Cancers du larynx
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Les cancers du larynx entraînent
essentiellement une dysphonie à laquelle peut s'associer lorsque
le volume de la tumeur est important, une dyspnée laryngée par
gêne au passage du courant aérien. Seule la laryngoscopie permet
de reconnaître la tumeur, son volume, son siège et sa nature.
ÉPIDÉMIOLOGIE :
Le cancer du larynx représente 4% de la mortalité par cancer.
Il s'agit avant tout d'un cancer du sexe masculin puisque l'on
estime actuellement que 96% des cas surviennent chez des hommes,
avec une forte prédilection entre les ages de 50 et de 70 ans.
Cependant, de plus en plus, un certain nombre de cas sont
observés avant 45 ans, traduisant une plus grande précocité dans
le début du tabagisme.
* L'incidence des cancers du larynx tend a franchement diminuer
depuis les années 1970 en raison de nombreuses campagnes de
lutte contre le tabagisme, qui reste la cause essentielle du
développement de ces cancers.
- De la même façon que l'on assiste a une diminution de la
mortalité des cancers des voies aéro-digestives supérieures, on
note une régression de la mortalité des cancers du larynx chez
l'homme depuis le début des années 1980, moins franche chez la
femme. Le sex-ratio est d'environ de dix hommes pour une femme.
- La France se place encore et malheureusement parmi les cinq
premiers pays au monde dans l'apparition de ces néoplasies
laryngées.
* La répartition des cancers laryngés selon le point de départ
est de l'ordre de :
- 40 ˆ 50% pour l'étage glottique.
- 40 ˆ 50% pour l'étage sus-glottique.
- les cancers nés au niveau sous-glottique représentent moins de
5% des cancers du larynx.
FACTEURS FAVORISANTS :
Le carrefour pharyngo-laryngé est soumis aux agressions
respiratoires et alimentaires.
De nombreux travaux ont désormais cerné le rôle du tabac, un peu
moins celui de l'alcool dans l'apparition des cancers du larynx
en particulier glottiques et sous-glottiques :
- en effet, les étages glotto-sous-glottiques sont protégés par
la fermeture du vestibule pendant la déglutition et ne
présentent donc aucun contact direct avec les substances
ingérées.
- par contre l'étage sus-glottique, et plus particulièrement la
margelle laryngée, est soumise aux agressions alimentaires.
Rôle du tabac :
Le tabac reste la cause principale dans l'apparition des cancers
laryngés quel que soit l'étage considéré. C'est le plus fréquent
des cancers des voies aéro-digestives supérieures chez les
sujets inhalant la fumée.
Le tabac exerce son action par le biais des substances
cancérigènes et en particulier les hydrocarbures polycycliques :
- l'action des hydrocarbures et notamment du benzopyrène.
- les nitrosamines semblent exercer une puissante action
synergique dans la carcinogenèse de la muqueuse.
Rôle de l'alcool :
* L'activité cancérigène directe de l'alcool dans l'apparition
du cancer du larynx reste plus floue, son mode d'action n'est
réduit qu'à de simples hypothèses :
- irritation chronique de la muqueuse, en particulier pour les
alcools forts.
- troubles nutritionnels fréquemment associés à l'imprégnation
éthylique, l'alcool agirait en effet par le biais d'un déficit
en vitamine A et en zinc.
- enfin, l'alcool servirait de solvant aux substances
cancérigènes.
* L'existence d'un éventuel effet synergique entre tabac et
alcool reste controversée dans l'apparition des cancers
glotto-sous-glottiques alors que cet effet est réel pour les
cancers sus-glottiques. En fait, ces deux facteurs sont
fréquemment associés et il est bien difficile d'évaluer
séparément l'influence d'un seul d'entre eux dans la genèse des
lésions épithéliales.
Autres facteurs mis en cause :
* L'environnement joue un role car l'exposition prolongée à des
éléments toxiques tels que le nickel, le chrome, l'arsenic ou
les poussières de bois peut induire un état inflammatoire
chronique de la muqueuse laryngée.
