OEdème angioneurotique héréditaire et acquis Cours de dermatologie
Introduction
:
Appelé en 1882 angionévrose par Quincke, l’OAN doit sa
dénomination actuelle à Strubing (1885).
Ce terme avait été choisi
du fait de l’hypothèse physiopathogénique de l’époque faisant
intervenir une anomalie du contrôle nerveux des capacités
transsudatives des parois vasculaires.
Les formes héréditaires sont
connues depuis 1888, la reconnaissance de leur mode de
transmission datant de 1917.
La relation entre cette maladie et le
déficit en C1-INH a été mise en évidence en 1963.
Le gène défectif
a été identifié et cloné en 1986.
Les premiers cas de formes
acquises associées à une hémopathie ont été rapportés dès 1972.
Actuellement, l’OAN constitue une entité clinicobiologique avec une
expression clinique relativement homogène et une expression
biologique caractérisée par un déficit fonctionnel de l’activité du C1-INH de causes variées.
Diagnostiquer précocement l’affection est
très important pour limiter la mortalité lors des épisodes aigus, mais
ce diagnostic est en fait souvent retardé.
Principales caractéristiques
de l’inhibiteur de la C1 estérase :
Le C1-INH est une glycoprotéine de 105 kDa, formée d’une chaîne
polypeptidique de 478 acides aminés et d’une fraction glucidique
riche en acide sialique.
Le gène du C1-INH est localisé sur la région q13 du chromosome 11 ; il comporte approximativement
17 000 paires de bases.
Le C1-INH est synthétisé par les hépatocytes
et les monocytes, l’interféron gamma étant un puissant stimulant de
la synthèse monocytaire.
Sa demi-vie est d’environ 64 heures.
Comme l’antithrombine III, l’alpha-1-antitrypsine et l’angiotensinogène,
le C1-INH est un inhibiteur de protéases appartenant à la famille
des serpines.
Cette famille de protéines inactive son substrat en
formant un complexe stable avec lui.
Ainsi, le C1-INH forme un
complexe avec le C1r et le C1s activés [C1r-C1s-(C1-INH)2] (qui sont
des sous-unités dont la réunion forme une protéine C1
fonctionnelle), première étape de l’activation du complément par la
voie classique.
Ce complexe initialement réversible devient stable
après libération d’un peptide de la partie C terminale du C1-INH.
Le déficit fonctionnel en C1-INH conduit à un clivage du C2 et du
C4 avec activation de la partie initiale de la voie classique,
principalement en amont du clivage du C3.
Celui-ci reste en effet
partiellement inhibé par le facteur I et la C4BP (C4 binding protein). L’activité du C1-INH n’est pas limitée au système
complémentaire.
Il régule également le système contact et la
fibrinolyse par inhibition de la kallikréine, du facteur XII, du facteur
XI, et à un moindre degré, de la plasmine et de l’activateur tissulaire
du plasminogène.
L’activation du facteur de Hageman (XIIa)
provoque donc la consommation de C1-INH et favorise la survenue
des crises, ce qui permet de comprendre le rôle déclenchant des
traumatismes dans la pathogénie de l’OAN.
Les poussées d’OAN
s’accompagnent d’une activation du système kallikréine-kinine, et à
un moindre degré, de la partie terminale de la cascade du
complément, du système de la coagulation, compensées par
l’activation de la fibrinolyse et des polynucléaires neutrophiles.
Ces
actions variées expliquent la multiplicité des facteurs intervenant
dans la genèse des lésions incluant la bradykinine, la thrombine et
probablement de nombreux autres agents vasoactifs.
Classification des oedèmes
angioneurotiques :
A - OEDÈME ANGIONEUROTIQUE HÉRÉDITAIRE :
Les formes héréditaires ont une prévalence faible, estimée en Italie à
1/50 000.
Cette relative rareté serait en faveur d’une mutation
récente, les familles avec atteinte de plus de deux générations étant
rares.
Il existe en effet parfois un contexte familial évocateur, mais
parfois également aucun contexte, car la mutation s’est produite de
novo. Une enquête familiale est toujours indispensable.
Il s’agit
d’une maladie transmise sur un mode autosomique dominant avec
une pénétrance variable, les cas sporadiques (20 à 30 %) étant
fréquents.
Dans la forme la plus commune, ou OAN héréditaire de type I, les
malades ont un déficit de la protéine C1-INH, son taux sérique étant
généralement évalué entre 5 et 30 % de la normale.
