Obésité de l’enfant et de l’adolescent
(Suite) Cours
d'endocrinologie
Risques et complications
de l’obésité infantile :
A - RISQUES CARDIOVASCULAIRE
ET TUMORAL
:
L’une des raisons majeures qui a longtemps
justifié le peu d’attention porté à cette
pathologie est la progressivité avec laquelle
s’installent les facteurs de risque dont, sauf
dans les cas les plus sévères, l’expression ne
sera patente qu’à l’âge adulte.
Des études
épidémiologiques exceptionnelles,
notamment l’étude de Harvard aux États-Unis, ont permis de déterminer, avec 54 ans
de recul, le risque associé au seul fait d’avoir
été obèse à l’adolescence.
Ces travaux
soulignent la surmortalité par accident
vasculaire, cancer, en particulier du côlon
dans les deux sexes et chez la femme, du
sein.
Parallèlement, l’équipe de Berenson,
qui étudie depuis près de 20 ans l’ensemble
de la population infantile de la petite ville
de Bogalusa en Louisiane, a démontré que
l’apparition des premiers signes
d’athérosclérose, y compris dans les artères
coronaires, peut être très précoce (dès l’âge
de 2 ans).
L’obésité et le tabagisme
exercent un effet synergique sur la morbidité
et la mortalité dès le début de la vie.
Une authentique hypertension artérielle est
rare chez l’enfant obèse et mérite une
exploration : seules sont rapportées jusqu’à
la puberté, par les différentes études, des
augmentations de la pression artérielle
systolique et diastolique de repos, aux
alentours du 75e percentile des valeurs de
référence pour le sexe et la taille.
Dans ce
cas, la perte de poids suffit à rétablir des
valeurs moyennes.
Le diagnostic d’obésité
doit faire pratiquer une enquête sur les
facteurs familiaux de risque cardiovasculaire
et au moins une fois un bilan lipidique de
dépistage d’une dyslipidémie associée à
l’obésité.
Les taux de cholestérol et de
triglycérides mesurés à jeun chez l’enfant et
l’adolescent obèse sont, en règle générale,
dans les limites de la normale.
L’amaigrissement permet de constater une
diminution du LDL (low density lipoprotein
cholesterol) et des triglycérides et de
l’apoprotéine B, une augmentation du HDL2
(high density lipoprotein 2 cholesterol) et de
l’apoprotéine A1.
Une hypercholestérolémie
ou une hypertriglycéridémie à jeun chez un
enfant ou un adolescent obèse doivent faire
suspecter la coexistence de deux pathologies
distinctes, majorant le risque cardiovasculaire.
Il a récemment été démontré que les
flux vasculaires artériels, examinés par échodoppler, sont anormaux chez les enfants
obèses.
Par ailleurs, si la plupart gardent
des taux d’homocystéine normaux, ceux-ci
sont très corrélés à l’existence ou non d’une
mutation de l’enzyme régulatrice de ce
métabolisme.
Dans les obésités sévères, il nous paraît licite
de pratiquer, avant la reprise de l’activité
physique, une épreuve d’effort cardiorespiratoire
maximale, de façon à dépister une
éventuelle hypertension artérielle d’effort,
non exceptionnelle dans les obésités les plus
sévères, voire un trouble du rythme
cardiaque.
Cet examen permet également au
clinicien de baser la rééducation sur la
fréquence cardiaque et de faire travailler les
enfants en aérobie.
B - RISQUE DE DIABÈTE :
La survenue d’un diabète est une occurrence
inconstante dans l’obésité de l’adulte.
Toutefois, la majorité des adultes atteints de
diabète de type 2 sont obèses.
Chez l’enfant
et l’adolescent, il a été postulé que survient
l’enchaînement obésité, insulinorésistance,
diabète.
Le mécanisme hypothétique sousjacent
serait alors l’épuisement des cellules
b des îlots de Langerhans, menant à
l’hyperglycémie.
Les études disponibles,
pour la plupart transversales, soulignent
d’une part l’extrême rareté du diabète chez
l’enfant même très obèse, d’autre part la
fréquence (et donc l’inconstance) de
l’hyperinsulinisme, à jeun ou en phase interprandiale.
