Considérée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme
une zoonose majeure, la brucellose sévit dans de nombreux pays,
engendrant d’importants coûts de santé.
Les atteintes neurologiques
peuvent être responsables d’une morbidité définitive en cas de
retard diagnostique et thérapeutique.
Historique
:
Marston, en 1861, rapporta pour la première fois, dans l’île de
Malte, des cas de brucellose humaine.
Bruce, en 1887, mit en
culture, à partir de fragment de rate d’un patient, un organisme qu’il
nomma Micrococcus melitensis et qui prit plus tard le nom de Brucella
melitensis. Wright, en 1897, mit au point le sérodiagnostic qui
apporta la preuve définitive de cette infection.
Hughes, en 1897,
isola Brucella melitensis à partir des méninges d’un patient décédé
de méningoencéphalite.
Charles Nicolle, en 1905, fit une
description détaillée clinique, sérologique et bacillaire de cette maladie à partir d’une observation personnelle et de cas rapportés
en Tunisie et en Algérie.
Il insista sur sa fréquence particulière dans
les pays méditerranéens.
Lemaire, en 1924, précisa les anomalies cytochimiques du liquide céphalorachidien (LCR).
Sanders, en
1931, rapporta le premier cas de culture de Brucella suis chez un
patient présentant une méningoencéphalite et qui décéda plus tard
d’une rupture d’un anévrisme cérébral mycotique.
Roger et Poursines en 1938 publièrent une monographie détaillée de la
neurobrucellose.
Épidémiologie
:
La brucellose est ubiquitaire, touchant en particulier le Bassin
méditerranéen et le Moyen-Orient.
La décroissance du nombre
de cas déclarés en France depuis 1978 se ralentit à partir de 1984.
En Espagne, 30 000 nouveaux cas annuels de brucellose sont
diagnostiqués.
En Tunisie, le taux d’incidence moyen de la
brucellose humaine était de 0,066/100 000 habitants de 1980 à 1989
et passa à 4,5/100 000 de 1989 à 1998.
Le taux d’incidence au Koweït,
de 1,5/100 000 en 1976, augmenta à 42,78/100 000 en 1984.
L’atteinte du système nerveux central est diversement appréciée
selon les auteurs et varie de 3,5 à 25 %.
La fréquence réelle de
la neurobrucellose à partir d’observations bien documentées ne
serait que de 3 à 5%.
Les manifestations neurologiques s’associent fréquemment aux autres signes systémiques de la
brucellose ou peuvent être inaugurales de la maladie.
Elles
peuvent être observées à la phase aiguë septicémique ou à la phase
chronique de la maladie.
Microbiologie
:
Brucella est une bactérie coccobacille à Gram négatif, non mobile,
non encapsulée et se développant seulement en milieu aérobie.
Six
espèces de Brucella sont identifiées : Brucella melitensis, Brucella
abortus, Brucella suis, Brucella canis, Brucella neotomae, Brucella ovis ;
seules les quatre premières sont responsables de la maladie chez
l’homme.
Les animaux à réservoir sont, pour Brucella melitensis, la
chèvre, le mouton et le chameau ; pour Brucella abortus, la vache ;
pour Brucella suis, le cochon ; pour Brucella canis, le chien.
Brucella melitensis, espèce la plus fréquente et la plus virulente au cours de
la neurobrucellose, sévit dans les pays méditerranéens, l’Amérique
latine, l’Asie et le Moyen-Orient.
Modes de contamination
:
La transmission de cette infection animale à l’homme est étroitement
liée aux méthodes d’élevage, aux niveaux d’hygiène et aux
habitudes alimentaires. Pour Brucella melitensis, l’infection est
transmise généralement par l’ingestion de lait ou de fromage cru.
La pasteurisation du lait réduit considérablement le risque
d’infection mais ne l’élimine pas.
La brucellose a été rapportée chez
les éleveurs, les agriculteurs, les bergers, les vétérinaires, les ouvriers
des abattoirs et les techniciens de laboratoire.
Elle est reconnue
comme étant une des dix infections de laboratoire les plus
fréquentes.