* De nombreuses études ont prouvé que le reflux
gastro-esophagien ne devait pas être négligé dans l'apparition
des cancers laryngés, les sécrétions acides permanentes se
comportent comme des agents irritants de la muqueuse laryngée
pouvant être à l'origine de néoplasie, en l'absence de facteurs
d'irritation habituellement reconnus. Cependant, l'association
d'un reflux et d'une intoxication éthylo-tabagique majore les
risques.
* Une exposition professionnelle à l'amiante ou à l'acide
sulfurique pourrait être responsable de l'apparition de cancer
du larynx.
* Une radiothérapie antérieure (10 ans de latence en théorie)
peut induire l'apparition d'un cancer du larynx, principalement
de type carcinome épidermoide indifférencié il s'agit d'un
cancer radio-induit.
RAPPEL ANATOMIQUE :
Données générales :
Situé au carrefour des voies aéro-digestives, le larynx assure
la triple fonction de phonation, respiration et protection des
voies aériennes inférieures.
* Il est ainsi suspendu à sa partie supérieure par
l'intermédiaire de l'os hyoïde à la base de langue, il se
continue vers le bas par la trachée.
* Son squelette est essentiellement cartilagineux, l'ensemble
musculo-cartilagineux est recouvert d'une muqueuse de type
malpighienne.
* Le larynx est divisé intérieurement en trois étages, l'étage
glottique étant encadré par les étages sus-glottiques et
sous-glottiques.
Drainage lymphatique et conséquences thérapeutiques :
Les cancers de l'étage sus-glottique se drainent vers les
ganglions jugulo-carotidiens, en particulier sous-digastriques
et sus-omo-hyoidiens :
- il n'existe pas d'autonomie entre chaque hémilarynx et tout
cancer du vestibule peut provoquer des métastases des deux
cotés.
- il importe donc de souligner la nécessité d'un traitement
bilatéral des aires ganglionnaires pour tout cancer
sus-glottique.
* Le pourcentage d'envahissement ganglionnaire est extrêmement
faible pour les cancers strictement localisés à l'étage
glottique, en raison de l'absence de collecteurs lymphatiques ˆ
ce niveau. Les cancers strictement localisés à l'étage glottique
ne nécessitent pas de traitement des aires ganglionnaires.
* Le drainage lymphatique des lésions sous-glottiques s'effectue
par deux réseaux :
- vers les chaînes jugulaires par l'intermédiaire du ganglion
prélaryngé, également appelé ganglion delphien.
- mais surtout vers les chaînes récurrentielles et médiastinales
supérieures.
- le traitement des cancers sous-glottiques doit comprendre le
traitement des aires ganglionnaires jugulo-carotidiennes,
récurrentielles et médiastinales supérieures. Ces deux dernières
constituent une limite à la chirurgie et imposent une
irradiation complémentaire sur le médiastin supérieur dans cette
localisation.
* Par ailleurs, les cancers du larynx donnent peu de métastases
à distance, les localisations les plus fréquentes sont le
poumon, le foie et les os.
HISTOLOGIE :
Carcinomes :
Les cancers du larynx chez l'adulte sont dans 95% des cas des
carcinomes épidermoides plus ou moins différenciés et plus ou
moins matures. Ces carcinomes peuvent se présenter sous
différentes formes :
- bourgeonnantes.
- infiltrantes.
- ulcérées.
* Le carcinome in situ est un carcinome épidermoide authentique,
le diagnostic ne peut être porté que si la membrane basale est
intacte.
* Les autres tumeurs malignes sont plus rares, citons :
- les carcinomes indifférenciés.
- les cylindromes.
- les adénocarcinomes.
- les tumeurs muco-épidermoides.
Etats précancéreux :
Toute irritation muqueuse récidivante ou durable peut être
génératrice de lésions précancéreuses. Elles intéressent
essentiellement les cordes vocales, il s'agit des
d'érythroplastes ou de leucoplasies plus ou moins dysplasiques..
