Oligoarthrite ou polyarthite de moins de trois mois d’évolution
Cours de l'appareil locomoteur
Orientation étiologique
:
A - Oligo ou polyarthrite infectieuse
:
Une oligo ou une polyarthrite aiguë, accompagnée de
fièvre avec ou sans frissons, évoque en premier lieu une
arthrite infectieuse.
1- Pyogènes
:
Gonocoque : c'est le germe le plus souvent en cause
dans les oligoarthrites infectieuses du sujet jeune, en
particulier chez la femme en raison de la discrétion des
manifestations génitales.
Le début est brutal, avec des
signes généraux importants : fièvre, frissons.
L’atteinte
articulaire est soit mono ou oligoarticulaire, soit polyarticulaire
d’emblée avec une atteinte asymétrique.
Le
poignet et le genou sont souvent atteints.
L’arthrite est
volontiers migratrice au début avant de se localiser sur
une ou deux articulations.
Les signes inflammatoires d’arthrite sont francs.
L’existence d’une ténosynovite
(cou de pied, poignet, extenseurs) ou de manifestations
cutanées est inconstante mais très évocatrice d’une
gonococcie : papule puis pustule ou vésicule, siégeant
sur le thorax ou la partie distale des membres.
La
recherche d’une porte d’entrée (génitale, anale, buccale)
avec prélèvements bactériologiques est systématique.
Il
existe un syndrome inflammatoire biologique franc ; le
liquide articulaire est inflammatoire et les cultures sur
milieu gélose chocolat sont positives dans 50 % des cas.
L’identification de Neisseria gonorrhoeae dans le liquide
articulaire par polymerase chain reaction (PCR) semble
prometteuse mais n’est pas de pratique courante.
Les
hémocultures peuvent être positives, ainsi que la
recherche directe de gonocoque dans une lésion cutanée.
Les radiographies sont normales au début, la destruction
articulaire survenant secondairement en l’absence de
traitement.
L’amélioration est spectaculaire après
quelques jours d’antibiothérapie.
l Méningocoque, pneumocoque, streptocoque B, staphylocoque
doré, endocardite d’Osler : les manifestations
articulaires s’intègrent alors dans le cadre d’une
septicémie, survenant volontiers sur un terrain particulier
(immunodéprimé, diabétique, malade traité par cortisonothérapie,
splénectomisé...).
La constatation d’un
purpura est évocatrice de méningococcémie, qui peut
par ailleurs mimer une arthrite gonococcique.
Un
souffle cardiaque fait rechercher une endocardite
d’Osler (purpura, splénomégalie associés) que les manifestations
articulaires (arthrites fluxionnaires des
grosses articulations) peuvent révéler.
La brucellose est une zoonose qui atteint l’homme par
contact direct avec les animaux (vétérinaires, éleveurs,
entrant alors dans le cadre des maladies professionnelles)
ou par ingestion alimentaire (fromage frais, lait
cru, fruits ou légumes souillés).
Brucella abortus,
B. melitensis, B. suis, B. canis peuvent transmettre la maladie à l’homme.
Les régions les plus touchées en
France sont les Alpes, la Corse, la bordure méditerranéenne.
À la phase aiguë de la maladie, des arthrites ou
des arthralgies simples coexistent avec les poussées
fébriles caractéristiques (fièvre sudoro-algique).
La
hanche et le genou sont les articulations les plus souvent
atteintes. Une sacro-iliite ou une spondylodiscite peuvent
être associées.
Les radiographies initiales sont normales.
Le diagnostic repose sur le contexte étiologique
et la mise en évidence bactériologique : les hémocultures,
réalisées de préférence en période fébrile ; l’analyse
du liquide synovial ; la sérologie de Wright, précocement
positive, recherche la présence d’agglutinines de
type IgM et IgG ; la technique ELISA met aussi en évidence
les IgM et les IgG ; le test au Rose Bengale et
l’immunofluorescence indirecte sont positifs plus tardivement
que le sérodiagnostic de Wright.
L’intradermoréaction à la mélitine n’a plus d’intérêt.
La
leucopénie est classique au cours de la brucellose.
l Les infections à Pasteurella multocida succèdent à
une morsure ou une griffure de chat ou de chien le plus
souvent.
Des arthrites septiques aiguës très inflammatoires
au voisinage de la porte d’entrée, avec réaction
locale marquée, peuvent alors s’observer.
Le diagnostic
repose sur la mise en évidence du germe à la phase
aiguë.
