Cancer de l'hypopharynx
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
L'hypopharynx est la portion
tout à fait inférieure de la voie digestive cervico-faciale
(cavité buccale, oropharynx, hypopharynx, œsophage). Il est
situé en arrière et de part et d'autre du larynx, auquel il est
intimement associé.
RAPPEL ANATOMIQUE :
Les limites de l'hypopharynx sont :
- en haut, une horizontale passant par le fond des vallécules ou
le corps de l'os hyoïde.
- en bas, la jonction pharyngo-œsophagienne ou bouche de
l'œsophage (bouche de Killian), c'est-à-dire du bord inférieur
de C3 au bord inférieur de C6.
C'est un conduit musculo-aponévrotique en forme d'entonnoir
déformé antérieurement par l'encastrement du fût laryngé. Il est
constitué de deux "toboggans" muqueux latéraux (les sinus
piriformes), d'une paroi postérieure et d'une terminaison
conique (la région rétrocrico-aryténoïdienne).
* Les sinus piriformes (ou gouttières pharyngo-laryngées), en
forme d'angles dièdres ouverts vers l'arrière, présentent :
- une face externe reposant en haut contre la membrane
thyro-hyoïdienne (sinus membraneux) et, en bas, contre l'aile
thyroïdienne (sinus cartilagineux).
- une face interne correspondant au mur pharyngo-laryngé et
limitée en haut par le repli aryépiglottique (à cheval sur le
larynx, à l'intérieur et, sur l'hypopharynx, à l'extérieur).
- un angle antérieur réunissant ces deux faces et se terminant,
en bas, par le fond du sinus piriforme.
* La paroi postérieure est le segment inférieur de l'ensemble de
la paroi pharyngée postérieure, reposant sur le rachis cervical
par l'intermédiaire de l'espace rétropharyngé contenant
essentiellement les ganglions du même nom.
* La région rétrocrico-aryténoïdienne répond à la face
postérieure du cricoïde et au rétrécissement muqueux cravaté par
le muscle crico-pharyngien.
* Drainage lymphatique : le réseau lymphatique, riche, se draine
dans les chaînes jugulo-carotidiennes pour le sinus piriforme,
les chaînes récurrentielles et médiastinales pour le fond du
sinus et la région rétrocrico-aryténoïdienne, et les chaînes
rétropharyngées pour la paroi postérieure.
RAPPEL ANATOMOPATHOLOGIQUE :
Les cancers hypopharyngés sont des carcinomes épidermoïdes, le
plus souvent bien ou moyennement différenciés.
Ces carcinomes épidermoïdes ont une agressivité locale, une
lymphophilie et un pouvoir métastatique marqués.
Les localisations néoplasiques multiples, simultanées ou
successives, sont fréquentes (20% des cas).
Épidémiologie :
ÉPIDÉMIOLOGIE DESCRIPTIVE :
Les cancers des voies aéro-digestives supérieures sont fréquents
dans les pays industrialisés.
L'Europe est globalement le continent le plus touché, et la
France arrive largement en tête des pays européens en matière de
cancers pharyngés.
* La place exacte des localisations hypopharyngées est difficile
à préciser (le pharynx est souvent évalué globalement).
- Il semble bien que la proportion de cancers hypopharyngés
parmi les cancers des voies aéro-digestives supérieures soit la
plus élevée en France : près de 15% de l'ensemble des cancers
des voies aéro-digestives supérieures, si on exclut les cancers
rétrocricoïdiens qui sont fréquents dans les pays anglo-saxons.
- En France, les taux les plus élevés se trouvent en Normandie,
dans la région Nord-Pas-de-Calais et surtout dans le Bas-Rhin
(15 pour 100000 habitants).
- La proportion de cancers du sinus piriforme est de 85 à 90%,
celle de la paroi postérieure, de 5 à 10% et pour la région
rétrocricoïdienne, de 5% (alors qu'au Royaume-Uni, elle s'élève
à 40%).
* La proportion d'hommes est écrasante : plus de 90% des cas.
L'âge moyen de survenue est de 55 ans chez l'homme, un peu plus
tard chez la femme (aux environs de 60 ans).
* En revanche, les cancers rétrocrico-aryténoïdiens surviennent
surtout chez la femme (75%) et à un âge plus jeune dans les pays
anglo-saxons.
ÉPIDÉMIOLOGIE ANALYTIQUE :
Le tabac et l'alcool sont indiscutablement liés à la genèse de
ces cancers. D'autres facteurs de risque sont possibles mais non
formellement prouvés.
