Manifestations cutanées des mycoses profondes et exotiques Cours de dermatologie
Introduction
:
Les mycoses profondes, définies soit par une localisation primitive
ou secondaire au derme profond ou aux tissus sous-cutanés, soit
par l’invasion d’un organe profond, voient leur fréquence augmenter
en raison de l’accroissement des causes d’immunodépression.
Les
manifestations cutanées sont le plus souvent non spécifiques, ce qui
rend indispensable l’aide du laboratoire, qui seul peut apporter la
preuve diagnostique. Bien que disposant de nouveaux
antifongiques, les difficultés thérapeutiques persistent, en grande
partie liées à l’immunodépression sous-jacente qui empêche la
guérison, ainsi qu’à l’extrapolation délicate des résultats des
antifongigrammes qui ne permettent pas d’instaurer avec certitude
le bon traitement.
Le diagnostic de mycose exotique est de plus en plus souvent posé
en France parce que le nombre de voyages intercontinentaux
augmente.
La démarche diagnostique doit inclure un interrogatoire
épidémiologique concernant la durée et le lieu du séjour en zone
d’endémie (occasionnel ou prolongé), et un examen clinique
approfondi à la recherche d’éventuelles manifestations spécifiques.
Les laboratoires de mycologie et d’anatomopathologie ont un rôle
essentiel pour affirmer le diagnostic, car certaines mycoses peuvent
se présenter différemment ou mettre en cause des espèces de
champignons différentes selon la région du globe concernée.
Les antifongigrammes ne sont pas réalisables, et les traitements non
codifiés.
Pour présenter toutes ces manifestations cutanées le plus clairement
possible, une classification mycologique a été choisie : les mycoses
profondes sont abordées genre par genre, puis les mycoses dites
exotiques.
Manifestations cutanées des mycoses
profondes
:
Elles sont importantes à reconnaître puisqu’elles témoignent de
l’existence d’une infection profonde.
Elles sont parfois inaugurales
et facilement accessibles au prélèvement.
Les champignons le plus
fréquemment en cause sont Candida sp., Aspergillus sp., Cryptococcus
sp. et Fusarium sp., mais la liste ne fait que s’accroître, alors même
que certains champignons étaient considérés comme de banals
contaminants il y a quelques années.
L’utilisation de chimiothérapies
lourdes ou d’antibiotiques à large spectre, l’augmentation du
nombre de sujets potentiellement immunodéprimés (greffes
d’organes, syndrome d’immunodéficience acquise [sida],
hémopathies, cancers) expliquent cette augmentation et cette
diversité.
En raison du manque de spécificité des lésions cliniques, nous
classerons et décrirons ces différentes mycoses selon l’agent
pathogène en cause.
La démarche diagnostique doit toujours faire
intervenir conjointement le clinicien, le mycologue et
l’anatomopathologiste.
A - LEVUROSES :
Elles sont essentiellement représentées par les candidoses.
1- Candidoses
:
Rappelons que les Candida sp. sont commensales de la peau et
parfois des muqueuses, à l’exception de Candida albicans qui n’est
retrouvé à l’état sain que sur les muqueuses.
La défense de l’hôte
contre les Candida est assurée par différents moyens, dont le rôle
clef est tenu par les polynucléaires.
Les septicémies à Candida sont le plus souvent observées chez des
patients hospitalisés en réanimation, chirurgie digestive ou
hématologie, au cours d’épisodes de neutropénie (alors qu’un déficit
de l’immunité cellulaire favorise les candidoses superficielles, mais
pas les candidoses systémiques).
La dissémination se fait la plupart
du temps à partir du tube digestif, favorisée soit par une
antibiothérapie à large spectre, soit par une chimiothérapie qui altère
la muqueuse digestive.
Des disséminations peuvent également être
observées lors de mise en place de cathéters vasculaires, autorisant
ainsi le passage direct de levures cutanées dans le sang.
Cliniquement, il existe un syndrome septicémique constant associé
à diverses localisations secondaires avec une fréquence non
négligeable (10 à 15 %) d’atteinte cutanée.
Les lésions cutanées
siègent typiquement sur le tronc ou les extrémités avant de
s’étendre, peuvent être uniques ou multiples, localisées ou diffuses.
Ce sont en général des macules ou des papules qui prennent un
aspect purpurique et pustuleux.
Plus rarement, des lésions ulcéronécrotiques ont été décrites, voire d’exceptionnelles
cellulites.
Devant toute suspicion de candidose disséminée, il faut
pratiquer de façon répétée des hémocultures et rechercher d’autres
sites potentiellement à risque : l’oeil, le rein et le coeur.
Le diagnostic est confirmé par la biopsie cutanée avec examen
mycologique et étude histologique.
La culture permet d’affirmer le
genre et l’espèce de la levure pathogène : avant l’ère du fluconazole,
Candida tropicalis était responsable de 60 % des cas de candidoses
cutanées disséminées, alors que Candida albicans n’était responsable
que de 20 % d’entre elles.
Aujourd’hui, cette proportion s’est
inversée, et surtout, il existe une augmentation de la prévalence des
infections à Candida glabrata et Candida krusei.
En l’absence
d’aide histologique ou d’hémoculture positive, la culture seule ne
permet pas de différencier une simple colonisation du derme par
des levures d’une véritable infection profonde.
Le processus invasif
est prouvé si l’examen anatomopathologique montre des levures
associées à des pseudofilaments dans le derme, l’épiderme restant
intact, parfois la présence de microabcès avec une réponse
inflammatoire variable selon l’hôte, et surtout une atteinte vasculaire
importante.
Il n’y a pas encore aujourd’hui de test sérologique fiable
pour affirmer une candidose systémique, et l’antigénémie semble
avoir une sensibilité insuffisante.
La mortalité est élevée, le pronostic étant surtout fonction de l’état
immunitaire sous-jacent.
Un traitement systémique s’impose :
l’amphotéricine B (dans sa formulation standard ou liposomale) est
préférée en cas de risque vital et pour les espèces hautement
résistantes aux azolés : Candida krusei et Candida glabrata (0,5 à
1 mg/kg/j pendant 7 à 15 jours).
Le fluconazole est recommandé
dans les autres cas (400-600 mg/j en intraveineux initialement, et
relais per os à 400 mg/j).
L’itraconazole n’est pas approuvée par la
Federal Drug Administration ; le kétoconazole et le miconazole ne
sont pas conseillés du fait de l’absence d’efficacité démontrée et de
leur potentielle toxicité. Le pronostic est bien entendu lié à la
gravité de la maladie sous-jacente, à la rapidité du diagnostic et donc
du traitement.
À part, citons la candidose dite des héroïnomanes (uniquement due
à Candida albicans), qui se distingue de l’entité ci-dessus par son site
prédominant aux zones pileuses (cuir chevelu, barbe et pubis), la
douleur intense des lésions, et son aspect caractéristique sous forme
de papulopustules folliculaires inflammatoires d’un ton blanc
laiteux.
Les hémocultures restent négatives.
Le prélèvement d’un
poil montre, dès l’examen direct, son envahissement par des
filaments levuriformes, et la croissance des levures de Candida
albicans confirme le diagnostic après 24 à 48 heures de culture.
L’histologie met en évidence un infiltrat de polynucléaires
neutrophiles péripilaire, avec présence inconstante de filaments
mycéliens après coloration au periodic acid Schiff (PAS), mais sans
atteinte vasculaire.
De tels aspects ont été décrits chez des
utilisateurs d’héroïne brune diluée dans du jus de citron.
Cette
folliculite n’est pas le privilège des toxicomanes, puisque des cas
similaires ont été rapportés chez des patients modérément
immunodéprimés par une corticothérapie.