2- Spirochètes :
La maladie de Lyme, initialement décrite chez l’enfant,
est transmise par Borrelia Burgdorferi dont le vecteur
est constitué par certaines tiques ixodes.
Certaines
zones boisées sont infestées de manière endémique, en
particulier dans l’Est de la France, mais des cas isolés
peuvent être observés sur tout le territoire français.
La
transmission a lieu habituellement en été et en automne.
Des arthralgies sont possibles au stade de primo-infection.
L’atteinte articulaire survient au stade II (manifestations
précoces de l’infection disséminée) et au stade
III (manifestations tardives de l’infection disséminée):
mono ou oligoarthrite prédominant aux membres inférieurs
(genou). Les épisodes d’arthrite sont souvent
brefs et récidivants. Des douleurs aux insertions des
enthèses, un doigt ou un orteil en saucisse sont possibles.
À la phase des lésions articulaires, des lésions
cutanées secondaires (lésions annulaires, rash, pustules,
urticaire, érythème diffus), des atteintes cardiaques
(troubles de la conduction) ou neurologiques (méningoradiculite,
atteinte des paires crâniennes) doivent être
recherchées systématiquement.
Le diagnostic est porté
sur un faisceau d’arguments cliniques (notion de morsure
de tique, existence d’un érythème chronique migrans
antérieur à la polyarthrite, séjour en zone d’endémie)
évocateurs mais inconstants ; arguments biologiques
[liquide articulaire inflammatoire généralement stérile
par les techniques usuelle, mise en évidence de B
Burgdorferi par PCR, surtout sérologie positive en IgM
et IgG (dépistage par ELISA confirmé par immunoblotting ].
C’est parfois la réponse au traitement antibiotique
d’épreuve qui permettra d’assurer le diagnostic.
La syphilis secondaire peut s’accompagner de manifestations
articulaires, à type de polyarthrite subaiguë
peu sévère, fixe, avec signes inflammatoires locaux
modérés. Le diagnostic repose sur la notion de contage,
la mise en évidence d’une éruption, d’une alopécie,
d’adénopathies, avec sérologie syphilitique fortement
positive.
3- Mycobactéries :
La tuberculose est une cause non exceptionnelle d’arthrite
chez les sujets immigrés provenant d’Afrique
noire ou d’Asie, ou plus rarement d’Afrique du Nord.
Elle peut aussi s’observer chez le sujet autochtone âgé
ou immunodéprimé.
L’atteinte est le plus souvent monoarticulaire
mais une oligoarthrite est possible.
Le diagnostic
repose sur le terrain et la clinique qui est évocatrice
: début insidieux, avec une douleur modérée
contrastant avec une tuméfaction importante, suivie par
une amyotrophie rapide ainsi qu’une limitation des
amplitudes articulaires (genou, hanche le plus souvent),
la notion d’atteinte extra-articulaire.
La biologie montre
un syndrome inflammatoire biologique modéré voire
absent.
Au stade précoce, les radiographies sont normales,
puis surviennent des géodes et des érosions siégeant
électivement en périphérie, en regard des zones
d’attache de la capsule synoviale.
Le pincement articulaire
se majore progressivement.
Le liquide synovial est
inflammatoire, avec moins de 20 000 éléments/mm3, le
plus souvent mixte, à prédominance de polynucléaires
neutrophiles, bien qu’une prédominance lymphocytaire
soit évocatrice de l’origine tuberculeuse de l’arthrite.
La
mise en évidence de bacille de Koch au direct est exceptionnelle,
les cultures sont positives dans 90 % des cas.
C’est surtout la biopsie synoviale qui apporte des arguments
à la fois histologiques (granulome épithélioïde
avec ou sans caséum) et bactériologiques (cultures positives
en 6 à 12 semaines).
La recherche d’autres foyers
est systématique.
l Le diagnostic de lèpre doit être évoqué chez les
patients ayant séjourné de manière prolongée en zone
d’endémie (Inde, Brésil, Indonésie, Nigeria).
Dans 5 %
des cas survient une polyarthrite diffuse, symétrique,
chronique, très inflammatoire, fixe, non destructrice.
Des manifestations oligoarticulaires sont possibles. Un
érythème noueux peut y être associé.
4- Virus :
De très nombreux virus peuvent être responsables d’oligo
ou de polyarthrites aiguës.
L’hépatite virale B entraîne
dans près de 40 % des cas une polyarthrite brutale,
bilatérale et symétrique, touchant souvent les mains,
avec une raideur importante, souvent accompagnée
d’une urticaire ou d’une éruption maculopapuleuse.