Examen clinique :
SIGNES CLINIQUES EVOCATEURS :
* La dysphonie est le signe majeur des cancers du larynx,
variable selon la localisation, présent dans 95% des cas. C'est
un signe d'alerte et toute dysphonie persistant plus de 21
jours, de surcroît chez un sujet tabagique, impose un examen ORL
spécialisé.
* La dyspnée traduit un cancer sous-glottique ou une lésion de
deux ou trois étages laryngés évolués.
* La gaine pharyngée :
- éventuellement associée à une dysphagie, peut être révélatrice
d'une cancer de la margelle laryngée.
- une toux d'irritation est rarement isolée et souvent associée
à une dysphonie.
* L'otalgie réflexe est un signe révélateur rare dans le cancer
du larynx.
* L'adénopathie cervicale métastatique sont plus rares, et plus
tardives. Elles signent un cancer sus-glottique, en particulier
de la margelle laryngée ou un cancer évolué ayant dépassé les
limites anatomiques du larynx.
EXAMEN DU LARYNX :
Laryngoscopie indirecte au miroir :
La laryngoscopie indirecte au miroir demeure ˆ la base de tout
examen :
- elle donne une première indication sur la tumeur et son
extension. C'est en laryngoscopie indirecte que s'étudie la
mobilité laryngée.
- la laryngoscopie indirecte est cependant nettement
insuffisante pour évaluer l'atteinte de certaines structures.
Optique rigide à 90¡ :
L'optique rigide à 90¡ ou épipharyngoscopie représente un examen
indirect de qualité du larynx.
Nasofibroscopie laryngée :
La nasofibroscopie laryngée est un bon examen en complément de
la laryngoscopie indirecte. Elle est appréciée pour l'étude de
la mobilité laryngée, mais elle se révèle insuffisante dans
l'extension précise des tumeurs et en aucun cas elle ne suffit à
poser une indication opératoire.
Laryngoscopie directe au tube rigide :
La laryngoscopie directe au tube rigide est le seul examen qui
permette le bilan d'extension locale précis de la tumeur :
- il recherche d'autre part une seconde localisation
infraclinique des voies aéro-digestives supérieures, associée
chez 15% des patients porteurs d'une néoplasie ORL.
- cette laryngoscopie directe s'intègre le plus souvent dans le
cadre d'une panendoscopie comprenant également une
oesophagoscopie au tube rigide et une bronchoscopie des premiers
segments bronchiques.
* L'endoscopie au tube rigide comprend une étude macroscopique
de la muqueuse oropharyngée, hypopharyngée, laryngée et
oesophagienne.
* C'est un examen indispensable, permettant en grande partie de
poser l'indication opératoire par :
- un diagnostic macroscopique (appréciation de l'extension
locale).
- un diagnostic microscopique (étude anatomopathologique des
biopsies).
Elle est réalisée avec des spatules laryngoscopiques
différentes, l'utilisation d'optiques permet également un examen
trs
fin de la muqueuse guidant au mieux les prises biopsiques :
EXAMEN CLINIQUE ORL :
L'examen clinique recherche d'autres localisations néoplasiques
endocavitaires ou des signes de dysplasie de la sphère ORL
(cavité buccale, oropharynx).
On note fréquemment une altération de l'état dentaire qui
imposera des avulsions multiples en vue d'une irradiation
éventuelle.
La palpation cervicale s'avère indispensable ˆ la recherche
d'adénopathies témoignant de l'envahissement locorégional :
- les aires ganglionnaires étudiées sont les territoires
jugulo-carotidiens, spinaux et sus-claviculaires.
- on apprécie le coté, le nombre, la dimension et le degré de
fixité des adénopathies éventuelles.
L'ensemble de ces éléments sont consignés sur un schéma daté
indiquant :
- la localisation tumorale.
- l'extension tumorale.
