Les nævus pigmentaires acquis représentent la majorité des nævus.
Ils sont plus nombreux que les nævus congénitaux, et s’en
distinguent par leur apparition après la naissance, à partir de 6 à
12 mois.
Ils se multiplient progressivement pendant l’enfance puis
plus rapidement à l’adolescence.
L’adulte jeune présente en
moyenne 20 à 30 nævus. Leur nombre diminue ensuite avec le
vieillissement.
Certains disparaissent tandis que d’autres présentent
une involution fibreuse.
Les patients de race noire présentent un
nombre moyen de nævus moins important que les Caucasiens.
Les expositions solaires de l’enfance influenceraient leur grand
nombre, leur taille et leur survenue précoce.
La présence d’un grand nombre de nævus (supérieur à 50) peut être
héréditaire, et serait un facteur de risque indépendant pour le
mélanome.
B - ASPECT DERMATOPATHOLOGIQUE :
Les mélanocytes næviques sont des cellules rondes ou fusiformes
caractérisées par leur arrangement caractéristique en thèques.
On distingue trois types de nævus, en fonction de la localisation des
thèques, qui correspondent à trois stades évolutifs.
Lorsque la prolifération de cellules næviques se situe dans la partie
basale de l’épiderme et au niveau de la jonction dermoépidermique,
le nævus est dit jonctionnel.
Les nævus dermiques présentent une
diminution ou disparition de l’activité jonctionnelle, les mélanocytes
se détachent de la membrane basale pour rejoindre le derme.
Les
nævus composés ou mixtes résultent de l’association des deux types.
Les mélanocytes næviques intraépidermiques ou situés dans le
derme papillaire sont « épithélioïdes » et pigmentés. Leur forme est
ovale ou cuboïde.
Ils restent localisés dans les assises basales et
n’atteignent pas la partie supérieure de l’épiderme.
Dans le derme moyen et profond, les cellules sont de plus petite
taille que dans le derme superficiel, et d’aspect « lymphoïde ».
Il
existe un gradient de maturation vers la profondeur du derme, les
cellules apparaissant plus petites et moins pigmentées.
Certaines cellules du derme profond sont de forme plus allongée et
prennent une allure neuroïde ou fibroblastique, surtout si elles sont
isolées.
L’architecture globale du nævus est symétrique, et les cellules næviques sont semblables entre elles à un niveau donné de la lésion.
D’autres cellules peuvent également être occasionnellement
retrouvées, comme des cellules géantes multinucléées, des cellules
fusiformes ou ballonnisantes.
Des images histologiques de fibrose (fibroplasie sous-épithéliale),
d’involution adipeuse, de mucinose suggèrent une régression
nævique.
Les immunomarquages par les anti-PS100, vimentine et parfois
HMB45 (en cas de composante jonctionnelle) sont positifs.
C - HISTOGENÈSE :
Les cellules næviques sont issues des mélanoblastes qui dérivent de
la crête neurale.
Après une étape de migration (d’environ 6
semaines) et de différenciation, les mélanocytes næviques
atteindraient la membrane basale de l’épiderme et le derme entre
les 40e et 50e jours de gestation (ou le derme profond et l’hypoderme
dans le cas des nævus congénitaux).
La perte d’adhésion avec les kératinocytes adjacents permettrait la formation de thèques dans
l’épiderme (nævus jonctionnel), le derme (nævus dermique) ou les
deux (nævus mixte ou composé).
Ces cellules sont semblables aux mélanocytes normaux de par leurs
caractéristiques architecturales, immunophénotypiques et fonctionnelles ; c’est la raison pour laquelle le terme de « nævocytes » ou de « nævus
nævocellulaire » doit être abandonné.
Des controverses persistent quant à l’origine commune des
mélanocytes næviques dermiques et épidermiques.
En effet, certains
auteurs suggèrent que les mélanocytes du derme profond
dériveraient des cellules de Schwann.
Ces suppositions sont fondées
sur l’aspect neuroïde en profondeur, l’arrangement en corpuscules
ressemblant aux corpuscules de Meissner, la positivité des anticorps
dirigés contre les cellules de Schwann et de la cholinestérase.
Pour la plupart des auteurs, l’évolution des nævus pigmentaires se
fait vers la profondeur.
Les nævus récents étant jonctionnels, ils
évoluent secondairement vers le derme en devenant composés puis
dermiques purs avant de prendre, en fin d’évolution, un aspect
« neuroïde ».
Le nombre de nævus dont un individu est porteur à l’âge adulte
jeune est bien corrélé avec son taux d’exposition solaire dans
l’enfance et l’adolescence.
Il semble donc bien exister, à côté des
facteurs liés à l’embryogenèse, un déterminisme « environnemental
» de l’apparition des nævus.
D - ASPECTS CLINIQUES HABITUELS :
Les aspects cliniques des nævus sont très variés.
Contrairement aux nævus congénitaux, ils sont habituellement de
petite taille, inférieure à 15 mm, et mesurent souvent moins de
5 mm.
Il s’agit de macules ou papules hyperpigmentées symétriques, à
bords réguliers, de couleur et de surface homogènes, ovales ou
arrondies.
Ces lésions sont de taille stable.
Dans ces formes typiques,
les critères ABCDE (asymétrie, bords irréguliers, couleur
inhomogène, diamètre = 6 mm et extension en surface) sont donc
tous négatifs.
Les plus irréguliers en forme et en couleur sont dits
« cliniquement atypiques ».
La coloration est orange-rosé chez les sujets roux et, à l’inverse, très
foncée, marron-noir chez les sujets de phototype plus foncé.
On les retrouve sur l’ensemble du tégument ainsi que sur les
organes génitaux (10 à 15 %), mais les localisations sur le cuir
chevelu, les paumes, les plantes et les muqueuses sont plus
inhabituelles.
Les zones non exposées sont relativement
épargnées.
Les localisations conjonctivales et palmoplantaires sont plus
fréquemment rencontrées chez les patients à peau noire.
Le nombre et l’aspect général des nævus sont variables selon les
individus, mais une personne donnée est souvent porteuse de
nævus d’aspect similaire.
E - ASPECTS ANATOMOCLINIQUES ET DERMOSCOPIQUES
:
L’évolution clinique d’un nævus suit étroitement son évolution
histologique.
Quatre-vingt-dix pour cent des nævus sont jonctionnels dans
l’enfance, ils évoluent au cours de la vie pour devenir des nævus
dermiques ou composés (diminution ou disparition de l’activité
jonctionnelle).
Ainsi, initialement maculeux et pigmentés, il
deviennent progressivement en relief et moins pigmentés.
Leur
croissance est proportionnelle à celle du site anatomique sur lequel
ils se trouvent.
Des formes éruptives existent.
1- Nævus jonctionnel :
Il est cliniquement plutôt plan ou légèrement en relief et pigmenté.
Sa couleur varie du marron clair au marron foncé, voire noir, avec
parfois un renforcement de la coloration au centre de la lésion.
Il
s’agit du principal type anatomoclinique des nævus de l’enfant, et
le plus souvent observé dans les localisations palmoplantaires et
génitales.
L’examen dermoscopique retrouve un réseau pigmenté fin,
régulier, non interrompu, qui s’efface progressivement en périphérie.
Ses mailles représentent la mélanine située en regard des crêtes
épidermiques.
Inversement, les entre-mailles, plus hétérogènes,
correspondent à la projection des papilles dermiques.
La symétrie
de la lésion, la régularité de ses bords, l’homogénéité des couleurs,
la régularité des mailles avec extinction progressive du réseau en
périphérie, sont autant de critères dermoscopiques rassurants.
L’examen anatomopathologique retrouve une prolifération mélanocytaire en thèques situées dans les couches inférieures de
l’épiderme.
