Écoulement d'oreille
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Un écoulement anormal de liquide
par le conduit auditif externe peut être : muqueux ou purulent,
c’est une otorrhée ; hémorragique, c’est une otorragie ;
contenant du liquide céphalo-rachidien, c’est une otoliquorrhée.
Un écoulement d’oreille est un signe d’appel pouvant être à
l’origine de maladies très graves et impose un examen complet à
la recherche d’une cause précise qui permettra un traitement
adapté. Si l’otorrhée est un symptôme beaucoup plus fréquent et
apparemment plus bénin qu’une otorragie ou une otoliquorrhée,
tout écoulement d’oreille impose interrogatoire précis,
otoscopie indispensable et examen radiographique spécialisé.
Otorrhée purulente aiguë ou chronique :
Il s'agit de l'écoulement d'oreille le plus fréquent.
L'apparition d'un écoulement au méat inquiète le patient par sa
nature (sang), son abondance (pus), son odeur (fétidité),
surtout si elle s'accompagne d'une otalgie.
Il arrive que le patient la néglige si elle précède ou
accompagne la sédation de l'otalgie.
Certaines otorrhées, quantitativement minimes, peuvent passer
inaperçues ou être négligées jusqu'à l'apparition de
complications (vertiges, paralysie faciale...).
BILAN CLINIQUE :
La consultation est plus souvent motivée par la douleur
d'accompagnement que par l'otorrhée elle-même, à moins qu'elle
ne soit très abondante.
Certains sujets s'accommodent d'un coton au méat.
Conventionnellement, une otorrhée aiguë date de moins de 3
semaines et une otorrhée chronique de plus de 3 mois.
Interrogatoire :
Les caractères de l'otorrhée seront précisés par un
interrogatoire méthodique :
* antécédents otitiques : douleurs avec ou sans écoulement.
* date de début de l'écoulement.
* permanence ou intermittence de l'otorrhée.
* facteurs déclenchants :
- épisodes rhinopharyngés.
- baignades.
- variations climatiques.
- nettoyages intempestifs.
* aspects :
- séromuqueux ou purulent.
- une coloration (une teinte bleu verdâtre suggère la présence
d'un bacille pyocyanique).
- fétidité (signe presque toujours la présence d'une otite
cholestéatomateuse).
* signes d'accompagnement :
- douleurs, hypoacousie.
- acouphènes.
- vertiges.
Examen otoscopique :
Après l'interrogatoire, l'examen otoscopique est obligatoire et
donnera des renseignements dont la précision dépend de
l'instrumentation et de l'entraînement du médecin.
Dans les conditions idéales, il doit être réalisé :
- sur un patient allongé.
- sous vision stéréoscopique (microscope otologique).
- avec aspiration des débris dans le conduit.
CONDUIT AUDITIF EXTERNE OBSTRUE
Il peut s'agir d'une sténose inflammatoire très douloureuse et
de toute façon infranchissable.
On peut également être en présence d'une masse
cérumino-épidermique dont l'attouchement au porte-coton permet
d'apprécier l'éventuelle fétidité alors hautement suspecte.
Enfin, il peut s'agir d'un polype rouge humide, avec une
collerette de pus, obstruant le méat auditif.
Cependant, toutes ces lésions peuvent masquer une affection
sous-jacente de l'oreille moyenne.
OTORRHEES AIGUES :
D'apparition récente, l'otorrhée aiguë est en général
douloureuse, survenant dans un contexte inflammatoire, local ou
général, cédant rapidement sous traitement local ou général.
L'oreille externe est en cause :
L'examen du tympan montre que sa coloration et son orientation
sont normales.
Eczéma :
L'eczéma véritable est rare, même dans le cadre de lésions
péri-auriculaires et faciales. La séborrhée, le psoriasis
peuvent investir le méat auditif externe.
Otite externe aiguë et otite du baigneur
* L'otite externe aiguë est une dermo-épidermite diffuse par
grattages excessifs et/ou mauvaise hygiène.
- Elle est baptisée abusivement "poussée d'eczéma" en raison des
démangeaisons parfois intenses qui la précèdent et de la
possibilité d'une impétiginisation au méat.
- La douleur à la pression du tragus et/ou à la mobilisation du
pavillon atteste de son caractère aigu.
* Fréquente et récidivante, l'otite des piscines ou du baigneur
("pathologie des vacances") devient importante et douloureuse,
si le sujet néglige les premiers signes. C'est donc aussi une
dermo-épidermite.
* Dans ces deux formes, otite externe et otite du baigneur,
l'otoscopie peut être difficile, voire impossible en raison du
rétrécissement inflammatoire, très douloureux du conduit.
* Le traitement sera le plus souvent local, associant :
- aspirations des débris.
- mise en place éventuellement d'une mèche ou, mieux, d'un
tampon Mérocel*.
