Ontogenèse des hormones hypothalamohypophysaires Cours
d'endocrinologie
Introduction
:
Nos connaissances sur la mise en place des hormones ont suivi un
parcours essentiellement en rapport avec les technologies en usage
selon l’époque considérée.
Les résultats des dosages sériques ont
progressivement été complétés par des dosages obtenus à partir de
broyats tissulaires, puis des phénotypages cellulaires par
immunohistochimie avec complément ultrastructural.
L’avènement des techniques relevant de la biologie moléculaire a permis
d’approfondir ces données statiques même si celles-ci avaient été
obtenues chez des foetus et comparées aux résultats déjà connus à
différentes époques de la vie de l’individu.
L’embryologie a suivi
des étapes similaires, d’un domaine exclusivement descriptif à celui
de l’embryologie causale avec Spemann, pour aboutir à l’étude du
contrôle génétique et épigénétique du développement.
Les modèles
animaux, souris transgéniques, recombinaisons homologues (souris
knock-out), représentent aujourd’hui une nouvelle étape : la
réalisation de déficits programmés permet de cerner le(s) candidat(s)
responsable(s) d’un syndrome connu ou construit.
Enfin, l’existence
de syndromes déficitaires, en cours de reconnaissance chez l’homme,
valide l’extrapolation indispensable à cette démarche.
Un exemple
de déficits hypophysaires associés parmi les plus connus à l’heure
actuelle permet de montrer l’apport de la biologie moléculaire dans
ce domaine d’étude.
Deux modèles animaux sont régulièrement cités
pour des déficits hypophysaires associés comparables, mais qui
correspondent en fait à des altérations de deux gènes différents et
situés sur deux chromosomes.
Chez les souris naines Snell et
Jackson, trois lignées cellulaires sont hypoplasiques, les lignées
somatotrope, thyréotrope et lactotrope.
Ces souris présentent une
mutation ponctuelle sur les deux allèles du gène Pit1 (chromosome
6 chez la souris).
Chez les souris Ames, malgré un déficit affectant
ces trois mêmes lignées avec hypoplasie hypophysaire, l’anomalie
responsable est le fait d’une mutation ponctuelle du gène Prop1 (chromosome 11).
Il est donc évident que ces deux facteurs peuvent
être tenus pour responsables des déficits constatés, d’où l’hypothèse
qu’ils peuvent intervenir dans la différenciation hypophysaire.
Dans
l’espèce humaine, des mutations du gène Pit1 sont à l’origine de
maladies génétiques familiales associant un retard statural par
déficit hypophysaire portant sur les trois mêmes lignées.
Jusqu’à
présent, dix mutations ont été décrites chez une trentaine de sujets
appartenant à 16 familles distinctes à travers le monde.
L’analyse de
l’ensemble des cas actuellement documentés ayant montré qu’il
existait une grande variabilité de phénotypes et d’anomalies
génotypiques chez ces patients, certains auteurs ont envisagé de
rapporter cette variabilité phénotypique à la multiplicité des
fonctions et des cibles de ce facteur.
Nous proposons une présentation qui suive les étapes
chronologiques que nous avons indiquées : après un bref rappel des
éléments constitutifs du complexe hypothalamohypophysaire, nous
reprenons une embryologie descriptive comportant organogenèse et
cytodifférenciation et nous envisageons, pour terminer, une
énumération non exhaustive des différents facteurs de transcription
actuellement retenus en insistant sur deux exemples parmi les plus
étudiés.
La majorité des résultats se rapporte à des résultats obtenus
chez l’animal, principalement la souris, avec la correspondance chez
l’homme quand elle a pu être dégagée.
Rappel des différents constituants
du système hypothalamohypophysaire :
A -
HYPOPHYSE
:
Elle comporte la neurohypophyse et l’adénohypophyse.
La première
est constituée de trois lobes, l’éminence médiane, la tige et le lobe
nerveux.
La seconde comporte le lobe antérieur, le lobe
intermédiaire, réduit chez l’homme à la zone cystiforme, et le lobe
tubéral.
Le lobe antérieur est caractérisé par une architecture cordonale.
Chaque cordon reposant sur une lame basale est bordé
sur deux de ses faces par un capillaire.
Cinq types cellulaires
hormonogènes constituent les cordons.
Tous les types cellulaires peuvent se rencontrer dans un cordon, mais il existe néanmoins une
répartition topographique des cellules par rapport à l’ensemble de
la glande (ailerons et partie médiane), ainsi que des associations
phénotypiques préférentielles.
Un dernier type cellulaire non
hormonogène, cellule folliculostellaire, se dispose entre les cellules
précédentes ou limite les microfollicules intracordonaux.
La
vascularisation comporte un système hypothalamoantéhypophysaire
caractérisé par l’existence d’un système porte (origine : artères
hypophysaires supérieures) et un système hypothalamoneurohypophysaire
banal (origine : artères hypophysaires inférieures).
B - NOYAUX HYPOTHALAMIQUES :
Les noyaux hypothalamiques comportent deux ensembles
neuronaux, dits « magnocellulaires » et « parvocellulaires ».
Les
noyaux magnocellulaires appartiennent à l’hypothalamus antérieur,
ils comportent le noyau paraventriculaire (NPV) et le noyau
supraoptique (NSO).
Les axones des neurones des noyaux magnocellulaires hypothalamiques gagnent le lobe nerveux de la
neurohypophyse où la vasopressine et l’ocytocine sont directement
déversées dans la circulation générale.
