient des métastases viscérales dans l’année qui
suivait la chirurgie.
La voie hématogène constitue le principal mode
de dissémination, avec une prédilection pour les poumons, parfois
d’autres pièces osseuses ou la plèvre.
Les métastases ganglionnaires
sont inhabituelles, observées entre 1 et 10 % selon les séries.
Depuis la chimiothérapie dont l’avènement a transformé le
pronostic, les disséminations métastatiques ne s’observent que dans
20 à 30 % des cas, toujours pulmonaires mais aussi osseuses, de
survenue toutefois plus tardive et en nombre plus réduit qu’en
l’absence de traitement.
B - PRONOSTIC :
Il doit être considéré sur le plan local, puis général.
Les rechutes locales surviennent avec une même fréquence après
amputation ou traitement conservateur, entre 2 et 5 %.
Elles sont
liées avant tout à la qualité d’exérèse et sont le prélude à une
dissémination générale.
L’évolution est alors extrêmement rapide.
Le pronostic général est régi par deux paramètres essentiels :
– la réponse à la chimiothérapie établie sur la pièce de résection ;
– la présence initiale ou la survenue de métastases ; leur découverte
fait passer le pronostic d’environ 70 % à seulement 30 % ; de cette
catégorie au pronostic sombre, le délai de survenue des métastases
et leur nombre viennent en moduler l’évolution, plus sévère si la
dissémination est précoce et multiple, meilleure si elle survient après
plusieurs années de surveillance et limitée à quelques nodules ; la
réponse à la chimiothérapie apparaît souvent identique à celle de la
tumeur principale lorsqu’elles sont concomitantes.
D’autres facteurs comme la taille (> 10 cm) et le volume tumoral
(> 150 cm3), le respect ou non du cartilage de croissance chez les
enfants, le siège, le caractère bien ou non différencié de
l’ostéosarcome, la présence d’une nécrose spontanée, l’augmentation
des phosphatases alcalines et des lacticodéshydrogénases (LDH)
sériques sont fréquemment retrouvés, mais leur valeur pronostique
s’avère largement inférieure à celle des deux premiers paramètres.
De nouveaux paramètres biologiques, comme la p53, la multidrug
resistance (MDR), le gène du rétinoblastome etc, font l’objet de
nombreuses études et suscitent d’importants espoirs.
Orientation thérapeutique :
A - INTRODUCTION
:
Comme toute la démarche diagnostique, le traitement actuel de
l’ostéosarcome est multidisciplinaire.
Cela impose une prise en
charge par une équipe spécialisée et rodée au traitement de ce type
de tumeur, et apte à prendre en charge les éventuelles
complications.
La combinaison chimiothérapie d’induction, chirurgie et
chimiothérapie adjuvante a transformé le pronostic de cette lésion
auparavant gravissime.
La radiothérapie n’est que rarement
utilisée du fait de la radiorésistance de ce type de tumeur.
B - TRAITEMENT ADJUVANT :
1- Formes localisées des membres
:
Le rôle de la chimiothérapie en complément du geste chirurgical
pour le traitement des ostéosarcomes localisés des membres a été
bien établi.
Deux études randomisées comparant un groupe de
patients traités sans chimiothérapie et un groupe de patients traités
avec chimiothérapie adjuvante ont mis en évidence une différence
de survie en faveur du groupe de patients traités par chimiothérapie.
Même s’il n’existe pas de preuves formelles de l’avantage d’effectuer
une chimiothérapie première par rapport à une chimiothérapie
adjuvante sur la survie globale, la diminution significative du
taux d’amputation et l’importance de la valeur pronostique de la
réponse histologique expliquent l’intérêt de cette séquence
thérapeutique désormais standardisée : chimiothérapie d’induction
suivie du geste chirurgical et d’une chimiothérapie adjuvante dont
la nature dépend du pourcentage moyen de cellules viables sur la
pièce opératoire.
