Paralysies faciales tumorales
:
Le développement d’une tumeur sur le trajet du nerf facial provoque
typiquement une paralysie d’installation progressive.
Mais il faut
savoir se méfier d’une paralysie faciale aiguë, ou surtout récidivante.
A - PATHOLOGIES BÉNIGNES :
1- Neurinome du nerf facial :
Cette tumeur rare (0,8 % des tumeurs intrapétreuses) peut naître sur
tout le trajet nerveux, mais touche plus souvent la portion
tympanique et le ganglion géniculé.
Elle déborde souvent sur le
segment tympanique (48 %), la portion labyrinthique (42 %) et peut
pénétrer dans le méat auditif interne (30 %).
Elle envahit plus
rarement la région parotidienne. Des signes otologiques
accompagnent en règle une paralysie d’installation très progressive,
parfois précédée d’un spasme.
Les formes confinées au méat auditif
interne et à l’angle pontocérébelleux sont évocatrices d’un
neurinome de l’acoustique, mais l’existence d’un petit déficit facial
ou d’un spasme doit faire évoquer le diagnostic.
La
tomodensitométrie en fenêtre osseuse montre une image d’ostéolyse
régulière, centrée sur le canal facial et se poursuivant le long du
trajet nerveux, parfois accompagnée d’ostéocondensation
périphérique.
L’IRM confirme le diagnostic déjà soupçonné en
révélant un isosignal en T1 fortement rehaussé à l’injection.
L’exérèse chirurgicale n’est pas à conseiller quand le volume
tumoral n’est pas menaçant et que la paralysie faciale est
incomplète, car elle sous-entend une greffe nerveuse.
2- Cholestéatome intrapétreux :
Qu’il soit primitif ou acquis, il se manifeste une fois sur deux chez
un adulte par une paralysie faciale d’apparition progressive.
L’otoscopie peut être normale ou révéler une image blanchâtre rétrotympanique, essentiellement épitympanique.
La paralysie peut
s’associer à une surdité de transmission, mixte ou de perception
pure.
La présence de vertiges est fréquente, en liaison avec une
érosion de la capsule otique.
La tomodensitométrie révèle une lésion
lytique non rehaussée, typiquement située autour du ganglion
géniculé, élargissant le canal facial en amont et en aval, érodant le
toit de la cochlée et envahissant parfois l’épitympanum.
L’IRM
confirme le diagnostic en montrant un isosignal en T1, hétérogène,
non rehaussé, et un hypersignal important en T2. Le traitement
chirurgical d’exérèse et de décompression nerveuse est une urgence.
Le cholestéatome acquis de l’oreille moyenne est parfois source de
paralysie faciale (0,8 à 1,7 % des cas) dans le cours d’un épisode de
surinfection.
3- Autres lésions :
– Hémangiome caverneux.
Il se développe essentiellement dans la
région du ganglion géniculé.
Le diagnostic différentiel avec le
neurinome du nerf facial est basé sur la tomodensitométrie, qui
révèle une ostéolyse très particulière, en « nid d’abeille », mal
limitée, associée à des calcifications.
En IRM, la lésion se révèle sous
la forme d’un isosignal en T1 se rehaussant très fortement.
Elle
présente spontanément un hypersignal en T2, à la différence du
neurinome.
Le traitement est chirurgical.
La tumeur se
développant, au moins au début, autour du nerf et de son épinèvre,
il est parfois possible d’en préserver la continuité.
– Paragangliomes jugulaires évolués, de diagnostic aisé à l’otoscopie.
– Méningiomes intrapétreux.
Plus rares, ils se manifestent
fréquemment par une paralysie faciale inaugurale.
– Adénomes de l’oreille moyenne.
Ce sont de véritables tumeurs
neuroendocrines bénignes, histologiquement proches des paragangliomes.
Elles sont très adhérentes à la portion tympanique
du nerf facial dont elles se dissèquent difficilement.
– Neurinomes de l’acoustique.
Ils sont plus fréquents mais se
présentent rarement sous la forme d’une paralysie faciale, sauf en
cas de forme kystique ou d’hémorragie intratumorale.
La paralysie
faciale est rarement sévère, se présentant plutôt sous la forme d’un
spasme de l’hémiface ou d’une rareté du clignement.
B - TUMEURS MALIGNES :
Les cancers parotidiens sont les tumeurs les plus fréquemment en
cause.
Le diagnostic est avant tout clinique.
Il peut s’agir de
carcinomes épidermoïdes, d’adénocarcinomes, de carcinomes
adénoïdes kystiques.
Le traitement est chirurgical, basé sur la
résection large de la tumeur associée à une greffe nerveuse.
Le carcinome épidermoïde du méat auditif externe doit être évoqué
devant une otorrhée chronique, des douleurs et un aspect de tumeur
intraméatique.
L’existence d’une paralysie faciale est de très mauvais
pronostic.
Les métastases intrapétreuses se signalent fréquemment par une
paralysie faciale inaugurale associée à des douleurs trigéminées.
Les
antécédents, le contexte clinique et radiologique permettent
d’affirmer le diagnostic.
Les métastases méningées de l’angle pontocérébelleux sont très
rares.
La paralysie faciale y est inaugurale, associée à un syndrome audiovestibulaire brutal.
L’IRM révèle un syndrome tumoral de
l’angle pontocérébelleux hétérogène évocateur, mais le diagnostic
appartient à la ponction lombaire avec analyse cytologique du
liquide cérébrospinal, plus souvent qu’à la biopsie chirurgicale,
source d’accélération du processus de méningite carcinomateuse.
Le
pronostic est sombre.
Paralysies faciales infectieuses
:
Le contexte infectieux général permet souvent de rattacher la
paralysie à son étiologie.
