Introduction
:
Les champignons sont des organismes eucaryotes qui se situent
entre règne animal et règne végétal.
Ils vivent pour leur majorité
dans le milieu extérieur où ils interviennent dans la dégradation des
végétaux, et le recyclage du carbone et de l’azote.
Pour coloniser de
nouveaux milieux, les champignons produisent des spores qui sont
dispersées par l’air et l’eau et sont donc présentes dans
l’environnement, en concentration variable suivant les conditions
biotiques.
L’analyse des caractères phénotypiques en culture,
principalement la forme et le mode de production des spores,
permet d’individualiser les différentes espèces.
L’homme est donc en contact permanent avec des éléments
fongiques, mais la pathologie fongique est très réduite.
Les
champignons impliqués dans la pathologie sinusienne sont
essentiellement des moisissures, terme générique qui recouvre de
nombreux champignons filamenteux.
La pathologie humaine
imputée aux moisissures recouvre deux entités complètement
différentes.
Soit le champignon intervient comme allergène, soit le
champignon intervient comme agent infectieux proprement dit.
Dans le premier cas, l’ensemble des moisissures est à considérer, les
plus fréquentes dans l’environnement étant les plus impliquées.
Dans le second cas, seules quelques espèces ont la propriété de se
développer dans l’organisme humain, dominées par les Aspergillus,
et tout spécialement A. fumigatus.
À de très rares exceptions près,
les champignons ont un pouvoir invasif limité et sont des agents
opportunistes.
L’expression de ce pouvoir pathogène ne s’exprime
que lorsque les défenses de l’organisme sont réduites.
Il est
important, au niveau pronostique et thérapeutique, de distinguer la
pathologie non invasive regroupant les truffes fongiques et les
sinusites fongiques allergiques, de la pathologie invasive marquée
essentiellement par les rhinosinusites fongiques invasives
fulminantes et beaucoup plus exceptionnellement par les formes
chroniques indolentes et granulomateuses.
Truffes fongiques :
Les truffes ou balles fongiques des cavités nasosinusiennes sont des
sinusites fongiques localisées.
Elles sont extramuqueuses, pas ou peu
agressives et surviennent chez des patients immunocompétents.
Le
diagnostic repose avant tout sur l’imagerie, très évocatrice
lorsqu’elle montre un aspect de corps étranger pseudométallique
dans une cavité sinusienne.
Sur le plan physiopathologique, un
débat persiste quant au rôle du passage de matériel d’occlusion
dentaire dans la cavité sinusienne.
L’analyse biochimique du « corps
étranger » prélevé dans le sinus maxillaire montre sa nature
métallique proche de la composition du matériel d’obturation canalaire.
Pour d’autres auteurs, ce corps étranger serait le produit
de l’accumulation de sels métalliques endogènes.
Même si
certains métaux, comme le zinc, favorisent la croissance d’Aspergillus fumigatus, le rôle étiopathogénique d’une issue de matériel
d’obturation canalaire ne peut être retenu que pour les truffes
maxillaires.
Pourtant, si le siège de prédilection des truffes fongiques
est le sinus maxillaire (89 % pour Klossek et al), toutes les cavités
sinusiennes et surtout le sphénoïde peuvent être concernés.
D’autres facteurs interviennent donc probablement dans le
développement des truffes fongiques qu’ils soient climatiques et
environnementaux, anatomiques et physiologiques locaux.
A - DIAGNOSTIC POSITIF :
1- Clinique
:
Les truffes fongiques sont retrouvées exclusivement chez l’adulte, et
une relative prépondérance chez la femme est rapportée.
La
symptomatologie n’est pas spécifique évoquant une sinusite
chronique résistant au traitement médical habituel. Parfois, il s’agit
d’une découverte fortuite d’imagerie.
La symptomatologie est
unilatérale associant variablement : des douleurs chroniques
rarement marquées sauf dans les atteintes sphénoïdales, une rhinorrhée purulente ou mucopurulente antérieure et/ou
postérieure, une obstruction nasale, une cacosmie ou dysosmie et
rarement un oedème facial ou palpébral.
