Longtemps galvaudé, au point même d’être renié par certains
spécialistes de maladies neuromusculaires il y a quelques années, le
terme de myopathie des ceintures a fait et fait encore couler
beaucoup d’encre.
Ces myopathies ont en commun un déficit de la
musculature des ceintures pelvienne et scapulaire, ainsi qu’une
formule histologique de dystrophie musculaire.
Il s’agit d’un
ensemble hétérogène, tant cliniquement que génétiquement, dont la
classification vient d’être éclairée d’un jour nouveau grâce à la
biologie moléculaire.
Ceci laisse aussi entrevoir quelques hypothèses
physiopathologiques d’où émergeront sans doute des
thérapeutiques efficaces.
Le mode de transmission est majoritairement autosomique récessif,
mais dans quelques rares cas, autosomique dominant.
À ce jour, 14
gènes morbides, dont cinq dominants et neuf récessifs sont en
rapport direct avec des myopathies des ceintures.
L’intérêt que
suscitent les avancées en matière de génétique moléculaire ne doit
pas faire oublier que l’analyse sémiologique du patient reste
primordiale.
Même si elles représentent quantitativement un nombre peu
important de patients, leur compréhension à l’échelle moléculaire et
biochimique apportera probablement des éléments nouveaux pour
la compréhension de la physiologie musculaire, et à terme, pour une
approche pharmacologique à visée curative.
Histoire
:
Si on attribue, à juste titre, à William Erb les premières descriptions
cliniques et histologiques de l’authentique myopathie des ceintures
à la fin du siècle dernier, le terme même de limb girdle muscular dystrophy (LGMD) est beaucoup plus récent et date des années 1950.
À cette époque, Walton et Nattrass popularisent le concept dans
leur monumentale classification des maladies neuromusculaires.
Celle-ci prend en compte, pour la première fois en matière de
dystrophies musculaires, le mode supposé de transmission
héréditaire.
Dans leur définition de la myopathie des ceintures, les
auteurs retiennent alors :
– un début relativement tardif de la maladie au cours de la première
ou deuxième décennie ;
– une atteinte déficitaire des muscles des ceintures pelvienne et
scapulaire ;
– une progression relativement lente, avec néanmoins quelques
exceptions ;
– enfin, un mode de transmission autosomique récessif.
Le mérite de Walton et Nattrass est d’individualiser cet ensemble
vis-à-vis de la maladie de Duchenne dont on découvre à l’époque
qu’elle est liée au chromosome X, et surtout de la myopathie facioscapulo-humérale (FSH) (maladie de Landouzy-Déjerine), dont le
caractère autosomique dominant est enfin clairement établi.
Une
lecture attentive permettait aussi d’établir, pour un clinicien averti,
un lien direct entre ce groupe de myopathie des ceintures et les
premières descriptions d’Erb concernant une forme juvénile de
dystrophie musculaire qu’il publie en 1884.
Le terme de myopathie des ceintures sera victime de son succès.
Très vite, et parce que les critères cliniques étaient dans l’ensemble
peu discriminants, beaucoup de patients neuromusculaires vont se
voir attribuer à tort ce diagnostic.
Les progrès en matière
d’explorations (électrophysiologiques, morphologiques ou
biochimiques) ou de nosologie (c’est l’époque où l’on découvre les
myopathies congénitales et les myopathies métaboliques),
permettront ensuite de redresser les erreurs les plus grossières, mais
le mal était fait.
La myopathie des ceintures était devenue, pour
reprendre un terme cher à Michel Fardeau, un diagnostic « fourretout
», assurément commode en pratique clinique mais sans
spécificité aucune et souvent entaché d’erreurs.
Il faut attendre les années 1980 et les succès probants du clonage
positionnel pour revisiter cet ensemble de pathologies et proposer
une nouvelle nomenclature.
La découverte de la dystrophine dans
la myopathie de Duchenne en 1987 reste la pierre angulaire de toute
la saga moléculaire des dystrophies musculaires progressives.
Grâce
à une approche intégrée mêlant à la fois techniques de cartographie
génétique et dissection moléculaire au niveau biochimique, d’autres
protéines liées à la dystrophine et responsables de dystrophies
musculaires sont rapidement identifiées.
Les études de cartographie
vont s’effectuer sur des groupes de patients rapportés dans la
littérature et caractérisés par leur forte endogamie.
Qu’il s’agisse des
communautés des Petits Blancs de l’île de la Réunion, des Amishs
de l’Indiana, des Mémonites américains ou des myopathes tunisiens
du Maghreb, il y avait là un terreau formidable pour la « génétique
inverse » qui venait de remporter ses premiers succès.
Parallèlement,
les équipes de Campbell aux États-Unis et d’Osawa au Japon
disséquaient le complexe protéique lié à la dystrophine et
proposaient autant de gènes candidats que de nouvelles protéines.
Il est vite apparu que les myopathies des ceintures étaient en fait
beaucoup plus hétérogènes que prévu, tant cliniquement que
génétiquement. Pour essayer de s’y retrouver, une nomenclature
destinée à faciliter les études génétiques fut proposée lors d’un
séminaire de l’European Neuromuscular Centre (ENMC) en 1995.
On y faisait notamment référence au mode de transmission (avec le
chiffre « 1 » pour les formes autosomiques dominantes et le chiffre
« 2 » pour les formes autosomiques récessives) et au locus
correspondant classé par ordre alphabétique et chronologique.
C’est
ainsi que la forme commune aux Amishs et aux Réunionnais, par
exemple, devint LGMD 2A, car autosomique récessive, « 2 », et
cartographiée en premier sur le chromosome 15.