A - OTITE MOYENNE AIGUË ET OTOMASTOÏDITE :
La fréquente dénudation de la portion tympanique soumet le nerf
facial à l’agression d’agents infectieux en cas de suppuration de
voisinage.
L’incidence des paralysies faciales otitiques a chuté grâce
au bon usage de l’antibiothérapie (0,19 %).
Les germes les plus
souvent en cause sont ceux rencontrés dans l’otite : Haemophilus
influenzae, pneumocoque et autres streptocoques, staphylocoque.
Le
déficit est rarement total, mais peut le devenir si le traitement
nécessaire n’est pas mis en place rapidement.
Il consiste au
minimum en une paracentèse avec prélèvements bactériologiques,
associée à un traitement antibiotique parentéral probabiliste par
céphalosporines de troisième génération, bientôt adapté au germe
découvert.
Une corticothérapie équivalente à 1 mg/kg de prednisone est conseillée, non sans avoir écarté toute complication
suppurée de voisinage.
En cas de mastoïdite associée, une mastoïdectomie est souvent nécessaire, en évitant toute exploration
du canal facial.
Le pronostic dépend de l’intensité de la paralysie
initiale et de la rapidité de mise en route du traitement.
B - OTITE EXTERNE MALIGNE OU NÉCROSANTE
PROGRESSIVE
:
Il s’agit d’une ostéite extensive, à point de départ cutané, diffusant
dans l’os tympanal puis fusant dans le rocher.
D’évolution
naturelle sévère, voire létale, elle est non exclusive aux sujets
immunodéprimés.
Le diabète sévère, l’immunodépression du
syndrome d’immunodéficience acquise (sida), les hémopathies sont
au premier plan. Parfois, seul l’âge avancé peut être mis en cause.
Le germe presque exclusivement responsable est Pseudomonas
aeruginosa.
L’atteinte du nerf facial est un signe de gravité précédant
celle, concomitante ou successive, des nerfs mixtes ou oculomoteurs,
évoquant une avancée du processus vers l’apex pétreux.
Cliniquement, la paralysie s’associe à un tableau d’otite externe
grave hyperalgique.
Le diagnostic, évoqué au vu d’une suppuration
abondante, de polypes et de granulomes issus du plancher du méat
auditif externe, est confirmé par la tomodensitométrie qui met en
évidence une ostéolyse du tympanal.
L’IRM évalue l’extension aux
tissus mous cervicaux, aux méninges et à la pointe du rocher.
La
scintigraphie au technétium confirme les remaniements osseux.
La
scintigraphie au gallium, plus spécifique, est proposée pour
surveiller la régression du processus ostéitique.
Le traitement doit
être prolongé, basé sur une antibiothérapie par voie veineuse guidée
par l’antibiogramme : les quinolones et les céphalosporines de
troisième génération sont associées, en fonction de l’antibiogramme.
Il est possible que l’oxygénothérapie hyperbare permette de
raccourcir le traitement.
Le pronostic des paralysies faciales
associées est très défavorable si le traitement n’a pu être institué
avant l’installation de la dénervation.
Une récupération supérieure
à un grade IV est rarement obtenue.
Le processus de destruction
osseuse et nerveuse ayant prévalu, il est source de fibrose freinant la
repousse axonale, par ailleurs appauvrie par le contexte général du
patient.
C - MALADIE DE LYME :
Borrelia burgdorferi, spirochète transmis par les tiques, est l’agent
bactérien responsable de la maladie de Lyme.
La paralysie faciale
est fréquente à la phase secondaire de la maladie (24 % des cas).
L’orientation clinique se fait sur la notion de piqûres de tiques dans
une zone d’endémie quelques semaines auparavant, et sur les
antécédents d’érythème migrant.
La maladie est rare en automne et
en hiver.
La ponction lombaire pourrait révéler un aspect de
méningite lymphocytaire.
La sérologie n’est pas toujours fiable, mais
l’absence d’anticorps de type immunoglobulines IgG ou IgM dans
le sang et le liquide cérébrospinal par méthode enzyme-linked
immunosorbent assay (Elisa) permet a contrario d’écarter le
diagnostic.
Nombreux sont les antibiotiques actifs sur Borrelia
burgdorferi : amoxicilline, céphalosporines de troisième génération,
tétracycline, érythromycine.
Ils doivent être prescrits sur une période
de 2 semaines.
Le pronostic de la paralysie faciale est bon sous
traitement médical.
D - SYNDROME D’IMMUNODÉFICIENCE ACQUISE
:
La paralysie faciale peut révéler l’infection par le virus de
l’immunodéficience humaine (VIH).
Une diplégie peut apparaître
dans un contexte de polyradiculonévrite.
Le pronostic fonctionnel
de ces paralysies est bon.
E - OTITE TUBERCULEUSE :
La tuberculose de l’oreille moyenne est rare, même si l’on assiste à
une résurgence de la maladie tuberculeuse depuis quelques années
dans les populations à risque.
L’atteinte de la fonction faciale est
décrite dans 15 à 30 % des cas, avec une susceptibilité particulière
de l’enfant.
C’est le premier diagnostic à évoquer devant une
paralysie faciale associée à une otite chronique non cholestéatomateuse.
Elle est de mauvais pronostic en raison du délai
diagnostique, de la lenteur de l’action de l’antibiothérapie et des
difficultés de choix thérapeutique.
Le diagnostic positif est basé sur
l’isolement du bacille de Koch par les techniques classiques, ou de
façon plus sensible et plus rapide, par polymerase chain reaction
(PCR).
En cas d’inefficacité du traitement médical sur la paralysie
faciale et de signes électrophysiologiques de mauvais pronostic, un
traitement chirurgical de décompression peut être discuté pour
diminuer la durée de la souffrance nerveuse.