L’examen (rhinoscopie et surtout endoscopie nasale) peut être normal ou montrer dans l’un
des méats : des sécrétions purulentes ou rarement des croûtes,
un oedème polypoïde, et exceptionnellement des fragments de truffe
extériorisés.
L’examen sera bien sûr complet en s’attachant à
rechercher la dévitalisation de dents « sinusiennes ».
Les antécédents
de soins dentaires seront précisés.
2- Bilan d’imagerie
:
Les radiographies standard des sinus peuvent montrer des signes
évocateurs, notamment une opacité maxillaire unilatérale avec corps
étranger classiquement de « tonalité métallique », ou évoquer une
sinusite chronique banale.
L’orthopantomogramme permet de
préciser l’état dentaire et peut montrer un dépassement apical.
Le dentascanner peut être réalisé dans le cadre du bilan dentaire mais
n’a pas d’indication spécifique pour le diagnostic de truffe fongique.
Le scanner des sinus (coupes axiales et coronales sans injection, en
fenêtres osseuses et parenchymateuses) est l’examen de choix pour
évoquer le diagnostic de truffe fongique.
Les images associent
variablement :
– une opacité unilatérale souvent hétérogène, d’une ou plus
rarement de plusieurs cavités sinusiennes avec parfois
épaississement osseux pariétal, lyse du mur nasomaxillaire ;
– un corps étranger « pseudométallique » ou une ou plusieurs
macrocalcifications ;
– des microcalcifications ;
– parfois des lyses osseuses plus étendues touchant le méat moyen,
l’ethmoïde, voire la paroi orbitaire, ou les parois du sphénoïde
(formes pseudotumorales).
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) n’a pas d’intérêt en cas
de suspicion de truffe fongique, sauf si les images de scanner ne
sont pas caractéristiques ou révèlent une lyse osseuse extensive et
peuvent faire discuter une tumeur ou si le terrain fait craindre une
sinusite fongique invasive.
La truffe apparaît en hyposignal en
séquences T1 et T2 du fait de la pauvreté en eau et de la richesse en
protéines avec une concentration élevée en éléments
ferromagnétiques.
La muqueuse sinusienne est fréquemment
vue en hypersignal T2 et T1 avec injection de gadolinium du fait de
son hyperplasie inflammatoire.
3- Anatomopathologie :
L’aspect macroscopique lors de l’extraction chirurgicale est souvent
évocateur de truffe mycélienne : masse solide mais friable, brun
noirâtre, plus ou moins tapissée d’un enduit crémeux.
Seul l’examen
anatomopathologique permettra d’affirmer le diagnostic en
visualisant après colorations spéciales (periodic acid Schiff [PAS],
Grocott-Gomori) les filaments mycéliens.
L’identification du
champignon en cause sur des critères morphologiques est plus
difficile.
L’examen de la muqueuse sinusienne montre une
inflammation non spécifique et confirme l’absence d’envahissement
par les éléments fongiques.
La sensibilité de l’examen
anatomopathologique pour le diagnostic de truffe fongique est
excellente, de 62 à 94 %, souvent supérieure à celle de l’examen
mycologique direct.
4- Analyses mycologiques
:
L’examen direct après étalement du matériel caséeux sur lame
permet de retrouver des filaments mycéliens dans plus de 70 % des
cas.
La culture permettra l’identification du champignon en
cause mais, isolément positive, elle n’a pas de valeur diagnostique.
Elle n’est positive que dans 30 à 60 % des cas. Sous nos climats,
Aspergillus en particulier fumigatus est le plus fréquemment
retrouvé, mais d’autres variétés de Aspergillus ou d’autres espèces
peuvent être isolées.
B - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
En règle, le tableau clinique conduit facilement à la réalisation d’un
scanner des sinus qui va faire évoquer le diagnostic de truffe et
porter une indication chirurgicale.