L’importance de la contamination peut provenir de la
présence de Brucella dans les urines et les selles animales, le lait, les
produits vaginaux et les débris de placenta.
Tout l’environnement
devient contaminé et l’infection se fait soit par la peau écorchée ou
coupée, soit par voie aérienne par la membrane muqueuse du
tractus respiratoire, soit par voie conjonctivale.
D’autres modes de
transmission plus rares ont été rapportés : ventriculopéritonéal
, intra-utérin ou même par l’allaitement.
Neuropathologie et pathogénie
:
Le granulome non caséeux est la lésion anatomopathologique
évocatrice de la brucellose ; du caséum est observé uniquement pour
Brucella suis.
Brucella pénètre dans l’organisme par voie digestive,
cutanée ou respiratoire puis envahit la circulation sanguine et se
localise dans le système lymphoréticulaire, surtout les ganglions
lymphatiques, la moelle osseuse ou le foie.
Comme toute infection
véhiculée par voie sanguine, Brucella peut se localiser dans
n’importe quel tissu ou organe spécifique tel que l’os, l’endocarde
ou le système nerveux.
Le mécanisme exact par lequel la bactérie
atteint le système nerveux est incertain mais il semble qu’elle
envahit les méninges et entraîne une méningite chronique qui peut
être, au début, asymptomatique.
Quand l’immunité de l’hôte
diminue, Brucella prolifère puis envahit les autres structures
nerveuses.
En 1951, Nichols classa les anomalies neuropathologiques en :
– une atteinte méningée inflammatoire diffuse ;
– un oedème du cortex avec une infiltration périvasculaire de
cellules arrondies et une encéphalomalacie ;
– une infiltration vasculaire chronique lymphocytaire et macrophagique responsable d’une panartérite ;
– une infiltration vasculaire aiguë par des polynucléaires avec
nécrose et formation anévrismale ;
– des infiltrats cellulaires inflammatoires dans le périnèvre des
racines nerveuses, responsables de lésions radiculaires ou d’atteinte
des nerfs crâniens.
De Villafane Lastra (1963) rapporta des lésions de ramollissement
cérébral, d’infiltration méningée, d’infiltration périvasculaire et
d’hématome intracérébral étendu.
Des aspects de démyélinisation
au niveau des racines, de la moelle et de la substance blanche
cérébrale ont été aussi décrits.
Le mécanisme de la
démyélinisation serait dû, soit à un effet direct de Brucella ou de ses
endotoxines sur la myéline, soit à une réaction allergique ou
antigénique croisée à l’infection brucellienne.
Les lésions médullaires ou radiculomédullaires peuvent être dues à
une atteinte brucellienne diffuse dans le cas d’une
méningoencéphalite ou localisée par une arachnoïdite segmentaire
ou par une vascularite.
L’ostéite brucellienne, en lésant le corps
vertébral, comprime directement la moelle épinière ou peut
entraîner secondairement une hernie discale.
La compression
médullaire peut être également due à un granulome extradural qui
serait une extension de l’infection brucellienne du corps vertébral.
La radiculonévrite peut se développer en réponse à une réaction
allergique ou toxique à l’infection brucellienne, comme dans le
syndrome de Guillain-Barré.
Immunologie
:
L’infection brucellienne induit à la fois une immunité humorale et
cellulaire.
Alors que l’immunité à médiation cellulaire semble plus
importante dans la résistance à l’infection brucellienne, les anticorps
circulants transmettent une protection et sont utiles dans le
diagnostic sérologique, surtout lorsque la culture est stérile.
La
réponse anticorps initiale de type immunoglobulines (Ig) M diminue
avec l’évolution de la maladie, alors que les IgG augmentent, mais
des taux significatifs d’IgM peuvent persister pendant plusieurs
années.
Les anticorps IgG diminuent rapidement après la mise sous
traitement et sont donc considérés comme des marqueurs d’une
infection active.
Dans le sérodiagnostic de Wright, l’agglutination peut être due à
des IgM, à des IgG ou aux deux.