Ce taux bas,
nettement inférieur à 50 %, est lié non seulement à la présence d’un
seul allèle produisant la protéine normale, mais aussi à une
augmentation de son catabolisme avec rétention et destruction de la
protéine anormale dans le compartiment cellulaire.
Dans la forme héréditaire de type II, le taux de C1-INH est normal
ou élevé alors que l’activité fonctionnelle de la protéine est
diminuée.
Les deux allèles codent une protéine C1-INH antigéniquement normale, alors qu’une seule d’entre elles est
fonctionnelle. L’autre garde une synthèse et une sécrétion
normale avec anomalie de la zone réactive avec le substrat.
Les prévalences de ces deux formes héréditaires sont estimées dans
la littérature à 85 % pour le type I, et 15 % pour le type II.
D’après le
registre national francais, ces prévalences sur le territoire national
seraient plutôt respectivement de 98 et 2 %.
En 1986, un troisième type héréditaire a été décrit avec formation
d’un complexe C1-INH-albumine, non universellement reconnu.
Quel que soit le type, les anomalies moléculaires sont hétérogènes
avec des mutations structurales ou non structurales variées incluant
de larges délétions, des duplications et des substitutions d’une seule
base.
Le gène codant pour le C1-INH est localisé sur le bras long
du chromosome 11, et le transcrit protéique, d’une longueur de
478 acides aminés, est ensuite clivé par des protéases sur un acide
aminé critique en position 444, une arginine.
La principale mutation
rencontrée dans les OAN de type II concerne le codon de l’arginine,
celle-ci étant alors remplacée le plus souvent par une histidine, ce
qui rend le C1-INH insensible à l’action des protéases.
Une mutation
touchant la lysine en position 251 a également été rapportée à
plusieurs reprises.
Elle pourrait modifier la conformation tertiaire
de la protéine.
Enfin, des recombinaisons homologues des séquences
répétées de type Alu (séquences répétées tout au long du génome,
de répartition unique chez un individu et servant ainsi de marqueur
génétique) des introns du gène peuvent aboutir à des délétions
étendues de la partie codante du gène, jusqu’à quatre exons.
Ces
délétions sont retrouvées chez 20 % des malades présentant un OAN
de type I.
B - OEDÈME ANGIONEUROTIQUE ACQUIS :
Les formes acquises de connaissance plus récente sont encore plus
rares ; elles ont été également classées en deux types.
Dans le type I, l’activité fonctionnelle basse du C1-INH résulte d’une
consommation excessive liée à une activation de la voie classique
du complément.
En témoigne l’augmentation du catabolisme du
C1-INH démontrée par Melamed et al.
Ces formes sont le plus
souvent associées à un syndrome lymphoprolifératif bénin ou malin
de la lignée B (lymphomes non hodgkiniens, leucémies
lymphocytaires chroniques, myélome, gammapathies monoclonales
bénignes...).
Jusqu’à ce jour, un seul cas a été décrit en association
avec un lymphome T.
La consommation peut être induite dans
certains cas par des anticorps anti-idiotypes réagissant avec la gammapathie monoclonale exprimée à la surface ou dans le
cytoplasme de la prolifération B.
Cette dernière peut être de type
immunoglobulines (Ig)G, IgM, IgA ou IgD, avec une chaîne légère
kappa ou lambda.
Ailleurs, la consommation est plus rarement
provoquée par une cryoglobuline ou des complexes immuns
d’origine auto-immune ou infectieuse. Une observation a été
rapportée associée à un adénocarcinome rectal.
La forme acquise de type II est théoriquement caractérisée par
l’absence de prolifération B ou d’autre maladie associée, la présence
d’anticorps anti-C1-INH souvent oligoclonaux et d’une forme
circulante inactive du C1-INH de faible poids moléculaire (95 kDa).
Cette dernière résulte de la déstabilisation par les anticorps anti-C1- INH du complexe protéase-C1-INH clivé (le C1-INH étant clivé par
la protéase après sa liaison avec elle) et de la libération plasmatique
de la forme clivée et inactive de C1-INH, de 95 kDa de poids
moléculaire.
En fait, cette distinction est très arbitraire car des observations ont
été rapportées d’OAN acquis associés à une gammapathie
monoclonale avec activité anti-C1-INH et/ou prolifération B.