L’examen anatomopathologique
et mycologique de la pièce opératoire confirmera le diagnostic, et
finalement, le problème du diagnostic différentiel se pose rarement.
Néanmoins, devant une forme pseudotumorale de truffe fongique
peuvent se discuter une sinusite fongique allergique, une sinusite
fongique invasive chronique ou encore un processus tumoral,
d’autant que les associations entre truffes et tumeurs sont
possibles.
C - TRAITEMENT :
Le traitement des truffes fongiques consiste en leur exérèse
chirurgicale complète sans recours aux médications antifongiques.
Le but de la chirurgie est de réaliser une large ouverture du ou des
sinus en cause pour permettre :
– l’exérèse complète de la truffe et des sécrétions fongiques en
conservant autant que possible la muqueuse sinusienne ;
– le rétablissement de l’aération et du drainage sinusien ;
– une surveillance endoscopique postopératoire facile.
La chirurgie endonasale sous guidage endoscopique permet, dans
la très grande majorité des cas, de répondre à ces impératifs :
– méatotomie moyenne plus ou moins élargie et parfois combinée à
une méatotomie inférieure, voire à une trépanation a minima de la
fosse canine pour les truffes maxillaires ; l’intervention de Caldwell-Luc n’est plus indiquée que dans les récidives multiples, dans
certaines formes pseudotumorales ;
– ethmoïdectomie associée, en cas d’extension, aux cellules
ethmoïdales ;
– sphénoïdotomie pour les truffes sphénoïdales ;
– frontotomie transethmoïdale éventuellement combinée à une voie
externe si l’exérèse semble insuffisante.
La surveillance endoscopique postopératoire est recommandée
durant plusieurs années bien que les récidives soient exceptionnelles
et relèvent principalement du développement d’un fragment de
truffe résiduel.
Rhinosinusites fongiques allergiques
:
Le concept de rhinosinusite fongique allergique (RSFA) inauguré par
la publication de Katzenstein en 1983 n’a toujours pas permis
d’identifier de manière consensuelle une entité clinique bien définie.
Bien distinctes des rhinites allergiques fongiques classiques médiées
par les immunoglobulines E (IgE), le concept des RSFA s’inspire du
modèle de l’asthme bronchopulmonaire allergique (ABPA) où la
pathogénicité de l’agent fongique résulterait à la fois de mécanismes
allergiques IgE-dépendants (hypersensibilité à la fois immédiate et
semi-retardée) et de mécanismes immunopathologiques d’origine
infectieuse.
L’ABPA se développe toujours sur un terrain particulier : asthme ancien avec terrain atopique ou mucoviscidose.
L’agent
pathogène, le plus souvent Aspergillus fumigatus, est retrouvé dans
l’expectoration.
Des critères à la fois cliniques et immunopathologiques permettent, par leur association, de porter le
diagnostic d’ABPA de manière certaine ou hautement probable mais
aucun critère pris isolément n’est spécifique, que ce soit dans
l’asthme, ou dans la mucoviscidose.
A - CONCEPT DE RHINOSINUSITE FONGIQUE ALLERGIQUE
:
Katzenstein et al, en 1983 puis en 1987, ont établi ce concept chez
des patients qui présentaient une polypose nasosinusienne
récidivante et un asthme.
La polypose peut être « agressive »,
parfois unilatérale avec des opacités tomodensitométriques
sinusiennes hétérogènes avec parfois des aspects de
pseudocalcifications et des lyses osseuses.
Le diagnostic positif
reposait sur l’histologie qui montre la présence dans la « mucine
allergique » (bouchon muqueux extrait des cavités sinusiennes),
d’hyphes aspergillaires, d’éosinophiles et de cristaux de Charcot-
Leyden.
En outre, 60 % des patients avaient des tests cutanés positifs
à Aspergillus, 85 % avaient des taux élevés d’IgE sériques totales et
85 % avaient des précipitines sériques à Aspergillus.
Dans les séries
ultérieures, le critère diagnostique principal est la présence de cette
« mucine allergique ».
