Occlusion intestinale du grêle
Cours de gastrologie
Physiopathologie
:
Trois éléments sont à prendre en compte dans la physiopathologie
de l’occlusion intestinale : la distension
intestinale, les troubles de la microcirculation et les altérations
des secteurs hydriques de l’organisme.
1- Distension intestinale :
La distension de l’intestin grêle représente un des points
importants de la physiopathologie de l’occlusion.
En
effet, le contenu intestinal qui stagne en amont de l’obstacle
provoque une dilatation de la lumière intestinale
qui progressivement s’accroît, entraînant la poursuite
des sécrétions, puis la diminution de la réabsorption
liquidienne.
L’augmentation de la distension est liée à la
présence de gaz, due à la fois à l’ingestion de l’air
dégluti et à la fermentation du contenu intestinal stagnant.
Du fait de la tension croissante sur la paroi intestinale,
la capacité de réabsorption s’arrête, l’organisme
séquestrant d’importantes quantités d’eau, d’électrolytes
et de protéines dans le tube digestif.
2- Troubles de la microcirculation :
La persistance de la distension intestinale entraîne un
blocage de la microcirculation et donc une hypoxie avec
possible nécrose de la muqueuse.
La distension intestinale
croissante provoque la diminution progressive de la
pression partielle d’oxygène de la paroi intestinale, d’où
une carence énergétique de cette paroi avec une paralysie
de la couche musculaire lisse, aggravant d’autant la
distension initiale.
L’insuffisance d’apport d’oxygène
par distension de la paroi intestinale va produire un
oedème pariétal puis des manifestations inflammatoires
nécrotiques voire perforatives.
L’intestin altéré par l’hypoxie
et la protéolyse intracellulaire va produire un facteur myocardo-dépressif, occasionnant la diminution de
la contractilité du muscle myocardique, et provoquer
une vasoconstriction dans le territoire splanchnique ce
qui accroît d’autant l’hypoxie intestinale.
3- Altération des secteurs hydriques
de l’organisme :
Dans des conditions physiologiques, le tractus gastrointestinal
produit 5 à 6 L de sécrétions digestives par
24 h, 90 % d’entre elles étant réabsorbées.
Avec l’arrêt
de la réabsorption, se développent d’importantes
« pertes » de liquides et d’électrolytes qui stagnent dans
la lumière intestinale.
L’adulte présentant une grande
surface péritonéale, la déperdition liquidienne serait
de l’ordre de 4 L pour un oedème du péritoine
dont l’épaisseur augmenterait de 2 mm.
Une distension
ultérieure de l’intestin entraîne également l’augmentation
de la pression dans la cavité abdominale avec une
diminution de la perfusion de l’artère mésentérique
supérieure et de la veine porte ainsi que du débit cardiaque.
Enfin, la distension intestinale occasionne la
surélévation du diaphragme avec une limite de la fonction
d’expansion pulmonaire.
Ces différents mécanismes
physiopathologiques aboutissent à une séquestration
liquidienne intra-abdominale et à la formation
d’un « troisième secteur » liquidien constitué aux
dépens de la masse liquidienne circulante.
Une hypovolémie
relative est donc la conséquence finale de l’occlusion
avec l’évolution vers le choc hypovolémique et l’insuffisance rénale fonctionnelle.
Concernant l’équilibre
acido-basique et électrolytique, il est à souligner
qu’il s’agit, surtout dans les cas d’occlusion haute avec
vomissements incoercibles, d’une acidose hypokaliémique
et hypochlorémique.
Ainsi, l’occlusion intestinale génère une redistribution,
qui peut être importante, des secteurs liquidiens de l’organisme
pouvant évoluer vers un tableau de choc hypovolémique.
Étiologie :
Du point de vue étiologique, 2 groupes d’occlusions
doivent être décrits : celles mécaniques déterminées par
un obstacle à la progression du contenu intestinal et les
occlusions non organiques ou fonctionnelles, caractérisées
par une paralysie intestinale réflexe.