- instillations auriculaires d'antibiotiques associés à un
corticoïde.
* L'antibiothérapie par voie générale se justifie dans les
sténoses douloureuses et infranchissables du conduit (parfois
même appuyée d'une brève corticothérapie initiale) et, a
fortiori, en raison de signes péri-auriculaires ou d'un
gonflement du pavillon.
* Un rétrécissement infranchissable du conduit peut traduire
également l'extériorisation d'une mastoïdite aiguë ou d'un
cholestéatome (voir question correspondante).
Otite externe maligne :
C'est une entité clinique rare, très grave en raison de
l'extension nécrosante d'une ostéite de l'os tympanal aux
structures voisines de l'oreille moyenne, du nerf facial, de la
mastoïde et des méninges, voire même du cartilage de la conque
du pavillon. Son agent est le bacille pyocyanique.
* Le début est insidieux et l'otorrhée devient intarissable,
parfois nauséabonde, progressivement hémorragique tandis que les
douleurs deviennent lancinantes.
* Son traitement médico-chirurgical nécessite l'hospitalisation
car le pronostic est grave, fatal dans 20 à 50% des cas.
* Elle se rencontre aux deux extrémités de la vie : nourrisson,
vieillard et chez les patients immunodéprimés.
Furoncle du conduit :
Le furoncle du conduit siège dans le tiers externe de celui-ci.
Il est très précocement douloureux pendant toute la période de
maturation car la peau de cette région laisse peu de place à
l'œdème.
* La douleur ne cesse qu'à l'élimination du bourbillon, précédée
par une culmination jaunâtre.
* Le méat peut être fortement rétréci.
* Une petite curette peut accélérer l'évacuation du bourbillon,
accompagnée d'application d'alcool à 70° qui peut être abortif
au début.
* L'antibiothérapie n'est généralement pas indiquée.
L'oreille moyenne est en cause :
* Otite moyenne aiguë : le tableau de l'otalgie aiguë fébrile
non traitée s'amende spontanément avec l'apparition de
l'otorrhée du 3e au 7e jour.
- L'antibiothérapie générale systématique coupe court à cette
évolution, l'otite aiguë pouvant se résorber sans écoulement.
- Toutes les formes cliniques sont possibles. L'otorrhée peut
apparaître dès la phase initiale ou venir compléter un tableau
d'otalgie modérée traînante.
- L'otoscopie confirme le diagnostic en montrant un tympan
inflammatoire, siège d'une perforation habituellement
punctiforme par laquelle sourd un liquide purulent.
- Pneumocoque, Haemophilus, streptocoque bêta-hémolytique,
staphylocoque sont les germes les plus fréquemment rencontrés.
- L'antibiothérapie de première intention utilise l'amoxicilline
ou un macrolide.
- L'utilité de décongestionnants, des AINS et des gouttes
antibiotiques reste discutée.
- Quant aux gouttes dites "antalgiques", elles sont proscrites
dès lors qu'une perforation tympanique est suspectée.
* La mastoïdite aiguë ou subaiguë doit être citée. Il s'agit, à
la suite d'une otite aiguë, après un intervalle libre, de la
reprise de l'écoulement et des douleurs.
- L'antibiothérapie abâtardit souvent les tableaux cliniques.
- La mastoïdite peut même s'extérioriser dans la région
rétro-auriculaire sans signe spectaculaire.
* L'otite aiguë phlycténulaire : au cours d'infection virale,
avec parfois des otalgies très vives, des phlyctènes séreuses ou
hémorragiques (grippe) peuvent apparaître sur le tympan.
- Leur rupture spontanée ou par une fine aiguille réduit la
symptomatologie.
- On s'abstiendra de faire une paracentèse.
* L'accident otorrhéique aigu : une perforation tympanique
connue, précédemment sèche et non inflammatoire, se réchauffe à
l'occasion d'une infection rhinopharyngée (voie tubaire) ou de
pénétration d'eau dans le conduit (surinfection par voie
externe).
* Après la pose d'aérateurs transtympaniques, l'otorrhée peut
survenir dans plusieurs circonstances :
- dans les suites immédiates de l'intervention, un défaut
d'asepsie ou une indication hasardeuse sur une otite purulente
décapitée peuvent être incriminés.
- à distance du geste chirurgical, la surinfection peut être
exogène par l'introduction d'eau dans l'oreille ou endogène par
voie tubo-tympanique à l'occasion d'une rhinopharyngite.
- le traitement associera des aspirations sous microscope et
l'instillation de solutions antiseptiques ou antibiotiques en
évitant l'usage des aminosides (ototoxicité locale en cas de
passage dans la caisse).
- si l'otorrhée persiste, malgré un traitement bien conduit, il
faudra enlever le drain car il peut constituer un corps étranger
entretenant l'infection.