L’horaire est inflammatoire.
La polyarthrite précède
l’ictère de quelques jours et régresse généralement à la
phase ictérique.
Le diagnostic repose sur la notion de contage, l’élévation des transaminases, la positivité de
la sérologie de l’hépatite B, la mise en évidence d’un
liquide articulaire inflammatoire monocytaire stérile.
Les
arthralgies ou les arthrites sont moins fréquentes au cours
des hépatites A et C.
La possibilité d’atteinte articulaire
lors de la primo-infection par le virus de l’immunodéficience
humaine (VIH) doit inciter à proposer un dépistage.
De très nombreux autres virus sont susceptibles d’induire
des polyarthrites : rubéole ou vaccination antirubéolique, oreillons, herpès, varicelle, parvovirus
B19, mononucléose infectieuse, arbovirus, échovirus, etc.
Il n’est pas utile de multiplier les sérodiagnostics en l’absence
de manifestation extra-articulaire évocatrice, en raison
de l’évolution favorable habituelle en quelques jours
ou semaines de ces polyarthrites virales.
5- Parasitoses :
Des polyarthrites d’origine parasitaire sont possibles chez
les sujets ayant séjourné en zone tropicale, en particulier
la filariose et l’anguillulose.
Une hyperéosinophilie peut
être évocatrice.
Les sérologies permettent le diagnostic.
B - Rhumatismes post-infectieux :
1- Arthrites réactionnelles
:
Les arthrites réactionnelles sont des arthropathies stériles
par les techniques usuelles, dont la cause est une infection
initiale extra-articulaire principalement génitale
(Chlamydiae trachomatis) ou digestive (Shigella flexneri,
Salmonelloses mineures, Yersinia enterocolitica et pseudotuberculosis,
Campylobacter jejuni) .
Dans la forme
complète, elles réalisent la triade urétro-oculo-synoviale
caractéristique du syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter,
mais les formes incomplètes sont bien plus fréquentes.
C’est une oligoarthrite asymétrique des membres inférieurs,
de début brutal, 2 à 4 semaines après l'infection
déclenchante (dont les signes cliniques peuvent avoir
manqué), touchant par fréquence décroissante les genoux,
les chevilles, les métatarsophalangiennes, les mains, les
poignets, les doigts et les coudes. Les signes inflammatoires
locaux sont nets et l’épanchement est souvent très
abondant.
Une association avec des signes axiaux (douleurs
inflammatoires rachidiennes ou sacro-iliaques) ou juxta-articulaires (doigt ou orteil en saucisse, talalgie, tendinite
d’Achille) est évocatrice.
L'atteinte oculaire la plus fréquente est une conjonctivite
banale ; l’iridocyclite, habituellement unilatérale, est
plus rare.
L’urétrite vénérienne précède la survenue des arthrites
de quelques jours à un mois, et se manifeste par un écoulement
peu abondant ou est latente.
Elle peut aussi être
contemporaine ou postérieure aux manifestations articulaires
dans les formes à porte d’entrée digestive.
Chez la
femme, la cervicite passe le plus souvent inaperçue.
Dans les formes à porte d’entrée digestive, la diarrhée,
inconstante, dure en moyenne 1 mois.
Elle précède la survenue
de l’arthrite de 2 à 4 semaines.
Des lésions muqueuses génitales (balanite circinée), buccales (plaques érythémateuses indolores) doivent
être systématiquement recherchées.
La kératodermie
blennorragique de Vidal et Jacquet est la manifestation
cutanée la plus évocatrice : macule, papule ou pustule palmoplantaire,
évoluant vers la confluence, réalisant un
cône induré hyperkératosique enchâssé dans le derme, en
clou de tapissier»”.
Une atteinte cardiaque peut s’observer : myocardite,
troubles de la conduction, péricardite, insuffisance aortique.
La fièvre, l’asthénie ou l’amaigrissement sont fréquents.
La biologie montre un syndrome inflammatoire non spécifique.
Le liquide articulaire est inflammatoire et stérile
par les techniques usuelles, alors que la PCR peut être
positive pour Chlamydiae surtout dans la membrane
synoviale (mais cet examen n’est pas de pratique courante
et demande à être validé).
La coproculture est rarement
positive à distance des diarrhées.
En revanche, le prélèvement uréthral est souvent positif pour C trachomatis
même en l’absence de symptômes.
