Myopathie facio-scapulo-humérale
Cours de Neurologie
Introduction
:
La série d’articles publiés par Duchenne dans les Archives générales de
médecine comporte, à côté de la dystrophie liée à l’X, des familles avec
distribution facio-scapulo-humérale de l’atteinte musculaire.
Cependant, la
première identification de la myopathie FSH est habituellement attribuée à
Landouzy et Dejerine.
De nombreuses publications ultérieures
authentifièrent la maladie.
Tyler et Stephens observèrent une famille
inhabituelle dans laquelle, parmi 1 249 sujets en six générations provenant
d’un même ancêtre, 159 étaient atteints avec un phénotype variable, illustrant
la notion de formes frustes ou méconnues.
Morton et Chung montrèrent la
transmission autosomique dominante.
Le premier pas en génétique
moléculaire par étude de linkage fut franchi par Wijmenga détectant une
liaison au chromosome 4.
Aspects cliniques
:
La myopathie FSH est considérée comme une des trois grandes variétés de
myopathies primitives, caractérisée par un début avant 30 ans, une évolution
lentement progressive avec parfois arrêt apparent de la maladie, une atteinte
faciale initiale suivie d’une faiblesse et d’une atrophie des muscles de la
ceinture scapulaire, une évolution tardive vers d’autres groupes musculaires,
en particulier de la ceinture pelvienne.
Une asymétrie n’est pas rare. La durée
de vie n’est pas significativement réduite.
Ces divers traits donnent à la FSH
une autonomie phénotypique dans le cadre des myopathies.
A - Sémiologie clinique
:
Peu d’études longitudinales sont connues et la date de début est difficile à fixer
avec certitude.
On considère habituellement que l’atteinte initiale porte sur
les muscles de la face.
Cependant, cette atteinte, peu gênante, est longtemps
méconnue et c’est l’interrogatoire qui le plus souvent retrouve cette atteinte
faciale initiale.
Au cours de la seconde enfance, vers 3 ou 4 ans, apparaît le
signe le plus précoce : l’occlusion incomplète des yeux par les paupières pendant le sommeil.
Ultérieurement, la face se modifie progressivement avec
des altérations de la mimique et des traits, portant surtout sur la bouche.
Peu
à peu, l’aspect de l’enfant change, son faciès devient moins expressif, sa lèvre
inférieure tend à s’éverser.
La force des muscles des épaules et des bras ne
progresse pas comme celle des autres muscles.
Et c’est alors qu’apparaissent
les signes d’atteinte des membres supérieurs et que l’évidence de l’atteinte
faciale s’impose.
L’atrophie débute sur les muscles des racines des membres
supérieurs, rendant certains mouvements difficiles.
La disparition du relief
musculaire, bien que parfois masquée par l’adipose sous-cutanée, donne
l’impression d’un aplatissement de la partie supérieure du thorax.
Les
omoplates tendent à se décoller.
Parfois, les signes initiaux se manifestent dans la première enfance.
Les
débuts à l’âge scolaire ne sont pas rares.
Quant aux débuts à l’âge adulte, ils
sont loin d’être exceptionnels.
1- Atteinte des muscles de la face
:
L’atteinte des peauciers de la face est à l’origine du faciès myopathique de
Landouzy : la face est maigre, le faciès est béat, indifférent, inexpressif, peu
mobile, les plis et les rides sont peu marqués, le front est lisse.
Même lors des
mouvements, le patient ne peut relever ni froncer les sourcils.
L’atteinte de
l’orbiculaire, soupçonnée au début, est de plus en plus évidente : outre
l’occlusion incomplète des paupières pendant le sommeil, il est difficile au
patient de fermer les paupières lorsqu’on s’oppose à ce mouvement et alors
l’oeil décrit un mouvement de rotation qui va cacher la pupille derrière la
paupière supérieure.
Les narines sont dilatées, les commissures nasolabiales
ont disparu, les ailes du nez perdent leur tonicité, s’affaissant à l’inspiration et
se soulevant à l’expiration.
L’aspect des lèvres est souvent caractéristique :
elles sont grosses, mais surtout la lèvre supérieure fait saillie : c’est l’aspect
de « lèvre de tapir » ; la lèvre inférieure est éversée, de ce fait la fente buccale
est élargie, souvent de façon asymétrique.
Ces modifications morphologiques
expliquent la difficulté à siffler, à faire la moue.