A - Occlusion mécanique
:
Il faut distinguer les occlusions par obstruction et celles
par strangulation.
Dans le premier cas, sont réunies
toutes les situations qui ne comportent qu’une souffrance
vasculaire tardive de l’intestin, alors que dans le
deuxième groupe, la présence de troubles de la circulation
intestinale comporte une évolution plus rapide et
péjorative.
L’occlusion mécanique touche l’intestin
grêle dans 70 à 80 % des cas.
Ce segment intestinal étant
particulièrement mobile avec de longs pédicules vasculaires,
la probabilité d’un iléus mécanique par étranglement
est élevée.
1- Occlusion mécanique par obstruction :
Une classification étiologique simple rend compte de
la position de l’obstacle par rapport à la lumière intestinale
; c’est ainsi que l’on pourra distinguer les causes extraluminales occasionnant une compression extrinsèque,
les maladies de la paroi du viscère entraînant un
rétrécissement, et les obstructions intraluminales qui
empêchent la progression du contenu de l’intestin.
• Causes extraluminales : l’obstacle au transit intestinal
par brides et adhérences constitue la cause la plus fréquente
d’obstruction mécanique.
Ces brides sont la
conséquence de processus inflammatoires de la cavité
abdominale et peuvent apparaître à tous les âges de la
vie.
Grâce à la laparoscopie, il a été établi que des brides
et adhérences, qu’elles soient uniques ou multiples,
étaient très fréquemment rencontrées après une laparotomie
mais qu’elles n’étaient que rarement à l’origine de
complications occlusives.
En effet, toute ouverture de la
cavité péritonéale et tout geste chirurgical sur un viscère
peut être responsable du développement d’adhérences
dont l’évolution vers une occlusion est totalement
imprévisible.
Ces brides et adhérences peuvent être responsables
d’une occlusion par obstruction mais également
par strangulation.
Dans le même cadre étiologique,
il y a lieu d’envisager la compression extrinsèque de
l’intestin par une masse kystique ou tumorale abdominale
qui dans son processus expansif peut aboutir à
l’obstruction plus ou moins complète de celui-ci.
• Causes à point de départ de la paroi intestinale : dans
cette catégorie, on retrouve les atrésies congénitales qui
font partie de la pathologie néonatale et les sténoses liées à certaines affections intestinales rencontrées chez
l’adulte.
Citons à cet égard des affections bénignes (les
tumeurs bénignes de l’intestin grêle, la maladie de Crohn, les entérites post-radiques) ainsi que les tumeurs
malignes plus rares (3 % des tumeurs du tube digestif à
type de carcinomes dans 50 % des cas, dans 30 % de
sarcomes, dans 15 % de carcinoïdes, dans les 5 % restants,
de tumeurs plus rares).
• Causes à point de départ de la lumière intestinale :
dans ce groupe, il faut citer les corps étrangers qui peuvent
être soit des corps ingérés volontairement mais en
fait rarement à l’origine d’occlusion du grêle, de même
que des conglomérats formés par l’agrégation de fibres
alimentaires non digérées (phytobézoards).
Ces
bézoards alimentaires se rencontrent plus volontiers
chez les patients gastrectomisés.
Un calcul d’origine biliaire peut obstruer la lumière
intestinale (iléus biliaire).
Il s’agit d’un calcul qui a
migré de la vésicule dans le grêle par une fistule cholécysto-
duodénale.
Cette occlusion du grêle se caractérise
cliniquement par son caractère récidivant et fébrile et
radiologiquement par la présence d’air dans les voies
biliaires : aérobilie vue sur l’abdomen sans préparation.
2- Occlusion intestinale par strangulation :
Il s’agit d’une occlusion avec participation vasculaire
pouvant à terme aboutir à la nécrose viscérale ce qui la
distingue de l’obstruction mécanique par obstruction.