F - ZONA DU GANGLION GÉNICULÉ :
Encore appelé syndrome de Ramsay-Hunt, il trouve son origine
dans la résurgence du virus varicelle zona (VZV), niché dans les
cellules ganglionnaires sensitives du nerf facial depuis la primoinfestation
varicelleuse.
Dans la plupart des cas, une éruption
vésiculeuse pathognomonique est trouvée au niveau de la zone
sensitive de Ramsay-Hunt.
Mais l’éruption est parfois très discrète,
se résumant à une seule vésicule cachée dans la paroi du méat
auditif externe.
Le diagnostic pourrait être évoqué en réalisant
précocement une PCR sur le liquide vésiculaire, ou à défaut dans
les larmes ou la salive, liquides où l’acide désoxyribonucléique
(ADN) viral peut être détecté dans beaucoup de cas.
L’éruption
est toujours précédée de douleurs violentes et de sensations de
brûlures auriculaires et périauriculaires.
Elle peut s’accompagner ou
être précédée d’un oedème important débordant sur la région
parotidienne.
La paralysie faciale s’installe dans le même temps ou,
de façon plus trompeuse, la précède.
Elle est très rapidement
aggravée et s’accompagne souvent de vertiges rotatoires,
d’acouphènes et de surdité, faisant évoquer une atteinte conjointe
du nerf vestibulocochléaire.
Une atteinte polyganglionévritique plus
vaste n’est pas rare, associant des déficits homolatéraux du nerf
trijumeau, des nerfs mixtes et des éruptions dans les territoires
sensitifs cutanéomuqueux correspondants.
Les céphalées sont
fréquentes, témoignant d’un léchage méningé.
La paralysie faciale
zostérienne se caractérise donc par un contexte clinique bruyant et
une sévérité importante.
L’évolution spontanée conduit à des
séquelles motrices dans 79 % des cas (sur 116 cas suivis sans
traitement).
Le traitement antiviral par l’aciclovir, agent
virostatique actif sur les virus du groupe herpès en phase de
réplication, est validé pour peu qu’il soit instauré dans les
3 premiers jours de la paralysie.
Au-delà du septième jour, il ne
semble pas qu’il offre un meilleur pronostic que l’évolution
spontanée. La drogue doit être délivrée à la dose de 30 mg/kg/j
pour passer la barrière hématonerveuse.
La mauvaise
biodisponibilité du produit par voie orale (15 à 25 %) conduit à
utiliser la voie parentérale.
La corticothérapie doit être associée et
ne comporte pas de risque spécifique (2 mg/kg/j, dose dégressive
de j3 à j10).
Dans les paralysies faciales vues tardivement, ou en cas
de mauvaise évolution clinique et électrophysiologique, une
décompression peut être envisagée, selon les mêmes règles que les
paralysies faciales post-traumatiques.
G - AUTRES ATTEINTES VIRALES :
La paralysie faciale peut évoluer dans un contexte évocateur
d’atteinte virale.
C’est le cas de la mononucléose infectieuse sévère,
souvent sous forme de diplégies, et des infections à
cytomégalovirus.
C’est également le cas de la rougeole, de la
rubéole, des oreillons, de l’hépatite B, de la grippe, des adénoviroses
ou après vaccination contre la rage.
La paralysie faciale s’intègre
souvent, dans ce cas, à une multinévrite.
Paralysie faciale a frigore
ou idiopathique
:
La paralysie faciale a frigore ou maladie de Charles Bell est
fréquente.
Son incidence est de 20 cas pour 100 000 habitants/an.
C’est la forme la plus commune des paralysies faciales (six à huit
sur dix).
L’évolution des connaissances à ce jour conduit beaucoup
d’auteurs à ne plus parler de paralysie faciale idiopathique, mais de
paralysie faciale herpétique.
En effet, un faisceau d’arguments
cliniques, paracliniques, et d’approches expérimentales récentes
convergent pour mettre en cause une résurgence du HSV1.
C’est
ainsi que Murakami a pu mettre en évidence des fragments d’ADN
viral dans le liquide périneural de la portion mastoïdienne du nerf
et dans le muscle auriculaire postérieur, lors de décompressions
nerveuses à la phase aiguë.
Plus frappante est la mise au point de
modèles animaux de paralysie faciale après inoculation d’HSV1
dans l’oreille ou la langue de la souris.
Des études cliniques
démontrant une meilleure efficacité d’un traitement associant aciclovir et prednisone contre prednisone seule vont dans le même
sens.
Pour certains auteurs, les preuves accumulées sont
suffisantes pour parler de lien de causalité.
Pour d’autres, le fait
que le modèle animal soit un modèle de primo-infection ne permet
pas d’être totalement affirmatif.
Seule, en fait, la mise en évidence
d’acide ribonucléique messager (ARNm), témoignant de la présence
d’un virus en réplication à distance du ganglion géniculé,
permettrait une conclusion définitive.
Le scénario invoqué est
superposable à celui démontré pour le VZV et le zona du ganglion
géniculé.
Tout tiendrait à la résurgence virale HSV1 dans les cellules
sensitives du ganglion géniculé à la faveur d’une baisse d’état
général, d’un choc vasomoteur, d’une exposition au froid, d’un
traumatisme des fibres nerveuses, même minime, et notamment de
celles faisant relais dans le ganglion géniculé.
Il est en fait probable
que HSV1 ne soit pas seul en cause dans la famille herpès et que
l’on puisse mettre également en cause une résurgence du VZV (zona sine herpete) ou du virus Epstein-Barr.
L’effet neuropathogène est
in fine en relation avec le garrot inflammatoire et les phénomènes
auto-immuns agressant la gaine de myéline.