Dans certains cas, les labiales
sont mal prononcées et la mastication est rendue difficile par le fait que les
aliments sont insuffisamment maintenus dans la cavité buccale.
Quelquefois,
le rire provoque un élargissement assez important de la fente buccale, sans
que les commissures labiales se relèvent, entraînant le « rire transversal » de
Landouzy et Dejerine.
Les joues sont également aplaties.
Quelques traits ont jadis été ajoutés à la description de Landouzy et de Dejerine.
L’atrophie des orbiculaires peut entraîner une pseudoexophtalmie,
cependant que la tonicité des releveurs de la paupière supérieure peut
déterminer un certain degré de lagophtalmie.
On a insisté sur l’incurvation du
bord palpébral inférieur, sur la présence de sillons curvilignes circonscrivant
le bord conjonctival.
Parfois, l’aplatissement des ailes du nez sur la cloison
produit à chaque inspiration une obstruction presque complète des narines.
Le rire est parfois en « cul de poule » ou devient un « rire jaune » avec un
aspect constamment vexé.
Au total, le visage immobile et l’élargissement du
cou évoquent un faciès de sphinx.
En revanche, les muscles innervés par d’autres nerfs crâniens que le nerf
facial sont habituellement respectés.
On avait signalé un ptosis, une atrophie
des masticateurs, une atrophie de la langue mais ces faits anciens n’ont pas
été confirmés.
2-
Atteinte des muscles de l’épaule :
Elle est constante, parfois méconnue sur les muscles au repos, parfois
asymétrique au début.
Il est nécessaire d’examiner le patient en position debout.
Un décollement de
l’omoplate (scapulum alatum) est plus ou moins visible, traduisant la
faiblesse du muscle grand dentelé.
Le décollement apparaît surtout lorsque le
membre supérieur est en antépulsion, et plus spécialement lors de l’appui de
la main en avant, par exemple sur un mur.
De face, l’abduction des membres
inférieurs fait apparaître une surélévation d’une ou des deux omoplates dans
la région cervicoscapulaire.
Cet aspect est caractéristique.
L’atteinte
du trapèze est à peu près constante, associant à un degré moins important
l’atrophie des pectoraux, du rhomboïde.
Les rotateurs sont moins souvent et
plus tardivement lésés ; de ce fait, la gêne est surtout importante pour
l’abduction et pour l’élévation.
Les contours du deltoïde sont souvent
respectés.
Ceci explique pour une part qu’une biopsie de ce muscle ne montre
souvent que peu d’altération.
3- Atteinte des membres supérieurs
:
L’atrophie est dite périhumérale puisqu’au bras, le biceps, le triceps et le
brachial antérieur sont souvent altérés de façon précoce, constrastant avec un
relief normal des muscles de l’avant-bras ce qui donne l’aspect d’avant-bras
de « Popeye ».
Cependant, survient à l’avant-bras une faiblesse du long
supinateur et des radiaux.
En revanche, les extenseurs et les fléchisseurs des
doigts, les petits muscles de la main ne sont que très tardivement atteints.
4- Extension de l’atteinte musculaire :
L’association plus ou moins nette à une atrophie des muscles spinaux,
intercostaux et abdominaux détermine des déformations thoraciques de types
assez divers : il peut s’agir d’un aplatissement d’avant en arrière du thorax
avec sternum rentré, d’autres fois d’une déformation en « taille de guêpe » ou
d’une déformation à type de thorax en « entonnoir ».
L’atteinte éventuelle des muscles sacrolombaires, de la ceinture pelvienne
et de la paroi abdominale est possible entre 20 et 30 ans.
Elle peut entraîner
des troubles de la statique du tronc et de la marche avec hyperlordose.
Cependant, l’extension de l’atteinte musculaire est très variable, d’un cas à
l’autre et même à l’intérieur d’une même famille.
Dans les formes sévères les plus rares, l’atteinte faciale apparaît dès la
première enfance, progresse rapidement et se complète à l’âge scolaire par
une atrophie scapulohumérale.
Puis, chez l’adulte jeune, surviennent des
signes nets de souffrance musculaire de la ceinture pelvienne.
Après des
années d’évolution, la marche devient impossible.
Certains malades ne
peuvent plus s’asseoir dans leur lit.
Cependant, même dans ces cas, on peut
observer de longues stabilisations à un stade d’infirmité partielle, avant que
les progrès de l’atrophie ne rendent le malade grabataire en 15 à 20 ans.