• Dans l’étranglement herniaire, les anses intestinales
vont s’engager dans des ouvertures naturelles ou
acquises de la paroi abdominale ou du mésentère.
Il peut
s’agir d’ouvertures préexistantes comme les orifices herniaires
externes (inguinaux, cruraux, ombilicaux, etc.).
Il
peut aussi s’agir d’un orifice pariétal ou mésentérique
traumatique voire postopératoire.
L’étranglement herniaire
représente 15-40 % de tous les cas d’occlusion siégeant
sur l’intestin grêle.
• Le volvulus du grêle réalise le tableau typique des
occlusions par strangulation.
Il représente environ 5 % de
l’ensemble des formes d’iléus mécanique.
Du point de
vue anatomo-pathologique, il s’agit d’une torsion de l’intestin
et de son méso sur son axe.
Son apparition est liée à
l’existence d’anomalies anatomiques comme des malrotations
(mésentère commun), la présence d’un diverticule
de Meckel mais surtout de brides postopératoires.
Ces
volvulus peuvent survenir à n’importe quel moment après
une intervention chirurgicale, et plus particulièrement
après des interventions de l’étage sous-mésocolique.
• L’invagination intestinale se caractérise par l’intussusception
d’un segment intestinal et de son méso dans
l’intestin d’aval.
L’étranglement se produit au niveau du
collet d’invagination avec apparition d’une ischémie du
boudin invaginé.
Elle se définit comme la hernie de l’intestin
dans l’intestin avec incarcération du pédicule vasculaire.
Il s’agit d’une pathologie relativement fréquente
chez l’enfant de 8 à 12 mois, apparaissant sans lésion
organique intestinale.
Les invaginations intestinales de
l’adulte sont rares et habituellement secondaires à une
tumeur (bénigne ou maligne) du grêle.
• L’étranglement par brides adhérentielles peut former
un anneau serré et dès lors compromettre la circulation
du viscère.
Ces brides sont dans la grande majorité des
cas responsables d’occlusion par volvulus.
B - Occlusion non organique
(ou fonctionnelle) :
L’occlusion fonctionnelle ou iléus paralytique ne constitue
par en tant que tel une entité nosologique mais représente
une réponse paralytique du tractus gastro-intestinal
à différentes affections organiques, inflammatoires
ou métaboliques.
Pour cette raison, une distinction précise
entre les différentes causes pathogènes n’est guère
possible dans la mesure où plusieurs phénomènes se
conjuguent dans le développement d’un iléus paralytique.
Une étiologie infectieuse ou inflammatoire peut être à
l’origine d’une occlusion réflexe.
La cause la plus fréquente
est la péritonite par perforation d’un organe creux.
Cet iléus est dû à l’inflammation du péritoine, provoquant
ainsi la paralysie des fibres musculaires lisses et la
contracture des fibres striées.
Un blocage réflexe de la
mobilité intestinale confinant à la paralysie peut être provoqué
en stimulant le système sympathique.
La participation
de l’hypophyse et des glandes surrénales est très probable.
Les paralysies intestinales déterminées par une
fracture du rachis, un traumatisme crânien ou une tumeur
cérébrale appartiennent à ce groupe aussi bien que celles
qui accompagnent les douleurs viscérales intenses telles
que les coliques hépatiques ou néphrétiques, les torsions
d’annexes ou les fractures de côtes.
Les hémorragies rétropéritonéales peuvent également occasionner une
paralysie intestinale, de même que les hématomes de la paroi abdominale.
Par contre, les hémorragies intra-abdominales
sont responsables d’une paralysie plus tardive.
D’autres maladies provoquant une irritation séreuse
comme les pleurésies ou les pneumonies peuvent être à
l’origine d’une parésie intestinale réflexe.
Tout processus métabolique altérant la conduction nerveuse
ou l’action de l’acétylcholine sur la plaque neuromusculaire
peut provoquer une paralysie intestinale.