En réponse à une
hyperglycémie provoquée par voie orale, les
jeunes obèses ont une glycémie qui s’élève
un peu au-dessus des valeurs attendues
alors que l’augmentation de l’insuline est
beaucoup plus accentuée.
S’il est donc
vraisemblable que se développe une insulinorésistance aboutissant au diabète, il
est aussi probable que des facteurs
génétiques ou épigénétiques jouent un rôle
clé, comme le souligne la fréquence très
élevée des diabètes chez les jeunes obèses
noirs ou amérindiens.
La réversibilité de ces
troubles avec la perte de poids en souligne
le caractère secondaire.
C - AUTRES ANOMALIES
ENDOCRINIENNES
ET MÉTABOLIQUES SECONDAIRES
À L’OBÉSITÉ :
L’existence d’une avance de maturation
osseuse est fréquente dans les obésités de
l’enfant et de l’adolescent.
Elle en signe la
sévérité et est associée à une avance
staturale, maximale en début de puberté et
qui s’estompe avec son achèvement.
Son
absence doit faire rechercher une étiologie
endocrinienne ou génétique à l’obésité.
Du point de vue biologique sont retrouvées :
– une augmentation de la leptine
plasmatique, plus importante chez les filles
pubères que chez les garçons, à IMC
similaire ; des taux très bas, en l’absence de
perte de poids récente même modérée, ou
son élévation extrême orientent le diagnostic
vers une cause génétique (cf supra) ;
– une augmentation des IGF1, probablement
en rapport avec la maturation avancée
observée dans les obésités sévères, et
disparaissant à la fin de la croissance ;
– une élévation modérée, inconstante et
isolée de la triiodothyronine (T3) ;
– une augmentation inconstante et modérée
du cortisol plasmatique et urinaire alors que
les taux d’ACTH sont normaux.
L’obésité, ce d’autant qu’elle est sévère, peut
être accompagnée de manifestations
d’hyperandrogénie, flagrantes chez la fille.
Le mécanisme sous-jacent en serait l’excès
de production de sulfate de déhydroépiandrostérone
par les surrénales chez certaines
patientes obèses.
Une spanioménorrhée,
associée à une obésité sévère ne doit pas
être attribuée, a priori, à la seule obésité
mais faire rechercher un syndrome de Stein Leventhal.
L’existence d’une hyperandrogénie
doit aussi faire penser aux diagnostics
classiques, dont une hyperplasie virilisante
des surrénales d’expression tardive et
minimale.
D - COMPLICATIONS RESPIRATOIRES
ET TROUBLES DU SOMMEIL
:
L’obésité de l’enfant et de l’adolescent est
associée à un syndrome respiratoire restrictif
d’autant plus important que le degré de
surpoids est élevé.
En cas de doute, des
épreuves fonctionnelles respiratoires doivent
aider à faire la part des choses d’avec un
asthme associé, éventualité fréquente chez
l’enfant actuellement et qui requiert sa
thérapeutique propre.
Le syndrome
respiratoire restrictif est majoré en décubitus.
Certains enfants obèses dorment ainsi avec
plusieurs oreillers, ce qui doit avoir valeur
de signe d’alerte.
Les apnées du sommeil doivent être
dépistées chez l’enfant obèse, même très
jeune.
L’existence d’un sommeil agité, de
ronflements, pauses respiratoires, sueurs
importantes nocturnes, énurésie, céphalées
matinales, asthénie diurne sont autant de
signes.
L’examen clinique inclut donc aussi
la recherche d’une obstruction respiratoire
haute, en particulier par hypertrophie
amygdalienne, première cause d’apnées du
sommeil chez l’enfant.
L’intérêt de ce
dépistage est d’empêcher la survenue de
complications graves et de rétablir une
vigilance diurne correcte qui facilite la vie
sociale, l’amaigrissement et l’apprentissage
scolaire.
En cas de doute, l’enregistrement
de la saturation nocturne en oxygène permet
de poser l’indication d’une polysomnographie
; certains enfants très obèses doivent en
effet bénéficier d’une ventilation nocturne
nasale en attendant le bénéfice de
l’amaigrissement.