De plus, les épitopes reconnus par les anticorps anti-C1-INH sont
en fait hétérogènes, d’où la possibilité de présence d’un C1-INH de
taille normale avec autoanticorps anti-C1-INH.
Au cours du
lupus, des oedèmes peuvent s’intégrer dans le cadre d’une vasculite
urticarienne, alors généralement associés à des lésions urticariennes
par vasculite et à la présence d’anticorps anti-C1q.
Le C1-INH
peut alors être exceptionnellement abaissé, probablement par
consommation, réalisant un tableau clinicobiologique d’OAN acquis
de type I.
Dans d’autres cas existent des autoanticorps anti-C1-
INH associés à des oedèmes réalisant un tableau d’OAN acquis de
type II.
Aspects cliniques :
En dehors de l’âge de début, précoce dans les formes héréditaires
(le plus souvent avant l’âge de 20 ans) et tardif dans les formes
acquises (généralement après 50 ans), le tableau clinique de l’OAN
est similaire quel qu’en soit le type.
L’affection évolue par poussées de 2 à 8 jours, avec des oedèmes
récidivants.
Chaque poussée est caractérisée par la présence
d’oedèmes segmentaires d’intensité et de fréquence variables,
localisés principalement au tissu sous-cutané (91 %), au tube digestif
(73 %) et aux voies aériennes supérieures (48 %).
Des
circonstances déclenchantes des poussées sont identifiées dans près
de la moitié des cas.
Il s’agit essentiellement de traumatismes
physiques ou psychiques, notamment soins dentaires ou émergence
des dents chez l’enfant, plus rarement d’infections.
Chez la femme,
les estrogènes sembleraient pouvoir également avoir un rôle déclenchant des poussées, alors rythmées par le cycle menstruel ou
survenant uniquement lors de la prise d’estroprogestatifs à visée
anticonceptionnelle ou substitutive.
Quant aux grossesses, elles ont,
selon les séries, un rôle favorable, neutre ou aggravant.
L’amélioration des symptômes après la ménopause est très
inconstante.
Toute intervention chirurgicale, notamment toute
endoscopie ou pose de plâtre, peut être dangereuse.
A - ATTEINTE SOUS-CUTANÉE :
Les principaux sites concernés sont, par ordre de fréquence, les
extrémités des membres, le visage, surtout la région péribuccale, les
organes génitaux, les seins.
Les oedèmes sont durs, fixes,
progressivement croissants en 24-36 heures, régressant en 1 à 3 jours. Entre les crises, la peau reprend un aspect strictement normal.
Habituellement indolores, non prurigineux et non érythémateux, les
oedèmes sont parfois douloureux. Ils ne s’accompagnent
généralement pas d’urticaire.
Dans près d’un tiers des cas sont
présentes cependant des lésions non prurigineuses d’allure urticarienne, souvent figurées pouvant prêter à confusion avec une
urticaire ; elles ne sont néanmoins ni prurigineuses, ni
douloureuses.
Ces lésions cutanées peuvent également prendre un
aspect érythémateux ou simuler un érythème marginé ou un
érythème polymorphe.
B - ATTEINTE DIGESTIVE :
Elle se manifeste par un syndrome occlusif avec des douleurs
abdominales, volontiers à type de crampes, avec nausées,
vomissements souvent abondants, parfois suivis d’une diarrhée
hydrique pouvant être responsable d’hypovolémie.
Il n’y a pas de
signes entre les crises.
Il peut s’y associer une ascite par
extravasation de l’oedème dans la cavité péritonéale, un syndrome
obstructif visible sur les radiographies.
L’épaississement pariétal des
anses intestinales ainsi qu’un épanchement déclive peuvent être mis
en évidence par l’échographie abdominale.
L’aspect scanographique
peut simuler une tumeur digestive.
Ces symptômes ont conduit
à une laparotomie exploratrice dans 14 à 34 % des cas de deux
grandes séries de la littérature.
Entre les crises, les signes
digestifs sont absents et l’examen abdominal normal.
C - ATTEINTE LARYNGÉE :
L’oedème laryngé fait toute la gravité de la maladie, responsable des
décès observés principalement chez les malades sans prise en charge
thérapeutique.
L’obstruction des voies aériennes supérieures débute
très progressivement par une dysphonie avec respiration bruyante
et dysphagie précédant de plusieurs heures l’apparition de la
dyspnée laryngée.