Il s’agit d’une urgence
thérapeutique du fait du risque de cécité et de septicémie.
L’évolution est favorable sous traitement antifongique précoce
(fluconazole en intraveineux à 200 ou 400 mg/j, puis relais per os).
2- Cryptococcose :
Cryptococcus neoformans est une levure ubiquitaire retrouvée
principalement dans le sol, et pénétrant chez l’homme par
inhalation.
L’incidence de la cryptococcose a fortement augmenté,
parallèlement à l’épidémie de sida : 70 % des cas sont décrits chez
des sujets infectés par le virus de l’immunodéficience humaine
(VIH), les autres chez des patients prenant une corticothérapie au
long cours, ou chez les transplantés, rénaux en particulier
(l’immunité cellulaire est le principal moyen de défense de
l’organisme contre le cryptocoque).
Les lésions cutanées sont constatées dans 2 à 10% des cas et
traduisent habituellement une atteinte systémique, l’atteinte cutanée
primitive isolée restant rare.
Elles ne sont pas spécifiques et sont de
taille variable : papules acnéiformes, nodules, lésions verruqueuses,
ulcères à l’emporte-pièce, tuméfactions sous-cutanées, ou encore
cellulites.
Chez les patients atteints du sida, les lésions peuvent
mimer des molluscum contagiosum (papules indolores qui
s’ombiliquent et parfois s’ulcèrent), un herpès, ou plus
rarement un sarcome de Kaposi.
Elles prédominent dans environ
70 % des cas à la tête et au cou, et peuvent survenir aussi bien au
stade précoce de l’infection mycosique (bien avant les manifestations
systémiques) qu’ultérieurement, au stade ultime de la dissémination.
Le diagnostic repose sur l’examen mycologique du prélèvement
(grattage de lésions pour mise en culture et biopsie cutanée).
Les
levures cryptococciques encapsulées sont facilement identifiées à
l’examen direct grâce à une coloration à l’encre de Chine.
La culture
sur milieu de Sabouraud confirme en quelques jours le diagnostic.
Il
existe deux variétés de Cryptococcus neoformans : Cryptococcus
neoformans var neoformans (le plus fréquemment retrouvé chez les
patients atteints de sida) et Cryptococcus neoformans var gatti.
Les
colorations au mucicarmin, au PAS ou à l’HES sur les coupes
histologiques mettant en évidence ces mêmes levures encapsulées, entourées ou non d’une réaction macrophagique ou
granulomateuse.
Le bilan de la dissémination de la cryptococcose
doit comprendre la recherche d’antigènes circulants dans le sang, le
liquide céphalorachidien et les urines.
Bien qu’il n’y ait pas de consensus absolu, en raison du tropisme
cérébral de la levure et donc de la potentielle gravité de l’infection,
le traitement débute préférentiellement par l’amphotéricine B (en
association ou non avec la 5-fluorocytosine).
Il est relayé par le fluconazole (le traitement prophylactique doit ensuite être poursuivi au moins jusqu’à ce que le sujet retrouve une immunité correcte,
voire à vie) ou l’itraconazole.
Le critère de guérison est la
négativité de la culture. En cas de cryptococcose cutanée primitive,
le fluconazole per os (200 mg/j pendant 10 jours, puis 100 mg/j pendant une
durée totale de 8 semaines) peut être utilisé seul, même
chez des patients immunodéprimés.
3- Trichosporonose :
Trichosporon sp. est une levure ubiquitaire saprophyte du sol et
commensale de la peau chez 12 % des sujets environ (principalement
dans la région génitale).
Sa responsabilité dans la piedra blanche est
bien connue ; elle est plus exceptionnelle dans des onyxis. Les
infections cutanées profondes sont rares et de pronostic variable.
Elles peuvent être localisées à un site unique (infection de plaie
opératoire, sous un pansement corticoïde occlusif), et leur
évolution est favorable en l’absence d’immunodépression si l’on
associe un geste chirurgical à un traitement antifongique azolé.
Plus
rares, mais gravissimes, sont les infections systémiques qui
surviennent chez des patients profondément immunodéprimés,
notamment en cas de neutropénie prolongée : l’atteinte cutanée
existe dans 30 % des cas de dissémination, sous forme de papules
érythémateuses, évoluant parfois vers des nodules ulcérés ou à
centre nécrotique, voire même des bulles hémorragiques.
Pour différencier cette éruption de celle due à des Candida, il faut
répéter les hémocultures (souvent positives), et pratiquer des
biopsies cutanées avec mise en culture et analyse histologique
(granulome avec des cellules géantes et des éléments fongiques
souvent associés dans le derme).
La taxonomie des différentes
espèces de Trichosporon s’est précisée ces dernières années ; il est
admis maintenant que Trichosporon asahii est l’espèce le plus souvent
en cause dans les infections disséminées, alors que Trichosporon
ovoides (anciennement Trichosporon beigelii) et Trichosporon inkin sont
responsables de la piedra blanche.
Une aide diagnostique
indirecte est apportée par la fréquente positivité du test antigénique
au latex cryptococcique : les antigènes sont en effet communs aux
deux levures.
L’évolution est directement liée au taux de polynucléaires
neutrophiles, et fatale dans 70 % des cas car le Trichosporon est
souvent résistant à l’amphotéricine B.
B - HYALOHYPHOMYCOSES :
Par opposition au terme de phæohyphomycoses, les
hyalohyphomycoses regroupent les champignons donnant à
l’histologie des filaments septés et clairs, dominés par le genre
Aspergillus.
De nombreux champignons, initialement considérés
comme des saprophytes, voient leur pathogénicité augmenter en
médecine humaine (pæcilomyces par exemple).
1- Aspergilloses :
Les Aspergillus sont une des moisissures les plus communes de
l’environnement de l’homme (sol, plantes, eau, air, nourriture,
matériel organique en décomposition…).
La contamination se fait
par voie aérienne le plus souvent, mais des contaminations peropératoires par dépôt de spores sur les tissus ont été décrites.
Les macrophages alvéolaires sont la première ligne de défense de
l’homme contre les conidies d’Aspergillus, et les polynucléaires
interviennent dans la lutte contre les filaments.
La neutropénie
(conséquence d’une hémopathie maligne, d’une chimiothérapie
anticancéreuse, ou d’un déficit génétique) est le principal facteur
prédisposant à l’aspergillose chez l’homme.
Le risque est
directement corrélé à la durée de la neutropénie.
Les autres
facteurs de risque sont les traitements par immunosuppresseurs
(greffe de moelle en particulier) ou par corticoïdes.
L’immunité
cellulaire et l’immunité humorale ne semblent pas avoir un rôle
important à jouer en matière de défense contre l’Aspergillus.
Quelques cas ont cependant été décrits au cours du sida, chez des
patients neutropéniques.
Les atteintes cutanées peuvent survenir soit après dissémination
hématogène d’une aspergillose pulmonaire invasive, soit
directement par une porte d’entrée cutanée.
D’exceptionnels
mycétomes à Aspergillus ont été décrits chez des sujets non
immunodéprimés.
Les atteintes cutanées primitives sont observées chez des sujets neutropéniques au niveau du site d’insertion d’un cathéter, sous un
matériel de contention, un pansement occlusif, ou encore une
brûlure étendue.
Il s’agit initialement de macules érythémateuses
ou violacées, douloureuses, qui se transforment en bulles
hémorragiques, s’ulcèrent et réalisent des escarres à centre
nécrotique, faisant évoquer à tort un pyoderma gangrenosum.
Des aspects de cellulite indurée peuvent se voir au dos de la main
(à l’endroit du cathéter).
Des papules ou des nodules sont
également observés, alors que les lésions pustuleuses sont
rares.
