Urgence thérapeutique :
Le coma est une urgence thérapeutique qui impose d'emblée de
rechercher une cause métabolique, d'assurer le maintien des
fonctions vitales par des mesures de réanimation adaptées
(ventilatoires et circulatoires, traitement d'un éventuel état
de mal épileptique) et de réaliser un scanner cérébral.
Des troubles neurovégétatifs peuvent menacer le pronostic vital
immédiat.
En pratique, il faut :
- apprécier rapidement la profondeur du coma et le
retentissement ventilatoire, cardio-circulatoire et
neurovégétatif.
- débuter les mesures de réanimation : ventilatoire (oxygénation
au masque, voire intubation et ventilation) et
cardio-circulatoire (perfusion, correction circulatoire).
- prélever une glycémie au doigt (penser systématiquement à
l'hypoglycémie) et prélever du sang et des urines pour des
analyses complémentaires (bilan usuel, gaz du sang, acide
lactique, corps cétoniques, monoxyde de carbone, alcool et
autres toxiques...).
Cette urgence est à gérer en milieu de réanimation si la
profondeur du coma nécessite une assistance pour le maintien des
fonctions vitales.
Pour apprécier la profondeur du coma, l'échelle de Glasgow,
associée à l'étude des réflexes du tronc cérébral, est la plus
utilisée.
Diagnostic étiologique :
Le diagnostic étiologique se pose dans un second temps
seulement.
La démarche étiologique est guidée par les données cliniques :
- existence de signes neurologiques en foyer, d'apparition
brutale ou progressive.
- existence de signes méningés, avec ou sans fièvre.
- survenue du coma après une crise comitiale, première crise ou
comitialité déjà connue.
Le scanner cérébral doit être réalisé, en urgence, chez un
malade préalablement conditionné (voie d'abord, ventilation) et
chez lequel les mesures de réanimation ont été débutées.
D'autres examens peuvent être réalisés d'urgence :
électroencéphalogramme, ponction lombaire en cas de suspicion de
méningite, potentiels évoqués du tronc cérébral.
Les causes sont diverses :
- produits toxiques (monoxyde de carbone, médicaments, alcool),
de loin les plus fréquentes.
- métaboliques (comas diabétiques et endocriniens dont
l'hypoglycémie).
- vasculaires (hémorragies méningées, accidents vasculaires
cérébraux).
- processus expansif intracrânien (tumoral, hématome sous-dural
chronique ou hydrocéphalie).
- méningo-encéphalites.
- état de mal comitial.
La prise en charge du patient associe surveillance et poursuite
du traitement en réanimation et traitement étiologique entrepris
dès le diagnostic posé.
Les suites du coma sont toujours difficiles pour le patient, et
la prise en charge médicale doit se poursuivre à son décours
(séquelles physiques ou psychiques).
Orientation diagnostique
EXAMEN CLINIQUE :
Dès l'arrivée du patient, un examen clinique complet s'impose,
affirme le coma, juge de sa profondeur et apprécie la valeur des
paramètres conditionnant le pronostic vital.
Recherche de troubles neurovégétatifs :
Des troubles neurovégétatifs peuvent menacer le pronostic vital
immédiat.
On appréciera le pouls, la tension artérielle, le rythme
cardiaque, la température, la réactivité pupillaire et l'état
ventilatoire.
Apprécier la profondeur du coma :
Plusieurs classifications sont proposées. Leur intérêt réside
surtout dans la surveillance de l'évolution du coma.
Classification en stades
La classification en stades est la suivante :
- stade I (coma vigile) : réponses plus ou moins
compréhensibles aux stimulations auditives fortes, réactions
motrices adaptées aux stimulations nociceptives légères.
- stade II (coma léger) : réveil impossible, réactions
motrices inadaptées aux stimulations nociceptives intenses, pas
de troubles végétatifs.
- stade III (coma profond) : absence de réaction, ou
réaction de décérébration aux stimulations nociceptives,
résolution musculaire, présence de troubles végétatifs.
- stade IV (coma dépassé) : réactivité nulle, abolition
des fonctions végétatives, mydriase aréactive,
électroencéphalogramme plat.
Classification de Jouvet
La classification de Jouvet explore :
- la perceptivité.
- la réactivité non spécifique.
- la réactivité motrice à la douleur.
- la réactivité végétative.
Échelle du coma de Glasgow
L'échelle du coma de Glasgow repose sur trois types de réponses
:
- ouverture des yeux (E).
- réponse motrice (M).
- réponse verbale (V).
- avec cotation de chacune de ces réponses.