La lésion est symétrique et les thèques sont
régulières dans leur taille, leur espacement et dans la taille des
cellules qui les composent.
Ce type de nævus est susceptible de dégénérer, notamment chez l’adulte.
On retrouve alors, histologiquement, la présence d’un contingent nævique coexistant avec les zones de mélanome.
2- Nævus composé
:
Il est discrètement en relief ou plus papuleux.
La pigmentation,
marron clair à marron foncé, est homogène.
Chez les grands enfants
ou les adolescents, ce type de nævus s’épaissit et sa couleur
s’atténue, en raison de la profondeur du pigment, inquiétant
injustement les parents.
Le réseau, en dermoscopie, est comparable au nævus jonctionnel,
mais il peut disparaître au centre de la lésion, éventuellement
remplacé par un aspect de zone sans structure, plus ou moins
pigmentée, avec parfois un « pseudoréseau inversé ».
Des globules
bruns s’associent à ces images, ils correspondent aux mélanocytes
de la jonction ou du derme papillaire.
Ce sont des éléments ronds
ou ovales, de couleur beige-marron à noir-bleu selon la profondeur
des thèques.
L’homogénéité de leur taille, de leur répartition, est en
faveur de la bénignité.
L’examen dermatopathologique retrouve une combinaison des
images de nævus jonctionnel et dermique.
3-
Nævus dermique :
C’est le principal type de nævus rencontré chez l’adulte, surtout sur
le visage.
Sa forme est en dôme, sessile ou pédiculée.
Parfois papillomateux, ou mou, à type de sac vidé, il peut être peu ou pas
pigmenté.
Il peut se recouvrir de télangiectasies ou de poils,
ces derniers sont souvent plus foncés, plus épais et plus longs que
ceux de la peau adjacente.
Leur présence ne présage en rien de leur
bénignité !
En dermoscopie, le réseau pigmenté est absent avec parfois un
aspect de « pseudoréseau ».
Les globules bruns sont marron ou bleu
violacé, de couleur, de taille et de répartition homogènes.
Les
vaisseaux sont décrits en « virgule », c’est-à-dire courts, épais et
courbés, superficiels et disposés parallèlement à la surface.
À l’examen histologique, on retrouve habituellement une « grenzzone
», dépourvue de mélanocytes sous l’épiderme, et une
prolifération mélanocytaire dermique avec le plus souvent une
« maturation » cellulaire en profondeur.
Leur involution adipeuse, voire leur disparition est possible.
Malgré tout,
le mécanisme de la disparition progressive des nævus observée chez les
sujets âgés n’est pas, à ce jour, complètement élucidé.
À côté de ces
phénomènes d’involution dermique, des mécanismes de régression
d’origine immunologique sont évoqués (phénomène de Sutton).
Enfin il n’est pas exclu, compte tenu du rôle de l’exposition solaire dans
l’apparition des nævus et de l’accroissement de celle-ci dans la
population occidentale contemporaine, que la différence du nombre de
nævus entre sujets jeunes et âgés ne soit en partie que le reflet de ces
changements sociologiques.
F - DIAGNOSTICS DIFFÉRENTIELS :
1- Lésions mélaniques non næviques :
*
Éphélides
:
Elles correspondent à une hypermélaninose localisée (augmentation
de la production de mélanine par un nombre normal de
mélanocytes) et se présentent sous la forme de petites macules bruns
clair de quelques millimètres.
On les rencontre principalement en
cas de phototype clair, et elles sont influencées par le soleil, ce qui
les distingue des lentigos.
* Lentigos
:
Ce sont des lésions maculaires uniformes, plus sombres, brunes à
noires, de 2-3 mm, qui ne présentent pas de variation saisonnière,
elles ne disparaissent pas en hiver.
Ils correspondent à une
augmentation de mélanocytes à la jonction dermoépidermique, non
regroupés en thèques, une hyperplasie localisée de l’épiderme (dite
« lentigineuse ») est observée.
Il existe un réseau régulier en dermoscopie, non interrompu, avec des mailles et entre-mailles
homogènes.
Des points noirs, correspondant au pigment présent
dans la couche cornée, et des globules marron-noir peuvent être
retrouvés au centre.
L’« ink spot lentigo » est une forme
anatomoclinique très foncée de lentigo observée volontiers chez les
sujets de phototype clair en zone photoexposée.
Il se caractérise en dermoscopie par un réseau extrêmement foncé et épais, à bords nets mais très homogène.
Le « lentigo-nævus » est une variante
anatomoclinique intermédiaire entre nævus et lentigo.
* Mélanome :
C’est évidemment le principal diagnostic différentiel.
Dans les cas
typiques, le diagnostic peut être facile avec les critères ABCDE.
Ce diagnostic différentiel peut être extrêmement difficile notamment
avec les nævus atypiques.
La dermoscopie apporte souvent des
arguments plus fins en faveur de la bénignité ou de la malignité
d’une lésion, mais, en cas de doute, seul l’examen
anatomopathologique permet de trancher.
2- Lésions non mélanocytaires :
Elles sont toutes caractérisées par une absence de réseau pigmentaire
en dermoscopie.
* Kératose séborrhéique :
Ce sont des lésions en relief, comme posées sur la peau, d’aspect squamokératosique, de coloration brun-gris à noire, mates.
Elles sont
bénignes, très fréquentes chez le sujet âgé, notamment sur le dos, et
se détachent facilement à l’aide d’une curette.
En dermoscopie, en
l’absence de réseau, la présence de pseudokystes cornés et
d’ouvertures pseudocomédoniennes oriente le diagnostic.
Un patron
« cérébriforme » peut également être observé. Les limites sont nettes
avec un arrêt brutal de la pigmentation.
* Dermatofibrome pigmenté
:
Tumeur bénigne d’origine conjonctive, il se présente sous la forme
d’une pastille de consistance dure.
Habituelle sur les jambes en
particulier chez la femme, elle peut prendre une teinte très foncée.
En dermoscopie, cette lésion se caractérise par une accentuation
périphérique de la réticulation cutanée physiologique, avec une zone
sans structure plus ou moins kératosique centrale.
* Angiome thrombosé :
Il constitue plutôt un diagnostic différentiel du mélanome nodulaire,
et apparaît comme un nodule très noir, d’apparition rapide.
La
structure dermoscopique est sacculaire avec la présence de globules
rouge-violet, bleus ou noirs s’arrêtant brutalement en périphérie.
* Carcinome basocellulaire pigmenté
:
Le diagnostic différentiel avec un nævus ou un mélanome n’est pas
toujours aisé, surtout lorsque le carcinome est pigmenté de façon
diffuse.
En dermoscopie, la pigmentation dessine des structures en
forme de feuilles ou de doigts de gant, des nids ovoïdes ou des
structures gris-bleu en forme de roue dentée.
Il est associé à des
télangiectasies en forme de tronc d’arbre et à des micro-ulcérations.
Son exérèse confirme le diagnostic.
G - MODIFICATIONS BÉNIGNES DES NÆVUS COMMUNS
:
1- Modifications physiologiques :
Des modifications physiologiques des nævus acquis peuvent être
observées pendant la puberté, avec l’exposition solaire, en cas de
maladie bulleuse associée, lors d’un traitement par hormones
stéroïdiennes ou d’immunosuppression (virus de l’immunodéficience
humaine [VIH], greffe ou chimiothérapie).
L’ensemble
des nævus est alors concerné, on s’inquiétera davantage en cas de
modification isolée.
Contrairement à une notion assez répandue, la grossesse ne change pas
l’aspect clinique ni histologique des nævus préexistants en dehors des
zones modifiées par l’état gravidique.