La
longueur de cette évolution, ainsi que l’intégrité des muscles respiratoires,
sont des éléments favorables, mais dans de telles formes le pronostic reste
malgré tout réservé.
Les formes moins graves sont celles pour lesquelles le diagnostic est fait le
plus tardivement, parfois seulement à l’âge adulte, en raison de gêne dans les
mouvements du membre supérieur.
C’est alors que l’interrogatoire met en
évidence l’ancienneté de l’atteinte faciale qui était passée inaperçue.
Landouzy et Dejerine estimaient que les muscles étaient envahis dans l’ordre
suivant : trapèze, rhomboïde, deltoïde, biceps, brachial antérieur, triceps, long
supinateur, radiaux, pectoraux, cette évolution se faisant sur de très
nombreuses années, 20 à 30 ans.
Le pronostic fonctionnel est habituellement
favorable.
Une atteinte des membres inférieurs est cependant toujours
possible, en particulier une atrophie sélective des muscles péroniers.
De cela, on doit retenir que l’évolution est, en général, lente et insidieuse, avec
des périodes de rémission souvent très longues, qu’il ne se produit
généralement pas d’infirmité grave et que les modifications du squelette sont
minimes.
La plupart des malades vivent et gardent une activité quasi normale
jusqu’à un âge moyen.
B - Examens biologiques
:
Ils sont de peu d’intérêt pour le diagnostic.
Les activités des enzymes sériques ne sont pas constamment élevées, surtout
chez les patients plus âgés, en particulier celles de l’aldolase ou de la
lacticodéshydrogénase.
Seule la créatine-kinase atteint parfois des taux
importants.
Une créatinurie est fréquente.
C - Électrophysiologie
:
Les anomalies électromyographiques sont souvent modérées ou absentes.
Les
potentiels sont brefs, de faible amplitude, rapidement interférentiels.
D - Biopsie musculaire
:
Elle peut être normale ou ne montrer que des anomalies mineures.
Mais des altérations modérées sont fréquentes : petites fibres arrondies
réparties de façon diffuse.
Dans ce cas, l’atrophie porte électivement sur les
fibres de type I qui sont parfois d’aspect lobulé ou « mangé aux mites »,
témoignant d’une répartition anormale du réseau intermyofibrillaire des
activités enzymatiques oxydatives.
Une éventualité d’interprétation difficile est la coexistence d’anomalies
inflammatoires assimilées à tort à des polymyosites dont elles diffèrent
fondamentalement en raison de la sélectivité de l’atteinte musculaire et de la
corticorésistance.
En fait, les aspects morphologiques varient selon le muscle biopsié.
Le
deltoïde est souvent normal.
Les muscles périhuméraux sont inversement le
siège d’une fibroadipose majeure dans les formes très atrophiques.
Un
scanner préalable est utile afin de déterminer le site biopsique.
E - Scanner musculaire :
Il est parfois normal.
Mais des aspects d’hypodensité plus ou moins
systématique sont parfois visibles.
Les principaux muscles intéressés sont
ceux de la ceinture scapulaire (grand dorsal, grand dentelé), des bras (triceps
et biceps), parfois de l’avant-bras (images lacunaires dans le long supinateur).
Un aspect anormal s’observe fréquemment aux jambes, et particulièrement
aux loges antéroexternes avec des images d’hypodensité, soit simple aspect
ponctué, soit images lacunaires et même disparition complète portant
électivement sur le muscle tibial antérieur.
Des images ponctuées sont plus
rarement visibles sur les muscles jumeaux.
Aux cuisses, des aspects
d’hypodensité des ischiojambiers le plus souvent atrophiques sont le semitendineux,
le semi-membraneux.
Les masses paravertébrales sont normales le plus souvent, rarement
atrophiques.
Le psoas est normal dans la plupart des cas, parfois hypertrophié
et de contours arrondis.
Le contraste entre ischiojambiers hypodenses ou
disparus et psoas normaux ou hypertrophiés a été noté.
Enfin, dans
l’ensemble, lorsque les muscles sont le siège d’une hypodensité importante
leur volume est conservé et ils sont entourés d’un cerne fin. Par ailleurs, les
aspects sont souvent unilatéraux ou asymétriques.
Quoi qu’il en soit, les deux anomalies les plus évidentes sur le tronc et les
membres inférieurs en matière de myopathie FSH sont l’hypodensité des
loges antéroexternes des jambes et des ischiojambiers contrastant avec
l’aspect normal ou hypertrophique des psoas sans doute compensateur.