Le caractère très
localisé des phénomènes pourrait expliquer qu’une trace sérologique
ne soit pas constamment décelable.
Il reste cependant difficile
d’expliquer la rareté des récidives en comparaison de la banalité des
réinductions virales dans le ganglion de Gasser (herpès labial).
L’évolution naturelle des paralysies a frigore est bien connue :
71 % des patients seulement recouvrent une fonction faciale normale
et 16 % gardent des séquelles motrices associant spasmes et
syncinésies.
Les formes graves sont sans nul doute celles s’installant
le plus rapidement et se complétant d’emblée.
Les arguments ENOG
en faveur d’un fort pourcentage de dénervation sont à recueillir dès
j3 et à comparer au fil des jours.
Peu d’examens paracliniques sont
par ailleurs nécessaires, l’IRM n’ayant pas de valeur pronostique
démontrée.
Elle révélerait en T1 avec injection de gadolinium,
comme dans le zona, mais de façon moins fréquente, un hypersignal
allant du méat auditif interne au ganglion géniculé.
Il n’y a pas de
parallélisme entre l’intensité du signal témoin de l’inflammation et
de la rupture de la barrière hématonerveuse, et la sévérité de
l’atteinte.
L’hypersignal peut même persister plusieurs mois après
guérison complète.
En dehors d’un doute diagnostique sur le
contexte clinique, sur le mode d’installation, ou en cas d’évolution
défavorable, l’examen tomodensitométrique n’a pas non plus
d’indication systématique.
La sérologie montre exceptionnellement une séroconversion (3,7 %
des cas), puisqu’il s’agit en règle d’une réinduction virale.
Il est
souvent possible de retrouver à 2 semaines d’intervalle une
ascension des taux d’IgG sur les prélèvements sanguins, voire de
liquide cérébrospinal, vis-à-vis de HSV1 ou de VZV.
Ce dernier
semble en effet détectable par ce moyen dans 17 % des cas.
D’autres auteurs proposent de rechercher l’ADN viral par PCR sur
des prélèvements salivaires dans les 3 premiers jours.
Ils
confirment une prévalence identique du VZV dans la paralysie
faciale a frigore (17 %), le virus n’étant plus détectable quand
apparaît la trace sérologique.
Il semble donc bien que le HSV1 ou le VZV ne se répliquent et ne soient donc identifiables que dans les 3
premiers jours de l’infection, délai fréquemment échu quand le
malade consulte.
De ce phénomène découle également l’obligatoire
précocité d’un traitement antiviral, s’il doit être mis en place.
Ces notions nouvelles n’ont pas permis d’établir une norme
thérapeutique.
L’utilité d’un traitement apparaît même discutable
dans les formes partielles non aggravantes qui récupèrent totalement
de façon spontanée.
La controverse concerne en fait la prise en
charge des paralysies faciales sévères.
Si l’on s’en tient au très faible
nombre d’études contrôlées exemptes de biais méthodologique,
seule la corticothérapie paraît un traitement réellement évalué.
Elle peut être isolée, ou s’intégrer dans un protocole associant des
promoteurs de la microcirculation capillaire, tel le protocole de Stennert qui est encore très utilisé.
Ce dernier associe pendant
10 jours une corticothérapie parentérale par méthylprednisolone
dégressive par étapes de 2 jours, de 3 mg/kg à 0,3 mg/kg, des
perfusions de dextran (500 mL/j) et de la pentoxifylline (2 à
3 ampoules/j), relayée par une thérapeutique orale par
méthylprednisolone dégressive sous 8 jours (de 4 à 1 comprimé/j).
Les corticoïdes ont le pouvoir d’agir puissamment à la fois sur le
facteur inflammatoire responsable du garrot vasculaire, et sur le
processus auto-immun suscité au niveau de la myéline.
Les patients
traités démontrent un pronostic sensiblement meilleur qu’en
l’absence de traitement.
La mise en cause des virus de l’herpès a
conduit certains auteurs à évaluer l’efficacité de l’aciclovir en sus de
la corticothérapie.
La faible dimension des cohortes étudiées,
incluant par ailleurs des malades très diversement touchés, ne
permet pas d’en affirmer la réelle utilité.
Il manque aujourd’hui une
étude contrôlée aléatoire étudiant le devenir sous traitement des
seules formes sévères dont on sait qu’une majorité évolue
défavorablement.
Or, cette sévérité n’est pas toujours prévisible dans
le délai de 3 jours où le traitement se doit d’être institué.
La gravité
de l’atteinte n’est pas toujours prévisible.
Dans l’attente de cette
étude prospective, de mise en oeuvre difficile, il n’apparaît pas
aujourd’hui possible de recommander le traitement antiviral dans la
paralysie faciale a frigore, même si un grand nombre d’arguments
convergent vers son utilité.
Il est tout aussi difficile dans ce contexte d’identifier la place de la
décompression chirurgicale.
Une étude récente tend à faire revivre
cette chirurgie, jusque-là objet de controverses du fait de ses risques
et de l’évolution habituellement favorable du symptôme.
Or, il
paraît évident que pour être utile, la décompression doit être précoce
et prendre place dans les 2 premières semaines.
L’IRM n’offrant pas
d’arguments pronostiques, l’ENOG reste au centre de la décision
thérapeutique, avec ses imperfections et sa reproductibilité
inconstante.
En dehors des cas très démonstratifs par la grande
sévérité immédiate et leur absence de réaction au traitement
médical, les arguments manquent pour en conseiller l’usage.
Formes cliniques particulières :
A - FORMES BILATÉRALES :
Leur étiologie la plus fréquente est en effet le syndrome de Guillain
et Barré qu’il convient d’éliminer d’emblée devant le caractère
progressif et ascendant des signes déficitaires neurologiques.
