Introduction
:
Le nerf facial est le nerf de l’émotion et de la communication non
verbale.
Sa paralysie est source de troubles fonctionnels et
psychologiques sévères allant bien au-delà d’un simple handicap
moteur.
Ce travail n’envisage que les atteintes périphériques
affectant le motoneurone du noyau du tronc cérébral à l’effecteur
musculaire, ignorant donc les atteintes centrales cliniquement bien
identifiées.
La prise en charge des paralysies faciales passe par la
connaissance d’une anatomie complexe, faisant du nerf facial la clé
de voûte de l’otoneurochirurgie, et par celle de ses moyens
d’exploration axés sur l’électrophysiologie et l’imagerie.
Rappels anatomiques :
Le nerf facial, VIIe nerf crânien, est un nerf mixte, constitué d’une
volumineuse racine motrice qui se distribue aux muscles peauciers
de la face et du cou, et d’une racine sensitivosensorielle, plus
grêle.
A - ORIGINE RÉELLE :
Les neurofibres branchiomotrices, issues du noyau facial,
contournent celui du nerf abducens (VI), font saillie dans la fosse
rhomboïde (colliculus facial), puis traversent le pont obliquement
en avant et latéralement.
Les fibres viscéromotrices parasympathiques
sont issues du noyau lacrymo-palato-nasal et du
noyau salivaire supérieur.
Les fibres sensitives se terminent dans le
noyau du tractus solitaire, les fibres gustatives dans le noyau
gustatif.
B - ORIGINE APPARENTE :
Peu après leur sortie du tronc cérébral, les axones changent leur
enveloppe gliale pour une gaine de Schwann.
La zone de transition
est dénommée zone d’Obersteiner ou root exit zone.
À l’origine du
nerf, le contingent sensitif est séparé de la racine motrice et constitue
un nerf distinct, appelé nerf intermédiaire de Wrisberg, ou VIIbis.
Ils émergent tous deux de la fossette latérale du bulbe, portion
latérale du sillon myélencéphalopontique.
C - TRAJET :
1- Portion intracrânienne :
Le VII et le VIIbis se regroupent rapidement avec le VIII en un
pédicule acousticofacial tendu transversalement du tronc cérébral
au méat auditif interne.
Ils traversent l’angle pontocérébelleux où ils
sont en rapport étroit avec l’artère cérébelleuse antéro-inférieure qui
s’insinue entre les deux nerfs, parfois dans l’angle, parfois dans le
méat acoustique interne sous forme d’une boucle, et donne une ou plusieurs artères labyrinthiques.
L’artère cérébelleuse postéroinférieure
ou l’artère vertébrale peuvent être en rapport plus ou
moins direct avec le nerf.
2- Portion basicrânienne :
Le long trajet basicrânien intrapétreux (28-30 mm) constitue toute la
fragilité et l’originalité du nerf facial.
* Dans le méat acoustique interne
:
Les nerfs VII et VIIbis se regroupent en un seul tronc nerveux, qui
entre dans le rocher par sa face postérieure, au niveau du pore
acoustique, le long de sa berge postérieure.
Il chemine dans le méat
à la partie antérosupérieure du pédicule acousticofacial.
L’arachnoïde est intimement liée à la dure-mère, baignant les nerfs
dans le liquide cérébrospinal, en un véritable prolongement de la
citerne de l’angle pontocérébelleux.
Au fond du méat, le nerf gagne
la fossette antérieure, au-dessus de la crête transverse, en avant de
la Bill’s bar pour faire son entrée dans le canal facial par le foramen méatal.
* Dans le canal facial :
La première portion du canal facial, dite labyrinthique, est la plus
courte (3-4 mm) et la plus étroite (1,47 mm en moyenne).
Le nerf
s’insinue entre l’extrémité ampullaire du canal semi-circulaire
supérieur en arrière, et le premier tour de spire de la cochlée en
avant, et repose sur la partie antérieure du vestibule.
Il est nourri
par un réseau artériel issu presque exclusivement de l’artère
labyrinthique.
Sa disposition en multifaisceaux, sans périnèvre,
baignant dans le liquide cérébrospinal, lui autorise une petite
augmentation de volume sous l’effet de l’oedème.
Mais l’étroitesse
du canal facial, maximale au niveau du foramen méatal (1,19 mm),
limite cet effet.
À l’extrémité antérolatérale de la première
portion, le nerf fait un virage de 75-80° dans le plan horizontal, et
semble s’élargir pour constituer le ganglion géniculé posé sur le
deuxième tour de spire de la cochlée et séparé de la dure-mère
temporale par une lamelle osseuse d’épaisseur variable, parfois
inexistante.
À ce niveau, l’arachnoïde est toujours présente autour
du nerf.
Sa riche vascularisation est issue de l’artère du ganglion
géniculé, branche de l’artère méningée moyenne.
Du sommet du
ganglion part le nerf grand pétreux qui emprunte le canal de même
nom, sort du rocher par le hiatus du canal grand pétreux pour
rejoindre le foramen lacerum.
Il reçoit alors le nerf pétreux profond
provenant du nerf carotidien interne pour former le nerf du canal
ptérygoïdien (vidien) destiné au ganglion ptérygopalatin.
Il est
accompagné de l’artère du ganglion géniculé.
La deuxième portion,
ou segment tympanique, longue de 10-12 mm, fait une saillie sur la
paroi interne de la caisse du tympan, recouverte d’une coque
osseuse très fine, parfois déhiscente.