Transmission et génétique
:
A - Transmission :
Elle est autosomique dominante dans la majorité des cas.
Les cas sporadiques
sont de l’ordre de 6 à 15% et un examen détaillé de la famille est
nécessaire avant de les affirmer, non seulement clinique, mais rétrospectif sur
photographies si cela est possible.
Une atteinte faciale est en effet
habituellement méconnue et attribuée à une ressemblance familiale.
Chez les
membres de la famille, un examen précis est nécessaire : en particulier, faire
sourire, froncer les narines, gonfler les joues, apprécier la résistance à la
fermeture des paupières, rechercher la surélévation des omoplates lors de
l’abduction des membres supérieurs, faire marcher sur les talons.
B - Épidémiologie :
La pénétrance de la FSH est quasi complète de 95 % à 20 ans. La
prévalence anciennement estimée à 1 pour 100 000 habitants serait de 4 à
5 pour 100 000.
La fréquence de nouvelles mutations est de 1 pour 320 000 naissances
vivantes.
Dans les cas familiaux, on rapporte une fréquence deux fois
plus élevée d’une origine maternelle de l’anomalie moléculaire que d’une
origine paternelle.
Toutefois, certains n’ont pas trouvé de sévérité
d’atteinte différente selon le sexe du parent transmetteur.
Les tests prénataux
sont à l’étude.
C - Anomalie génique
:
1- Liaison au chromosome 4
:
Le gène impliqué dans la FSH n’est pas encore connu.
L’anomalie
génétique associée à cette dystrophie musculaire est une délétion de
l’extrémité télomérique du bras long du chromosome 4 en 4q35.
Cette région
contient des motifs identiques de l’acide désoxyribonucléique (ADN) en
tandems, répétés plusieurs dizaines de fois (19-96) qui correspondent à des
fragments de restriction (D4Z4) de 3,3 kb.
Chaque unité
contient deux séquences homéo-boxs.
La délétion entraîne une diminution
du nombre de ces unités répétées (UR).
Le phénotype FSH apparaît lorsque
celui-ci devient inférieur à 10 UR (38 kb).
Depuis la découverte de la délétion, un effort important a été déployé pour
cloner le gène impliqué dans la FSH.
Il est probablement localisé dans la
partie terminale du 4q35, toutefois sa localisation exacte n’est pas
déterminée.
Celle-ci est rendue difficile par les nombreuses
recombinaisons des séquences télomériques du chromosome 4 avec
d’autres régions du génome ayant une séquence similaire, en particulier sur
les chromosomes 10 et 1.
Ces recombinaisons sont favorisées par les
séquences répétées.
Il en résulte une discordance notable entre les distances
physique et génique estimées par différentes techniques moléculaires et
cytogénétiques.
Récemment, le premier gène (nommé FRG 1) dans la région 4q35 a été
identifié.
Ce gène est situé à 100 kb de délétion.
Il constitue un gène candidat
intéressant pour la FSH ; cependant, aucune anomalie d’expression de ce gène
n’a pu être démontrée.
Le modèle proposé actuellement pour expliquer le rôle de l’anomalie génique
est l’effet de position.
Il s’agit d’un effet régulateur de certaines séquences en
amont d’un gène sur le taux de transcription de ce gène, parfois distant de
plusieurs dizaines de kilobases.
Dans certains cas, un effet de « gradient » peut
être observé : plus la mutation est située près du gène, plus son effet
phénotypique est sévère. Dans la FSH, la délétion peut faire varier
l’expression d’un ou plusieurs gènes à distance.
Ces gènes peuvent être situés
sur le chromosome 4 ou sur un autre chromosome.
Ils peuvent être des gènes
non musculaires activés par la délétion au niveau musculaire.
Il est à noter
que les monosomies de la partie terminale du 4q n’entraînent pas le phénotype
de FSH.
Ce fait suggère que le gène de la FSH est situé sur ce segment.
La
présence des formes non liées au chromosome 4 laisse penser qu’il existe plus
d’un mécanisme responsable de la FSH.
Un modèle animal de la FSH est proposé par les souris myd présentant une
dystrophie musculaire autosomique récessive liée au chromosome 8
(équivalent du chromosome 4 chez l’homme).
Les signes cliniques observés
chez les souris myd ressemblent à la FSH humaine.