Les lésions cutanées observées après dissémination hématogène sont
rares (moins de 10 %) et prennent préférentiellement l’aspect de
nodules plus ou moins profonds, ou de macules purpuriques
avec infarcissement central des lésions.
Le diagnostic repose sur l’association des examens histologiques et
mycologiques.
La présence dans le derme de filaments hyalins septés avec des branchements dichotomiques est très évocatrice
d’Aspergillus, et l’invasion fongique des vaisseaux est
habituelle.
La culture permet d’isoler le plus souvent Aspergillus fumigatus ou Aspergillus flavus, mais en raison de l’ubiquité de ces
moisissures, la culture doit être confrontée avec l’examen
histologique afin d’affirmer leur caractère pathogène.
La recherche
d’anticorps sériques n’a pas d’intérêt diagnostique chez un patient
immunodéprimé, mais la recherche d’antigènes circulants (détection
du galactomannane d’Aspergillus fumigatus par technique [enzymelinked
immunosorbent assay [Elisa]) est intéressante au cours des
aspergilloses invasives, car elle est à la fois sensible et spécifique.
Les hémocultures restent négatives.
Le traitement antifongique par voie systémique est nécessaire dans
toutes les formes d’aspergillose invasive, où seuls l’amphotéricine B
(qui reste encore le traitement de référence) et l’itraconazole sont
admis ; malgré leur activité in vitro, l’efficacité de ces
médicaments reste faible in vivo.
Le voriconazole (nouveau
triazolé dérivé du fluconazole et ayant une activité fongicide sur
l’Aspergillus) est en cours d’évaluation dans des infections fongiques
sévères.
Malgré la rapidité d’instauration du traitement par amphotéricine B, l’immunodépression sous-jacente empêche souvent
une évolution favorable.
2- Fusarioses :
Le Fusarium est un champignon filamenteux ubiquitaire, très
répandu dans l’air et le sol, et dont le mode de pénétration chez
l’homme est mal connu.
La dissémination peut être secondaire à un
onyxis à Fusarium (d’où l’importance de l’examen clinique complet),
mais la contamination aérienne est également possible.
Initialement
considérés comme des contaminants de culture, les Fusarium sont
reconnus comme de redoutables agents pathogènes fongiques à
haute létalité.
Ils sont responsables d’infections opportunistes en
pleine augmentation, liées à la neutropénie induite par des
chimiothérapies anticancéreuses, des transplantations d’organe ou
de moelle.
Les lésions cutanées sont observées dans 70 % des cas de fusarioses
disséminées.
Elles apparaissent souvent précocement au cours de
l’infection, mais ne sont pas spécifiques : macules ou papules
érythémateuses douloureuses, nodules parfois violacés, souvent
ulcérés en leur centre et rapidement nécrotiques.
Elles sont en
général disséminées mais prédominent aux extrémités.
Quelques
atteintes muqueuses ont été signalées au niveau de la bouche
principalement.
Des lésions cutanées uniques à type de
granulome annulaire ont été observées chez des patients non
immunodéprimés et traitées avec succès par le kétoconazole.
Toute lésion cutanée chez un patient neutropénique doit être
impérativement biopsée et mise en culture.
En effet, le Fusarium
mime les lésions cutanées aspergillaires, mais est souvent résistant à
l’amphotéricine B.
Pour affirmer la pathogénicité d’un Fusarium en
culture, l’examen histologique doit montrer des filaments hyalins
dans les lésions, à l’intérieur et autour des vaisseaux dermiques,
responsables parfois de thrombose et de nécrose tissulaire.
Ces
filaments sont peu différentiables des filaments d’Aspergillus ou de Scedosporium, ce qui peut engendrer des difficultés diagnostiques
lorsque la culture met en évidence deux champignons différents et
compatibles avec l’aspect histologique.
L’identification de l’espèce
de Fusarium est souvent compliquée (environ 200 espèces de
Fusarium décrites).
On retrouve le plus souvent Fusarium oxysporum,
Fusarium solani et Fusarium verticilloides au cours des fusarioses
disséminées.
Curieusement, et contrairement aux infections
disséminées dues à d’autres champignons filamenteux (tels que
l’Aspergillus), les hémocultures sont positives dans 60 % des cas.
Le pronostic des fusarioses disséminées est mauvais (la mortalité est
estimée à plus de 50 %), et directement lié à la récupération de la
fonction des polynucléaires.
L’amphotéricine B reste le traitement de
référence, malgré sa faible efficacité.
3- Pénicilliose à « Penicillium marneffei »
:
Tous les cas décrits semblent provenir de l’Asie du Sud-Est,
notamment de Thaïlande où cette infection prend le quatrième rang
des infections opportunistes (chez des patients traités par
corticothérapie ou atteints du sida), mais l’habitat de Penicillium
marneffei est mal connu.
L’infection prédomine aux niveaux pulmonaire, lymphatique,
hépatique et cutané.
Les lésions cutanées, présentes dans 71 % des
cas, sont en général multiples, érythémateuses, souvent papuleuses,
ou acnéiformes.
Le diagnostic repose sur l’examen histologique (de la biopsie
cutanée, de la ponction ganglionnaire ou du lavage bronchoalvéolaire selon la lésion) qui montre des éléments
levuriformes mis en évidence par une coloration au PAS, à ne pas
confondre avec des leishmanies ou des levures d’Histoplasma
capsulatum.
La culture sur milieu de Sabouraud confirme la nature
dimorphique du champignon.
Le traitement repose sur l’amphotéricine B ou l’itraconazole, selon
l’état du patient.
C - MUCORMYCOSES :
Cosmopolites mais rares, ce sont des mycoses à tropisme vasculaire
important.
La porte d’entrée du champignon peut être nasale (chez
les diabétiques), cutanée (chez les grands brûlés), ou digestive (chez
les malades dénutris).
Les mucormycoses cutanées primitives semblent être en
augmentation ces dernières années, favorisées par une rupture de
l’intégrité de la barrière cutanée, comme par exemple lors
d’interventions chirurgicales (y compris la pose d’un cathéter), de
brûlures, ou d’autres formes de traumatismes. De nombreux cas ont
été décrits entre 1978 et 1988, dus à l’utilisation en postopératoire de
bandes adhésives élastiques.
Les mucormycoses dites secondaires sont plus rares et résultent en
général d’une dissémination à partir d’un foyer pulmonaire chez
des patients sévèrement immunodéprimés (traitements
hématologiques).
Les lésions cutanées s’étendent sur un mode
aigu ou subaigu, en « tache d’huile », avec ulcération nécrotique au
centre.
L’évolution est en général favorable en l’absence de facteurs
favorisants, ou rapide vers le décès par thrombose extensive des
vaisseaux, surtout en cas d’atteinte cérébrale ou carotidienne
associée.
L’histopathologie de telles mycoses est évocatrice car elle montre
une nécrose associée à une atteinte vasculaire avec thrombose et
infarctus, et la présence d’hyphes fongiques caractéristiques des
zygomycètes ou champignons inférieurs.
Le traitement comporte en priorité un débridement chirurgical
important de tous les tissus infectés, ainsi que le contrôle éventuel
d’une décompensation acidocétosique (fréquente), et la mise en
route d’un traitement par amphotéricine B.
Manifestations cutanées des mycoses
exotiques :
L’origine géographique du patient et les notions de voyages, même
anciens, sont deux données fondamentales à connaître.
L’absence de
contamination interhumaine est le point commun de ces mycoses,
transmises soit par inoculation, soit par inhalation.
A - MYCOSES EXOTIQUES À TRANSMISSION CUTANÉE
:
1- Mycétomes
:
Ce sont des infections granulomateuses chroniques de la peau et
des tissus sous-cutanés, qui libèrent, par des fistules, des grains
filamenteux de couleur variable selon l’agent pathogène en cause.