Citons les avitaminoses B, les troubles hydro-électrolytiques
de l’urémie, l’acidose diabétique, l’hypothyroïdie
et l’hypoalbuminémie.
Diagnostic
:
Les douleurs abdominales, les vomissements et l’arrêt du
transit intestinal sont les symptômes évocateurs de l’occlusion
intestinale.
L’examen clinique doit surtout rechercher
des signes de gravité que sont la fièvre, la défense abdominale
et l’altération rapide de l’état général.
Les radiographies
de l’abdomen sans préparation de face et debout
permettent de visualiser les niveaux hydro-aériques et
de les localiser (grêle/côlon).
Il convient de se rappeler
que les causes les plus fréquentes sont représentées par
les brides postopératoires et l’étranglement herniaire.
A - Aspects cliniques :
L’occlusion intestinale est un syndrome qui relève de
causes multiples.
Elle se définit comme l’arrêt plus ou
moins complet du transit intestinal et pose des problèmes
diagnostiques en raison d’une sémiologie polymorphe.
Deux types d’occlusion s’opposent par leur mécanisme
(les occlusions mécaniques par obstacle organique extraou
intraluminal et les occlusions fonctionnelles par paralysie
intestinale) avec toutefois une sémiologie identique.
1- Circonstances de découverte :
Si 4 signes sont caractéristiques de l’occlusion intestinale
aiguë, en fait un seul d’entre eux doit faire évoquer le
diagnostic.
Ce sont :
• la douleur abdominale, symptôme le plus précoce,
d’apparition brutale ou progressive ; elle peut être permanente
ou à type de colique paroxystique ;
• les nausées et vomissements, parfois absents, qui peuvent
être incoercibles et fécaloïdes à un stade tardif ;
• l’arrêt des matières et des gaz, symptôme tardif en cas
d’obstacle sur le grêle ; c’est essentiellement l’arrêt des
gaz qui a une valeur diagnostique ;
• le météorisme abdominal, inconstant, qui peut être diffus
à tout l’abdomen ou bien localisé et asymétrique.
Il
peut être immobile ou animé d’ondulations péristaltiques.
2- Examen clinique :
L’interrogatoire est primordial dans l’établissement du
diagnostic et dans la recherche de l’étiologie (antécédents
chirurgicaux en particulier).
• L’examen clinique apprécie d’emblée l’état général du
patient avec notamment l’existence d’une déshydratation
extracellulaire (asthénie, tachycardie, hypotension, oligurie, pli cutané…), d’un état de choc (marbrures
cutanées, cyanose, pincement de la pression artérielle…).
La recherche de signes généraux permet ainsi d’apprécier
le retentissement général de l’occlusion.
La prise de la température
est systématique. L’existence d’une fièvre oriente
l’étiologie mais peut être également un élément de gravité.
• L’inspection note l’intensité du météorisme qui peut
être absent dans les occlusions dites hautes (jéjunum,
duodénum), son caractère diffus ou localisé, la présence
d’ondulations péristaltiques traduisant une lutte contre
un obstacle mécanique.
• La palpation apprécie l’existence éventuelle d’une souffrance
intestinale (empâtement localisé, défense abdominale
voire contracture) et comporte un examen soigneux des
orifices herniaires à la recherche d’une hernie étranglée, en
particulier crurale, de diagnostic difficile chez les patients
obèses.
La pratique de touchers pelviens (toucher rectal,
toucher vaginal) complétera cet examen abdominal.
B - Examens radiologiques :
1- Abdomen sans préparation :
C’est la radiographie de l’abdomen sans préparation pratiquée
de face et debout, centrée sur les coupoles, qui est
l’examen essentiel.
Lorsque le patient est âgé ou ne peut se
tenir debout, l’abdomen sans préparation de face et en
décubitus latéral permet également de voir les niveaux hydro-aériques, image radiologique qui confirmera le diagnostic
d’occlusion.
Elle traduit la présence de liquide surmonté
par l’air en position debout.