2- Folliculite sous-nævique :
Souvent secondaire à l’ablation d’un poil situé en regard du nævus,
la folliculite sous-nævique se manifeste par une augmentation
rapide du volume de la lésion (en quelques jours) qui devient
inflammatoire, ferme et sensible.
L’examen histologique, quand il
est pratiqué, retrouve un abcès folliculaire ou plus tardivement un
granulome à corps étrangers autour du follicule pileux.
Les signes sont habituellement résolutifs en moins de 10 jours sous
traitement antiseptique.
3- Hémorragie et thrombose intranævique :
Ce phénomène se traduit par un durcissement et un gonflement
soudain du nævus.
Il peut se produire en cas de torsion d’un nævus
pédiculé.
L’examen dermoscopique peut dans ces cas être trompeur
et faire croire à tort à un angiome thrombosé.
4- Phénomène de Sutton ou halonævus :
Survenant le plus souvent avant l’âge de 20 ans, il s’agit de
l’apparition d’un halo de dépigmentation symétrique autour
d’un nævus préexistant, sur une période de quelques jours à
quelques semaines.
Il s’agit souvent d’un nævus acquis (surtout
composé), mais également parfois d’un nævus congénital.
La
pigmentation centrale peut alors devenir rouge ou plus rosée.
Le
dos est préférentiellement atteint, mais toutes les localisations
peuvent être concernées.
L’évolution se fait souvent, mais non
obligatoirement, vers la disparition complète ou partielle du nævus
central puis de la zone achromique quelques mois ou années plus
tard. Dans 25 à 50 % des cas, l’atteinte est multiple.
L’association à un vitiligo n’est pas obligatoire, mais elle a été
rapportée dans environ 20 % des cas.
Le même phénomène peut
survenir rarement autour de tumeurs non mélanocytaires.
En particulier chez les adultes, un aspect central atypique (forme ou
couleur), un halo asymétrique ou irrégulier, doivent faire craindre la
possibilité d’un nævus atypique ou surtout d’un mélanome avec
phénomènes de régression tumorale.
À l’examen histologique, les thèques næviques centrales sont
dissociées par un infiltrat lymphocytaire et mélanophagique dense,
et les mélanocytes épidermiques disparaissent de la zone
dépigmentée.
Le mécanisme physiopathologique reste incertain, mais il pourrait
s’agir d’un processus auto-immun.
Le patient doit être averti de la possibilité de brûlures voire de bulles
au niveau de la zone dépigmentée en cas d’exposition solaire en
l’absence de protection.
L’exérèse des halonævus cliniquement
typiques n’est pas justifiée.
5- Eczématisation : phénomène de Meyerson
Elle se manifeste par une réaction inflammatoire asymétrique et eczématiforme sur et autour d’un nævus généralement acquis, avec
possibilité de prurit et de desquamation superficielle.
Cette
modification touche habituellement les nævus composés, mais elle est également rapportée pour des nævus atypiques.
Ce phénomène
a été également décrit en rapport avec des tumeurs cutanées non mélanocytaires.
L’exérèse est souvent pratiquée, car l’inflammation pourrait faire
craindre une éventuelle dégénérescence.
L’étude microscopique
retrouve, en plus du nævus, une spongiose épidermique, une
hyperacanthose, un infiltrat lymphocytaire périvasculaire, associé,
dans certains cas, à des éosinophiles.
H - TRANSFORMATION MALIGNE :
La majorité des mélanomes survient de novo en peau saine.
Cependant, le risque de transformation d’un nævus pigmentaire
acquis typique en mélanome existe, mais reste rare.
On estime
qu’environ 30 % des mélanomes surviennent sur un nævus, mais
cette notion dérive d’études anatomopathologiques et sous- (ou sur-)
estime peut-être le phénomène.
En outre, les reliquats næviques le
plus souvent observés à proximité d’un mélanome présentent
généralement les altérations architecturales et/ou cytologiques des
nævus atypiques.
L’apparition de plusieurs couleurs au sein de la lésion (marron foncé
ou noir), l’hétérogénéité et l’asymétrie de leur répartition sont des
signes suspects.
C’est surtout en fait la modification d’aspect
(changement de taille, de couleur, apparition d’un halo
inflammatoire…) ou parfois de sensations (apparition d’un prurit,
d’une minime douleur…) d’une lésion pigmentaire ancienne qui va,
le plus souvent, permettre de poser le diagnostic de transformation
maligne.
Une fragilité anormale, avec saignements pour des
traumatismes minimes, pourra également faire suspecter une
transformation, mais c’est plutôt un signe tardif.
Une exérèse de la totalité de la lésion s’impose alors au moindre
doute, avec une marge de 1 à 2mm afin d’affirmer ou non la
transformation.
I - INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES :
En dehors des cas de doute diagnostique pour un mélanome ou de
l’apparition de signes faisant craindre la transformation maligne
d’un nævus, l’exérèse n’est pas indiquée.
L’exérèse peut être réalisée dans un but esthétique, sur demande du
patient, en raison de la localisation, d’une gêne ou d’une irritation
du nævus (zones de friction vestimentaire), même si dans ce dernier
cas, il n’existe pas de risque de dégénérescence accru.
Il faut peser
cette indication en fonction du risque cicatriciel.
L’exérèse peut
également être proposée en cas de phénomènes récurrents de
folliculite sous-nævique.
On peut parfois proposer une exérèse des lésions situées dans les
endroits difficiles à surveiller (espace interorteil, plante, périnée ou
cuir chevelu), tout en sachant que le potentiel malin dans ces
localisations n’est pas majoré, et que les cicatrices peuvent être
douloureuses dans certaines de ces topographies.
Si l’exérèse est réalisée, elle sera toujours complète, avec une marge
de 1 à 2mm et analyse histologique de la pièce.
Le « shaving » des nævus dermiques est une technique chirurgicale
plus discutable.
Il ne doit en tout cas jamais être réalisé en cas de
suspicion clinique de mélanome, car ce mode d’exérèse est quasi
toujours incomplet en profondeur.
Il persiste ainsi souvent un
contingent de cellules næviques dans le derme profond.
Ces cellules
résiduelles peuvent donner naissance à une nouvelle lésion
pigmentaire, atypique cliniquement, et dont l’image histologique est
proche de celle retrouvée dans les mélanomes à un stade précoce.
Ce phénomène a été décrit sous le terme de « pseudomélanome
d’Ackerman » ou de nævus récurrent ; il peut également survenir
lors d’une exérèse classique incomplète ou lors du traumatisme d’un
nævus.
L’organisation lentigineuse des mélanocytes, l’absence de
mitoses, l’existence d’une fibrose cicatricielle et surtout la relecture
des lames initiales permettent de rétablir le diagnostic.
La surveillance est souvent une alternative préférable à la chirurgie
dans les nævus pigmentaires.
Elle peut se baser sur la mesure des
lésions, la réalisation de calques ou de photographies.
Les
appareillages numériques de vidéodermoscopie permettent une
surveillance très précise des lésions les plus atypiques non
excisées.
Formes cliniques :
A - NÆVUS EN COCARDE :
Souvent de localisation multiple chez les jeunes patients, ce nævus
pigmentaire assez rare est composé de cercles concentriques avec :
– un centre pigmenté (zone de nævus jonctionnel ou composé) ;
– une zone intermédiaire qui peut être dépigmentée ;
– une zone périphérique pigmentée (thèques jonctionnelles).
Il peut ressembler cliniquement à un nævus atypique, mais l’examen
histologique est tout à fait rassurant.
B - NÆVUS SUR NÆVUS OU « NÆVUS SPILUS »
(NÆVUS LENTIGINEUX MOUCHETÉ)
:
Le nævus sur nævus (terme désormais préféré à celui de « nævus spilus ») se présente comme une macule pigmentée bien limitée, de
1 à 10 cm de diamètre (mais des variétés géantes existent), tachetée
d’éléments plus foncés.