Les neurones parvocellulaires
synthétisent des facteurs hypophysiotropes : ils projettent leur
neurosécrétion au niveau des capillaires du système porte dans
l’éminence médiane.
La corticolibérine (corticotropin releasing
hormone [CRH]) et la thyrolibérine (thyrostimulin releasing hormone
[TRH]) proviennent de neurones parvocellulaires situés dans le NPV,
ce dernier renferme donc des neurones parvo- et magnocellulaires.
La somatocrinine (somatolibérine, growth hormone releasing hormone
[GHRH]) est synthétisée dans le nucleus arcuatus et le noyau
médioventral adjacent.
La gonadolibérine (gonadotrophin releasing
hormone [GnRH]) provient de neurones situés principalement dans
la région préoptique.
Enfin, la somatostatine (somatrotrophin release
inhibiting factor [SRIF]) provient du noyau antérieur
périventriculaire.
Embryologie descriptive :
A - HYPOPHYSE :
Depuis Rathke en 1900, l’embryologie de l’hypophyse comporte des
séquences repères.
Dès la troisième semaine embryonnaire, un
épaississement du plafond du stomodæum (origine ectodermique),
en avant de la membrane pharyngienne, réalise une invagination
dans le mésenchyme voisin et se dirige, en haut et en arrière, à la
rencontre d’une évagination du plancher du diencéphale ;
l’invagination progresse, sous forme d’une vésicule creuse, retenue
de façon transitoire par le canal pharyngohypophysaire, qui se
fragmente pour disparaître secondairement.
Il en résulte la mise en
place d’une structure, la poche de Rathke (ectodermique) en contact
avec l’évagination diencéphalique.
Cette zone de contact se dirige
progressivement de la position rostrale vers la position caudale.
Après la 13e semaine embryonnaire, la position définitive est
atteinte.
La poche de Rathke donne naissance à l’adénohypophyse,
le plancher du diencéphale à la neurohypohyse.
La croissance du
dérivé ectodermique se fait de façon asymétrique, mettant
progressivement en place un épithélium antérieur stratifié, par
opposition à un épithélium postérieur simple.
L’épithélium antérieur
est à l’origine du lobe antérieur et du lobe tubéral de
l’adénohypophyse, l’épithélium postérieur à l’origine du lobe
intermédiaire.
Cette croissance différentielle a été expliquée par un
phénomène de répression exercé en arrière par l’ébauche de la neurohypohyse selon le principe d’induction/compétence énoncé
par Spemann.
Les facteurs de transcription et les molécules signal
permettent d’expliquer l’importance de cette double interface poche
de Rathke/diencéphale/mésenchyme juxtahypophysaire.
B - HYPOTHALAMUS :
Cette structure résulte de la prolifération de cellules progéniteurs
situées dans la zone intermédiaire de la paroi diencéphalique située
sous le sillon (sulcus) hypothalamique à partir de la cinquième
semaine embryonnaire.
C’est plus précisément à partir de cette zone
(sillon hypothalamique) que naîtront les NPV et NSO entre les
semaines 10,5 et 12,5.
On a démontré que des éléments extérieurs
pouvaient aussi participer à la formation de certains des noyaux
hypothalamiques, puisque des neurones en provenance des placodes
olfactives primitives seraient destinés à donner des neurones à
GnRH des noyaux préoptiques.
La fin de la différenciation s’exprime
avec la mise en évidence du neurosécrétat, mais celui-ci est identifié
au niveau des noyaux hypothalamiques avant sa mise en évidence
au niveau des terminaisons axonales, quel que soit le système
considéré.
C - CODÉVELOPPEMENT HYPOTHALAMOHYPOPHYSAIRE
ANTÉRIEUR (STADE TROIS-QUATRE SOMITES)
:
Si l’on considère conjointement le système hypothalamohypophysaire,
on doit insister d’emblée sur l’interdépendance du
développement de ces deux structures, même si les résultats des
techniques d’exérèse/greffes chez le couple caille/poulet ne sont
pas aussi univoques qu’il y paraissait il y a encore peu d’années.
En
effet, ce n’est vraisemblablement pas la partie antérieure de la plaque
neurale qui serait à l’origine de l’adénohypophyse, mais plutôt la
partie toute antérieure du versant externe du bourrelet neural
antérieur.
Il n’en reste pas moins vrai que la connexion avec
l’hypothalamus embryonnaire est indispensable à la cytodifférenciation hypophysaire, en particulier en ce qui concerne
les cellules de la lignée corticotrope.
D’un autre côté, l’éminence
médiane hypothalamique avec sa composante axonale ne semble pas
pouvoir se développer en l’absence de l’hypophyse primitive.
En ce qui concerne l’hypothalamus, le centre de la plaque
neurale antérieure est formé de la lame terminale et du chiasma
antérieur (récessus préoptique compris).
Les zones latérales de la
plaque neurale en arrière de l’éminence thalamique représentent
respectivement le thalamus ventral et dorsal.
Dans la région
moyenne, juste en arrière du chiasma optique, se trouve
l’emplacement du tuber et des corps mamillaires.
Cytodifférenciation (chez l’homme)
:
A - HYPOPHYSE :
La cytodifférenciation des lignées adénohypophysaires (lobe
antérieur) suit une progression temporospatiale qui s’explique par
la mise en place de domaines d’expression de différents facteurs de
transcription plus ou moins précoces, transitoires ou permanents.