Ce dernier est un organisme saprophyte du sol ou des végétaux, de
nature fongique (on parle d’eumycétome) ou bactérienne (seuls les
actinomycètes aérobies peuvent provoquer des actinomycétomes).
La pénétration de l’agent se fait par inoculation traumatique (piqûre
par un épineux, arête de poisson, blessure par un outil, voire même
piqûre d’insecte ou morsure de serpent…).
L’homme est atteint
cinq fois plus souvent que la femme, habituellement entre 20 et 40
ans, et surtout en milieu rural.
Cette pathologie est exclusivement
humaine, cosmopolite, avec une prédilection pour les régions
chaudes et sèches du globe.
Les mycétomes des extrémités sont les plus fréquents, surtout aux
pieds (environ 70 % des localisations en Afrique) : c’est le classique
« pied de Madura », mais des mycétomes de la nuque, du cuir
chevelu, des fesses..., ont été décrits.
L’évolution est lente,
chronique et le plus souvent indolore, avec un délai parfois de
quelques années avant la première consultation : un nodule cutané
unique parfois un peu inflammatoire apparaît au lieu de pénétration
du micro-organisme, puis la tuméfaction s’étend en superficie et en
profondeur.
Enfin, la fistulisation à la peau permet de voir sourdre
des grains qui signent le diagnostic de mycétome : les grains noirs
sont très en faveur d’une origine fongique, les rouges d’une origine actinomycosique ; seuls les blancs posent un problème d’orientation.
Après quelques années d’évolution, l’envahissement progresse en
profondeur vers l’os, occasionnant ainsi tardivement des douleurs,
alors que les tendons, muscles et nerfs semblent résistants à
l’invasion fongique.
Les symptômes systémiques sont exceptionnels,
et en relation avec une surinfection secondaire.
Les formes atypiques
de mycétome peuvent faire discuter une autre mycose, une tumeur
bénigne...
Le diagnostic de certitude est obtenu par examen
anatomopathologique de la lésion, avec colorations spécifiques (les
grains ont une affinité tinctoriale variable vis-à-vis d’elles, et un
aspect différent selon l’espèce en cause), et mise en culture
des grains recueillis sur des milieux de culture adaptés.
Les
champignons le plus fréquemment isolés sont Pseudallescheria boydii,
Leptospheria senegalensis et Madurella mycetomatis.
Certains dermatophytes peuvent engendrer un mycétome du cuir chevelu
(Microsporum ferrugineum est l’espèce la plus souvent incriminée),
qui peut faire penser à tort à un xanthome ou un kyste sébacé.
Le
bilan d’extension comporte des radiographies des parties molles et
des os, à la recherche d’images d’ostéolyse ou d’ostéogenèse périostée.
Le traitement, non codifié, privilégie la chirurgie d’exérèse de la
lésion (pouvant aller jusqu’à l’amputation en cas d’atteinte osseuse),
associée à un traitement antifongique pendant plusieurs mois : le kétoconazole et l’itraconazole
ont parfois conduit à une guérison, mais la reprise
ultérieure du processus est fréquente.
La seule prophylaxie possible est le port
de chaussures.
2- Chromomycoses :
Ce sont des lésions chroniques dues au développement de
champignons de la famille des Demiatiaceae (c’est-à-dire
champignons noirs) dans les tissus cutanés.
Leur répartition
géographique est superposable à celle des mycétomes (Madagascar
étant le pays où l’endémicité est la plus grande), mais il existe une
étroite corrélation entre le climat, la végétation et l’espèce en cause.
Les études épidémiologiques rapportent une prédominance masculine, sauf au Japon et au Gabon, chez les agriculteurs et
dans les autres professions rurales, mais sans incidence de l’origine
ethnique ou de l’âge.
Bien que les modalités exactes de
contamination de la chromomycose ne soient pas certaines,
l’inoculation percutanée directe du champignon paraît le plus
souvent en cause.
À la différence des mycétomes, l’état général
du patient semble intervenir dans l’apparition et l’extension de la
maladie.
Les lésions prédominent aux membres inférieurs dans 80 % des cas,
et ont un début plus précoce que dans les mycétomes, puisqu’en
quelques jours une papule peut apparaître, se transformer en
pustule, puis en nodule verruqueux ou squameux.
L’évolution est
lente (sur plusieurs années), centrifuge, avec parfois apparition de
petites lésions satellites autour de la lésion initiale.
À la phase
d’état, les lésions peuvent se présenter sous la forme de nodules
verruqueux et pseudotumoraux, de lésions bourgeonnantes
réalisant au maximum un aspect en « choux-fleur », ou encore de
lésions en plaques psoriasiformes.
La chronicité des lésions
peut aboutir à un blocage du système lymphatique et entraîner un
éléphantiasis.
L’autocontamination, fréquente, secondaire au
grattage, fait apparaître de nouvelles lésions en une autre partie du
tégument, évoluant alors pour leur propre compte.
Cependant,
aucun cas de contamination interhumaine n’a été rapporté.
Les
lésions ne sont en général ni douloureuses, ni inflammatoires, sauf
en cas de surinfection bactérienne secondaire.
L’envahissement
profond reste exceptionnel : des formes méningées et osseuses ont
été décrites avec certaines espèces, assimilant ainsi la chromomycose
aux phæohyphomycoses.
La transformation maligne des lésions en
carcinome épidermoïde est rare (environ 14 cas ont été colligés dans
la littérature) ; l’évolution est lente car ils sont peu invasifs.
Les
principaux diagnostics différentiels sont la leishmaniose cutanée
croûteuse, la tuberculose cutanée ou la lèpre, voire un psoriasis.
Le diagnostic comprend toujours un examen mycologique et une
étude anatomopathologique : l’examen direct des squames issues du
grattage des lésions permet à lui seul d’affirmer le diagnostic en
visualisant les cellules fumagoïdes (ce sont des éléments arrondis,
unicellulaires, de 4 à 15 µm de diamètre, de coloration brunâtre, dont
la reproduction se fait par scissiparité et non par bourgeonnement).
Les cultures sur milieu de Sabouraud permettent d’identifier
l’agent responsable en 15 jours environ : les six principaux agents
de la famille des Dematiaceae sont : Fonsecaea pedrosoi, Cladosporium
carrionii (les deux plus fréquents, le premier prédominant dans les
régions chaudes et humides, le second dans les zones sèches et
arides), Phialophora verrucosa, Wangiella dermatitidis, Fonsecaea
compacta et Rhinocladiella cerophila.
Les lésions histologiques sont très
évocatrices : l’hyperplasie est importante, associant hyperkératose, hyperacanthose et papillomatose.
Des microabcès épidermiques sont
présents, contenant parfois les cellules fumagoïdes encerclées par
des cellules géantes de type cellules de Langerhans.
Dans le derme,
la réponse granulomateuse est importante, contenant parfois des
abcès avec des degrés divers de nécrose et suppuration.
Les traitement sont décevants.
La chirurgie d’exérèse ou le laser
peuvent être tentés si la lésion est localisée.
Le traitement
antifongique doit être prescrit sur de longues périodes bien que les
guérisons définitives restent rares : les associations thiabendazole
et/ou amphotéricine B et 5-flucytosine peuvent donner de bons
résultats.
L’itraconazole (200 mg/j) a également été testée en
association avec la 5-flucytosine, avec cicatrisation observée 3 mois
après l’arrêt du traitement.
La terbinafine (500 mg/j pendant 6 à
12 mois) donne des résultats prometteurs dans une étude faite à
Madagascar sur les chromomycoses dues à Cladosporium carrionii et
Fonsecae pedrosoi.
