Ostéochondrite primitive de hanche Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
L’OPH ou maladie de Legg-Perthes-Calvé (LPC) est une nécrose avasculaire
de l’épiphyse fémorale supérieure.
Elle fut décrite en 1910, presque simultanément par Legg à Boston, Perthes en Allemagne et Calvé en France, comme une affection non tuberculeuse de
la hanche.
À cette époque, Waldenström la décrivit également, mais il
l’attribua à une atteinte tuberculeuse.
En 1921, Phemister démontra qu’il s’agissait d’une nécrose osseuse.
En 1922, Waldenström décrivit l’évolution radiographique de l’OPH en ses
différents stades caractéristiques de condensation, fragmentation et
reconstruction.
Épidémiologie - Étiologie :
L’OPH fait suite à plusieurs épisodes ischémiques de la tête fémorale,
responsables d’infarctus itératifs.
Mais la cause de ces épisodes ischémiques
reste encore inconnue.
Les données épidémiologiques anciennes ou récentes
sont bien souvent contradictoires et ne permettent pas de dégager d’étiologie
précise.
– La fréquence est difficile à estimer. L’incidence serait de 1 pour 1 000
à 1 pour 3 000.
– Sexe : le garçon est beaucoup plus fréquemment atteint que la fille (quatre
garçons pour une fille).
– Côté : dans 88 %des cas, l’atteinte est unilatérale. Les côtés droit et gauche
sont atteints avec la même fréquence.
– Âge : l’âge moyen de survenue se situe entre 4 et 8 ans (60 à 80 %des cas).
– Facteur racial : l’incidence de l’OPH varie selon la race.
Elle est plus
fréquente chez les Japonais, les Esquimaux et en Europe centrale.
Elle est
beaucoup plus rare chez les Noirs (rapport de 1 à 20).
La découverte d’une OPH chez le Noir doit faire rechercher une hémoglobinopathie.
– Facteur génétique : les cas de jumeaux homozygotes présentant tous les
deux une OPH sont très rares.
Il existerait cependant un terrain familial
prédisposant, témoignant d’une hérédité multifactorielle, avec un risque
d’atteinte dans la fratrie ou la descendance de 2,6 %.
– Facteurs d’environnement et socioéconomiques : une augmentation de
fréquence a été signalée dans les milieux socioéconomiques défavorisés, ainsi
qu’en fonction de l’habitat (population urbaine en Angleterre ; population
rurale en Inde).
– Facteur de terrain : l’OPH se développerait sur un terrain prédisposé
(chondropathie latente ?).
Dans les OPH unilatérales, on retrouve des
anomalies radiologiques (irrégularités, aplatissement) de la hanche
controlatérale dans 50 % des cas, alors que de telles anomalies ne sont notées
que dans 6 à 10% des cas dans les groupes témoins.
Des anomalies de la
hanche controlatérale ont également été retrouvées par des études
histologiques et échographiques.
D’autre part, le risque d’atteinte serait
augmenté chez les enfants ayant un rang élevé dans la fratrie (troisième et au delà)
ou des parents âgés.
– Maturation osseuse : le retard d’âge osseux est fréquent chez les enfants
présentant une OPH.
Il est en moyenne de 1 à 2 ans.
Il est plus important chez
le garçon que chez la fille.
Il est plus marqué au poignet qu’au bassin.
Le retard
d’âge osseux évolue parallèlement à l’âge civil.
Mais parfois, l’âge osseux
peut marquer un arrêt qui peut durer jusqu’à 3 ans (skeletal standstill).
Le
retard d’âge osseux peut également se retrouver dans la fratrie.
– Facteur anthropométrique : la taille des enfants est diminuée par rapport
à une population témoin.
Cependant, elle peut être considérée comme
normale si l’on prend en compte l’âge osseux. Pendant la croissance, un
rattrapage de la taille est possible.
L’enfant termine sa croissance sans
séquelle staturale.
Ces données ont été récemment mises en cause par Eckerwall et al dans une étude longitudinale réalisée chez 110 enfants.
Pour ces auteurs, la diminution de taille existe dès la naissance et ne se
compense jamais.
En fin de croissance, les garçons se situent à 0,7 déviation
standard (DS) et les filles à 0,4 DS.
Pour Lahdes-Vasama et al, des troubles
de croissance différents peuvent s’observer, avec une accélération de la
vitesse de croissance ou, au contraire, une diminution avant la maladie.
Enfin, une asymétrie de croissance peut également se retrouver.
Elle
prédomine aux extrémités, avec notamment une diminution de taille
(millimétrique) au niveau des pieds.
– Hormones de croissance : des modifications du taux de facteurs de
croissance ont été notées (insulin-like grouth factor [IGF-I, IGFBP-3]), mais
là encore, les résultats sont discordants.
– Anomalies associées : l’association à d’autres ostéochondrites serait plus
fréquente (un quart des cas), de même que la présence de malformations
congénitales, notamment de l’appareil génito-urinaire.
– Facteur vasculaire : il a fait l’objet de nombreuses recherches.
Certains
travaux ont mis en évidence une occlusion artérielle, notamment de l’artère
circonflexe postérieure.
Une hypertension veineuse gênant le drainage
veineux a également été évoquée.
Mais l’origine exacte du trouble vasculaire
reste inconnue.
Les travaux les plus récents s’orientent vers de possibles
troubles de l’hémostase.
Glueck et al font état de troubles de la coagulation
dans 75 %des cas.
Ils ont observé essentiellement une résistance à la protéine Cactivée (responsable de la thrombophilie).
Ils ont retrouvé également des
troubles de l’hémostase chez les parents des premier ou deuxième degrés.
Mais ces résultats n’ont pas été confirmés par d’autres équipes.
Pour Kealy et
Cosgrove, l’hypofibrinolyse (par diminution de la lipoprotéine-á, ou du
temps d’activation partiel de la thromboplastine) serait plus fréquente que la
thrombophilie chez les enfants présentant une OPH.
– Facteur mécanique : la prédominance masculine, la turbulence des enfants
présentant une OPH et les antécédents d’activité excessive avant le début de
la maladie, peuvent faire évoquer le rôle de microtraumatismes.
Anatomie pathologique :
A - Modifications histologiques
:
1- Phases évolutives histologiques
:
Jonsater a réalisé des biopsies à différentes périodes de l’OPH.
Il a observé
une évolution histologique en trois stades :
– le stade initial correspond au stade de nécrose avasculaire.
La nécrose peut
être plus ou moins étendue. Dès ce stade initial, il y a des phénomènes de
revascularisation, associés à des phénomènes de nécrose itérative ;
– le stade intermédiaire se caractérise par un effort de réparation avec
prolifération de tissu conjonctif richement vascularisé.