La sérologie
Chlamydiae a peu de valeur compte tenu de la forte prévalence
des IgG anti Chlamydiae dans la population.
Les
sérologies Yersinia, Salmonella, Campylobacter peuvent
permettre d’orienter le diagnostic, alors que la sérologie
Shigella a peu d’intérêt en raison d’une réaction croisée
avec Escherichia coli. L’antigène HLA B27 est positif
dans 80 % des cas.
Les radiographies des articulations atteintes sont habituellement
normales, une sacro-iliite uni- ou bilatérale est
évocatrice.
2- Rhumatisme post-streptococcique
:
Le rhumatisme post-streptoccocique de l’adulte est devenu
très rare dans les pays développés, mais peut s’observer
en particulier chez les migrants.
Un antécédent de rhumatisme
articulaire aigu est fréquent.
Il touche l’adulte jeune, avec une égale fréquence dans les deux sexes.
On trouve
dans environ deux tiers des cas une angine récente, précédant
les signes articulaires d’une semaine à un mois. Une
polyarthrite aiguë s’installe en quelques jours, symétrique,
touchant préférentiellement les membres inférieurs.
Le
caractère migrateur est évocateur mais inconstant.
L’atteinte est oligoarticulaire dans un quart des cas. Un
érythème noueux est évocateur du diagnostic.
L’atteinte
cardiaque est plus rare qu’au cours du rhumatisme articulaire
aigu (péricardite, myocardite, endocardite).
La chorée
et les nodosités sous-cutanées ne s’observent jamais
chez l’adulte.
L’élévation des enzymes streptococciques
(ASLO, antistreptodornases, antistreptokinases) témoigne
de l’infection déclenchante, mais ne peut suffire à porter le
diagnostic en raison de la fréquence des angines streptococciques.
Le prélèvement de gorge recherche du streptocoque.
Ce rhumatisme, du fait de sa rareté, doit être considéré
comme un diagnostic d’élimination.
C - Spondylarthropathies :
Ce groupe rassemble les arthrites réactionnelles, la pelvispondylite
rhumatismale, qui débute cependant très rarement
par des manifestations périphériques, le rhumatisme
psoriasique et les entérocolopathies chroniques (maladie
de Crohn et rectocolite hémorragique).
Les manifestations
rhumatologiques évocatrices sont constituées par une oligoarthrite
des membres inférieurs, associée ou non à des
manifestations axiales.
Les signes extradigestifs (diarrhée,
urétrite, balanite, lésions psoriasiformes, oculaires...) ont
une valeur diagnostique très importante.
Les signes radiographiques
évocateurs sont, au rachis dorsolombaire,
l’existence de syndesmophytes, la « mise au carré »
(squarring) des vertèbres, une éventuelle arthrite sacroiliaque
uni- ou bilatérale.
La présence de l’antigène HLA
B 27, présent dans 50 % des rhumatismes psoriasiques
avec manifestations axiales, 80 % des arthrites réactionnelles
et 90 % des pelvispondylites est un fort élément
d’orientation. Des critères diagnostiques ont été proposés
pour ces différentes spondylarthropathies.
Bon nombre d'oligoarthrites restant inclassées
sont probablement des formes indifférenciées de
spondylarthropathies.
D - Polyarthrite rhumatoïde :
Dans la majorité des cas (70 %), la polyarthrite rhumatoïde
(PR) débute par une oligoarthrite distale touchant la
main (poignets, métacarpophalangiennes, interphalangiennes
proximales) et parfois les avant-pieds.
Les douleurs
ont un horaire inflammatoire, avec un dérouillage
articulaire matinal dont la durée est variable.
L’atteinte des
mains et des poignets grossièrement symétrique,
une atteinte tendineuse (ténosynovite des extenseurs ou
des fléchisseurs, du cubital postérieur), le terrain (surtout
la femme entre 40 et 50 ans) sont des arguments évocateurs.
Au stade initial, aucune déformation n’est notée, les
radiographies sont normales ou montrent une tuméfaction
des parties molles et/ou une déminéralisation épiphysaire métacarpophalangienne « en bande ».
La biologie montre
un syndrome inflammatoire aspécifique, la recherche de
facteurs rhumatoïdes est le plus souvent négative au début.
Le liquide synovial est inflammatoire, à prédominance de
polynucléaires neutrophiles.
La polyarthrite rhumatoïde
débute dans 20 % des cas par une polyarthrite aiguë avec
fièvre et altération de l’état général.