OTORRHEES CHRONIQUES :
Ecoulements de durée variable, souvent supérieure à plusieurs
semaines, les otorrhées chroniques sont peu ou pas douloureuses.
L'otorrhée constitue souvent le seul signe de la maladie.
La cause sera recherchée au niveau de l'oreille externe et de
l'oreille moyenne.
Atteinte de l'oreille externe :
* L'otomycose :
- elle se caractérise par un écoulement fétide, grumeleux,
d'aspect noirâtre ou brunâtre lorsqu'il s'agit d'Aspergillus ;
par des débris blanchâtres s'il s'agit de Candida albicans.
- elle sera traitée par antifongiques locaux (miconazole,
éconazole).
Elle est provoquée par un corps étranger ancien et méconnu au
niveau du conduit dont l'extraction se fera sous microscope.
* L'otite externe chronique aboutit rarement au rétrécissement
définitif du conduit.
- Plus souvent, il s'agit d'un prurit (pseudo-eczéma) sur une
peau fine et désertique (absence de cérumen).
- Il s'agit d'une humidité méatique intermittente par suintement
plutôt que d'un écoulement.
Atteinte de l'oreille moyenne :
Otite moyenne chronique simple :
Elle est liée à l'infection persistante des cavités de l'oreille
moyenne par une perforation simple du tympan, généralement dans
le cadre de séquelles d'atteinte ancienne.
* Elle est entretenue par voie externe (baignades, shampooings,
nettoyages intempestifs) et/ou par voie tubaire (infection
naso-sinusienne, dysfonctionnement de la trompe d'Eustache).
* La perforation est centrale ou paracentrale non marginale,
bordée d'œdème ou de microgranulomes.
* Le traitement élimine les causes de surinfection et peut
permettre la réparation chirurgicale (tympanoplastie) après un
délai d'assèchement de 1 an.
* Les indications opératoires seront sévèrement discutées chez
l'enfant :
- attendre une croissance suffisante pour opérer dans un conduit
plus vaste et éviter la iatrogénie.
- attendre la maturité immunitaire à l'approche de la puberté.
Otite moyenne chronique cholestéatomateuse :
Elle se différencie par le développement au sein des cavités de
l'oreille moyenne d'un épithélium malpighien kératinisant et
desquamant, doté d'une véritable malignité locale car il érode
toutes les structures à son contact.
* Cette pénétration de la peau du conduit se fait le plus
souvent par une poche de rétraction tympanique (membrane de
Schrapnell ou région sous-ligamentaire postéro-supérieure). Les
cholestéatomes primitifs rétrotympaniques sont rares.
* Le diagnostic est évoqué en présence d'une otorrhée
extrêmement fétide, peu abondante, parfois même très minime.
* L'otoscopie montre une perforation marginale siégeant au
niveau du Schrapnell ou sous-ligamentaire postérieure. La
présence de squames blanchâtres est caractéristique mais
celles-ci peuvent être masquées par un polype sentinelle.
* Le seul traitement efficace est chirurgical avec, au
préalable, un traitement médical visant à réduire la
surinfection (Proteus et bacille pyocyanique notamment) :
- instillations locales d'antibiotiques associés à des
micro-aspirations permettant l'ablation de débris épidermiques.
- l'antibiothérapie par voie générale sera réservée aux poussées
de réchauffement.
* L'évolution peut se faire vers des complications qui lui
confèrent toute sa gravité :
- fistule labyrinthique.
- paralysie faciale.
- complications infectieuses encéphalo-méningées.
* Ces complications peuvent être révélatrices d'un cholestéatome
d'évolution sournoise. Cela signifie qu'il faut :
- toujours rechercher un signe de la fistule en présence d'un
cholestéatome (vertige avec nystagmus provoqué par la pression
sur le tragus ou la compression avec un spéculum pneumatique de
Siegle).
- réaliser un examen otologique en présence de toute paralysie
périphérique, comme d'ailleurs en présence de certaines
méningites ou de tout abcès temporal ou cérébelleux.
- faire un bilan tomodensitométrique en présence d'un
cholestéatome très infecté ou étendu (même systématiquement
souhaitable pour certains auteurs dans cette pathologie).
* Le traitement chirurgical aura pour but primordial
l'éradication totale du cholestéatome.
- L'extension anatomique conditionne la technique chirurgicale
employée : tympanoplastie en technique ouverte ou fermée, selon
que la paroi postérieure du conduit est conservée ou non.
- Dans les deux cas, chaque fois que les possibilités locales le
permettent, on réalise un aménagement fonctionnel de la chaîne
ossiculaire (transposition ou prothèse).