Le
diagnostic clinique est conforté par l’EMG et l’IRM.
Le pronostic de
la paralysie faciale est bon, mais la récupération peut parfois s’avérer
lente.
Ce diagnostic d’urgence écarté, une diplégie faciale doit
conduire à une ponction lombaire et un examen IRM.
Parmi les
étiologies nombreuses, il convient de retenir, chez l’adulte, la
maladie de Lyme et la sclérose en plaques.
C’est également l’IRM
qui permet de détecter une multinévrite virale, un infarctus du tronc
cérébral, une carcinomatose méningée en règle associée à d’autres
atteintes neurologiques.
La neurofibromatose de type II, les
leucémies, les paralysies faciales idiopathiques bilatérales sont
exceptionnelles.
Elles s’intègrent parfois dans un syndrome de Melkersson-Rosenthal.
B - SYNDROME DE MELKERSSON-ROSENTHAL :
Rare et d’étiologie inconnue, il associe classiquement une paralysie
faciale récidivante ou à bascule, un oedème unilatéral de la face ou
des lèvres et un aspect fissuré de la langue, évocateur mais
inconstant.
L’oedème peut parfois intéresser les mains et le thorax.
L’atteinte faciale évolue par crises répétées, parfois bilatérales,
débordant sur d’autres nerfs crâniens.
Les migraines sont fréquentes.
Il semble exister une prédisposition héréditaire.
Le diagnostic reste
clinique, la biopsie muqueuse pourrait révéler une infiltration
lymphocytaire périvasculaire affectant les vasa vasorum et les vasa
nervorum.
La corticothérapie est recommandée. Le pronostic
fonctionnel de la paralysie faciale est bon.
En cas de récidives
répétées, une décompression chirurgicale peut être proposée.
C - FORMES DE L’ENFANT :
1- Nouveau-né
:
À cet âge, le diagnostic est surtout évident lors des pleurs.
La
plupart des paralysies du nouveau-né sont en relation avec un
traumatisme obstétrical, et régressent en quelques jours ou quelques
semaines.
Il convient sinon de rechercher une hypoplasie du nerf
facial isolée intégrée dans un syndrome polymalformatif.
Son
pronostic est beaucoup plus sévère.
Elle affecte alors de façon
prédominante la branche temporofaciale.
Le scanner confirme le
diagnostic en montrant un canal facial très étroit, voire absent,
notamment au niveau de la troisième portion, le peu de fibres
fonctionnelles empruntant le trajet de la corde du tympan ou du
nerf grand pétreux.
La chirurgie exploratrice de ces nerfs
hypotrophiques est déconseillée.
Certaines hypoplasies n’affectent
que la lèvre inférieure, par hypoplasie du rameau mentonnier ou
par hypoplasie du triangulaire des lèvres, devant alors faire
rechercher une cardiopathie congénitale (syndrome cardiofacial de Cayler).
Le syndrome de Moebius, qui associe une diplégie faciale à
une paralysie bilatérale du nerf abducens, peut être asymétrique ou
focalisé sur la branche temporofaciale.
Il pourrait avoir pour cause
une ischémie du tronc cérébral.
Les aplasies majeures, et plus
rarement mineures, de l’oreille peuvent s’accompagner de paralysie
faciale.
Leur association à une hypoplasie latérofaciale unilatérale
doit faire évoquer un syndrome otomandibulaire par anomalie du
développement du premier ou du deuxième arc.
Le syndrome de Goldenhar, ou dysplasie oculo-auriculo-vertébrale, est plus rare.
Quand l’hypoplasie latérofaciale est bilatérale, on évoque le
syndrome de Franceschetti et Zwahlen (ou de Treacher Collins),
maladie autosomique dominante induisant une hypoplasie malaire
et mandibulaire, une aplasie majeure d’oreille, une macrostomie et
un colobome de la paupière inférieure avec obliquité
antimongoloïde des fentes palpébrales.
Ce syndrome peut s’intégrer
dans une anomalie plus large de type association CHARGE
(colobome, cardiopathie [heart disease], atrésie des choanes, retard
mental, anomalies génitales et auditives [ear]), une anomalie de
Poland ou une embryopathie de la rubéole congénitale.
2- Enfant :
En dehors des causes malformatives précitées, on retrouve les
mêmes étiologies que chez l’adulte, avec une plus grande fréquence
des formes otitiques et virales.
Parmi les virus incriminés, on cite
plus volontiers le virus d’Epstein-Barr, les parvovirus, les
adénovirus, le virus des oreillons.
Le zona est très rare.
En zone et
en période d’endémie, la maladie de Lyme est à évoquer d’emblée.
Les paralysies faciales post-traumatiques sont fréquentes et de
meilleur pronostic spontané que chez l’adulte, car fréquemment
d’apparition secondaire.
Il convient de se méfier d’une pathologie
maligne de type lymphome malin non hodgkinien acutisé en
leucémie, d’une hémopathie, d’une acidose métabolique, avant
d’instituer une corticothérapie.
La paralysie faciale a frigore reste
cependant l’étiologie la plus fréquente.
D - FEMME ENCEINTE
:
La paralysie faciale est deux à quatre fois plus fréquente que chez
l’homme et 3,3 fois plus fréquente que chez la femme en dehors de
la grossesse.
Elle apparaît en règle au troisième trimestre de la
grossesse (71 %), parfois dans le post-partum.
Cette fragilité peut
être attribuée à une plus grande susceptibilité à l’oedème ou à une
virose intercurrente, en relation avec l’immunodépression de la
grossesse.
L’installation est toujours brutale et douloureuse.