- la mobilité de chaque corde vocale.
- la présence d'adénopathies et leur coté.
Examens complémentaires :
IMAGERIE DU LARYNX :
Radiologie conventionnelle :
Les radiographies du cou de profil et les tomographies sont
désormais abandonnées.
Imagerie moderne : TDM et IRM :
* La TDM avec des coupes allant de la base du crâne à la base du
cou, avec injection de produit de contraste, permet d'apprécier
l'extension tumorale et la présence d'adénopathies
infracliniques.
* L'IRM ne présente que peu d'avantages par rapport au scanner,
qui reste l'examen de référence dans les tumeurs du larynx.
* Ces examens sont ˆ effectuer si possible avant l'endoscopie
directe et les biopsies. Dans le cas contraire, l'interprétation
se révélant alors, plus délicate.
* L'intérêt de la TDM et de l'IRM est devenu incontestable dans
les indications de chirurgie partielle du larynx :
- il n'en demeure pas moins que ces techniques ne permettent pas
d'apprécier les tumeurs superficielles, souvent mme
de les discerner, l'endoscopie restant alors l'examen de base.
- l'intérêt de ces examens est de pouvoir mettre en évidence un
envahissement de certaines structures comme la loge
pré-épiglottique, l'espace paraglottique contre-indiquant
certaines laryngectomies partielles.
* Associée aux nouvelles techniques d'imagerie, la réalisation
systématique d'une laryngoscopie et d'une imagerie combinée
permettra une approche plus précise dans la classification TNM
et les indications chirurgicales qu'elle implique.
EXTENSION A DISTANCE :
Radiographie pulmonaire :
La radiographie pulmonaire est systématique, éventuellement
complétée par un scanner thoracique en cas de doute.
Fibroscopie bronchique :
La préoccupation lors de cet examen est également, sur ce
terrain d'intoxication mixte, la mise en évidence d'un cancer
associé.
Echographie :
L'échographie hépatique est utile dans le bilan d'extension
tumorale. Elle devrait ètre systématique pour de grosses lésions
et/ou de volumineuses adénopathies.
Fibroscopie digestive :
Si une oesophagoscopie au tube rigide n'a pas été possible, il
faut effectuer une fibroscopie digestive souple de manière
systématique.
APPRÉCIATION DE L'ÉTAT GENERAL :
L'état général est apprécié afin de noter toute altération :
- soit par une dénutrition secondaire à la néoplasie.
- soit liée à l'intoxication alcoolo-tabagique.
Le bilan préthérapeutique est systématiquement réalisé, il
comprend un examen général complet (cardio-vasculaire,
pulmonaire, hépatique et endocrinien), les antécédents seront
soigneusement notés, car susceptibles de contre-indiquer le
geste chirurgical.
Des épreuves fonctionnelles respiratoires préopératoires sont
fréquemment réalisées, surtout quand une chirurgie partielle est
envisagée.
Formes topographiques :
CANCERS DE L'ÉTAGE SUS-GLOTTIQUE :
Les symptômes sont souvent d'expression tardive, représentés par
une dysphonie modérée, d'une gène à la déglutition,
éventuellement d'une otalgie réflexe :
- la dysphagie est rare. Elle signe l'infiltration du mur
pharyngo-laryngé avec éventuelle extension vers les sinus
piriformes.
- l'adénopathie peut également être un mode de découverte de ces
tumeurs de l'étage sus-glottique dans environ 30% des cas.
En l'absence de traitement, l'évolution se fait vers une
extension tumorale et la dyspnée apparaîté.
CANCERS DE L'ÉTAGE GLOTTIQUE :
Les cancers de l'étage glottique sont essentiellement ceux de la
corde vocale et de la commissure antérieure. Le cancer de la
corde vocale est le plus fréquent. Son point de départ se situe
en général au niveau du bord libre.
La dysphonie est un signe précoce. Elle permet un diagnostic
plus rapide que les autres localisations.
