Neuropathies héréditaires sensibles à la pression
Cours de Neurologie
Généralités
:
Les descriptions des familles dans lesquelles plusieurs membres
présentent des paralysies récidivantes tronculaires liées à des
facteurs positionnels sont nombreuses et très anciennes (De Jong
en 1947, Davies en 1954, Staal et al en 1965).
La première étude
électrophysiologique qui démontra des anomalies de conduction
nerveuse dans les sites d’étroitesse anatomique fut réalisée par Earl
et al en 1964.
Ces auteurs proposèrent par ailleurs la terminologie
encore utilisée actuellement de hereditary neuropathy with liability to
pressure palsies.
En 1972, Behse et al signalent une variété nouvelle de neuropathie
familiale en relation avec des épaississements focalisés des gaines
de myéline qu’ils comparent de façon imagée à de petites saucisses
entourant les fibres nerveuses.
Madrid et Bradley proposent
l’utilisation de la traduction latine de ce terme, soit tomaculum, ce
qui pourrait, en langue française, s’exprimer par le qualificatif de
« tomaculaire ».
Compte tenu de l’étymologie grecque du mot
« neuropathie », il serait plus logique de préférer au terme de
« tomaculaire » celui d’« allantoïde », allantoïde signifiant
littéralement « en forme de saucisse ».
On tend à lui préférer le
terme de neuropathie héréditaire par hypersensibilité à la
pression car l’hypermyélinisation focale est inconstante chez les
membres d’une même famille et son absence ne fait pas rejeter le
diagnostic.
On estime alors que les épaississements myéliniques ne
seraient présents qu’à certains stades de l’évolution neuropathique.
Génétique
:
La maladie répond à une transmission autosomique dominante. Bien
que les cas sporadiques ne soient pas rares, une hérédité
autosomique récessive n’a jamais été prouvée.
La pénétrance est de l’ordre de 100 % si l’on a soin d’entreprendre une exploration électrophysiologique précise.
Le risque d’une expression
phénotypique chez les descendants est d’environ 50 %.
Le sexe masculin est atteint cliniquement trois fois plus souvent.
Ceci serait lié à une plus fréquente exposition à des facteurs de
traumatismes locaux.
L’anomalie génique a été localisée sur le chromosome 17 dans la
même région que celle de la maladie de Charcot-Marie-Tooth de
type 1A (bande 17p11.2-12), mais il s’agit d’une délétion de
1,5 mégabase, et non d’une duplication comme dans la maladie de
Charcot-Marie-Tooth.
Il est à noter que cette délétion est
fréquente mais inconstante, certains patients pouvant présenter une
mutation de la PMP 22 ou une délétion de novo.
L’anomalie myélinique est due à l’interaction entre la monosomie
17p11.2 et un facteur extérieur, par exemple un traumatisme local.
En effet, le gène muté code pour la protéine myélinique PMP 22 du
système nerveux périphérique. Une mutation de ce gène
produit une polyneuropathie démyélinisante chez la souris
Trembler.
La fonction précise de cette protéine est pour l’instant
mal connue et l’on explique mal comment la cellule de Schwann est
capable de former de la myéline morphologiquement et
fonctionnellement normale qui ultérieurement s’altère dans certaines
zones.
La PMP 22 pourrait jouer d’abord un rôle dans le
développement et la différenciation des cellules de Schwann, puis
dans un second temps jouer un rôle de protéine structurale dans la
myéline où elle serait impliquée plus dans le contrôle de l’épaisseur
de la gaine de myéline et de sa stabilité que dans des phénomènes
précédant la formation de la myéline.
Anatomie pathologique
:
Les lésions ont des caractères très précis bien que leur connaissance
soit limitée à l’analyse du nerf saphène externe prélevé par biopsie.
En effet, la bénignité de la maladie explique l’absence d’autopsie.
Les fibres myéliniques sont globalement en nombre normal.
Leur
répartition est cependant anormale, car les fibres de grand diamètre
sont raréfiées, alors que celles de petit diamètre sont augmentées en
nombre.