Elle doit
faire craindre une toxémie gravidique (22,2 %).
Le pronostic est
habituellement favorable, sauf en cas de récidive à plusieurs
grossesses et en cas de diplégie.
L’usage des corticoïdes, dans ce
contexte de risque hypertensif, est controversé.
E - CAUSES MÉTABOLIQUES ET TOXIQUES :
Le diabète, particulièrement s’il est insulinodépendant, est une cause
reconnue de diplégie faciale.
La paralysie faciale rentre alors dans le
cadre de la neuropathie diabétique.
Il semble être par ailleurs un
facteur de risque aggravé des paralysies faciales a frigore, dont il
aggrave le pronostic.
Les porphyries aiguës en cas de dysglobulinémie s’associent à une paralysie faciale.
Les carences
vitaminiques, B1 (béribéri), PP (pellagre) et B12 (maladie de Biermer)
sont également pourvoyeuses d’atteintes neurologiques.
De
nombreux toxiques peuvent également être en cause, tels le plomb,
l’arsenic, le chlore, l’éthylène glycol, l’ecstasy, le monoxyde de
carbone.
Paralysies faciales
et maladies générales :
A - COLLAGÉNOSES :
Les paralysies faciales sont rares dans les collagénoses.
Elles ont pu
être signalées dans la maladie de Gougerot-Sjögren, le lupus
érythémateux disséminé, la polychondrite atrophiante.
B - VASCULARITES :
La périartérite noueuse est fréquemment révélée par un déficit
neurologique.
La paralysie faciale peut s’associer à des atteintes
oculomotrices, trigéminées, voire auditives.
La maladie de
Kawasaki, ou syndrome lymphonodulaire cutanéomuqueux, peut se
manifester par un déficit facial associé à une fièvre, des signes
cutanéomuqueux, et surtout une atteinte cardiaque.
Le traitement
corticoïde y est proscrit.
La granulomatose de Wegener peut affecter
dans 30 % des cas l’oreille, sous la forme d’une otite séreuse ou
d’une otite chronique suppurée. Dans 30 % de ces formes, apparaît
une paralysie faciale parfois bilatérale.
C - SARCOÏDOSE :
Elle se révèle dans 5 % des cas par des signes neurologiques associés
à une infiltration muqueuse.
Les nerfs crâniens sont les plus touchés,
l’atteinte faciale pouvant s’intégrer dans une multinévrite.
Le
syndrome de Heerfordt, ou fièvre uvéoparotidienne, est une forme
clinique particulière associant une iridocyclite, une parotidite et une
paralysie faciale dans 60 % des cas.
Elle peut être bilatérale.
La
corticothérapie est rapidement efficace sur le déficit facial.
D - SCLÉROSE EN PLAQUES :
Les paralysies faciales périphériques sont moins fréquentes que les
atteintes centrales.
Elles régressent spontanément mais peuvent
récidiver.
Spasme de l’hémiface :
Il se définit comme des mouvements brusques, spontanés et isolés,
de la musculature faciale.
Rare, son incidence annuelle est
inférieure à 1/100 000.
Il domine au niveau du territoire supérieur
de l’hémiface où il débute, et se cantonne parfois sous la forme d’un blépharospasme avant de s’étendre.
L’activité spastique, en règle
unilatérale, peut rester clonique et discrète ou s’aggraver sous forme
d’une hypertonie plus ou moins douloureuse.
Elle s’accompagne
d’un déficit moteur très progressif, et peut à l’extrême affecter la
vision ou gêner l’alimentation.
Il s’aggrave également sous l’effet de
l’émotion et du stress.
Il est plus fréquent dans la cinquième
décennie, cette prévalence pouvant s’expliquer par l’athérosclérose
affectant les vaisseaux offensants.
Chez l’enfant, il doit faire
suspecter une pathologie compressive.
Le diagnostic différentiel doit
se faire avec le blépharospasme essentiel, véritable dystonie faciale
affectant de façon bilatérale les muscles périorbitaires, qui disparaît
la nuit à la différence du spasme.
Les myokymies faciales sont des
mouvements plus discrets dans des pathologies du tronc cérébral,
tels les gliomes ou la sclérose en plaques.
Plus simples à écarter sont
les syncinésies postparalytiques, la dystonie orofaciale, les
fasciculations, les tics d’habitudes et les crises comitiales
focalisées.
Sa physiopathologie a fait l’objet de nombreuses
discussions.
C’est à Jannetta que l’on doit le concept de
compression microvasculaire du nerf facial par un vaisseau au
niveau de la root exit zone, zone de fragilité propice à la constitution
d’éphapses.
À ce même niveau pourrait également naître une
stimulation antidromique provoquant en retour une décharge
nucléaire (allumage à rebours).
Les vaisseaux responsables sont
les artères cérébelleuses (antéro-inférieure 12,5 %, postéro-inférieure
39 %) ou l’artère vertébrale décalée dans la fossette latérale du bulbe
(30 %).
Les anomalies veineuses sont plus rares (2 %).
Certains
auteurs restent attachés à la notion de pathologie centrale supranucléaire expliquant la relation avec l’émotion.
L’exploration paraclinique des spasmes de l’hémiface fait une part
essentielle à l’IRM.
Plus que l’angio-IRM, c’est l’IRM en séquence
très pondérée en T2 avec acquisition volumique qui permet de
conforter le diagnostic étiologique.
On peut ainsi découvrir des
signes directs de contact entre le nerf et le vaisseau ou de
déroutement du trajet nerveux par le vaisseau, et des signes indirects
telle la déformation de la fossette latérale du bulbe.
Le spasme de l’hémiface secondaire symptomatique est en fait rare, inférieur sans
doute à 1 ou 2% des cas.