Le risque d’asphyxie peut conduire à pratiquer
une trachéotomie en l’absence de traitement spécifique.
D - AUTRES MANIFESTATIONS CLINIQUES :
Elles sont moins fréquentes.
Des céphalées, une épilepsie, une
aphasie ou une hémiplégie peuvent témoigner d’un oedème
cérébral.
Une rétention d’urines ou des manifestations d’infection
urinaire, observées particulièrement chez la femme, sont
probablement en rapport avec un oedème des uretères, de l’urètre,
de la vessie ou des tissus avoisinants.
Des pancréatites aiguës
récidivantes ont été reliées à un oedème pancréatique avec
obstruction partielle des canaux excréteurs.
Les oedèmes
bronchiques ou pulmonaires sont exceptionnels en raison de
l’inactivation de la bradykinine par les enzymes de surface bordant
l’endothélium des vaisseaux pulmonaires.
Toutefois, des
épanchements pleuraux avec toux ont été rapportés.
Anatomopathologie
:
Habituellement, le diagnostic d’OAN est clinique.
Si la biopsie
cutanée était réalisée, elle montrerait essentiellement un oedème
hypodermique ou sous-cutané sans infiltrat inflammatoire.
L’oedème
laryngé est caractérisé par une spongiose dans l’épithélium avec
formation de vacuoles cytoplasmiques et par un oedème sousmuqueux.
L’oedème jéjunal prédomine dans la lamina propria, et
plus particulièrement dans la partie superficielle des villosités.
L’augmentation de la perméabilité vasculaire est associée à la
constitution de fenêtres entre les cellules endothéliales des veinules postcapillaires.
En microscopie électronique, l’aspect plissé et
indenté des noyaux témoigne d’une contraction des cellules
endothéliales.
Les mastocytes avoisinants apparaissent dégranulés, témoignant probablement d’une décharge d’histamine
dont le rôle cependant apparaît mineur comme le suggère
l’inefficacité des antihistaminiques.
Maladies associées
:
Les déficits héréditaires en C1-INH comme les déficits en fractions
du complément sont associés de façon non fortuite à certaines
maladies auto-immunes.
Ainsi, la prévalence du lupus serait 200 fois
plus élevée en présence d’OAN héréditaire que dans la population
témoin.
Dans une autre étude, il a été estimé que 2 % des malades
avec OAN héréditaire pourraient avoir un lupus.
Il s’agit de
lupus érythémateux aigus disséminés ou de lupus cutanés de type
discoïde ou subaigu, ces derniers étant plus souvent associés à
l’OAN héréditaire de type II.
Un déficit en protéine S libre avec
un taux subnormal de protéine S totale sans événement
thrombotique a été rapporté dans un cas.
Dans un autre cas sans
lupus ni anticorps antiphospholipides a été observée une nécrose cutanée
extensive au cours de la grossesse avec résistance à la
protéine C activée.
Des glomérulonéphrites mésangiales ou
membranoprolifératives ont également été signalées en l’absence de
lupus dans les deux types d’OAN héréditaire et une néphropathie
à IgA dans l’OAN de type I.
D’autres associations ont été décrites, notamment avec une polyarthrite rhumatoïde, un syndrome de Gougerot-Sjögren, des thyroïdites, un déficit en IgA, une
vasculite coronarienne, des colites inflammatoires, une anémie
de Biermer.
Enfin, chez la femme existeraient volontiers des
ovaires kystiques (polykystiques ou multifolliculaires) avec des taux
sériques élevés de â-endorphines.
Les nombreuses maladies associées aux formes acquises ont déjà été
envisagées dans la classification des OAN.
Au cours des syndromes lymphoprolifératifs, la prévalence des déficits en C1-INH serait
d’environ 0,5 %.
Ils touchent surtout les proliférations
lymphocytaires B, d’apparition souvent tardive chez un sujet âgé.
Examens biologiques
:
Au cours des épisodes d’oedèmes, la numération est le plus souvent
normale ; il peut exister cependant une hyperleucocytose, une érythrocytose, une hypernatrémie, notamment en cas de lésions
abdominales avec déshydratation extracellulaire.
Dans tous les types,
il existe un abaissement du C2 ou du C4 avec un C3 normal ou subnormal, ces dosages des protéines complémentaires étant les
premiers à demander.
Ces anomalies sont nettes au cours des
poussées, pouvant persister en période de rémission.
Le CH50
est normal, parfois diminué.