Néanmoins, l’examen d’hypophyses foetales s’appuyant sur
l’histologie, l’ultrastructure et l’immunophénotypage permet déjà de
préciser les dates d’apparition des différents types cellulaires.
Vers
la septième semaine embryonnaire, les cellules de l’épithélium
antérieur de la poche de Rathke ont un aspect encore peu différencié,
mais les mitoses y sont nombreuses.
À partir de la huitième semaine,
deux populations cellulaires sont immunoréactives : la première à
l’anti- adrenocorticotrophic hormone (ACTH) avec colocalisation pour
l’anti-melanocyte stimulating hormone (MSH) â, la seconde pour
l’anti-growth hormone (GH).
En fait, en ce qui concerne la lignée corticotrope, les cellules peuvent renfermer différents peptides de la
série opio-cortico-mélanotrope, séparément ou colocalisés.
La
représentation de ces deux types cellulaires augmente
progressivement tout au long de la maturation du parenchyme
glandulaire.
L’immunopositivité pour la sous-unité á (unité
commune aux hormones glycoprotéiques) apparaît à la neuvième
semaine, puis progressivement, de la 12e à la 14e semaine, se mettent
en place les cellules à prolactine (PRL), les cellules thyréotropes
(thyroid stimulating hormone [TSH]), et enfin les cellules
gonadotropes (follicle stimulating hormone-luteinizing hormone [FSHLH]).
Celles-ci se caractérisent en outre par un dimorphisme sexuel,
en ce qui concerne leur date d’apparition et leur quantité.
Les
caractéristiques ultrastructurales des lignées cellulaires s’affirment
de façon contemporaine à l’immunopositivité aux différents
anticorps, à l’exception d’une population, celle des cellules à prolactine.
En effet, la cellule, immunoréactive à l’antiprolactine dès
la 12e semaine, n’acquiert les caractéristiques ultrastructurales de
cette lignée que vers la 23e semaine.
L’aspect de cette cellule décrite
à la 12e semaine l’a faite classer dans un sous-groupe particulier,
celui des cellules mammosomatotropes qui ne disparaîtrait que
vers la 26e semaine ; le relais entre les deux formes se situant vers la
23e semaine.
Le lobe intermédiaire provient de l’épithélium
postérieur de la poche de Rathke.
Il reste peu développé, mais on y
reconnaît essentiellement des cellules de la lignée corticotrope, ainsi
que quelques cellules somatotropes qui disparaîtront après la
15e semaine.
Ce lobe ne renferme pratiquement, chez l’adulte, que
des kystes de taille variable (renfermant un matériel colloïde, PAS
positif [periodic acid shiff]) : ce lobe, dit également « zone cystiforme
», est donc constitué de reliquats de la fragmentation de la cavité
primitive de la poche de Rathke.
Le lobe tubéral représente une
expansion du lobe antérieur. Il est bien développé à partir de la
15e semaine et renferme préférentiellement des cellules
gonadotropes et thyréotropes.
Sa vascularisation est particulièrement
riche, constituée de vaisseaux portes qui rejoignent le premier réseau
capillaire de l’éminence médiane.
B - HYPOTHALAMUS
:
La maturation des noyaux hypothalamiques peut être appréciée
selon une technique immunohistochimique identique, ayant pour
but de mettre en évidence les neurosécrétats en fonction de l’âge
gestationnel.
L’existence de différence entre la présence intratissulaire de la neurohormone et le retard en termes de
régulation demande des techniques autres, comme par exemple la
recherche de l’acide ribonucléique messager (ARNm) ou des
récepteurs.
Deux facteurs hypophysiotropes sont présents de façon
précoce dans les noyaux hypothalamiques, il s’agit de la
thyrolibérine et de la gonadolibérine, détectés dès la quatrième
semaine embryonnaire et demie.
Pourtant, leur action régulatrice ne
se manifeste, pour l’un comme pour l’autre, que vers la 14e semaine.
En ce qui concerne la gonadolibérine, il y a simultanéité avec la
différenciation de la lignée cellulaire correspondante.
En ce qui
concerne la thyrolibérine, c’est la différenciation terminale des
neurones qui n’est pas accomplie, puisque l’immunopositivité des
terminaisons axonales au niveau des vaisseaux portes n’est effective
que vers la 16e semaine.
La somatostatine est mise en évidence dans
l’hypothalamus vers la dixième semaine, la dopamine vers la
15e semaine, la corticolibérine vers la 16e et la somatolibérine vers la
18e semaine.
Des tests utilisant des peptides synthétiques comme
ligands montrent néanmoins que des récepteurs existent
antérieurement à la mise en évidence des facteurs hypophysiotropes,
en particulier pour la corticolibérine et la thyrolibérine.
C - DONNÉES MORPHOFONCTIONNELLES :
Outre l’examen histologique et ultrastructural des hypophyses
foetales, les dosages hormonaux périphériques in situ sur broyats
tissulaires, ainsi que les techniques in vitro de culture, peuvent
apporter des informations complémentaires sur la sécrétion
hormonale, plus fragmentaires sur les processus de régulation.
Quelle que soit la technique utilisée, les résultats des dosages
hormonaux suivent les étapes de la cytodifférenciation.
Les dosages
périphériques, intratissulaires et les cultures d’explants confirment
l’apparition successive de l’hormone corticotrope, somatotrope, de
la sous-unité á, de la prolactine, de l’hormone thyréotrope et des
hormones gonadotropes, respectivement entre la septième et la
14e semaine.