Ces critères cliniques sont associés à des critères
électroencéphalographiques en quatre stades, pour apprécier la
profondeur et suivre l'évolution d'un coma (stade IV : coma
dépassé).
Bilan clinique du coma :
Il faut préciser la profondeur du coma :
- noter les activités spontanées du patient (ouverture des yeux,
motilité et activité verbale).
- noter la réponse aux stimulations complexes (réponse aux
ordres), simples (stimulations sensorielles), nociceptives.
Etat neurologique du patient
Il faut noter l'état neurologique du patient :
- existence ou non d'une hémiplégie : asymétrie lors des
stimulations nociceptives en cas d'altération de conscience plus
importante.
- existence d'un signe de Babinski, d'une asymétrie des
réflexes.
- existence d'une paralysie faciale spontanée ou après manœuvre
de Pierre-Marie et Foix.
- recherche de signes méningés (très prudente chez un sujet
traumatisé) :
- raideur de la nuque.
- signe de Kernig.
Coma profond
En cas de coma très profond, la motricité est impossible à
analyser. On recherchera :
- la valeur d'une éventuelle déviation conjuguée de la tête et
des yeux.
- des signes de décortication : flexion-adduction du membre
supérieur et extension-rotation interne du membre inférieur en
réponse à une stimulation, traduisant une souffrance
hémisphérique.
- ainsi que des signes de décérébration en extension-rotation
interne au membre supérieur et extension au membre inférieur,
traduisant une lésion mésencéphalique.
Rechercher des troubles végétatifs
La recherche des troubles végétatifs est fondamentale :
- examen du tonus : hypertonie spontanée ou déclenchée par
l'examen, ou hypotonie d'un hémicorps.
- examen oculaire recherchant :
- une mydriase, réactive ou non, ou un myosis, unilatéraux ou
bilatéraux.
- un ptosis.
- l'existence ou non du réflexe cornéen, du réflexe
naso-palpébral.
- la motilité oculaire extrinsèque : position des globes
oculaires, mouvements spontanés, mouvements réflexes.
- les réflexes oculo-céphaliques et oculo-vestibulaires.
- l'existence d'une déviation conjuguée de la tête et des yeux.
- recherche d'un trouble du rythme ventilatoire :
- syndrome de Cheynes-Stokes (diencéphale).
- hyperventilation (mésencéphale, protubérance).
- apnées (protubérance, bulbe).
- dyspnée de Küssmaul.
- examen du fond d'œil.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Dans un contexte non traumatique, il s'agit de distinguer ce qui
n'est pas un coma.
Faux coma d'origine psychogène et simulations :
En faveur du faux coma d'origine psychogène et des simulations,
on retient :
- les conditions de survenue.
- l'absence de tout signe clinique objectif. la résistance à
l'ouverture des yeux, l'étude de la chute du membre supérieur
placé au-dessus du visage peuvent aider.
- l'absence d'anomalies électroencéphalographiques.
Cependant, ce diagnostic doit être porté avec la plus grande
prudence.
“ Locked in syndrome ” :
Le “ locked in syndrome ” est un syndrome de désafférentation
motrice :
- habituellement lié à une thrombose du tronc basilaire ou à une
correction trop rapide d'une hyponatrémie sévère (myélinolyse
centrale du pont) en particulier chez le sujet éthylique.
- responsable d'une quadriplégie, d'une diplégie faciale, d'une
paralysie labio-glosso-pharyngo-laryngée et d'une paralysie de
la latéralité.
- en fait, ces malades restent conscients et peuvent, sur ordre,
ouvrir les yeux.
Mutisme akinétique :
Le mutisme akinétique se voit dans les lésions frontales
internes bilatérales et les hydrocéphalies aiguës, mais aussi
dans les lésions de la formation réticulaire mésencéphalique ou
du diencéphale postérieur.
Lors du mutisme akinétique, le malade est totalement immobile,
bien que vigile. Le tableau associe :
- l' absence de mouvements spontanés, de mouvements sur ordre ou
lors des stimulations.
- la persistance de certains signes d'éveil : mouvements
conjugués des yeux, clignements à la menace.
Comas après un traumatisme ancien :
Un problème difficile est celui des comas pour lesquels le
traumatisme initial peut être ancien et négligé car minime.
C'est le cas du vieillard, du sujet éthylique : dans ce
contexte, la survenue éventuelle d'un hématome sous-dural doit
être recherchée d'office par un examen scanographique.
Hypersomnies :
Les hypersomnies sont des accès de sommeil rapidement
réversibles qui peuvent être :
- associés à des attaques de cataplexie réalisant un tableau de
narcolepsie-catalepsie (syndrome de Gélineau).
- associés à des apnées et un ronflement (syndrome d'apnées du
sommeil).