Le nerf se dirige vers l’arrière,
passe au-dessus et en dedans du processus cochléariforme, et
s’engage sous le relief du canal semi-circulaire latéral, avant
d’amorcer un changement de direction sous la forme d’une courbe
douce ouvrant un angle de 110 à 125° sous la partie médiale de
l’aditus : c’est le coude ou second genou.
La troisième portion ou
segment mastoïdien lui fait suite verticalement sur une distance de
13 mm.
Le nerf est alors situé dans le rétrotympanum, entre le
récessus facial en dehors et le sinus tympani en dedans.
Il poursuit
sa route jusqu’au foramen stylomastoïdien, en avant de l’extrémité
antérieure de l’incisure mastoïdienne.
Il est vascularisé par la
branche stylomastoïdienne de l’artère rétroauriculaire.
Le nerf a
auparavant abandonné trois collatérales :
– le nerf du muscle stapédien ;
– la corde du tympan, qui rejoint à angle aigu le nerf lingual ;
– le rameau communicant avec le plexus tympanique constitué par
le nerf tympanique et des fibres issues du plexus carotidien.
Le rameau sensitif du méat acoustique externe, innervant la zone de Ramsay-Hunt, rejoint le nerf facial au niveau du foramen
stylomastoïdien, c’est-à-dire dans la portion extracrânienne du nerf
facial.
Au niveau du foramen stylomastoïdien, le canal s’élargit et la
gaine s’épaissit.
La vascularisation y est dense. Le nerf sort du
rocher.
3- Portion extracrânienne :
Le nerf a un court trajet dans l’espace rétrostylien.
Il contourne le
versant latéral de l’apophyse styloïde, traverse le rideau stylien en
dedans du muscle digastrique, et pénètre dans la glande parotide
par sa face postérieure.
Il s’y divise en une arborescence de branches
terminales et y livre plusieurs collatérales :
– le rameau communicant avec le nerf vague ;
– le rameau communicant avec le nerf glossopharyngien ou hanse
de Haller qui rejoint le IX sous son ganglion inférieur (quand il
manque, il est remplacé par le rameau lingual) ;
– des rameaux moteurs pour les muscles stylohyoïdien, styloglosse,
palatoglosse et pour le ventre postérieur du muscle digastrique.
Le
nerf auriculaire postérieur innerve les muscles auriculaires.
D - BRANCHES TERMINALES :
On décrit habituellement :
– une branche temporofaciale, supérieure, horizontale, qui se
distribue en rameaux temporaux, zygomatiques et buccaux
supérieurs ;
– une branche cervicofaciale qui descend vers l’angle de la
mandibule et donne les rameaux buccal inférieur, marginal de la
mandibule (mentonnier) et rameau du cou.
Fonctions du nerf facial :
Le nerf facial est par dessus tout le nerf moteur des muscles
peauciers de la face et du cou, mais ses rôles connexes moteurs,
sensitifs, sensoriels et sécrétoires sont essentiels à connaître pour
appréhender sa pathologie et son exploration.
– Le nerf du muscle de l’étrier est effecteur du réflexe stapédien.
– Les fibres sécrétoires lacrymo-palato-nasales ne font que traverser le
ganglion géniculé avant d’intégrer le nerf grand pétreux, puis le nerf
du canal ptérygopalatin, pour faire étape dans le ganglion de même
nom dont émergent les fibres postganglionnaires effectrices.
Les fibres sécrétoires salivaires de la glande sous-mandibulaire et des
glandes sublinguales accompagnent plus longuement les fibres
motrices avant de rejoindre la corde du tympan puis le ganglion
sous-mandibulaire.
– Les fibres gustatives des deux tiers antérieurs de la langue
s’intègrent au nerf lingual qu’elles quittent pour emprunter la corde
du tympan.
Elles rejoignent leur corps cellulaire se situant pour
l’essentiel dans le ganglion géniculé, mais également dans la portion
labyrinthique et le long du nerf intermédiaire de Wrisberg (VIIbis).
– Les dendrites constitutifs du rameau sensitif cutané ont également
leur corps cellulaire dans le ganglion géniculé.
La dualité
histologique du ganglion géniculé et la répartition diffuse des
cellules ganglionnaires expliquent que l’atteinte inflammatoire
suscitée par le zona déborde du seul ganglion géniculé dans le méat
acoustique interne et la portion labyrinthique du nerf facial.
Exploration du nerf facial
:
Elle comporte toujours une étape d’évaluation clinique de la fonction
motrice, et un bilan topographique permettant parfois de
circonscrire un site lésionnel.
L’électrophysiologie et l’imagerie ont
une place largement dépendante des circonstances d’apparition et
de l’importance du déficit.
A - ÉVALUATION CLINIQUE DE LA MOTRICITÉ FACIALE :
Elle est examinateur-dépendante.
Des tentatives d’évaluation
objective ont bien été menées, basées sur une vidéonumérisation des
mouvements de la face, mais elles se heurtent à l’absence de
normes et de dispositifs commercialisés disponibles.
Elle se limite
donc à une évaluation analytique de la mobilité de chaque groupe
musculaire de la face. Plusieurs classifications ont été proposées.
Celle de Portmann utilise une cotation sur 20 en affectant trois points
par étapes de demi-point aux six principaux mouvements de la face
(plisser le front, fermer les yeux, plisser le nez, sourire forcé, gonfler
les joues, plisser le menton) et en ajoutant deux points pour le
tonus.