Les taux en sont variables, en fonction du type de la
sécrétion et de l’époque gestationnelle.
Le dosage de l’hormone corticotrope montre une augmentation progressive, un maximum
entre la 12e et la 34e semaine et une chute à la naissance.
Celui de
l’hormone somatotrope augmente depuis son apparition jusqu’à la
naissance et ne diminue qu’après.
La prolactine, qui est dosable dans
le tissu hypophysaire dès la neuvième semaine et demie, n’est
présente dans le sérum qu’à la 12e semaine de gestation et, en
culture, pour des explants ayant atteint la 14e semaine de gestation.
Quand on compare ces résultats avec l’apparition des
caractéristiques ultrastructurales de la 23e semaine, on retrouve
indirectement une preuve de l’existence d’une population antérieure
de type mammosomatotrope.
Les taux de sous-unité á diminuent
progressivement au cours de la gestation, ceux de l’hormone
thyréotrope suivent une pente inverse.
En ce qui concerne les
hormones gonadotropes, elles sont toujours plus élevées et plus
précoces chez le foetus féminin que chez le foetus masculin, quel que
soit l’âge gestationnel.
Leur taux s’élève progressivement pour
atteindre un maximum au milieu de la gestation et redescendre
lentement dans la seconde partie.
Contrôle génétique et épigénétique
du développement
:
A - GÉNÉRALITÉS :
Le concept d’induction/compétence, résultant des expériences de
Spemann (1924, centre « organisateur »), a suivi le développement
des techniques ultérieures d’excision/greffe (substitution isotopique
et isochronique) et de coculture, mais a également ouvert un champ
d’investigation à ces facteurs encore inconnus à l’époque mais dont
on imaginait qu’ils transportaient une « information » depuis un
centre « organisateur » vers un lieu « compétent ».
On parle alors de
cellules inductrices, ayant la propriété de provoquer une
différenciation et, d’autre part, de cellules compétentes ayant la
propriété de réagir en se différenciant.
C’est la biologie moléculaire
qui permet de décrypter la nature de ces facteurs, leur(s) domaine(s)
d’expression, leur(s) lieu(x) d’action.
D’un point de vue moléculaire,
une induction peut être expliquée par des contacts cellulaires réalisés
entre deux molécules transmembranaires ou par une synthèse, par
les cellules inductrices, d’une molécule sécrétée qui agit au niveau
d’un récepteur situé sur la cellule compétente.
Différentes protéines
ont ainsi pu être caractérisées ou sont encore en cours
d’investigation, mais il se dégage la notion que des événements
solidaires les uns des autres surviennent en cascade, aboutissant à
une parfaite organisation temporospatiale.
Les facteurs de
transcription sont des protéines qui se lient à des éléments de
régulation dans les régions, promotrice et amplificatrice, de l’acide
désoxyribonucléique (ADN).
Ceci leur permet de jouer un rôle pivot
dans la régulation de l’expression génique, par inhibition ou
stimulation de la transcription des gènes.
Ces protéines sont
regroupées selon les similitudes de leur structure en plusieurs
grandes familles.
Dans une même famille, les protéines partagent
un domaine de structure commun, correspondant au site de liaison
à l’ADN, avec par ailleurs un domaine favorisant la transcription, le
domaine d’activation trans.
Le motif hélice-tour-hélice (HTH) est un
des motifs de liaison à l’ADN les plus simples et les plus communs.
Les protéines à homéodomaine (séquence de 60 acides aminés)
constituent une catégorie particulière de protéines HTH.
Cet homéodomaine a été trouvé dans les protéines qui déterminent
l’identité des segments chez la drosophile.
La mutation de l’un de
ces gènes transforme une région du corps en une autre (mutation homéotique), d’où leur nom de gène homéotique : leur importance
est tout aussi grande en ce qui concerne le développement
embryonnaire d’organismes multicellulaires parmi lesquels les
mammifères.
Ces gènes codent pour un motif, ADN, qui
ressemble au domaine HTH.
Certains facteurs de transcription ont à
la fois un homéodomaine et une seconde région de liaison à l’ADN.
Dans certains cas, la région qui comprend l’homéodomaine et la
seconde région de liaison à l’ADN est appelée le domaine POU
(Pit1-Oct1-Oct2-unc-86).
La famille des gènes à domaine POU est
impliquée dans la régulation des gènes du développement au
niveau du SNC (système nerveux central), de l’hypophyse et du
système immunitaire.
Ainsi, l’identification du premier facteur de
transcription humain, tissu spécifique, à une protéine à homéodomaine a-t-elle constitué une étape charnière dans la
mesure où il est devenu possible de jeter un pont entre deux champs
distincts : celui de la régulation transcriptionnelle et celui de la
biologie du développement.
B -
DONNÉES ACTUELLES SUR LE CODÉVELOPPEMENT
HYPOTHALAMOHYPOPHYSAIRE :
À l’heure actuelle, on peut envisager deux voies de signalisation
impliquées dans l’organogenèse hypothalamohypophysaire avec, en
extension, la mise en place des hormones hypothalamohypophysaires,
une voie intrinsèque et une voie extrinsèque, selon
qu’il s’agit de facteurs émis au niveau de la poche de Rathke, ou de
facteurs provenant d’autres structures mais qui joueront un rôle sur
les précédents.
D’une façon schématique, les facteurs les plus
précoces ont un domaine d’expression large qui se restreint
secondairement.
Ils permettent l’activation de l’expression génique
impliquée dans des lignées programmées.