On note des foyers de
résorption osseuse puis l’apparition d’os nouveau et immature, enfin, une
reprise de l’ossification enchondrale ;
– le stade tardif correspond à la réparation par du tissu osseux spongieux
normal.
2- Désordres architecturaux :
Catterall et al ont fait une étude histologique sur six têtes fémorales provenant
de nécropsies et également sur cinq biopsies réalisées in vivo.
Ils ont montré
que les lésions observées dépendaient de l’étendue de la nécrose, du stade de
la maladie, et également de la localisation de la biopsie dans la tête fémorale.
On note ainsi dans la partie supérieure de l’épiphyse un aspect fragmenté des
travées, avec plusieurs lignes condensées faisant suspecter une répétition
d’épisodes d’infarctus et de tentatives de revascularisation.
Dans la zone
jouxtant le cartilage de croissance, on peut noter une apposition d’os nouveau
correspondant au phénomène de substitution osseuse progressive (creeping
substitution).
L’os nécrosé est séparé de l’os nouveau par une interface de tissu fibrovasculaire contenant des ostéoclastes et des chondroblastes.
La partie superficielle du cartilage de croissance continue à se nourrir par la
synoviale.
Elle continue donc à se développer.
En revanche, la partie profonde
reste dépendante des vaisseaux épiphysaires et peut être affectée par le
processus ischémique.
Enfin, il peut exister une désorganisation de la plaque de croissance
caractérisée par des zones de cartilage dystrophique s’enfonçant dans la
métaphyse.
Cette désorganisation de la plaque de croissance est un élément
de mauvais pronostic et est source de coxa vara et de mauvais remodelage.
3- Modifications histochimiques
:
Les propriétés histochimiques de la tête fémorale au cours de l’OPH sont
différentes de celles d’un cartilage ou d’un fibrocartilage normal, avec des
modifications des protéoglycanes, des glycoprotéines et du collagène.
B - Modifications macroscopiques
:
1- Coxa magna
:
L’augmentation de volume de la tête fémorale est constante dans l’OPH.
Elle
est bien visualisée sur les examens arthrographiques et IRM.
Elle se fait sur la
partie cartilagineuse de la tête fémorale (augmentation de la masse
cartilagineuse et du cartilage articulaire).
L’origine de la coxa magna n’est
pas déterminée.
Il pourrait s’agir d’une réponse à l’infarctus osseux ou d’un
désordre de croissance plus général.
L’évolution de la coxa magna a été
étudiée en IRM.
Elle débute tôt, elle est déjà présente au stade
radiographique de densification.
Elle augmente et atteint son maximum au
stade de fragmentation.
Puis, la coxa magna diminue au stade de
reconstruction, sans cependant revenir à la normale.
La tête fémorale reste
augmentée de volume à la fin du stade de reconstruction.
2- Coxa plana
:
Au cours de l’OPH, jusqu’au stade de reconstruction, la tête fémorale présente
une plasticité biologique, elle devient fragile et peut se déformer.
L’importance de la déformation dépend de l’étendue de la nécrose et des
rapports tête-cotyle.
À la période de reconstruction, cela peut aboutir à une
tête sphérique non déformée ou à une tête déformée allant de la perte de
sphéricité jusqu’à l’aplatissement complet (coxa plana).
3- Adaptation du cotyle
:
L’OPH est une maladie en théorie isolée de la tête fémorale.
Mais le cotyle
présente des modifications secondaires à l’atteinte de la tête fémorale.
Elles
apparaissent tôt et évoluent parallèlement aux modifications de forme et de
volume de la tête fémorale.
L’adaptation du cotyle est surtout représentée par
une augmentation de son volume, caractérisée par une augmentation de
l’angle d’ouverture et une augmentation de longueur du toit du cotyle.
Cette adaptation est cependant limitée et semble liée à la conservation d’un
bon pilier externe.
Elle est insuffisante dans les cas graves, pour éviter
l’excentration puis la déformation de la tête fémorale.
4- Troubles de croissance :
Le cartilage de croissance peut être atteint au cours de l’OPH et présenter des
ponts d’épiphysiodèse localisés entraînant une coxa vara et une déformation
de la tête fémorale.
L’atteinte du cartilage de croissance est un facteur
de mauvais pronostic.
Histoire naturelle :
Schématiquement, on peut séparer l’OPH en deux grandes périodes :
– la période de croissance est celle des remaniements de la tête fémorale et
de l’adaptation entre la tête fémorale et le cotyle ;
– l’âge adulte est la période des conséquences cliniques de cette maladie de
l’enfance.
A - Période de croissance :
Elle comporte plusieurs phases.
1- Phase préradiographique :
Elle dure en moyenne 3 mois et correspond à l’agression initiale responsable
de l’ischémie.
C’est la vraie phase de nécrose osseuse.
2- Phase radiographique classique
:
Sa durée est variable, de 3 à 5 ans.
En fonction de l’évolution radiographique,
on distingue les stades de densification (appelé à tort stade de nécrose), de
fragmentation et de reconstruction.
Cette période est caractérisée par des nécroses itératives, des efforts de
réparation avec des foyers de résorption des zones nécrosées et le
remplacement par un os dense, enfin, tardivement par la réapparition d’un
tissu osseux spongieux normal.
À la fin de cette période, la tête fémorale peut
présenter une morphologie normale avec simplement une augmentation de
volume (coxa magna) ou au contraire la tête fémorale peut être irrégulière ou
aplatie (coxa plana).
3- Phase de remodelage (ou phase séquellaire)
:
Elle débute dès la fin du stade de reconstruction et s’étend jusqu’à la fin de la
croissance.
Elle est caractérisée par un remodelage de la tête fémorale et une
« adaptation tête-cotyle ».
Cette phase fait partie intégrante du cycle de la
maladie, puisque la morphologie définitive de la tête fémorale n’est acquise
qu’en fin de croissance.
Les têtes fémorales déformées évoluent le plus
souvent vers une amélioration, mais parfois aussi vers une dégradation.
B - Période adulte :
La connaissance des résultats à très long terme de la maladie de LPC est
indispensable afin d’orienter les indications thérapeutiques.
1- Critères d’évaluation
:
De multiples critères ont été proposés pour classer les hanches en fin de
croissance et évaluer leur pronostic à l’âge adulte.
Deux classifications
méritent d’être retenues du fait de leur simplicité et de leur utilisation
fréquente :
– la méthode de Mose évalue la sphéricité de la tête fémorale à l’aide de
cercles concentriques séparés de 2 mm (cercles de Mose).