Des manifestations
articulaires intermittentes régressives en 24 à 48 heures
(rhumatisme palindromique) sont un mode de début rare
de polyarthrite rhumatoïde.
Des critères ont aussi été proposés
pour le diagnostic de polyarthrite rhumatoïde.
E - Autres rhumatismes inflammatoires :
La pseudopolyarthrite rhizomélique peut donner, outre
des douleurs des ceintures, des synovites des mains et des
poignets, et mimer une polyarthtrite rhumatoïde à début
rhizomélique.
C’est souvent l’évolution qui permettra de
trancher.
l La polyarthrite oedémateuse du sujet âgé (RS3PE
pour Remiting Synovitis Seronegative Symetrical Pitting
Edema) est une affection rare comprenant une polyarthrite
bilatérale et symétrique associée à de volumineux oedèmes des mains en « gants de boxe » et parfois des
pieds.
Son évolution est favorable avec une faible cortisonothérapie
même si un certain nombre évoluent vers
une authentique polyarthrite rhumatoïde ou un autre
rhumatisme.
La maladie de Still est une affection de l’adulte jeune
qui entraîne des arthralgies ou une polyarthrite s’accompagnant
d’une fièvre hectique, avec clochers thermiques
supérieurs à 39°, et rash maculaire ou maculopapuleux
rosé non prurigineux intermittent.
D’autres éléments
sont évocateurs : pharyngite non bactérienne, adénopathies,
splénomégalie.
Les examens biologiques montrent
une hyperleucocytose supérieure à 10 000 / mm3,
avec plus de 80 % de polynucléaires neutrophiles.
Une hyperferritinémie souvent considérable, avec effondrement
de la fraction glyquée, est un bon élément d’orientation.
Les examens immunologiques et bactériologiques
sont négatifs.
La maladie de Behçet est évoquée devant l’association
d’une polyarthrite, inconstante, avec une aphtose bipolaire
(buccale et génitale) chez un patient originaire du
bassin méditerranéen.
Des antécédents de thrombose
veineuse ou artérielle, une uvéite antérieure ou postérieure,
des manifestations dermatologiques (érythème
noueux, pseudofolliculite) sont évocateurs.
La maladie de Whipple est une affection rare dont les
manifestations articulaires peuvent précéder de plusieurs
années les troubles digestifs à type de diarrhée
chronique.
Le purpura rhumatoïde est évoqué devant des polyarthralgies
associées à un syndrome douloureux abdominal
et un purpura des membres inférieurs.
La maladie périodique entraîne une polyarthrite récurrente
fébrile avec douleurs abdominales chez les juifs
séfarades.
La sarcoïdose peut débuter par une polyarthrite aiguë
associée à un érythème noueux et des infiltrats pulmonaires
(syndrome de Löfgren).
D’authentiques polyarthrites paranéoplasiques ont
été rapportées.
F - Connectivites :
1- Syndrome de Sjögren :
Le syndrome de Sjögren associe une polyarthrite non
destructrice à une xérostomie et (ou) une xérophtalmie.
Le diagnostic différentiel est difficile avec une polyarthrite
rhumatoïde débutante, d’autant que la recherche
de facteurs rhumatoïdes est souvent positive.
Le diagnostic
peut nécessiter la pratique d’une biopsie des
glandes salivaires accessoires.
2- Lupus érythémateux disséminé :
L’atteinte articulaire est fréquente et souvent révélatrice
au cours du lupus.
C’est une polyarthrite aiguë inflammatoire
touchant préférentiellement la femme jeune, en
particulier de race noire, accompagnée de signes généraux (fièvre, altération de l’état général).
Le tableau peut
mimer une infection.
La recherche de signes extra-articulaires
(cutanéomuqueux, antécédents de fausses
couches ou de thromboses veineuses profondes, existence
d’une atteinte rénale...) permet d’orienter le diagnostic.
La présence d’anticorps antinucléaires, d’anti-DNA
natif, la baisse du complément sont évocatrices.
3- Connectivites mixtes (syndrome de Sharp)
:
Ces connectivites sont définies par l’association d’une
polyarthrite à un syndrome de Raynaud, une myosite et
des doigts boudinés.
La biologie montre des anticorps
antinucléaires à taux élevé avec présence d’anti-RNP
caractéristiques.
4- Autres connectivites :
La sclérodermie systémique, la polymyosite, la dermato-
polymyosite, certaines vascularites en particulier la
maladie de Wegener ou la périartérite noueuse, la polychondrite
atrophiante, les cryoglobulinémies... s’accompagnent
plus rarement d’une polyarthrite.