Il s’agit d’une opacité
liquidienne surmontée d’une clarté.
Dans les occlusions du
grêle, ces niveaux sont plus larges que hauts, habituellement
nombreux et centraux.
Il faudra rechercher attentivement
des signes de perforation intestinale (présence d’un
pneumopéritoine) en particulier dans les occlusions par
strangulation (signe en fait rarement retrouvé) et des signes
pathognomoniques de certaines affections ; l’iléus biliaire
est ainsi responsable d’une aérobilie visible sur le cliché
d’abdomen sans préparation et d’une image de calcul.
2- Tomodensitométrie :
L’examen tomodensitométrique fait en urgence complète
de manière utile les données de l’abdomen sans préparation.
Cet examen doit être fait en dehors d’antécédents
allergiques et être sensibilisé par l’injection intraveineuse
de produits iodés qui rehaussent les contrastes.
Il permet :
• de confirmer l’occlusion en retrouvant les images de
niveaux hydro-aériques vues à l’abdomen sans préparation ;
• d’apprécier sa gravité en visualisant un pneumopéritoine
avec une sensibilité nettement supérieure à celle de
l’abdomen sans préparation en mettant en évidence un
épaississement des parois du grêle et un épanchement intra-abdominal ;
• de localiser le niveau de l’occlusion sur le grêle en
objectivant parfaitement la zone grêle dilatée–grêle plat ;
• de suspecter l’étiologie en pouvant visualiser une cause extraluminale telle qu’une tumeur, une cause pariétale,
une tumeur bénigne ou maligne du grêle ou intraluminale, tel un calcul biliaire.
3- Autres radiographies :
Les autres radiographies sont fonction du contexte étiologique
; il s’agit essentiellement d’une échographie
abdominale à la recherche d’un épanchement abdominal,
d’une lithiase biliaire ou rénale, d’une pathologie
pelvienne, d’une artériographie mésentérique devant
une occlusion du grêle suspecte d’être le reflet d’une
ischémie intestinale d’origine artérielle.
C - Examens biologiques
:
Les examens faits en urgence (numération globulaire
avec formule sanguine, ionogramme sanguin avec urémie, créatininémie, amylasémie, crase sanguine) sont
utiles pour apprécier le retentissement général de l’occlusion
et peuvent être nécessaires à l’anesthésiste si
une intervention chirurgicale doit être décidée.
Formes cliniques :
Il faut distinguer les occlusions mécaniques, qui forment
2 groupes (par strangulation et par obstruction), et les
occlusions fonctionnelles.
A - Occlusions mécaniques :
1- Par strangulation :
Elles représentent une urgence chirurgicale.
Le début de
la symptomatologie est brutal avec des douleurs abdominales
violentes et permanentes, des vomissements, un
arrêt des matières et des gaz.
L’état général est rapidement
altéré avec une déshydratation voire un état de
choc.
À l’examen clinique, le météorisme est asymétrique,
immobile, tympanique et silencieux.
Il existe
souvent des signes de souffrance intestinale caractérisée
par une défense pariétale douloureuse.
Sur l’abdomen
sans préparation, une image en arceau est parfois visible
avec des niveaux liquides dans les 2 pieds de l’anse volvulée.
Les perturbations biologiques sont précoces et
très marquées (insuffisance rénale fonctionnelle, hypokaliémie, hyponatrémie).
L’évolution peut être rapide
vers la péritonite par perforation d’une anse nécrosée.
2- Par obstruction :
Il s’agit d’une urgence différée.
Les occlusions mécaniques
évoluent lentement et le début est progressif, avec
souvent des antécédents de crises douloureuses identiques,
spontanément régressives.
Les douleurs sont moins violentes
que dans les occlusions par strangulation, les vomissements
sont plus tardifs de même que l’arrêt des matières
et des gaz ainsi que le retentissement sur l’état général.
Parfois un amaigrissement est noté.