* Le tabac : dans la plupart des études conduites en France, il
apparaît que moins de 2% des patients disent n'avoir jamais
fumé. En revanche, pour les autres patients, l'importance de
cette intoxication apparaît majeure avec une quantité de tabac
fumé par jour de 25g et un total fumé avant diagnostic de 317kg
ou 45 paquets-année en moyenne dans l'expérience du Centre
Oscar-Lambret. Le type de tabac pourrait intervenir, le tabac
brun semblant plus nocif.
* L'alcool : plus de 95% des patients avouent abuser des
boissons alcoolisées (plus de 40g d'alcool pur par jour).
Toujours dans l'expérience du Centre Oscar-Lambret, la
consommation d'alcool pur avouée est de 150g/j et 1800kg avant
diagnostic. Le type d'alcool (vin, bière ou apéritifs) ne semble
intervenir que pour les cancers rétrocricoïdiens (mélange
d'alcool fort et de café chaud retrouvé assez souvent).
* L'association des deux : le risque encouru est fortement
potentialisé par l'action synergique du tabac et de l'alcool. Si
le risque est de un en l'absence de consommation de tabac et
d'alcool, il est trois à cinq fois plus élevé chez les "gros
fumeurs" (plus de 40g/j) ou chez les "grands buveurs" (plus de
120g/j) et devient quinze à vingt fois plus élevé, selon les
études, chez les "gros fumeurs-grands buveurs".
* Autres facteurs : les cancers rétrocricoïdiens surviennent
fréquemment au Royaume-Uni, principalement chez la femme, et
sont souvent associés à une anémie ferriprive (syndrome de
Kelly-Paterson ou de Plummer-Vinson). En ce qui concerne les
autres localisations, certaines expositions professionnelles ont
été évoquées (métallurgie, nickel, par exemple) mais cela n'est
pas formellement prouvé.
Diagnostic positif :
EXAMEN CLINIQUE
Signes d'appel :
* Les signes d'appel peuvent être liés à la tumeur elle-même :
- gêne pharyngée à la déglutition, sensation de corps étranger.
- dysphagie mécanique et douloureuse.
- odynophagie (douleur irradiant à l'oreille lors de la
déglutition).
- crachats sanglants.
- les signes tardifs sont la dysphonie et la dyspnée.
* Ils peuvent être liés au ganglion : adénopathie révélatrice,
parfois d'installation rapide.
Examen clinique en consultation :
L'examen clinique comporte :
- inspection de la cavité buccale, du pharynx, à l'aide de deux
abaisse-langue : recherche d'autres localisations et état
dentaire.
- inspection du larynx et de l'hypopharynx au miroir de Clar ou
au nasofibroscope : visualisation de la lésion ou d'une simple
stase salivaire.
- palpation du fût laryngé (possible déformation par refoulement
de l'aile thyroïdienne) et des aires ganglionnaires cervicales
droites et gauches.
- réalisation d'un schéma détaillé et daté.
EXAMENS COMPLEMENTAIRES :
Examen endoscopique sous anesthésie générale :
L'examen endoscopique sous anesthésie générale comporte les
phases suivantes :
- examen du pharynx, puis du larynx et de l'œsophage.
- réalisation de biopsies.
- éventuellement, tatouage des limites tumorales.
Les examens clinique et endoscopique évaluent l'extension
tumorale et recherchent une ou des tumeurs associées, retrouvées
dans 10 à 15% des cas.
Imagerie :
L'imagerie offre les possibilités suivantes :
- l'examen tomodensitométrique permet d'évaluer l'extension
tumorale, l'infiltration du mur pharyngo-laryngé ou de l'aile
thyroïdienne, la présence d'adénopathies cervicales ou
rétropharyngées.
- la radiographie pulmonaire élimine une diffusion métastatique
ou peut faire suspecter un cancer pulmonaire (qui sera confirmé
par un scanner thoracique).
- en l'absence de signe d'appel, on ne recherche pas d'autres
localisations métastatiques (échographie hépatique,
scintigraphie osseuse).
- panoramique dentaire en prévision de la mise en état avant
irradiation.
Examens biologiques :
Le bilan biologique comporte :
- l'évaluation de la fonction hépatique et des facteurs de
coagulation.
- l'évaluation de la fonction rénale.
- éventuellement, un bilan nutritionnel.
Autres examens :
Examens à réaliser en fonction des besoins :
- ECG.