Par ailleurs, certains
d’entre eux ne sont que transitoires, alors que d’autres, permanents,
jouent aussi un rôle de maintien du phénotype cellulaire après le
temps de la maturation.
Les résultats, acquis
essentiellement chez la souris, plus rarement chez les amphibiens et
les oiseaux, sont présentés sous forme de tableaux.
Un découpage en
périodes ne pourrait être qu’arbitraire, dans la mesure où des
périodes de recouvrement sont l’expression d’un continuum
biologique.
Par ailleurs, la revue de la littérature montre qu’il peut
exister des imprécisions dans les datations en fonction du premier
jour de gestation choisi comme référence.
Plutôt que de présenter cette cascade complexe telle qu’elle est
perçue actuellement, nous avons choisi quelques exemples ponctuels
de facteurs de transcription impliqués au niveau de l’hypothalamus
et du lobe antérieur de l’adénohypophyse, en envisageant des étapes
plus ou moins précoces comme l’engagement et la différenciation,
mais aussi des modes d’action différents de signalisations
extrinsèque et intrinsèque.
C - HYPOTHALAMUS :
La neurohypophyse originaire du diencéphale est constituée d’un
type cellulaire glial, les pituicytes, d’axones et de terminaisons
axonales en provenance des noyaux magnocellulaires
hypothalamiques.
On a montré que plusieurs membres de la famille
de gènes à domaine POU de classe III sont exprimés soit de façon
exclusive, soit avec des recouvrements au niveau de l’hypothalamus
en cours de développement, dont le facteur Brn2.
Celui-ci est
exprimé précocement au niveau du tube neural et se restreint
secondairement à certaines structures du SNC.
On le retrouve chez
l’adulte au niveau du cortex, du thalamus, de l’hypothalamus, du
tronc et du cervelet.
Les souris mutantes homozygotes (souris KO)
pour ce gène sont dépourvues à la fois de noyaux hypothalamiques
et de neurohypophyse.
En fait, des examens successifs ont montré
que jusqu’à E 14,5, la cellularité reste normale au niveau de la
neurohypophyse, et que les pituicytes ne sont pas modifiés jusqu’à E 16, mais qu’à cette date il n’existe pas de projection axonale des
neurones en provenance des noyaux magnocellulaires.
À partir de
cette date, le nombre des pituicytes diminue, ce qui permet
d’évoquer deux possibilités : rôle trophique de voisinage joué par
les neurones, rôle direct joué par le gène.
Par ailleurs, l’activation
d’un autre neuropeptide, le CRH, provenant des noyaux
parvocellulaires, ne se produit pas.
Si l’on examine conjointement le
lobe antérieur et le lobe intermédiaire de l’adénohypophyse, on ne
constate aucune anomalie.
Quelles informations peut-on tirer de ces
observations ?
Que le Brn2 est indispensable au développement de
lignées spécifiques de noyaux hypothalamiques, mais que, par
ailleurs, la différenciation étant accomplie, ces neurones
hypothalamiques ne sont plus requis pour le développement de
l’adénohypophyse.
D - RÔLE DU DIENCÉPHALE ET DU MÉSENCHYME JUXTAHYPOPHYSAIRE !
1- Diencéphale ventral
:
De nombreuses expérimentations chez l’amphibien comme chez
l’oiseau (exérèse/greffe, explants en culture/coculture) ont confirmé
l’importance de l’association de proximité diencéphale/poche de
Rathke, insistant sur l’existence de signaux en provenance du
premier sur la cytodifférenciation et l’expansion de certaines lignées
cellulaires adénohypophysaires, appartenant au second.
On a
ainsi pu montrer récemment que des molécules de signalisation
originaires du diencéphale ventral et du mésenchyme juxtahypophysaire agissaient de façon différente en maintenant ou
en supprimant l’expression de marqueurs très précoces au niveau
de la poche de Rathke primitive.
L’ensemble de ces actions,
agonistes et/ou antagonistes s’est révélé essentiel à l’organogenèse
hypophysaire ainsi qu’à l’expression de gènes cellulaires spécifiques.
Afin d’assigner à chacune des molécules un rôle aussi exact
que possible, diverses procédures peuvent être utilisées.
Elles sont
essentiellement basées sur des modèles animaux mutants pour un
facteur de transcription connu : pour chacun des facteurs étudiés,
on complète par l’étude histologique et génétique de l’organe ainsi
modifié.
On peut aussi réaliser des expériences de culture tissulaire
isolée et de coculture avec ou sans le facteur étudié.
Les résultats
permettent de préciser l’implication, la chronologie, les synergies
mises en jeu dans l’organogenèse, la différenciation, la maturation
des lignées cellulaires de l’organe considéré.
Le décryptage
moléculaire des signaux en provenance du diencéphale ventral et
du mésenchyme juxtahypophysaire repose sur le mutant T/ebp–/–.
Ce facteur est exprimé précocement au niveau du diencéphale
ventral, de la thyroïde et du poumon, mais pas au niveau de
l’hypophyse.
La souris mutée meurt à la naissance avec de
nombreuses anomalies de ces organes, mais surtout l’animal est
dépourvu d’hypophyse.
L’étude histologique de stades antérieurs
montre qu’il existe à E 10,5 une poche de Rathke rudimentaire, dont
l’épithélium reste simple et qui disparaît secondairement en
l’absence de différenciation.