On considère qu’un patient est bon répondeur s’il
persiste moins de 5 % de cellules viables (grade IV, aucune cellule
viable ; grade III, moins de 5 % de cellules viables ou quelques
cellules disséminées sur toute la tranche de section) selon la
classification histopronostique universellement reconnue établie par
Huvos en 1977.
Si la chirurgie après chimiothérapie demeure indispensable, le
protocole optimal (produits et durée) de la chimiothérapie des
ostéosarcomes reste à déterminer.
Quatre antimitotiques sont actifs
(plus de 20 % de réponse en monothérapie) dans cette maladie : le méthotrexate à hautes doses (MTX), la doxorubicine (adriamycine
[A]), le cisplatine (CDDP [P]) et l’ifosfamide (I). Les protocoles de
chimiothérapie les plus utilisés depuis le début des années 1970 (T7,
T10, T12, SFOP [Société française d’oncologie pédiatrique], COSS)
comportent tous du MTX à hautes doses associé à de l’acide
folinique qui demeure encore, à l’aube du troisième millénaire, la
drogue de référence dans les ostéosarcomes localisés, tout au moins
dans la population pédiatrique.
Plusieurs enseignements découlent des études pionnières contenant
du MTX : le MTX ne doit plus être utilisé seul, mais en association
avec l’un ou plusieurs autres produits précités, notamment la
doxorubicine ; l’administration de certaines drogues par voie
intra-artérielle, notamment le cisplatine, n’augmente pas le taux de
réponse histologique par rapport à la voie veineuse ; les fortes
doses de MTX doivent être privilégiées au détriment des doses
modérées moins efficaces ; le métabolisme, et donc la toxicité,
du MTX à hautes doses varie considérablement de l’enfant à
l’adulte. Si le MTX doit être administré à la dose d’au moins 12 g/m2
chez l’enfant, il ne faut pas dépasser la dose de 8 g/m2 chez l’adulte.
La méthotrexatémie serait un facteur pronostique important sur la
réponse et la survie dans certaines études.
Enfin, la
chimiothérapie postopératoire des patients présentant une mauvaise
réponse histologique doit être différente de celle utilisée lors de la
chimiothérapie d’induction.
Il est remarquable de constater la corrélation linéaire entre la réponse
histologique et la survie globale dans toutes les études comportant
un nombre conséquent de patients et méthodologiquement bien
menées.
Les facteurs pronostiques initiaux comme la taille tumorale,
le sous-type histologique, l’âge du patient, la localisation tumorale,
le taux initial des LDH ou des phosphatases alcalines sont éclipsés
par le paramètre « réponse histologique » lors de l’analyse fine de la
pièce opératoire.
Il est relativement aisé de rapporter le pourcentage
de bons répondeurs à un taux de survie à 5 ans pour l’ensemble des
patients inclus dans une étude donnée.
Ainsi, un taux de bons
répondeurs de 30, 40 et 50 % se traduit à 5 ans par une survie
globale d’environ 50, 60 et 70 %.
La tolérance médiocre du MTX chez les patients âgés de plus de
18 ans nécessitant fréquemment l’interruption prématurée de la
chimiothérapie d’induction, la longueur et la lourdeur logistique
(administration hebdomadaire, surveillance rigoureuse et
hospitalisations répétées) des schémas thérapeutiques comportant
du MTX sont à l’origine de protocoles thérapeutiques dépourvus de
ce produit.
Récemment, il a été rapporté dans une large étude
multicentrique de l’European Osteosarcoma Intergroup (EOI)
rassemblant plus de 400 patients, que le protocole associant la
doxorubicine et le cisplatine (AP) donnait des résultats équivalents
à une chimiothérapie dérivée du T10 dans les ostéosarcomes
opérables, en termes de réponse histologique, survie sans récidive
et survie globale.
Bien que l’on connaisse la discordance entre les
résultats rapportés des phases II monocentriques et des études de
phase III multicentriques, le taux de bons répondeurs (30 %)
observés dans le bras thérapeutique contenant du MTX est très
éloigné de celui, 50 à 70 %, observé dans les études pilotes.