CANCERS DE L'ETAGE SOUS-GLOTTIQUE :
Les cancers de l'étage sous-glottique sont ceux de la face
inférieure des cordes vocales et de la face interne du cartilage
cricoïde. La gravité de cette localisation est due au drainage
lymphatique, qui se fait vers les chaînes récurrentielles et
médiastinales supérieures.
Leur symptomatologie est tardive, se manifestant par une dyspnée
progressive avec une toux.
Cette localisation impose une laryngectomie totale.
Cancers étendus à deux ou trois étages laryngés :
Les cancers étendus à deux ou trois étages laryngés ont un point
de départ impossible à préciser. Etant donné leurs caractères
étendus, la symptomatologie est souvent ancienne et polymorphe.
Les adénopathies cervicales sont présentes dans plus de 30% des
cas au premier examen clinique.
Diagnostic différentiel :
* La tuberculose peut, dans sa forme laryngée, présenter
un aspect voisin d'un cancer du larynx. La tuberculose laryngée
est toujours associée à une tuberculose pulmonaire. Le
traitement est médical.
* Les laryngocèles sont des petites expansions développées à
partir des ventricules laryngés, remplies d'air ou de liquide.
L'association laryngocèle-cancer laryngé est possible.
* Toute paralysie laryngée pose le problème de son étiologie et
l'infiltration de l'articulation crico-aryténoidienne par un
processus néoplasique limité donne un aspect proche d'une
paralysie laryngée.
Traitement :
L'arrêt de toute intoxication alcoolo-tabagique est bien
évidemment souhaitable.
TECHNIQUES CHIRURGICALES DE LARYNGECTOMIE :
Laryngectomie totale :
La laryngectomie totale :
- comprend l'exérèse de tout le larynx, du cricoïde à l'os
hyoïde.
- s'accompagne le plus souvent d'un curage ganglionnaire
cervical, unilatéral ou bilatéral selon la localisation.
* Après exérèse du boîtier laryngé, le pharynx est refermé sur
lui-mme,
l'axe digestif devient totalement indépendant de l'axe aérien
puisque la trachée est suturée à la peau (trachéostomie). La
réalimentation se fait habituellement entre le dixième et le
quinzième jour postopératoire. Une rééducation vocale est
nécessaire dans les suites de cette intervention.
* La complication la plus fréquente de la laryngectomie totale
est dominée par le pharyngostome, qui correspond à une désunion
de la muqueuse pharyngée avec fistule salivaire mettant en
communication le pharynx avec la trachée ou la peau.
Laryngectomies partielles conservatrices de la voix :
Les laryngectomies partielles conservatrices de la voix
nécessitent une trachéotomie temporaire, rarement définitive.
Les techniques sont variables. Schématiquement, on distingue :
* les laryngectomies partielle verticales :
- la cordectomie emporte une corde vocale.
- la laryngectomie frontolatérale enlève une corde vocale et une
partie de la corde opposée avec une baguette de cartilage
thyroïde faisant corps avec la commissure antérieure.
- la laryngectomie frontale antérieure reconstructive emporte
une corde vocale et pratiquement la totalité de l'autre,
associée à l'exérèse d'une large baguette de cartilage thyroïde
reconstruite par un glissement de l'épiglotte.
* les laryngectomies horizontales sus-glottiques :
- la laryngectomie horizontale sus-glottique passe au-dessus des
cordes vocales, emporte le vestibule laryngé avec le cartilage
thyroïde en regard, au ras des aryténoïdes.
* les laryngectomies subtotales reconstructives :
- la crico-hyoïdo-épiglottopexie emporte la totalité du
cartilage thyroïde, le vestibule laryngé et l'épiglotte
sous-hyoïdienne, ainsi qu'un aryténoïde si cela est nécessaire.
La reconstruction est assurée par un rapprochement entre le
cricoïde et l'os hyoïde restants.
- la crico-hyoïdopexie est superposable à l'intervention
précédente, mais l'épiglotte est retirée en totalité.