RECHERCHE ÉTIOLOGIQUE :
Le bilan étiologique doit être pratiqué en urgence et repose sur
différents éléments.
Interrogatoire de l'entourage
L'interrogatoire de l'entourage élimine d'emblée la notion de
traumatisme et précise :
- le mode de début (brutal ou progressif).
- la notion de traumatisme, de traitement en cours, de maladie
métabolique connue, d'intoxication médicamenteuse ou alcoolique.
- les antécédents : notion d'épilepsie, terrain vasculaire,
antécédents néoplasiques, psychiques, hépatopathie.
Examen clinique complet
L'examen clinique complet comporte :
- un examen cranio-facial à la recherche d'une ecchymose, d'une
plaie.
- une auscultation du cœur et des vaisseaux du cou, la prise de
la tension artérielle.
- un examen neurologique complet avec recherche de signes de
localisation si la profondeur du coma le permet.
- la recherche d'un syndrome infectieux clinique.
Examens paracliniques
Les examens paracliniques demandés sont :
- systématiquement et immédiatement :
- glycémie, ionogramme, créatininémie, recherche de
toxiques, voire monoxyde de carbone selon le contexte,
alcoolémie, calcémie, NFS, plaquettes, gaz du sang, bilan
d'hémostase, hémoculture si hyperthermie, bilan hépatique et
dosage d'anti-épileptiques si épilepsie traitée.
- électrocardiogramme, fond d'œil.
- radiographies du crâne et pulmonaires, électroencéphalogramme
dès que possible.
- scanner cérébral, qui est un examen clé.
- ponction lombaire, notamment devant un syndrome fébrile et/ou
des signes méningés.
En fait, le bilan clinique initial oriente le plus souvent
d'emblée vers l'un des grands cadres étiologiques.
Étiologies
COMAS METABOLIQUES :
Les comas métaboliques sont le plus souvent évoqués devant un
coma d'installation rapidement progressive avec des antécédents
évocateurs.
Coma hypoglycémique
Le coma hypoglycémique doit être recherché :
- chez le sujet diabétique traité ou au cours d'ivresses aiguës.
- lorsque l'étiologie d'un coma n'est pas évidente, l'injection
intraveineuse de sérum glucosé hypertonique est systématique, du
fait de la gravité de laisser se prolonger une hypoglycémie.
Autres comas métaboliques
On peut retrouver d'autres comas métaboliques :
- chez le patient diabétique, il peut s'agir aussi de coma
acidocétosique, hyperosmolaire ou
d'acidose lactique.
- les encéphalopathies métaboliques des insuffisances
hépatiques, respiratoires ou rénales surviennent dans un
contexte connu.
- les désordres hydroélectrolytiques graves, en particulier de
la natrémie (hypernatrémie ou hyponatrémie) et de l'hydratation,
ou des hypothermies.
- les endocrinopathies : hypothyroïdie, insuffisances
surrénalienne ou antéhypophysaire. elles sont exceptionnellement
révélées par un coma.
COMAS TOXIQUES :
Les comas toxiques sont de loin les plus fréquents des comas.
Intoxications médicamenteuses
Les intoxications médicamenteuses sont à évoquer
systématiquement devant tout coma dont la cause n'est pas
évidente d'emblée :
- le plus souvent par barbituriques, benzodiazépines,
antidépresseurs, généralement associés.
- les dosages à la recherche de toxiques sont indispensables.
Intoxications alcooliques aiguës
Les intoxications alcooliques aiguës doivent faire rechercher
avant tout une hypoglycémie.
Sans oublier le dosage de l'alcoolémie.
Intoxications à l'oxyde de carbone
Les intoxications à l'oxyde de carbone sont encore fréquentes,
souvent dans un contexte évocateur, dont la certitude est
adoptée par le dosage du monoxyde de carbone dans le sang.
COMA AVEC SIGNES NEUROLOGIQUES FOCALISES :
Si le début est brutal :
Lors d'un coma avec signes neurologiques focalisés, si le début
est brutal, il convient d'éliminer une hypoglycémie.
On évoque un accident vasculaire cérébral :
- d'autant plus qu'il s'agit d'un terrain vasculaire : sujet
hypertendu, souffle à l'auscultation des vaisseaux cervicaux,
cardiopathie emboligène.
- seul le scanner cérébral permet la distinction entre
hémorragie intracérébrale et ramollissement ischémique (voir
photos) et surtout permet d'éliminer une cause éventuellement
chirurgicale.
- dans le cas d'une lésion hémorragique susceptible d'être en
rapport avec une rupture anévrismale permettant d'envisager une
cure chirurgicale, le bilan angiographique sera nécessaire.