Au moment de la formation de la poche
de Rathke à E 8,5, une molécule signal de la famille TGF-bêta, le BMP4,
est exprimée dans le diencéphale ventral, juste au contact de la
structure rudimentaire, et ce jusqu’à E 10,5.
C’est à son niveau qu’est
exprimé un facteur de la famille LIM, le facteur Isl1.
Chez le mutant
T/ebp–/–, ce facteur est toujours exprimé et comme en culture il a été
montré que le BMP4 maintient l’expression de Isl1, on explique chez
le mutant le maintien de Isl1 par la présence de BMP4.
On peut en conclure que BMP4 est indispensable à la formation de la poche de
Rathke primitive.
À E 9,5, une autre molécule signal est exprimée
dans le voisinage de la poche de Rathke, le FGF8.
Son domaine
d’expression se déplace à E 10,5, vers l’infundibulum, et on retrouve
le récepteur du FGF8 au niveau de la poche de Rathke dans une
zone adjacente à son domaine d’expression.
On a montré que le
domaine d’expression de Fgf8 était calqué sur celui de T/ebp1 et,
chez le mutant T/ebp–/–, le FGF8 fait défaut. Deux autres facteurs de
la famille LIM, Lhx3 et Lhx4 (Gsh4), sont également exprimés
au niveau de la poche de Rathke mais postérieurement à Isl1.
Chez
le mutant T/ebp–/–, où le FGF8 fait défaut, il n’y a pas d’activation ni
de Lhx3 ni de Lhx4.
En l’absence du couple Lhx3/Lhx4, la poche de
Rathke reste rudimentaire ; en l’absence de Lhx3 seul, le
développement hypophysaire s’arrête au stade de poche de Rathke
définitive.
On peut en déduire que FGF8 est indispensable à la
formation d’une poche de Rathke définitive.
Indiquons que dans le
cas d’une anomalie survenant antérieurement et portant sur le
développement du diencéphale, il y a modification des molécules
signal précédentes.
Pour résumer, BMP4 est nécessaire à l’induction
et à la formation de la poche rudimentaire, FGF8 contrôle
l’activation de Lhx3 et Lhx4, indispensables au passage à la forme
définitive.
Par ailleurs, des expériences de culture isolée d’explant
de la poche de Rathke comparée à une coculture d’explant avec
diencéphale ventral montrent qu’à E 9,5 la coculture est nécessaire,
tandis qu’elle est inutile après E 10,5, quand on examine la
cytodifférenciation des phénotypes des lignées corticotropes, des
lignées Pit1 dépendantes et des lignées á-GSU.
On peut donc
compléter les résultats précédents par la notion que, à environ
E 10,5, il y a modification du mode de signalisation qui passe d’une
voie extrinsèque vers une voie intrinsèque.
2- Mésenchyme juxtahypophysaire :
Le rôle de facteurs de la famille des BMPs autres que BMP4, BMP2
et BMP7 a également été étudié, et ce d’autant plus que leur
expression se fait vers E 10,5, c’est-à-dire simultanément à la
modification de la voie de signalisation permettant d’imaginer qu’il
s’agit d’un signal critique entrant dans la perte de dépendance entre
le diencéphale ventral et la poche de Rathke.
Pour cette étude, il a
été nécessaire d’utiliser une molécule sécrétée (Shh), dont le domaine
d’expression est absent de la poche de Rathke, créant une frontière
moléculaire à l’intérieur de l’ectoderme, ce qui permet de délimiter
un gradient ventrodorsal d’expression du couple BMP2/FGF8.
À E
10,5, BMP2 est détecté dans la partie ventrale de la poche de Rathke
ainsi que dans le mésenchyme avoisinant.
Deux jours plus tard, son
expression est restreinte aux cellules bordant la fente de la poche de
Rathke, ainsi qu’à la zone de croissance cartilagineuse sous-jacente,
pour disparaître à E 15,5/16,5.
Cette extinction va de pair avec la
différenciation terminale des lignées Pit1 dépendantes á-GSU, PRL
et TSH-bêta.
L’étude de différents modèles transgéniques (facteurs
FGF8 et BMP2) a permis de montrer qu’il existait en fait une action
signal contraire selon un gradient dorsoventral, vis-à-vis de la
détermination des phénotypes cellulaires.
3- Gradients d’expression et cytodifférenciation :
L’étude conjointe des facteurs BMP4/FGF8/BMP2 permet de dégager
plusieurs étapes dans le développement hypophysaire où l’on
distingue deux couches ectodermiques distinctes : diencéphale
ventral à l’origine de facteurs inducteurs et revêtement stomodéal
qui représente la partie compétente. Trois étapes peuvent être
distinguées :
– la phase initiale du développement hypophysaire correspond
d’une part à une phase intense de prolifération sous la dépendance
du FGF8, facteur par ailleurs connu pour être un puissant mitogène,
d’autre part à une phase d’induction de Lhx3/P-LIM, indispensable
à la détermination de l’organe, sous la dépendance du BMP4 ;
– puis se met en place un gradient ventrodorsal d’expression du
BMP2, permettant la détermination des lignées cellulaires ventrales
dont les lignées Pit1 dépendantes. Une surexpression de
BMP2/BMP4 entraîne une majoration de ces lignées ventrales alors
que les lignées corticotropes ne sont pas affectées ;
– la troisième phase correspond à une atténuation d’expression de
la signalisation de la famille BMP, qui permet la différenciation
terminale de tous les types cellulaires ventraux, gonadotrope,
thyréotrope, somatotrope et lactotrope.