La classification de Freyss en est très proche, le score allant
de 0 à 30.
Elles contribuent à l’évaluation immédiate d’une paralysie
faciale.
L’évaluation à distance doit désormais se faire avec le grading de House et Brackmann qui valorise contractures et
syncinésies.
B - BILAN TOPOGRAPHIQUE :
Il comprend des tests de réalisation plus ou moins facile et courante.
1- Test de Shirmer (nerf grand pétreux)
:
L’atteinte de la sécrétion lacrymale est responsable d’une sensation
d’oeil sec dont il est parfois possible de retrouver trace à
l’interrogatoire.
Son évaluation par le test de Shirmer est très
sensible si elle est précoce.
Il compare l’humidification d’un papier
buvard placé dans le cul-de-sac conjonctival inférieur du côté
paralysé et du côté sain. Un déficit de plus de 30 % constaté à
plusieurs reprises positive ce test.
Toute lésion du nerf facial située
en amont ou au niveau du ganglion géniculé va logiquement
interférer sur les résultats.
2- Réflexe stapédien (nerf du muscle de l’étrier)
:
L’hyperacousie peut être retrouvée à l’interrogatoire.
Partant d’une tympanométrie normale, la recherche des réflexes stapédiens est au
mieux conduite avec une stimulation controlatérale.
En cas de
surdité controlatérale, la stimulation est ipsilatérale.
C’est un test
très sensible qui est particulièrement utile dans le suivi du patient,
car la réapparition du réflexe précède toujours la récupération
faciale.
3- Gustométrie (corde du tympan)
:
Les troubles du goût sont très précoces et précèdent parfois la
survenue de la paralysie faciale.
La gustométrie chimique utilise des solutions sapides sucrées,
amères, acides et salées, de concentrations décroissantes, appliquées
sur l’hémilangue.
La gustométrie électrique, plus sensible, étudie le seuil de sensations
gustatives provoquées par l’application sur les deux hémilangues
de courants anodiques continus.
Une différence de 30 % est
pathologique.
Un seuil supérieur à 300 µA doit faire évoquer le
diagnostic d’agueusie.
De même que pour les réflexes stapédiens, la récupération gustative
augure de la récupération motrice.
4- Sécrétion salivaire (corde du tympan)
:
Le test de Blatt est de réalisation délicate car il nécessite le
cathétérisme du canal de Wharton pour quantifier la sécrétion de la
glande sous-mandibulaire, sous l’effet de l’application d’une
solution citronnée sur la langue.
Comparatif, le test est dit positif
quand une différence de 25 % est constatée.
C - ÉTUDE ÉLECTROPHYSIOLOGIQUE :
1- Bases neuropathologiques :
Comme tout nerf, le nerf facial peut présenter plusieurs niveaux de
souffrance physiologique correspondant à des profils
électrophysiologiques variés.
– La neurapraxie est un état stuporeux du nerf facial en rapport avec
une démyélinisation sans interruption axoplasmique.
Elle se traduit
par un bloc de conduction : la vitesse de conduction en aval de la
lésion est normale ; l’influx physiologique est interrompu, mais le
nerf répond à la stimulation.
S’il ne s’aggrave pas, cet état est
réversible en 3 à 5 semaines.
– L’axonotmésis se caractérise par une interruption de la gaine de
myéline et de l’axoplasme, mais la préservation des tubules assure
la qualité de la repousse nerveuse.
La dégénérescence wallérienne
s’installe, et le bout distal du nerf devient inexcitable en 10 à
21 jours suivant l’importance de la lésion anatomique.
– Le neurotmésis se caractérise par une interruption histologique
complète du nerf, axones et tubules étant conjointement lésés.
Le
nerf est inexcitable.
La dégénérescence wallérienne se développe et
se complète plus rapidement, en 4 à 5 jours.
La repousse axonale est
plus difficile et s’accompagne de fausses routes et d’éphapses.
2- Tests électrophysiologiques :
Leur principe général est de recueillir l’activité musculaire ou
nerveuse induite par une stimulation électrique ou magnétique du
nerf facial, soit par observation clinique, soit en analysant les
potentiels électriques.
* Stimulation simple et observation clinique :
Trois tests peuvent être réalisés dans ce cadre :
– indice de dissociation de seuil (IDS).
Il compare le seuil de réponse
musculaire clinique à des stimulations galvaniques de 1 ms et de
100 ou 300 ms.
Le rapport, normalement égal à 2, augmente quand
la dénervation progresse, et diminue quand la réinnervation avance ;
– test de Hilger.
C’est un test ambulatoire de réalisation simple.
Il
utilise une stimulation préauriculaire de 0,3 ms, d’intensité
croissante. Une différence de 3,5 mA entre les deux côtés est
pathologique.
Les causes d’erreurs de ce test sont multiples car les
stimulations sont trop brèves ;
– test d’excitabilité maximale de May.
Il met en place une stimulation
maximale et une observation visuelle non quantitative de la
contraction musculaire.
* Électromyographie (EMG de détection) :
À l’aide d’une électrode implantée successivement dans les muscles
faciaux, on peut détecter au repos et aux mouvements volontaires
l’existence de potentiels lents ou polyphasiques de réinnervation ou,
a contrario, des potentiels de fibrillation témoignant de la
dénervation.
Le mouvement volontaire n’enrichit pas le tracé en cas
d’interruption du flux axonal.
