Myélome multiple Traitement Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Classiquement, l’objectif du traitement du myélome multiple (MM)
était double : ralentir la prolifération plasmocytaire et contrôler les
manifestations spécifiques du MM.
Les avancées récentes dans la
compréhension des mécanismes moléculaires du MM faisant espérer
l’arrivée prochaine de thérapeutiques novatrices, doivent rendre
aujourd’hui plus exigeant sur les critères d’efficacité des traitements.
Moyens thérapeutiques
:
A - CHIMIOTHÉRAPIE CONVENTIONNELLE
:
1- Association melphalan et prednisone (MP)
:
Cette association a été proposée par Raymond Alexanian en 1969, et
est longtemps restée la chimiothérapie de référence du MM.
Elle
permet d’obtenir une réponse chez 50 % des malades environ, mais
les rémissions complètes sont rares, de 0 à 6%.
Le schéma
thérapeutique est : Alkérant : 9 mg/m2/j j1-4, prednisone :
60 mg/m2/j j1-4, administrés par voie orale.
Le melphalan doit être
donné à jeun car l’alimentation réduit son absorption.
Un moyen
indirect de vérifier son absorption est l’obtention d’une neutropénie
modérée au 10e jour. Les cures sont répétées toutes les 4 semaines.
L’adaptation des doses de melphalan
(administration des deux tiers) est habituelle chez les sujets
de plus de 75 ans, ou en insuffisance rénale chronique ;
toutefois cette adaptation pour la tolérance ne doit pas
pénaliser l’efficacité.
2- Polychimiothérapies :
Des associations de plusieurs médicaments cytotoxiques ont été
testées depuis le milieu des années 1970.
Ces schémas reposent le
plus souvent sur l’adjonction au melphalan (M) de diverses
drogues : cyclophosphamide (C), BNCU (B), vincristine (V),
Adriamycine (A). Les protocoles les plus utilisés sont les associations
de type MCP, VMCP, VBMCP ou l’alternance VMCP/VBAP.
Ils n’ont
pas une efficacité supérieure à l’association MP en termes de survie.
Une méta-analyse regroupant l’ensemble des études comparant ces
polychimiothérapies à l’association MP a montré qu’elles
augmentent parfois le pourcentage de malades répondeurs, mais
n’améliorent pas la survie par rapport au classique MP.
Il n’y a
pas d’avantage prouvé à utiliser ces polychimiothérapies plutôt que
le MP chez les patients ayant des facteurs de mauvais pronostic.
3- Traitement de type VAD ou VAMP
:
L’association vincristine, adriamycine, dexaméthasone ou
méthylprednisolone (VAD ou VAMP) permet d’obtenir une
réduction plus rapide de la masse tumorale et un taux élevé de
réponse.
Chez des malades non préalablement traités, le
pourcentage de répondeurs est de 84 %, et une rémission complète
est observée dans 28 % des cas.
Ces résultats sont supérieurs à ceux
obtenus avec d’autres protocoles, cependant la survie globale ne
semble pas prolongée par le protocole VAD.
Le protocole VAD
(vincristine 0,4 mg/j, doxorubicine 9 mg/m2/j, dexaméthasone
40 mg/j) permet aussi d’obtenir une bonne réponse chez 40 % des
malades réfractaires et 70 % des malades en rechute après une
première ligne de traitement, si la rechute survient plus de 1 année
après l’arrêt.
Ce protocole a peu de toxicité hématologique et
est donc privilégié dans la perspective d’un recueil de cellules
souches en première ligne de traitement avant la réalisation d’une
intensification thérapeutique.
Il est utilisé en première intention en
cas d’insuffisance rénale.
Ses complications essentielles sont
infectieuses, liées à la corticothérapie à forte dose avec risque accru
d’infections à Pneumocystis carinii.
La vincristine est actuellement le
plus souvent délaissée, dans ce protocole, du fait de son activité antitumorale probablement mineure et de sa toxicité neurologique
fréquente, pouvant gêner l’utilisation ultérieure du thalidomide.
La corticothérapie et notamment la dexaméthasone est une drogue
majeure du MM.
Elle est administrée à la dose de 40 mg/j pendant
4 jours toutes les 2 semaines, et semble être un des éléments
déterminants de l’efficacité du protocole VAD.
Seule, cette
corticothérapie permet d’obtenir un taux de réponse comparable au VAD chez les malades réfractaires.
La dexaméthasone semble
cependant moins efficace que le VAD chez les malades en rechute
ou comme traitement de première intention. La corticothérapie
peut être associée au thalidomide.
B - TRAITEMENTS INTENSIFS DU MYÉLOME MULTIPLE
:
Les traitements intensifs ont été introduits dans le myélome multiple
par Mc Elwain et Powles en 1983.
1- Melphalan à fortes doses sans support
hématopoïétique
:
Une injection unique de melphalan à fortes doses (90 à 140 mg/m2)
permet d’obtenir une bonne réponse chez 70 à 80 % des malades,
une rémission complète chez près de 30 % des malades non
préalablement traités, et chez 10 à 15 % des malades réfractaires aux
chimiothérapies classiques.
Cependant, les rémissions obtenues ne
sont jamais définitives et la rechute survient après un délai médian
de 18 mois.
Par ailleurs la toxicité de ce traitement est importante.
L’aplasie consécutive à l’injection de melphalan est profonde et
prolongée (durée médiane de neutropénie de 20 à 30 jours) et
s’accompagne d’un taux de mortalité précoce élevé (20 %).