On distingue trois
types de têtes fémorales : normale, quand elle s’inscrit dans le même cercle ;
régulière, quand elle s’inscrit entre deux cercles ; irrégulière au-delà ;
– la classification de Stulberg est basée sur la sphéricité de la tête fémorale et
la congruence tête-cotyle. Stulberg distingue cinq groupes : groupe 1, la
hanche est normale ; groupe 2, il existe une coxa magna, mais la tête fémorale
reste sphérique ; groupe 3, la tête fémorale est irrégulière mais congruente ;
groupe 4, la tête fémorale est aplatie, mais reste congruente ; groupe 5 : la tête
fémorale est irrégulière et incongruente.
2- Résultats :
La plupart des études dites à long terme font état de résultats avec 20 ou 30 ans
de recul, c’est-à-dire à une période où d’éventuels signes cliniques d’arthrose
peuvent ne pas s’être encore manifestés.
De rares études seulement font état des résultats avec au moins 40 ans de recul.
Des multiples études
réalisées à l’âge adulte, de grandes lignes se dégagent :
– la tolérance clinique est souvent très bonne.
Cinquante pour cent des
patients récupèrent de leurs symptômes précoces et ont peu de handicap dans
leur vie, 50 % peuvent présenter des douleurs vers 40 ou 50 ans, mais seuls
les patients les plus atteints développeront un handicap précoce et permanent ;
– à court terme, c’est-à-dire au début de la vie adulte, le résultat est bon, en
général, sur le plan clinique, quel que soit l’aspect radiographique (excepté
quelques cas d’épiphyses très déformées entraînant un effet « came » ou des
cas d’ostéochondrite dissécante).
À moyen terme, l’incidence de l’arthrose
clinique est souvent modérée.
À partir de 60 ans, la situation clinique se
dégrade, l’arthrose est quasiment constante pour les têtes fémorales
irrégulières.
Dans la série de Mose, à 65 ans, 100 % des têtes irrégulières
sont arthrosiques ;
– il n’y a pas de parallélisme entre les signes radiographiques d’arthrose et
les manifestations cliniques.
Pour Lecuire, cela peut s’expliquer par deux
éléments : d’une part, il s’agit d’une arthrose par incongruence articulaire,
c’est-à-dire sans hyperpression ; d’autre part, il s’agit en général d’une
arthrose polaire interne, au moins au début, dont le pronostic est meilleur que
les arthroses polaires supérieures ;
– c’est surtout la relation tête-cotyle (congruence ou incongruence) qui est le
facteur essentiel dans la genèse de l’arthrose.
Dans la série de Stulberg, les
groupes 1 et 2 ne présentent pas d’arthrose.
Les groupes 3 et 4 présentent une
arthrose légère à modérée vers 40-50 ans.
Le groupe 5 présente une arthrose
avec handicap dès 30-40 ans.
Ainsi, la tête fémorale peut être irrégulière, mais
si elle siège dans un cotyle qui s’est adapté, l’arthrose n’apparaît que
tardivement et reste longtemps bien tolérée.
C’est le concept de
l’incongruence-congruence défini par Lloyd-Roberts.
Examen clinique
:
L’OPH peut survenir entre l’âge de 2 et 12 ans avec un pic de fréquence entre
4 et 8 ans.
Les signes cliniques sont très discrets.
Les signes d’appel sont une
boiterie d’apparition spontanée et une douleur au pli de l’aine.
Plus rarement,
il s’agit d’une douleur rapportée au genou.
Ces symptômes sont d’allure
mécanique, rythmés par le repos et la fatigue. Parfois, il n’y a aucun signe
d’appel clinique, ni boiterie, ni douleur.
Ce qui explique que le diagnostic
d’OPH peut être retardé. Dans 75 % des cas, l’OPH est diagnostiquée aux
stades de nécrose ou de fragmentation, dans 18 % des cas, au stade de
reconstruction et dans 7 % des cas, en fin de croissance.
L’examen clinique
doit rechercher une limitation articulaire, elle est le plus souvent modérée et
surtout présente dans les secteurs d’abduction et de rotation interne.
La
raideur articulaire est un élément majeur de mauvais pronostic.
Elle peut être
due à une contracture musculaire ou à la déformation de la tête fémorale.
Parfois, on pourra retrouver une amyotrophie témoignant de l’ancienneté des
troubles.
Le reste de l’examen général est normal.
Imagerie :
A - Radiographie :
L’analyse radiographique doit se faire sur une radiographie du bassin de face
et une radiographie de chaque hanche de profil.
Cycle radiographique
Au stade initial de la maladie, la radiographie est normale.
Les premiers
signes radiographiques sont discrets :
– arrêt de croissance du noyau épiphysaire ;
– aplatissement minime supéroexterne du noyau fémoral ;
– image en « coup d’ongle ».
Elle représente une ligne claire souscorticale.
Cette image est surtout visible de profil et correspond à la fracture sous-chondrale ;
– hétérogénéité du noyau épiphysaire ;
– bande claire métaphysaire ;
– élargissement de l’interligne articulaire.
Le stade de condensation (appelé à tort stade de nécrose) est caractérisé par
une densification du noyau épiphysaire.
Elle peut s’associer à une
augmentation de l’interligne, un aplatissement épiphysaire ou une image en
« coup d’ongle », témoin d’une fracture sous-chondrale.
Le stade de fragmentation est caractérisé par une fragmentation du noyau
osseux.
Il peut exister des remaniements de la métaphyse et de la plaque
conjugale.
Sur les radiographies, on observe des images associant os dense,
os normal, et image claire.
L’étendue des lésions est variable, elle peut être
totale ou partielle.
Le stade de reconstruction s’étend de l’apparition des premiers signes de réossification, jusqu’à la reprise d’une texture normale de toute l’épiphyse.
La réossification débute par la périphérie de l’épiphyse.
Elle commence dans
le secteur antéroexterne et se termine dans la zone antérieure.
Le stade de remodelage correspond à la phase d’adaptation entre la tête
déformée et le cotyle.
Le stade des séquelles se juge en fin de croissance et permet d’apprécier la
morphologie de la tête fémorale et les risques d’arthrose ultérieurs.
Classifications radiographiques
:
Elles ont pour but de déterminer la gravité de l’atteinte afin d’établir un
pronostic permettant de guider les indications thérapeutiques.
Trois
classifications radiographiques sont actuellement utilisées.
* Classification de Catterall :
Elle s’apprécie au stade de fragmentation.
Catterall distingue quatre groupes
en fonction de l’étendue de la nécrose et cinq signes de tête à risque.
+ Groupes de Catterall :
– groupe I : il s’agit d’une lésion minime, localisée à la partie antérieure de la
tête fémorale.