L’utilisation d’électrodes de surface
rend ce test moins douloureux, mais également moins reproductible.
L’EMG globale est basée sur le même principe, mais utilise un
moyennage informatique des réponses, en comparaison avec le côté
sain.
L’inconvénient de l’EMG de détection est de ne révéler les
signes électriques de dénervation que tardivement, 2 ou 3 semaines
après la lésion nerveuse, du fait de la relative lenteur de la
dégénérescence wallérienne.
* Tests de stimulodétection
:
Leur principe général est de stimuler le nerf au foramen stylomastoïdien, et de recueillir la réponse musculaire évoquée par
EMG.
+ Électroneuronographie :
L’électroneuronographie (ENOG), ou test d’Esslen, ou EMG
évoqué, met en jeu une stimulation supramaximale du nerf à son
émergence, à l’aide d’une électrode bipolaire.
Le niveau du
stimulus est calculé en incrémentant de 10 à 20 % le seuil de
stimulation du côté sain.
Il est recommandé de répéter le test pour
faciliter la synchronisation des fibres et améliorer la reproductibilité
de l’examen.
L’amplitude du potentiel d’action composite (PAC),
recueillie par une électrode de surface bipolaire, est représentative
du pourcentage de fibres synchronisées recrutables non dénervées.
Elle est calculée pic à pic et comparée à celle recueillie du côté sain.
On construit ainsi un rapport dont la valeur permettrait d’anticiper
le pourcentage de dénervation.
Mais la notion même de
dénervation recouvre celle de neurotmésis et d’axonotmésis, deux
situations dont le pronostic est bien différent.
Isolée, l’ENOG ne peut
faire la différence entre ces deux statuts.
La valeur pronostique de cet examen est largement reconnue, l’évolution des scores d’ENOG
étant la donnée la plus importante.
Ses avantages sont donc d’être
aisément réalisable par le clinicien et d’apporter des éléments de
décision très précoces, dès le troisième jour après l’installation de la
paralysie faciale.
+ Étude du réflexe trigéminofacial (réflexe de clignement)
:
La stimulation supraorbitaire par un courant constant de 0,1 ms de
durée évoque une réponse bilatérale de clignement.
Le tracé EMG
révèle une réponse précoce R1 ipsilatérale, bi- ou triphasique,
oligosynaptique, et une réponse R2 bilatérale, polyphasique,
polysynaptique.
La réponse R1 oligosynaptique est la plus
intéressante car elle emprunte la totalité du trajet nerveux, du noyau
à l’effecteur musculaire.
Habituellement absente ou de latence
augmentée dans une paralysie faciale, sa réapparition est un élément
de bon pronostic.
+ Stimulation antidromique du nerf facial :
Cette technique enregistre l’activité du nerf facial en amont du
foramen stylomastoïdien, ce qui permet en théorie une détection
plus précoce des stigmates de dénervation.
La stimulation est
rétrograde, induite par une électrode bipolaire poussée 5 cm à
l’intérieur du canal de Sténon.
Elle utilise des stimuli appariés de
polarité inverse délivrés à la fréquence de 10 Hz avec une intensité
de 1 mA supérieure à celle nécessaire à la stimulation nerveuse.
Le
recueil de l’activité, après moyennage, se fait en amont, par une
électrode placée à l’entrée du méat acoustique externe.
La
persistance d’une réponse biphasique, proche de la réponse
triphasique normale, serait de bon pronostic.
+ Stimulation magnétique transcrânienne :
Tout l’intérêt de cette technique est de stimuler le nerf facial de façon
très proximale, dans une zone comprise entre le cortex moteur et le
foramen stylomastoïdien, ajoutant ainsi à la précocité de détection
des signes de souffrance nerveuse.
La stimulation est induite par
des impulsions brèves, répétées, issues d’un aimant appliqué sur la
région pariéto-occipitale.
Le PAC est recueilli selon un protocole
d’ENOG.
Un aimant double de plus petit diamètre permet de
stimuler le nerf facial au foramen stylomastoïdien et de générer un
deuxième PAC, de latence plus courte, équivalent à un tracé
d’ENOG classique.
Un troisième aimant, appliqué sur la région
frontale, est capable d’initier un réflexe de clignement.
Un des
inconvénients de cette technique est la méconnaissance du site exact
de stimulation, même s’il est probable que la portion labyrinthique
du nerf soit la plus excitée.
Plus limitants encore sont l’éventualité
de comitialités induites ou le risque de traumatismes sonores par
l’artefact sonore de 160 dB SPL présent entre 2 et 5 kHz.
* Exploration avant anastomose nerveuse :
Avant réalisation d’une anastomose, une EMG de détection peut être
indiquée, notamment quand un long délai s’est écoulé depuis la
section nerveuse.
L’EMG à l’aiguille recherche alors les potentiels
de fibrillation, témoins d’une activité idiomusculaire résiduelle.
* Monitorage peropératoire du nerf facial
:
Ses rôles sont avant tout d’identifier le nerf dans l’environnement
lésionnel, et de prévenir le chirurgien d’une stimulation
intempestive.
Il s’impose dans la chirurgie du méat acoustique interne et de l’angle pontocérébelleux comme outil de repérage, mais
également comme instrument d’évaluation de l’intégrité nerveuse
et du pronostic.
Les contraintes médicolégales pourraient
conduire à élargir son usage à des chirurgies plus courantes
(cholestéatomes de l’oreille moyenne, parotidectomies).