L’anomalie caractéristique est un épaississement myélinique focal,
en forme de petite saucisse (tomacule ou allantoïde).
Cet aspect, d’abord soupçonné sur les coupes transversales du nerf, porte
sur 1 à 12% des fibres.
La gaine de myéline, considérablement
épaissie, est concentrique, régulière, parfois latéralisée par rapport à
l’axone qu’elle entoure avec de nombreuses boucles redondantes
externes, fusionnées ou apposées, réalisant des spirales, avec un
nombre variable de lamelles.
En microscopie électronique,
l’hypermyélinisation est à l’origine d’épaississements concentriques
de myéline compacte, avec de nombreux enroulements de boucles
redondantes, fusionnant progressivement et donnant des aspects
monstrueux.
La microdissection des fibres isolées montre les renflements
en « saucisse » de la gaine de myéline, présents dans 12,5 à 27,5 %
des fibres et dans 24 à 37 % des internodes.
Ces renflements ont un
siège paranodal ou internodal, parfois multiples dans un internode
ou symétriques autour d’un noeud de Ranvier.
Leur longueur est
variable, allant de 30 à 40 µm à 250 à 280 µm. Des internodes courts
intercalés prouvent un processus de démyélinisation et
remyélinisation.
Ils sont souvent le siège des renflements myéliniques.
La pente de la droite de régression des longueurs internodales en fonction du diamètre des fibres est diminuée.
Les neurofilaments contenus dans les renflements myéliniques sont de
densité augmentée, ce qui suggère une constriction axonale.
Une démyélinisation des zones hypermyélinisées est parfois visible
en microscopie électronique, de même que de rares images en
« bulbes d’oignon ».
Les zones d’hypermyélinisation focale ne sont cependant pas
spécifiques.
D’abord, des lésions analogues sont observées dans
diverses neuropathies : maladie de Charcot-Marie-Tooth ou de
Dejerine-Sottas, neuropathies du cisplatine, neuropathies axonales
chroniques.
Cependant, dans de tels cas, les épaississements portent
sur moins de 5 % des internodes et non plus sur 24 à 37 %.
D’autre
part, les hypermyélinisations focales sont inconstantes chez les
membres d’une même famille.
On observe alors une variabilité de
longueur et d’épaisseur des internodes, témoignant d’un processus
récurrent de démyélinisation et de remyélinisation.
L’absence de
lésions spécifiques s’expliquerait par une neuropathie évoluée dans
l’évolution de laquelle elles auraient disparu.
Actuellement, la possibilité de faire le diagnostic de neuropathie
héréditaire avec hypersensibilité à la pression en biologie
moléculaire sur simple prise de sang a conduit à ce que la réalisation
d’une biopsie nerveuse n’ait quasiment plus d’indications.
Physiopathologie
:
Plusieurs mécanismes pourraient expliquer la constitution d’une hypermyélinisation focale.
L’absence d’arrêt de rotation de la cellule de Schwann entraînerait
un nombre excessif de lamelles de myéline par rapport au diamètre
de l’axone.
La formation de boucles redondantes de myéline entoure
secondairement l’axone myélinisé.
Ces redondances ont un aspect
varié selon qu’elles forment des spirales externes ou internes. Des
replis myéliniques sont également fréquents.
Un second mésaxone peut se constituer lors de la rotation
schwannienne et, soit rester parallèle au mésaxone initial, soit se
diriger dans une direction opposée.
De même, des branchements myéliniques se produisent parfois sur une lamelle.
Une myélinisation transnodale se produit lors du passage d’une
gaine de myéline au-dessus d’un noeud de Ranvier, couvrant le
territoire de la cellule de Schwann adjacente, ce qui provoque une
occlusion du noeud de Ranvier.
La participation de deux cellules de Schwann à la formation d’une
gaine myélinique entraîne une interdigitation de ces cellules et la
formation de myéline dans l’internode.
Enfin, des interruptions et des fragmentations de la gaine de myéline
sont susceptibles de produire une hypermyélinisation secondaire.