E - COMPLICATIONS ORTHOPÉDIQUES :
L’obésité de l’enfant est associée à des
complications orthopédiques et des atteintes
musculoligamentaires.
La plus grave de
celles-ci, l’épiphysiolyse fémorale
supérieure, est huit fois plus fréquente chez
les enfants obèses et survient aux environs
de 10 ans, soit en moyenne 2 ans plus tôt
que dans la population générale.
Le risque
disparaît avec la fin de la puberté, au stade
4 de Tanner.
Une douleur du genou, une
boiterie doivent donner l’alerte.
Les autres complications ostéoarticulaires
s’installent à bas bruit.
Un syndrome fémoropatellaire est fréquent dès
l’adolescence dans les obésités sévères.
Le
constat d’une maladie d’Osgood-Schlatter ne
doit pas mener à l’abandon du sport mais à
un choix, temporaire, parmi les activités
physiques.
Il n’y a pas d’atteinte rachidienne
caractéristique.
Les douleurs lombaires sont
en rapport avec l’insuffisance de
musculation abdominale et l’attitude
d’enroulement des épaules, de cyphose
dorsale et d’hyperlordose lombaire
commune chez les adolescents obèses.
Une
maladie de Scheuermann doit être dépistée.
Une raideur des chevilles qui limite le
déroulement du pas est parfois à l’origine
de crampes des mollets lors de la marche.
F - CARENCES NUTRITIONNELLES
ET OBÉSITÉ
:
À l’excès de triglycérides en réserve dans le
tissu adipeux peuvent être associés
d’authentiques carences qui trouvent leur
origine dans le déséquilibre de la ration
alimentaire, quoique l’abondance de la
ration puisse compenser de façon partielle
une faible densité nutritionnelle en certains
nutriments, l’accroissement des besoins, le
mode de vie.
Sont ainsi en cause le fer, la vitamine D,
l’acide folique et peut-être les acides gras
essentiels.
Aspects psychologiques
et sociaux :
A - ASPECTS SOCIAUX
:
Le lien entre obésité de l’enfant et de
l’adolescent et facteurs sociaux est largement
influencé, ce qui peut paraître une évidence,
par le type de société dans lequel vit
l’enfant.
Ainsi, dans les pays pauvres, l’obésité se développe-t-elle dans les groupes
les plus aisés.
Dans les pays industrialisés,
le lien avec le niveau socioéconomique est
plus complexe.
Il semble que, chez les
enfants de 3 à 5 ans, ce lien n’existe pas
alors qu’il est retrouvé à l’adolescence chez
les filles et négatif.
Par ailleurs, selon que
l’obésité est interprétée comme une cause
ou comme une conséquence, les analyses et
partant leurs résultats, peuvent diverger.
Il n’en demeure pas moins que l’intrication
de différents facteurs de risque est souvent
flagrante et qu’il appartient, entre autres, au
clinicien de s’en soucier.
Ainsi, une
importante étude prospective danoise
effectuée entre 1974 et 1984, auprès de
l’ensemble des enfants âgés de 10 ans en fin
d’école primaire à Copenhague, a montré
que 10 ans plus tard, à l’âge de 20 ans, le
risque d’obésité n’est pas majoré par le fait
que l’enfant soit issu ou non d’un couple
séparé, vive avec un seul ou deux parents,
appartienne à une fratrie nombreuse ou soit
seul.
Le seul facteur de risque identifié est le
sentiment de l’enfant de 10 ans de bénéficier
ou non d’un soutien parental adéquat,
traduit pour les enquêteurs par l’aspect
négligé ou non lors de l’examen.
D’autres
études attribuent un risque supplémentaire
à la situation d’enfant unique ou de
benjamin.
De même l’échec scolaire, très fréquent chez
les enfants obèses, connaît-il des origines
diverses et doit-il être analysé attentivement.
La même étude danoise a permis de mettre
en évidence un risque d’échec scolaire
multiplié par 4 du seul fait de l’obésité.
Les aspects sociaux et le rôle de
l’environnement s’additionnent aussi
souvent, en particulier dans les grandes
villes.