La lésion apparaît souvent dans
l’enfance sur le dos ou les membres, initialement comme une macule
brune homogène, qui se parsème progressivement d’éléments
punctiformes maculeux ou discrètement papuleux plus sombres de
quelques millimètres.
On la retrouve chez 2 % des adultes caucasiens
environ.
La tache de fond correspond à une hyperplasie mélanocytaire
lentigineuse (hypermélanose ou « tache café au lait ») avec, par
endroits, une prolifération de cellules næviques groupées en thèques
qui correspondent aux points lenticulaires.
Ces derniers réalisent des
aspects localisés de nævus jonctionnels, composés ou dermiques, et
plus rarement de nævus de Spitz, bleus ou atypiques.
Les principaux diagnostics différentiels se posent avec les taches café
au lait, l’hamartome de Becker et les nævus congénitaux en nappe.
Le nævus sur nævus est habituellement bénin, et moins d’une
vingtaine de cas de mélanomes associés ont été rapportés.
Le risque
semblerait plus important dans les formes dysplasiques ou
congénitales.
L’exérèse n’est indiquée qu’en cas d’aspect clinique
atypique des éléments pigmentés ou de modification de la lésion.
C
- OSTÉONÆVUS (DE NANTA)
:
Défini par l’association d’un nævus pigmentaire et d’une ossification
cutanée, l’ostéonævus est un diagnostic de découverte histologique.
Il représente environ 1,5 % des nævus pigmentaires, dont la
grande majorité sont des nævus dermiques.
Il concerne
essentiellement le visage de la femme (80 %), d’un âge moyen de 30
à 50 ans.
L’ossification pourrait être secondaire à une folliculite sous-nævique
ou aux microtraumatismes induits, par exemple, par l’épilation
mécanique.
D - NÆVUS DE SPITZ
(NÆVUS À CELLULES ÉPITHÉLIOÏDES ET FUSIFORMES)
:
Cette lésion mélanocytaire bénigne survient essentiellement chez
l’enfant.
Elle présente des images histologiques souvent difficiles à
distinguer du mélanome.
D’ailleurs, AS Spitz la décrivait pour la
première fois en 1948 sous le terme de « mélanome juvénile ».
Cette dénomination doit être abandonnée au profit de « nævus de
Spitz » ou éventuellement de « nævus à cellules épithélioïdes et
fusiformes ».
Il représente moins de 1 % des nævus de l’enfant.
Près de 80 % des nævus de Spitz apparaissent avant l’âge de 20 ans,
avec une discrète prédominance féminine.
Les formes congénitales
sont estimées à 7 %.
Leur croissance est rapide, en 3 à 6 mois, suivie
d’une période de stabilité.
La présentation clinique habituelle est celle d’une lésion nodulaire
unique (des formes multiples voire éruptives existent cependant) et
ferme de couleur rose, rouge ou marron clair, de surface lisse ou
verruqueuse.
Sa taille est habituellement inférieure à 0,6 cm (70 %
des cas), mais elle peut atteindre 1,5 cm.
Certaines lésions peuvent
avoir un aspect clinique très inquiétant.
Les lésions sont plus
rarement planes, ou pédiculées.
C’est classiquement un nodule de
couleur rosée de la tête (joues) et du cou chez les enfants
tandis que, chez les adultes, il se présente plus volontiers sous la
forme d’une lésion brune, des jambes chez la femme et du tronc
chez l’homme.
Les paumes, plantes et les muqueuses sont
généralement épargnées.
Ce nævus est habituellement asymptomatique, mais certains signes
peuvent alerter le patient comme un prurit localisé, un saignement
après un traumatisme minime, en raison d’une fragilité de
l’épiderme en regard.
La présence d’une ulcération est inhabituelle.
L’image dermoscopique la plus fréquente est décrite en « rayons de
soleil ».
La lésion apparaît symétrique, avec une pigmentation
gris-bleu à noire diffuse, selon la profondeur du pigment, plus
marquée au centre.
Elle est surtout caractérisée par la présence
d’extensions périphériques du réseau pigmenté, appelées stries (ou
parfois pseudopodes lorsque leur extrémité est renflée) réparties sur
toute la circonférence de la lésion et s’arrêtant brutalement.
Cette
répartition très symétrique des extensions radiaires permet de
distinguer le nævus de Spitz du mélanome.
Les pelotons vasculaires
peuvent être nombreux et facilement observables en dermoscopie
dans des lésions peu pigmentées.
Un aspect de pseudoréseau
inversé localisé au centre est souvent décrit dans les lésions plus
pigmentées.
1- Histologie
:
Histologiquement, la lésion est symétrique, en forme de parachute
et composée de mélanocytes de grande taille, fusiformes et/ou épithélioïdes de grande taille, parfois multinucléés, présentant des
atypies nucléaires.
Ces cellules sont regroupées en thèques, de
topographie intradermique, jonctionnelle ou, plus souvent, mixte
(deux tiers des cas).
On observe en profondeur une maturation
progressive des cellules næviques, qui deviennent plus petites et
semblables aux mélanocytes næviques habituels.
Une hyperacanthose épidermique recouvre fréquemment la tumeur.
Au
niveau de la jonction dermoépidermique, on observe des images de
clivage séparant les thèques mélanocytaires des kératinocytes
adjacents, ce qui est inhabituel dans le mélanome, ainsi que des
globules éosinophiles appelés corps de Kamino, équivalents de
corps colloïdes.
Ces derniers ne sont pas caractéristiques de ce
nævus, on les retrouve en effet aussi, quoique plus rarement, dans
les mélanomes à un stade précoce.
Une dilatation capillaire
importante est souvent notée.
Au niveau du derme, il existe
fréquemment un infiltrat inflammatoire dense ou modéré, périvasculaire ou plus diffus, disposé en bande, et un oedème qui
peut être marqué dans certains cas.
Des mitoses peuvent être
retrouvées dans 50 % des cas, mais on n’observe pas de divisions
anormales.
Des mitoses situées dans le contingent profond de la
lésion doivent faire plutôt évoquer un mélanome.
Le diagnostic différentiel dermatopathologique entre nævus de Spitz
et mélanome spitzoïde est parfois extrêmement difficile.
On devra
toujours préciser à l’intention du laboratoire de dermatopathologie l’âge du patient et la topographie de la lésion.
On retiendra
également en faveur du diagnostic de nævus de Spitz :
– une activité mitotique faible, surtout en profondeur ;
– l’absence de mitoses atypiques ;
– un pléiomorphisme discret ;
– la rareté des noyaux de grande taille ;
– une composante de cellules fusiformes marquée ;
– l’absence ou un degré modéré d’invasion épidermique ;
– l’absence de pigmentation intense, surtout en profondeur ;
– l’absence d’ulcération marquée ;
– l’absence d’extension de la tumeur dans le derme réticulaire
profond ou dans l’hypoderme.
À l’inverse, les critères histologiques en faveur de la malignité de la
lésion sont :
– la profondeur de la tumeur dans le derme ;
– l’asymétrie architecturale de la lésion ;
– la densité du contingent profond de la lésion (« heavy bottom ») ;
– l’importance de production de pigment mélanique dans le derme ;
– l’absence de maturation des mélanocytes vers la profondeur ;
– la présence de nombreuses mitoses d’aspect atypique en
profondeur ;
– la formation d’agrégats continus de cellules épithélioïdes.
La tumeur exprime la protéine S100, l’HMB45 et le PCNA
(proliferating cell nuclear antigen) de façon inconstante, mais, de
toutes façons, ces marquages ne sont pas discriminatifs avec le
mélanome car ils manquent de spécificité.