Cette tentative de
classification a été beaucoup critiquée car elle prenait peu en compte
les disparités cliniques déjà établies ou celles qui restaient à établir
entre chaque groupe.
De ce fait, elle était peu opératoire pour la
plupart des cliniciens, surtout les non spécialistes.
Depuis, un effort
certain est fait pour revisiter la clinique de chacune des sous-entités
et élaborer des critères diagnostiques plus sélectifs.
C’est l’enjeu
de ce qu’il est commun d’appeler la « médecine inverse », un
mouvement qui n’est d’ailleurs pas spécifique aux dystrophies
musculaires et qui vise à redéfinir les critères cliniques après la
phase initiale de découverte des gènes morbides.
Pour autant, des interrogations demeurent.
En l’absence de pistes
tangibles pour rendre compte de la physiopathologie de ces
affections, on hésite encore, pour les classer, entre plusieurs
approches : la clinique permet de différencier trois ou quatre grandes
sortes de phénotypes (Duchenne-Becker, Erb/Réunionnais, Emery-
Dreifuss), mais de nombreuses formes de passage, ainsi que de
fréquentes exceptions à la règle commune existent.
La classification
protéique est séduisante mais devient de moins en moins pertinente
à mesure que la liste des protéines incriminées s’allonge
(calpaïnopathies, sarcoglycanopathies, etc).
Les tentatives de
classification par mécanisme physiopathologique supposé se
heurtent à l’absence de rôle précis dévolu à chaque protéine ou
chaque groupe de protéines.
Si l’on peut admettre par exemple une
certaine logique à regrouper les protéines du complexe liées à la dystrophine ou tout simplement du sarcolemme, on voit mal alors
la place d’autres protéines majeures telles que la calpaïne ou plus
récemment la myotiline.
On est donc devant un immense puzzle où certaines pièces
maîtresses semblent encore manquer.
Un travail conséquent attend
donc les chercheurs et les cliniciens pour les identifier d’une part,
mais aussi pour essayer de comprendre leur interaction.
Par commodité, on décrira ici les formes autosomiques récessives
pour lesquelles neuf loci (dont sept gènes sont clonés) ont été
individualisés, puis les formes autosomiques dominantes où cinq
loci (dont trois gènes clonés) ont été individualisés.
A - MYOPATHIE DES CEINTURES AVEC DÉFICIT
EN CALPAÏNE (LGMD 2A)
:
À en croire Michel Fardeau, la référence incontestée en la matière, la
dystrophie musculaire avec déficit en calpaïne 3 correspond à
l’authentique, pour ne pas dire unique, myopathie des ceintures.
Elle
présente un lien de parenté évident avec la forme juvénile de
dystrophie musculaire décrite en son temps par Erb, en 1884.
La
découverte d’un isolat de patients dans le sud de l’île de la Réunion
a permis, en collaboration avec les équipes de généticiens du Généthon, de cartographier le gène morbide de cette affection sur le
bras long du chromosome 15, en 1991.
Ce n’est que 4 ans plus
tard que des mutations dans le gène codant pour la calpaïne 3 sont
identifiées.
Cette enzyme musculaire était en fait connue depuis
1989, mais on était loin d’imaginer qu’elle puisse être à l’origine d’un
processus dystrophique à la différence des protéines du sarcolemme
comme la dystrophine ou les sarcoglycanes.
1- Physiopathologie
:
Les calpaïnes représentent une famille d’enzymes protéolytiques
calcium-dépendantes dont seule la calpaïne 3, appelée aussi p94, est
spécifique au muscle.
Il n’y a pas de modèle humain décrit les
concernant, en dehors de la myopathie des ceintures, et leur rôle
physiologique est incomplètement connu.
La calpaïne 3, dont la
localisation est nucléocytoplasmique, est constituée de quatre
domaines (I à IV), dont un est riche en cystéine (II) et un autre lie le
calcium (IV).
Par ailleurs, on a récemment fait l’hypothèse que la titine, une protéine de l’appareil contractile, serait liée à la calpaïne.
Pour autant, rien n’est connu du substrat, même par analogie avec
les autres calpaïnes qui sont, elles, ubiquitaires.
Récemment, il a été
démontré que la calpaïne pouvait être impliquée dans les
phénomènes d’apoptose.
Les modèles animaux décrits à ce jour
(des souris invalidées pour le gène CANP3) sont décevants car
n’exprimant que très peu de symptômes, au moins à un jeune âge.
Le gène codant pour la calpaïne 3, le CANP3, comprend 24 exons et
s’étend sur une longueur de 45 kb sur le chromosome 15q.
Sa
pathologie est caractérisée par une grande diversité mutationnelle,
et ce malgré l’existence de quelques mutations récurrentes dans des
isolats géographiques : dans l’île de la Réunion, dans la province
basque du Guipuzcoa, et aux États-Unis chez les Amishs. Plus
de 100 mutations différentes ont ainsi été décrites à ce jour.
Ceci
explique les difficultés des chercheurs lorsqu’il s’agit de les identifier
à titre individuel.
La moitié de ces anomalies moléculaires
environ sont des mutations stop, le reste étant des mutations
faux-sens.
2- Épidémiologie :
La prévalence des calpaïnopathies est très variable d’un pays à
l’autre et l’existence d’isolats génétiques vient souvent fausser les
statistiques.
Dans les isolats amishs, basques ou réunionnais, les
calpaïnopathies représentent jusqu’à 95 % des dystrophies
musculaires autosomiques récessives, à la différence de populations
tout-venant chez qui ce chiffre peut descendre à 10 %.