- épreuves fonctionnelles respiratoires, en cas d'insuffisance
respiratoire.
* L'examen anatomopathologique est indispensable avant mise en
route de tout traitement.
* Le bilan étant réalisé, la décision thérapeutique est prise de
façon pluridisciplinaire pour adapter au mieux la stratégie
(chirurgie-radiothérapie-chimiothérapie).
CLASSIFICATION ANATOMOCLINIQUE DE L'UICC 1987 :
* Tumeur :
- T1 : tumeur limitée à une sous-localisation.
- T2 : tumeur étendue à une sous-localisation ou à une région
voisine, mais sans trouble de la mobilité laryngée.
- T3 : tumeur avec trouble de la mobilité laryngée.
- T4 : tumeur étendue à l'os, la peau, aux muscles, etc.
* Ganglion(s) :
- N0 : pas de ganglion palpable.
- N1 : ganglion unique de dimensions inférieures ou égales à
3cm.
- N2a : ganglion unique homolatéral de plus de 3cm et de moins
de 6cm.
- N2b : ganglions multiples homolatéraux, tous inférieurs ou
égaux à 6cm.
- N2c : ganglions bilatéraux ou controlatéraux, tous inférieurs
à 6cm.
- N3 : présence d'un ganglion de plus de 6cm.
* Métastases :
- M0 : pas de métastase décelable.
- M1 : métastase(s) évidente(s).
* Regroupement par stade :
- stade 1 : T1N0M0.
- stade 2 : T2N0M0.
- stade 3 : T1T2N1M0 ; T3N0M0.
- stade 4 : autres cas.
Formes anatomocliniques :
CANCERS DU SINUS PIRIFORME :
Diagnostic positif :
* Les cancers du sinus piriforme se présentent habituellement
comme une lésion ulcérobourgeonnante souvent surinfectée,
pouvant souffler l'aile thyroïdienne, en dehors, et/ou détruire
le mur pharyngo-laryngé, en dedans.
* Ils peuvent se présenter sous des formes trompeuses :
- lésion fissuraire, ulcéro-infiltrante, de l'angle antérieur
(asymétrie des deux sinus).
- lésion du fond du sinus (stase salivaire sans lésion visible).
Diagnostic différentiel :
Il n'y a pas, à proprement parler, de diagnostic différentiel.
Tout au plus peut-on hésiter, pour les formes étendues de la
face interne, entre une tumeur à point de départ hypopharyngé et
une tumeur à point de départ laryngé, mais cela n'a aucune
conséquence thérapeutique.
Traitement :
* La radiothérapie est un traitement fréquemment utilisé :
- c'est le traitement de choix pour les lésions limitées (T1T2),
bourgeonnantes, de la partie membraneuse du sinus.
- c'est le traitement par défaut pour les autres tumeurs quand
leur extension ou le contexte général ne permettent pas d'en
envisager l'exérèse.
- elle est réalisée après extraction des dents cariées ou
incluses dans les champs d'irradiation et la pose, lorsque le
patient possède encore des dents, de gouttières pour une
prophylaxie fluorée.
- elle distribue, en irradiation externe, une dose de 70Gy sur
la lésion primitive et les ganglions palpables et de 50Gy sur
les aires ganglionnaires libres sur le plan clinique.
* La chirurgie est indiquée soit en cas de lésion de très petite
taille, soit, le plus souvent, pour des lésions étendues :
- les tumeurs limitées de l'étage cartilagineux peuvent faire
l'objet, si elles restent à distance du fond du sinus, d'une
hypopharyngectomie partielle (face externe), ou d'une
hémilaryngo-pharyngectomie partielle (face interne).
- en cas d'atteinte du fond du sinus ou de tumeur plus
volumineuse, seule une chirurgie large (laryngectomie totale
avec hypopharyngectomie partielle, souvent appelée
pharyngo-laryngectomie totale) est nécessaire.
- le curage cervical, le plus souvent radical, est associé.
- en cas d'exérèse large, un lambeau musculo-cutané peut
reconstruire les tissus ayant fait l'objet d'une résection.
- cette chirurgie est toujours complétée d'une irradiation
postopératoire apportant une dose de 55Gy au minimum, s'élevant
à 65-70Gy en cas d'exérèse limite ou d'envahissement
ganglionnaire massif (avec rupture de la capsule ganglionnaire).
- elle peut également s'envisager sur un territoire déjà irradié
; l'usage des lambeaux est alors plus systématique.