Dans une pathologie curatrice qu’est l’ostéosarcome localisé, il est
aujourd’hui difficile d’accepter un bras thérapeutique de référence
(AP) qui ne « guérit » qu’un patient sur deux à 5 ans.
Des approches thérapeutiques similaires sont cependant poursuivies
chez l’adulte jeune avec des protocoles intensifiés toujours sans MTX.
Une étude de phase II a ainsi été menée à l’Institut Gustave
Roussy (IGR) de 1992 à 1998.
La chimiothérapie d’induction associait doxorubicine-ifosfamide-cisplatine (API) à j1 et j28 et doxorubicineifosfamide
(AI) à j15 et j43.
Chaque cure de chimiothérapie (API et
AI) était systématiquement suivie de G-CSF afin d’instaurer un
intervalle de 15 jours entre chaque cure et de maintenir ainsi une
dose-intensité optimale de chaque drogue.
Cette chimiothérapie
d’induction se caractérisait par un court délai entre la première cure
et l’exérèse chirurgicale (60 jours) et par l’incorporation précoce de
l’ifosfamide.
Les patients bons répondeurs recevaient deux cures
d’API en situation adjuvante toutes les trois semaines et les mauvais
répondeurs trois cures de chimiothérapie associant étoposide et
ifosfamide à fortes doses toutes les 4 semaines.
Vingt-six patients ont été inclus dans cette étude prospective.
La
toxicité de ce protocole était exclusivement hématologique avec des
épisodes de neutropénie fébrile observés chez 30 % des patients.
Aucun patient n’a progressé cliniquement en préopératoire.
Le taux
de bonne réponse histologique a été de 50 % avec seulement 15 %
de très mauvais répondeurs (plus de 50 % de cellules tumorales
résiduelles).
Avec un recul médian de 44 mois, aucun des patients
bons répondeurs n’a rechuté contre cinq dans le groupe de patients
mauvais répondeurs.
Le taux de survie sans récidive à 3 ans est de
74 % et le taux de survie de 90 %.
Ces résultats se comparent favorablement aux deux protocoles
précédents proposés chez l’adulte jeune dans cette même situation
tumorale à l’IGR avant 1992, le T10 modifié et l’association doxorubicine/cisplatine (AP), aussi bien en termes de réponse
histologique qu’en termes de survie sans récidive et de survie
globale à 3 ans.
L’analyse statistique de ce groupe homogène de
64 patients montre que les bons résultats obtenus avec le protocole API-AI ne sont pas exclusivement dus à l’augmentation du nombre
de patients bons répondeurs mais également à la diminution du
nombre de patients très mauvais répondeurs et à l’amélioration de la survie sans récidive des patients mauvais répondeurs, grâce
notamment à l’incorporation de l’ifosfamide à fortes doses en
postopératoire.
Une étude comparative de ces patients adultes pris en charge à l’IGR
dans le département de médecine et des jeunes enfants et
adolescents pris en charge dans le département de pédiatrie de cette
même institution montre que les résultats de l’API-AI (réponse
histologique, survie sans récidive et survie globale) sont strictement
comparables à ceux observés dans les différentes études prospectives
successives menées par la SFOP et contenant toutes du MTX à fortes
doses (résultats non encore publiés).
Ces résultats couplés aux données récentes de la littérature
suggèrent que l’introduction de l’ifosfamide dans la chimiothérapie
des ostéosarcomes induit un gain en termes de survie globale et de
survie sans récidive, et que l’absence du MTX n’est pas délétère pour
les patients atteints de cette affection.
Un des objectifs de la future
étude coordonnée par la Fédération nationale des centres de lutte
contre le cancer est de valider ce concept.
2- Formes métastatiques pulmonaires
:
Lorsqu’elles surviennent d’emblée, leur traitement est identique à
celui des formes localisées en matière de chimiothérapie et de
chirurgie de la tumeur.
Après celle-ci, on propose l’exérèse
chirurgicale des lésions pulmonaires dans la mesure où elle est
techniquement réalisable, seule façon d’obtenir des rémissions à
long terme dans ces formes au pronostic sombre.