Il est provoqué par des tumeurs de l’angle pontocérébelleux, tels les méningiomes, les kystes épidermoïdes,
voire les neurinomes.
Le traitement médical est décevant. Les médications anticomitiales
tels le clonazépam, la carbamazépine, la phénytoïne, et l’ophénédine
peuvent offrir un bénéfice transitoire.
En provoquant une paralysie
transitoire par inhibition présynaptique de la libération
d’acétylcholine, l’injection de toxine botulique (Botoxt ou Dysportt)
amène un bénéfice important à condition d’être utilisée selon des
doses et des modalités très précises et d’être adaptée à chaque cas.
L’effet positif s’installe en 1 à 3 jours, mais dépasse rarement 3 ou
4 mois.
Le risque est d’induire des déficits moteurs parfois
incomplètement régressifs.
La décompression microvasculaire par
voie rétrosigmoïde ou par voie sous-occipitale semble le traitement
le plus efficace du spasme de l’hémiface.
Le taux de succès
varie, suivant les séries, de 84 à 95 %.
L’intervention consiste à
démasquer le conflit, à repérer le vaisseau responsable, à lever le
contact avec le nerf et à interposer un biomatériau entre nerf et
artère.
Le risque opératoire est celui d’une craniotomie, associé au
risque ischémique de mobilisation vasculaire.
La chirurgie de
réduction musculaire s’adresse aux muscles orbiculaires des
paupières dans le cadre du blépharospasme.
Il en est de même des
neurotomies sélectives qui sont sources de parésies résiduelles.
Traitement des séquelles
:
A - TRAITEMENT DES SÉQUELLES MOTRICES :
Greffes et anastomoses nerveuses ne s’envisagent qu’en cas de
paralysie faciale totale ou subtotale de grade V ou VI consécutive à
une section nerveuse.
Elles ne s’appliquent pas à des déficits
moindres, car les résultats que l’on peut en attendre ne permettent
pas d’envisager une récupération meilleure qu’un grade III.
Si la
paralysie faciale est trop ancienne et que le lit musculaire est
atrophique, seuls des gestes de transfert musculaires, associés ou
non à des gestes plastiques au niveau des téguments, peuvent
réanimer ou rééquilibrer la face.
1- Greffes et déroutements-sutures :
C’est la solution de choix face à une section associée à une perte de
substance nerveuse.
Au travers de voies d’abord transpétreuses, il
est relativement aisé de dérouter les deux premières portions du
nerf pour obtenir la longueur nécessaire pour compenser la perte de
substance.
Mais le déroutement fragilise le nerf sur le plan
vasculaire, et certains auteurs lui préfèrent systématiquement la
greffe.
L’affrontement nerveux peut être sécurisé par suture épineurale, voire périneurale en l’absence d’épinèvre, ou par
fibrinocollage.
L’enveloppement par du fascia ou de la veine est
conseillé. Les solutions utilisables varient suivant le niveau.
Dans
l’angle pontocérébelleux et le méat acoustique interne, la greffe est
de mise en oeuvre difficile du fait de l’absence d’épinèvre, de
l’étroitesse et de la profondeur de l’accès, de l’irruption permanente
du liquide cérébrospinal, et enfin de la pulsatilité du milieu
tissulaire.
Un grade III ou IV est au mieux obtenu dans les trois
quarts des cas. Dans le rocher, la suture épineurale est de réalisation
plus simple.
Le résultat obtenu est d’ailleurs plus favorable (grade III dans 65 % des cas).
En cas de déroutement complet du nerf dans
le rocher et la parotide au cours d’une résection tumorale, il est
possible de récupérer jusqu’à 1,5 cm et d’éviter la greffe.
Après
exérèse de tumeurs parotidiennes, la perte de substance nerveuse
affecte le tronc et les branches de division.
La réhabilitation passe
nécessairement par l’usage d’un greffon de nerf sural dont la
fasciculation est utilisée pour diviser le nerf en autant de branches
qu’il est souhaité.
Finalement, la longueur du greffon n’a pas
d’influence évidente sur la qualité du résultat qui semble surtout
fonction de la qualité de l’affrontement, de l’absence de tension, de
la vascularisation du sous-sol sur lequel repose le greffon, du terrain,
et notamment de l’âge du patient.
L’irradiation postopératoire ne
semble pas avoir l’effet délétère que l’on pourrait craindre, même si
la récupération est souvent plus tardive.
Au total, les greffes faciofaciales homolatérales permettent une récupération de grade III
dans 61 % des cas et de grade IV dans 21 % des cas (méta-analyse
de 80 cas).
2- Anastomoses nerveuses :
Elles s’appliquent en cas d’absence d’identification d’un tronc
proximal, en cas de prise en charge tardive, ou après échec d’une
greffe intracrânienne. L’anastomose peut s’appuyer sur le nerf facial
controlatéral (transfaciale) ou sur un autre nerf crânien moteur
(hétéronerveuse).
– Les anastomoses faciofaciales transfaciales sont peut utilisées car
décevantes.
Réalisées en deux temps, elles nécessitent un abord
distal du nerf facial sain pour y brancher deux ou trois longues
greffes de nerf sural tunnellisées sous la peau et amenées à proximité
des branches correspondantes du nerf paralysé.
L’anastomose
distale est réalisée 3 mois plus tard.
– Les anastomoses hétéronerveuses sont au contraire d’usage très
courant.
L’anastomose hypoglossofaciale est une technique simple
consistant à suturer bout à bout, dans la région parotidienne, le nerf
hypoglosse dérouté et le tronc du nerf facial.
Les résultats obtenus
sont fiables et constants, et permettent une récupération du tonus et
de la mobilité faciale proche d’un grade IV, plus rarement III, car la
qualité de la fermeture oculaire reste inconstante.