L’étude génétique chez
ces animaux peut faciliter la localisation du gène de la FSH.
Un
équivalent du FRG 1 humain a été localisé sur le chromosome 8 de la souris
myd.
2- Hétérogénéité génétique :
Un faible pourcentage (5,4 %) de formes sporadiques de FSH n’est pas lié au
chromosome 4 tandis que les cas familiaux non liés au
chromosome 4 sont exceptionnels. Un cas de FSH associé à une
délétion du bras court du chromosome 9 a été récemment rapporté.
D - Variabilité clinique et évolutive :
1- Variabilité phénotypique
:
Une grande variabilité intrafamiliale de la sévérité de l’atteinte clinique est
notée alors que la TFD (taille du fragment délété) restant est inchangée à
l’intérieur de la même famille et même chez les jumeaux.
2- Variation de gravité :
Les formes avec les fragments les plus courts semblent être les plus graves.
Les formes sporadiques paraissent le plus souvent associées à une sévérité
plus grande, à une progression plus rapide de la myopathie et à un fragment plus court.Àl’inverse, les formes familiales ont une gravité moindre associée
à un fragment plus long.
Il n’existe pas de corrélation entre la perte
auditive et la TFD.
Un phénomène d’anticipation a été signalé sur le plan clinique.
Il s’agit
d’une sévérité ou d’une précocité accrue ou des deux au fil des générations.
Cependant, dans la FSH, la TFD n’est pas modifiée au fil des
générations.
Le mosaïcisme somatique chez l’ascendant peut simuler le
phénomène d’anticipation chez le descendant.
3- Diagnostic présymptomatique :
La FSH est une maladie à révélation tardive pour laquelle les acquisitions
génétiques rendent possible le diagnostic présymptomatique.
À l’heure
actuelle, on ne peut cependant prévoir ni la date d’apparition, ni le degré de
gravité, ni l’évolutivité de l’atteinte.
Or, ces éléments sont essentiels à un
diagnostic présymptomatique ou à un diagnostic prénatal. Pour les sujets
asymptomatiques, il est nécessaire de savoir s’ils sont porteurs ou non de
l’anomalie génétique et s’ils peuvent la transmettre ou non à leur descendant.
Pour un sujet jeune, la notion d’être porteur ou non de la maladie peut faciliter
le choix d’une filière éducative ou d’une carrière professionnelle.
Cependant,
le diagnostic présymptomatique est à porter avec beaucoup de prudence et
uniquement en consultation génétique spécialisée.
Nosologie et diagnostic
:
A - Syndrome facio-scapulo-huméral :
Le terme de syndrome FSH recouvre des faits dont la nature reste discutée.
1- Formes inflammatoires
:
Il n’est pas rare que la biopsie musculaire montre des anomalies
inflammatoires à type d’infiltrats mononucléés.
Ces formes ont parfois
été interprétées comme des polymyosites.
Cependant, la topographie de
l’atteinte musculaire reste sélective et non diffuse comme dans les polymyosites.
L’aspect histologique en diffère également avec la présence de
fibres atrophiques et hypertrophiques.
Ces anomalies sont parfois transitoires,
parfois persistant pendant plusieurs années, parfois même familiales.
Curieusement, comme au cours des polymyosites chroniques, les HLA
(human leukocyte antigen) de classe I sont représentés autour des fibres
musculaires.
Le typage lymphocytaire fait apparaître des lymphocytes T, et
aussi T8.
Le mécanisme de cette inflammation est inconnu.
Certaines formes
comportent des vacuoles bordées et des inclusions, et quant à différencier des
formes héréditaires des myosites à inclusions...
Dans tous les cas, les
thérapeutiques immunosuppressives et en particulier la corticothérapie sont
inefficaces.
2- Formes neurogènes :
Ces formes, parfois dites type Fenichel, correspondent à des cas de FSH
cliniquement typiques mais dans lesquels électrophysiologie et biopsie
musculaire montrent des aspects de dénervation.
Elles sont rares et n’ont pas
pour l’instant été rattachées à des anomalies du chromosome 5, comme les
autres formes d’amyotrophie spinale progressive.
3- Syndrome de Coats :
Il associe une faiblesse FSH, des télangiectasies rétiniennes et une surdité
; les enfants sont parfois rapidement en fauteuil roulant.
B - Formes extensives :
L’atteinte musculaire s’étend, dans ces cas, au-delà du territoire des muscles FSH.