Aucun de ces mécanismes n’est spécifique ni exclusif.
Le plus
commun paraît la formation de boucles redondantes, externes ou
internes, secondaires à un excès de rotations schwanniennes.
L’hypothèse selon laquelle l’épaississement localisé serait secondaire
à des microtraumatismes paraît peu probable, malgré les arguments
suivants : des boucles myéliniques redondantes sont produites lors
des neuropathies expérimentales par prise au piège.
De même, sont
donnés en faveur de cette hypothèse les cas de susceptibilité
héréditaire à la pression sans hypermyélinisation.
Dans ces formes,
les lésions sont cependant importantes et témoignent d’un processus
de démyélinisation et de remyélinisation.
Dès lors, il n’est pas
impossible que les épaississements ne se produisent que lors de
certains stades évolutifs, provoquant alors une remyélinisation
aberrante.
La place de l’atteinte axonale est mal déterminée.
Une constriction axonale secondaire à l’épaississement focal est possible, comme le
montre l’augmentation de densité des neurofilaments.
Inversement,
l’hypermyélinisation et les processus de démyélinisation et de
remyélinisation pourraient être secondaires à une atrophie axonale,
comme au cours de certaines atrophies axonales chroniques
expérimentales, avec cependant une répartition non focale mais
diffuse de l’hypermyélinisation.
La production des signes cliniques, bien qu’elle paraisse a priori
évidente, est mal déterminée.
Une ischémie localisée n’est pas
prouvée. Une instabilité mécanique de l’hypermyélinisation focale
expliquerait que, dans certaines circonstances dépendant de facteurs
extérieurs, se produise une sorte de paralysie posturale.
L’absence
habituelle d’amyotrophie, notamment lors des premiers épisodes
paralytiques, témoigne d’ailleurs de lésions uniquement neurapraxiques.
Il apparaît enfin indéniable que la prédominance
des diminutions de vitesses de conduction nerveuse dans la
traversée des défilés anatomiques soit le fait, sous l’influence
d’attitudes anormales, d’une distorsion des membranes myéliniques
cisaillées par des formations mécaniquement rétrécies.
La conjonction de lésions de démyélinisation et d’épaississements
focaux de la gaine de myéline rend compte des modifications électrophysiologiques.
Électrophysiologie
:
Des tracés de dénervation sont visibles dans les territoires
musculaires déficitaires.
Ils s’étendent parfois à des territoires
voisins, essentiellement dans les muscles distaux.
Les activités
spontanées témoignant d’une dégénérescence axonale sont rares ou
tardives, qu’il s’agisse de potentiels de fibrillation ou de potentiels
lents positifs.
L’étude des vitesses de conduction nerveuse motrice montre des
latences distales augmentées de façon plus prononcée que le
ralentissement des vitesses de conduction nerveuse tronculaire, en
particulier pour les nerfs médians, et des ralentissements des
vitesses de conduction ou des blocs de conduction dans la plupart
des signes d’étroitesse anatomique (gouttière humérale pour le
nerf radial, coude pour le nerf cubital, canal carpien pour le nerf
médian, col du péroné pour le nerf sciatique poplité externe).
La
latence des ondes F, affectée par les lésions segmentaires quelle que
soit leur répartition sur le motoneurone, est augmentée aux quatre
membres.
L’étude des index de démyélinisation confirme l’existence
d’un patron de démyélinisation à prédominance distale.
Mouton et
al proposent comme critères diagnostiques électrophysiologiques
l’association d’anomalies sensitives et motrices bilatérales des nerfs
médians dans les canaux carpiens et d’anomalies des vitesses de
conduction motrice dans au moins un nerf péronier.
Cette
association doit mener à l’étude en biologie moléculaire.
L’étude des paramètres sensitifs montre des vitesses de conduction
nerveuse proportionnellement plus diminuées que les vitesses
motrices, ainsi qu’une diminution diffuse de l’amplitude des
potentiels sensitifs.