Toujours au Danemark, la zone
d’éducation, où vivent l’enfant et sa famille,
est le déterminant social majeur du risque
d’obésité à l’âge adulte, correction faite du
niveau social de la famille.
Le niveau
d’éducation atteint par la mère apparaît
aussi, dans plusieurs études, essentiel.
Au demeurant, la récente expertise publiée
par l’Institut National des Sciences et de la
Recherche Médicale (INSERM) a souligné
que le fléau auquel sont soumis les enfants
obèses est la stigmatisation : compréhensible
mais non acceptable de la part des enfants,
elle est inadmissible de la part des adultes.
La lutte contre cette attitude a été
recommandée parmi les priorités d’action
nationale.
B - ASPECTS PSYCHOLOGIQUES :
Par-delà les considérations théoriques qui
mènent à considérer l’obésité dans
différentes perspectives, psychanalytiques,
comportementalistes etc, l’enfant obèse
présente de façon souvent précoce un certain
nombre de caractéristiques repérables par le
clinicien.
Il souffre et est l’objet, en règle
générale, de moqueries de la part de ses
pairs, de façon précoce, dès l’âge de 4 à 5
ans dans notre expérience.
Cette
stigmatisation mène à un cercle vicieux
psychologique et social : l’obésité entraîne
une stigmatisation qui pousse l’enfant à
éviter ses pairs ou du moins de partager
certaines activités, en général physiques,
avec eux.
Durant ces périodes de solitude,
l’ennui et la culpabilité mènent au
grignotage et à la sédentarité qui accroissent
l’obésité.
Repérer si l’enfant est ou non entré
dans cette situation, parfois masquée par des
attitudes de prestance, est une étape clé de
l’analyse de la situation d’un enfant obèse.
Par ailleurs, il nous paraît important de faire
la part entre les conséquences psychologiques
de l’obésité et d’éventuelles causes
psychopathologiques associées qui ne sont
pas l’apanage des enfants obèses mais un
facteur aggravant.
Sont à rechercher avec
attention, car fréquents, des anxiétés de
niveau pathologique (anxiété de séparation,
de performance, sociale etc) et des troubles
de l’apprentissage (par exemple dyslexiedysorthographie).
Ces troubles majorent les
difficultés de l’enfant et requièrent un
traitement spécifique avant ou pendant la
prise en charge de l’obésité.
Une diminution de l’estime de soi, des
troubles de l’image du corps semblent liés
au degré d’obésité.
Les facteurs de risque
des troubles des conduites alimentaires tels
qu’ils sont définis dans les classifications
psychiatriques applicables chez l’adulte sont
encore l’objet d’études chez l’enfant et
l’adolescent.
L’obésité est aussi parfois un symptôme
associé à une dépression, un état
prépsychotique, un trouble oppositionnel.
La
pathologie psychiatrique conditionne les
possibilités d’intervention nutritionnelle qui
demeurent secondaires, en l’état actuel des
connaissances.
Lorsque les difficultés psychologiques sont
familiales, une analyse au cas par cas permet
seule de choisir le soutien de l’enfant obèse,
celui de la famille ou d’un autre de ses
membres. Parfois, l’obésité vient révéler un
abus sexuel, des maltraitances.
La conduite
générale est alors celle prévue par la loi,
associée à la prise en charge médicale et
psychologique.
Bilan de l’obésité :
Le bilan requis par un enfant obèse a deux
caractéristiques : il doit être adapté au degré
de surpoids et à l’étiologie hypothétique, et
il doit être multidisciplinaire.
Un enfant en
modeste surpoids, à la croissance staturale
normale, à l’examen clinique normal par
ailleurs, sans antécédents familiaux de
risque cardiovasculaire ne requiert aucun
examen complémentaire.
Inversement, des
signes d’appels doivent mener à des
investigations soigneuses et graduées.
Par
multidisciplinaire, on entend l’évaluation de
l’activité physique, de la nutrition et des
aspects psychologiques et sociaux.
De
synthèses aux caractéristiques par définition
individuelles découle une prise en charge
adaptée et donc crédible pour l’enfant et sa
famille.