De plus, des renseignements d’ordre immunopathologique, sans hiérarchie précise quant à leur valeur
diagnostique, sont fréquemment rapportés.
Serrano et al ont
investigué, sur une série de 93 polyposes, 51 sinusites chroniques et
21 balles fongiques opérées, tous les critères diagnostiques de RSFA
(cliniques, radiologiques, histologiques, mycologiques et
immunoallergiques).
La présence de « mucine allergique » (critère
diagnostique indispensable) n’était observée que dans 14 cas,
considérés comme RSFA.
Chez 74 % des RSFA, un ou plusieurs
critères immunopathologiques sont retrouvés, mais cela est
également le cas chez 48 % des patients sans « mucine allergique ».
Une hyperéosinophilie est retrouvée chez 21 % des RFSA et chez
11 % des patients sans « mucine allergique ».
Les données cliniques
et radiologiques sont identiques dans les RSFA et les cas sans
« mucine allergique ».
Enfin, de nombreuses publications rapportent
l’isolement dans la « mucine allergique » non plus uniquement
d’Aspergillus mais de très nombreuses autres variétés de
champignons atmosphériques essentiellement des familles
Aspergillus et Damatiae.
Il a également été publié des sinusites
fongiques allergiques avec « mucine » sans champignons. Le
concept de RSFA apparaît donc encore comme mal limité, ne
s’appuyant pas sur des critères diagnostiques reconnus comme dans
l’ABPA.
Enfin, des travaux récents ont élargi le concept de RSFA à
celui de rhinosinusite fongique à éosinophiles, compliquant encore
les données du problème.
B - TRAITEMENT :
L’équipe de Katzenstein proposait, dès 1987, une attitude
thérapeutique calquée sur le traitement de l’ABPA.
Une place
importante est accordée au débridement chirurgical large avec
aération des sinus.
Une corticothérapie générale quotidienne
complète le traitement chirurgical pendant au moins 15 jours.
Le
schéma thérapeutique est en fait adapté à l’évolution et aux récidives
mais Katzenstein et al n’hésitent pas à recommander chez certains
patients des corticoïdes généraux pendant plusieurs mois.
Ils
considèrent en revanche l’intérêt des antifongiques comme
négligeable.
Schubert et al insistent également sur la nécessité
d’une exérèse large des lésions muqueuses et sur l’intérêt de la
corticothérapie générale postopératoire de 2 à 12 mois.
Les auteurs
proposent de suivre l’évolution sur le dosage des IgE sériques
totales.
Bent et al soulignent la fréquence des récurrences à l’arrêt des
corticoïdes généraux ou locaux et évoquent l’intérêt des
antifongiques locaux (ketoconazole, amphotéricine B).
Mabry recommande l’immunothérapie (mélange d’antigènes
fongiques et non fongiques) qui interviendrait pour prévenir les
récidives en complément d’un débridement chirurgical large et de
la corticothérapie.
Dans l’état actuel des connaissances, le traitement
des RSFA reste donc mal codifié et il est difficile de dégager une
stratégie thérapeutique claire.
Rhinosinusites fongiques invasives
:
Les rhinosinusites fongiques invasives sont rares, mais le pronostic
des formes aiguës fulminantes reste souvent catastrophique avec 50
à 80 % de mortalité.
Il est donc indispensable de savoir les suspecter
précocement pour mettre en oeuvre rapidement les mesures
diagnostiques et thérapeutiques nécessaires.
DÉFINITION ET CLASSIFICATION :
Lorsque les spores fongiques ne sont pas ou mal éliminées par
l’organisme, elles pourront germer puis produire des filaments et
éventuellement envahir les tissus sous-jacents.
C’est donc la
présence de filaments à l’examen anatomopathologique des tissus nasosinusiens qui fera suspecter le diagnostic de rhinosinusite
fongique invasive, l’invasion tissulaire s’accompagnant d’une
inflammation non spécifique et de nécroses vasculaires et osseuses.