L’inconvénient de
cette technique est la tendance spastique observée dans la partie
basse du visage, et les troubles d’élocution et de mastication
ressentis par certains patients.
Il est possible de contourner ces
difficultés liées à la déafférentation linguale, en préservant une partie
du nerf hypoglosse grâce à une hémianastomose latéroterminale
avec déroutement du nerf facial intrapétreux.
Les résultats sont
dans tous les cas supérieurs à ceux obtenus par la technique de May
utilisant une greffe en « pont », placée entre le VII parotidien et la
moitié du nerf hypoglosse.
L’anastomose hypoglossofaciale est,
par la constance de ses résultats, la technique de référence dans la
prise en charge secondaire des paralysies faciales consécutives à la
chirurgie de l’angle pontocérébelleux.
L’anastomose spinofaciale (XIVII)
est peu utilisée car fonctionnellement délabrante.
L’anastomose trigéminofaciale (V-VII), utilisée par Fisch dans les voies
infratemporales C ou D, est d’utilisation complexe et rare.
3- Transferts musculaires dynamiques
:
Le transfert du muscle temporal est le plus utilisé.
C’est la partie
antérieure du muscle, et surtout de son aponévrose, qui permet de
réanimer les paupières ou la sangle buccale.
La difficulté principale
tient à la brièveté du muscle, qu’il convient de rallonger par des
bandelettes de fascia tunnellisées dans les paupières et insérées de
façon médiale, ou par des bandes de Gore-Text.
D’autres auteurs
ont proposé de sectionner l’apophyse coronoïde et de la prolonger
par une bandelette de fascia pour l’insérer sur l’orbiculaire des yeux.
Le transfert du masséter est utilisé pour animer les lèvres.
C’est la
partie antérieure du muscle qui est prélevée.
On peut également
utiliser les transferts musculaires réinnervés et revascularisés.
Ils
donnent des résultats plus favorables pour le traitement de
l’insuffisance buccale que pour la réanimation palpébrale, pour
laquelle ils sont souvent décevants.
Il peut s’agir du muscle pédieux, gracilis, du grand dorsal ou du grand droit de l’abdomen.
Le
pédicule vasculaire est l’artère faciale ou l’artère temporale
superficielle, le pédicule nerveux, le nerf temporal profond ou le
nerf hypoglosse.
La neurotisation trigéminale consiste à réinnerver
les muscles de la commissure par les branches terminales du nerf
du masséter transposé.
4- Traitement de la lagophtalmie
:
Les troubles conjonctivocornéens sont les plus sévères des
complications des paralysies faciales.
En cas d’ulcération aiguë, seule l’occlusion palpébrale et la blépharorraphie assurent la protection
oculaire.
La prévention de ces troubles passe d’abord par l’usage
pluriquotidien de gouttes ophtalmologiques ou de gel protecteur, et
par la mise en place de pansements, voire de lunettes occlusives,
voire encore par l’installation de points fixés par une bande adhésive
sur la peau de la paupière supérieure.
Quand la lagophtalmie est
mal supportée, d’autres gestes s’imposent.
Si la paralysie ne doit
être que transitoire, l’implantation sous le muscle orbiculaire d’un
poids en or de 0,5 à 2 g paraît le plus adapté.
Cette technique,
actuellement bien codifiée, se complique rarement.
Le risque
essentiel est infectieux, mais migration et extrusion ont également
été rapportées.
En cas d’ectropion associé, une résection palpébrale
ou une inclusion cartilagineuse peuvent être associées.
Le procédé
de Kuhnt et Szymanovski est de loin le plus utilisé.
En cas de
paralysie faciale définitive ou de longue durée, il convient souvent
de combiner l’implantation d’un poids d’or, une greffe cartilagineuse
palpébrale inférieure, et une resuspension canthale latérale.
Il est
parfois nécessaire d’y associer un lifting du sourcil et une suspension
de la joue.
L’utilisation du fil d’Arion est devenue rare du fait des difficultés de
réglage et surtout des extrusions fréquemment rencontrées.
Il en est
de même du ressort de Morel-Fatio.
En cas de paralysie faciale
associée à un déficit trigéminé, le risque de lésions oculaires très
sévères et indolores doit conduire à une blépharorraphie de
première intention.
5- Suspension commissurale
:
La suspension de la commissure labiale au zygoma cherche à
redonner une symétrie de repos au visage.
Elle nécessite de réaliser
un cerclage péribuccal aponévrotique auquel est attaché un hauban
tendineux, aponévrotique, voire une lame de Gore-Text.
Ce geste
peut s’associer à une résection cutanée nasogénienne ou à un lifting
cervicofacial, au mieux réalisé dans ce contexte en sous-platysmal
pour lutter contre la ptôse tégumentaire.
B - TRAITEMENT DES SYNCINÉSIES :
Le traitement des syncinésies est avant tout préventif.
La
rééducation faciale, en évitant l’usage de la gomme à mâcher et
l’électrothérapie, paraît un préalable.
Une fois installées, les
syncinésies sont de traitement très difficile.
Certains ont pu proposer
l’utilisation de la rééducation basée sur le biofeedback ou l’injection
de toxine botulique dans les muscles touchés.
D’autres auteurs
plaident pour des neurotomies sélectives. Des myomectomies
sélectives ont également été proposées, notamment au niveau de
l’orbiculaire des paupières.
Toute la difficulté du traitement tient au
fait que la paralysie reste sous-jacente à la syncinésie.
C - TRAITEMENT DU SPASME POSTPARALYTIQUE :
Il fait appel à l’injection de toxine botulique selon des protocoles
proches de ceux utilisés dans le spasme idiopathique.
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