E - PIT1, FACTEUR DE TRANSCRIPTION SPÉCIFIQUE
DE L’HYPOPHYSE :
L’expression de Pit1 ou GHF1 durant l’embryogenèse précède la
première apparition des hormones hypophysaires.
Caractérisé en
premier lieu chez le rat et la souris, c’est une protéine de 33 kD,
responsable de la différenciation de trois types cellulaires, lignées
somatotrope, lactotrope et thyréotrope, de la régulation
transcriptionnelle des promoteurs cibles, ainsi que de la prolifération
et du maintien des cellules dans leur lignée.
Il comporte un homéodomaine caractéristique de la grande famille des protéines
régulatrices du développement et un domaine additionnel, le
domaine POU.
Chez les rongeurs et l’homme, la différenciation
et/ou le maintien des lignées somatotrope, lactotrope et thyréotrope
sont sous la dépendance de l’expression du gène Pit1 fonctionnel.
En effet, des mutations du gène Pit1 se traduisent par un
hypopituitarisme et une hypoplasie affectant ces trois lignées
(cas des mutants Snell et Jackson).
Non seulement les gènes Prl,
Gh et Tsh-bêta sont les cibles directes d’action de Pit1, mais aussi le
gène du récepteur du GHRH comme le prouve le syndrome de la
petite souris (little mouse) caractérisé par une diminution de 90 %
des cellules somatotropes.
Néanmoins, il a été montré que Pit1 seul
est insuffisant dans la mesure où la différenciation de la lignée
somatotrope intervient bien plus tard que l’expression du gène.
Les mécanismes en cause dans la différenciation des trois
lignées cellulaires hypophysaires sont loin d’être parfaitement
connus, néanmoins l’activation des trois gènes différents nécessite
une action coordonnée avec des facteurs secondaires.
La régulation
de chacun des trois gènes Prl, Gh, et Tsh nécessite respectivement
une coopération avec l’ensemble des Ets (famille des récepteurs à
oestrogènes), avec Zn15 et l’AP1-like. Deux points méritent d’être
soulignés :
– le messager de Pit1 est détecté précocement avant même
l’apparition des différents types cellulaires ; il existe en fait une
population de cellules thyréotropes détectée avant l’expression du transcrit ; il s’agit d’une population Pit1 indépendante, de
topographie très antérieure et surtout d’existence transitoire ;
– il existe une concordance dans le taux d’expression de la protéine
qui est particulièrement élevé entre la 17e et la 19e semaine et à,
proximité du terme, ce qui correspond d’une part à un taux
d’hormones somatotropes particulièrement élevé, d’autre part à la
phase de prolifération des cellules lactotropes.
Dans ces conditions,
on peut imaginer que Pit1 ne joue pas exclusivement un rôle dans
la cytodifférenciation mais aussi dans la régulation de l’activité
hormonale ainsi que dans la prolifération cellulaire.
Enfin, il
convient de rappeler que Pit1 a été recherché et localisé dans les
adénomes à prolactine, les adénomes somatotropes et les formes
mixtes, d’où l’hypothèse d’une implication dans la tumorigenèse
mais qui, aujourd’hui, n’a pu encore être confirmée.
Résumé des données actuelles
chez l’homme :
Bien que moins documentées, un certain nombre de données
générales reprenant les facteurs de transcription décrits chez
l’animal se retrouvent chez l’homme, et on peut distinguer
schématiquement deux étapes : antérieure et parallèle à la cytodifférenciation.
Rappelons que certaines différences,
essentiellement de datation, peuvent s’expliquer par les incertitudes
qui persistent toujours quant à l’âge exact de la gestation chez
l’homme.
A - FACTEURS DE TRANSCRIPTION ANTÉRIEURS
À LA CYTODIFFÉRENCIATION :
Ptx1 a été identifié comme déterminant précoce de différentes
structures cérébrales et faciales, donc antérieur au développement
hypophysaire.
Il a été initialement proposé comme activateur du
gène de la POMC (pro-opiomélanocortine), en fait retrouvé dans
tous les types cellulaires adénohypophysaires. Un gène proche, Ptx2,
a également été mis en évidence au niveau de la poche de Rathke.
Une mutation de ce dernier est responsable du syndrome de Rieger,
caractérisé par des malformations craniofaciales mais sans anomalie
hypophysaire.
On ne connaît pas avec précision les domaines de
recouvrement de ces deux gènes au niveau épithélial
(adénohypophyse) ; en revanche, ils diffèrent en ce qui concerne les
dérivés mésenchymateux puisque Ptx1 est impliqué dans les
dérivés mandibulaires et Ptx2 dans les dérivés maxillaires.
Deux membres de la famille LIM, Lhx3 et Lhx4, ont été mis en
évidence au moment de l’invagination de l’ectoderme stomodéal.
Le premier reste exprimé au niveau de toute la glande, tandis que
l’expression du deuxième se restreint secondairement au lobe
antérieur.
Un troisième membre de cette famille P-LIM serait
également exprimé à un stade précoce du développement de la
poche de Rathke ; il est en effet retrouvé dans tous les types
cellulaires, mais il n’est probablement pas impliqué dans les
processus de cytodifférenciation.
Rpx, également identifié au niveau de l’hypophyse primitive, semble
même être impliqué de façon plus générale dans le développement
de la partie antérieure de l’embryon.
Son expression disparaît du
mésenchyme et se restreint exclusivement à la poche de Rathke.
Il
est appelé à disparaître au moment de la mise en place des autres
facteurs de transcription spécifiques hypophysaires.