Pour les métastases qui surviennent durant le suivi, le pronostic est
directement en rapport avec la date d’apparition et le nombre des
lésions existantes.
Selon ces paramètres, le traitement est orienté de
préférence vers la chirurgie plus que la chimiothérapie.
C - TRAITEMENT CHIRURGICAL :
L’orientation actuelle du traitement chirurgical des formes localisées
est résolument conservatrice ; cependant, il faut savoir rester réaliste
et hiérarchiser les priorités du traitement : d’abord sauver la vie,
ensuite sauver le membre et ce faisant lui conserver une fonction
acceptable.
Cette chirurgie complexe ne se conçoit qu’intégrée
dans une stratégie pluridisciplinaire.
En effet, seul un suivi attentif
depuis la « simple biopsie » jusqu’à l’acte chirurgical, le plus souvent
au décours de la chimiothérapie néoadjuvante, permet de décider
quelle est la meilleure tactique chirurgicale.
C’est dire si la
collaboration entre les différents membres de l’équipe oncologique
est fondamentale, le chirurgien ne devant pas être considéré comme
un « sous-traitant » intervenant de façon ponctuelle.
1- Bilan local :
Il doit, si possible, être réalisé avant la biopsie pour éviter que
l’imagerie ne soit perturbée par l’oedème postopératoire ou un
malencontreux hématome.
Deux examens sont indispensables au
chirurgien : les radiographies standards avec mensurations et l’IRM.
Les radiographies permettent d’apprécier la taille, la forme et le
volume du segment osseux ou ostéoarticulaire concerné et sont
utilisées pour planifier la reconstruction orthopédique lors d’un
traitement conservateur.
Cet examen permet seul d’évaluer la
solidité osseuse pour prévenir une fracture pathologique par une
contention adaptée.
Il permet aussi d’apprécier la consolidation sous
traitement médical et orthopédique après cette éventuelle fracture.
L’IRM est l’examen essentiel du bilan d’extension ; elle permet de
savoir si le traitement conservateur est possible et quelles sont les
limites de la résection.
La discussion avec le radiologue est
fondamentale.
L’IRM est très performante sur l’extension
osseuse et les parties molles mais reste erratique sur l’envahissement intra-articulaire.
Dans ce cas, les résultats souvent contradictoires
peuvent inciter à pécher par excès ou par défaut avec les
conséquences fonctionnelles et oncologiques que cela entraîne.
Il
faut absolument se souvenir que très souvent le diagnostic est
clinique, d’où l’intérêt d’avoir vu le malade vierge de tout
traitement, puis au décours de la chimiothérapie néoadjuvante.
2- Méthodes :
* Suppression du membre
:
Les amputations ou désarticulations pratiquées pour sarcome
ostéogène n’ont rien de particulier.
Leur niveau est déterminé avec
autant de rigueur que pour un traitement conservateur, en se
méfiant toujours de l’envahissement des parties molles.
La section
osseuse s’accompagne d’un prélèvement de moelle au niveau du fût
diaphysaire restant, pour s’assurer histologiquement que la section
est faite en territoire sain.
Un cas particulier doit être signalé à l’extrémité supérieure du
fémur : c’est le risque d’envahissement de l’articulation coxofémorale, celle-ci devant alors être enlevée en bloc.
En fonction
de cet envahissement, on peut être obligé de pratiquer une
désarticulation inter-ilio-abdominale atypique avec section osseuse
transiliaque et transobturatrice, la conservation de l’aile iliaque
rendant les appareillages plus faciles que pour une inter-ilioabdominale
vraie.
* Conservation partielle du membre avec retournement
:
Pour certaines tumeurs du fémur inférieur avec résection en bloc du
genou, la jambe restante est retournée de 180° et fixée au fémur
diaphysaire restant, plaçant donc la cheville en situation de genou.
L’appareillage est ensuite celui d’une amputation haute de jambe,
avec un genou relativement mobile, ce qui donne de meilleurs
résultats fonctionnels que l’appareillage d’une amputation à micuisse.