Certaines sont d’authentiques myopathies FSH.
D’autres, les formes scapulopéronières, dépendraient d’une anomalie chromosomique différente.
1- FSH avec atteinte des muscles proximaux
:
Elles sont de connaissance importante car souvent considérées comme des
myopathies des ceintures.
L’atteinte porte souvent sur les muscles du tronc :
muscles paravertébraux avec rectitude dorsale et horizontalité du sacrum en
position debout, disparaissant en position couchée, impossibilité de passer du
décubitus dorsal à la position assise.
Cependant, les muscles des cuisses sont
relativement respectés et le décollement des omoplates ainsi que la
participation faciale (et le mode de transmission autosomique dominant) sont
évocateurs.
Il est enfin des cas dans lesquels l’atteinte musculaire est quasi
généralisée et entraîne une véritable myopathie diffuse à hérédité
autosomique dominante, de pronostic fonctionnel d’ailleurs favorable.
Ces
patients restent longtemps capables d’activités physiques.
La participation
faciale et l’atteinte humérale les différencient des myopathies des ceintures,
ce que confirme l’étude génétique.
2- FSH avec atteinte péronière
:
Elle est fréquente, de l’ordre de 50 % des cas, parfois asymétrique, et alors
confondue avec une paralysie du nerf sciatique poplité externe en raison d’une
atrophie élective d’une loge antéroexterne de jambe.
Un trouble de la marche
avec steppage est parfois le signe d’appel.
3- Myopathies scapulopéronières :
L’atteinte est soit absente, soit méconnue, soit au second plan du tableau
clinique.
Elle débute à l’adolescence ou à l’âge adulte, en moyenne vers
la vingtième année mais parfois dès l’enfance.
Le début se fait plus souvent
par les loges antéroexternes des jambes, plus rarement par les muscles de la
ceinture scapulaire.
Les patients consultent pour des douleurs d’allure
mécanique, lombalgie ou sciatique, ou pour des troubles de la marche.
Le
déficit et l’atrophie portent surtout sur les loges péronières, souvent concaves
par disparition du muscle tibial antérieur.
L’atrophie, parfois initialement
asymétrique, peut en imposer ici encore pour une paralysie du nerf sciatique
poplité externe.
Secondairement, les loges antéroexternes se creusent et un steppage bilatéral
se constitue.
Souvent, cependant, le relief du muscle pédieux persiste et même
s’hypertrophie, ce qui est un élément de diagnostic avec les neuropathies
périphériques.
Le relief du mollet est conservé. Une rétraction des tendons
d’Achille est fréquente.
L’atteinte des muscles de la ceinture scapulaire
apparaît souvent secondairement mais est parfois initiale.
Il est de même
fréquent que l’abduction des membres supérieurs fasse apparaître une
surélévation de l’omoplate en ailerons à la face latérale du cou.
Le biceps et le
triceps conservent souvent leur relief et leur force.
L’hérédité dominante
autosomique est souvent retrouvée, mais les cas sporadiques sont fréquents.
L’évolution est en général très lente et le déficit reste modéré.
Cette forme,
bien que le plus souvent proche de la maladie de Landouzy-Dejerine comme
le prouve une fréquente anomalie du chromosome 4, serait parfois de
localisation génique différente et liée à une anomalie du chromosome 12.
L’intérêt est également la différenciation avec les autres syndromes scapulopéroniers ressortissant les uns à une amyotrophie spinale
progressive (syndrome de Stark-Kaeser), les autres à une maladie de Charcot-Marie (syndrome de Davidenkow).
C - Formes limitées :
Elles sont un phénotype fréquent. Il est important de rappeler les fréquentes
atteintes purement faciales qui constituent un trait génétique de la maladie
parfois visible sur une photographie de famille.
La myopathie d’Erb, qui
correspond traditionnellement à une forme scapulaire pure, ne doit être
admise qu’avec réserve, soit parce qu’une atteinte faciale fruste passe souvent
inaperçue, soit parce que beaucoup de cas s’intègrent dans le cadre d’une
myopathie des ceintures.
Traitement
:
Il n’existe aucun traitement curatif.
Un traitement chirurgical palliatif peut, dans des cas évolués, stabiliser
l’omoplate dans une position fonctionnelle.
L’omoplate est fixée à la cage
thoracique.
La rééducation fonctionnelle est empirique.
Un appareillage peut corriger un steppage.