Cette définition, purement histologique, peut correspondre à
plusieurs formes cliniques et histopathologiques : sinusite fongique
invasive indolente et sinusite fongique invasive chronique
granulomateuse ou non, sinusite fongique invasive aiguë
fulminante.
Rhinosinusite fongique invasive aiguë
fulminante
:
A - PHYSIOPATHOLOGIE ET DIAGNOSTIC :
Le terme de rhinosinusite doit être préféré à celui de sinusite car
l’atteinte sinusienne semble précédée par une atteinte nasale qui
peut d’ailleurs être isolée (cornet moyen).
L’atteinte
anatomopathologique est caractérisée par une invasion vasculaire
entraînant des thromboses avec ischémie tissulaire et nécrose à
évolution centrifuge.
La simple culture d’un Aspergillus à partir d’un prélèvement sinusien ne signe pas le diagnostic, aussi des
critères diagnostiques consensuels (facteurs d’hôtes, critères
microbiologiques, et cliniques) ont été proposés, qui devraient être
respectés dans la mesure du possible, notamment pour les patients
d’hématologie.
Dans la majorité des cas, la rhinosinusite fongique
invasive aiguë fulminante survient chez des patients
immunodéprimés.
Les patients atteints d’hémopathies sont
particulièrement exposés notamment lors des chimiothérapies aplasiantes et des greffes de moelle osseuse.
La neutropénie est
l’élément déterminant, surtout lorsque le taux de polynucléaires
neutrophiles chute sous les 500 éléments/mL.
Les deux autres
facteurs majeurs sont la corticothérapie prolongée et la maladie du
greffon contre l’hôte.
D’autres patients sont également à risque tels
les patients atteints de syndrome de l’immunodéficience acquise
(sida) et les diabétiques insulinodépendants.
La radiothérapie,
l’antibiothérapie prolongée, la dénutrition, l’hospitalisation
prolongée et la préexistence d’une sinusite seraient également des
facteurs de risque.
En l’absence de preuve histologique, le diagnostic microbiologique
pourra s’aider de la détection de galactomannane circulant, qui
permet de plus de suivre l’évolution après traitement.
Le galactomannane est un antigène secrété par les Aspergillus et son
taux sanguin reflète la masse fongique présente chez le patient.
La
culture des prélèvements sinusiens permet en général d’identifier
les champignons responsables.
En l’absence de culture, il est
nécessaire de faire appel à des colorations immunohistochimiques
ou à des identifications moléculaires.
Les espèces le plus souvent
retrouvées sont les aspergillus et plus particulièrement Aspergillus fumigatus et A. flavus, d’où la dénomination souvent abusive
d’aspergillose invasive.
Cependant, d’autres espèces sont de plus en
plus souvent décrites telles Fusarium spp, Pseudallescheria boydii, les
dematiés (Bipolaris sp., Curvalaria sp., Alternaria sp.,...) et
Scopulariopsis sp. Les mucormycoses rhinocérébrales
représentent une entité un peu à part dans la mesure où un diabète
acidocétosique est retrouvé dans 50 % des cas.
Sur le plan
histologique, les filaments sont différents de ceux des Aspergillus.
Ces filaments ne sont pas septés, souvent de grande taille avec des
bords non parallèles et se colorant plus difficilement par les
colorations spécifiques (PAS, Grocott).
Les mucors impliqués sont le
plus souvent du genre Rhizopus ou Absidia.
B - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
D’autres formes de rhinosinusites peuvent s’accompagner de
nécroses tissulaires vasculaires et/ou osseuses, qu’elles soient
infectieuses (Pseudomonas aeruginosa, tuberculose, syphilis,
rhinosclérome) ou inflammatoires, voire granulomateuses
(sarcoïdose, maladie de Wegener...).
Par ailleurs, il est fréquent de
retrouver des lyses osseuses dans les descriptions
tomodensitométriques des RSFA mais le contexte clinique est alors
tout autre.