* La chimiothérapie n'a pas fait la preuve de son efficacité en
termes d'amélioration du contrôle local ou cervical, de
prévention des métastases ou d'amélioration de la survie.
- Son utilisation est surtout envisagée dans le cadre d'essais
de préservation laryngée : chimiothérapie première, suivie, en
cas de réponse tumorale importante, d'irradiation ou, en cas de
réponse insuffisante, de chirurgie avec irradiation
postopératoire.
- elle reste un recours pour les tumeurs très évoluées ou pour
les récidives ne pouvant faire l'objet d'un traitement local
(chirurgie ou irradiation).
- l'association de sels de platine et de 5-fluoro-uracile est la
plus utilisée actuellement.
* Les associations concomitantes de chimiothérapie et de
radiothérapie semblent apporter une amélioration en termes de
contrôle et de survie, mais au prix d'une toxicité aiguë, qui en
limite les indications en pratique quotidienne.
Résultats :
La survie est globalement de 25% à 5 ans.
CANCERS DE LA RÉGION RETROCRICO-ARYTENOIDIENNE :
Diagnostic positif :
Le plus souvent, les cancers de la région
rétrocrico-aryténoïdienne se présentent sous forme d'une lésion
ulcérobourgeonnante, visible en arrière des aryténoïdes.
Parfois, l'aspect est plus trompeur : stase salivaire au-dessus
de la sténose tumorale.
Diagnostic différentiel :
Il faut penser à une possible localisation de tuberculose
laryngée, mais le contexte est souvent évocateur.
Traitement :
* La radiothérapie est le principal traitement dans le cas de
cette localisation, du fait des contre-indications fréquentes de
la chirurgie :
- elle est réalisée après extraction des dents cariées ou
incluses dans les champs d'irradiation et pose, lorsque le
patient possède encore des dents, de gouttières pour une
prophylaxie fluorée.
- elle distribue, en irradiation externe, une dose de 70Gy sur
la lésion primitive et les ganglions palpables et de 50Gy sur
les aires ganglionnaires cliniquement libres.
* La chirurgie n'a que des indications exceptionnelles du fait
de la lourdeur du geste et des nombreuses contre-indications
locales ou générales.
- il peut s'agir d'une pharyngolaryngectomie totale et
circulaire, interrompant la continuité de l'axe digestif. La
réparation se fait par interposition d'un segment de jéjunum en
greffe libre avec microanastomoses vasculaires.
- il peut s'agir d'une très large résection, associant une
pharyngolaryngectomie circulaire à une œsophagectomie totale, en
cas d'envahissement de l'œsophage supérieur ou de deuxième
localisation œsophagienne associée. La réparation se fait par
ascension dans le médiastin d'un tube gastrique.
- un curage cervical bilatéral est associé.
- cette chirurgie est toujours complétée d'une irradiation
postopératoire apportant une dose de 55Gy au minimum, s'élevant
à 65-70Gy en cas d'exérèse limite ou d'envahissement
ganglionnaire massif (avec rupture de la capsule ganglionnaire).
* La chimiothérapie est surtout utilisée en association avec la
radiothérapie pour tenter d'en améliorer l'efficacité locale, en
situation palliative.
Résultats :
La survie est mauvaise, de 10 à 15% à 5 ans.
CANCERS DE LA PAROI HYPOPHARYNGEE POSTERIEURE :
Diagnostic positif :
Les cancers de la paroi hypopharyngée postérieure se présentent
souvent sous forme d'une lésion ulcérobourgeonnante en "plat à
barbe".
On les retrouve parfois sous forme d'une lésion superficielle,
en nappe, multifocale et aux limites floues.
Diagnostic différentiel :
Il n'y a pas d'autre diagnostic pouvant être évoqué à ce niveau.
Traitement :
* La radiothérapie, associée ou non à la chimiothérapie, est
souvent le seul recours possible.
* La chirurgie est envisagée, à titre exceptionnel :
- très exceptionnellement, d'une hypopharyngectomie partielle
postérieure.
- une pharyngolaryngectomie totale et circulaire, interrompant
la continuité de l'axe digestif. La réparation se fait par
interposition d'un segment de jéjunum en greffe libre avec
microanastomoses vasculaires.
- une très large résection, associant une pharyngo-laryngectomie
circulaire à une œsophagectomie totale, en cas d'envahissement
de l'œsophage supérieur ou d'une seconde localisation
œsophagienne associée. La réparation se fait par ascension dans
le médiastin d'un tube gastrique.
- un curage cervical bilatéral est associé.