Traitement
:
Le traitement de l’obésité de l’enfant doit
avant tout être préventif.
L’aspect curatif
repose sur la même stratégie d’analyse,
multidisciplinaire, que la prévention, quel
que soit le degré atteint.
Seuls diffèrent, en
fonction de la gravité des cas, le nombre de
domaines et les degrés d’intervention
nécessaires.
A - TRAITEMENT PRÉVENTIF :
La prévention de l’obésité de l’enfant et de
l’adolescent est devenue une priorité de
Santé publique dans les pays industrialisés.
Elle a fait l’objet en 2000, en France, d’une
expertise collective de l’INSERM destinée à
doter notre pays d’une analyse de qualité
des facteurs de risques et des moyens de
parvenir à les limiter.
Quelques mois
auparavant, l’Académie américaine de
Pédiatrie et le Collège américain de
Physiologie et Médecine du Sport avaient
publié les résultats de leurs réflexions à cet
égard.
Les conclusions de l’expertise française,
consacrée au seul enfant, à propos des
études de prévention existantes sont les
suivantes : « L’analyse des études de
prévention a montré que les premiers
résultats de ces études se sont avérés
décevants.
À cela plusieurs explications :
– le but de ces études n’était pas orienté
directement vers la prévention de l’obésité ;
– les interventions choisies sont peu ou pas
efficaces sur le long terme ;
– les outils utilisés pour les actions ne sont
pas adaptés ;
– les modifications d’adiposité induites par
la puberté rendent difficile la mise en
évidence de l’effet des interventions ».
D’où la nécessité de mener des études
directement orientées sur la question posée,
telles celle de Fleurbaix-Laventie, en France,
dont la première étape a prouvé qu’une
politique de prévention des risques liés à
l’alimentation en milieu scolaire est
réalisable.
La deuxième étape élargira les
domaines de prévention pris en compte.
Les recommandations du groupe d’experts
de l’INSERM sont donc centrées sur la
nécessité de former et informer sur le
diagnostic de l’obésité, de prévenir dès à
présent par le rééquilibrage entre
alimentation et activité physique, en luttant
notamment contre la sédentarité et contre la
stigmatisation des enfants obèses.
L’activité
physique doit être promue comme un
facteur de bonne santé, ce d’autant qu’une
activité physique régulière dans l’enfance
pourrait s’avérer une protection à l’âge
adulte.
Des possibilités de réglementation de la publicité destinée aux enfants ont été,
entre autres, proposées ainsi que des axes
de recherche que dévoilent les résultats
disponibles.
B - TRAITEMENT CURATIF :
Les objectifs du traitement curatif de
l’obésité chez l’enfant et l’adolescent ont
récemment fait l’objet d’un séminaire du
Groupe de Travail Européen sur l’Obésité
Infantile (ECOG) en novembre 2000 en
Hongrie.
Plusieurs pays européens sont en
train de rédiger des recommandations tandis
que l’Académie américaine de Pédiatrie a
récemment effectué une revue de la
question.
En effet, si le traitement repose
obligatoirement sur un retour à l’équilibre
entre activité physique et consommation
d’énergie, les moyens de parvenir à ce
résultat restent l’objet de discussions.
La
prudence est d’autant plus de mise qu’il doit
aussi permettre de résoudre une situation
paradoxale : alors que l’on déplète la masse
grasse, la croissance et le développement
harmonieux de l’enfant doivent être protégés
et les risques de rechute limités, voire dans
l’idéal, prévenus.
Les grandes lignes en
avaient été ébauchées dans le rapport
intitulé « Recommandations pour le
diagnostic, la prévention et le traitement de
l’obésité », accrédité par l’Agence Nationale
d’Accréditation et d’Évaluation en Santé
(ANAES).
L’ECOG, qui est un réseau
européen regroupant à l’heure actuelle 18
pays, est allé plus loin dans son analyse en
suggérant que soit retenu comme objectif
premier, non le retour à un poids « idéal »
que l’on est bien en mal de définir en tant
que réalité biologique, mais le retour à un
bien-être physique et moral, c’est-à-dire à la
définition même de la santé telle que publiée
par l’OMS.