L’adjonction de 0,05 moles de
2-mercaptoéthanol (2-ME test) détruit les anticorps IgM à activité
agglutinante.
L’agglutination dans ce test ne mesure donc que les
anticorps IgG. Dans le LCR, il peut constituer un test diagnostique
et thérapeutique.
Les autres réactions sérologiques utilisables sont
le test de fixation du complément (qui mesure les IgM et les IgG) et
le test de Coombs qui mesure les IgM, IgG et IgA, lorsque le
sérodiagnostic de Wright est négatif.
Les tests enzyme-linked immunosorbent assay (Elisa) détectent de
faibles concentrations d’anticorps antibrucelliens de type IgM, IgG
et IgA et constitueraient dans le LCR un test sensible et spécifique
de la neurobrucellose.
La détection des anticorps IgM et IgG
par dot-Elisa serait une méthode de dépistage sensible, économique
et rapide pour la brucellose, particulièrement dans les zones
endémiques.
Le dosage de l’activité de l’adénosine désaminase (ADA) dans le LCR a été proposé comme une méthode simple et rapide pour le
diagnostic de neurobrucellose.
L’augmentation de l’activité de
l’ADA n’est cependant pas spécifique puisqu’elle est présente dans
d’autres types de méningites (tuberculeuse, cryptococcique,
listérienne et virale) et un dosage de ses deux isoenzymes ADA 1 et
ADA 2 dans le LCR serait plus utile.
Manifestations cliniques
:
Les manifestations neurologiques de la brucellose sont multiples et
variées.
Un même patient peut présenter une atteinte plurifocale.
Pour un même signe clinique, plusieurs lésions sont possibles : ainsi,
Roger, en 1954, avait classé les paraplégies en fonction du siège
anatomique de l’atteinte (myélite, méningo-radiculo-neuropathie,
poly-radiculo-neuropathie ou polyneuropathie), en fonction de
l’évolution et des signes associés (méningite, encéphalite ou atteinte
des nerfs crâniens).
Les classifications proposées sur des critères chronologiques, clinicobiologiques ou anatomocliniques sont donc
artificielles.
Dans un but descriptif, nous utilisons une
classification anatomoclinique.
A - MÉNINGITES ET MODIFICATIONS DU LIQUIDE
CÉPHALORACHIDIEN
:
La méningite peut être isolée ; le plus souvent, elle s’associe à une
encéphalite, une myélite ou une radiculite.
L’installation d’une
méningite aiguë est rare ; elle est le plus souvent subaiguë ou
chronique.
L’inflammation des méninges entraîne, en fonction de
la topographie, une compression des nerfs crâniens, une
hydrocéphalie communicante ou une compression médullaire.
La réaction méningée est constante dans la neurobrucellose.
La pléiocytose du LCR, de type lymphocytaire, peut varier de 40 à
1 400 éléments/mm3.
Une hyperprotéinorachie est pratiquement
aussi constante ; elle est le plus souvent modérée mais peut
atteindre 4 à 6 g/L avec, à l’électrophorèse des protéines du LCR,
une augmentation des gammaglobulines.
La glycorachie est
normale ou abaissée, parfois de façon persistante.
B - ENCÉPHALITES :
1- Encéphalite aiguë diffuse
:
Elle est caractérisée par une altération de la conscience pouvant aller
de la torpeur jusqu’au coma avec assistance ventilatoire.
Elle peut
survenir de façon précoce et être même inaugurale.
Elle est parfois
précédée par une hypertension intracrânienne (HTIC) avec oedème
papillaire, paralysie de la VIe paire crânienne, sans réaction
méningée.
Le tableau d’encéphalite se complète alors en l’absence
de traitement.
Le plus souvent, l’encéphalite apparaît plusieurs
mois après une guérison apparente de la maladie.
L’évolution est
généralement favorable, sans séquelles.
L’imagerie cérébrale peut
révéler un oedème cérébral diffus ou un rehaussement des citernes
de la base, en rapport avec la méningite.
L’imagerie par résonance
magnétique, dans deux observations d’encéphalomyélite, montrait
des lésions confluentes de la substance blanche périventriculaire.