Deux types de systèmes de monitorage sont disponibles : les
appareils basés sur la détection mécanique (pneumatique ou
piézoélectriques) des mouvements de la face (Myo-alarmy,
Opalarmy) et les électromyographes qui amplifient et enregistrent
les PAC (NIM-2y, Medtronic-Xomed ; Silverstein Facial Nerve
Monitoringy).
Tous deux sont couplés à un système de stimulation.
Les systèmes mécanorécepteurs ont l’inconvénient de provoquer de
fausses alarmes lors des mouvements passifs de la face, et les
systèmes électromyographiques sont de leur côté très sensibles aux
interférences électriques (coagulateurs bipolaires, dissecteurs
ultrasoniques).
Leur usage simultané pourrait contourner ces
difficultés.
3- Explorations radiologiques :
Pour être discriminante, la tomodensitométrie nécessite une
exploration en haute résolution de la pyramide pétreuse, utilisant
des coupes de 1,2 mm tous les 0,5 mm en incidences axiales et
coronales natives.
Les scanners spiralés multibarettes autorisent
désormais des coupes inframillimétriques, affinant encore la
caractérisation et permettant, à partir d’acquisitions axiales, des
reconstructions dans tous les plans de l’espace, et en particulier dans
les plans de coupes parallèles au trajet nerveux.
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) en pondération T1 en
écho de spin multicoupes et en écho de gradient volumique
(acquisition 3D), avant et après injection de gadolinium, permet de
caractériser le nerf facial normal et pathologique.
Une prise de
contraste modérée peut être observée dans 76 % des cas au ganglion
géniculé des nerfs pétreux et au début de la portion tympanique, en
dehors de toute pathologie.
Les séquences très pondérées en T2 avec
acquisitions volumiques, telle la séquence constructive interference in
steady state (CISS), sont précieuses pour imager l’angle
pontocérébelleux, le méat auditif interne et leur contenu vasculaire
et nerveux, et détecter tumeurs et conflits vasculonerveux.
Évolution des paralysies faciales
:
Quand la neurapraxie est pure, ce qui est la règle dans les paralysies
partielles, la récupération ad integrum (grade I de House et
Brackmann) débute dès la levée du bloc de conduction, et se
complète en 3 à 5 semaines.
Dans le cas fréquent d’une combinaison
de neurapraxie et d’axonotmésis, la repousse axonale emprunte la
route tracée par les tubules conjonctifs restés viables, et une
récupération homogène se met en place d’autant plus rapidement
que la proportion de fibres en neurapraxie est grande.
Un grade I
ou II est espéré en fonction de cette proportion.
En cas de neurotmésis, la perte des tubules guides empêche une
repousse harmonieuse et induit des fausses routes axonales et des
éphapses affectant les fibres motrices, sources de syncinésies et de
contractures, et les fibres parasympathiques.
Un grade III est au
mieux obtenu.
La dégénérescence wallérienne distale s’associe à une
mort neuronale rétrograde affectant le noyau moteur, d’autant plus
importante que la lésion est proximale.
Quand il y a une section
nerveuse, la perte neuronale est d’autant moindre que la suture est
précoce.
Pour progresser, les bourgeons axonaux doivent trouver en
face d’eux une extrémité nerveuse perméabilisable.
Sinon,
apparaissent un névrome proximal et une dégénérescence distale.
La collagénisation des tubules rend en effet le bout distal étanche à
toute repousse éventuelle, dans une échéance approximative de
4 années.
Les conséquences de la dénervation sur le lit musculaire
sont également importantes et rapides : les premiers stigmates de
rupture ou de dissociation des myofilaments apparaissent dès
20 jours après la section nerveuse.
La dégénérescence fibreuse des
myofibrilles s’installe et progresse lentement au fil des mois et des
années.
Elle peut cependant rester incomplète plusieurs dizaines
d’années après la dénervation, même en l’absence d’activité EMG.
L’inversion d’un tel processus d’involution fibreuse passe par
la restauration d’au moins 30 % des unités motrices.
Tel est le but
que se fixe un geste de réanimation nerveuse.
Que la repousse axonale soit spontanée ou guidée par un geste
chirurgical, la fonction faciale apparaît in fine déficiente à bien des
points.
– Déficit moteur résiduel.
C’est le plus mal ressenti, notamment au
niveau de l’oeil et du front.
Il est autant le fruit d’un nombre
insuffisant d’unités motrices actives que d’un déséquilibre
fonctionnel entre muscles agonistes et antagonistes.
Le cas le plus
représentatif est celui du muscle frontal dont les antagonistes plus
puissants inhibent l’expression clinique agoniste, bien que la réinnervation électrophysiologique soit acquise.
– Syncinésies ou mouvements associés.
Ils apparaissent de façon
retardée quand la repousse axonale est installée et efficace.
Ils sont
autant la traduction de fausses routes que d’éphapses, véritables
courts-circuits axonaux dans lesquels l’influx se transmet d’un axone
à l’autre en dehors de toute synapse organisée.
Les mouvements
de fermeture de l’oeil associent ainsi des mouvements buccaux
parasites, plus souvent que l’inverse.
Leur aggravation peut se faire
sur plusieurs années.
Ils peuvent même apparaître de façon très
retardée, alors qu’une récupération harmonieuse semblait acquise.
– Contractures musculaires.
Elles attirent le visage du côté paralysé,
particulièrement la commissure labiale.