Les
études menées à l’échelle paneuropéenne ou en Turquie
donnent des chiffres intermédiaires (40 à 50 %) malgré une très forte
endogamie dans ce dernier pays.
En France, et en l’absence de
registre de patients, on en est réduit à estimer aux alentours de 200
la population de patients métropolitains concernée.
Il est certain que
beaucoup de patients restent mal diagnostiqués, et ce en l’absence
de marqueur biochimique fiable et facile d’utilisation.
L’affinement
des méthodes diagnostiques devrait donc à l’avenir rendre plus
pertinentes ces études épidémiologiques.
3- Données cliniques
:
Le début des signes survient habituellement entre 10 et 15 ans et se
traduit par un déficit musculaire des ceintures, lentement progressif,
symétrique et à prédominance proximale.
La marche est volontiers dandinante avec une tendance modérément rétractile au niveau des
tendons d’Achille.
L’atteinte musculaire est sélective au début,
notamment au niveau des muscles grands fessiers, des adducteurs
de cuisse, puis du moyen fessier, du psoas et des ischiojambiers.
Le
contraste avec la relative préservation du quadriceps est souvent
évocateur du diagnostic, d’où l’intérêt d’une imagerie musculaire à
un stade précoce de la maladie.
L’atteinte scapulaire
apparaît secondairement par rapport à l’atteinte pelvienne et touche
préférentiellement le grand dorsal, le grand dentelé, le rhomboïde,
le grand pectoral puis, plus tardivement, le biceps brachial.
À la
différence du phénotype Duchenne-Becker, on ne note pratiquement
jamais de pseudohypertrophie des mollets ou de macroglossie, et
encore moins d’atteinte cardiorespiratoire.
Il n’y a pas non plus
d’atteinte de la face, ni rigid spine, ni retard mental.
L’évolution est
lentement progressive mais variable d’un individu à l’autre.
Aux
membres inférieurs, le déficit s’étend au quadriceps, puis aux
muscles de la jambe, alors qu’aux membres supérieurs, on note une
atteinte secondaire du deltoïde, du triceps brachial et des muscles
radiaux.
La perte de la marche survient entre 20 et 30 ans en
moyenne, mais peut être accélérée par la survenue de rétractions au niveau des hanches et des genoux.
La statique rachidienne est
habituellement respectée et il est exceptionnel d’avoir à opérer ces
patients pour scoliose évolutive.
4- Examens complémentaires
:
Les enzymes musculaires sont généralement très augmentées au
début de la maladie, puis décroissent par la suite.
L’imagerie musculaire (scanner ou imagerie par résonance
magnétique [IRM]) est intéressante à un stade de début pour mettre
en évidence la sélectivité de l’atteinte musculaire.
Les études électrophysiologiques (électromyogramme [EMG]) ne sont
pas indispensables à l’établissement du diagnostic et montrent un
tracé myopathique.
La biopsie musculaire montre des signes en faveur d’une dystrophie
musculaire avec une formule nécrose-régénération, des variations
de taille des fibres et des noyaux volontiers internalisés.
La présence
de fibres anormalement lobulées n’est pas spécifique mais peut faire
évoquer le diagnostic quand elles sont très nombreuses.
Les études immunocytochimiques sur coupe musculaire révèlent la présence
normale de la dystrophine et des sarcoglycanes.
De tels marquages
in situ ne sont pas encore très fiables concernant la calpaïne ellemême.
Seul le western blot permet actuellement de s’assurer de
l’absence de la protéine, avec néanmoins le risque de quelques
faux positifs.
Les études génétiques sont les seules à permettre un diagnostic de
certitude.
Les études de liaison sont rarement utilisées du fait de
leur lourdeur.
La méthode de référence reste donc la recherche
directe de mutations dans le gène CANP3.
5- Pronostic
:
Il est actuellement extrêmement difficile d’établir un pronostic à titre
individuel.
Les corrélations génotype-phénotype sont pour l’instant
de peu d’utilité compte tenu de la grande variabilité intra- ou
interfamiliale.
L’absence totale de protéines en western blot
correspondrait plutôt à des mutations nulles et à une sévérité accrue
sur le plan clinique, mais il existe des exceptions à ce semblant de
règle.
B - DYSTROPHIES MUSCULAIRES PROGRESSIVES AVEC
DÉFICIT EN SARCOGLYCANE (LGMD 2C, 2D, 2E, 2F)
:
On a parfois mauvaise grâce à employer le terme de myopathie des
ceintures concernant ce groupe d’affections tant elles ressemblent
phénotypiquement aux dystrophinopathies (myopathies de
Duchenne et de Becker).
Il faut néanmoins constater que la
confusion s’est installée dès leur description princeps, ce d’autant
que la nomenclature génétique de l’ENMC adoptée par la suite
renforçait le camp des assimilationnistes.
Par définition, les sarcoglycanopathies correspondent à des
pathologies touchant les quatre gènes codant pour les sarcoglycanes
alpha, bêta, delta et gamma, et correspondent depuis 1995 aux
abréviations suivantes : LGMD 2C, 2D, 2E et 2F.
On les retrouve
aussi, et de manière plus récente, sous le terme SGCA, B, C ou D
(pour sarcoglycanopathies de type A, B, C ou D).
Elles sont
excessivement proches sur le plan clinique, avec quelques variantes
sur le plan évolutif.
À la différence des dystrophinopathies, les cas
avec cardiomyopathies avérées sont rares.
D’un point de vue
clinique il est quasi impossible de les différencier individuellement.
Seule l’approche mixte combinant l’immunocytochimie et une
analyse mutationnelle est susceptible d’y parvenir.
1- Évolution du concept
:
Plusieurs auteurs avaient déjà rapporté des cas de myopathie de Duchenne-like chez des enfants de sexe féminin.