G - Arthropathies métaboliques :
1- Goutte polyarticulaire :
La goutte peut se présenter de manière atypique par une
oligo ou une polyarthrite.
Une fièvre est fréquente dans
ces formes.
Des antécédents personnels ou familiaux de
goutte ou de lithiase urique, la prise au long cours de
médicaments hyperuricémiants comme les diurétiques
thiazidiques, le début brutal, l’atteinte de la métatarsophalangienne,
la sensibilité à la colchicine sont des
arguments diagnostiques.
Le diagnostic repose sur la
mise en évidence de microcristaux d’urate de sodium
dans le liquide synovial. Rappelons que l’hyperuricémie
est inconstante pendant la crise.
2- Chondrocalcinose articulaire
:
La chondrocalcinose est une des causes d’arthrite aiguë
les plus fréquentes chez le sujet âgé.
Les articulations
habituellement atteintes sont les genoux et les poignets,
mais toutes les articulations peuvent être touchées.
Les
radiographies mettent en évidence un liseré calcique
évocateur [ménisques, ligament triangulaire du
carpe, symphyse pubienne].
La ponction articulaire
ramène un liquide très inflammatoire contenant des
microcristaux de pyrophosphate de calcium.
Diagnostic différentiel
:
Certaines affections articulaires comme l’arthrose érosive
des doigts, ou périarticulaires (tendinopathies, maladie
des calcifications tendineuses multiples, bursites)
peuvent faire évoquer à tort un rhumatisme inflammatoire.
L’examen des articulations permet de redresser le
diagnostic.
L’algodystrophie, l’ostéo-arthropathie
hypertrophiante pneumique, la drépanocytose, certaines
hémopathies... peuvent entraîner des douleurs articulaires
sans vraie arthrite.
Explorations à réaliser devant une oligoarthrite ou une polyarthrite
aiguë
:
Les causes des oligo et des polyarthrites aiguës étant
multiples et parfois d’évolution spontanément favorable,
il n’est pas raisonnable de réaliser un bilan
exhaustif qui prétendrait chercher toutes les causes possibles.
A - Examens biologiques
:
Les examens de routine suivants sont justifiés : NFSplaquettes,
vitesse de sédimentation, protéine C réactive
(CRP), uricémie, transaminases.
Les examens à visée
bactériologique sont fondamentaux et doivent être réalisés
avant l’instauration d’une antibiothérapie : ponction
du liquide articulaire qui permet d’affirmer le diagnostic
d’arthrite (éléments > 2 000/mm3) , avec examen direct
et mise en culture rapide éventuellement sur milieux
spéciaux, recherche de microcristaux.
La constatation
d’un liquide synovial contenant plus de 50 000 éléments/
mm3 est très évocatrice d’un sepsis, bien que des
liquides très riches en cellules puissent être observés
dans les arthrites microcristallines et psoriasiques.
En
cas d’institution d’une antibiothérapie intempestive
avant la réalisation d’une ponction articulaire, la biopsie
synoviale pourra mettre en évidence des stigmates d’infection.
Les hémocultures doivent être répétées, au
moins 6 à 12 fois.
La prescription des sérologies bactériennes et virales doit être guidée par le contexte clinique,
en sachant qu’elles ne peuvent généralement être
interprétées qu’après un deuxième prélèvement fait 15
jours après le premier.
La possibilité d’une séroconversion
pour le VIH doit inciter à pratiquer une sérologie
après accord du patient. Les portes d’entrée éventuelles
(cutanées, génito-urinaires digestives, ORL) doivent
être systématiquement prélevées.
Les examens immunologiques
(anticorps antinucléaires, facteurs rhumatoïdes,
antigène HLA B27...) seront demandés selon l’orientation
clinique.
B - Examens radiographiques
:
Des radiographies comparatives des articulations
atteintes sont nécessaires.
La présence d’érosions
osseuses ou d’un pincement articulaire survenant dans
les trois premiers mois d’évolution est très évocatrice
d’une origine infectieuse.
On peut les compléter par
d’autres clichés à visée étiologique : bassin , sacroiliaques,
charnière dorsolombaire pour chercher une
spondylarthropathie; avant pieds de face et de trois
quarts pour mettre en évidence une érosion de la 5e tête
métatarsienne évocatrice de polyarthrite rhumatoïde
mais rare dans les formes récentes ; poignets, genoux,
bassin dépistant des calcifications des cartilages articulaires
ou des fibrocartilages.