- cette chirurgie est toujours complétée d'une irradiation
postopératoire apportant une dose de 55Gy au minimum, s'élevant
à 65-70Gy en cas d'exérèse limite ou d'envahissement
ganglionnaire massif (avec rupture capsulaire).
* La chimiothérapie est surtout utilisée de manière palliative.
Résultats :
La survie est très mauvaise : 5 à 10% à 5 ans.
Surveillance après traitement :
La surveillance après traitement recherche, le plus tôt
possible, les échecs carcinologiques, dépiste les nouvelles
localisations tumorales et évalue les séquelles et complications
post-thérapeutiques.
Dans la mesure où tous ces événements peuvent entraîner la même
symptomatologie, il convient d'assurer une surveillance active
et rapprochée.
ECHECS CARCINOLOGIQUES :
* Les échecs locaux sont fréquents. Il s'agit même assez souvent
de persistances évolutives :
- les progrès de la chirurgie réparatrice (avec les lambeaux
myocutanés) ont permis d'élargir les indications de la chirurgie
de rattrapage.
- la chimiothérapie n'a qu'un effet de stabilisation inconstant
et toujours provisoire.
- les traitements symptomatiques ne doivent pas être négligés,
notamment la prise en charge antalgique et le maintien d'un
processus nutritionnel soit par sonde naso-gastrique, soit, de
préférence, par mise en place d'une sonde de gastrostomie par
voie endoscopique.
* Les échecs ganglionnaires, s'ils sont diagnostiqués
précocement, peuvent parfois faire l'objet d'une exérèse
chirurgicale ou d'une reprise d'irradiation. La chimiothérapie
est rarement efficace, même à court terme, sur ces récidives
survenant sur un terrain irradié.
* Les diffusions métastatiques pulmonaires ou hépatiques sont
fréquentes et peuvent, dans certains cas sélectionnés, être
traitées par la chirurgie ; sinon, elles sont traitées par
chimiothérapie. Les métastases osseuses sont traitées cas par
cas par irradiation.
NOUVELLES LOCALISATIONS :
De nouvelles localisations représentent une éventualité moins
fréquente pour les localisations hypopharyngées que pour les
autres localisations des voies aéro-digestives supérieures, du
fait du mauvais pronostic. Environ 15% des patients seront
atteints d'un ou de plusieurs "deuxièmes" cancers. Si ceux-ci
sont dépistés précocement (examen minutieux des voies
aéro-digestives supérieures, fibroscopie œsophagienne), ils
peuvent encore faire l'objet de traitements adaptés à visée
curative.
COMPLICATIONS DU TRAITEMENT :
* Après chirurgie large incluant une laryngectomie totale, les
principales séquelles sont l'abouchement définitif de la trachée
à la peau (trachéotomie), générateur d'hypersécrétions
trachéo-bronchiques ou de croûtes trachéales ainsi que de la
perte de l'organe vocal :
- la rééducation "vocale" peut se faire soit par l'acquisition
d'une "voix œsophagienne", soit par la mise en place, en fin
d'intervention d'une prothèse phonatoire œso-trachéale.
- la chirurgie, surtout sur un terrain irradié ou chez des
patients en mauvais état général, peut se compliquer de fistules
salivaires, nécessitant parfois une fermeture chirurgicale.
- les curages radicaux entraînent parfois des séquelles
cervico-scapulaires douloureuses.
* Après radiothérapie, les principales complications sont :
- l'asialie postradique quasi-constante (tarissements des
glandes salivaires irradiées).
- l'odontonécrose, si le traitement prophylactique par le fluor
n'est pas suivi par le patient.
- la sclérose cervicale.
Ces complications sont rares.
* Après chimiothérapie, des complications peuvent s'installer :
- auditives ou rénales (sels de platine).
- ou cardiaques (5-fluoro-uracile, pour ne citer qu'un des
médicaments les plus utilisés).
Conclusion :
Les cancers hypopharyngés sont fréquents.
Ils touchent surtout l'homme, vers 50 ans, dans un contexte
alcoolotabagique majeur.
Ils ont une agressivité locale et ganglionnaire ainsi qu'un
pouvoir métastatique marqué.
La chirurgie avec radiothérapie postopératoire est le traitement
classique.
La survie est mauvaise : 15% à 5 ans, toutes localisations
confondues.
Après traitement, les échecs locaux et/ou ganglionnaires, les
diffusions métastatiques viscérales et les affections
intercurrentes sont les événements les plus souvent rencontrés.