Clinique :
L'anatomie de la région explique qu'une compression entraîne un
syndrome lésionnel de type périphérique (la moelle se termine
plus haut), pluriradiculaire (les racines sont très proches les
unes des autres).
Plus la compression est latéralisée, plus le syndrome est
pauciradiculaire, avec au minimum une sciatique ou une cruralgie
et non plus un syndrome de la queue de cheval (pluriradiculaire
par définition).
En fonction de l'étiologie, la souffrance neurologique peut se
manifester de façon aiguë ou progressive.
SYNDROME AIGUE :
Que ce soit après un traumatisme, un faux mouvement ou
spontanément, le tableau s'installe brutalement et associe des
douleurs des troubles sensitifs, moteurs, réflexes et
génito-sphinctériens.
Douleurs :
- Douleurs lombaires, d'allure mécanique.
- Elles sont associées à des irradiations vers le bas selon une
topographie monoradiculaire ou pluriradiculaire, cruralgie ou
sciatalgie le plus souvent. Les douleurs sacrées, périnéales ou
génitales sont plus rares.
- La névralgie peut se manifester par de simples paresthésies
dans le territoire correspondant. Elle est souvent augmentée par
les manœuvres de Valsalva (expiration à glotte fermée, efforts
de toux, défécation).
Troubles sensitifs :
L'examen retrouve une hypoesthésie, voire une anesthésie à tous
les modes.
Ce déficit sensitif prédomine dans la région du périnée, des
organes génitaux externes et de l'anus : c'est l' anesthésie en
selle, élément essentiel du diagnostic.
Troubles moteurs :
Il existe une impotence plus ou moins marquée des membres
inférieurs, avec hypotonie musculaire.
L'importance du déficit moteur dépend de l'intensité de la
compression et de son niveau : le déficit est plus massif si le
niveau de la compression est situé plus haut.
Tous les intermédiaires sont possibles entre la paraplégie
flasque (déficit depuis L2) et la simple gêne à la marche sur la
pointe des pieds (déficit S1).
Troubles réflexes :
-
Abolition des achilléens et souvent des rotuliens (l'innervation
polyradiculaire des rotuliens peut rendre compte d'une simple
diminution et non d'une abolition).
-
Abolition des réflexes anal et bulbo-caverneux.
- Le cutané plantaire est en général indifférent, en tout cas
jamais en extension.
Troubles génito-sphinctériens :
Retard à la miction, nécessité de pousser, rétention urinaire.
Après quelques heures, la rétention urinaire peut être masquée
par des mictions par regorgement, responsables d'une
pseudo-incontinence.
A noter que, contrairement aux rétentions de causes urologiques,
et du fait de l'anesthésie viscérale, la rétention d'origine
neurologique n'est pas douloureuse.
Constipation et impuissance sont constantes, mais généralement
au second plan dans ce tableau grave.
SYNDROME PROGRESSIF :
Algies radiculaires :
Sacrées ou lombo-sacrées, les algies radiculaires dominent
longtemps la scène clinique.
Elles peuvent s'accompagner de lombalgies et d'une raideur
rachidienne, due à une hypertonie des muscles paravertébraux.
Troubles déficitaires :
Les troubles déficitaires sont d'installation plus tardive et
vont en s'aggravant si le diagnostic n'est pas posé :
- faiblesse et dérobement des membres inférieurs, avec une
hypotonie, paresthésies, hypoesthésie globale qui s'étend
jusqu'à la région anale, accidents d'incontinence urinaire ou
besoin de pousser pour déclencher la miction, impuissance,
constipation ;
- l'examen objective le déficit sensitivo-moteur, avec
amyotrophie et parfois déformation de l'extrémité du membre
inférieur (pied équin), l'abolition des réflexes ostéo-tendineux
achilléens, rotuliens, anal et bulbo-caverneux. Le cutané
plantaire reste en flexion ou indifférent.
Tardivement peuvent s'installer des troubles trophiques,
escarres sacrées et talonnières.
VARIANTES SELON LA TOPOGRAPHIE :
Compression haute, lombaire :
Souffrance des racines L3, L4, L5, responsable de
lombo-cruralgies et d'un important déficit moteur des membres
inférieurs.
La marche est compromise.
Les troubles sphinctériens et l'anesthésie en selle sont
cependant très fréquents, par atteinte des racines sacrées.
Compression basse, sacrée :
Les racines lombaires sont respectées, le déficit des membres
inférieurs se limite à une difficulté d'extension plantaire des
pieds (S1).
Les troubles génito-sphinctériens et l'anesthésie en selle sont
prédominants.
Compression lombaire très médiane :
(Hernie discale exclue médiane.)
Le tableau de compression lombaire très médiane mime une
compression basse, car seules les racines sacrées sont touchées.
Les racines lombaires, plus latérales, sont respectées.
Diagnostic positif :
Radiographies standards :
- Les radiographies de rachis lombaire de face et de profil
peuvent montrer des altérations osseuses évidentes : fracture
vertébrale après un traumatisme, lyse ou tassement des tumeurs
malignes, déminéralisation et pincement discal des
spondylodiscites.
- En cas de tumeur intracanalaire, une analyse attentive des
clichés peut trouver un élargissement de la distance
interpédiculaire, une érosion concave des corps vertébraux (“
scalloping ”), un élargissement d'un trou de conjugaison
(neurinome en sablier).
Scanner lombaire :
Sans et avec injection de produit de contraste, le scanner
lombaire doit comporter des coupes sur tous les étages jusqu'à
L2. Son apport est essentiel dans la pathologie discale et
osseuse.
IRM :
met parfaitement en évidence les tumeurs intradurales ou
extra-durales.