L’avantage d’une telle position,
en cours de publication, est de ne pas avoir
les yeux rivés sur un chiffre et surtout de
nuancer les résultats souhaitables en
fonction du degré de surpoids initial.
Enfin,
elle inclut la dimension bien-être, totalement
absente d’un quelconque objectif chiffré fixé
a priori.
Les objectifs secondaires incluent
bien sûr le fait de diminuer les risques
associés, de ne pas nuire et de se mettre en
situation de prévenir les rechutes.
S’il reste
souhaitable d’avoir, pour diminuer les
risques associés, un indice de Quetelet entre
le 75e et le 90e percentile, d’une part la
clinique doit primer, d’autre part le résultat
recherché doit être adapté au niveau de
départ.
Les facteurs psychologiques qui viendraient
aggraver la situation doivent donc être
analysés puis traités, seulement si nécessaire,
pour leur propre compte.
Toute
augmentation de l’activité physique en
limitant les contraintes que l’on fait porter
sur l’alimentation rend les objectifs plus
aisés à atteindre ainsi que le conclut
l’analyse de la littérature par Epstein.
1- Activité physique :
Selon l’âge de l’enfant, le degré de surpoids,
le degré d’inactivité, les propositions varient.
Chez le jeune enfant, avant l’âge de 8 à
10 ans, le simple fait de se livrer à des jeux
extérieurs lui permet de se dépenser.
La
simple réduction de l’inactivité physique
s’avère efficace et est donc l’une des toutes
premières mesures à prôner.
L’important est de proposer une vie plus
dynamique, de façon ponctuelle dans la
journée, par exemple en amenant l’enfant
jouer dans un jardin après l’école ou les
jours de liberté des parents.
De telles
modifications sont à portée de beaucoup de
familles.
Ultérieurement, quand l’enfant est
en âge d’être inscrit dans un club de sport,
les possibilités augmentent : à la détente de
fin d’après-midi, il faut essayer de trouver
un complément.
D’où la nécessité de donner
à l’enfant pour mission de réfléchir à la
manière dont il pourrait s’organiser et non
d’interdire de façon catégorique, donc
illusoire, télévision et jeux électroniques
auxquels il faut trouver une place plus
limitée et faisant suite à la dépense physique
dans l’organisation d’une journée.
Les
activités retenues tiennent bien sûr compte,
et l’enfant doit en être averti, des possibilités
matérielles et financières familiales.
Il s’agit,
en définitive, de maintenir ou redonner une
place normale aux activités de la vie
quotidienne, marche, montée des escaliers,
et d’encourager une vie active et agréable
mais non de planifier un rythme décalé par
rapport aux aspirations et capacités
physiques de l’enfant.
L’avantage de cette
approche a été démontré.
Lorsque l’obésité est très sévère, les
handicaps psychologiques et physiques
s’additionnent.
On peut néanmoins obtenir
de bons résultats par les petits moyens
valables chez les jeunes enfants, un contact
constructif avec le professeur d’éducation
physique, voire quelques séances de
kinésithérapie destinées à redonner à
l’adolescent l’habitude de s’occuper de son
corps.
La progressivité des changements
proposés est importante.
Dans les cas les
plus sévères, les centres de moyen séjour
pédiatriques peuvent aider à passer un cap
difficile même si les résultats d’ensemble à
moyen terme demeurent médiocres.
2- Alimentation
:
Le plus souvent, les seules mesures
nécessaires s’avèrent être un retour à une
alimentation plus équilibrée ou aux portions
de taille adaptée à l’enfant.
La recherche de
l’acquisition de choix alimentaires larges, si
elle est nécessaire pour introduire une
proportion suffisante de fruits et de légumes,
ne doit pas devenir un âpre combat.
Plus
des trois quarts des enfants passent par une
phase de néophobie alimentaire qui les
amène à restreindre leurs choix. Cette phase
disparaît en général vers 7 ans.
L’important
est donc que l’enfant consomme des fruits et
des légumes mais pas tous les fruits et les
légumes.
Une authentique restriction
calorique par rapport aux apports
nutritionnels recommandés est
exceptionnellement nécessaire et doit se faire
sur prescription médicale.