Il n’y a pas de séquestre osseux ;
– groupe II : l’atteinte s’étend sur un peu plus de la moitié de la tête fémorale.
De face, le séquestre a une allure ovalaire, entouré de part et d’autre part et
par des fragments osseux vivants.
Ces fragments osseux maintiennent la
hauteur épiphysaire.
De profil, le séquestre est séparé de la zone saine
postérieure par une image claire dessinant un V caractéristique ;
– groupe III : il correspond à une atteinte de la majeure partie de l’épiphyse
fémorale, seule une petite partie postérieure est respectée.
De face, on note un
aspect de tête dans la tête, le séquestre siège au niveau de la partie centrale.
Il
est collabé et entouré en dehors et en dedans de petits fragments osseux
d’aspect radiographique normal. De profil, seule une petite partie postérieure
de la tête est respectée.
La séparation entre zone pathologique et zone saine
est imprécise. Les signes métaphysaires sont pratiquement constants.
Quand
ils sont étendus, ils sont souvent associés à un élargissement du col fémoral ;
– groupe IV : il correspond à une atteinte totale du noyau épiphysaire.
Sur la
radiographie de face, le collapsus entraîne une image linéaire dense.
L’aplatissement sévère de la tête fémorale se traduit par une diminution
précoce de la distance entre cartilage de croissance et toit du cotyle. Les signes
métaphysaires sont constants et étendus.
+ Signes de tête à risque
:
Ils complètent la classification de Catterall.
Ce sont :
– le signe de Gage.
Il correspond à une image claire épiphysaire externe.
Elle
serait le témoin d’une atteinte étendue intéressant le mur latéral externe ;
– les calcifications externes.
Elles sont situées à la partie externe du noyau épiphysaire près de la plaque conjugale ;
– la subluxation.
Elle correspond à l’aplatissement de la tête fémorale et à un
élargissement de l’interligne interne et un débord latéral de la tête ;
– les réactions métaphysaires.
Elles sont la conséquence d’une atteinte du
cartilage de croissance.
On note une ostéoporose diffuse réalisant une image
en « bande » sur toute la largeur de la métaphyse.
Il existe parfois une image
géodique située sur le versant métaphysaire du cartilage conjugal ;
– l’horizontalisation de la plaque conjugale.
Elle est due à une limitation de
mobilité articulaire et à la déformation de la tête fémorale responsable d’un
effet « came ».
La classification de Catterall a été très utilisée pour établir le pronostic et
guider les indications thérapeutiques.
Cependant, sa reproductibilité est
médiocre et il existe une grande variabilité interobservateur et
intraobservateur, notamment pour différencier les groupes II et III.
Elle
continue néanmoins à être très utilisée et reste la classification de référence
pour l’étude des résultats thérapeutiques.
* Classification de Salter et Thompson
:
Elle tient compte de l’étendue de la fracture sous-chondrale.
Pour Salter et
Thompson, il y a une correspondance entre l’étendue de la fracture souschondrale
et l’étendue de la résorption ultérieure du noyau fémoral. Ils
distinguent deux groupes :
– le groupe A : la fracture sous-chondrale est inférieure à la moitié de la tête
fémorale ;
– le groupe B : la fracture sous-chondrale s’étend à plus de la moitié de la
tête fémorale.
Cette classification permet un pronostic précoce, dès le stade de début de la
maladie.
Mais on peut la critiquer dans la mesure où la fracture sous-chondrale est
rarement visible.
En effet, elle n’apparaîtrait que dans 30 % des cas.
Par
ailleurs, il existe souvent des difficultés de classement avec des étendues
limites aux alentours de 50 % de la tête fémorale.
* Classification de Herring (pilier latéral)
:
Elle tient compte de la hauteur du pilier latéral de la tête fémorale.
Elle
nécessite une radiographie de face du bassin avec la hanche en rotation neutre
car la présence d’une rotation externe peut être facteur d’erreur.
Herring et al
distinguent trois groupes :
– groupe A : le pilier latéral est respecté.
Il n’y a pas de diminution de
hauteur ;
– groupeB : le pilier latéral est atteint. Il diminue de hauteur, mais il conserve
cependant une hauteur de plus de 50 % ;
– groupe C : le pilier latéral diminue de plus de 50 % de sa hauteur.
Dans la série de Herring, les groupesAcicatrisent en 37 mois, avec 100 %de
bon pronostic.
Les groupes B cicatrisent en 50 mois, avec 79 % de bon
pronostic.
Les groupes C cicatrisent en 67 mois, avec 29 %de bon pronostic.
Bien que se rapprochant de la classification de Catterall, la classification de
Herring a l’avantage d’être plus simple et d’avoir une correspondance
interobservateur meilleure (environ 78 %).
Actuellement, la classification de Herring est la plus utilisée pour guider les indications thérapeutiques.
Il existe d’autres classifications radiographiques, mais nous ne les détaillerons
pas car, soit elles ne sont pas utilisées, soit elles sont trop complexes ou
n’apportent pas d’argument réellement pronostique.
Citons l’extrusion épiphysaire correspondant à l’indice de Green, la classification des formes
partielles de Herring, la classification de Hiroashi.
B - Scintigraphie :
Elle est réalisée à partir des diphosphonates marqués au technétium 99 m.
Grâce à l’utilisation de collimateur de type pinhole, elle a pris une place
importante dans l’OPH, tant sur le plan diagnostique que pronostique.
1- Intérêt diagnostique :
La scintigraphie permet une orientation diagnostique précoce.
La présence
d’une normofixation ou d’une hyperfixation permet d’éliminer le
diagnostique d’OPH débutante.
La présence d’un trou de fixation n’a
cependant qu’une valeur de présomption et doit être confirmée par l’évolution
radiographique. Pour Kohler, dans 50 % des cas, le trou scintigraphique
évoluerait spontanément vers la résolution.
Ce faux positif correspondrait à
la première agression ischémique de l’épiphyse, le plus souvent résolutive et pouvant s’extérioriser sous une forme dite abortive d’OPH.
Actuellement,
avec l’utilisation d’un collimateur de type pinhole, la scintigraphie présente
vis-à-vis de l’OPH une sensibilité de 0,98 et une spécificité de 0,95.
L’évolution scintigraphique au cours de l’OPH a été étudiée par Tsao et al.
Ils ont retrouvé deux types de revascularisation.
Le premier type est une revascularisation par recanalisation des vaisseaux
existants du réseau circonflexe postérieur.
Elle survient dès les minutes ou les
jours qui suivent l’oblitération vasculaire.
Le pronostic est bon.