Une fois le niveau repéré, les coupes horizontales précisent la
situation antéropostérieure et la latéralisation de la lésion.
Saccoradiculographie :
Quand 1'IRM est impossible à réaliser ou contre-indiquée
(stimulateur cardiaque), la saccoradiculographie donne des
images “ en négatif ” des processus compressifs, avec une étude
en hauteur que ne permet pas le scanner.
Elle est avantageusement couplée au scanner, dont les résultats
sont sensibilisés par l'injection du produit de contraste
intradural (myélo-scanner).
Electromyogramme :
L'électromyogramme n'a aucun intérêt en urgence.
Diagnostic différentiel :
Syndrome du cône terminal :
Le tableau clinique est proche, et il s'y associe des signes
centraux, souvent réduits à un signe de Babinski. L'IRM, qui
remonte sur la moelle dorso-lombaire, rectifie le diagnostic.
Compression médullaire :
Le déficit est de type central, c'est-à-dire avec une hypertonie
musculaire (spasticité) et des réflexes vifs.
Dans les premières heures des sections médullaires brutales, le
déficit est flasque, les réflexes ostéotendineux sont abolis, le
cutané plantaire est indifférent, pouvant en imposer pour un
syndrome de la queue de cheval. Mais les troubles sensitifs ont
une limite supérieure qui remonte jusqu'au tronc.
Polyradiculonévrites :
Il n'y a pas de troubles sphinctériens. Les troubles (au moins
l'abolition de réflexes) s'étendent aux membres supérieurs,
voire aux nerfs crâniens.
Compression plexique lombo-sacrée :
Par compression tumorale pelvienne. Il n'y a pas de syndrome
rachidien. Le diagnostic est redressé par les examens
radiologiques.
Diagnostic étiologique :
SYNDROMES AIGUËS :
Traumatisme du rachis lombaire :
Le diagnostic du traumatisme du rachis dorso-lombaire avec
fracture vertébrale est évident.
Hernie discale exclue :
La hernie discale exclue est la cause la plus fréquente de
syndrome de la queue de cheval aigu, de diagnostic et de
traitement urgents.
- La hernie peut provenir du disque L5-S1, L4-L5, L3-L4 ou
L2-L3, plus rarement L1-L2 (possibilité de migration vers le
bas).
- Dans certains hémisyndromes frustes, c'est la sciatalgie, et
non les troubles sphinctériens, qui sont au premier plan.
Compression extra-durale par des tumeurs malignes :
La tumeur primitive n'est connue que dans la moitié des cas.
- Dans les tassements métastatiques, le tableau est aigu,
associé à de violentes douleurs.
- En cas d' épidurite (maladie de Hodgkin, métastases,
sarcomes), l'évolution est subaiguë sur quelques jours.
pondylodiscite :
Un abcès épidural est à l'origine de la compression au cours
d'une spondylodiscite.
S'il s'agit d'un germe banal, le contexte infectieux est en
général évident : fièvre, altération de l'état général,
hyperleucocytose et augmentation de la vitesse de sédimentation.
Rare aujourd'hui, la tuberculose (mal de Pott) donne un tableau
plus traînant.
SYNDROMES PROGRESSIFS :
Tumeurs intradurales :
Méningiomes :
Le méningiome est une tumeur bénigne de croissance lente,
implantée sur l'arachnoïde. Terrain : femme âgée.
Neurinomes :
Le neurinome est une tumeur développée à partir d'une racine. Le
syndrome complet est rare, souvent précédé par une radiculalgie
isolée ancienne.
Terrain : homme jeune.
Compressions extra-durales :
Canal lombaire étroit:
- D'un point de vue clinique, il existe un fond douloureux
permanent, mais le déficit moteur et les paresthésies
n'apparaissent qu'à la marche, cédant à l'arrêt. C'est la
claudication radiculaire intermittente, a ne pas confondre avec
une claudication d'origine artéritique. Les troubles
sphinctériens sont exceptionnels.
Parfois, il existe une maladie générale : achondroplasie,
acromégalie, maladie de Paget, fluorose, spondylarthrite
ankylosante.
Tumeurs extra-durales :
De rares tumeurs bénignes peuvent se développer sur la ligne
médiane lombo-sacrée : lipome, kyste dermoïde, kyste
épidermoïde, tératome, chordome... Leur origine est
embryonnaire.
Traitement et pronostic :
Dans les syndromes aigues :
Le traitement est urgent et s'effectue en neurochirurgie.
- Une laminectomie réalise l'abord du fourreau dural et le
premier temps de la décompression.
- Dans les hernies discales exclues, le curetage du disque
complète l'ablation de la hernie.
- Dans les tumeurs malignes, il faut souvent fixer le rachis
pour éviter un tassement vertébral. La radiothérapie a un but
antalgique et de consolidation.
- Dans certaines compressions subaiguës par des tumeurs malignes
radiosensibles, la radiothérapie peut être pratiquée en urgence
sous couvert de corticoïdes à haute dose, ce qui évite la
chirurgie à des malades dont la durée de survie est faible.
- Les épidurites et spondylodiscites infectieuses nécessitent un
drainage de l'abcès et un traitement antibiotique adapté grâce
aux prélèvements peropératoires.
Syndromes progressifs :
Les syndromes progressifs sont de traitement moins urgent tant
que les troubles sphinctériens ne sont pas installés avec prise
en charge neurochirurgicale.
Pronostic :
Le pronostic dépend de la cause du syndrome de la queue de
cheval et de la durée de la compression.
- Le déficit moteur a souvent une récupération rapide, même
après plusieurs jours d'évolution.
- En revanche, les troubles sphinctériens laissent rapidement
des séquelles irréversibles.
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