3- Phæohyphomycoses :
Ce terme a été créé en 1974 pour regrouper les champignons
dématiés autres que ceux responsables de chromomycose ou de
mycétome.
Il englobe en fait un ensemble très hétérogène de
champignons à filaments noirs, responsables des lésions
superficielles, sous-cutanées ou profondes.
Environ 80 agents
étiologiques ont été répertoriés, ayant tous en commun d’exister
dans leur forme parasitaire (c’est-à-dire dans les tissus), sous la
forme de filaments bruns septés mais irréguliers, souvent associés à
des éléments levuriformes mal définis.
La liste de ces agents
augmente régulièrement, parallèlement au nombre d’infections
opportunistes chez les immunodéprimés.
La répartition
géographique, l’habitat, la fréquence et la pathogénicité de ces
champignons sont excessivement variables selon l’espèce en cause.
De même, certains phæohyphomycètes peuvent provoquer une
phæohyphomycose chez certains patients, mais un mycétome ou
encore une chromomycose chez d’autres.
Le degré de
déficience immunitaire du patient intervient dans l’extension des
lésions.
Il résulte de cette complexité un large éventail de formes cliniques
cutanées, selon la profondeur de l’invasion fongique, qui va de la
colonisation de la couche cornée à l’atteinte sous-cutanée.
* Phæohyphomycoses limitées à la couche cornée
:
La tinea nigra est une lésion brunâtre squameuse d’une paume
(souvent de façon exclusive), due à Exophiala werneckii.
La piedra
noire se manifeste par la présence de nodules bruns autour des
cheveux ou des poils, due à Piedrae hortae.
Ces deux entités sont bénignes, relativement fréquentes, et
prédominent sous les tropiques.
Le diagnostic est mycologique et le
traitement local.
* Phæohyphomycoses limitées à l’épiderme
:
Les deux exemples suivants illustrent la difficulté d’interprétation
des résultats mycologiques : la simple présence d’un champignon
en culture ne suffit pas pour l’incriminer dans la genèse d’une lésion.
Les Alternaria sp. sont des champignons cosmopolites extrêmement
répandus dans l’environnement, qui peuvent être identifiés dans une
lésion qu’ils n’ont pas créée, ou être considérés à tort comme
contaminants.
Les alternarioses superficielles représentent à ce titre
une entité bien discutable, puisque caractérisée par la présence
d’éléments fongiques dans l’épiderme uniquement, chez des sujets
le plus souvent immunocompétents.
Elles guérissent spontanément
car l’Alternaria n’est présent qu’en tant que contaminant chez un
sujet sain travaillant en général dans les champs.
Scytalidium dimidiatum est un parasite des plantes dans les régions
tropicales et subtropicales du globe (Antilles, Afrique noire), qui
pénètre chez l’homme sain probablement par microtraumatisme.
Scytalidium dimidiatum et Scytalidium hyalinum (qui n’a pas été isolé
du milieu naturel) sont appelés « pseudodermatophytes », car ils
sont responsables de lésions interdigitales, palmoplantaires et
unguéales, en tous points semblables à celles de Trichophyton rubrum.
Le diagnostic est facile par grattage des lésions et
ensemencement sur milieu de Sabouraud.
Le traitement est mal
codifié car ces champignons paraissent insensibles aux traitements
antifongiques actuels.
* Phæohyphomycoses dermiques
:
Leur existence est indiscutable si l’examen histologique et la culture
mycologique sont concordants.
La lésion est en général unique et
située préférentiellement dans une région cutanée découverte.
Initialement maculeuse, puis papuleuse, elle évolue vers un nodule
rouge violacé, parfois ulcérocroûteux ou verruqueux.
Le diagnostic repose sur la biopsie cutanée avec examen
histologique (mise en évidence d’une réaction granulomateuse
entourant les éléments fongiques au sein du derme moyen ou
supérieur) et mise en culture sur milieu de Sabouraud
(l’identification du genre est aisée, contrairement à celle de l’espèce).
Les champignons du genre Alternaria sont le plus fréquemment
impliqués en pathologie humaine, notamment Alternaria alternata et
Alternaria tennuissima.
La corticothérapie générale favorise les alternarioses dermiques, qui guérissent le plus souvent facilement,
soit à l’arrêt de l’immunodépression si cela est possible, soit avec
l’exérèse chirurgicale de la lésion, et n’évoluent jamais vers une
atteinte systémique.
Les traitements antifongique par voie
générale (azolés principalement) ne sont discutés qu’en cas de lésion
très étendue inopérable ou de maladie systémique sous-jacente
grave.
Tous les champignons noirs, dont l’habitat naturel est le sol ou les
végétaux, peuvent entraîner des lésions similaires, notamment Scedosporium apiospermum, Curvularia sp. ou Cladosporium sp.
Dans une étude faite en 1990 sur une série de patients présentant
des lésions cliniques variées de phæohyphomycoses, le traitement
par itraconazole est comparable au traitement par amphotéricine B,
mais la réponse au traitement est influencée par beaucoup de
facteur, tels que l’immunocompétence de l’hôte, le site et l’évolution
des lésions, ainsi que l’espèce fongique en cause.
* Phæohyphomycoses sous-cutanées
:
Les granulomes ou kystes sous-cutanés sont caractéristiques des
manifestations cutanées des phæohyphomycoses.
La contamination
se fait par inoculation directe du champignon à l’aide d’un objet ou
un végétal souillé (sa rétention est un facteur déterminant), puis un
nodule se forme, non inflammatoire, non douloureux, ne modifiant
pas la surface de l’épiderme et non adhérent aux muscles ni aux os
sous-jacents.
Il évolue vers la nécrose et l’abcédation, mais sans
tendance à la fistulisation.
L’évolution est lente, sur des mois, voire
des années.
Les nodules mesurent 2,5 cm de diamètre en moyenne,
sont bien encapsulés chez les sujets immunocompétents, moins bien
chez les immunodéprimés, ce qui peut entraîner parfois la
fistulisation à la peau chez ces derniers.
L’immunodépression
sous-jacente, inconstante, est surtout due à des traitement corticoïdes
au long cours ou à des pathologies chroniques telles que le diabète.
L’examen histologique de la lésion montre un abcès centré par une
zone de nécrose suppurée renfermant parfois des débris du
champignon ou plus rarement du végétal, et entouré d’une
importante réaction macrophagique épithélioïde et
gigantocellulaire.
La simple constatation d’hyphes permet
d’éliminer d’une part les granulomes à corps étrangers, kystes de
Baker ou encore kystes à inclusions épidermiques, et d’autre part
certaines mycoses exotiques au stade initial (chromomycose,
blastomycose).
La mise en culture des prélèvements est
souhaitable pour identifier le champignon pathogène ; il faut rester
prudent dans l’interprétation des résultats, car des champignons saprophytes peuvent venir se greffer secondairement sur une lésion
due à un autre pathogène.
De nombreuses espèces (dont le nombre
semble augmenter régulièrement) ont été isolées : on retrouve plus
volontiers Exophiala jeanselmei ou Phialophora verrucosae, agents
également responsables de mycétomes et de chromomycoses.
L’exérèse chirurgicale du kyste est nécessaire et souvent suffisante
pour obtenir une guérison.
* Phæohyphomycoses profondes avec manifestations cutanées
:
Rarissimes mais gravissimes, elles surviennent de façon
prédominante mais non exclusive chez les sujets immunodéprimés.
La porte d’entrée peut être respiratoire ou cutanée.
De nombreuses
publications font état chez des patients non immunodéprimés de
lésions cutanées disséminées (lésions papuleuses à centre
nécrotique), souvent associées avec des lésions cérébrales, survenant
au décours d’accidents avec immersion.
Scedosporium
apiospermum, classé dans les phæohyphomycètes par McGinnis, bien
qu’il ne produise pas de filaments noirs dans les tissus, est
fréquemment isolé en culture.