L'intérêt de ces techniques de laryngectomie partielle est de
pouvoir conserver une voix de qualité satisfaisante, les
inconvénients sont marqués par des suites fonctionnelles
(respiration) souvent longues.
On note la fréquence des troubles de déglutition, pouvant aller
jusqu'à la pose d'une gastrostomie.
Excepté les laryngectomies partielles verticales, les autres
types d'interventions sur le larynx s'accompagnent d'un geste
sur les aires ganglionnaires.
LES DIFFERENTS TYPES D'EVIDEMENTS GANGLIONNAIRES CERVICAUX :
* L'évidement ganglionnaire cervical radical (non conservateur)
comprend l'exérèse de la totalité des chaînes ganglionnaires
cervicales. Il emporte le muscle sterno-cléido-mastoïdien, la
veine jugulaire interne, le contenu de la loge sous-maxillaire
et le nerf spinal.
* L'évidement fonctionnel conservateur comprend l'exérèse des
chaînes cellulo-ganglionnaires avec conservation des différents
éléments fonctionnels : muscle sterno-cléido-mastoïdien, veine
jugulaire interne et nerf spinal. En cas d'évidement bilatéral,
il est impératif de ne jamais sacrifier dans le mme
temps les deux veines jugulaires internes, pouvant conduire à
des céphalées rebelles, voire une hypertension intracranienne.
* Toute adénopathie supérieure à 3cm perceptible à la palpation
nécessite un geste large de type évidement radical.
Dans les autres cas, on réalise un évidement fonctionnel.
RADIOTHÉRAPIE :
Qu'elle soit exclusive ou complémentaire de la chirurgie, la
radiothérapie occupe une place importante dans le traitement des
cancers du larynx.
* Les techniques de radiothérapie sont actuellement bien
codifiées, différentes selon la localisation, et suivant qu'il
s'agit d'une irradiation à visée curatrice ou complémentaire
après traitement chirurgical.
- L'irradiation exclusive se fait à des doses de l'ordre de 65 à
75Gy. La radiothérapie complémentaire se fait à des doses allant
de 50 à 65Gy.
- La curiethérapie peut être utilisée en complément de la
chirurgie ou de la radiothérapie sur les tumeurs étendues à la
base de langue.
* L'importance et le délai d'apparition des effets secondaires
et des complications dépendent de la dose délivrée, de
l'importance du volume, de l'étalement et du fractionnement du
tissu irradié ainsi que de la susceptibilité individuelle de
chaque patient.
Effets secondaires :
* Au niveau cutané, l'effet précoce est essentiellement la
radiodermite. Elle apparaît à la fin de la seconde semaine ou un
érythème est fréquent à partir de 20Gy.
* Au niveau muqueux, les effets secondaires se traduisent par
des réactions muqueuses parallèles aux réactions cutanées, mais
plus fugaces et souvent plus marquées, représentées par un
érythème muqueux voire une ulcération muqueuse.
Complications :
* Au-delà des effets secondaires précédemment évoqués et tout à
fait classiques sur la peau, apparaît alors une véritable
épidermite exsudative.
* De même, sur les muqueuses on note alors une radiomucite avec
fausses membranes.
* Le risque d'oedème laryngé après radiothérapie peut imposer
une trachéotomie d'urgence.
* Douleurs séquellaires.
CHIMIOTHÉRAPIE :
La chimiothérapie, après avoir suscité de grands espoirs,
appelle maintenant certaines interrogations.
* L'association cisplatine et 5 FU qui demeure désormais le
protocole de référence, les schémas d'utilisation sont variables
selon les écoles.
* La chimiothérapie présente un intérêt certain dans les tumeurs
devant bénéficier d'une laryngectomie totale, car elle permet,
associée à une radiothérapie postchimiothérapique) de préserver
le larynx dans 25 à 60% des cas, avec un taux de survie
identique à l'association chirurgie et radiothérapie.