La cytométrie de flux,
l’étude de l’organisation des régions nucléaires à l’argent colloïdal
(AgNOR) sont utilisés en recherche mais n’ont pas d’intérêt en
routine dans le diagnostic différentiel avec le mélanome.
2- Traitement
:
Le traitement consiste en une excision complète de la lésion, avec
recoupe en cas de marges positives.
Elle est habituellement
conseillée, surtout en cas de modification récente de la couleur, de
la taille ou de la forme.
On préconise également un suivi des
patients opérés, surtout à l’âge adulte.
Les récurrences, même si elles
sont rares, surviennent le plus souvent en cas d’exérèse incomplète,
dans un délai moyen de 12 mois, et prennent un aspect de
« pseudomélanome », ce qui rend le diagnostic différentiel
anatomopathologique encore plus difficile.
E - NÆVUS DE REED-GARTMANN
OU NÆVUS À CELLULES FUSIFORMES PIGMENTÉ :
Sa description classique est une lésion papuleuse unique, lisse, bien
limitée, très pigmentée voire noire, de 3 à 6mm de diamètre des
jambes du sujet jeune.
Malgré sa nature bénigne, son aspect clinique
inquiétant et sa croissance initialement rapide conduisent souvent à
suspecter cliniquement un mélanome.
L’aspect dermoscopique peut aider au diagnostic différentiel.
On
retrouve un aspect proche du nævus de Spitz avec un centre noir
uniforme, masquant parfois les structures sous-jacentes, et une
couronne de stries périphériques en « rayons de soleil »,
ayant parfois l’aspect de pseudopodes, avec un arrêt brutal de la
pigmentation.
Ce nævus jonctionnel ou composé est histologiquement caractérisé
par la présence de cellules fusiformes regroupées en thèques à la
jonction ou dans le derme superficiel.
Elles sont chargées
d’un pigment mélanique abondant.
La lésion est symétrique.
Le
diagnostic de mélanome est écarté notamment devant l’absence
d’ascension « pagétoïde » des mélanocytes dans l’épiderme, mais le
diagnostic différentiel est parfois difficile.
Certains le rapprochent du nævus de Spitz et le considèrent comme
un de ses variants en raison de la présence de cellules fusiformes.
F - NÆVUS DESMOPLASTIQUE :
Il s’agit d’un nævus intradermique qui se présente sous la forme
d’un nodule rose ou rouge, dur, semblable à une chéloïde.
Il est
caractérisé par une fibrose importante.
Histologiquement, de rares
cellules næviques, sans formation de thèques vraies, sont dispersées
dans un stroma collagène abondant.
Les cellules sont souvent de
grande taille avec un large cytoplasme qui peut contenir des
inclusions.
Les atypies nucléaires sont fréquentes mais non suspectes
et les mitoses sont rares.
L’exérèse initiale est souvent incomplète en raison de l’infiltration
du tissu dermique.
G - NÆVUS À PÉNÉTRATION PROFONDE
(NÆVUS PLEXIFORME À CELLULES FUSIFORMES
OU NÆVUS DE MEHREGAN)
:
Le nævus à pénétration profonde est rare.
Il touche le visage, le tronc
et les extrémités proximales de l’adulte de moins de 40 ans.
Il se
présente sous la forme d’une lésion de moins de 1 cm de diamètre,
en relief, pigmentée marron-bleu à noire, facilement confondue avec
un nævus bleu ou un mélanome.
Il apparaît à l’analyse histologique comme une lésion s’étendant du
derme superficiel jusqu’à l’hypoderme qu’il pénètre « en coin » en
profondeur, suivant les vaisseaux, les nerfs et les annexes.
Les thèques superficielles semblent bénignes, tandis qu’à la partie
profonde on retrouve des mélanocytes fusiformes pléiomorphes
organisés en thèques ou en faisceaux, associés à de nombreux
mélanophages.
Les atypies cytologiques sont modérées.
Un infiltrat
inflammatoire discret s’y associe dans 75 % des cas.
Le mélanome, cliniquement suspecté dans 30 % des cas, est éliminé
devant l’architecture globale de la lésion, l’absence de thèques intraépidermiques, d’atypies sévères et la rareté des mitoses.
Les
autres diagnostics différentiels histologiques sont le nævus combiné,
congénital, ou le nævus de Spitz profond pigmenté.
Le nævus à pénétration profonde est de nature bénigne, aucun cas
de transformation maligne ou de métastase n’a été rapporté.
H - NAEVUS UNGUÉAL :
1- Clinique :
Cliniquement, un nævus jonctionnel situé dans la matrice de l’ongle
se traduit sur la tablette par une bande longitudinale plus ou moins
pigmentée ; la pigmentation unguéale peut survenir à tout âge et
tend à persister indéfiniment.
Cette mélanonychie longitudinale ne
peut être facilement différenciée cliniquement d’un lentigo simple,
d’une pigmentation ethnique, d’une pigmentation
postinflammatoire, de certaines ecchymoses sous-unguéales et
surtout d’un mélanome unguéal.
Sont cliniquement en faveur de la bénignité d’une mélanonychie
longitudinale :
– le caractère acquis pendant l’enfance de la lésion ;
– la stabilité de la lésion ;
– son caractère polydactylique ;
– l’homogénéité de sa couleur.
Sont à l’inverse évocateurs d’un mélanome les éléments sémiologiques
suivants :
– l’apparition à l’âge adulte de la bande pigmentée ;
– son caractère évolutif ;
– la présence d’une pigmentation de la peau périunguéale (signe de
Hutchinson) ;
– l’unicité de la lésion ;
– l’hétérochromie.
La biopsie-exérèse s’impose au moindre doute avec un mélanome,
mais la biopsie d’une lésion unguéale est douloureuse, et peut
conduire à une dystrophie permanente de l’ongle.
2- Examen dermoscopique :
L’examen dermoscopique des pigmentations unguéales, récemment
proposé, permet de mieux déterminer les cas suspects qui
devront faire l’objet d’une biopsie matricielle.
Un nævus unguéal se
caractérise alors par un fond brun, une disposition régulière des
lignes longitudinales.
Ces lignes sont de coloration, de
largeur, et d’espacement réguliers et sont parallèles entre elles.
À
l’inverse, dans le mélanome si le fond est également brun, la
coloration des lignes longitudinales, leur largeur et leurs intervalles
sont irréguliers ; il existe des zones de perte de parallélisme entre
ces lignes.
3- Histologie
:
L’histologie des lésions mélanocytaires de l’appareil unguéal est
d’interprétation délicate et nécessite des biopsies de très bonne
qualité.
La distinction entre un lentigo et un nævus, et surtout
entre une hyperplasie mélanocytaire atypique et un mélanome in
situ est souvent très difficile, d’autant plus que ces différents aspects
peuvent se succéder au sein d’une même lésion, d’où la nécessité de
réaliser des coupes sériées sur l’ensemble de la lésion.
Les nævus de
la matrice unguéale sont le plus souvent de type jonctionnel, avec
une présentation comparable à celle des nævus cutanés.
Les cellules næviques sont organisées en thèques à la jonction dermoépidermique.
4- Prise en charge :
La prise en charge des mélanonychies longitudinales ne fait pas
l’objet d’un consensus.
Certains auteurs proposent une exérèse
systématique de toute bande pigmentée unguéale au risque de créer
une dystrophie unguéale définitive ; d’autres ne proposent
d’intervenir que dans les cas où le diagnostic de mélanome ne peut
être éliminé par la clinique et la dermoscopie.
Il n’existe aucune
raison de penser que les nævus unguéaux aient un potentiel de
dégénérescence supérieur à celui des nævus cutanés habituels.
I - NÆVUS À CELLULES BALLONNISANTES :
C’est une variété anatomoclinique rare de nævus composé.