La
scintigraphie se normalise en 10 mois.
Le deuxième type est une revascularisation par une néovascularisation
développée à partir du réseau vascularisant le col fémoral.
À partir de ces deux processus de revascularisation, Tsao et al ont établi une
classification en trois groupes :
– le groupe A : il correspond au processus de recanalisation.
On distingue
quatre stades, en fonction de la période évolutive : le stade IA correspond au
trou scintigraphique, période où la radiographie est normale ; le stade IIA
correspond à un processus d’hyperactivité dans la région latérale et
postérieure (zone du pilier externe) en rapport avec le processus de
recanalisation par les vaisseaux préexistants ; le stade IIIA correspond à une
extension antérieure et interne de l’hyperactivité ; le stade IVAcorrespond au
stade de revascularisation complète ;
– le groupe B : il correspond au processus de néovascularisation.
Le stade IB
est une phase d’hypoactivité de longue durée, au cours de laquelle il y a des
anomalies radiographiques ; on note au stade IIB une hyperactivité sur la
plaque de croissance qui correspond à la néovascularisation.
En revanche, le
pilier externe est absent ; au stade IIIB sur la scintigraphie l’épiphyse prend
un aspect de champignon ; le stade IVB correspond à la revascularisation
complète, la tête fémorale est irrégulière ;
– le groupe C : il correspond à un stade de régression, avec passage du
stade IIA au groupe B, avec disparition de la fixation sur le pilier externe.
Tsao et al ont montré qu’il existait une bonne corrélation entre ces évolutions
scintigraphiques et les évolutions radiographiques.
Dans une étude comparant
radiographie et scintigraphie, ils ont noté qu’aucun patient du groupe A n’a
développé de signe de tête à risque, alors que dans les groupes B et C, des
signes de tête à risque étaient présents dans 18 cas sur 20 et 7 cas sur 7.
Cette
classification semble donc présenter un intérêt pronostique.
Le groupeA est à
rapprocher des formes abortives et peut faire évoquer un épisode de premier
infarctus.
Le groupe B correspond à une guérison plus lente, la néovascularisation étant responsable du phénomène de creeping substitution
(substitution osseuse progressive).
Le groupe C est à rapprocher des infarctus
itératifs, et montre qu’il existe une période à risque de 4 à 6 mois à partir du
trou scintigraphique.
Enfin, on peut faire un parallèle avec la classification
radiographique de Herring, le groupe A scintigraphique correspondant aux
groupes A et B de Herring, le groupe C scintigraphique correspondant au
groupe C de Herring.
C - Échographie
:
Elle présente surtout un intérêt diagnostique.
En effet, du fait de son innocuité
et sa facilité de réalisation, l’échographie est souvent utilisée au stade de début
de la maladie avant l’apparition des signes radiographiques.
Au stade initial
de l’OPH, l’échographie permet de visualiser une augmentation de
l’interligne articulaire.
L’analyse fine permet de faire la part entre synovite
aiguë transitoire etOPH.
Dans la synovite aiguë, on note un épanchement
liquidien et la hanche controlatérale est normale, alors que dans l’OPH, il
existe plutôt un épaississement de la synoviale qui peut également être
retrouvé sur la hanche controlatérale.
À l’avenir, l’échographie pourrait avoir
un intérêt dans la surveillance. En effet, la topographie antérolatérale de la
nécrose permet aux ultrasons de visualiser la déformation.
Naumann et
Terjesen ont montré une bonne corrélation entre les images
échographiques et les images radiographiques, pour l’appréciation des
irrégularités et de la couverture de la tête fémorale.
D - Imagerie par résonance magnétique
:
L’IRM semble un examen très prometteur dans l’OPH, cependant son
évaluation est en cours et sa place précise dans l’OPH n’est pas encore
réellement déterminée.
1- Intérêt diagnostique :
L’IRM permet un diagnostic aussi précoce que la scintigraphie, avant
l’apparition des signes radiographiques.
Mais il faut souligner la possibilité
de faux négatifs car la moelle graisseuse ischémiée peut conserver un
hypersignal T1 de graisse normale.
Cependant, la visualisation de la fracture sous-chondrale (hyposignal T1 et T2) et les techniques de soustraction de
graisse et d’injection de gadolinium permettent actuellement à l’IRM
d’approcher les performances diagnostiques de la scintigraphie.
2- Stades évolutifs de l’OPH :
Les modifications de signal dues aux zones de nécrose, de régénérations et à
la présence de fibrocartilage permettent de suivre l’évolution de la maladie.
Différents stades évolutifs ont ainsi été déterminés :
– stade de début ;
– stade intermédiaire précoce ;
– stade de reconstruction précoce ;
– stade de reconstruction.
3- Intérêt pronostique
:
Étendue de la nécrose : au début de la maladie, la valeur prédictive de l’IRM
est moyenne.
Il faut attendre au moins 3 à 6 mois avant de pouvoir réellement
déterminer par l’IRM l’étendue de la zone de nécrose.
Anomalies de la plaque de croissance : Jaramillo a retrouvé dans 63 % des
cas des lésions de la plaque de croissance, avec des ponts d’épiphysiodèse
localisés.
Ces lésions sont de mauvais pronostic et ont une forte valeur
prédictive sur les troubles de croissance ultérieurs (anomalie de taille et de
forme de la tête fémorale).
4- Analyse morphologique de la hanche
:
L’IRM permet de prendre en compte les éléments cartilagineux.
Elle donne
les mêmes renseignements statiques que l’arthrographie.
En revanche, elle ne
permet pas d’étude dynamique. L’analyse comparée de radiographies et
d’IRM a permis de démontrer que l’IRM était plus sensible et surtout plus
précoce pour le diagnostic d’excentration et d’aplatissement de la tête
fémorale.
En IRM, la tête fémorale peut être considérée comme excentrée ou
découverte, si l’index tête-cotyle est inférieur à 77 %(rapport entre la largeur
de la tête fémorale couverte par le cotyle et la largeur de la tête fémorale).
E - Arthrographie :
Elle permet une excellente évaluation de la morphologie de l’épiphyse
fémorale (coxa magna, aplatissement) ainsi que de la congruence articulaire
(rapports tête-cotyle).
Elle permet surtout une étude dynamique de la hanche, par l’analyse directe
sous scopie ou par la réalisation de clichés multiples : face en position neutre,
position de recentrage (abduction et rotation interne), profil.
Sa
réalisation sous anesthésie générale est préférable, car cela permet de libérer
les contractures musculaires, rendant l’examen plus précis en particulier pour
évaluer la possibilité de recentrage.
L’arthrographie trouve son indication pendant la phase à risque de la
maladie.