L’adjonction de facteurs de croissance hématopoïétiques de type granulocyte-macrophage colony-stimulating-factor (GM-CSF) à la dose
de 5 µg/kg/j permet de réduire la durée de la neutropénie à 23 jours
environ.
Néanmoins, le taux de décès toxiques ne semble pas
significativement modifié.
2- Traitement intensif et support hématopoïétique
:
Trois types de supports hématopoïétiques peuvent être utilisés pour
réduire la toxicité des traitements intensifs : allogreffe de moelle,
autogreffe de moelle et autogreffe de cellules souches périphériques.
* Allogreffe de moelle classique :
Celle-ci n’est envisageable que lorsqu’il existe un donneur familial human leucocyte antigen (HLA) identique dans la fratrie, un patient
donné ayant statistiquement une chance sur quatre que chaque frère
ou soeur lui soit HLA identique.
L’autre limite à la pratique de
l’allogreffe de moelle est l’âge du receveur : la plupart des équipes
n’envisage pas ce type de procédure au-delà de 50-55 ans, alors que
l’âge moyen au diagnostic du MM est de 64 ans.
L’allogreffe de
moelle ne peut donc s’adresser qu’à une minorité de patients.
La
réinjection du greffon se fait après un conditionnement intensif
associant melphalan/Endoxant ou Endoxant/irradiation corporelle
totale (ICT), ou bien encore melphalan/ICT.
Ce traitement
s’accompagne d’un taux de mortalité toxique élevé (40 à 50 % de
décès dans les 6 mois suivant la transplantation), essentiellement lié
à la réaction du greffon contre l’hôte (GvH), qui augmente avec
l’âge.
Ces résultats ont été obtenus dans des séries de patients allogreffés à des stades évolutifs différents. Une réduction du risque
de décès toxique a été rapportée quand la greffe est pratiquée tôt
après le diagnostic, chez des patients ayant reçu peu de
chimiothérapies au préalable.
La probabilité de survie sans rechute
semble plus élevée qu’au décours d’une autogreffe.
Deux avantages
de l’allogreffe pourraient expliquer ces rémissions prolongées et
peut-être des guérisons.
Tout d’abord le greffon réinjecté est sain
(non contaminé par des cellules tumorales).
Par ailleurs l’existence
d’un effet « greffon contre le myélome » (GvM) identique à l’effet
GvL (graft versus leukemia) a été démontré.
* Allogreffe avec conditionnement allégé non myéloablatif
:
La mortalité importante liée à la procédure de greffe dans les
allogreffes classiques avec conditionnement lourd, justifie les essais
de greffes avec conditionnements non myéloablatifs.
Une prise de
greffe allogénique stable est obtenue après un conditionnement par
irradiation corporelle totale à faible dose (200 Gy) et une
combinaison de traitement immunosuppresseur postgreffe associant
mycophénolate mofétil (MMF) et ciclosporine.
L’intérêt pratique de
ces procédures de greffe (testées dans d’autres maladies
hématologiques) repose sur l’obtention d’un chimérisme associé à
un effet antitumoral, avec une moindre toxicité du fait d’un
conditionnement essentiellement immunosuppresseur et peu
myélosuppresseur, ce qui est important chez des patients souvent
âgés et déjà lourdement traités.
Ce type de procédure semble
pouvoir être proposé à des patients dans la tranche d’âge 55-70 ans.
Les conditionnements de greffe sont encore à l’étude : melphalan
seul à 100 mg/m2, association melphalan et fludarabine. Des
réinjections de lymphocytes du donneur peuvent être pratiquées en
postgreffe, afin d’augmenter le chimérisme postgreffe ou pour
obtenir un effet antimyélomateux maximum.
La prise de greffe est
rapide avec peu ou pas de mortalité dans les premiers 100 jours postgreffe.
Un chimérisme donneur total est obtenu entre 30 et 100
jours postgreffe dans la plupart des cas.
La fréquence des GvH n’est
pas négligeable, avec environ 50 % de GvH aiguës et 30 à 70 % de
GvH chroniques.
Des études préliminaires démontrent la possibilité
d’obtention de rémission complète chez des malades de mauvais
pronostic déjà lourdement traités.
Cependant, les reculs ne sont
pas très importants pour une pathologie de ce type, et rien ne
permet d’affirmer la possibilité de guérison, notamment dans les
formes les plus graves avec del(13).
Les études actuelles tendent
également à définir le moment optimal de pratique d’une telle
procédure : au diagnostic et après une phase de réduction tumorale
intensive avec melphalan à haute dose et autogreffe de cellules
souches périphériques, ou en rechute après autogreffe,
éventuellement après une deuxième autogreffe.
* Greffes autologues ou autogreffes
:
Deux types de supports peuvent être utilisés pour ces greffes : les
greffons médullaires d’une part, les cellules souches périphériques
d’autre part.
Le greffon médullaire est prélevé chez le malade lors
d’une anesthésie générale au cours d’une période de rémission de la
maladie, après réduction de la plasmocytose médullaire.
Les cellules
souches périphériques sont prélevées par cytaphérèse au décours
d’une chimiothérapie avec l’aide de facteurs de croissance
hématopoïétiques de type G-CSF.
Les avantages de l’autogreffe de
cellules souches par rapport à l’autogreffe de moelle sont :
– une reconstitution hématopoïétique plus rapide après réinjection
d’un greffon sanguin qu’après autogreffe de moelle.