Cependant, il faut noter que cette intervention, bien acceptée
en pays anglo-saxon, l’est nettement moins en pays latin à cause de
l’esthétique « non naturelle » qu’acquiert le membre inférieur.
C’est pourtant une très bonne solution chez le jeune enfant.
Les
calculs d’inégalité de croissance permettent d’ajuster la longueur
pour que les « deux genoux » soient au même niveau en fin de
croissance.
Pour certaines tumeurs de l’extrémité supérieure du fémur, une
technique analogue peut être utilisée en fixant le fémur inférieur
restant au bassin avec une rotation de 180°, le genou redonnant la
flexion et l’extension de la hanche et la cheville faisant office de
genou.
* Traitement conservateur :
C’est l’orientation actuelle du traitement local de l’ostéosarcome.
Les
résections dans de bonnes conditions de sécurité n’ont été rendues
possibles que grâce au traitement médical pré- et postopératoire.
L’exérèse monobloc, pour être parfaitement carcinologique, doit
enlever l’os et les tissus mous pathologiques, en étant aussi radicale
qu’une amputation.
Le bilan d’extension locorégional, souvent complété par une
artériographie, a permis de cerner les limites de la tumeur et de
décider quel type de résection entreprendre.
En pratique, soit la lésion a des limites d’extension évidentes et on
peut, si cela est utile pour conserver une épiphyse ou un cartilage
de croissance, tenter une résection limitée mais bien sûr suffisante
sur le plan carcinologique, soit les limites restent plus floues, malgré
l’apport de l’imagerie (IRM et artériographie) et dans ce cas une
résection large s’impose.
L’ostéosarcome est une tumeur relativement « franche », à l’inverse
d’autres sarcomes osseux type Ewing ou même chondrosarcome.
Avec l’expérience, il est maintenant exceptionnel de passer en zone
tumorale.
Encore faut-il se méfier de certains pièges :
– l’extension dans les parties molles doit bien sûr avoir été
recherchée, le contrôle des parties molles étant réalisé au mieux en peropératoire par le palper qui apprécie l’envahissement, le doigt
étant irremplaçable ; il ne faut pas, par exemple, tenter de conserver
une épiphyse sur laquelle s’insèrent des ligaments ou une capsule
pathologiques ;
– l’envahissement articulaire : celui-ci est relativement rare, la
capsule et le cartilage articulaire, contrairement au cartilage de croissance, semblant une bonne protection contre l’extension
tumorale ; en cas de contamination articulaire ou même en cas de
doute, l’articulation doit être enlevée avec ses deux versants en
monobloc, capsule fermée ; cette tactique, relativement
simple à l’épaule, s’avère très sophistiquée au genou et à la hanche ;
malheureusement, aucun examen n’est actuellement parfaitement
fiable pour détecter cet état de fait ;
– les skip-metastases : il faut s’en méfier dans les tumeurs de gros
volume initial à formes ostéocondensantes (2 à 3 % des cas) ; elles
peuvent soit sauter l’articulation (atteinte du fémur dans une lésion
du tibia supérieur), soit toucher l’os pathologique, mais à distance
de la tumeur primitive (lésion du col fémoral sur une tumeur du
fémur inférieur) ; leur dépistage repose sur la scintigraphie
osseuse et surtout sur l’IRM.
* Reconstruction :
Elle est variable selon l’importance de la résection et son siège
diaphysaire ou articulaire.
Le principe essentiel est de faire une
reconstruction simple, permettant une récupération fonctionnelle
rapide et surtout évitant de retarder la reprise de la chimiothérapie.
Dans certains cas limites, il faut savoir faire une reconstruction
« provisoire » et remettre à après la fin du traitement une
reconstruction plus sophistiquée mais aussi plus risquée.