L’oeil paraît plus petit sous
l’effet de l’hypertonie de l’orbiculaire.
Tout mouvement volontaire
provoque une grimace et peut aboutir à une fermeture oculaire
involontaire.
Le tableau complet de spasme dit postparalytique
caractérisé est plus rare.
– Troubles de l’innervation parasympathique.
Ils sont fréquents.
Le
syndrome sec, associant déficit de salivation et de lacrymation, n’est
véritablement ressenti qu’au niveau oculaire. S’ajoutant à la
lagophtalmie, il aggrave les troubles conjonctivocornéens.
Le
syndrome des larmes de crocodile se définit comme une sécrétion
lacrymale inopinée apparaissant lors de la prise alimentaire.
Quand
il est de survenue tardive, il s’explique par une erreur de repousse
des fibres salivaires qui empruntent le nerf grand pétreux au lieu de
la corde du tympan, plus souvent que par une repousse aberrante
des fibres destinées à la glande parotide, véhiculées dans le petit
nerf pétreux superficiel et venant s’égarer dans le nerf grand
pétreux, puis dans le ganglion ptérygopalatin.
Les lésions de la
première portion ou du ganglion géniculé sous-tendent la première
théorie.
Les lésions pures des nerfs pétreux sous-tendent la
deuxième, et peuvent justifier une section du nerf de Jacobson.
Les éphapses, sources de syndromes très précoces, sont situées dans le
VIIbis ou dans la première portion du nerf facial.
Elles apparaissent
d’autant plus facilement que les fibres parasympathiques sont
fragiles et peu myélinisées (80 %).
– Retentissement psychologique.
L’expression faciale est une forme
essentielle de la communication non verbale.
Sa carence accentue
chez le malade le sentiment d’isolement, venant se surajouter à son
vécu d’apparaître grotesque dans chaque geste facial.
L’image
donnée de soi étant essentielle en société, il est aisé de concevoir la
gravité de la blessure de l’ego vécue par le patient, même si le déficit
est jugé minime par le praticien.
Paralysies faciales post-traumatiques :
A - TRAUMATISMES DU ROCHER
:
Un traumatisme crânien sur cinq est associé à une fracture du
rocher dont 7 à 50% se compliquent d’une dysfonction faciale
.
L’atteinte est rarement bilatérale (2,5 %), faisant alors suite à
un traumatisme en « étau ».
Le traumatisme est plus souvent la
conséquence d’accidents de la voie publique (75 % des cas) que d’accidents de travail, de sport, ou d’accidents domestiques.
Il s’agit
en règle de patients jeunes (moyenne d’âge de 30 ans). Le choc est
en règle suffisamment important pour provoquer une commotion
cérébrale avec perte de connaissance initiale (77 % des cas).
Cette
sévérité initiale concourt à retarder le diagnostic et le traitement de
la paralysie faciale par l’otologiste.
Leur incidence est en très nette
régression sous l’effet de l’amélioration de la sécurité passive des
véhicules (ceinture de sécurité, airbag, casque pour les
cyclomotoristes).
Dès le premier examen, et malgré le contexte, une grande
importance doit être accordée au caractère complet ou incomplet de
la paralysie, et surtout à son délai d’apparition.
Chez un patient
comateux présentant une otorragie, l’usage de la manoeuvre de
Pierre Marie et Foix se révèle d’un certain secours.
Dès que possible, une otoscopie réalisée sous microscope doit
rechercher et évaluer hémotympan, perforation tympanique et
otoliquorrhée éventuelle.
L’examen des autres nerfs crâniens doit
être conduit de façon soigneuse.
L’examen audiométrique est
précieux pour détecter un traumatisme labyrinthique associé.
Un
bilan topographique complète l’évaluation clinique.
L’évaluation
radiologique est une deuxième priorité diagnostique : elle doit être
réalisée dans les meilleures conditions possibles, pour obtenir
chaque fois qu’elle est possible une cartographie hypersélective du
rocher permettant de dérouler le trajet du nerf facial intrapétreux.
Elle permet d’individualiser :
– les fractures extralabyrinthiques, caractérisées par un trait de
fracture longitudinal épargnant le labyrinthe et atteignant le canal
facial au niveau du ganglion géniculé.
Des traits de refend
transversaux sont souvent associés ;
– les fractures labyrinthiques coupant transversalement le grand axe
du rocher, traversant en règle le labyrinthe postérieur (vestibule) et
croisant le nerf au niveau de sa portion tympanique.
Elle peut montrer d’autre lésions ayant une grande importance dans
la prise en charge du patient :
– trait irradiant vers le trou déchiré et le sphénoïde exposant à une
fistule carotidocaverneuse ;
– pneumolabyrinthe évoquant une fistule labyrinthique par fracture
labyrinthique ou lésion stapédienne ;
– trait irradiant vers le foramen jugulaire, parfois responsable d’un pneumobulbe jugulaire et d’une paralysie des nerfs mixtes ;
– brèche ostéoméningée se signalant par un décalage fracturaire du
tegmen ou de la corticale postérieure et par une pneumencéphalie ;
– trait de fracture controlatéral fréquent en l’absence de signes
cliniques évidents ;
– fracture du clivus, toujours associée à une fracture bilatérale des
rochers, et constante en cas de diplégie faciale.
L’électrophysiologie est le troisième temps essentiel du bilan.