Le traitement, toujours systémique,
n’est pas codifié.
4- Sporotrichose :
C’est une pathologie cutanée subaiguë ou chronique, qui apparaît
après une blessure parfois méconnue par un débris végétal le plus
souvent, mais des contaminations « expérimentales » ont été décrites
dans des laboratoires.
L’agent responsable, Sporothrix schenckii, est
un champignon dimorphique (c’est-à-dire qu’il se comporte
différemment selon le milieu dans lequel il se trouve : il est visualisé
sous forme de levure dans les tissus, et sous forme filamenteuse
dans le milieu naturel et en culture).
Il est cosmopolite, mais son
importance est variable d’un pays à l’autre et évolue au cours du
temps.
On le retrouve surtout dans les pays tempérés et chauds,
mais il est également présent en France (notamment sur des
fragments de feuilles et d’écorces d’eucalyptus et de conifères, en
Alsace et en Corse).
Des zones d’endémie existent (Mexique,
Guatemala, Venezuela, Brésil, Afrique du Sud, Japon), alors que les
cas français autochtones restent très rares.
Ni le sexe, ni l’origine
ethnique, ni l’âge ne semblent intervenir.
Différentes formes cliniques sont possibles en fonction du statut
immunitaire de l’hôte.
En zone d’endémie, on observe surtout la
forme cutanée localisée, dite fixe.
Une lésion unique se développe
au point d’inoculation du champignon, sous forme d’un petit nodule
indolore et ferme qui peut s’ulcérer, devenir végétant, ou croûteux.
L’extension locale (sans dissémination lymphatique ou hématogène)
est possible avec de petites lésions satellites proches qui évoluent
sur le même mode.
Les guérisons spontanées existent.
Il est possible
d’évoquer à ce stade un anthrax, une leishmaniose, une
mycobactérie atypique, une syphilis, ou une tuberculose cutanée.
En
dehors des zones d’endémie, les extensions lymphatiques sont
fréquentes (75 % des cas).
La lésion initiale évolue en 15 jours
vers un aspect nécrotique (chancre sporotrichosique), puis de
nouvelles lésions indolores apparaissent, alignées sur le trajet des
vaisseaux lymphatiques, pouvant s’ulcérer et persister des mois.
À
ce stade, on n’observe théoriquement pas de guérison spontanée.
Ces lésions en cordon peuvent faire évoquer une mycobactérie
atypique, une leishmaniose, une tuberculose, ou une chromomycose.
Très exceptionnelles mais gravissimes, des disséminations
secondaires (cérébrales, voire diffuses) ont été observées à partir de
foyers cutanés chez des sujets immunodéprimés.
D’autres atteintes
primitives ont été décrites, notamment de la muqueuse buccopharyngée (lésions très douloureuses).
Le diagnostic d’une sporotrichose repose sur l’étude mycologique
du pus des lésions cutanées : l’examen direct peut montrer des
levures, et la culture sur milieu de Sabouraud à 27 °C permet
d’obtenir la forme mycélienne, la culture sur milieux de Löwenstein
permettant d’éliminer le diagnostic de mycobactéries.
L’examen
histologique du fragment biopsique met en évidence une réaction
inflammatoire polymorphe précoce et non spécifique, où le
champignon est difficile à trouver ; la présence de corps astéroïdes
signe la chronicité des lésions, mais n’est pas spécifique.
Le traitement peut reposer encore aujourd’hui sur l’iodure de
potassium, qui est efficace et peu coûteux, mais de manipulation
peu facile.
L’alternative est d’utiliser pendant plusieurs mois (en
association avec une exérèse des lésions si elles sont localisées) soit
l’itraconazole (100 à 200 mg/j), soit le fluconazole (400 mg/j) qui
entraînent la guérison.
Le saperconazole est en cours
d’évaluation, mais semble encore plus efficace et mieux toléré que
l’itraconazole.
La terbinafine (dans une étude toujours
en cours comparant deux doses à 500 et à 1 000 mg/j)
entraîne une guérison ou une nette amélioration des
lésions chez 83 % des patients.
5- Lobomycose :
Moins de 500 cas ont été décrits, surtout dans la zone intertropicale
du nouveau monde, chez des agriculteurs adultes de sexe masculin.
L’évolution des lésions est très lente, sous la forme de papules ou de
plaques infiltrées, de nodules dermiques évoquant des chéloïdes, ou
de lésions verruqueuses et infiltrées.
Elles sont le plus souvent
uniques ou regroupées en un site, aux membres ou à l’hélix de
l’oreille.
Le diagnostic de certitude repose sur l’examen histologique.
L’examen mycologique se limite à l’examen direct, le champignon Paracocidioïdes loboï n’ayant pas encore réussi à être cultivé chez
l’homme.
L’abstention thérapeutique est conseillée, le risque de récidive ou de
chéloïde après exérèse étant souvent plus important que le préjudice
fonctionnel ou esthétique.
Dans les rares formes disséminées, on
peut essayer la 5-fluorocytosine, mais les traitements doivent être
longs.
Les autres agents antifongiques ont été testés sans trop de
succès.
B - MYCOSES EXOTIQUES À TRANSMISSION AÉRIENNE
:
Elles sont dues à des champignons saprophytes de la nature (sols,
végétaux…) qui pénètrent chez l’homme par inhalation et qui ont la
caractéristique d’être dimorphiques, c’est-à-dire qui se présentent
sous forme de levure dans les tissus et en culture à 37 °C, et sous
forme filamenteuse en culture à 30 °C.
Bien que le plus souvent
asymptomatiques, les lésions sont initialement pulmonaires, puis
disséminent selon l’état immunitaire de l’hôte et la quantité de
l’inoculum inhalé.
Il n’y a pas de contagion interhumaine de ces
mycoses, représentées en majorité par l’histoplasmose et la coccidioïdomycose.
1- Histoplasmoses :
Deux formes humaines ont été décrites, dues le plus souvent à Histoplasma capsulatum et plus rarement à Histoplasma duboisii.
* Histoplasmose à « Histoplasma capsulatum » ou histoplasmose
à petites cellules
:
Le guano de chauve-souris, retrouvé dans des grottes (États-Unis
surtout, Amérique centrale ou du Sud, Afrique centrale), ainsi que
certains arbres recouverts d’oiseaux, représentent les principales
causes de contamination, à l’origine de petites épidémies (expédition
dans des grottes ou abattage d’arbres).
L’infection est latente dans
95 % des cas ou sous la forme d’une primo-infection pulmonaire de
résolution spontanément favorable en quelques mois chez les sujets
sains, mais se généralisant chez les sujets immunodéprimés
(notamment VIH positifs, avec un taux de CD4 inférieur à
200/mm3) ; l’infection disséminée représente aujourd’hui la
troisième mycose opportuniste chez les sujets atteints du sida, mais
a été observée également chez des patients atteints d’hémopathies
ou sous corticothérapie au long cours, et est actuellement la
première mycose d’importation en France.
La dissémination peut se
faire lors d’une primo-infection ou lors d’une réactivation du
champignon, parfois même des années après l’infestation.
Les lésions purement cutanées au cours de ces disséminations sont
rares (moins de 10 %), alors que 40 % des patients présentent une
ulcération de la muqueuse buccale (c’est curieusement le contraire chez les sujets infectés par le VIH).
Ces manifestations cutanées
sont polymorphes, non spécifiques, et plus fréquentes chez les sujets
à VIH revenant d’Afrique que chez ceux revenant d’Amérique :
éruption de papules ombiliquées mimant des molluscum
contagiosum, pseudofolliculite, lésions purpuriques, pustuleuses
ou acnéiformes (fréquentes chez les sujets atteints du sida),
nodules isolés, rarement hyperpigmentation diffuse (résultant
d’une infiltration fongique de la surrénale) ou éruption
maculopapuleuse.