Schématiquement, l’attitude actuelle est relativement uniforme :
– en cas de résection diaphysaire, le comblement de la perte de
substance osseuse se fait soit par greffe autologue vascularisée ou
non, soit par allogreffe ; l’orientation récente étant l’association des
deux, permettant un comblement biologique (allogreffe) renforcé par
une structure vivante (autogreffe), la séquence opératoire pouvant,
en fonction de l’état local, être réalisée en un ou deux temps ;
– en cas de résection articulaire, la préférence va aux prothèses
massives ; l’amélioration des modèles actuels les rend plus fiables et
pratiques ; à l’épaule et à la hanche, on utilise volontiers
des prothèses composites (manchonnées par une allogreffe) qui
améliorent la fonction et la stabilité articulaires ; en revanche, au
genou, l’adjonction d’allogreffe après résection de l’extrémité
inférieure du fémur, péjore le résultat fonctionnel et, après résection
de l’extrémité supérieure du tibia, augmente le risque septique.
À part, se pose le problème du cas où, malgré toutes les précautions,
on pense avoir ouvert la tumeur.
C’est bien sûr le plus mauvais
moment pour décider de remettre en cause le traitement
conservateur, bien que le patient ait toujours été prévenu, avant
l’intervention, du risque d’amputation.
Il faut, dans ce cas, terminer
l’intervention et attendre le résultat histologique de la pièce avant
de prendre une nouvelle orientation thérapeutique concernant le
traitement local.
Cela dit, si on avait prévu une reconstruction
limitée, on peut la réaliser.
En cas de reconstruction sophistiquée ou
extensive (longue queue intramédullaire, clou verrouillé, transplant
vascularisé...) risquant d’aggraver un éventuel ensemencement, on
peut discuter de se limiter à une reconstruction provisoire, quitte à
remettre la reconstruction définitive à la fin du traitement adjuvant
et avant une éventuelle radiothérapie si celle-ci était décidée.
3- Indications :
En pratique, s’il s’agit d’une localisation à un membre, les
indications et contre-indications sont posées en fonction du
traitement conservateur proposé en priorité.
Certaines contre-indications à une conservation du membre peuvent
apparaître comme d’emblée absolues :
– les tumeurs énormes envahissant les paquets vasculonerveux,
dont la résection carcinologique entraînerait un membre paralytique,
source de troubles trophiques et sensitifs ;
– les infections persistantes de la biopsie où une résection ferait
courir le risque de suites compliquées, retardant la chimiothérapie
et amenant finalement à une amputation secondaire ;
– les problèmes cutanés au-dessus des ressources plastiques
possibles, interdisant une couverture correcte de la reconstruction ;
– enfin, certains malades vus après une intervention extensive, suite
à une erreur diagnostique ou une biopsie irréfléchie ; dans ces cas
où il existe un ensemencement des loges musculaires, voire des
paquets vasculonerveux, une chirurgie conservatrice n’est plus
réalisable en toute sécurité car les limites tumorales deviennent
impossibles à cerner.
D’autres contre-indications sont relatives :
– les tumeurs irradiées à des doses supérieures à 30 Gy ont pu
parfois être réséquées, mais les complications postopératoires sont
plus fréquentes et les résultats fonctionnels toujours médiocres ;
– les tumeurs compliquées de fracture ne sont pas une contreindication
absolue ; il faut que le déplacement reste modéré et que
l’exérèse puisse emporter non seulement tout le foyer de fracture,
mais aussi l’hématome périphérique plus ou moins organisé,
obligeant à un sacrifice de parties molles important ;
– l’enfance pose des problèmes difficiles en matière de chirurgie
conservatrice ; il ne faut pas raisonner en fonction de l’âge mais en
fonction de la perte de croissance prévisible ; schématiquement, audessous
de 3 cm, aucun artifice de reconstruction n’est utile,
l’égalisation des membres inférieurs est réalisée par épiphysiodèse
controlatérale ; entre 3 et 6 cm, on peut, comme c’est le cas au niveau
du genou, préserver la croissance du segment ostéoarticulaire
conservé en face de la résection, en utilisant un implant spécial
provisoire ; celui-ci est uniquement scellé dans l’épiphyse,
préservant la croissance du cartilage de conjugaison que la queue
prothétique traverse ; on est ainsi ramené au cas précédent ; à
l’extrémité supérieure du fémur et de l’humérus, le problème est
plus simple en utilisant des prothèses céphaliques pures ; au-delà
de 6 à 8 cm, la reconstruction impose un artifice visant à diminuer
la perte de croissance tout en essayant de mettre les deux genoux à
même niveau en fin de croissance ; dans ce contexte, trois
interventions entrent en concurrence : l’amputation, la rotationplastie
selon Borgraeve, la prothèse de croissance :
– l’amputation règle tous les problèmes ; malgré son caractère
mutilant, elle apporte néanmoins une certaine sérénité au patient
et à sa famille, contents d’avoir résolu les difficultés présentes et à
venir ;
– le retournement de pied permet de régler l’importance du
raccourcissement de façon à ce que les « deux genoux » soient au
même niveau en fin de croissance ; il a contre lui son esthétique
« chimérique » malgré la pérennité et la qualité de ses résultats
fonctionnels ;
– la prothèse de croissance (quels que soient les modèles) n’a
encore fait preuve de sa fiabilité, raison pour laquelle les déboires
mécaniques restent importants ; il faut bien insister auprès des
familles concernées sur l’avenir incertain de cette technique et du
résultat final, tant sur la fonction que sur la conservation du
membre.