À l’examen, le météorisme
est diffus avec des ondulations péristaltiques, les
bruits hydroaériques sont présents, voire augmentés au
moment des crises douloureuses paroxystiques traduisant un état de lutte contre un obstacle.
Cependant, le siège de
l’obstacle modifie la sémiologie.
Sur l’abdomen sans préparation,
les niveaux liquides sont multiples et étagés.
Les
causes les plus courantes sont les tumeurs du grêle, soit
bénignes (léiomyome, lipome, schwannome), soit
malignes (adénocarcinome, lymphome, léiomyosarcome,
tumeur carcinoïde, métastase) ; ou de l’iléus biliaire
(lithiase biliaire connue de longue date, aérobilie sur l’abdomen
sans préparation, la maladie de Crohn, le phytobézoard
et les parasites intestinaux).
B -
Occlusions fonctionnelles
:
Elles peuvent être dues à une atonie intestinale ou
à un iléus réflexe au cours de nombreuses affections médicales
ou chirurgicales.
Dans le cas d’une atonie intestinale
pure, les douleurs sont modérées voire absentes et c’est
surtout le météorisme important qui inquiète le patient.
Il y
a rarement des signes de souffrance intestinale (sauf au
niveau du cæcum s’il est trop dilaté) et les bruits hydroaériques
sont diminués voire absents.
Sur l’abdomen sans
préparation, la distension gazeuse atteint le plus souvent le
grêle et le côlon de façon globale.
Quant aux occlusions inflammatoires qui ont une participation
fonctionnelle liée à un foyer infectieux et une
cause mécanique, elles rajoutent au syndrome occlusif un
tableau infectieux comme en attestent la fièvre et l’hyperleucocytose
à polynucléaires ; elles s’observent au cours
d’un abcès appendiculaire, vésiculaire ou gynécologique,
voire d’une péritonite ou d’une pancréatite aiguë.
Traitement :
Les données de la physiopathologie expliquent les principes
thérapeutiques.
Si le traitement médical permet une
équilibration hydro-électrolytique et une décompression
intestinale, le traitement chirurgical vise à supprimer
l’obstacle et à pratiquer l’exérèse des segments intestinaux
dévitalisés ou ceux responsables de l’occlusion.
A - Traitement médical
:
Il est débuté rapidement tout en sachant qu’il ne doit en
aucune manière retarder l’acte chirurgical notamment
dans les cas d’occlusion du grêle par strangulation.
1- Antalgiques antispasmodiques :
La douleur peut aggraver le choc.
Toutefois, l’emploi
d’antalgiques du tableau B est à proscrire.
Il convient de
prescrire des antispasmodiques par voie intraveineuse
ou intramusculaire.
Ces médicaments soulagent le
patient et ne masquent pas la symptomatologie clinique.
2- Rééquilibration hydro-électrolytique
et hémodynamique
:
Elle constitue l’élément essentiel du traitement médical
s’agissant de corriger la séquestration liquidienne dans le
tube digestif (« troisième secteur »).
Ce traitement peut être suffisant dans les occlusions sur adhérences, vues
précocement et sans signe de souffrance intestinale.
Cette
rééquilibration se base sur des éléments cliniques : durée
d’évolution de l’occlusion, intensité de la déshydratation
(soif, pli cutané, débit et densité urinaires, retentissement
circulatoire, pression artérielle, fréquence cardiaque) et
sur des éléments biologiques (ionogramme).
La mise en
place d’une sonde urinaire à demeure est utile pour
contrôler le débit urinaire.
La pose d’un cathéter veineux
central peut être indiquée ce qui permet de mesurer la
pression veineuse centrale.
Dans les occlusions sévères
avec hypovolémie marquée, un apport de grosses molécules
visant à augmenter la pression oncotique est nécessaire.
3- Aspiration digestive :
Elle lutte contre la distension intestinale et diminue
de ce fait la stase veineuse qui aggrave d’autant la souffrance
de l’intestin occlus.