Une
diététicienne doit alors traduire en
alimentation quotidienne ces modifications,
temporaires, destinées à être abandonnées,
par paliers, lorsqu’approche la phase de
stabilisation pondérale.
Une alimentation
proche d’une alimentation familiale
classique mais permettant quelques
fantaisies (sandwich pour un pique-nique,
repas rapide etc) permet de ne pas isoler
l’enfant dans sa famille et d’induire des
modifications durables.
Les régimes à très
basse teneur en calories (500 à 1000 kcal/j
selon l’âge) et riche en protides sont à
proscrire chez l’enfant et l’adolescent.
Il n’a
pas été démontré que le grignotage est
associé à une augmentation de la prévalence
de l’obésité.
En fait, ce comportement
extrêmement fréquent, puisqu’il touche plus
des trois quarts des adolescents en Europe,
est par nature, très difficile à noter et à
quantifier.
L’observation clinique suggère
deux remarques.
D’une part, certains
enfants, grands grignoteurs, resteraient
minces car ils n’ont plus faim aux repas ;
ceux qui ont bon appétit (dont les signaux
de satiété sont déficients ?) grignotent et
mangent aux repas.
D’autre part, il pourrait
y avoir plusieurs grignotages : le fait de
manger inconsciemment devant la télévision
des aliments à haute densité énergétique ou
des boissons sucrées n’est peut-être pas
équivalent au fait d’avoir envie d’un
morceau de pain avant le dîner.
Enfin, il
apparaît capital de redonner son sens à ce
comportement : grignoter par ennui mêlé
d’anxiété un mercredi de solitude n’a pas la
même signification que de réclamer des
bonbons dans une maison familiale
chaleureuse.
Un seul terme recouvre donc
des réalités probablement très diverses, y
compris de ce que la terminologie anglosaxonne
inclut sous les vocables de craving
et binge eating. Le grignotage paraît donc la
norme à l’adolescence.
S’il est utile de le
limiter dans l’obésité pour parvenir à un
meilleur équilibre alimentaire, il est aussi
nécessaire de lui donner sa signification et
de ne pas risquer d’enfermer l’enfant ou
l’adolescent dans des contraintes excessives
dont il ne cherchera qu’à s’évader, le faisant
entrer dans ce que l’on qualifie chez l’adulte
de restriction alimentaire cognitive.
3- Aspects psychologiques et sociaux
:
Dans la majorité des cas, le fait de prêter
attention à l’enfant, de lui donner des
explications et des objectifs à son niveau
résout la difficulté.
La perte de poids,
obtenue en conjuguant une attitude active
de l’enfant et de son entourage, vient
conforter l’idée de réussite et redonner
confiance aussi bien à l’enfant qu’à sa
famille.
Le contexte culturel dans lequel
grandit l’enfant est aussi essentiel à prendre en compte de façon à aborder questions et
solutions sous un angle compréhensible et
acceptable pour la famille.
Parfois, le problème psychologique pré- ou
coexistant avec l’obésité rend nécessaire le
recours à une consultation pédopsychiatrique
puis, posé par le pédopsychiatre, à un
traitement ou soutien spécifique du trouble
diagnostiqué.
Une analyse de la situation de
bonne qualité est un préalable nécessaire à
un traitement adapté. Une claire répartition
des rôles entre le médecin de famille ou le
pédiatre et le pédopsychiatre ou le
psychologue permet à chacun de jouer
pleinement son rôle.
En centre de moyen séjour, dont les
indications, obésité sévère ou compliquée,
restent exceptionnelles, le principe de
traitement est identique mais l’avantage
d’une synergie permet un gain d’efficacité.
Les camps de vacances semblent remporter
un certain succès en Europe et aux États-Unis.
Le rôle de la famille reste tout aussi
fondamental.
Chez l’adolescent, une
motivation personnelle claire doit être
exprimée ; pour cette raison, l’indication des
traitements impliquant une séparation
d’avec la famille devrait être limité chez le
jeune enfant au risque physique majeur et
immédiat.
Il est indéniable que d’autres
formules restent à imaginer et développer.