La durée
d’aplasie postgreffe et donc la durée d’hospitalisation sont ainsi
réduites de 1 semaine environ ;
– une contamination du greffon sanguin par des cellules tumorales
plus faible ;
– un plus grand pourcentage de succès pour récupérer
suffisamment de cellules souches.
Le recueil est suffisant chez la
quasi-totalité des malades depuis l’utilisation des facteurs de
croissance.
Tous ces avantages justifient le développement préférentiel de
l’autogreffe de cellules souches périphériques.
L’Intergroupe français du myélome a montré dans un essai
randomisé incluant 200 patients au diagnostic la supériorité d’un
traitement intensif suivi d’autogreffe de moelle par rapport à une
chimiothérapie classique pour les myélomes de stades II ou III.
Après randomisation, les patients ont reçu soit un traitement intensif
(melphalan 140 mg/m2 et irradiation corporelle totale à 8 Gy) suivie
d’une autogreffe, soit une chimiothérapie conventionnelle
(alternance VMCP/VBAP).
La probabilité de survie sans rechute à 5
ans était de 28 % dans le groupe traitement intensif, et de 10 % dans
le groupe de traitement conventionnel (p = 0,01).
La survie estimée à
5 ans était de 52 % pour le traitement intensif et de 12 % pour le
traitement conventionnel (p = 0,03).
Cette étude a montré l’intérêt
de ce traitement chez les sujets de moins de 60 ans.
Une autre stratégie a été proposée chez des sujets d’âge médian 64
ans : deux à trois cures de melphalan 100 mg/m2, suivies
d’autogreffe.
Les patients ainsi traités ont été comparés (sans
randomisation) à un groupe de sujets de même âge traités par un
protocole melphalan-prednisone.
Une rémission complète a été obtenue chez 47 % d’entre eux, contre 5 % des contrôles, et la
médiane de survie a été de 56 mois, contre 48.
Dans une série de 185 patients traités avec trois-quatre cures de VAD
et ensuite randomisés entre intensification thérapeutique avec
chimiothérapie à haute dose, ou chimiothérapie conventionnelle
avec autogreffe en cas de maladie réfractaire primaire ou en rechute,
il n’y avait pas de différence significative en médiane de survie entre
les deux groupes (65 versus 64 mois).
L’avantage de la greffe précoce
était une durée plus courte de chimiothérapie.
Ces études indiquent donc que ces procédures d’autogreffe de
cellules souches sont applicables dans de nombreux cas de MM avec
une mortalité faible : 1-4 % selon les études. Néanmoins, elles
soulignent aussi :
– que l’éradication du myélome n’est le plus souvent pas obtenue,
même avec de fortes doses de chimiothérapie (± irradiation
corporelle) ;
– que les cellules souches périphériques sont contaminées par des
cellules plasmocytaires clonales ou par leurs précurseurs.
Deux axes peuvent être étudiés afin d’améliorer les résultats
obtenus : intensifier le traitement prégreffe afin d’éradiquer la
maladie, et réinjecter un greffon non contaminé.
Pour améliorer le taux de réponse complète, plusieurs études testent
l’effet de doubles autogreffes.
L’évaluation de cette méthode est
en cours.
Pour certains, elle pourrait être utile chez les patients
porteurs d’un MM de bon pronostic, c’est-à-dire ayant une bêta2- microglobuline normale et pas d’anomalie du chromosome 13, en
l’absence de rémission complète à l’issue de la première
intensification.
Dans la même optique d’augmenter le taux de rémission complète
en réalisant plusieurs traitements intensifs successifs, l’équipe de Barlogie propose un traitement séquentiel appelé « total therapy ».
Celui-ci associe successivement trois cures de VAD, une cure de
cyclophosphamide à forte dose (6 g/m2), une cure d’EDAP
(étoposide, dexaméthasone, adriamycine et cisplatine) puis une cure
de melphalan (200 mg/m2) suivi d’autogreffe, et enfin une seconde
cure de melphalan (140 mg/m2) et ICT suivie d’une seconde
autogreffe.
L’ensemble de ce programme thérapeutique n’a pu être
réalisé que chez 75 % des patients candidats.
La mortalité est
d’environ 2 % à chaque phase thérapeutique.
Le taux de rémissions
complètes augmente à chaque phase de traitement, pour atteindre
47 % après le dernier traitement intensif.
La réalisation séquentielle
de traitements intensifs ou semi-intensifs permet donc d’augmenter
le taux de rémission complète, mais l’impact réel de ces traitements
sur la survie et la survie sans progression reste à évaluer.
Si la contamination des greffons sanguins est moindre que celle des
greffons médullaires, la présence de cellules myélomateuses est mise
en évidence par des techniques de détection sensibles par
polymérisation en chaîne (PCR : polymerase chain reaction)
permettant de détecter une cellule tumorale pour 106 cellules.
L’impact éventuel de ces cellules tumorales réinjectées n’est pas
connu, mais il semble logique d’essayer de réinjecter un greffon non
contaminé.
Différentes techniques de purge sont actuellement
utilisées.
La sélection positive de cellules CD34+ (cellules souches
hématopoïétiques indifférenciées) permet une réduction pouvant
atteindre jusqu’à 6 log du nombre de cellules myélomateuses.
Cependant, malgré ces techniques, des cellules clonales restent
détectables dans le greffon, et aucun malade greffé dans ces
conditions ne semble guéri.