2- Encéphalite focale :
Des localisations encéphalitiques focales ont fait évoquer, dans
l’ancienne littérature, un processus tumoral.
Ces lésions seraient
rares et correspondraient plutôt à une atteinte vasculaire.
Néanmoins, d’authentiques observations de granulome brucellien
de localisation hypothalamique ou pituitaire ont été
rapportées.
Une sémiologie extrapyramidale régressive après
traitement a été exceptionnellement observée.
Barasciutti et
Boccato (1952) ont rapporté une observation de chorée.
Une
sémiologie à prédominance cérébelleuse, une narcolepsie avec
cataplexie, une épilepsie partielle sont exceptionnelles.
Un
tableau d’empyème sous-dural chronique a été rapporté chez un
enfant de 8 ans, nécessitant un drainage chirurgical et une
antibiothérapie adaptée.
C - MANIFESTATIONS VASCULAIRES :
Elles sont dominées par les accidents ischémiques transitoires (AIT)
qui intéressent le territoire carotidien et/ou vertébrobasilaire :
épisodes de monoparésie, d’hémiparésie parfois à bascule,
d’aphasie ou de vertiges.
Un même patient peut présenter
plusieurs épisodes d’AIT.
Les accidents ischémiques constitués (AIC), plus rares, peuvent être
responsables d’un déficit moteur, visuel ou d’une aphasie.
Les AIC emboliques par endocardite brucellienne peuvent être
d’évolution fatale.
Une hémorragie intracérébrale ou sous-arachnoïdienne
peut compliquer la rupture d’un anévrisme mycotique.
L’association à une thrombose veineuse du sinus longitudinal
supérieur est de description récente.
D - MYÉLITES ET MYÉLOPATHIES :
La myélite est rarement d’installation aiguë, survenant surtout dans
le contexte d’une méningoencéphalite.
Le plus souvent, elle est
d’installation subaiguë ou chronique.
Le tableau clinique est
caractérisé par une paraplégie ou une quadriplégie à
prédominance motrice.
Les troubles sensitifs et sphinctériens sont
peu marqués. Une réaction cellulaire lymphocytaire et une hyperprotéinorachie ont été rapportées.
La compression
médullaire peut être secondaire à une spondylodiscite brucellienne.
Au déficit moteur s’associent alors des douleurs radiculaires.
La
récupération après traitement de la myélopathie, qu’elle soit
inflammatoire ou compressive, est partielle.
E - NEUROPATHIES PÉRIPHÉRIQUES :
Les neuropathies périphériques constituent, pour Pavlak, la forme
la plus fréquente de neurobrucellose.
Al Deeb (1989) ne confirme cependant pas ces résultats dans sa
série.
1- Méningo-radiculo-neuropathies :
Elles intéressent surtout les racines dorsolombaires : paraplégie
flasque avec abolition des réflexes ostéotendineux et plus rarement
troubles de la sensibilité profonde.
La prédominance nette des
signes moteurs a fait évoquer, dans certaines observations, une
maladie du motoneurone.
La protéinorachie est élevée avec une
réaction lymphocytaire.
Les vitesses de conduction distales sont
normales ou légèrement ralenties.
Un ralentissement proximal est
mis en évidence par un allongement de la latence de l’onde F.
L’évolution se fait vers la restitutio ad integrum ou avec de discrètes
séquelles motrices.
Un tableau de polyradiculo-neuropathie aiguë
avec dissociation albuminocytologique a aussi été rapporté.
Plus rarement, l’atteinte radiculaire peut être asymétrique ou
de siège cervical.
2- Mononeuropathies :
Elles touchent les nerfs sciatique, circonflexe, radial, intercostal
ou le nerf médian.
L’atteinte du nerf sciatique semble la plus
fréquente, parfois secondaire à l’extension d’une sacro-iléite.
3- Neuropathie dysautonomique :
Une neuropathie dysautonomique avec des troubles vasomoteurs,
trophiques ou un syndrome de Claude Bernard-Horner est rare.
F - ATTEINTE DES NERFS CRÂNIENS :
L’atteinte de la VIIIe paire crânienne est fréquente, pouvant être la
manifestation clinique majeure de la neurobrucellose.