L’étude in vitro des potentiels du nerf saphène externe montre
une diminution des potentiels A alpha et A delta, alors que ceux des
fibres C sont normaux, ce qui correspond au respect des fibres de
petit diamètre et à l’absence de signes dysautonomiques.
Les altérations électrophysiologiques ont d’une part l’intérêt de
confirmer une atteinte diffuse du nerf périphérique, d’autre part
celui de détecter des altérations infracliniques chez les membres de
la famille d’un sujet atteint, confirmant ainsi le mode de
transmission.
Les explorations centrales, potentiels évoqués somatosensitifs,
auditifs, visuels, sont normales, ce qui est en accord avec la notion
clinique d’intégrité de la myéline du système nerveux central.
Manifestations cliniques
:
La sémiologie des neuropathies héréditaires sensibles à la pression
est habituellement évocatrice, mais le diagnostic est
souvent méconnu lorsque l’histoire personnelle ou familiale du
patient n’est pas reconstituée.
La révélation se fait habituellement
entre la deuxième et la troisième décennie, mais on connaît des cas
néonataux et des formes tardives.
Plusieurs formes cliniques sont
décrites.
Outre les plus classiques que sont les atteintes tronculaires
des membres et les hérédopathies du plexus brachial, on a distingué
plus récemment des tableaux de polyneuropathies.
A - ATTEINTES TRONCULAIRES RÉCIDIVANTES :
Elles sont les plus fréquentes, prédominant sur les troncs nerveux
distaux, isolées ou associées à des atteintes du plexus brachial chez
le même patient ou chez des membres de sa famille.
1- Sémiologie :
Le tableau sémiologique est habituellement évocateur et le
diagnostic repose avant tout sur l’interrogatoire.
La maladie se
traduit, chez un adolescent ou chez un adulte jeune, de sexe plutôt
masculin, par des accès régressifs et récidivants de paralysie
périphérique, parfois favorisés par un facteur postural ou
compressif, soit professionnel, soit tenant aux actes de la vie
courante.
Le diagnostic se pose chez un patient qui consulte pour une atteinte
d’un tronc nerveux favorisée par le maintien prolongé d’une
position anormale comprimant le nerf dans un défilé anatomique.
L’épisode neuropathique est le plus souvent marqué par une
paralysie isolée de constitution rapide.
Curieusement, cette atteinte,
apparaissant souvent au réveil, est indolente.
Au maximum sont
ressenties des paresthésies d’intensité variable.
Les troncs nerveux
le plus souvent touchés sont le sciatique poplité externe au col du
péroné, le cubital au coude, et aussi le radial dans la gouttière
humérale, le médian au canal carpien. La paralysie porte
exceptionnellement sur les nerfs crâniens, surtout sur le nerf facial.
De même, sont très rarement atteints les nerfs sciatique poplité
interne, grand sciatique, crural, musculocutané.
La notion d’épisodes tronculaires antérieurs chez le patient, a fortiori
chez divers membres de sa famille, est très évocatrice.
L’examen confirme l’atteinte d’un tronc nerveux ou de plusieurs,
avec les caractères habituels d’une faiblesse motrice.
Une
hypoesthésie plus ou moins étendue est parfois présente, toujours
en l’absence de douleur.
Une aréflexie focale transitoire est possible.
Il n’y a jamais de dysfonction autonome.
Des signes de neuropathie diffuse modérée, plus ou moins frustes,
sont parfois notés, persistant d’ailleurs lors de la régression :
aréflexie achilléenne, atteinte des petits muscles du pied avec pied
creux, diminution de la sensibilité vibratoire.
L’épisode paralytique évolue habituellement vers la régression en
quelques heures, quelques jours ou quelques mois, ce qui témoigne
d’un processus uniquement neurapraxique.
La neuropathie est le
plus souvent peu invalidante, mais elle est marquée par de
fréquentes récidives.
Ces dernières se produisent tantôt dans le
même territoire, tantôt à distance.
Dans certains cas, des séquelles,
en particulier amyotrophiques, persistent de façon permanente,
surtout dans le territoire du nerf cubital.
Des formes paresthésiques pures, sans atteinte motrice, sont à
connaître.