Différentes techniques permettent donc
de réduire efficacement le degré de contamination des greffons
autologues, mais l’impact réel de ces techniques coûteuses sur la
survie des malades reste à démontrer.
Des premiers résultats
indiquent que la greffe avec un greffon purgé n’apporte pas
d’avantages ni en termes de rémission complète ni en termes de
survie, par rapport à une greffe non manipulée.
De plus, les
greffes CD34 sont associées à une augmentation importante de la
fréquence d’infections graves et potentiellement mortelles dans les
premiers mois suivant la greffe, expliquées par le déficit de
l’immunité cellulaire induit par la déplétion T.
C - THALIDOMIDE ET IMIDS :
Le thalidomide est un dérivé synthétique de l’acide glutamique,
utilisé depuis les années cinquante.
Sa prescription a été
interrompue, sauf exceptions, en 1961, en raison de son effet
tératogène.
Toutefois, un regain d’intérêt existe pour ce traitement.
Les effets biologiques du thalidomide sont multiples : diminution
de la synthèse de tumor necrosis factor (TNF)-alpha par les monocytes et
les lymphocytes, inhibition de la synthèse du vascular endothedial
growth factor (VEGF) et du basic fibroblast growth factor (bêta-FGF),
activité antiangiogénique in vivo.
Le rationnel initial à l’utilisation
du thalidomide dans le MM était son effet antiangiogénique, mais
l’efficacité observée en clinique ne semble pas passer par une
diminution significative de l’angiogenèse.
D’autres mécanismes
pourraient être en jeu. Le thalidomide et ses analogues immunomodulateurs (IMiDs) ont en effet des effets directs sur les
cellules plasmocytaires.
Ils induisent une apoptose et un arrêt de
croissance des plasmocytes en sensibilisant les cellules à l’apoptose
induite par Fas et en diminuant l’activité du complexe NF-kB ; ils
diminuent leur adhésion au stroma et diminuent la synthèse
d’interleukine (IL) 6 et de VEGF ; ils stimuleraient la réponse
cellulaire T CD8+.
Singhal et al ont traité 84 patients ayant des MM
réfractaires ou en rechute par le thalidomide, à des doses croissantes
de 200 à 800 mg/j.
Ils ont obtenu un taux de réponse de 32 %, dont
10 % de réponses complètes.
Il est peut-être possible d’observer
un taux de réponse plus élevé chez les patients à haut risque ayant
pu recevoir rapidement de fortes doses de thalidomide de 42 g en 3
mois, suggérant l’existence d’un effet dose-réponse.
Néanmoins,
certains patients semblent répondre à de faibles doses et le schéma
d’administration optimal n’est pas défini.
Le plus souvent, l’effet
thérapeutique est observé dans les 2 premiers mois de traitement.
L’augmentation des doses se fait par palier hebdomadaire de 50 à
100 mg, mais est souvent limitée par les effets secondaires, dosedépendants
: somnolence, constipation et neuropathie périphérique.
La dose efficace doit donc être adaptée à chaque patient.
Des cas de
thrombose et d’hypothyroïdie ont été rapportés.
L’association du
thalidomide à la doxorubicine est particulièrement thrombogène,
avec environ 30 % de thromboses veineuses profondes avec cette
association.
Un effet synergique avec la dexaméthasone ou
avec d’autres chimiothérapies pourrait exister.
La place du
thalidomide dans le traitement du myélome reste à clarifier, aux
phases initiales de la maladie, ou en entretien après un traitement
intensif.
Il est aujourd’hui largement utilisé dans les formes chimioréfractaires.
Des données récentes obtenues dans des études
non randomisées suggèrent une efficacité importante de l’association
thalidomide et dexaméthasone en phase initiale du traitement.
Les IMiDs sont en cours d’investigation clinique.
Ils sont
biologiquement beaucoup plus efficaces que le thalidomide in vitro.
Administrables à faibles doses, ils seraient plus efficaces que le
thalidomide dans les MM en rechute, et peut-être dans les MM de
mauvais pronostic biologique, avec moins de toxicité.
D - RADIOTHÉRAPIE :
En dehors des plasmocytomes solitaires dont elle constitue le
traitement de première intention, la radiothérapie est utilisée dans
le traitement des épidurites, des lésions douloureuses localisées
résistantes à la chimiothérapie et aux antalgiques, et dans le
traitement des lésions ostéolytiques à haut risque fracturaire, et
parfois en complément de la chirurgie.
Les effets myélosuppresseurs
de la chimiothérapie et de la radiothérapie sont cumulatifs.
Idéalement, la radiothérapie devrait être terminée 3 semaines avant
le début d’une chimiothérapie.
La dose d’irradiation est de 40 à 50 Gy.
Chez les malades réfractaires aux traitements habituels, certaines
équipes ont proposé la réalisation d’une irradiation corporelle totale
en deux temps (hémi-irradiation corporelle) qui semble avoir un
effet antalgique parfois remarquable.
E - CHIRURGIE :
La chirurgie est indiquée en cas de fracture périphérique ; certaines
lésions préfacturaires des os longs peuvent bénéficier de
consolidation chirurgicale.
En cas de lésion lytique volumineuse du rachis, l’indication repose sur le risque d’instabilité et de fracture.
La chirurgie est parfois nécessaire en cas de compression médullaire,
essentiellement lorsque la compression est d’origine osseuse
(fracture) ou sur un rachis déjà irradié.