Son
aspect clinique est indistinguable des nævus composés communs
acquis.
Il est anatomiquement composé de cellules ballonisées au
cytoplasme vacuolisé représentant tout ou une partie de la tumeur
(au moins 30 %).
La présence de cellules géantes multinucléées est
souvent rapportée.
Une forme histologique de mélanome à cellules ballonnisantes, avec
lequel il ne doit pas être confondu, a aussi été décrite.
J -
NÆVUS CONGÉNITAUX :
1- Nosologie
:
Ils sont apparents dès la naissance et surviennent chez environ 1 %
des nouveau-nés sans prédominance de sexe.
Leur survenue est très
majoritairement sporadique, bien qu’existent aussi de rares formes
familiales.
Ils peuvent être séparés de manière arbitraire en fonction
de leur plus grand diamètre le jour de la naissance : petits nævus
congénitaux si < 1,5 cm, moyens de 1,5 à 20 cm et grands si > à
20 cm.
Une autre classification est basée sur les possibilités d’exérèse
chirurgicale de ces nævus.
Ils sont alors petits s’ils peuvent être
excisés facilement avec simple suture d’emblée, et grands dans les
autres cas nécessitant notamment des lambeaux de reconstruction
ou des greffes cutanées.
Ils sont aussi enfin parfois qualifiés de
« géants » s’ils occupent une surface équivalant à au moins 30 % de
la surface corporelle totale.
2- Clinique :
Les petits nævus congénitaux sont cliniquement indistinguables des
nævus acquis.
Les nævus congénitaux de taille moyenne ou de grande taille peuvent atteindre n’importe quelle partie du corps.
Ils
forment une nappe souvent asymétrique et de pigmentation
inhomogène.
Leur surface est souvent irrégulière, mamelonnée, cérébriforme, voire verruqueuse, leur coloration varie du brun clair
au noir.
Ils sont souvent recouverts de poils épais et longs.
Ils peuvent être l’objet d’une perte de pigmentation, de régression,
ou être cerclés d’un halo de dépigmentation.
Les nævus congénitaux
géants peuvent être associés de façon significative avec une
neurofibromatose de type I.
Les grands nævus congénitaux de
l’extrémité céphalique, du cou et de la ligne médiane postérieure,
sont parfois associés avec une mélanose leptoméningée.
Ce
phénomène est le plus souvent totalement asymptomatique.
Si la
mélanose leptoméningée est symptomatique (hydrocéphalie,
épilepsie, déficits neurologiques focalisés, retard mental), le
pronostic devient alors médiocre.
En cas d’apparition ou
d’aggravation brutale des signes neurologiques, il faut craindre une
dégénérescence en mélanome du nævus leptoméningé.
3- Histologie :
Sur le plan histologique, on retrouve une hyperplasie mélanocytaire
lentigineuse associée à une infiltration profonde du derme voire de
l’hypoderme, en nappes, dissociant le collagène, ainsi qu’une
extension aux annexes épidermiques, aux nerfs et aux vaisseaux
sanguins cutanés.
Les petits nævus congénitaux n’ont le plus
souvent aucune caractéristique microscopique formelle permettant
de les distinguer des nævus communs acquis ; cependant
l’expansion dans les deux tiers inférieurs du derme réticulaire et les
tissus sous-jacents est en faveur d’un nævus congénital.
Notons
cependant que ces constatations histologiques peuvent être faites
dans le cas d’authentiques nævus acquis, aussi si le compte rendu
histologique peut parfois rapporter une « architecture de type nævus
congénital », seul l’interrogatoire des parents peut établir le caractère
formellement congénital d’une lésion.
Les grands nævus
congénitaux se présentent sous la forme d’hamartomes complexes
associant des contingents mélanocytaires, épithéliaux, nerveux et
annexiels.
Les très grands nævus congénitaux peuvent également
s’étendre dans les tissus osseux, cartilagineux, musculaires,
placentaires ou méningés.
En outre, on peut observer des
malformations vasculaires, des hémangiomes, du tissu osseux ou
cartilagineux au sein de ces nævus congénitaux géants.
4- Évolution et pronostic :
Les nævus congénitaux se développent pendant la croissance dans
les mêmes proportions que l’organe atteint.
Ils prennent aussi le plus
souvent du relief, des poils se développent à leur surface, leur
pigmentation peut s’intensifier ou au contraire s’atténuer.
Les grands nævus congénitaux sont associés à un risque augmenté
de développer un mélanome.
Ce risque est d’environ 4,5 %, et la
dégénérescence se produit dans un peu moins d’un quart des cas en
dehors de la lésion cutanée, sur le tissu méningé.
Le risque serait
proportionnel à la taille du nævus ; 70 % sont diagnostiqués avant
la puberté.
Le risque de dégénérescence des nævus congénitaux de
taille moyenne ne serait pas significativement supérieur à celui des
nævus acquis.
Enfin, le risque évolutif des petits nævus
congénitaux n’est pas connu à ce jour, mais il ne semble pas logique
de leur attribuer un risque supérieur à celui des nævus de taille
moyenne.
5- Traitement
:
Le traitement des grands nævus congénitaux est très difficile, et fait
encore l’objet de controverses.
L’excision chirurgicale doit être
proposée lorsqu’elle est techniquement possible sans être trop
délabrante.
Elle nécessite souvent des gestes multiples, des
hospitalisations répétées et l’usage de techniques d’expansion
cutanée.
Les alternatives que sont la dermabrasion, le laser CO2, le
curetage en période néonatale, permettent d’obtenir un résultat
cosmétique acceptable (avec cependant une pousse de poils tardive
compromettant parfois le bon résultat cosmétique initial).
Aucune
méthode chirurgicale ne peut être considérée comme
anatomiquement complète, et ne peut donc éliminer complètement
le risque de transformation en mélanome.
Le bénéfice de ces
méthodes est donc essentiellement psychologique et social, mais on
doit peser l’impact négatif éventuel des interventions répétées sur le
développement psychologique de l’enfant.
Pour les nævus congénitaux de taille moyenne ou de petite taille,
l’excision systématique n’est pas la règle.
Elle doit en revanche être
proposée en cas de retentissement psychosocial défavorable de la
lésion.
Une surveillance régulière, parfois aidée de clichés
photographiques peut être proposée.
L’évolution naturelle des
nævus congénitaux, en termes de taille et de pigmentation, rend
évidemment cette surveillance difficile.
La biopsie des zones
suspectes pourra être proposée au cours de cette surveillance.
K - NÆVUS BLEUS :
1- Nævus bleu lenticulaire
:
C’est une tumeur congénitale ou acquise bleue, bleu-gris ou bleunoir,
présente chez 0,5 à 4 % des adultes sains.
On en distingue trois
formes anatomocliniques principales : le nævus bleu commun, le
nævus bleu cellulaire et le nævus bleu combiné.
La couleur de ces
nævus est due à un effet d’optique ; la mélanine intradermique étant
plus profonde, seules les longueurs d’ondes correspondant au bleu
visible sont renvoyées.
* Nævus bleu commun :
C’est une papule ou nodule bleu sombre ou noir, généralement de
moins de 10 mm de diamètre, principalement localisé aux
extrémités, surtout le dos des mains et des pieds mais aussi le
visage.
Il est habituellement unique, mais des formes multiples
existent.
Une forme en net relief ou « agminée » existe également.
Il
peut rarement prendre une apparence de cible, avec des zones hyperpigmentées au centre et en périphérie séparées par un anneau
hypopigmenté.
Le nævus bleu en grandes plaques, présent dès la
naissance ou survenant au cours de l’enfance, est composé d’un
lentigo associé à des lésions de nævus bleu.
En dermoscopie, le nævus bleu est marqué par l’absence de réseau
pigmenté, des bords flous et la présence de zones bleues diffuses
sans pseudoréseau et sans réseau inversé.