Alors que le dosage antigénique du
C1-INH est parfois normal, voire élevé, le dosage fonctionnel est
toujours abaissé.
Il est nettement plus difficile à réaliser, et demandé
exceptionnellement, en pratique quand le dosage quantitatif du C1
est normal ou élevé.
Le diagnostic des formes héréditaires peut être
réalisé à la naissance par un prélèvement sanguin du cordon
ombilical.
Une paraprotéine est habituelle au cours de la forme
acquise de type I et des anticorps anti-C1-INH mis en évidence dans
la forme acquise de type II.
La concentration antigénique ou
fonctionnelle du C1-INH n’est généralement pas corrélée à la gravité
de la maladie.
Diagnostic différentiel
:
Il se pose essentiellement avec les formes acquises d’OAN, étant
donné le caractère non héréditaire de toutes les affections discutées.
A - OEDÈMES DE QUINCKE D’ORIGINE ALLERGIQUE
:
Ils ont théoriquement une topographie différente touchant
préférentiellement les paupières et la lèvre supérieure alors que
l’atteinte des mains est plus évocatrice d’OAN.
Il n’existe
habituellement pas d’anomalie complémentaire. Les causes en sont
variées.
B - VASCULITES :
Au cours des vasculites, un oedème segmentaire traduit le plus
souvent une atteinte musculaire.
La présence d’autres lésions
dermatologiques de vasculite permet de redresser aisément le
diagnostic.
En leur absence, l’existence d’une atteinte digestive peut
augmenter la confusion avec un OAN.
Les autres atteintes viscérales
de vasculite sont cependant différentes, notamment l’atteinte rénale.
Dans les vasculites urticariennes, les lésions urticariennes sont
constantes et les oedèmes de Quincke fréquents. Les dosages du
complément et de ses fractions sont normaux en dehors de la
vasculite urticarienne hypocomplémentémique ou maladie de Mac
Duffie.
Biologiquement, il existe alors par définition dans cette
dernière affection une hypocomplémentémie portant surtout sur le
C1q avec des anticorps de type IgG dirigés contre la fraction
pseudocollagénique du C1q. Les taux de C3 et de C4 sont volontiers
également abaissés.
L’association à un lupus est classique.
En son
absence, des facteurs antinucléaires sont présents dans la moitié des
cas, théoriquement sans anticorps anti-acide désoxyribonucléique
(ADN) double brin, ni anticorps anti-Sm, ni anticorps anti-ENA.
C - OEDÈME DE LA TRICHINOSE :
Il apparaît vers le dixième jour après l’infestation et la phase
douloureuse fébrile aiguë.
Il est localisé au visage, diffus ou localisé
aux zones périorbitaires, avec une conjonctivite et des céphalées.
Le
diagnostic, fortement suggéré par la clinique et l’hyperéosinophilie,
impose un traitement rapide avant la confirmation par la sérologie
et la biopsie musculaire.
D - SYNDROME DE GLEICH :
Des oedèmes prurigineux récidivants associés à un syndrome
hyperéosinophilique sont observés dans l’exceptionnel syndrome de
Gleich.
L’hyperéosinophilie est alors constante.
La prise de poids
cyclique en est un signe important, et il existe fréquemment une
oligurie.
E - SYNDROME DE MELKERSSON-ROSENTHAL :
L’oedème, surtout labial, est d’évolution plus prolongée, d’abord
intermittent puis permanent.
Il est associé à une langue plicaturée et
à une paralysie faciale périphérique récidivante.
Il s’agit d’une
maladie rare, survenant entre la deuxième et la quatrième décennie,
sans prédominance de sexe ou de race avec une prédisposition
familiale.
Il existe des formes incomplètes.
F - SYNDROME DE FUITE CAPILLAIRE IDIOPATHIQUE :
L’oedème du visage et/ou des membres inférieurs évolue par
poussées, souvent associées à des douleurs abdominales avec ou
sans diarrhée.
La fuite capillaire entraîne une hypovolémie sévère
pouvant aller jusqu’au collapsus.
La biologie montre, outre
l’augmentation de l’hématocrite et la baisse de l’albuminémie, une gammapathie monoclonale bénigne ou maligne, presque constante.
Certaines formes sont iatrogènes, secondaires par exemple aux
perfusions d’interleukine 2.