Sinon, l’association d’assauts
cortisoniques et de radiothérapie peut suffire.
F - BISPHOSPHONATES :
Les bisphosphonates sont des agents antiostéoclastiques puissants,
modifiant la différenciation, le recrutement et l’activité des
ostéoclastes.
Les bisphosphonates peuvent inhiber la production d’IL
6 par les cellules stromales médullaires de malades atteints de
myélome ; l’existence d’un effet antitumoral direct des
bisphosphonates a été suggéré.
Expérimentalement, ils sont
capables de stimuler des sous-populations de lymphocytes T
cytotoxiques pour les cellules plasmocytaires anormales.
Le pamidronate et le zolédronate induisent in vitro l’apoptose des
cellules myélomateuses et agissent sur les cellules stromales en
augmentant leur apoptose et en diminuant la synthèse induite par
l’IL 1b de certaines métalloprotéases (MMP-1).
Mais une
augmentation de la production de MMP-2 a été également montrée,
dont l’effet reste à évaluer.
Leur activité antiostéoclastique a logiquement conduit à utiliser les
bisphosphonates chez des malades atteints de myélome multiple :
dans un premier temps pour traiter les hypercalcémies, puis pour
tenter de ralentir la progression des lésions ostéolytiques.
L’efficacité du clodronate a fait l’objet de plusieurs études.
Dans
un essai portant sur 536 malades, les patients ont reçu en plus de
leur chimiothérapie soit le clodronate à la dose de 1 600 mg/j par
voie orale, soit un placebo.
Le traitement par clodronate a entraîné
une réduction de la fréquence des hypercalcémies sévères (5,1 %
versus 10,1 % ; p = 0,06), des fractures non vertébrales (6,8 % versus
13,2 % ; p = 0,04) et des fractures vertébrales (38 % versus 55 % ;
p = 0,01).
De même, la fréquence des douleurs lombaires à 24 mois
était moindre dans le groupe traité par clodronate (10,9 % versus
19,9 % ; p = 0,05).
Aucune différence en termes de survie n’a été
observée.
Deux essais randomisés utilisant le pamidronate ont également été
réalisés.
Dans la première étude randomisée en double
aveugle, 392 malades atteints d’un myélome de stade III et ayant au
moins une lésion osseuse lytique ont reçu des perfusions mensuelles
de 90 mg de pamidronate ou de placebo, en plus de leur
chimiothérapie.
Les malades étaient stratifiés selon qu’ils recevaient
une chimiothérapie en première intention ou en seconde intention.
Après neuf cycles de traitement, le pourcentage de malades ayant
un événement osseux (fractures pathologiques, compression
médullaire secondaire à un tassement vertébral, geste chirurgical
pour traiter ou prévenir une fracture pathologique ou une
compression médullaire, irradiation d’une lésion osseuse) était de
24 % dans le groupe traité par pamidronate, et de 41 % dans le
groupe traité par placebo (p < 0,001).
Cette étude a été poursuivie :
après 21 mois de traitement, le pourcentage de malades ayant
développé un événement osseux était inférieur dans le groupe traité
par pamidronate (p = 0,015).
Le nombre moyen d’événements osseux
par an était de 1,3 dans le groupe traité par pamidronate et de 2,2
dans le groupe traité par placebo (p = 0,008), mais la survie ne
différait pas pour l’ensemble des malades inclus selon le traitement
reçu.
Dans le groupe des malades recevant une chimiothérapie de seconde
ligne, la survie des malades traités par pamidronate semblait
supérieure à celle des malades traités par placebo après ajustement
sur la bêta2-microglobuline et l’indice de performance de l’Eastern
Cooperative Oncological Group (ECOG).
Dans un autre essai
randomisé en double aveugle versus placebo, l’efficacité du pamidronate utilisé par voie orale à la dose de 300 mg/j n’a pas été
observée.
La différence entre ces deux derniers essais est
probablement expliquée par la faible absorption digestive des bisphosphonates.
La voie orale ne peut être conseillée pour les aminobisphosphonates comme le pamidronate, en raison d’effets
digestifs importants.
Chez les patients ayant une hypercalcémie maligne, le zolédronate
est plus efficace que le pamidronate : le pourcentage de patients
normocalcémiques est plus important à 4 et 10 jours, et le temps
avant rechute plus long.
L’efficacité sur les événements osseux du zoledronate 2, 4 et 8 mg a été comparée à celle du pamidronate
90 mg, dans deux études prospectives randomisées en double
aveugle.
L’une a inclus 280 patients, l’autre 1 648, souffrants de
lésions ostéolytiques secondaires à un cancer du sein ou un
myélome.
L’efficacité des deux traitements est comparable pour
l’incidence des événements osseux, sauf pour le recours à la
radiothérapie, moins fréquent dans les groupes zolédronate.
La
tolérance est comparable.
En raison d’un possible risque rénal
associé aux fortes doses, la dose recommandée de zolédronate est
de 4 mg/mois, administrés en perfusion de 15 minutes.
L’intérêt des bisphosphonates utilisés par voie intraveineuse
apparaît donc clairement démontré pour traiter l’hypercalcémie, et
pour réduire la progression des lésions ostéolytiques chez les
malades atteints de myélome multiple.
Il n’y a pas de preuve que ce
traitement ne bénéficie qu’aux patients ayant des marqueurs de
résorption osseux augmentés.