Le choix respectif entre les trois méthodes et dans le cas particulier
est une affaire d’expérience et de contexte.
Il faut sûrement passer
un long moment avec le patient et ses parents pour définir le choix
tactique, aidé par des documents iconographiques (photographies
ou vidéo) et des témoignages de patients ayant bénéficié du
traitement proposé.
4- Localisations particulières
:
* Crâne et face :
Elles sont très rares ; mais souvent la résection locale ne peut être
effectuée réellement en bloc et une irradiation complémentaire peut
être nécessaire, voire utilisée systématiquement.
* Bassin et sacrum :
Malgré la possibilité de faire, à ce niveau, des exérèses carcinologiquement satisfaisantes, le pronostic de ces localisations
dans le cadre de l’ostéosarcome de haut grade reste sombre, du fait de l’important volume tumoral et de l’envahissement des plexus
veineux sacrés et hypogastriques.
Seule une réponse optimale à la
chimiothérapie peut améliorer le contrôle local et général de cette
localisation.
* Omoplate :
Il s’agit d’une localisation rare mais avec souvent un volume
tumoral important ; l’extension à la paroi thoracique est tout à fait
exceptionnelle en dehors des formes radio-induites.
La difficulté
pour cet os d’avoir une imagerie correcte de l’envahissement endomédullaire impose le plus souvent de faire une scapulectomie
totale avec une reconstruction suspendant l’humérus restant à la
clavicule et un résultat fonctionnel médiocre en découle, avec
cependant un membre supérieur fonctionnel au coude et à la main.
* Localisations vertébrales :
Les ostéosarcomes de forme commune y sont relativement rares et il
s’agit le plus souvent de formes différenciées ou radio-induites et
donc faiblement sensibles à la chimiothérapie adjuvante.
Ce facteur,
associé à la localisation où il est très difficile de faire une chirurgie
large et parfaitement carcinologique, explique le mauvais pronostic
et les difficultés à obtenir un contrôle local correct.
Cependant, la vertébrectomie totale après confirmation histologique reste le
meilleur moyen de donner une chance de guérison à ce type de
patient.
* Localisations à la paroi thoracique
:
Les localisations costales sont moins fréquentes que dans le cadre
du sarcome d’Ewing.
Cependant, elles posent un problème majeur
de prise en charge propre à la chirurgie thoracique.
En effet, dans
les sarcomes costaux de haut grade, il est impératif d’opérer ces
patients après une histologie préalable et en évitant de faire des pariétectomies localisées, l’intervention chirurgicale devant
absolument enlever la totalité de la côte malade ainsi que les espaces
intercostaux sus- et sous-jacents en incluant les côtes adjacentes.
Pour l’articulation costovertébrale, dans les formes à localisation
postérieure, il est impératif de faire une résection extra-articulaire
emmenant la transverse et une partie du corps vertébral.