- Habituellement, une réévaluation endoscopique et
scanographique est effectuée après la deuxième cure et, si la
réponse est supérieure à 50%, le traitement est poursuivi.
- Toutefois, cette méthode est encore au stade de la validation
et nécessite de plus amples séries.
LASER :
* L'utilisation du laser doit rester limitée à des lésions
précancéreuses ou les petits cancers très limités de corde
vocale ; les résultats ne sont alors pas différents des
résultats obtenus par les méthodes classiques, radiothérapie et
chirurgie.
* La surveillance après un traitement par laser, doit être
encore plus étroite que lors des traitements par des méthodes
traditionnelles.
* Dès que les cancers sont plus étendus, les taux de contrôle
obtenus par cette technique deviennent médiocres.
INDICATIONS :
Les cancers extensifs (T3-T4) intéressant plusieurs étages
glottiques avec hémilarynx fixé imposent soit une laryngectomie
totale, éventuellement suivie d'une radiothérapie, soit une
association chimiothérapie-radiothérapie dans le cadre de
protocoles de conservation d'organes.
* Cancers de l'étage glottique.
- le cancer limité à une corde vocale est le plus souvent traité
par une chirurgie partielle verticale ou une radiothérapie
exclusive. Le laser peut être proposé dans les formes très peu
étendues.
- le cancer plus étendu avec larynx mobile (T2) pourra être
traité par une laryngectomie partielle ou une radiothérapie
exclusive.
* Les cancers de l'étage sous-glottique nécessitent une
laryngectomie totale avec résection trachéale basse, suivie
d'une radiothérapie complémentaire sur le médiastin supérieur.
* Cancers de l'étage sus-glottique :
- le cancer limité de l'épiglotte peut bénéficier d'une
laryngectomie horizontale sus-glottique ou d'une radiothérapie
exclusive.
- le cancer du ventricule laryngé, de la bande ventriculaire
avec larynx mobile peut être traité par une laryngectomie
reconstructive type crico-hyoïdopexie ou une radiothérapie
exclusive.
* Pour les cancers évolués, au-delà de toute ressource
thérapeutique à visée curative, il sera alors discuté une
chimiothérapie palliative si le patient présente des signes
fonctionnels, un traitement de confort (trachéotomie,
gastrostomie d'alimentation, antalgiques) ou une abstention
thérapeutique.
RÉHABILITATION DES PATIENTS AYANT SUBIT UNE LARYNGECTOMIE :
L'apprentissage de la voix oesophagienne est la technique la
plus ancienne.
A coté de celle-ci, d'autres techniques ont été décrites afin de
bénéficier d'une amélioration plus rapidement. Il s'agit
d'interventions chirurgicales dont le but est de créer un
"shunt" trachéo-oesophagien. Soit il est créé une fistule entre
trachée et oesophage, soit une prothèse phonatoire est mise en
place. Cela peut se faire pendant l'intervention ou ˆ distance,
après échec de la technique de la voix oesophagienne.
Pronostic et surveillance à long terme :
* Le pronostic dépend essentiellement du siège de la tumeur :
- les cancers de corde vocale ont le meilleur pronostic avec un
taux de survie à 5 ans de l'ordre de 70%, supérieur à 90% pour
les cancers très limités de la corde.
- les cancers sus-glottiques sont plus graves et le pourcentage
de survie est voisin de 50 à 60% à 5 ans.
- les cancers sous-glottiques, beaucoup plus rares, ont un
pronostic plus sombre, ne dépassant pas 40% à 5 ans.
- mais, la présence de ganglions métastatiques cervicaux réduit
notablement les taux ci-dessus.
* Pour la surveillance à long terme, les patients seront
régulièrement surveillés tous les 3 mois pendant 2 ans, puis
tous les 6 mois jusqu'à la cinquième année, annuellement
ensuite. Une radiographie pulmonaire tous les 6 mois durant les
2 ou 3 premières années est souhaitable.