Tantôt elles simulent des syndromes canalaires multiples :
syndrome du canal carpien, syndrome du cubital au coude et sont
alors souvent l’objet d’une intervention chirurgicale inutile ; tantôt
elles donnent un tableau de névrite sensitive migratrice.
2- Diagnostic
:
Le diagnostic de ces formes est aisé lorsque coexiste la notion
d’épisodes tronculaires indolores récidivants chez les membres d’une même famille.
Il est moins évident dans les cas sporadiques
en début d’évolution, pouvant en imposer pour une paralysie
posturale ou dans les formes paresthésiques pures.
Le diagnostic
avec une multinévrite, avec une neuropathie multifocale avec blocs
de conduction persistants, avec les formes familiales de syndrome
du canal carpien se pose dans quelques cas.
B - HÉRÉDOPATHIES DU PLEXUS BRACHIAL
:
Elles ont une place à part dans le cadre des neuropathies héréditaires
sensibles à la pression, d’autant qu’elles sont à différencier d’autres
formes familiales de plexopathie brachiale.
Elles répondent comme
les précédentes à une transmission de type autosomique dominant
et débutent dans la deuxième ou la troisième décennie.
Les atteintes
du plexus brachial ne sont cependant que l’expression localisée
d’une atteinte plus diffuse.
1- Sémiologie :
Ces formes répondent à des caractères assez particuliers. Le
début se fait surtout le matin au réveil.
Parfois il est favorisé par
une posture anormale lors d’une intervention chirurgicale ou à
l’occasion d’un facteur professionnel. L’atteinte est habituellement
strictement indolore.
Elle s’accompagne uniquement de paresthésies.
L’amyotrophie de l’épaule traduit le plus souvent une atteinte plexique haute, de topographie C5, C6, ou encore une atteinte
globale.
La régression des troubles est plus ou moins complète en
quelques semaines ou quelques mois.
Le diagnostic se fait ici encore par l’interrogatoire du patient qui fait
apparaître trois notions primordiales :
– les caractères de l’épisode qui amènent à consulter, donc faits
d’une paralysie des muscles de l’épaule, peu douloureuse, apparue
souvent après une mauvaise position professionnelle ou pendant la
nuit et accompagnée au maximum de paresthésies, mais très
rarement de douleurs ;
– la notion d’épisodes antérieurs ayant porté tantôt sur le plexus
brachial, tantôt sur les troncs nerveux des membres ;
– la connaissance d’un facteur familial de type autosomique
dominant.
Si des épisodes analogues sont signalés habituellement chez
plusieurs membres de la famille, leur siège est variable et ne porte
pas obligatoirement sur le plexus brachial, se limitant souvent à une
atteinte des troncs nerveux des membres.
Les hommes sont plus
souvent atteints que les femmes.
2-
Diagnostic
:
Ces formes sont parfois confondues avec les formes familiales de
névralgie amyotrophique de l’épaule ou syndrome de Parsonage et
Turner.
Cependant, ces dernières répondent à des caractères assez
différents, bien que l’âge de survenue se
situe entre la deuxième et la troisième décennie, avec des cas
précoces dans la première décennie, et qu’une prépondérance
masculine soit nette dans certaines familles.
En revanche, le début est en général marqué par des douleurs
souvent très aiguës et violentes et aggravées par le moindre
mouvement.
Ces douleurs correspondent en tout point aux douleurs
habituelles du syndrome de Parsonage et Turner, à la fois par leur
intensité, leur topographie scapulaire, leur recrudescence nocturne
et leur régression en quelques jours ou quelques semaines.
La
faiblesse musculaire s’installe lorsque la douleur s’atténue.
Elle est
habituellement constituée dans un délai de 1 mois et accompagnée
d’amyotrophie, surtout des muscles proximaux innervés par le tronc
supérieur du plexus brachial.
Mais souvent les atteintes sont
disséminées.
L’évolution se fait sur des semaines et des mois. L’amyotrophie
s’accompagne parfois de fasciculations.