Dans tous les cas, l’examen histopathologique ne met
pas en évidence d’invasion fongique intramuqueuse.
C - TABLEAU CLINIQUE :
La survenue d’un oedème palpébral, d’une tuméfaction jugale chez
un patient immunodéprimé est très évocatrice surtout si elle
s’associe à une fièvre.
Une fièvre inexpliquée chez ces patients doit
faire rechercher une atteinte sinusienne et plus particulièrement une rhinosinusite fongique invasive fulminante, surtout lorsque s’y
associent des signes nasaux (congestion, rhinorrhée, épistaxis) et/ou
des céphalées.
L’apparition de troubles du comportement ou
mentaux doit faire évoquer une atteinte intracrânienne.
L’examen
clinique doit s’attacher à retrouver des signes évocateurs au niveau
de la muqueuse nasale.
Pour cela, la rhinoscopie antérieure et
surtout l’endoscopie permettront une évaluation précise du méat
moyen et du récessus sphénoethmoïdal.
La mise en évidence de
modifications de la muqueuse nasale à type d’ulcérations, de
granulations ou de décoloration avec souvent présence de croûtes
doit conduire à la biopsie en zone pathologique pour analyse histopathologique et mise en culture.
La présence de croûtes doit
être considérée comme hautement anormale.
La zone du cornet
moyen semble la plus souvent pathologique et l’atteinte des sinus
maxillaires et ethmoïdaux est la plus fréquente.
À des stades
évolués, les zones de nécrose muqueuse et surtout osseuse sont
visibles à l’examen nasal, voire du palais. Bien souvent, la rapidité
d’évolution et l’absence de signes cliniques spécifiques précoces
conduisent à discuter le diagnostic devant des formes d’emblée
compliquées.
En effet, l’invasion et la nécrose tissulaires gagnent les
structures de voisinage (orbite, palais, base du crâne) et peuvent
s’installer des troubles visuels et/ou une ophtalmoplégie, une
thrombose du sinus caverneux voire un envahissement
méiningoencéphalique qui alourdissent notablement le pronostic.
Les associations multifocales (poumon, foie, rate) ont été
rapportées.
D - IMAGERIE :
Un bilan d’imagerie par tomodensitométrie permettra d’évaluer
l’extension des lésions.
Il n’y a pas d’images spécifiques de rhinosinusite fongique invasive fulminante en tomodensitométrie,
mais l’examen permet de visualiser la(les) opacité(s)
nasosinusienne(s), les nécroses osseuses et l’extension orbitaire, voire
intracrânienne.
L’imagerie par résonance magnétique nucléaire est
surtout intéressante pour préciser au mieux les extensions en
particulier orbitaires et intracrâniennes, mais elle évalue moins bien
les lésions osseuses.
E - STRATÉGIE DIAGNOSTIQUE ET THÉRAPEUTIQUE :
La suspicion d’une rhinosinusite fongique invasive fulminante doit
conduire à la réalisation de biopsies en zone pathologique pour
examen anatomopathologique et mise en culture appropriée.
Ces
biopsies sont aisément réalisées au niveau nasal sous anesthésie
locale (après correction d’une éventuelle thrombopénie), mais il ne
faut pas hésiter à biopsier si nécessaire dans les cavités sinusiennes
sous anesthésie générale.
Il est parfois difficile de prendre la décision
de telles interventions chez des patients aplasiques, et une approche
multidisciplinaire (oto-rhino-laryngologiste, ophtalmologiste,
neurochirurgien, hématologue, anatomopathologiste, mycologue,
anesthésiste réanimateur) doit être menée.
Dès que le diagnostic de rhinosinusite fongique invasive fulminante est suspecté et que les
biopsies sont réalisées, un traitement antifongique par voie
parentérale (amphotéricine B, Fungizonet, 1 à 1,5 mg/kg/j, voire
plus) est débuté et sera maintenu jusqu’à la dose totale d’au moins
1 g. Son efficacité directe sur la régression des rhinosinusites
fongiques invasives fulminantes n’est pas clairement prouvée, mais
elle aide certainement à prévenir la diffusion hématogène des
champignons.