Salih, neuropédiatre
au Soudan, y consacre même sa thèse de médecine en 1978 à partir
de cas autochtones.
C’est à Fardeau et Ben Hamida, son
homologue tunisien, que l’on doit au début des années 1980 la
description clinique de ce qui fut appelé à l’époque severe childhood
autosomal recessive muscular dystrophy (SCARMD).
Quelques
années plus tard, il apparaissait que la dystrophine était
qualitativement et quantitativement normale dans le muscle de ces
patients et donc qu’une autre protéine devait être en cause.
En
fait, ce n’est pas une mais deux autres protéines qui ont été
impliquées.
La première fut identifiée grâce aux travaux des
biochimistes qui étaient en train de disséquer parallèlement le
complexe protéique lié à la dystrophine.
Cette première protéine
connut plusieurs synonymes : DAG50, 50kD, adhaline, avant de
prendre le nom définitif de sarcoglycane alpha dans la période
récente.
Le terme « adhaline » fut longtemps employé et provenait
du mot arabe signifiant « muscle », un clin d’oeil destiné à rendre
compte de la grande prévalence de cette myopathie au Maghreb.
La deuxième protéine en cause découla de la première, puisqu’il
s’agissait d’une autre sarcoglycane, la sarcoglycane gamma, appelée
aussi DAG35 ou 35kD par référence à son poids moléculaire.
Il fut
ainsi possible de distinguer les adhalinopathies primaires (liées
génétiquement au chromosome 17 et donc au gène codant pour la
sarcoglycane alpha) des adhalinopathies secondaires (liées au
chromosome 13 et donc au gène codant pour la sarcoglycane
gamma).
La découverte ultérieure des deux autres sarcoglycanes
(bêta et delta) et des pathologies génétiques correspondantes
ont rendu ce distingo caduc.
On parle désormais des sarcoglycanopathies qui, comme les
Trois mousquetaires
(« muscletaires » pour reprendre l’expression de Beckmann), sont
quatre.
2- Physiopathologie :
Les quatre sarcoglycanes (alpha, bêta, delta, gamma) font partie de
la même famille de protéines transmembranaires glycosylées.
Elles
sont codées par quatre gènes situés sur quatre chromosomes différents (respectivement 17q, 4q, 5q, 13q).
Deux des sarcoglycanes
sont exprimées exclusivement dans le muscle cardiaque et
squelettique (alpha et gamma), alors que les deux autres (bêta et
delta) sont plus ubiquitaires.
Toutes les quatre appartiennent à un
ensemble protéique, le dystrophin-glycoprotein complex (DGC), qui
comprend au moins dix éléments étroitement associés à la
dystrophine. Ce complexe se subdivise en trois compartiments :
– un sous-complexe sous-sarcolemmal comprenant la dystrophine
elle-même, les syntrophines et la dystrobrévine ;
– un sous-complexe autour des deux formes épissées de
dystroglycane (l’alpha et la bêta-DG), la première s’articulant avec
la matrice extracellulaire par l’intermédiaire de la mérosine, et la
seconde avec la partie C-terminale de la dystrophine ;
– un réseau transmembranaire comprenant les quatre sarcoglycanes
et la sarcospane, une protéine de 25 kDa avec quatre domaines
transmembranaires, et pour lequel aucune pathologie
correspondante n’a été identifiée à ce jour.
Malgré plusieurs tentatives de mise à plat des interactions à
l’intérieur de ce complexe, on connaît peu le rôle de chacun de ces
éléments pris individuellement.
Dans ce contexte, les sarcoglycanes
qui sont solidaires les unes des autres, pourraient jouer un rôle dans
la transduction du signal et/ou la stabilisation de la membrane.
* Sarcoglycanopathie alpha (LGMD 2D)
:
Comme son abréviation (LGMD 2D) ne le laisse pas supposer, la sarcoglycanopathie alpha a été la première des sarcoglycanopathies
à être élucidée sur le plan moléculaire.
Elle correspond aux
anciennes adhalinopathies primaires et est universelle quant à sa
distribution géographique.
+ Données cliniques :
Dans la forme classique, les premiers symptômes (difficultés à la
course puis à la montée des escaliers) surviennent dans la première
décennie, de façon souvent retardée par rapport à la myopathie de
Duchenne.
L’examen clinique montre dès ce stade une tendance à
l’hyperlordose et une marche dandinante, souvent en équin bilatéral.
L’atteinte musculaire est moins sélective que dans les calpaïnopathies mais touche aussi les muscles de la racine pelvienne.
Les muscles fessiers, psoas, quadriceps et ischiojambiers sont atteints
de manière précoce, comme l’atteste l’imagerie musculaire.
L’atteinte
des muscles des membres supérieurs survient quelques années plus
tard et touche également la racine du membre.
Certains auteurs
insistent sur la précocité de l’atteinte du muscle deltoïde par
comparaison avec les autres dystrophies musculaires.
La tendance
rétractile, notamment au niveau des tendons d’Achille, est fréquente
et s’associe à une pseudohypertrophie des mollets de manière quasi
constante.
Une macroglossie est notée plus inconstamment, alors que
les muscles du visage, ceux commandant la déglutition et
l’oculomotricité, sont épargnés.
Les complications cardiorespiratoires
restent exceptionnelles.
L’évolution est habituellement lente et
surtout très variable.
Le spectre clinique va ainsi de formes quasi
asymptomatiques jusqu’à des formes exactement superposables à
une myopathie de Duchenne classique, la cardiomyopathie en
moins.
On insiste également sur la grande variabilité intra- et
interfamiliale.