Elle
ne s’impose que si la paralysie faciale est totale. Quand le patient
est pris en charge avant le 14e jour, l’ENOG prend toute sa valeur, à
condition d’être réalisée au plus tôt 3 jours après le traumatisme.
Dès la fin de la deuxième semaine, l’EMG de détection et de
stimulodétection est préférée, car plus fiable et reproductible.
Le bilan achevé, trois situations sont à opposer :
– la paralysie faciale est incomplète ou retardée (40 % des cas) : un
traitement médical est mis en route.
Il associe une corticothérapie
(méthylprednisolone 2 à 3 mg/kg/j) luttant contre le stress
inflammatoire, et un traitement vasodilatateur s’adressant à
l’ischémie des vasa nervorum.
Il est conforté par le mauvais
pronostic spontané des paralysies faciales partielles ou retardées.
Le patient doit être réévalué quotidiennement dans les 3 premières
semaines, compte tenu du risque d’aggravation secondaire.
Le
pronostic de ces paralysies est excellent, même si 50 % d’entre elles
sont subtotales. Plus de 95 % des patients récupèrent une fonction
faciale normale (grade I) ;
– la paralysie faciale est complète mais le délai d’installation n’est pas
connu (30 % des cas) : le choix thérapeutique est argumenté par
l’électrophysiologie et l’imagerie.
L’aggravation ou la dénervation
et l’existence d’un trait affectant le trajet du nerf facial sont des
arguments plaidant en faveur d’une exploration chirurgicale ;
– la paralysie faciale est immédiate et complète (30 % des cas) et associée
à un profil électrophysiologique de neurotmésis, données le plus souvent
corrélées : une exploration chirurgicale est proposée au patient.
En
cas de fracture labyrinthique et donc de surdité totale, l’exploration
est menée par voie translabyrinthique : une fracture transversale est
en règle découverte, associée à une très forte prévalence de section
nerveuse franche nécessitant une suture.
Si l’audition est
préservée, même partiellement, l’exploration du nerf et sa
décompression sont conduites par une voie combinée (89 %).
La
portion labyrinthique, le ganglion géniculé et le segment initial de
la portion tympanique du nerf sont abordés par une voie suspétreuse
extradurale.
Le reste du nerf facial intratemporal est exposé jusqu’au foramen stylomastoïdien par une voie transmastoïdienne.
Certains auteurs ont proposé un abord du ganglion géniculé par
une voie purement transmastoïdienne, associée à une désarticulation
ossiculaire.
Bien que séduisant, cet accès se révèle trop étroit
pour exposer le foramen méatal et traiter des pertes de substance
nerveuses importantes.
Le nerf est le plus souvent lésé au niveau du ganglion géniculé.
Les autres segments sont plus rarement touchés de façon isolée.
La
contusion par écrasement ou par étirement, associant oedème et
hématome de la gaine, est la constatation la plus fréquente.
Face à
cette situation, la décompression nerveuse est alors seulement
nécessaire, sans ouverture de l’épinèvre pour ne pas aggraver les
troubles ischémiques.
Le nerf est décomprimé jusqu’au foramen méatal, où la souffrance nerveuse est potentiellement plus sévère.
Le résultat fonctionnel obtenu est d’autant meilleur que le geste est
précoce, évitant le passage de l’axonotmésis au neurotmésis.
Mais
cette nécessaire rapidité d’action doit prendre en compte le risque
neurochirurgical propre à l’abord d’une zone contuse souvent siège
d’un hématome extradural.
Après 1 an, la récupération est
satisfaisante (grade II ou III) dans 60 à 83 % des cas suivant
l’importance des lésions initiales.
La section nerveuse est donc peu fréquente (13,5 % des cas).
Elle
nécessite un parage nerveux comportant, en cas de prise en charge
tardive, la résection du névrome apparu.
La préférence va souvent à
une greffe en « pont », suturée et/ou fibrinocollée, le greffon étant
constitué d’un fragment de nerf grand auriculaire ou d’un tronçon
de nerf sural.
En pareille situation, il est impossible d’obtenir mieux
qu’un grade III.
Une analyse de la littérature fait état de 82 % de
grades III-IV et de 18 % de grades V-VI.
Dans de rares situations,
l’impossibilité de retrouver un bout proximal fiable conduit à
réaliser une anastomose hypoglossofaciale (2 % des cas).
B - TRAUMATISMES PÉNÉTRANTS :
Les dégâts associés sont beaucoup plus sévères, comportant une très
forte proportion de sections nerveuses.
Une greffe en câble est en
règle nécessaire, conduisant à des résultats beaucoup moins
favorables que dans les traumatismes fermés.
La relative médiocrité
des résultats observés fait d’ailleurs l’unanimité, seulement 60 % des
patients obtenant un résultat satisfaisant de grade III ou IV.
Les
projectiles d’arme à feu provoquent sans doute les lésions
histologiques les plus profondes et les plus étendues, précarisant la
repousse axonale.
Y sont combinés les méfaits de l’impact direct du
projectile sur le nerf, de sa fragmentation, de la fracture du rocher
associée, de la contusion et de l’ischémie provoquées par le blast, et
enfin, de l’élévation de température.
Le site lésionnel est le plus
souvent tympanique et mastoïdien, les projectiles susceptibles de
léser le ganglion géniculé étant habituellement létaux.
C - PARALYSIES FACIALES IATROGÈNES :
L’évolution des techniques et des connaissances a considérablement
réduit la fréquence des paralysies faciales postopératoires (0,06 %
pour Hermann).