L’amphotéricine B liposomale (Ambisomet) ou
l’amphotéricine lipide complexe (Abelcett) peuvent également être
proposées en raison de leur moindre toxicité rénale et de la
possibilité d’administrer des doses plus importantes (5 mg/kg/j)
mais sa supériorité thérapeutique n’a pas pour l’instant été
démontrée.
L’itraconazole (Sporanoxt, 400 à 600 mg/j) est
volontiers donné en relais après l’amphotéricine B, en s’assurant de son absorption par un dosage sérique (nombreuses
interactions médicamenteuses).
Un autre dérivé azolé, le
voriconazole (Vefendt), utilisable par voie IV comme per os semble
prometteur.
Chaque fois que cela est possible, il faut tenter
de corriger le terrain en cause dans la survenue de l’invasion
fongique.
Le diabète doit être équilibré au mieux.
Chez le patient neutropénique, l’utilisation de facteurs de croissance
hématopoïétiques (i.e. granulocyte colony stimulating factor) peut être
une aide précieuse, car la récupération de la neutropénie semble être
un élément pronostique majeur.
L’exérèse chirurgicale des
tissus envahis reste recommandée.
Cette exérèse doit être complète
et peut être réalisée dans des cas sélectionnés par voie endonasale, mais elle nécessite souvent le recours à des voies
d’abord externes, avec parfois évidement orbitaire, geste qui
reste à discuter soigneusement.
En cas d’envahissement
intracrânien, une intervention combinée ORL-neurochirurgien pour
un débridement large sera discutée.
La surveillance repose sur un suivi endoscopique et
tomodensitométrique avec possibilité d’interventions itératives.
Cette surveillance doit être prolongée même en cas de guérison
apparente car une rechute est toujours possible à l’occasion d’un
nouvel épisode neutropénique.
Le pronostic reste sombre avec une
mortalité de 20 à 80 % chez l’immunodéprimé selon les études.
Pour la prévention, seule l’utilisation de flux laminaires a été validée
pour les patients d’hématologie, pourvu que leur maintenance soit
assurée et que la sortie du flux pour réalisation d’examens
complémentaires soit limitée.
Les instillations nasales d’amphotéricine
B sont pratiquées par certaines équipes mais leur efficacité n’est pas
démontrée.
Des mesures prophylactiques sont à prendre lors de
travaux (remise en suspension des spores atmosphériques) et les
fleurs en pot comme tout aliment potentiellement contaminé sont à
proscrire dans l’environnement de ces malades.
Sinusite fongique invasive indolente
et sinusite fongique invasive
chronique :
Il s’agit en fait probablement d’une seule et même entité.
La sinusite
fongique invasive indolente a, elle, été décrite presque
essentiellement chez des patients africains immunocompétents mais
deux cas sont rapportés récemment en France, la sinusite
fongique invasive chronique à forme granulomateuse ou non est
rapportée en Amérique du Nord.
Le tableau clinique de
sinusite chronique est non spécifique, en revanche, l’imagerie montre
un syndrome pseudotumoral.
Le traitement, peu codifié, associe
chirurgie (qui permet de réaliser des biopsies et cultures
diagnostiques) et antifongiques par voie générale.
La sinusite
correspond au même tableau
Conclusion :
Les balles fongiques sont probablement les plus fréquentes des mycoses rhinosinusiennes.
De diagnostic facile, leur traitement est
exclusivement chirurgical.
Les rhinosinusites fongiques allergiques
posent encore des problèmes de définition et donc de diagnostic à défaut
de traitement.
Enfin, la rhinosinusite fongique invasive fulminante est
la plus rare des formes de sinusites fongiques mais sa gravité
particulière doit la faire rechercher au moindre doute, notamment chez
l’immunodéprimé chez qui la mise en route de mesures thérapeutiques
appropriées est une urgence.
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