L’intérêt de leur utilisation dans des
MM de stades I et II de la classification de Durie et Salmon n’est pas
déterminé.
La durée optimale du traitement n’est pas connue.
Certains préconisent l’arrêt des perfusions chez les patients en
rémission de leur maladie, d’autres, la poursuite indéfinie du
traitement.
G - INTERFÉRON ALPHA :
L’interféron alpha a été largement étudié au cours des 15 dernières
années chez des malades atteints de myélome multiple, mais les
résultats obtenus sont décevants et la place de l’interféron apparaît
limitée.
Utilisé seul en traitement initial, il permet d’obtenir une
régression tumorale chez moins de 20 % des malades.
De larges
essais ont conclu que ce produit n’améliore pas la survie des
malades, tant lorsqu’il est utilisé en association à la chimiothérapie,
en traitement d’induction, qu’en entretien après une phase de
plateau.
H - ANTIBIOPROPHYLAXIE :
Les infections sont la première cause de mortalité au cours du MM.
Les épisodes infectieux, particulièrement fréquents et sévères
pendant les premiers mois de la chimiothérapie, sont responsables
d’une importante mortalité ou d’un retard dans l’administration des
traitements cytotoxiques.
L’intérêt de l’association d’une
antibiothérapie prophylactique à la chimiothérapie a été mis en
évidence dans un essai randomisé.
L’administration orale de triméthoprime-sulfaméthoxazole à la dose de 180/800 mg deux fois
par jour, pendant les 2 premiers mois de la chimiothérapie, réduisait
significativement le nombre d’épisodes infectieux bactériens (2,43
infections/an versus 0,29 ; p = 0,001) et de décès infectieux survenus
au cours des 3 premiers mois, par rapport à un groupe contrôle non
traité.
Néanmoins, la toxicité cutanée de cette association
antibiotique nécessitait un arrêt du traitement chez 25 % des
malades.
I - ÉRYTHROPOÏÉTINE
:
L’administration d’érythropoïétine recombinante à la dose de 150 UI/kg (injections sous-cutanées) trois fois par semaine a montré des
résultats encourageants dans le traitement des anémies persistantes
au cours du MM.
Deux études randomisées ont mis en évidence
une diminution des besoins transfusionnels lors du traitement par
érythropoïétine.
Ce traitement semble d’autant plus efficace que les
taux d’érythropoïétine sériques endogènes sont bas (ou inadaptés à
l’anémie), surtout s’il existe une insuffisance rénale associée.
La
prescription d’érythropoïétine nécessite, pour être pleinement
efficace, la correction de toute inflammation, et l’assurance d’un
stock ferrique suffisant pour éviter une carence en fer dite
fonctionnelle.
Cependant, la prescription d’érythropoïétine doit être guidée par l’état clinique du patient plus que par le chiffre
d’hémoglobine.
Par ailleurs, il faut rappeler que le meilleur
traitement à long terme de l’anémie du myélome repose sur le
traitement efficace de la prolifération plasmocytaire.
Un effet antitumoral lié à l’injection d’érythropoïétine a été suggéré dans un
modèle de MM murin.
J - AUTRES MODALITÉS THÉRAPEUTIQUES
:
L’épuration de la protéine monoclonale par des échanges
plasmatiques peut être utile, en association à un traitement
cytotoxique, en cas de syndrome d’hyperviscosité.
L’hémodialyse
peut être nécessaire en cas d’insuffisance rénale sévère, et le
pronostic des patients dialysés pour insuffisance rénale liée à une tubulopathie myélomateuse est considéré actuellement comme
suffisamment bon pour ne pas considérer cette pathologie comme
une contre-indication à la mise en dialyse chronique.
Les
hypercalcémies nécessitent réhydratation et administration de bisphosphonates.
Les douleurs rebelles en rapport avec un
tassement vertébral peuvent justifier d’une vertébroplastie lorsque
la localisation de la lésion responsable des symptômes peut être
certaine.
K - PERSPECTIVES THÉRAPEUTIQUES
:
1- Mécanismes de résistances aux chimiothérapies
:
L’expression du gène MDR (multidrug resistance) à la surface des
cellules cancéreuses (P-glycoprotéine) est un des mécanismes
impliqué dans la résistance des cellules myélomateuses à la
polychimiothérapie.
L’utilisation de certaines molécules telles la
ciclosporine ou le PSC 833 pourrait en théorie permettre, en les
associant au VAD, de surmonter la résistance chez certains malades, mais ceci
n’a pas été confirmé pour la ciclosporine dans une étude
randomisée.
2- Antioestrogènes :
L’existence de récepteurs aux oestrogènes sur les cellules
myélomateuses explique l’effet favorable du tamoxifène à très forte
dose in vitro, inducteur d’apoptose et bloquant les cellules en phase
G0-G1.
L’intérêt des antioestrogènes reste à étudier in vivo.
3- Cytokines et anti VEGF :
L’administration de cytokines ou d’anticorps anticytokines au cours
du MM est en cours d’évaluation. L’IL 2, l’IL 4, l’interféron, et l’acide
tout-trans rétinoïque ont été étudiés au cours d’études pilotes.
Les
anticorps monoclonaux anti-IL 6 murins ont permis d’obtenir des
réponses transitoires dans des maladies à des stades avancés.
Il
existe actuellement des peptides inhibiteurs du récepteur du VEGF.