Otorrhée survenant sur une oreille déjà opérée :
Cela concerne le plus souvent des interventions effectuées en
technique ouverte. L'oreille peut se surinfecter si un nettoyage
régulier, afin d'enlever les débris cérumino-épidermiques, n'est
pas effectué.
* Dans la plupart des cas, un traitement local permettra de
juguler les suppurations.
* Malgré des traitements répétés, un certain nombre de cavités
opératoires restent instables en relation avec une technique
imparfaite et justifient une reprise opératoire.
* Dans de telles conditions, on est amené à évoquer une
tuberculose de l'oreille moyenne, autrefois classique, très rare
aujourd'hui.
Otorragie :
L'écoulement de sang par l'oreille survient dans deux
circonstances : traumatique ou non.
OTORRAGIES POST-TRAUMATIQUES :
* Les otorragies sont fréquentes lors des fractures du rocher
par irradiation du choc de la voûte à la base du crâne lors d'un
traumatisme crânien.
- Le trait de fracture atteint la caisse du tympan avec rupture
de la membrane tympanique, intéressant ou non l'oreille interne.
- L'otorragie est un signe important à rechercher dans un coma
traumatique. Il peut être le seul témoin d'une fracture du
rocher à ce stade.
- Plus rarement, il s'agit d'une fracture du tympanal par
irradiation d'un choc sur la mâchoire associant une plaie du
conduit auditif externe.
* Un traumatisme direct peut être plus rarement la cause d'une
otorragie.
- La gifle "classique" rompt le tympan généralement sans
saignement perceptible (par "blast").
- La brûlure par projection d'une particule en fusion (soudure)
est rarement en cause.
- Par contre, le Coton-Tige et tout objet pénétrant dans le
conduit peut provoquer une blessure cutanée mais également de
façon plus redoutable des lésions tympaniques importantes, voire
une luxation ossiculaire.
* Un barotraumatisme enfin peut rompre le tympan et se traduire
par une otorragie toujours modeste. Il peut survenir par souffle
:
- lors d'une explosion, très importante, de proximité (effet de
souffle d'une bombe, détonation d'artillerie).
- lors d'un changement brutal d'altitude (aviation, mais surtout
plongée sous-marine).
* En présence d'une otorragie traumatique :
- il ne faut jamais pratiquer ni lavage ni instillations
auriculaires.
- le conduit doit être nettoyé au porte-coton sec ou par
aspiration.
- un pansement stérile est mis en place sur l'oreille, associé à
une couverture antibiotique par voie générale.
- les décisions sont prises ensuite en milieu spécialisé.
CAUSES NON TRAUMATIQUES D'OTORRAGIES :
* Assez souvent, une otorragie est le fait :
- d'un polype ou de granulations inflammatoires venant
compliquer une otite moyenne chronique simple réchauffée ou
cholestéatomateuse.
- de la rupture d'une phlyctène hémorragique (otite aiguë
grippale) : saignement noirâtre minime.
* Exceptionnellement, l'otorragie peut être due à :
- une tumeur du glomus jugulaire qui, extériorisée dans le
conduit, peut entraîner une otorragie abondante.
- un cancer de l'oreille externe ou moyenne qui peut se traduire
par une otorragie.
Otoliquorrhée :
* L'otoliquorrhée est pratiquement toujours secondaire à un
traumatisme crânien grave avec fracture du rocher.
- Le diagnostic est apporté par l'étude biochimique du liquide
recueilli (taux de glucose).
- Le LCR fait issue par la brèche méningée au niveau du toit des
cavités de l'oreille moyenne (fosse temporale) ou à travers le
labyrinthe (fosse postérieure).
- L'otoliquorrhée peut se tarir spontanément, aidée par un
drainage.
- La brèche devra être retrouvée et obturée par voie
oto-neuro-chirurgicale.
* Enfin, l'otoliquorrhée peut être secondaire à une intervention
chirurgicale otologique (suites opératoires des neurinomes).
Citons quelques observations rares de hernies méningées
spontanées dans les cavités de l'oreille moyenne ou des
malformations de l'oreille interne, permettant l'érosion de la
platine de l'étrier sous la pression du LCR.
* On retiendra que l'otoliquorrhée peut apparaître tardivement
et prendre des caractères atypiques (épanchement rétrotympanique
mucoïde) ou passer inaperçue (écoulement prédominant vers le
cavum par la trompe d'Eustache).
* On pensera à une brèche méningée dans l'oreille moyenne en
présence de méningites récidivantes à pneumocoques.
* Le diagnostic n'est pas toujours facile. A côté des
explorations tomodensitométriques, se souvenir que le test au
glucose peut être incertain dans les otorrhées profuses mêlées
de mucus surinfecté. On préférera la recherche de
bêta-2-transferrine, très spécifique en présence de LCR
(immuno-réaction par anticorps monoclonaux) et la réalisation
d'un transit isotopique au technétium.