Des réactions non spécifiques d’hypersensibilté
ont été rapportées : érythème noueux, érythème polymorphe ou
érythodermie.
Le diagnostic repose sur les examens histologiques et mycologiques.
L’aspect histologique montre un granulome à cellules épithélioïdes
et géantes, et les colorations spécifiques (Gomori-Grocott et PAS)
permettent de visualiser les levures intramacrophagiques et parfois
libres dans le derme.
La sérologie et l’intradermoréaction (IDR) ont
surtout une valeur épidémiologique : 12 à 20 % de la population
américaine (en zone d’endémie) ou martiniquaise a une IDR positive
à l’histoplasmine.
L’antigénémie (pratiquée dans un seul
laboratoire, aux États-Unis) peut être utile au diagnostic dans ces
formes disséminées.
Le traitement repose sur l’amphotéricine B par voie intraveineuse
chez les sujets immunodéprimés, ou sur les azolés, notamment
l’itraconazole, en première intention chez les sujets
immunocompétents (200 à 400 mg/j).
Ces traitements sont à
poursuivre au-delà de l’apparente guérison clinique chez les sujets
sains, et à vie (ou tout du moins jusqu’à récupération d’une
immunité correcte) chez les sujets immunodéprimés en relais de
l’amphotéricine B.
Le fluconazole aux doses usuelles est moins
efficace.
*
Histoplasmose à « Histoplasma duboisii » ou histoplasmose
à grandes cellules
Histoplasma duboisii n’a pas été isolé dans la nature, et son mode de
pénétration chez l’homme est encore incertain.
Uniquement
rencontrée en Afrique noire (surtout centrale et de l’Ouest) et à
Madagascar, cette forme d’histoplasmose est plus fréquente chez les
Africains que chez les Européens vivant en zone d’endémie, et
touche les sujets sains.
Pour des raisons inconnues, les sujets VIH
positifs sont exceptionnellement contaminés.
Les lésions associent principalement des atteintes ganglionnaires,
osseuses et cutanées, ce qui peut faire évoquer une tuberculose.
Les
manifestations cutanées sont uniques ou multiples, souvent d’un
grand polymorphisme, et siègent exceptionnellement aux pieds,
malgré une évidente vulnérabilité aux inoculations traumatiques.
On observe des papulonodules qui peuvent s’ulcérer, et surtout
s’ombiliquer, faisant penser à tort à des molluscum contagiosum,
plus rarement à des abcès chroniques. Les atteintes muqueuses sont
rarissimes.
Le diagnostic est histologique et mycologique : les levures sont de
grande taille, en forme de citron.
La sérologie et l’IDR n’ont pas
d’intérêt diagnostique.
Le traitement repose sur les azolés, notamment l’itraconazole, voire
sur l’amphotéricine B par voie intraveineuse, à poursuivre parfois des années,
bien au-delà de l’apparente guérison clinique.
2- Coccidioïdomycose :
Coccidioïdes immitis se trouve sous la forme de mycélium arthrosporé
dans le sol des régions à végétation xérophile du continent américain
(sud-ouest des États-Unis, nord du Mexique, et quelques foyers en
Amérique centrale et du Sud), et peut être dispersé vers d’autres
lieux par la sécheresse et le vent, parfois à l’origine d’épidémies.
Les
spores inhalées sont transformées en quelques heures en sphérules
remplies d’endospores (d’exceptionnelles contaminations
transcutanées ont été décrites).
L’infection est latente dans 60 %
des cas, mais des manifestations d’hypersensibilité retardée sont
parfois observées : érythème noueux (plus volontiers chez les
femmes caucasiennes), érythème polymorphe (en général limité à la
moitié supérieure du corps), ou éruption maculopapuleuse
généralisée. Elles disparaissent spontanément en plusieurs semaines
et semblent être de bon pronostic.
La dissémination est très rare
(moins de 1 %), souvent létale et constatée surtout chez les sujets
immunodéprimés (sida, transplantations, hémopathies…), les
femmes enceintes et dans certaines ethnies (notamment les
Philippins et les Africains).
Elle se fait par voie hématogène et
entraîne des lésions essentiellement cutanées, mais aussi méningées
(30 %) et osseuses (20 %).
Les manifestations cutanées apparaissent préférentiellement au
visage ou au cuir chevelu entre 1 et 72 mois après l’infestation
initiale.
Il peut s’agir de multiples lésions papuleuses, nodulaires ou
pustuleuses, de plaques granulomateuses isolées ou encore d’abcès
sous-cutanés non douloureux.
Plus rarement, on observe de grandes
plaques verruqueuses déformant complètement le visage, ou des
ulcères chroniques, reflets de la fistulisation de lésions sous-cutanées
ou osseuses sous-jacentes.
Aucune lésion n’est spécifique, et il est
parfois difficile d’éliminer d’autres diagnostics : dermatite de
contact, rosacée, kératose actinique, carcinome spinocellulaire,
lèpre, tuberculose, voire mycosis fongoïde.
Le diagnostic est mycologique (mais l’identification du champignon
est difficile et sa culture potentiellement dangereuse) et histologique :
abcès avec nécrose, hyperplasie épithéliale avec granulome et
microabcès, prolifération vasculaire et périvasculaire.
La présence
d’éosinophiles tissulaires peut être très importante, sous la forme de
formations abcédées à éosinophiles ou d’une simple inflammation périvasculaire.
Seule la visualisation dans le derme des sphérules
contenant les endospores signe avec certitude le diagnostic,
observées soit libres, soit au sein de cellules géantes grâce à des
colorations spécifiques (le PAS ne colore que les endospores, le Gomori-Grocott et l’hématoxyline-érythrosine-safran [HES] colorent
les sphérules).
La positivation de l’IDR à la coccidioïdine est précoce
et intéressante uniquement pour les sujets ne vivant pas en zone
d’endémie.
La sérologie permet, selon les techniques utilisées, de
détecter les anticorps immunoglobulines (Ig) M ou IgG, de façon
sensible et relativement spécifique ; notons en particulier la
technique de fixation du complément qui autorise le suivi de la
maladie et donne son pronostic.
Dans le cas des coccidioïdomycoses disséminées, le traitement
cherche surtout à améliorer la qualité de vie des patients et à freiner
le processus plutôt qu’à entraîner la guérison.
Lorsque les lésions
sont peu évolutives et limitées aux tissus sous-cutanés, on peut
essayer l’exérèse chirurgicale (en cas d’abcès par exemple), en
association avec un traitement antifongique oral, à poursuivre
pendant de longs mois (parfois des années) : dans ce cas,
l’itraconazole ou le fluconazole semblent plus efficaces et mieux
tolérés que le kétoconazole, mais l’amphotéricine B doit être
privilégiée en cas de forme sévère ou d’emblée diffuse.
En cas de coccidioïdose cutanée primitive, la lésion, en général unique, a
tendance spontanément à disparaître, mais certains auteurs
préconisent de principe un traitement par azolés. Des essais de vaccination sont
en cours, et la seule prophylaxie possible est
l’asphaltage des routes, évitant la mise en suspension
des spores.
3- Paracoccidioïdomycose :
Isolé sporadiquement du sol et de l’eau, l’habitat du champignon
Paracoccidioïdes brasiliensis est mal connu.
Uniquement rencontrée
sur le continent américain, du Mexique à l’Argentine, la paracoccidioïdomycose (ou blastomycose sud-américaine) est une
maladie rare qui prédomine chez les sujets masculins (sex-ratio
13/1), préférentiellement chez les travailleurs ruraux entre 35 et
50 ans.