Traitement
:
Le but du traitement est de prévenir l’apparition des poussées
comportant un risque vital, qu’un facteur déclenchant des poussées
soit ou non prévisible, et de faire disparaître les poussées quand
elles ont lieu.
Ainsi est-il nécessaire d’envisager trois modalités
différentes de traitement : le traitement prophylactique à long terme,
le traitement prophylactique à court terme et le traitement de la
crise.
Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine
sont dans tous les cas contre-indiqués car ils induisent une élévation
des taux de bradykinine secondaire à l’inhibition de sa dégradation,
favorisant l’apparition des oedèmes.
Les traitements hormonaux
contenant des estrogènes sont déconseillés chez la femme.
A - TRAITEMENT PROPHYLACTIQUE À LONG TERME :
Dans les formes héréditaires, ce traitement repose sur les stéroïdes
dits anabolisants et, à un moindre degré, sur les antifibrinolytiques.
1- Androgènes :
Parmi les androgènes, seuls ceux alkylés en 17-á augmentent la
synthèse du C1-INH par les hépatocytes.
Leur efficacité dans la
prévention à long terme est largement admise bien qu’il n’existe
aucune étude en double aveugle.
Ils sont d’intérêt beaucoup plus
limité dans le traitement de la crise du fait de leur long délai
d’action.
Leur toxicité potentielle, généralement dose dépendante,
rend indispensable l’évaluation pour chaque malade du rapport bénéfice-risque iatrogène.
Ils ont en effet de nombreux effets
secondaires : discrète virilisation, aménorrhée ou troubles des règles
chez la femme, diminution de la libido chez l’homme, prise de poids
(30 % des cas), élévation tensionnelle, crampes, myalgies, fatigue,
céphalées, hépatopathie (péliose, élévation des enzymes de
cholestase essentiellement) avec risque théorique de cancer du
foie.
Les complications rénales sont rares mais possibles
(protéinurie, glomérulopathie mésangiale sans dépôts).
Ces
inconvénients incitent à n’entreprendre un traitement
prophylactique qu’en cas d’épisode antérieur avec oedème laryngé
ou de poussées fréquentes (une ou plusieurs par mois) entravant la
vie sociale.
Il faut rechercher, pour chaque malade, la dose minimale
efficace clinique sans chercher à corriger les anomalies biologiques
nécessitant des doses plus élevées.
Habituellement, C1-INH et lC4
restent abaissés alors que C2 remonte volontiers à 50 % de sa valeur
normale.
En France, le produit le plus utilisé est le danazol, le
stanozolol n’étant plus commercialisé.
La dose moyenne est de 50 à
200 mg/j de danazol avec possibilité de thérapeutique alternée
1 jour sur 2 ou 3.
Ces faibles posologies, même si elles ne corrigent
pas toujours les anomalies biologiques, préviennent néanmoins
efficacement les crises et permettent en règle une bonne tolérance au
long cours.
Ces androgènes sont toutefois contre-indiqués chez
l’enfant, la femme enceinte et les malades atteints d’hépatopathie.
La norgestriénone pourrait être une alternative
thérapeutique chez la femme ; ses résultats sont en fait
inconstants.
Il faut suivre régulièrement les chiffres de tension
artérielle.
Le traitement est mieux supporté chez la femme
ménopausée (moins de tension mammaire et de signes de
virilisation, notamment moins de raucité de la voix).
2- Antifibrinolytiques :
Parmi les antifibrinolytiques, l’acide e-aminocaproïque a été le
premier testé avec des résultats indiscutables à la dose de 8 à 10 g/j
et de nombreux effets secondaires (hypotension orthostatique,
nausées, céphalées, diarrhée, myosite, myonécrose, tendance
thrombotique...).
Aussi, un dérivé cyclique de l’acide eaminocaproïque,
l’acide tranéxamique, plus facile d’utilisation et
d’activité antifibrinolytique comparable, a également été testé.
Dans
l’expérience d’Agostini et Cicardi, il a eu un effet bénéfique à la dose
de 1 à 4 g/j dans 70 % des cas, avec cependant un effet cliniquement
satisfaisant chez seulement 28 % des cas. Pour ces raisons, ce
traitement n’est plus utilisé qu’en deuxième intention, réservé pour
certains aux enfants ayant une contre-indication majeure aux
androgènes.
Leur potentiel oncogène à long terme et leur toxicité
rétinienne démontrée chez l’animal doivent inciter à une grande
prudence quant à leur utilisation à long terme.