Elle n’a plus d’intérêt au stade de reconstruction ou au stade séquellaire.
L’arthrographie est indispensable en préopératoire afin
d’évaluer les possibilités de recentrage et la meilleure position de la tête
fémorale.
Laredo a établit une classification radiographique qui a été modifiée par Shigeno en tenant compte du profil.
Elle comporte cinq groupes :
– groupe 1 : la tête fémorale est normale (sphéricité conservée, absence
d’excentration) ;
– groupe 2 : la tête fémorale a augmenté de volume, mais la sphéricité est
conservée.
Il existe une surélévation du labrum, mais la couverture est
normale et le cotyle est adapté ;
– groupe 3 : il existe une macroépiphyse fémorale ovoïde et une
excentration latérale.
Le cotyle n’est pas adapté. Cependant, l’atteinte d’un
seul diamètre de la tête fémorale permet un recentrage en abduction et en
rotation interne ;
– groupe 4 : il existe un aplatissement supéroexterne avec incongruence têtecotyle.
Il y a une perte de sphéricité définitive de la tête fémorale avec
excentration latérale non réductible en abduction ;
– groupe 5 : il existe une déformation en « selle » avec flaque de produit de
contraste et effet « came ».
Kaelin a également déterminé une classification tenant compte de la
congruence, des possibilités de recentrage, et surtout de la stabilité de la
hanche sur des clichés réalisés en traction et en compression.
Il en déduit
des hanches stables, de bon pronostic, et des hanches instables de mauvais
pronostic.
Formes cliniques :
A - Formes selon l’âge :
La croissance restante est déterminante pour le potentiel de remodelage de la
tête fémorale.
Il faut souligner que si l’âge de début de l’OPH est un élément
important du pronostic, ce n’est pas le seul.
Avant 5 ans, le pronostic est
meilleur.
Cependant, le jeune âge n’implique pas forcément un bon pronostic,
les formes sévères pouvant donner de mauvais résultats.
Pour les formes
tardives, après 12 ans, le résultat est souvent mauvais, mais des cas de bons
résultats ont été signalés.
Après 12 ans, deux facteurs jouent un rôle dans le
pronostic : d’une part, le délai entre l’apparition de la maladie et la fermeture
du cartilage de croissance, d’autre part, le pourcentage de croissance
résiduelle (calculé selon la méthode d’Oxford).
S’il reste plus de 30 % de
croissance résiduelle, le pronostic est meilleur.
B - Formes abortives
:
Elles correspondent à des irrégularités de l’épiphyse qui seraient la traduction
d’uneOPHa minima correspondant à de tout petits îlots de nécrose.
Elles sont
le plus souvent de découverte fortuite et évoluent vers la guérison en 6 mois à
3 ans.
C - Formes bilatérales :
Elles se retrouvent dans 12 %des cas et ont la même fréquence chez les deux
sexes.
Elles débutent souvent tôt (34 %des cas avant 5 ans).
Elles évoluent en
général à des stades différents, ce qui a pour inconvénient d’allonger la durée
du traitement.
Les formes bilatérales aux mêmes stades évolutifs sont plus
rares et doivent faire rechercher une chondrodystrophie.
D - Formes récidivantes :
Elles sont exceptionnelles ; seuls quelques cas ont été décrits.
E - Formes de la fille :
Elles surviennent un peu plus tôt. Pour certains, leur pronostic serait plus
sévère que chez le garçon, pour d’autres, il serait identique.
F - Ostéochondrite dissécante
:
Elle survient pendant la phase évolutive de la maladie.
Sa fréquence est
estimée entre 2 et 10 %.
Elle est plus fréquente chez l’enfant âgé. On la
retrouve surtout après l’âge de 7 ans.
Son diagnostic peut être fait à ce stade,
mais le plus souvent, il existe une longue latence clinique associée à des
signes radiographiques discrets, camouflés par les aspects de réparation.
La
tolérance clinique peut être excellente.
L’indication opératoire ne sera posée
que devant un corps étranger libre intra-articulaire, responsable d’une
symptomatologie fonctionnelle.
Diagnostic différentiel
:
A - Maladie de Meyer (dysplasia epiphysealis capitis
femoris)
:
Dans la maladie de Meyer, l’atteinte survient très tôt.
Elle est souvent
caractérisée par un retard d’apparition du noyau fémoral.
L’atteinte bilatérale
est fréquente (40 à 50 % des cas).
L’épiphyse prend un aspect radiographique granuleux d’allure muriforme.
L’évolution radiographique ne se fait pas, comme dans l’OPH, selon les
stades de nécrose, fragmentation, reconstruction, mais toujours vers une
amélioration constante.
Le retour à la normale se fait en 2 à 3 ans, avec une
morphologie de la hanche toujours excellente en fin d’évolution.
La relation
entre maladie de Meyer et OPH n’est pas bien établie.
Il pourrait s’agir de
l’expression d’une même maladie survenant à des âges différents, la maladie
de Meyer survenant sur une maquette cartilagineuse, donc sans nécrose
osseuse.
B - Synovite aiguë transitoire (rhume de hanche)
:
Elle est secondaire à une infection aiguë des voies aériennes supérieures
d’origine virale.
Elle survient en général de façon épidémique et saisonnière.
C’est le principal diagnostic différentiel de l’OPH débutante, avant
l’apparition des signes radiographiques.
En effet, le tableau clinique est
identique.
La synovite aiguë survient au même âge que l’OPH et atteint le plus
souvent le garçon.
Il faut souligner cependant que, dans la synovite aiguë
transitoire, le mode d’installation est souvent plus brutal.
L’examen est
caractérisé par une boiterie douloureuse et une limitation articulaire,
notamment en abduction et rotation interne.
En revanche, il n’existe pas
d’amyotrophie.
Le bilan radiographique est normal.
L’échographie montre un
épanchement articulaire sans épaississement synovial.
La scintigraphie n’est
jamais indiquée en urgence.
Elle n’est réalisée que devant une évolution
traînante.
Elle peut être normo- ou hyperfixante permettant d’éliminer une
OPH.
Parfois, on peut retrouver une hypofixation, cependant, il n’y a jamais
de vrai trou de fixation.
L’évolution de la synovite aiguë est bénigne, avec
guérison de la symptomatologie en quelques jours.
Certains ont vu dans la
synovite aiguë une possible cause d’OPH par ischémie due à la tamponnade
articulaire.
Cette hypothèse ne semble pas confirmée.
Les formes de passage
décrites dans la littérature semblent plutôt dues à une méconnaissance du
diagnostic initial.