Elle peut se développer rapidement, sans période de latence,
ou plus communément après réactivation d’un foyer quiescent
(facilitée par l’alcoolisme ou la dénutrition).
Les lésions cutanéomuqueuses sont ici arbitrairement classées selon
le mode de progression et l’étendue des lésions :
– infection subaiguë juvénile et progressive : les lésions acnéiformes, ulcérovégétantes ou infiltrées sont secondaires à une dissémination
sanguine ou par contiguïté à partir de ganglions atteints ;
– infection chronique chez l’adulte, isolée ou plus souvent
multifocale : c’est en général le dentiste qui constate une stomatite,
avec une zone papuleuse hyperémique ulcérée parfois végétante et
douloureuse, dont la progression est lente vers l’arrière et le haut
de la bouche.
Des lésions cutanées peuvent être associées, soit par
contiguïté vers les territoires adjacents (lésions papulonodulaires
ulcérées, infiltration ou oedème), soit par dissémination sanguine
(lésions végétantes ou abcès).
Il est parfois difficile de différencier une lésion infiltrante d’une lèpre
ou tuberculose cutanée, une lésion muqueuse d’un carcinome spinocellulaire, et une lésion végétante d’une leishmaniose ou d’une
sporotrichose.
La mise en évidence du champignon repose sur l’examen direct du
pus ou sur les coupes histologiques de biopsies : l’examen de l’état
frais met en évidence la forme levure du champignon,
caractéristique quand l’aspect en « roue de timonier » est observée :
levure centrale à double paroi multibourgeonnante.
L’histologie des
lésions cutanées met en évidence une réaction granulomateuse et
suppurative, une hyperplasie pseudoépithéliomateuse superficielle
et des microabcès intraépidermiques.
La coloration au Gomori-
Grocott permet de mettre en évidence les cellules
multibourgeonnantes caractéristiques ; leur absence rend le
diagnostic difficile, notamment avec la blastomycose.
La culture sur
milieu de Sabouraud et gélose au sang permet de poser le diagnostic
avec certitude : la forme mycélienne est obtenue en 1 à 3 semaines.
Le traitement peut reposer sur l’association sulfadiazine et triméthoprime pendant plusieurs années, mais le problème des
rechutes reste entier.
Le kétoconazole, ou mieux encore
l’itraconazole donnent 84 à 95 % de résultats favorables, avec
seulement 5 % de rechutes, l’amphotéricine B étant réservée aux cas
graves.
4- Blastomycose :
Blastomyces dermatitidis est un champignon isolé de sols acides, très
humides et riches en matières organiques, essentiellement en
Amérique du Nord.
Il entraîne une maladie granulomateuse
relativement rare qui atteint préférentiellement les adultes de sexe
masculin.
Il n’existe pas de facteur de risque particulier ;
notamment, le sida n’augmente pas le nombre de cas dans les
régions d’endémicité de la blastomycose.
La dissémination hématogène suit parfois l’infection pulmonaire,
avec prédilection pour le territoire cutané (dans 60 à 80 % des cas).
La forme la plus fréquente est la dermatite verruqueuse
prédominant sur les zones découvertes du corps (visage et
extrémités) : des papules, nodules ou pustules, groupés ou isolés,
s’étendent de façon centrifuge avec une bordure verruqueuse, et
sont rarement ulcérés.
La périphérie de ces lésions peut contenir
des microabcès.
La cicatrisation a parfois lieu spontanément au bout
de plusieurs années, laissant au centre une atrophie résiduelle.
La
description d’un envahissement sous-jacent jusqu’à l’os a été faite à
plusieurs reprises, par le biais de fistules qui drainent un liquide
purulent riche en levures.
L’histoplasmose est le principal
diagnostic différentiel, d’autant que les zones d’endémie de ces deux
maladies se chevauchent, mais on évoque également un carcinome spinocellulaire, une tuberculose cutanée ou un mycosis fongoïde.
Des lésions muqueuses peuvent être associées, surtout à la bouche,
au nez et au pharynx.
Exceptionnellement, ont été décrites des blastomycoses d’inoculation
(notamment au laboratoire) : il s’agit dans ce cas d’un chancre
qui peut s’indurer et s’ulcérer, avec lymphangite et adénopathie
régionale, d’évolution bénigne, même sans traitement.
Le diagnostic repose sur l’histologie et l’étude mycologique : la
première met en évidence une hyperplasie pseudoépithéliomateuse,
avec parfois des microabcès contenant le champignon visualisé sous
la forme de levure.
La lecture attentive de l’examen direct des
prélèvements (pus, biopsie cutanée…), montre cette levure typique
par son double contour et son mode de bourgeonnement à base
large (à la différence de la paracoccidioïdomycose).
Le traitement repose, selon la forme de la maladie et l’évolution, sur
l’amphotéricine B ou un azolé (l’itraconazole semble plus efficace et
mieux toléré que le kétoconazole).
Si un geste chirurgical est tenté, il
faut y associer en pré- et postcure, un traitement
antifongique.
5- Entomophtoromycoses :
Elles sont dues à des zygomycètes, champignons dits inférieurs.
Elles sont rares, observées dans les zones tropicales et subtropicales,
et surviennent chez des sujets sans terrain particulier. On distingue
deux grands types : les basidiobolomycoses et les
rhinoentomophtoromycoses (ou conidiobolomycoses).
* Basidiobolomycoses :
Elles sont caractérisées par une cellulite inflammatoire prédominant
au thorax et aux parties supérieures des membres, surtout observée
chez les jeunes gens.
Le mode de contamination est incertain,
favorisé peut-être par des microtraumatismes permettant le passage
des spores fongiques présentes dans le sol.
L’affection débute par
un nodule sous-cutané qui s’étend par contiguïté, adhérant à la peau
(sans toutefois la modifier), mais pas aux plans profonds.
* Conidiobolomycoses :
Plus rares que les précédentes, elles sont secondaires à l’inhalation
de spores fongiques à travers de probables microtraumatismes de la
cloison nasale.
Les muqueuses des voies aériennes sont initialement
atteintes, puis l’extension a lieu vers les lèvres et les tissus souscutanés
de la face, pouvant aboutir au maximum à des déformations
monstrueuses (en « tête d’hippopotame »).
L’évolution est indolore,
sans retentissement sur l’état général, et chronique sur des
années.
Le diagnostic de ces entomophtoromycoses repose sur l’examen
histopathologique : il met en évidence un granulome épithélioïde et
gigantocellulaire, entourant les filaments fongiques souvent entourés
d’un épais manchon éosinophilique (phénomène de Splendore-Hoeppli, non pathognomonique de ces infections).
Il n’y a
classiquement pas d’envahissement vasculaire.
L’examen mycologique comporte des cultures sur milieu de Sabouraud qui doivent être répétées car difficiles.
Le traitement de ces entomophtoromycoses a été transformé depuis
l’existence des azolés, car l’amphotéricine B est inefficace.
Conclusion
:
Ainsi, l’homme est en contact permanent ou occasionnel lors d’un voyage
avec des spores fongiques.
Régulièrement ou accidentellement, elles
peuvent pénétrer par voie respiratoire ou cutanée après un traumatisme
et engendrer, selon l’état d’immunocompétence de l’hôte, des lésions
parfois très graves.
La liste des agents potentiellement infectants cités ici
est loin d’être exhaustive, et des champignons nouveaux seront
certainement identifiés ces prochaines années.
La peau a le grand
avantage d’être facilement accessible à la vue et aux prélèvements, et
donc de permettre des diagnostics précoces.
Il est primordial de toujours
discuter l’éventuel pouvoir pathogène d’un champignon retrouvé en
culture par la confrontation des données cliniques, mycologiques et
histologiques.