L’hypoacousie est le plus souvent modérée, bilatérale, plus ou moins
symétrique ; l’utilisation de la streptomycine en rendait
l’interprétation parfois délicate.
La récupération est parfois
partielle ou absente.
L’altération des potentiels évoqués auditifs
serait constante dans la neurobrucellose.
L’atteinte des voies optiques peut être en rapport avec une papillite
ou une névrite optique rétrobulbaire.
La neuropathie optique
s’intègre parfois dans un tableau de neuromyélite.
Les paralysies
oculomotrices du VI s’intègrent dans un tableau d’HTIC et les
anomalies pupillaires sont rares.
Les autres paires crâniennes sont rarement touchées ; une paralysie
faciale uni- ou bilatérale a été rapportée.
G - MANIFESTATIONS MUSCULAIRES :
Si les douleurs musculaires sont fréquentes, les cas documentés de
myosite avec granulome brucellien sont rares.
Wasserheit et al
ont rapporté, en 1984, une rhabdomyolyse avec insuffisance rénale
et myoglobinurie chez un patient infecté par Brucella melitensis ;
l’évolution sous antibiothérapie était favorable.
H - MANIFESTATIONS PSYCHIATRIQUES :
Des troubles du comportement et de l’humeur ont été observés dans
plusieurs séries.
Les manifestations psychiatriques vont de
l’apathie à la dépression aiguë ou chronique jusqu’aux tentatives de
suicide.
Elles sont beaucoup plus rares dans la littérature récente.
Diagnostic
:
A - DIAGNOSTIC POSITIF :
Il peut être évident chez un patient présentant des signes de
brucellose systémique et une symptomatologie neurologique ne
pouvant être rattachée à d’autres étiologies.
Ailleurs, le diagnostic
repose sur un faisceau d’arguments cliniques et microbiologiques.
Le LCR est pratiquement toujours anormal avec une
hyperprotéinorachie et une pléiocytose essentiellement
lymphocytaire ; la glycorachie est normale ou abaissée et la
chlorurachie est souvent normale.
L’électrophorèse des protéines
du LCR met en évidence une augmentation du taux des
gammaglobulines, témoignant d’une synthèse intrathécale.
Les arguments microbiologiques, seuls critères décisifs, consistent
en la mise en évidence du germe et/ou des témoins sérologiques de
l’infection.
La réaction d’agglutination lente ou sérodiagnostic de
Wright (à un taux supérieur à 1/80) est la plus employée.
Des
faux positifs peuvent être notés par immunité croisée avec
Pasteurella tularensis ou Yersinia enterocolitica.
Les autres réactions
sérologiques utilisables sont la réaction de fixation du complément,
l’immunofluorescence indirecte, surtout dans les brucelloses
chroniques, et la réaction d’hémagglutination passive.
La détection
des anticorps anti-Brucella en zone d’endémie ne signifie pas
toujours une brucellose active.
La technique Elisa aide au
diagnostic.
Mais la négativité possible de ces tests n’élimine pas le
diagnostic de neurobrucellose.
La détection de Brucella par
l’amplification de l’acide désoxyribonucléique (ADN) par polymerase
chain reaction (PCR) est un examen récent, hautement sensible et
spécifique, permettant un diagnostic précoce.
Elle est indiquée
lorsque les autres arguments microbiologiques ne sont pas
concluants.
L’isolement de Brucella à partir du LCR est possible dans 30 à 50 %
des cas ; cette culture nécessite parfois des techniques
d’ensemencement particulier.
Le diagnostic de Wright dans
le LCR doit être supérieur au taux de 1/32.
Ainsi, le diagnostic de neurobrucellose repose sur les arguments
suivants :
– notion d’exposition telle que le contact avec des animaux (bovins,
ovins, caprins, chameaux), la fabrication de dérivés laitiers ou la
consommation de lait cru ou de ses dérivés ;
– existence de symptômes en rapport avec une brucellose
systémique (fièvre sudoroalgique, hépatosplénomégalie, douleurs
articulaires) ;
– positivité du diagnostic de Wright dans le sang (supérieur à 1/80)
et le LCR (supérieur à 1/32).