+ Examens complémentaires :
Les enzymes musculaires sont constamment et franchement élevées,
d’autant plus qu’on est à un stade de début.
L’EMG est le plus souvent myopathique.
L’imagerie musculaire est intéressante, surtout en cas de doute avec
une calpaïnopathie.
L’atteinte, à un stade de début, se fait en effet
au détriment des loges antérieure et postérieure de cuisse, avec
préservation des muscles couturier et droit interne, comme dans les dystrophinopathies.
La biopsie musculaire montre une dystrophie musculaire de sévérité
variable.
L’examen clé reste l’immunocytochimie sur coupe
musculaire qui révèle, en immunofluorescence ou en peroxydase,
un déficit préférentiel portant sur la sarcoglycane alpha, et dans une
moindre mesure sur les autres sarcoglycanes.
Les techniques semiquantitatives
(western blot) confirment généralement cette analyse
visuelle, de même qu’elles vérifient la normalité de la dystrophine,
de la mérosine et de la dysferline.
Les examens génétiques restent actuellement le seul moyen de
confirmer l’affection avec certitude.
Les études indirectes ont peu
d’intérêt diagnostique, sauf en cas de grandes familles et/ou quand
l’analyse du muscle n’a pas été préalablement possible.
La recherche
directe de mutations reste donc la méthode de choix, quelles que
soient les techniques employées (SSCP/DGGE [Single strand
conformation polymorphism/Denaturing gradient gel electrophoresis] et
séquençage ou DHPLC).
Environ 40 mutations différentes ont été
décrites.
Quelques mutations peuvent être récurrentes, notamment
au niveau de l’exon 3 (Arg77C), mais sans distribution géographique
particulière.
+
Pronostic :
Du fait d’une grande variabilité inter- et intrafamiliale,
l’établissement d’un pronostic est toujours délicat pour les patients
atteints de sarcoglycanopathie alpha.
De plus, on manque d’un recul
suffisant pour affirmer de manière définitive le caractère bénin de
certaines formes cliniques s’apparentant cliniquement à des dystrophinopathies mineures (simples crampes ou intolérance à
l’effort).
Il est également difficile de prédire avec certitude l’absence
de complications cardiaques pour ces malades en général.
Seules
des études de suivi longitudinal peuvent lever le doute.
D’autres
paramètres apparaissent néanmoins péjoratifs : une mutation stop à
l’état homozygote avec absence de protéine résiduelle a toutes les
chances d’être sévère, de même qu’un âge de début très précoce.
* Sarcoglycanopathie gamma (LGMD 2C)
:
Cette myopathie correspond en fait aux cas initialement décrits par
Fardeau et Ben Hamida en Tunisie.
Le déficit moléculaire
correspond à la sarcoglycane gamma, protéine de 35 kDa, codée par
un gène situé sur le chromosome 13q12.
Le phénotype est en règle
plus sévère que la sarcoglycanopathie alpha.
+ Épidémiologie
:
Même si la sarcoglycanopathie gamma a été rapportée un peu
partout dans le monde, deux groupes ethniques sont plus
particulièrement concernés par cette affection :
– les populations à forte endogamie du pourtour méditerranéen.
Dans certaines contrées, comme le Maroc ou l’Algérie, elles peuvent
même représenter jusqu’à la moitié des cas de dystrophie musculaire
autosomique récessive ;
– les Tziganes vivant en Europe.
Dans les deux cas, une mutation dite privée dans le gène de sarcoglycane gamma permet facilement de faire le diagnostic
moléculaire (la mutation delD521T pour les premiers, la mutation
C283Y pour les seconds) et d’apprécier la prévalence de la maladie
dans certaines communautés à risque.
Dans les populations tout-venant, la prévalence reste néanmoins
faible, de l’ordre de 10 à 20 % des formes autosomiques récessives
de dystrophie musculaire progressive.
+ Données cliniques :
Le spectre clinique est généralement moins étendu que celui de la sarcoglycanopathie alpha.
La cardiomyopathie mise à part, la sarcoglycanopathie gamma est plus proche de la myopathie de
Duchenne que de la myopathie de Becker.
Les signes de début, la
date d’apparition des symptômes et l’évolution en diffèrent peu.
Le
tableau clinique associe une atteinte proximale, bilatérale,
symétrique et rapidement invalidante, avec une perte de la marche
vers 14 ans en moyenne.
On retrouve volontiers une pseudohypertrophie des mollets, une tendance rétractile marquée et des complications orthopédiques (rétractions tendineuses, scoliose).
Il semblerait qu’un nombre non négligeable de patients présentent à
terme des complications cardiaques (cardiomyopathie dilatée) et
respiratoires (syndrome restrictif nécessitant une ventilation assistée
de nécessité).
Il existe néanmoins des variantes moins sévères, paucisymptomatiques, comme celles décrites par exemple au Brésil.
+ Examens complémentaires
:
Les enzymes musculaires, l’EMG ou l’imagerie musculaire sont tout à
fait superposables à la sarcoglycanopathie alpha.
On insiste en
revanche sur la nécessité d’un bilan cardiorespiratoire minutieux et
régulier à la recherche d’éventuelles complications.
La biopsie musculaire permet d’orienter le diagnostic.
Si l’aspect de
dystrophie musculaire n’a rien de spécifique, les immunomarquages
révèlent une absence ou une diminution franche de la sarcoglycane
gamma, la sarcoglycane alpha restant quant à elle normale ou
légèrement diminuée.
Les deux autres sarcoglycanes sont en règle
légèrement diminuées.
Le western blot vient confirmer de manière
objective cette constatation visuelle.