L’examen histologique révèle des mélanocytes fusiformes ou étoilés,
pigmentés, isolés ou groupés dans le derme réticulaire, pouvant
s’étendre dans le derme papillaire ou l’hypoderme, associés à des mélanophages.
* Nævus bleu cellulaire
:
Il est en général de plus grande taille, 1 à 3 cm.
Il est situé sur les
fesses ou la région sacrococcygienne.
Il est histologiquement
composé des mêmes éléments que la forme commune, avec en plus
par endroits de larges cellules ayant un arrangement sarcomatoïde
ou neuroïde.
D’évolution généralement bénigne, il peut être associé à des
localisations ganglionnaires improprement appelées « métastases
bénignes ».
* Nævus bleu combiné :
Il fait souvent évoquer à tort le diagnostic de mélanome ou de
nævus atypique.
Ces lésions sont irrégulières, bleu-marron ou bleunoir.
Histologiquement, un nævus bleu est associé à un
nævus mélanocytaire commun.
* Nævus bleu épithélioïde :
Récemment décrit, il est le plus souvent associé à un syndrome de
Carney avec myxomes cardiaques et cutanés, lentigines, une
hyperactivité endocrinienne (syndrome de Cushing, adénome
hypophysaire) et des schwannomes.
Ce type survient
essentiellement sur le tronc et les extrémités.
En histologie, il est mal
limité, très pigmenté et composé de deux types de mélanocytes
différents à localisation intradermique : des mélanocytes très
pigmentés fusiformes, et des mélanocytes peu pigmentés
polygonaux.
* Nævus bleu amélanique :
Il est cliniquement difficile à reconnaître du fait de sa faible
pigmentation.
Aucun traitement n’est requis pour un nævus bleu stable depuis
plusieurs années chez un sujet adulte.
En revanche, l’apparition
rapide d’un nodule bleuté ou la modification récente d’un nævus
bleu doivent conduire à une analyse histologique.
L’excision doit
alors comprendre l’hypoderme sous-jacent.
2- Nævus d’Ota :
Le nævus d’Ota ou « nævus fuscocæruleus ophtalmomaxillaris » est
localisé au visage, dans le territoire innervé par la première et la
deuxième branche du nerf trijumeau.
Il est présent dès la naissance
dans 50 % des cas, mais peut apparaître chez l’enfant et l’adulte
jeune.
Il est nettement plus fréquent chez les sujets asiatiques, de
sexe féminin dans 80 % des cas, avec 5 % de formes bilatérales.
Cliniquement, il s’agit d’une pigmentation de couleur variable, noire
ou brune, bleu-noir, pourpre ou ardoisée siégeant dans la région
orbitaire : paupière, front, nez, région malaire et temporale.
Les
muqueuses aérodigestives supérieures peuvent aussi être
pigmentées.
Le globe oculaire est atteint dans 70 % des cas avec une
pigmentation de la sclérotique, de la conjonctive, de la cornée, de
l’iris, le nerf optique, la graisse rétrobulbaire ou du périoste ; sans
répercussion sur la fonction visuelle.
L’examen histologique note la présence de mélanocytes dans le
derme réticulaire autour des vaisseaux, des glandes sébacées et
sudorales.
Ces mélanocytes, regroupés en amas, sont fusiformes,
bipolaires ou étoilés, contiennent des mélanosomes de type IV.
Les
mélanocytes épidermiques peuvent être en nombre augmenté.
L’évolution vers un mélanome ou, plus souvent, vers une forme
localement invasive (intraoculaire, sinusienne, osseuse, méningoencéphalique) à partir d’un nævus d’Ota demeure
exceptionnelle.
Elle se traduit par des modifications visibles de la
lésion et/ou par une modification de l’acuité visuelle.
Le traitement, à but essentiellement esthétique, peut reposer sur les
lasers émetteurs de longueurs d’ondes sélectives pour les mélanosomes, avec des temps d’impact brefs et une puissance élevée
(laser Q-switched).
3- Nævus d’Ito :
Le nævus d’Ito ne diffère du nævus d’Ota que par la topographie
de la pigmentation cutanée.
Le moignon de l’épaule, les aires supraclaviculaires, la partie latérale du cou et la partie supérieure
du cou sont atteints de façon homolatérale avec le globe oculaire.
4- Nævus fusco-cæruleus-zygomaticus :
Il se distingue du nævus d’Ota par son extension bilatérale au
niveau zygomatique et par un caractère souvent familial.
5- Tache bleue mongolique
:
La tache mongolique est une pigmentation bleu-gris de la région
sacrée présente à la naissance d’enfants normaux à peau foncée.
Son
incidence varie de 1 % chez les enfants blancs européens, à plus de
90 % chez les enfants de type mongoloïde.
Généralement unique,
parfois multiple, mesurant à la naissance 10 cm ou plus,
exceptionnellement étendue aux lombes, aux cuisses ou aux épaules,
elle pâlit progressivement et a en principe cliniquement disparu
dans la première décennie.
Elle ne persiste que très rarement à l’âge
adulte.
En revanche, les altérations histologiques restent présentes
après l’effacement clinique de la lésion.
L’examen histologique trouve dans le derme profond des
mélanocytes dendritiques contenant de fins granules de mélanine
dispersés entre les fibres de collagène dermiques et autour des
faisceaux vasculonerveux.
On n’observe pas de mélanophage.
Aucun traitement n’est nécessaire.
6- Nævus bleu malin :
Il ne s’agit pas d’un nævus mais d’une forme clinique exceptionnelle
de mélanome survenant de novo, à partir d’un nævus bleu cellulaire
ou d’un nævus d’Ota.
Le diagnostic clinique mais également
l’analyse histologique sont très difficiles ; le recours à des méthodes
de biologie moléculaire peut aider dans ces cas-là à asseoir le
diagnostic.
L - NÆVUS ATYPIQUE (OU DYSPLASIQUE) :
Peu de sujets ont enflammé la littérature dermatologique comme la
« querelle du nævus dysplasique ».
Aujourd’hui, alors que les
passions se sont apaisées, on peut raisonnablement admettre qu’il
existe un type histologique de nævus avec des caractéristiques
architecturales et surtout cytologiques particulières qui, s’il n’est pas
le « chaînon manquant » entre nævus et mélanome, est plus souvent
que les autres associé au mélanome.
Sa définition est
désormais exclusivement dermatopathologique, car la corrélation
clinicopathologique est globalement mauvaise.
Le terme de nævus
atypique a progressivement remplacé celui de nævus dysplasique,
de nævus de Clark, de BK mole syndrome voire de FAM(M) (familial
atypical mole melanoma) syndrome.
1- Épidémiologie
:
La prévalence du nævus atypique est estimée de 1,8 à 4,9 % aux
États-Unis et 2,2 % en Allemagne.
Parmi les sujets atteints de
mélanome, 17 % sont porteurs d’un ou plusieurs nævus atypiques,
d’où la notion de marqueur de risque.
Dans certaines familles
atteintes du syndrome familial des nævus atypiques avec mélanome,
40 % des enfants d’une fratrie ont des nævus atypiques, et tous les
sujets développant un mélanome ont des nævus atypiques.
Les
mutations génétiques concernant 33 familles porteuses de nævus
atypiques et mélanome(s) ont mis en évidence une mutation du gène
CDKN2A dans 17 cas, CDK4 dans deux cas et l’absence de mutation
génétique connue dans les 14 cas restants.
Dans le cas des nævus
atypiques sporadiques, les délétions intralésionnelles homozygotes
de CDKN2A semblent particulièrement fréquentes ainsi que les
instabilités de microsatellites.