La mise en évidence éventuelle de
Brucella dans le sang et/ou dans le LCR confirme le diagnostic ;
– hyperprotéinorachie avec lymphocytose ;
– réponse rapide au traitement spécifique.
B - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
La présence de manifestations neurologiques avec un taux élevé
d’anticorps anti-Brucella dans le sang, surtout dans une région
endémique, ne signifie pas toujours une neurobrucellose.
Le
diagnostic différentiel se pose différemment en fonction du tableau
clinique :
– en cas de méningite à liquide clair ou de méningoencéphalite : la
tuberculose, dont le tableau clinique et les anomalies du LCR sont
similaires, mais la notion d’exposition, de consommation de lait cru
ou de ses dérivés ainsi que l’atteinte de la VIIIe paire crânienne avec
altération des potentiels évoqués auditifs orientent vers la
neurobrucellose ;
– en cas d’HTIC isolée : une thrombose veineuse cérébrale
secondaire à un neuro-Behçet ou une HTIC idiopathique ; les
anomalies du LCR et l’absence de thrombose à l’imagerie redressent
le diagnostic ;
– en cas d’accident vasculaire cérébral ischémique : une artérite
syphilitique ou tuberculeuse doit être éliminée par les examens
bactériologiques spécifiques ;
– en cas d’hémorragie cérébrale ou sous-arachnoïdienne, une
endocardite bactérienne due à un autre germe est discutée ;
– en cas de syndrome de Guillain-Barré ou de polyradiculoneuropathie
chronique : d’autres étiologies peuvent être évoquées.
Les réactions sérologiques permettent de retenir le diagnostic de neurobrucellose.
Traitement
:
A - TRAITEMENT CURATIF :
Le choix de l’antibiothérapie doit porter sur l’association de
molécules ayant une bonne pénétration intracellulaire au niveau des
différents sites systémiques et dans le système nerveux central.
Ce
traitement doit être précoce et comporter deux à trois antibiotiques
synergiques et spécifiques.
La durée de l’antibiothérapie doit être
supérieure à 3 mois.
Elle est poursuivie jusqu’à 6 mois, voire même
2 ans si le LCR reste perturbé.
Les antibiotiques utilisés par
voie orale dans le traitement de la neurobrucellose sont :
– la doxycycline à la dose de 4 mg/kg/j chez l’enfant et 100 mg/j
chez l’adulte, en deux prises ;
– la rifampicine à la dose de 20 mg/kg/j chez l’enfant et de 600 à
900 mg/j chez l’adulte, en deux prises ;
– la triméthoprime-sulfaméthoxazole à la dose de 20 mg/kg/j chez
l’enfant et de 600 mg/j chez l’adulte en deux prises.
Les nouvelles fluoroquinolones (ciprofloxacine et clinofloxacine) et
les céphalosporines de 3e génération (ceftriaxone) ont été utilisées
, mais les résultats sont controversés.
L’association rifampicine
et triméthoprime-sulfaméthoxazole est préconisée dans le traitement
de la neurobrucellose du fait de leur bonne pénétration
intracérébrale.
La dexaméthasone pendant une brève durée peut être
prescrite en cas d’HTIC, d’oedème papillaire isolé ou d’arachnoïdite.
Une chirurgie décompressive ou un drainage d’abcès peuvent être
indiqués en fonction de la forme clinique de la neurobrucellose.
B - TRAITEMENT PRÉVENTIF :
Le meilleur traitement de la brucellose humaine est la prévention de
la brucellose animale à un niveau primaire, au niveau de la sphère
agricole et vétérinaire, par l’éducation des personnes utilisant et
commercialisant les produits laitiers.
Mais l’éradication de cette
maladie n’est pas aisée du fait de ses multiples facettes sociales et
économiques, d’où la nécessité d’une collaboration internationale
faisant intervenir l’OMS, la Food Agricultural Organisation (FAO),
ainsi que les pays d’endémies voisins.