Le pronostic est très différent suivant le site
lésionnel et le caractère immédiat ou retardé du symptôme.
Dans le
cadre de la chirurgie otologique, le cholestéatome est la pathologie
source dans plus d’un cas sur deux.
La réalisation d’un
évidement pétromastoïdien peut conduire à une lésion nerveuse au
niveau de la portion tympanique, ou plus souvent au niveau de la
portion mastoïdienne lors de l’abaissement du mur du facial.
Dans
la chirurgie en technique fermée, c’est le coude du nerf ou la portion
mastoïdienne lors d’une tympanotomie qui sont le plus exposés,
notamment en cas de faible pneumatisation.
La portion tympanique,
si elle est dénudée, peut être soulevée et blessée lors de l’exérèse de
la matrice cholestéatomateuse.
La chirurgie des otites chroniques non cholestéatomateuses et des
mastoïdites n’est pas exempte de risque, l’inflammation modifiant
les repères.
La chirurgie stapédienne peut être en cause en cas de
malposition ou de simple déhiscence nerveuse.
Le traitement chirurgical des agénésies majeures de l’oreille met en
danger l’intégrité d’un nerf facial mal positionné dans 20 à 30 % des
cas, particulièrement quand l’oreille est implantée bas et l’os
temporal peu développé.
Même dans des mains entraînées, la canaloplastie peut être source, dans 1 à 10% des cas, d’atteinte plus
ou moins complète de la mobilité faciale.
Dans le cadre de la chirurgie otoneurologique, la lésion du nerf facial
est plus fréquente et sans doute plus attendue.
Le nerf est d’autant
plus exposé qu’il est dénué d’épinèvre, ce qui est le cas dans l’angle
pontocérébelleux et dans le méat auditif interne, et à un moindre
degré dans la portion labyrinthique.
Dans le rocher, la transposition
nerveuse, notamment postérieure, fragilise le nerf en ajoutant au
traumatisme nerveux le sacrifice des artères géniculées.
La
transposition antérieure, utilisée dans les voies de Fisch, peut ne pas
avoir de conséquence si la portion tympanique a pu rester en place.
L’instrument le plus agressif est sans doute la fraise dont l’effet
délétère peut aller d’une moucheture de l’épinèvre à la perte de
substance étendue par effet d’enroulement.
Les instruments de
dissection (pointes, crochets), les bistouris, les microciseaux ont un
effet moins délabrant.
Les traumatismes thermiques par coagulation
intempestive, cautérisation ou usage du laser (otospongiose) et les
lésions chimiques (cautérisation) provoquent des lésions sévères et
étendues, difficiles à évaluer.
Les traumatismes pénétrants appellent une exploration chirurgicale
d’urgence.
La règle qui s’impose à tous est que toute paralysie
faciale d’apparition immédiate dans le postopératoire doit conduire
à une exploration chirurgicale rapide.
Il convient en effet
d’apprécier, dans un contexte difficile de reprise chirurgicale
précoce, l’importance des lésions nerveuses, et leur extension en
amont et en aval du foyer lésionnel.
Dans tous les cas, le parage
nerveux doit être très soigneux, et éviter d’associer aux lésions
anatomiques des lésions ischémiques par mobilisation excessive du
nerf hors de son canal.
Les résultats dépendent de l’importance de
la lésion initiale.
En cas de lésion minime ne nécessitant qu’une
simple décompression, un grade I à III est obtenu dans les trois
quarts des cas.
En cas de greffe, un grade III n’est obtenu que
dans trois cas sur quatre.
Dans la chirurgie des tumeurs parotidiennes, l’atteinte de la fonction
faciale est partielle, toujours immédiate, et reste susceptible
d’aggravation au fil des jours sous l’effet de l’ischémie nerveuse.
Elle est surtout le fait des exérèses exhaustives de la glande, avec
dissection et mobilisation des branches nerveuses, ou surtout des
reprises chirurgicales.
La paralysie régresse en règle en quelques
semaines.
Les sections inopinées du tronc du nerf facial ou d’une de
ses branches peuvent faire l’objet d’une suture ou d’un fibrinocollage avec d’excellentes chances de succès, à condition
d’agir immédiatement.
Il en est de même pour les lésions nerveuses
consécutives à des lifting, où le rameau mentonnier et le rameau
frontal sont les plus exposés.
La réparation des sections tronculaires
ne permet pas d’obtenir mieux qu’un grade III.
Les paralysies faciales postopératoires retardées peuvent être
rencontrées dans toutes les circonstances évoquées.
Elles
sont relativement fréquentes puisque citées dans 0,2 % des chirurgies
de l’oreille moyenne, 11 à 38 % de la chirurgie du neurinome de
l’acoustique, 1 à 4% de la chirurgie de l’implant cochléaire.
Elles
apparaissent en règle 8 à 10 jours après l’intervention.
Leur
signification et leur pronostic sont tout différents.
On a pu mettre en
cause récemment dans leur genèse, au-delà d’un simple processus
inflammatoire, la réactivation d’un virus herpès simplex de type I
(HSV1).
Le traumatisme, et surtout l’étirement des fibres
parasympathiques sensitives seraient à la source de cette résurgence
virale.
Le traitement habituellement conseillé est une corticothérapie
à fortes doses (3 mg/kg/j d’équivalent prednisone).
Pour certains
auteurs, un traitement antiviral par aciclovir doit être associé.
Le
pronostic est bon si le traitement est précoce.
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