Les tests génétiques reposent sur les mêmes principes que
précédemment.
L’origine ethnique oriente parfois vers une des deux
mutations privées, méditerranéenne (delD521T) ou tzigane (C283Y),
lesquelles sont facilement détectables.
À défaut, un screening
complet du gène est souvent nécessaire.
Sept autres mutations ont
été décrites dans la littérature à ce jour.
+ Pronostic :
Il est en général moins bon que dans les sarcoglycanopathies alpha.
L’existence de groupes génétiquement homogènes de patients fait
apparaître une sévérité plus grande et un phénotype plus proche de
la myopathie de Duchenne que de la myopathie de Becker.
La
question actuellement posée, et toujours sans réponse, est celle d’une
possible cardiomyopathie associée.
* Sarcoglycanopathie bêta (LGMD 2E)
:
+ Généralités
:
Des études menées chez les Amishs de l’Indiana et de Pennsylvanie
dans les années 1990 ont permis la mise en évidence d’une autre
forme d’adhalinopathie secondaire.
La moitié des familles de
myopathes de cette communauté avaient en effet été exclue du locus LGMD 2A, ce qui laissait supposer l’existence d’une hétérogénéité
génétique.
Des études de liaison ultérieures permettaient de
découvrir un nouveau locus sur le chromosome 4q12, puis une
mutation privée (T151A) dans un gène candidat, celui codant pour
la sarcoglycane bêta.
À ce jour, une vingtaine d’autres mutations
ont été rapportées dans la littérature ou dans les bases de données.
Il semble néanmoins qu’il s’agisse d’une pathologie très rare,
notamment en Europe.
+ Données cliniques
:
En l’absence de grandes séries celles-ci sont parcellaires.
Le
phénotype est néanmoins proche d’une myopathie de Becker avec,
dans la forme la plus fréquemment rencontrée, un début des
troubles vers 7 ans en moyenne, un déficit proximal peu sélectif, des
gros mollets, une macroglossie et une évolution lente (bien que
certains patients perdent la marche prématurément vers 15 ans).
Il
ne semble pas exister d’atteinte cardiaque ou respiratoire.
+ Examens complémentaires
:
Seule l’histologie permet d’évoquer le diagnostic devant la normalité
de la dystrophine et la diminution franche du marquage de la
sarcoglycane bêta sur coupe musculaire.
Les autres sarcoglycanes
sont diminuées, mais à un degré moindre.
Le diagnostic de ces
formes est probablement sous-évalué du fait de la non-utilisation en
routine des anticorps contre la sarcoglycane bêta, au moins en
France.
La recherche de mutations dans le gène de la sarcoglycane
bêta n’est effectuée que par quelques laboratoires très spécialisés.
* Sarcoglycanopathie delta (LGMD 2F)
:
Cette myopathie tire plus son intérêt du fait de l’existence d’un
modèle animal spontané, le hamster syrien, que du nombre de
malades concernés (moins d’une dizaine à ce jour).
Des études
conjointes de linkage sur des familles brésiliennes et une approche
par gène candidat ont permis de mettre en évidence des mutations
pathogènes dans le gène
codant pour la sarcoglycane delta, la
dernière des sarcoglycanes à être individualisée.
La clinique ressemble plutôt à celle d’une myopathie de Duchenne.
À la différence de cette dernière, et du modèle animal déjà cité, il ne
semble pas exister de cardiomyopathie en pathologie humaine.
Les immunomarquages (effondrement de la sarcoglycane delta,
réduction relative des autres sarcoglycanes et légère diminution de
la dystrophine) et la recherche directe de mutations dans le gène
sont les méthodes diagnostiques actuelles.
C - MYOPATHIE DES CEINTURES AVEC DÉFICIT
EN DYSFERLINE (LGMD 2B)
:
1- Concept
:
Cette dystrophie musculaire autosomique récessive a été
initialement rapportée dans une grande famille palestinienne de
myopathie des ceintures, avec atteinte proximale, et a ensuite été
cartographiée sur le chromosome 2p.
Il a été clairement démontré
que le gène codant pour la dysferline, lequel se trouvait précisément
dans cette région, pouvait donner lieu à deux entités morbides
différentes : cette myopathie des ceintures en particulier (LGMD 2B),
mais surtout une autre myopathie, celle-ci distale, dite aussi de
Miyoshi.
Plus troublante encore fut la constatation, à l’intérieur
d’une même famille ou d’une même communauté endogame, de la
coexistence de cas de LGMD et de Miyoshi, et ce malgré la présence
d’une mutation identique.
Il est donc probable que des gènes
modificateurs influent sur l’expressivité du phénotype.
2-
Données cliniques
:
Le tableau clinique n’a rien de vraiment spécifique.
Il s’agit d’une
atteinte proximale qui, avec le temps, peut se propager à des
muscles distaux, ou à l’inverse d’une atteinte distale type Miyoshi
qui peut elle progresser de manière proximale à un stade plus tardif.
Dans ce contexte, une amyotrophie marquée au niveau des loges
postérieures de jambe est évocatrice.
Il n’y a pas d’atteinte faciale ou
pharyngée, et on ne rapporte pas de complications cardiorespiratoires.
3-
Examens complémentaires :
À l’inverse des autres formes de myopathie distale (Welander,
Markersberry-Udd ou autres), les enzymes musculaires sont toujours
très élevées, au moins au début.
L’EMG est myopathique et l’imagerie musculaire apprécie l’existence
ou non d’une composante distale surajoutée.
C’est en fait la biopsie musculaire, et plus particulièrement le western
blot, qui permet de faire le diagnostic : la dysferline est absente ou
franchement réduite.