Les modèles de sonde sont
nombreux ; la sonde est habituellement positionnée dans
l’estomac bien que certaines, plus longues et lestées,
permettent une aspiration intestinale plus proche de
l’obstacle ; elles sont en pratique peu employées.
L’aspiration du liquide intestinal et gastrique supprime
les vomissements, quantifie la spoliation et précise les
prescriptions hydro-électrolytiques.
4- Antibiothérapie :
L’administration d’antibiotiques peut retarder l’heure de
la chirurgie ; elle doit être évitée avant d’avoir affirmé le
diagnostic.
Par contre, l’antibiothérapie périopératoire
(débutée à l’induction anesthésique) diminue les complications
septiques.
B - Traitement chirurgical
:
Le traitement chirurgical dépend de la localisation de
l’occlusion, l’étiologie exacte ne pouvant pas toujours
être précisée en préopératoire.
Il s’efforce de déterminer
la cause de l’occlusion, de la traiter et d’apprécier la
vitalité du grêle occlus.
1- Recherche de la cause :
L’origine de l’occlusion est habituellement affirmée par
la laparotomie.
Actuellement, la laparoscopie peut être
utile au diagnostic ainsi qu’au traitement.
Toutefois et
en présence d’une forte distension intestinale, afin
d’éviter le risque de perforation inhérent à l’introduction
du trocart, le laparoscope est introduit dans la cavité
abdominale sous contrôle de la vue.
2- Traitement de la cause :
Il dépend de l’origine de l’occlusion, les occlusions
mécaniques du grêle étant essentiellement causées par
les brides et adhérences postopératoires.
Ces brides sont
sectionnées et les adhérences libérées. Un volvulus sur
bride nécessite la détorsion de l’intestin.
Le traitement de certaines causes plus rares se fait
comme suit :
• l’iléus biliaire est traité par une entérotomie avec extraction du calcul. La recherche d’un autre calcul dans le
grêle est systématique.
Habituellement et compte tenu du
terrain souvent précaire de ces malades, la fistule cholécysto-duodénale est volontairement ignorée ; une récidive
de l’iléus est observée dans moins de 5 % des cas ;
• les tumeurs du grêle sont révélées dans 50 % des cas
par une occlusion dont le traitement consiste en une entérectomie emportant un large éventail de mésentère;
l’anastomose est habituellement réalisée d’emblée sans
entérostomie de protection ;
• les corps étrangers représentent une cause rare d’occlusion
du grêle. Une entérotomie d’extraction peut être
nécessaire pour certains d’entre eux (amas de végétaux,
phytobézoard ou objets avalés par des détenus ou des
malades psychiatriques) ;
• les hématomes intramuraux du grêle, habituellement
secondaires à un surdosage de traitement anticoagulant,
sont peu fréquents et ne nécessitent qu’exceptionnellement
une résection intestinale ; les lésions sont d’ordinaire
spontanément régressives en 3 semaines.
3- Appréciation de la vitalité du grêle :
Après avoir précisé et traité la cause de l’occlusion, il
convient d’apprécier la vitalité du grêle.
En effet, tout segment
de grêle dévitalisé nécessite une résection intestinale
avec habituellement une anastomose immédiate.
4- Vidange du grêle :
La décompression du grêle par la sonde gastrique est
souvent insuffisante et une vidange rétrograde peut utilement
la compléter.
C - Indications
:
Le traitement des occlusions du grêle est initialement
médical.
Il permet de lever l’occlusion, d’en compléter
le bilan étiologique et de permettre le cas échéant d’opérer
en chirurgie réglée.
Mais les occlusions du grêle avec
des signes de souffrance intestinale nécessitent une
intervention chirurgicale d’urgence visant à apprécier la
vitalité intestinale.
Dans ces cas, une exploration chirurgicale
s’impose ; rappelons à ce propos l’intérêt de la
laparoscopie qui permet de préciser l’étiologie de l’occlusion
et, en cas d’une occlusion sur bride, de faire l’entérolyse.