En reprenant les constatations scintigraphiques, on note
qu’il existe en fait deux entités différentes : la synovite aiguë véritable d’une
part, et l’épisode ischémique limité d’autre part, susceptible d’être résolutif
(forme abortive), ou évoluant au contraire vers une OPH véritable.
C - Ostéonécroses secondaires
:
Qu’elles soient secondaires à une épiphysite après réduction d’une luxation
congénitale de hanche, post-traumatique (luxation traumatique de hanche,
fracture du col du fémur), au cours d’hémopathie (hémophilie, maladie de
Gaucher, drépanocytose), après transplantation rénale, leur évolution est plus
rapide, sans passage par une forme prolongée de fragmentation et de
reconstruction.
D - Ostéochondrodysplasies :
Elles doivent être évoquées devant une atteinte bilatérale de stade évolutif
identique, une notion d’atteinte familiale, la présence de signes
dysmorphiques.
Le diagnostic peut s’orienter vers une dysplasie spondyloépiphysaire, une dysplasie polyépiphysaire, un syndrome
trichorhinophalangien.
Certaines formes d’OPH sont cependant difficiles à
classer et seraient peut-être des formes de passage avec une véritable
chondrodysplasie.
E - Autres diagnostics différentiels
:
Citons, du fait de leur rareté ou de leur orientation diagnostique plus évidente :
– l’hypothyroïdie ;
– la tuberculose (coxalgie) ;
– les arthrites et ostéoarthrites septiques dans leurs phases aiguë ou
séquellaire ;
– l’arthrite chronique juvénile ;
– les tumeurs.
Traitement
:
A - But du traitement :
Il est uniquement morphologique.
L’objectif est de diriger la reconstruction
de la tête fémorale afin d’éviter ou de limiter les déformations de la tête
fémorale qui seront responsables d’une arthrose.
On ne peut agir que sur la forme de la tête fémorale.
La diminution de la
hauteur épiphysaire, la coxa magna, la coxa vara ne peuvent pas être évitées.
B - Principes du traitement
:
Le traitement repose sur trois grands principes :
– préserver la mobilité articulaire ;
– décharger la hanche en période de risque, afin d’éviter un effondrement et
une perte de sphéricité de la tête fémorale ;
– recentrer la hanche.
C’est le principe de containment.
Il est basé sur le fait
que la préservation du centrage et d’un bon emboîtement tête-cotyle entraîne
une meilleure répartition des pressions et une action modelante du cotyle
permettant de guider la reconstruction de la tête fémorale.
Le containment
peut être assuré par des méthodes orthopédiques ou chirurgicales.
C - Méthodes :
1- Méthodes orthopédiques :
La traction continue : elle était utilisée autrefois au long cours, les enfants
étant placés dans des centres pendant des mois, voire des années.
Actuellement, elle est surtout utilisée pour assouplir la hanche et redonner une mobilité correcte.
Elle peut être parfois employée en discontinu (traction
nocturne), comme méthode d’appoint d’un traitement orthopédique.
La
traction est effectuée sur les deux membres inférieurs, les hanches sont
placées en abduction à 20° et en légère flexion. Une traction de 2 à 3 kg à
chaque membre est suffisante.
Les plâtres : ils ne sont plus guère utilisés.
Le plâtre pelvipédieux ne permet
pas de conserver la mobilité articulaire.
Le plâtre de Ducroquet (plâtre en A,
à hanches libres) permet de conserver la mobilité articulaire et donne une
petite autonomie à l’enfant (possibilité de s’asseoir et de déambuler).
Cependant, le maintien d’une abduction symétrique est difficile.
Le fauteuil roulant : il permet de décharger la hanche, l’appui se faisant sur
les ischions.
Il est préférable de l’associer à un appareil positionnant les
hanches en abduction.
Cela permet d’avoir un meilleur centrage de la hanche
et d’éviter que l’enfant ne se lève de façon intempestive.
Les orthèses : certaines maintiennent le membre en décharge.
L’orthèse de Chicago ne prend que le membre atteint, elle le maintient en
décharge et en légère abduction.
L’orthèse de Toronto prend les deux
membres et les maintient en décharge et en abduction ; on peut lui reprocher
son encombrement important.
Certaines agissent surtout sur le recentrage,
sans action de décharge sur la hanche.
C’est notamment le cas de l’orthèse
d’Atlanta ou orthèse Scottish Rite Hospital (SRH).
Elle comporte deux prises bicrurales maintenant les hanches avec une abduction de 45°.
En fait
l’abduction de 45° est difficile à obtenir et, souvent, elle n’est que d’une
trentaine de degrés.
L’orthèse d’Atlanta présente quelques avantages par
rapport aux orthèses de décharge.
Elle est moins encombrante et elle permet
à l’enfant de marcher et d’avoir quelques activités avec notamment la
possibilité de courir.
2- Traitement chirurgical
:
Il peut être réalisé à partir du stade de fragmentation.
En effet, au stade de
condensation, le pronostic n’est pas parfaitement établi et la coxa magna peut
encore s’aggraver, exposant alors à une récidive de l’excentration.
L’arthrographie préopératoire est un préalable indispensable à la réalisation
d’un traitement chirurgical.
Elle permet d’apprécier la congruence de
l’articulation et les possibilités de recentrage. En fonction des possibilités de
recentrage, plusieurs types d’intervention peuvent se discuter :
– si la hanche se recentre : le traitement de choix sera alors une
ostéotomie fémorale de varisation ou une ostéotomie pelvienne de
réorientation (type Salter ou triple ostéotomie).
Ces techniques donnent des
résultats identiques tant sur le plan clinique que sur la sphéricité de la tête
fémorale.
Cependant, les ostéotomies pelviennes semblent présenter quelques
avantages par rapport à l’ostéotomie de varisation. Elles permettent une
couverture de la tête fémorale plus importante, garantissant un meilleur
remodelage qui se poursuivra après la phase de reconstruction.
L’ostéotomie
de varisation entraîne un raccourcissement du membre (dans 60 % des cas
supérieur à 15 mm) et aggrave la varisation due aux troubles du cartilage de
croissance.
De plus, elle est responsable d’une ascension du grand trochanter
qui sera difficile à traiter.
Si une ostéotomie de varisation est décidée, elle doit
être modérée d’une vingtaine de degrés en moyenne.
Parfois, quand un
recentrage important est nécessaire, une ostéotomie fémorale et une
ostéotomie pelvienne peuvent être proposées conjointement.
Dans le choix
de l’ostéotomie pelvienne, la triple ostéotomie permettant une bascule plus
importante et moins d’hyperpression sur la tête fémorale paraît plus
appropriée que l’ostéotomie de Salter ;
– si la hanche ne se recentre pas : l’intervention vise alors à couvrir
la tête fémorale afin d’améliorer son remodelage.