Une lente amélioration
apparaît en 1 an ou 2 ans. Les récidives sont fréquentes.
Cette
évolution différencie les formes familiales des formes sporadiques
du syndrome de Parsonage et Turner dont la régression est
habituellement plus rapide.
Il n’est pas rare qu’une atteinte des membres inférieurs liée à une
localisation au plexus lombosacré soit observée, réalisant de
véritables plexopathies lombosacrées.
Des atteintes bilatérales sont
également signalées.
Parfois, les nerfs crâniens sont atteints, en
particulier le pneumogastrique, entraînant alors des troubles de la
déglutition et de la phonation.
On signale également des cas de
paralysie faciale, de syndrome de Claude Bernard-Horner, de surdité
unilatérale brusque.
Un des éléments les plus caractéristiques des formes familiales
d’amyotrophie névralgique de l’épaule est la présence de
dysmorphies.
Il s’agit selon les cas d’épicanthus, de bec-de-lièvre,
de syndactylie.
L’anomalie la plus spécifique est un hypotélorisme.
Cette anomalie a pu faire comparer ces patients à
certains portraits figurant sur des tableaux de Modigliani.
Des facteurs étiologiques particuliers sont parfois mis en évidence,
infectieux, vaccinaux et surtout gravidiques.
Dans ces cas,
l’amyotrophie névralgique survient parfois dans le troisième
trimestre de la grossesse, mais le plus souvent après l’accouchement.
Quelques heures ou quelques jours après, s’installe un épisode de
douleur scapulaire, suivi rapidement de paralysie.
Ce facteur
gravidique est interprété de façon diverse, qu’il s’agisse de facteurs
mécaniques ayant entraîné une ischémie, de facteurs endocriniens
complexes faisant intervenir la sécrétion des glandes surrénales, ou
encore de facteurs immunologiques mettant en cause des antigènes
venus du foetus.
L’examen pendant les épisodes ou entre les épisodes est négatif et
ne montre aucun signe de neuropathie périphérique diffuse, ce qui
a une importance diagnostique dans la séparation avec les formes tomaculaires.
Le liquide céphalorachidien est normal, de même que
les examens biologiques.
L’électromyogramme, parfois pratiqué lors des épisodes aigus, a
localisé les lésions au plexus brachial, en montrant un retard ou une
interruption de la conduction après stimulation au point d’Erb.
Enfin, la normalité des vitesses de conduction nerveuse motrice et
sensitive, la normalité morphologique des nerfs périphériques
différencient formellement ces formes des hérédopathies
tomaculaires du plexus brachial.
C - POLYNEUROPATHIES :
Les neuropathies héréditaires avec hypersensibilité à la pression
peuvent avoir la présentation clinique d’une polyneuropathie
d’évolution chronique ou aiguë à rechutes, dans une proportion de
cas proche des 10 %.
Il peut s’agir d’une forme sensitivomotrice
ou sensitive pure. Selon la présentation clinique, on peut distinguer
des formes revêtant l’aspect, soit d’une maladie de Charcot-Marie-Tooth, soit d’une polyradiculonévrite chronique dans une évolution progressive, voire à rechutes.
Enfin, des formes multimononeuropathiques d’évolution aiguë peuvent également se
rencontrer.
Traitement
:
Il n’existe pas de thérapeutique autre que préventive, habituellement
connue des patients qui savent éviter certaines attitudes prolongées,
facteurs de paralysie.
À l’exception de quelques formes sévères ou récidivantes, la maladie
est heureusement bénigne et d’évolution habituellement régressive,
mais des gestes de décompression chirurgicale peuvent parfois être
réalisés en l’absence de récupération spontanée à distance ou en
présence d’une perte axonale évolutive.
Conclusion
:
Les neuropathies héréditaires sensibles à la pression sont ainsi un
groupe pathologique fréquemment observé dont le diagnostic est parfois
cliniquement difficile.
L’étude électrophysiologique permet le plus
souvent d’obtenir une forte présomption du diagnostic qui est
ultérieurement confirmé par l’étude en biologie moléculaire.