4- Immunothérapie
:
La vaccination basée sur l’immunisation contre un ou plusieurs
antigènes tumoraux spécifiques, ou bien sur le transfert adoptif de
lymphocytes générés ex vivo réagissant spécifiquement contre des
antigènes tumoraux, est une approche thérapeutique séduisante.
Dans le MM, l’idiotype qui définit l’immunoglobuline monoclonale
constitue un marqueur tumoral spécifique.
Bien que modeste et
transitoire, une réponse immunitaire spécifique de l’idiotype est
générée chez 25 à 100 % des patients.
Cependant, les réponses
cliniques jugées sur la diminution du composant monoclonal dans
le sérum sont rares.
Cela pourrait s’expliquer par le fait que
l’idiotype est faiblement immunisant, ou bien par une déplétion des
lymphocytes T spécifiques de l’idiotype du fait de la forte
concentration d’immunoglobuline monoclonale dans le sérum.
Il est
cependant possible de générer des lymphocytes T cytotoxiques
spécifiques des cellules tumorales, en utilisant comme cellules
présentatrices d’antigène des cellules dendritiques dérivées des
cellules adhérentes du sang et pulsées avec des lysats de cellules myélomateuses.
De même, une protéine identifiée initialement à
la surface des cellules de cancer du testicule, la protéine Sp17, est
également exprimée par les plasmocytes malins et pourrait se
comporter comme un antigène tumoral.
5- Inhibiteurs du protéasome (PS-341)
:
Le protéasome a un rôle essentiel dans le contrôle de la régulation
du cycle cellulaire.
Présent dans toutes les cellules eucaryotes, ce
complexe protéasique contrôle, en les dégradant, la stabilité de
nombreuses protéines qui régulent la progression dans le cycle
cellulaire et l’apoptose, telles que les cyclines, les kinases
dépendantes des cyclines, des antioncogènes et le facteur de
transcription NF-kB.
Ainsi, l’inhibition du protéasome a un intérêt
potentiel en oncologie.
Le PS-341 (bortezomib) est une petite
molécule qui inhibe puissamment et spécifiquement le
protéasome.
In vitro, cet inhibiteur a un effet dans le myélome
multiple, la LLC-B, les cancers de prostate, du poumon et du côlon.
Le PS-341 inhibe la prolifération et induit l’apoptose de lignées de
myélome et aussi de plasmocytes primaires, malgré une
accumulation des inhibiteurs du cycle cellulaire p21Cip1 et
p27Kip1.
Il diminue l’adhésion des plasmocytes au stroma et
augmente la sensibilité à l’apoptose induite par la dexaméthasone.
L’inhibition de la translocation nucléaire du complexe
NF-kB
pourrait avoir un rôle essentiel dans ces effets.
Des données
préliminaires d’utilisation du PS-341 (jusqu’à 6 mois de traitement)
dans des MM réfractaires ou bien en rechute font état de réponse ou
de stabilisation de la maladie, avec des effets secondaires
contrôlables. Un essai de phase III est en cours.
6- Sytème TRAIL :
Ce système a été précédemment discuté.
L’apoptose induite par
TRAIL induit une cascade apoptotique dépendante des caspases.
Cette sensibilité retrouvée in vitro à l’apoptose induite par TRAIL
est en cours d’évaluation clinique.
7- Arsenic trioxyde
:
Des résultats obtenus in vitro indiquent que l’arsenic trioxyde induit
un arrêt du cycle cellulaire avec accumulation de p21Cip1 et une apoptose de lignées de myélome multiples et de cellules
plasmocytaires fraîches issues de patients.
Des essais de phase II
sont en cours pour évaluer l’effet de l’arsenic trioxyde en
monothérapie dans le MM.
Évaluation de la réponse
au traitement
:
L’évaluation de la réponse au traitement repose habituellement sur
la surveillance du composant monoclonal par la quantification du
pic à l’électrophorèse des protéines sériques.
Elle se fait entre le 3e et
le 6e mois de traitement.
La réponse au traitement est définie selon
le pourcentage de réduction du taux du composant monoclonal
sérique et/ou urinaire, par rapport à sa valeur initiale avant
traitement.
Il est classique de définir une réponse dite complète, une
bonne réponse, une réponse partielle et l’absence de réponse.
Une
bonne réponse est définie comme une diminution de 50 % du
composant monoclonal sérique par certains groupes et de 75 % par
d’autres (SWOG).
La disparition des plasmocytes malins dans la
moelle fait partie de la définition du SWOG, mais n’est pas utilisée
en pratique.
La réponse complète, définie par la disparition du
composant monoclonal (sang et urines), et la présence du moins de
5 % de plasmocytes médullaires est aujourd’hui un objectif des
traitements intensifs.
Après l’obtention d’une réponse, on définit un
plateau comme la stabilité du pic pendant au moins 6 mois.
L’absence de réponse, ou échec, correspond à une réponse inférieure
à 25 %, ou une progression de la maladie.
Adaptation du traitement :
A - MYÉLOMES DE FAIBLE MASSE TUMORALE
ASYMPTOMATIQUES :
Tous les malades atteints de myélome multiple ne doivent pas être
traités.
Les patients atteints d’un myélome de stade I dans la
classification de Durie et Salmon, asymptomatiques, ne nécessitent
qu’une surveillance clinique et biologique régulière : la réponse au
traitement et la survie sont comparables chez ces patients, qu’ils
soient traités immédiatement au diagnostic, ou seulement lors de la
progression.