3- Concentrés de C1-INH :
En cas de crises fréquentes chez des malades avec contre-indication
ou résistance aux androgènes et aux antifibrinolytiques, des perfusions tous les
3 jours de concentrés de C1-INH (25 unités de plasma/kg)
ont un effet préventif des crises démontré dans un essai
en double aveugle.
Le produit, d’origine humaine, est disponible dans les
centres de transfusion sanguine.
Les modes de préparation actuelle du C1-INH, chauffé à
la vapeur, éliminent théoriquement toute contamination
par les virus des hépatites et le virus de
l’immunodéficience humaine.
Il doit être préféré aux perfusions de plasma frais
congelé.
4- Norgestriénone :
Progestatif utilisé pour la contraception à la dose de 0,350 mg/j (un
comprimé), il a été rapporté comme efficace dans certaines
observations.
Il faut savoir que cet effet est très inconstant et, en
pratique, ce progestatif est réservé aux femmes résistantes ou
intolérantes au danazol.
5- Traitement des formes acquises
:
Le traitement curatif de la maladie associée permet souvent de faire
disparaître l’OAN, qu’il s’agisse d’une hémopathie ou d’un lupus.
Lorsque celle-ci ne justifie pas d’un traitement agressif, ou en
cas de persistance de l’OAN malgré son traitement, les androgènes
peuvent être proposés avec des résultats inconstants.
Dans les
formes acquises de type II auto-immunes, l’acide tranéxamique est
souvent prescrit de première intention du fait du caractère très
aléatoire de l’effet des androgènes.
Ailleurs, les
immunosuppresseurs éventuellement associés à des plasmaphérèses
ont donné des résultats satisfaisants dans des observations
isolées.
B - PROPHYLAXIE À COURT TERME DES CRISES :
Elle doit être envisagée avant toute intervention, soins dentaires ou
examen invasif (endoscopie).
Dans les formes héréditaires, le
traitement de référence est le danazol prescrit 6 jours avant et 3 jours
après, à la dose de 600 mg/j.
Ces traitements courts sont
parfaitement tolérés. L’acide tranéxamique ou des concentrés de
C1-INH sont des alternatives thérapeutiques. Les infections
bactériennes justifieront d’une antibiothérapie précoce.
C - TRAITEMENT DE LA CRISE :
Il n’est envisagé qu’en cas d’inconfort majeur ou de risque vital (ce
qui ne correspond pas, loin s’en faut, à tous les malades).
Théoriquement, les oedèmes ne répondent pas à l’épinéphrine ni aux
antihistaminiques.
L’acide tranéxamique à fortes doses (1g toutes
les 3 à 4 heures per os pendant 12 à 15 heures) n’est efficace que s’il
est prescrit au tout début de la crise, avant l’apparition des oedèmes,
ce qui réduit considérablement son intérêt dans cette indication.
L’efficacité des perfusions de C1-INH purifié a été démontrée dans
une étude en double aveugle.
Dans cette étude, la perfusion de
concentrés de C1-INH purifié à la dose de 25 unités de plasma/kg
s’est accompagnée d’une diminution de l’oedème muqueux en
½ heure alors que les oedèmes cutanés se résorbaient plus
lentement.
En pratique, trois ampoules de 10 mL
(500 UI/ampoule) de C1-INH sont injectées très lentement
(5 minutes) dans la tubulure de la perfusion, avec 2 minutes
d’intervalle entre chaque ampoule.
Dans les formes acquises, des
doses beaucoup plus importantes sont souvent nécessaires du fait
de l’inactivation du C1-INH perfusé par les anticorps.
Le métoclopramide, les antispasmodiques et la réhydratation sont des
traitements symptomatiques parfois utiles, notamment dans les
formes abdominales.
Les glucocorticoïdes ont un effet très discuté. Ils peuvent être
actifs à condition d’utiliser de fortes posologies (500 à 1 000 mg
intraveineux de méthylprednisolone).
Conclusion :
En conclusion, l’OAN par déficit en C1-INH exige un diagnostic
précoce, car il s’agit d’une affection grave pour laquelle existe
actuellement un traitement préventif et curatif efficace.
La diversité des
formes cliniques, génétiques ou acquises, explique les difficultés du
diagnostic et le retard pris parfois pour l’établir.
Toute manifestation
d’oedèmes atypiques doit conduire, dans un premier temps, à doser les
différentes fractions du complément.