Prop1 est également exprimé précocement.
Sa disparition se fait
conjointement avec la mise en place des phénomènes de cytodifférenciation mais il est indispensable à l’expression de Pit1
qu’il précède, ce qui est confirmé en clinique humaine dans les
syndromes déficitaires hormonaux hypophysaires associés similaires
au modèle de la souris Ames.
B - FACTEURS DE TRANSCRIPTION CONTEMPORAINS
DE LA CYTODIFFÉRENCIATION :
1- Pit1 (GHF-1) :
C’est le plus anciennement connu des facteurs de transcription
hypophysaire spécifiques.
Pit1 n’est retrouvé que dans
les cellules somatotropes, lactotropes et thyréotropes.
Il est à la fois
indispensable à la cytodifférenciation mais aussi au maintien des
trois lignées.
Chez l’homme, la chronologie de la différenciation
cellulaire diffère de celle des rongeurs puisque les cellules lactotropes, thyréotropes â et gonadotropes â ne sont mises en
évidence qu’à la 12e semaine mais, comme chez l’animal, Pit1 est
insuffisant, à lui seul, au processus de différenciation.
On peut ainsi
résumer actuellement les connaissances concernant le facteur Pit1 :
– l’expression de son ARNm précède la mise en évidence des
hormones hypophysaires ;
– il est retrouvé abondamment et précocement dans l’hypophyse
humaine et, de ce fait, joue vraisemblablement un rôle dans la cytodifférenciation et la prolifération cellulaire ;
– enfin, la corrélation entre la détection de son ARNm et la
localisation de la protéine évoque un mécanisme de régulation posttranscriptionnel
spécifique du type cellulaire.
2- CREB :
Bien que présent au niveau des promoteurs de nombreux gènes, il
n’est probablement pas candidat à un contrôle cellulaire
spécifique, mais il pourrait agir en synergie avec d’autres
facteurs et serait probablement impliqué dans le développement
des cellules somatotropes.
3- ER :
De nombreuses études ont montré que les oestrogènes intervenaient
directement par le biais de leur récepteur dans la régulation de la
transcription du gène de la prolactine, de sa synthèse et de sa
sécrétion.
Mais son rôle ne se limite pas à un seul type cellulaire, en
effet la séquence de différenciation des cellules hypophysaires
(corticotrope, somatotrope, sous-unité-alpha, prolactine, sous-unité-bêta
spécifiques) implique l’existence d’un facteur autre que Pit1, et le
candidat le plus probable à ce rôle pourrait être l’ER-alpha.
4- TEF :
Bien que son expression soit ubiquitaire, ce facteur est probablement
impliqué dans l’activation de l’expression du gène de la TSH-bêta.
En
outre, ce facteur pourrait aussi être impliqué dans la mise en place
d’une sécrétion de TSH par les cellules qui produisent PIT1.
5- SF1
:
Il est nécessaire à la différenciation des cellules gonadotropes
hypophysaires aussi bien qu’à la différenciation du noyau ventromédian de l’hypothalamus.
Chez l’homme, Sf1 est
exclusivement exprimé dans les cellules gonadotropes sans qu’il
existe aucun rapport avec l’expression de la sous-unité-alpha.
6- CUTE :
Cette protéine a été identifiée dans différents types cellulaires
exprimant POMC, mais pas dans les autres types cellulaires.
Ce
facteur est impliqué comme un facteur déterminant spécifique de
l’expression du gène de la POMC.
C - FACTEURS HYPOTHÉTIQUES :
D’autres facteurs impliqués dans l’ontogenèse des hormones
hypophysaires chez la souris sont encore à l’heure actuelle
considérés plus comme des candidats potentiels : il s’agit du facteur
Zn 15, de la famille Ets, des récepteurs à glycocorticoïdes (GCRs),
des récepteurs à l’hormone thyroïdienne (THRs) et des récepteurs à
l’acide rétinoïque.
Conclusion
:
Nous conclurons par quelques exemples en pathologie humaine en
rapport avec le facteur de transcription le mieux connu à l’heure actuelle, Pit1.
C’est en effet la connaissance des anomalies qui nous
renseignent sur l’implication d’un gène dans le développement normal.
Chez l’homme, depuis 1991, année du clonage de Pit1, différentes
mutations ont été rapportées.
Des mutations de Pit1 sont à l’origine de
maladies génétiques familiales caractérisées par un retard statural par
déficit hypophysaire combiné de GH, PRL et TSH.
Dix mutations ont
été décrites à ce jour chez une trentaine de sujets appartenant à 16
familles distinctes à travers le monde.
Dans la majorité des cas, il existe
un déficit profond de la sécrétion de GH s’accompagnant d’un nanisme
sévère et un déficit complet de la sécrétion de PRL, associé à un déficit
variable thyréotrope.
Lorsque ce dernier est à la fois grave et précoce, on
est en présence du retard mental caractéristique de l’hypothyroïdie
congénitale.
Il peut en outre exister ou non une hypoplasie
hypophysaire décelable par imagerie radiologique.
Il peut s’agir soit de
mutations ponctuelles, soit de l’apparition d’un codon stop ou de
délétions du gène.
Les mutations peuvent être dominantes, fréquentes
ou sporadiques, ou récessives.
À l’heure actuelle, la fréquence des
mutations de Pit1 parmi les déficits hypophysaires associés est encore
difficile à établir, néanmoins il s’agit à ce jour du seul modèle humain
clairement démontré.