Les sujets porteurs de nævus
atypiques peuvent avoir de une à plusieurs dizaines de lésions
pigmentées irrégulières.
La moyenne serait de 10 par individu, en
dehors des cas familiaux.
2- Anatomie pathologique
:
Par définition, les nævus atypiques sont caractérisés cytologiquement par une dysplasie mélanocytaire, avec des noyaux
mélanocytaires plus gros que ceux des kératinocytes adjacents mais
de manière non continue à la jonction dermoépidermique.
Sur le
plan architectural, on observe une prolifération mélanocytaire
jonctionnelle ou composée symétrique, caractérisée en périphérie par
des phénomènes d’horizontalisation et de fusion des thèques
(appelés effet d’épaule). Une fibroplasie sous-épithéliale,
voire une minime réaction inflammatoire dermique, sont parfois
observées.
Les cas limites, très complexes, sont fréquents, et la
distinction entre dysplasie cellulaire sévère et mélanome in situ est
souvent très difficile voire, dans certains travaux, discutable…
3- Clinique
:
Il n’existe pas de corrélation satisfaisante entre l’aspect clinique de
ces nævus et leur définition histologique.
Le degré de dysplasie mélanocytaire n’est pas prévisible à partir des données de l’examen
clinique.
Ces lésions sont souvent multiples, elles siègent
généralement sur le tronc, leur diamètre est souvent supérieur à
6 mm, elles sont volontiers asymétriques et hétérochromes.
Les critères classiques ABCD ne permettent donc pas une distinction
satisfaisante avec le mélanome.
Seule leur stabilité évolutive est
un critère diagnostique robuste, mais on dispose rarement
d’éléments objectifs fiables pour l’authentifier.
Ces nævus
sont le plus souvent assez semblables entre eux chez un même
individu.
C’est pour cette raison que certains auteurs ont proposé,
dans le cadre de campagnes de dépistage, de porter attention sur les
lésions différant notablement du canevas habituel des nævus du
sujet, celles-ci ayant plus de risque de correspondre à un éventuel
mélanome (concept du « vilain petit canard »).x
4- Examen dermoscopique :
L’examen dermoscopique revêt ici toute son importance, il
objective un patron polymorphe asymétrique associant des zones de
réticulation, des zones sans structures pigmentées et parfois même
des zones de régression.
Les bords sont irréguliers parfois abrupts,
avec des zones de stries radiaires.
L’ensemble reste
cependant assez symétrique. Le diagnostic différentiel avec un
mélanome est donc, dans certains cas, extrêmement difficile même
pour des experts.
Les algorithmes de Stolz, Argenziano ou
Menzies permettent d’approcher plus finement le diagnostic,
mais ils sont difficilement utilisables en pratique quotidienne.
Le
suivi dynamique de ces lésions en vidéodermoscopie digitale permet
de mieux distinguer les cas douteux.
5- Évolution :
Ils commencent à apparaître comme des nævus de grande taille vers
l’âge de 10 ans, mais le diagnostic ne peut généralement pas être
posé avant la puberté.
La présence de nævus atypiques chez un
individu signe un risque accru de mélanome, mais ces lésions ne
peuvent en aucun cas être considérées comme un état précancéreux.
On note néanmoins que les reliquats næviques le plus souvent
retrouvés à proximité d’un mélanome ont les caractéristiques
cytologiques et architecturales des nævus atypiques.
Le risque de développer un mélanome est important chez les patients porteurs
d’un syndrome familial des nævus atypiques avec mélanome.
Ce
risque cumulé a été estimé à 56 % entre 20 et 59 ans, et 100 % à
76 ans.
En dehors de ces cas, le risque est estimé, selon les auteurs,
de 7 à 70 fois supérieur à celui de la population générale, avec une
incidence cumulée de 18 % au cours de la vie.
La présence de nævus
atypiques constitue certes, en analyse multivariée, un risque
indépendant de mélanome, mais ce critère prédictif est moins
puissant que le nombre de nævus dont un individu est porteur à
25 ans.
Il paraît donc plus raisonnable de se baser sur le nombre
de nævus pour établir des programmes ciblés de dépistage du
mélanome ou de surveillance des individus à risque.
Enfin, même si
les patients porteurs de nævus atypiques ont un risque supérieur de
nævus conjonctival, irien ou choroïdien, l’incidence du mélanome
oculaire chez eux ne semble pas augmentée.
Il n’existe donc pas de
recommandation particulière concernant le suivi ophtalmologique
de ces individus.
6- Traitement :
Le traitement a longtemps fait l’objet de nombreuses discussions.
Des règles simples doivent être soulignées :
– l’exérèse de toute lésion suspecte d’être un mélanome doit être
proposée et les indications chirurgicales doivent rester larges en cas
de doute ;
– la destruction systématique de tous les nævus d’un individu
porteur de nævus atypiques n’a aucun sens ;
– lorsqu’elle est décidée, l’exérèse d’un nævus atypique se doit
d’être complète (marge de 2 mm, exérèse jusqu’à l’hypoderme,
« shaving » interdit et examen dermatopathologique impératif) ;
– un individu ayant au moins l’un des facteurs de risque suivant :
antécédent personnel ou familial de mélanome, antécédent de
nævus atypiques, nombre de nævus supérieur à 50, doit être
surveillé régulièrement (autosurveillance et surveillance spécialisée
dermatologique) ;
– les cas difficiles peuvent faire l’objet d’une surveillance
photographique et photodermoscopique.
M - NÆVUS DES EXTRÉMITÉS :
Il ne s’agit pas, à proprement parler d’une forme clinique de nævus
car, dans la plupart des cas, les lésions mélanocytaires bénignes des
extrémités entrent dans le cadre des nævus jonctionnels, composés
ou dermiques habituels ; cependant certaines caractéristiques
anatomocliniques méritent d’être soulignées.
1- Clinique :
Cliniquement, ces lésions sont souvent asymétriques et allongées le
long des dermatoglyphes.
Leur couleur est le plus souventj
homogène et leur taille stable.
Des cas complexes existent,
notamment en raison du diagnostic différentiel parfois difficile avec
le mélanome de type acrolentigineux (ALM : acral lentiginous
melanoma).
2- Examen dermoscopique :
L’examen dermoscopique permet par, des critères simples, de
distinguer les cas suspects.
En effet, une disposition parallèle de la
pigmentation est observée selon l’axe des dermatoglyphes.
Si les
sillons sont pigmentés, avec respect des crêtes et respect des orifices
sudoraux (au sommet des crêtes des dermatoglyphes), il s’agit
vraisemblablement d’une lésion bénigne.
À l’inverse, un
mélanome acrolentigineux se caractérise par des sillons achromiques
et des crêtes pigmentées avec une pigmentation assez caractéristique
en points des orifices sudoraux.
Contrairement à une idée très répandue, le risque de transformation
maligne d’une lésion pigmentaire bénigne palmoplantaire ne semble
pas supérieur à celui d’une lésion du même type sur un quelconque
autre territoire cutané.
3- Examen histologique
:
L’examen histologique d’une lésion pigmentée palmoplantaire est
parfois d’interprétation difficile.
En effet, la prolifération jonctionnelle peut parfois se faire sous la forme d’une hyperplasie
mélanocytaire en cellules isolées à la jonction dermoépidermique.
Dans certains cas, comme dans le type anatomique « MANIAC », une ébauche d’ascension pagétoïde de ces mélanocytes est
également observée.
4- Exérèse :
L’exérèse chirurgicale d’un nævus acral n’est indiquée qu’en cas de
doute diagnostique avec un éventuel mélanome.
La destruction de
telles lésions sous le prétexte qu’elles sont moins facilement
accessibles à la surveillance que d’autres doit être mise en balance
avec le risque de création de cicatrices douloureuses, notamment
sur les plantes.