L’initiation d’un traitement n’est donc effectuée que
devant l’apparition de symptômes ou en cas d’augmentation
significative du composant monoclonal sanguin ou urinaire.
La
progression peut être définie comme un passage au stade II ou III
de Durie et Salmon.
La médiane de survie sans progression de
ces malades, asymptomatiques et n’ayant pas de lésion lytique
initialement, est supérieure à 10 ans.
Chez les patients à ce stade de
la maladie, la place des bisphosphonates nécessite des études
prospectives.
B - MYÉLOMES SYMPTOMATIQUES
:
Pour ces malades, l’attitude dépend surtout de l’âge.
Les facteurs
pronostiques peuvent être pris en considération à l’échelle
individuelle, mais ne sont pas utilisés encore classiquement pour
bâtir une stratégie.
Bien sûr, cette classification selon l’âge reste
arbitraire, et il faut tenir compte de l’âge physiologique et de la
gravité de la maladie pour définir la stratégie la plus adaptée.
1- Malades âgés de moins de 55 ans
:
Un traitement intensif suivi d’autogreffe de cellules souches
périphériques doit être envisagé.
Le recueil de cellules souches doit
être réalisé avant que le malade n’ait reçu un traitement par alkylants.
En effet, ceux-ci entraînent des dommages irréversibles
des cellules souches hématopoïétiques et rendent difficile l’obtention
ultérieure d’un greffon satisfaisant.
Une fois ce greffon recueilli,
l’autogreffe peut être réalisée d’emblée ou après échec d’un
traitement par chimiothérapie classique.
Néanmoins, les malades
greffés d’emblée restent plus longtemps sans symptômes et sans
traitement par rapport aux malades greffés en seconde intention.
Le
conditionnement de greffe actuellement reconnu est la perfusion de melphalan à 200 mg/m2.
La double autogreffe peut être envisagée
chez les patients ayant au diagnostic une bêta2-microglobulinémie
normale, pas d’anomalie du chromosome 13, et pour lesquels la
première autogreffe n’a pas permis la rémission complète.
Lors d’une rechute survenant au décours d’une autogreffe, quatre
possibilités thérapeutiques peuvent être envisagées :
– une chimiothérapie conventionnelle ;
– une nouvelle autogreffe de cellules souches périphériques si le
nombre de cellules prélevées initialement permet de réaliser
plusieurs greffes ;
– le thalidomide ;
– une allogreffe de moelle classique ou une allogreffe avec
conditionnement allégé.
Ces différentes options sont discutées en fonction de différents
paramètres, parmi lesquels l’âge du malade, le délai entre la
première autogreffe et la rechute, l’existence d’un greffon disponible.
L’allogreffe n’est par exemple envisagée, en raison de sa toxicité,
que si le malade a moins de 50 ans et un donneur familial HLA
identique.
Les modalités du traitement optimal dans le MM évoluent
rapidement.
Certains groupes testent la pratique d’une miniallogreffe d’emblée, chez les patients jeunes ayant des facteurs
de mauvais pronostic comme des anomalies du chromosome 13,
dans les suites immédiates d’un programme de réduction tumorale
intensif avec hautes doses de melphalan.
L’adjonction avant ou
après la procédure d’autogreffe de thérapeutiques agissant sur des
composantes biologiques de la cellule myélomateuse : thalidomide
ou dérivés, inhibiteurs du protéasome, seuls ou en association, est
envisagée dans un avenir proche.
2- Malades âgés de 55 à 65 ans
:
Autogreffe et chimiothérapie classique doivent être discutées, et c’est
l’âge physiologique qui est considéré.
Il a été montré, dans un essai
randomisé conduit dans cette tranche d’âge, chez 185 patients jamais
traités, que ces deux options thérapeutiques (greffe en première
intention ou bien greffe en cas d’échec ou de rechute après
chimiothérapie classique) étaient équivalentes en termes de survie ;
la seule différence était dans le délai sans symptômes et sans
traitement, plus long de 6 mois chez les patients greffés.
Chez les
patients en bon état physiologique, une procédure de réduction
tumorale, avec chimiothérapie de type VAD et intensification
thérapeutique avec melphalan 140-200 mg/m2 est souvent
envisageable d’emblée.
3- Malades âgés de plus de 65 ans
:
On utilise en première intention une chimiothérapie associant melphalan et prednisone par voie orale.
Un traitement plus intensif
est proposé par certains, et des protocoles d’évaluation des greffes
sont en cours pour les patients de moins de 75 ans.
Pour les patients traités par MP, le traitement est poursuivi jusqu’au
plateau.
La poursuite d’une chimiothérapie afin d’allonger la phase
de plateau n’est pas utile, car elle n’améliore pas la survie des
malades et augmente le risque secondaire de myélodysplasies et
de leucémies myéloides secondaires.
Lors d’une rechute survenant plus de 6 mois après l’arrêt de la
chimiothérapie, la reprise du traitement initial est proposée.
Si la
rechute survient moins de 6 mois après l’arrêt de la chimiothérapie,
la reprise d’une chimiothérapie différente de type VAD est
conseillée.
La place du thalidomide, seul ou en association avec la dexaméthasone, reste à établir.
Quelles que soient les modalités thérapeutiques retenues,
l’utilisation de bisphosphonates pour réduire ou retarder la
survenue d’événements osseux, doit être envisagée dans chaque
situation.