On peut proposer une
ostéotomie d’agrandissement de type Chiari ou une butée en « copeaux » ;
– dans les cas très évolués, avec effet « came » et incongruence majeure, des
interventions dites de « sauvetage » ont été proposées.
On peut discuter une
ostéotomie de valgisation permettant de redonner une certaine amplitude
articulaire, associée à une butée améliorant le remodelage.
La cheilectomie visant à supprimer la bosse externe de la tête fémorale expose à
une raideur et est pratiquement abandonnée.
La distraction par fixateur
externe a été proposée dans les cas extrêmes pour regagner une mobilité de
hanche.
D - Résultats et critique des différents traitements
:
Les résultats des traitements sont très difficiles à évaluer dans la littérature.
En effet, les critères d’évaluation sont bien souvent différents et surtout, les
séries et les critères de sélection sont très disparates.
Avant de proposer un traitement, il faudra tenir compte de plusieurs notions
fondamentales :
– 60 % des cas aboutissent à un bon résultat sans traitement ;
– parmi les éléments du pronostic, la raideur de la hanche est un élément
majeur.
Il faut étudier systématiquement à chaque examen clinique les
amplitudes articulaires.
Il faut toujours s’évertuer à garder une hanche
souple ;
– le traitement orthopédique est souvent long ; il dure plusieurs mois, voire
des années.
Il est contraignant et difficile à mener chez un enfant
asymptomatique qui aura souvent tendance à « tricher » avec son orthèse.
De
plus, il peut entraîner des répercussions psychologiques sur l’enfant et sa
famille ;
– l’enquête multicentrique réalisée par la POSNA (Pediatric Orthopaedic
Society of North America) semble condamner le traitement par orthèses et
montre que la chirurgie est susceptible d’améliorer les résultats ;
– le traitement chirurgical permet une reprise plus rapide, sinon des activités
sportives, du moins d’une vie sociale normale.
Cependant, il faut attendre 3 à
4 mois avant de retrouver une mobilité de hanche correcte ;
– le traitement chirurgical doit être proposé tôt, avant que la tête fémorale ne
présente des déformations importantes.
Il assure un recentrage qui persiste
après la phase de reconstruction.
Mais il représente une agression initiale
importante et comporte les risques (même s’ils sont minimes) d’une
intervention chirurgicale ;
– l’âge de début de l’OPH reste un facteur déterminant.
Avant 5 ans,
l’évolution est très souvent favorable.
Les traitements orthopédiques ou
chirurgicaux donnent de bons résultats.
Cependant, le jeune âge n’est
pas systématiquement un gage de bon pronostic, et de mauvais résultats
peuvent s’observer même quand l’OPH a débuté avant l’âge de 5 ans.
Après
5 ans, les résultats se dégradent et les nécroses étendues nécessitent un
traitement ;
– enfin, il faut souligner que l’âge en fin de reconstruction est également un
élément pronostique car il détermine la croissance résiduelle et donc le
potentiel de remodelage.
Mais bien sûr, il ne peut pas intervenir dans le choix
thérapeutique initial.
E - Indications thérapeutiques
:
Dans l’OPH, il ne peut pas y avoir d’attitude univoque.
L’indication doit
prendre en compte les facteurs pronostiques de la maladie.
L’âge, la raideur,
les classifications radiographiques (Catterall, Herring, Salter et Thompson)
et pour certains, l’évolution scintigraphique et IRM.
1- Début de la maladie :
On peut schématiquement distinguer deux formes d’OPH :
– les formes de bon pronostic.
Elles regroupent les formes partielles et les
formes de l’enfant avant 4 ans.
L’abstention thérapeutique et la simple
surveillance sont de mise ;
– les formes de pronostic incertain.
Elles regroupent les nécroses étendues
après l’âge de 4 ou 5 ans et toutes les nécroses (hormis les nécroses partielles)
après 6 ans.
Avant tout, il faut regagner la mobilité en instaurant un traitement
par traction.
Ce traitement sera suivi d’une période de surveillance, au cours
de laquelle on pourra proposer, en fonction de l’âge et de l’impression de
gravité de la maladie, un traitement allant de la simple limitation des activités
physiques jusqu’à la traction continue, en passant par le fauteuil roulant ou
les orthèses.
Ce traitement d’attente permet d’arriver jusqu’au stade de
fragmentation.
2- Stade de fragmentation :
On peut juger réellement de la gravité de la maladie et déterminer la poursuite
du traitement.
– Si le pronostic paraît bon (hanche souple, bon pilier externe, pas de signes
de tête à risque, bonne revascularisation scintigraphique, absence d’excentration IRM), il est licite de relâcher le traitement et de proposer
uniquement une limitation des activités physiques ; bien sûr, tout en instaurant
une surveillance clinique, radiographique et parfois IRM régulière tous les
2 à 3 mois jusqu’au stade de reconstruction.
– Si le pronostic est mauvais, avec une excentration et une diminution du
pilier externe, le traitement devra être poursuivi.
On pourra proposer un
traitement orthopédique.
Cependant, le traitement chirurgical présente
actuellement la préférence de la plupart des équipes et semble donner de
meilleurs résultats.
3- Stades de reconstruction et de remodelage
:
Un traitement chirurgical se discute devant une tête fémorale aplatie et
excentrée et une hanche incongruente.
Mais avant de décider un geste
chirurgical, il faut toujours tenir compte des possibilités de remodelage
spontané de la tête fémorale et de l’adaptation tête-cotyle qui peut s’améliorer
jusqu’à la fin de la croissance.
À l’aube de l’an 2000, l’OPH est encore une maladie mystérieuse.
Son
étiologie reste inconnue et la littérature foisonne d’articles
contradictoires.
Les données récentes sur les troubles de l’hémostase
sont très controversées.
Bien que le pronostic reste souvent tardif et dans bien des cas
imprécis, les travaux de ces 10 dernières années ont mis en avant
certains points qui ont permis d’améliorer la prise en charge et
certainement le pronostic à long terme de cette pathologie :
– la raideur de hanche est un élément majeur du pronostic ;
– l’analyse radiographique s’est simplifiée.
La classification de Herring,
plus reproductible, prend le pas sur la classification de Catterall.
Cette
dernière reste cependant très utilisée pour l’appréciation des résultats ;
– la radiographie n’est plus seule.
La scintigraphie et l’IRM prennent
une part de plus en plus importante dans l’OPH ;
– les indications du traitement orthopédique diminuent au profit du
traitement chirurgical, qui est plus court et semble donner de meilleurs
résultats.