Les études génétiques sont actuellement rendues très difficiles du fait
de la taille du gène et de la grande diversité des mutations.
On peut
espérer que l’approche par DHPLC permettra de s’affranchir de ces
obstacles techniques dans un avenir proche.
4-
Physiopathologie :
La dysferline est une protéine sous-sarcolemmale dont le rôle est
pour l’instant inconnu. Un modèle murin spontané existe et
reproduit assez fidèlement la maladie.
D -
MYOPATHIE DES CEINTURES AVEC DÉFICIT
EN TÉLÉTHONINE (LGMD 2G) :
La téléthonine est une protéine récemment découverte et exprimée
préférentiellement dans le muscle.
Par une approche mixte (gène
candidat et études de liaison), il a été possible de rapporter une mutation dans le gène qui la code dans une unique grande famille
brésilienne d’origine italienne. Son rôle précis est encore inconnu.
Le tableau clinique est celui d’une atteinte des muscles proximaux,
débutant dans la deuxième décennie, mais associée à une atteinte
distale se traduisant par un steppage.
Une cardiopathie est notée
chez la moitié des patients.
La perte de la marche survient vers 30
ans en moyenne.
On ne rapporte pas de cardiomyopathie ni d’autre
atteinte associée, notamment intellectuelle.
Si la biopsie musculaire
montre une atteinte de type dystrophique avec normalité de tous les immunomarquages connus, on retrouve curieusement des vacuoles
bordées dont la signification reste à ce jour équivoque.
E -
AUTRES LGMD RÉCESSIVES :
On sait déjà que la liste des gènes impliqués dans les myopathies
des ceintures est loin d’être close.
L’existence d’une huitième forme
autosomique récessive (LGMD 2H) est acquise depuis les travaux
réalisés dans un autre groupe sur une parentèle étendue de
myopathes huttérites vivant au Manitoba.
Il a été possible
d’établir chez eux une liaison génétique avec le chromosome 9q31-33.
Une approche similaire de myopathes tunisiens a été utilisée
pour cartographier un nouveau gène sur le chromosome 19q (LGMD
2I).
Formes autosomiques dominantes
de myopathie des ceintures
:
Les partisans de l’orthodoxie diront que le fait de parler de formes
autosomiques dominantes dans la myopathie des ceintures est en
totale contradiction avec la classification originelle de Walton et Nattrass.
Pour ces auteurs, la seule forme de dystrophie musculaire
à hérédité autosomique dominante à considérer était, en dehors de
la dystrophie myotonique décrite par Steinert, la myopathie FSH. Ils
la distinguaient clairement des myopathies des ceintures.
À partir
des années 1970, cependant, la littérature a commencé à s’enrichir
d’observations de cas familiaux où le phénotype était cliniquement
et histologiquement proche de la myopathie des ceintures classique,
mais où manquait le caractère autosomique récessif.
Plus
récemment, la mise au point d’un test génétique pour la myopathie FSH a permis de s’assurer que ces formes s’en différenciaient
clairement sur le plan moléculaire.
Dans la classification établie en
1995 à l’ENMC, il fut ainsi décidé de les intégrer dans la
nomenclature LGMD en leur attribuant le chiffre « 1 », complété
d’une lettre alphabétique en fonction des résultats des différentes
études de liaison.
A -
MYOPATHIE DES CEINTURES
AVEC DÉFICIT EN MYOTILINE (LGMD 1A) :
C’est historiquement la première LGMD dominante à avoir été
décrite, puis à avoir été localisée en 1992 sur le chromosome 5.
C’est seulement en 2000 qu’une mutation dans le gène de la myotiline a finalement pu être mise en évidence après un laborieux
travail de clonage positionnel.
À se rapporter à la grande famille
princeps décrite en Virginie puis aux autres cas liés au même locus,
on retient d’un point de vue clinique une prédominance des
symptômes aux membres inférieurs, un début tardif des troubles
(vers la fin de la deuxième décennie), une évolution lente, et surtout
l’existence de troubles phonatoires, signes totalement inhabituels
dans le contexte de la myopathie des ceintures classique.
On note
aussi que l’histologie suggère des aspects un peu atypiques, dont
quelques-uns sont rencontrés dans certaines myopathies
congénitales à némaline.
Ce point est d’autant plus important que la myotiline est une protéine du sarcomère et non du sarcolemme.
Il
n’est donc pas exclu que cette forme de LGMD fasse l’objet d’un
reclassement nosologique dans un avenir proche.
B -
MYOPATHIE DES CEINTURES
AVEC DÉFICIT EN LAMINE (LGMD 1B) :
Cette dystrophie musculaire, rapportée de façon extensive par
l’équipe hollandaise de de Visser, présente des similitudes
troublantes avec la forme autosomique dominante de la myopathie
d’Emery-Dreifuss.
Dans les trois grandes familles qui ont servi
pour assigner cette affection au locus 1q11-q21, on retrouve la
notion d’une maladie peu invalidante, débutant habituellement dans
l’enfance, avec une atteinte proximale, et surtout une atteinte
cardiaque (sous forme de troubles de la conduction nécessitant un
pacemaker, ou d’une cardiomyopathie dilatée à un stade plus tardif).
À la différence de la myopathie d’Emery-Dreifuss typique, on ne
retrouve pas de rétractions tendineuses très marquées, notamment
au niveau des coudes et du rachis cervical.
Cette parenté avec la
myopathie d’Emery-Dreifuss autosomique dominante a été
définitivement confirmée lors de la découverte de mutations dans le
même gène morbide, à savoir celui codant pour une protéine de
l’enveloppe nucléaire, la lamine A/C.