- dans le cas d'une thrombophlébite cérébrale avec
ramollissement veineux, l'IRM cérébrale, l'angio-IRM, voire
l'angiographie cérébrale, si l'état du patient rend ces examens
possibles, donnent des renseignements plus précis.
L' existence d'un coma traduit des lésions massives et/ou un
début d'engagement imposant des mesures de sauvegarde
immédiates. c'est un élément de mauvais pronostic.
Si le début est progressif :
Lors d'un coma avec signes neurologiques focalisés, à début
progressif, on évoque un processus expansif intracrânien :
- d'autant plus s'il existe une notion d'hypertension
intracrânienne préexistante, des antécédents néoplasiques, un
déficit neurologique installé “ en tache d’huile ”.
- on recherche alors d'autres signes d'engagement : mydriase
unilatérale, raideur de nuque, crise tonique postérieure...
Un scanner en urgence s'impose, qui permettra la distinction
entre :
- une volumineuse tumeur sus-tentorielle avec réaction
œdémateuse.
- une tumeur sous-tentorielle avec hydrocéphalie réactionnelle.
- et, surtout, un hématome sous-dural chronique.
Un traitement urgent s'impose associant diversement :
- anti-œdémateux cérébraux à fortes doses (Mannitol*, glycérol,
corticoïdes).
- dérivation d'une hydrocéphalie.
- exérèse d'une tumeur : si celle-ci est envisageable et après
les deux mesures précédentes et éventuellement après biopsie en
conditions stéréotaxiques.
COMA AVEC SIGNES MENINGES :
En dehors d'un contexte fébrile :
On évoque une hémorragie méningée :
- le scanner en urgence pourra confirmer le diagnostic (présence
de sang dans les espaces sous-arachnoïdiens) et éliminera un
hématome intracérébral associé. le traitement sera fonction du
risque de récidive, de l'âge.
- la ponction lombaire visant à recueillir un liquide rouge ou
rosé incoagulable aux trois tubes ne sera effectuée que si les
résultats du scanner sont négatifs.
- l'association à des convulsions doit faire rechercher une HTA
majeure avec œdème aigu cérébro-méningé, une encéphalopathie
hypertensive (HTA maligne).
Coma survenant chez un patient fébrile :
Dans les comas avec signes méningés, en cas de fièvre supérieure
à 38 °C, on évoque en premier lieu une méningite : le diagnostic
repose sur la ponction lombaire : liquide louche ou liquide
clair.
Il peut s'agir :
- d'une méningo-encéphalite virale notamment herpétique.
- d'une méningite purulente (à pneumocoque).
- plus rarement d'une méningite tuberculeuse (voir photos).
Il peut également s'agir d'un empyème sous-dural, d'une
thrombophlébite cérébrale.
COMA SURVENANT AU DECOURS D'UNE CRISE COMITIALE :
Un coma survenant au décours d'une crise comitiale est reconnu
sur l'interrogatoire des témoins de la crise, la perte des
urines, la morsure de langue.
Épilepsie ancienne
Tantôt, il s'agit d'une épilepsie ancienne, déjà traitée :
pratiquer un électroencéphalogramme à la recherche d'un
état de mal, a fortiori si le coma se prolonge.
Première crise d'épilepsie
Tantôt, il s'agit de la première crise : un bilan complet en
milieu neurologique s'impose avec l'électroencéphalogramme et le
scanner cérébral (avec injection intraveineuse de contraste) à
la recherche d'une éventuelle lésion à l'origine de la crise.
Coma prolongé
Si le coma se prolonge, au décours de la crise convulsive, il
faut surtout se méfier :
- d'un coma toxique iatrogène.
- d'un état de mal.
Conduite à tenir
Réanimation :
Dans tous les cas, parallèlement au bilan et au traitement
étiologique (voir questions spécifiques), on assure le maintien
des fonctions vitales par des mesures de réanimation adaptées,
ventilatoires et circulatoires, traitement d'un éventuel état de
mal épileptique.
Traitement étiologique :
Le traitement étiologique est essentiel.
Surveillance :
On met en route une surveillance précise :
- clinique :
- pouls, pression artérielle, monitorage cardiaque, ventilation,
diurèse, température.
- état de conscience et neurologique, recherche de phlébite,
état cutané.
- et paraclinique :
- biologique : ionique, gaz du sang, NFS.
- radiographies pulmonaires....
- électroencéphalogramme.
On entreprend immédiatement les mesures de “ nursing ”
indispensables de prévention des phlébites, encombrement
respiratoire, escarres, infections notamment urinaires, lésions
cornéennes.
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