En cas
d’envahissement de la gouttière pariétovertébrale, ce type de
localisation oblige parfois, pour obtenir des marges d’exérèse
suffisantes, à réaliser d’emblée une hémivertébrectomie
correspondant aux articulations costovertébrales concernées,
associée à la pariétectomie thoracique.
D - RADIOTHÉRAPIE :
Contrairement à la chirurgie et à la chimiothérapie, la radiothérapie
(RTE) a peu de place dans la prise en charge thérapeutique des
ostéosarcomes du fait de l’histoire naturelle de cette tumeur et de sa
relative radiorésistance.
Les rechutes locales après chimiothérapie néoadjuvante et chirurgie sont en effet rares dans les ostéosarcomes
des membres (moins de 10 %) et ne justifient donc pas d’un
traitement local complémentaire.
Avant l’introduction de la
chimiothérapie dans les années 1970, la RTE faisait partie du
traitement local afin d’éviter l’amputation chez des patients qui de
toute façon mouraient le plus souvent d’une diffusion métastatique
pulmonaire à court terme.
À cause des particularités radiobiologiques de l’ostéosarcome, les doses d’irradiation
nécessaires étaient élevées et pouvaient entraîner des complications
trophiques à long terme chez les quelques survivants.
Les
indications de RTE sont donc actuellement peu nombreuses.
1- Ostéosarcome des os de la face (maxillaire
et mandibule)
:
La RTE externe et/ou la curiethérapie interstitielle pré- ou
postopératoire permettent d’améliorer la survie à long terme de ces
patients qui meurent pour la plupart d’évolution locale.
2- Ostéosarcomes inopérables (bassin, rachis)
ou rechutes locales
:
La RTE peut être proposée en cas de rechute locale isolée.
En ce qui
concerne les ostéosarcomes inopérables, il s’agit le plus souvent de
traitements palliatifs, avec un bénéfice observé chez 40 à 50 % des
patients.
En raison de la radiorésistance de ces lésions, d’autres
techniques de radiothérapie ont pu être évaluées dans des groupes
souvent limités de patients, certaines utilisant des neutrons, des ions
lourds ou encore la radiothérapie peropératoire ou la radiothérapie
conventionnelle avec des radiosensibilisants (bromodéoxyuridine,
l’iododéoxyuridine ou chimiothérapie concomitante) avec des
résultats intéressants mais pouvant entraîner des séquelles
trophiques parfois importantes.
La protonthérapie peut être
indiquée pour certaines localisations.
Afin de diminuer le risque de rechute métastatique pulmonaire, une
irradiation des deux poumons à des doses variant entre 15 et 20 Gy
a pu être proposée avec des résultats encourageants.
Un essai
randomisé à trois bras a donc comparé une chimiothérapie
adjuvante à une radiothérapie pulmonaire prophylactique, ou à
l’association des deux.
Il n’y avait pas de différence entre les
différents bras. Néanmoins, si la chimiothérapie fait actuellement
partie du traitement standard des ostéosarcomes, la RT
prophylactique pulmonaire ne peut être préconisée en dehors
d’essais.
Conclusion
:
Bien que l’ostéosarcome soit la tumeur maligne primitive osseuse la
plus fréquente, myélome exclu, la grande diversité aussi bien clinique,
radiologique, histologique qui le caractérise fait de chaque patient un
cas particulier.
Son pronostic a été radicalement amélioré grâce à
l’introduction de la polychimiothérapie.
Sa prise en charge,
parfaitement codifiée, comporte une biopsie chirurgicale à visée
diagnostique, une chimiothérapie d’induction, une exérèse chirurgicale
suivie d’une chimiothérapie adjuvante et parfois une radiothérapie.
Le
traitement veille à la conservation de la fonction du membre atteint tout
en assurant une exérèse carcinologique satisfaisante.
Plus que la qualité
propre de chaque discipline médicale impliquée dans sa prise en charge,
c’est leur parfaite symbiose qui régit la qualité du résultat.
L’ostéosarcome constitue ainsi un modèle de tumeur pour la prise en
charge multidisciplinaire.