C -
MYOPATHIE DES CEINTURES AUTOSOMIQUE
DOMINANTE AVEC DÉFICIT
EN CAVÉOLINE 3 (LGMD 1C) :
Sous réserve d’inventaire, cette myopathie des ceintures ne concerne
que quelques familles ou cas sporadiques.
Des études de liaison
ont permis d’établir que le locus, situé en 3p25, était celui de la cavéoline 3, une protéine localisée dans les replis de la membrane
sarcoplasmique mais dont le rôle et les rapports avec les protéines
du complexe lié à la dystrophine restent encore obscurs.
Des
études de screening systématique du gène sont en cours, en
complément d’une analyse immunocytochimique avec des anticorps
dirigés contre la cavéoline 3.
D -
AUTRES MYOPATHIES
DES CEINTURES AUTOSOMIQUES DOMINANTES :
Deux autres loci ont été découverts pour d’autres formes
dominantes de LGMD, respectivement sur le chromosome 6q23
(LGMD 1D) et le chromosome 7q (LGMD 1E).
On peut prévoir
que d’autres localisations surviendront dans un avenir proche, tant
la diversité génétique semble grande, là aussi.
Le problème est plus
d’ordre nosologique, car on peut se demander dans ce cas précis ce
qu’il reste du concept de myopathie des ceintures tel qu’il avait été
défini par Walton et Nattrass.
Conduite à tenir pratique
:
Pour le neurologue praticien, cet éclatement de la nomenclature et
certains revirements nosologiques sont source de difficulté. Pour
autant, on ne peut plus, en ce début de millénaire, se contenter du
simple diagnostic de myopathie des ceintures.
Il faut aller au-delà,
si possible jusqu’à la signature moléculaire.
Une analyse
sémiologique fine prenant en compte l’âge de début, la sélectivité
de l’atteinte musculaire, l’évolution, l’origine ethnique, l’évolution
de la maladie, et le pattern d’expression de quelques protéines-clés
suffisent en règle à démêler l’essentiel de l’écheveau.
C’est
dire l’importance capitale que revêt la pratique d’une biopsie
musculaire, dans de bonnes conditions de prélèvement et de
conservation.
Dans les cas plus difficiles, quand la clinique est moins
parlante, quand le caractère familial manque, ou quand le muscle
n’est plus étudiable biologiquement, d’autres hypothèses peuvent
être avancées dans le cadre du diagnostic différentiel.
La
disponibilité de tests génétiques ou biochimiques fiables pour la
plupart d’entre elles (SMA [amyotrophin spinal infantile], Steinert,
déficit en maltase acide, myopathie FSH, dystrophie musculaire
congénitale avec déficit partiel en mérosine, pour ne citer que les
plus communément recherchées) doit faciliter ce travail d’exclusion.
Une fois acquise la certitude du diagnostic de myopathie des
ceintures, le danger majeur réside ensuite dans ce qu’il est convenu
d’appeler la « pêche au gène ».
Avec près de 14 gènes concernés,
toutes formes confondues, la palette moléculaire est très étendue et
la tentation grande de tester tous ces gènes les uns après les autres.
C’est en pratique impossible, et de toutes les façons excessivement
coûteux.
C’est dans ce contexte qu’un dialogue entre le clinicien, le biochimiste et le biologiste moléculaire s’avère indispensable afin de
guider l’analyse génétique vers le ou les quelques gènes les plus
probablement impliqués.
On peut espérer que les puces à acide
désoxyribonucléique (ADN) viennent à terme résoudre le problème,
mais pour le moment, elles sont un peu (et pour les myopathies des
ceintures s’entend) du domaine de la science-fiction.
Faute de perspectives tangibles en matière de thérapies génique ou
cellulaire, force est de constater la primauté du traitement palliatif.
Comme dans toutes les dystrophies musculaires, le risque rétractile
existe. Les complications orthopédiques sont à redouter, surtout chez
l’enfant en pleine croissance.
Ceci est particulièrement vrai dans les sarcoglycanopathies sévères et précoces.
Une kinésithérapie
régulière, associée ou non à un appareillage orthopédique selon le
cas, est indispensable et permet souvent de retarder la perte de la
marche.
L’autre grand volet thérapeutique concerne les
complications cardiaques dont on a vu qu’elles pouvaient émailler
l’évolution de certaines des myopathies des ceintures (LGMD 1B,
1D ou 2D).
Les indications de pacemaker doivent être larges en cas
de troubles de la conduction, et en cas de dysfonction myocardique
sévère on peut discuter au cas par cas de l’intérêt d’une
transplantation cardiaque, à l’instar de ce qui a pu être proposé dans
certains cas de myopathie de Becker.
La prévention repose sur un conseil génétique qui se doit là aussi
d’être le plus précis possible.
Le préalable réside dans la
connaissance précise du gène en cause, et ceci est, comme nous
l’avons vu, parfois difficile à réaliser.
Certaines de ces affections,
dans leurs formes les plus invalidantes, peuvent faire l’objet d’un
diagnostic prénatal, en sachant qu’il s’agit à chaque fois d’une
décision individuelle.
Les thérapies génique ou cellulaire n’en sont qu’au stade
expérimental.
Elles s’appuient sur des modèles animaux
spontanés ou créés en laboratoire.
Les essais chez l’homme sont
très préliminaires et se heurtent à des problèmes de faisabilité et de
toxicité potentielle car ils font appel pour l’instant à des vecteurs
essentiellement viraux.
Un espoir nouveau réside désormais dans
les vertus thérapeutiques de certaines cellules souches de la moelle
osseuse dont le caractère pluripotent fait l’objet d’intenses travaux
de recherche.