Bactériologie de la tuberculose et des infections à mycobactéries atypiques
(Suite)
Cours de pneumologie
*
Critères culturaux et biochimiques
:
Outre l’aspect caractéristique des colonies sur milieux à l’oeuf, on réalise
classiquement trois tests principaux pour différencier M. tuberculosis des
mycobactéries atypiques :
la production d’acide nicotinique ou niacine, la
détermination de l’activité catalasique à 22 °C et à 68 °C (après chauffage
pendant 20 minutes), et la sensibilité à l’acide para-amino-salicylique (PAS).
M. tuberculosis est niacine positif, catalase thermolabile (+ à 22° ; - à 68°) et
sensible au PAS.
La catalase est thermostable pour la majorité des
mycobactéries atypiques à l’exception de M. gastri, M. malmoense et M.
haemophilum.
Au sein du complexe tuberculosis, la différenciation s’effectue d’une part sur
l’aspect des colonies, sur les exigences nutritives, sur la production de niacine
et la réduction des nitrates et, enfin, sur la sensibilité vis-à-vis de certains
composés.
La classification de Runyon aide beaucoup à l’identification des
mycobactéries atypiques qui, sur la base d’une vitesse de croissance et d’une
pigmentation, sont simplement classées en quatre groupes.
L’aspect microscopique, l’aspect et le délai d’apparition des colonies sur
milieu solide, les différentes activités enzymatiques permettront ensuite, au
sein de chaque groupe, d’identifier spécifiquement chaque mycobactérie
atypique.
Les méthodes d’identification biochimique sont souvent laborieuses,
nécessitant des techniciens confirmés.
Il faut systématiquement une subculture, car une quantité importante de mycobactéries est nécessaire à la
réalisation des tests enzymatiques.
Plusieurs milieux sont également
ensemencés pour vérifier la température optimale de croissance, ou la
production de pigment à l’obscurité ou en présence de lumière.
Tout ceci
concourt à augmenter considérablement le délai de rendu du résultat final
d’environ 3 à 6 semaines.
*
Identification en milieu liquide :
Depuis quelques années, avec l’introduction des milieux liquides, un test
rapide d’identification a été mis au point.
En effet, les méthodes biochimiques
usuelles (niacine, catalase, PAS) ne sont pas appropriées pour les milieux
liquides car elles nécessitent une subculture sur milieu solide.
Le test rapide
en milieu liquide utilise la sensibilité des mycobactéries au p-nitro-á-
acétylamino-bêta-hydroxypropiophénone (NAP).
Les mycobactéries
appartenant au complexe tuberculosis sont sensibles à ce composé, alors que
les mycobactéries atypiques sont résistantes.
Ce test, réalisé sur des cultures
liquides positives ayant un inoculum défini par l’index de croissance ou GI
(100 < GI < 500), permet d’obtenir une identification en moins de 5 jours,
et ce résultat est parfaitement corrélé aux méthodes classiques
d’identification.
* Identification par une approche moléculaire :
+ Hybridation moléculaire
:
Le test le plus couramment utilisé actuellement correspond au test Accuprobet (Gen-Probe) commercialisé par bioMérieux.
C’est un test
d’identification rapide des mycobactéries (complexe M. tuberculosis,
complexe M. avium, M. avium, M. intracellulare, M. kansasii, M. gordonae).
Il s’emploie à partir de cultures car sa sensibilité, limitée à 105-106
bactéries/mL, ne permet pas son utilisation directement sur les prélèvements
cliniques.
Une sonde ADN, conjuguée à un marqueur chimioluminescent (ester d’acridinium), et complémentaire de l’ARN
ribosomal 16S, est utilisée pour établir le diagnostic d’espèce.
Après
séparation de l’ADN en simple brin, ceci est suivi d’une hybridation avec la
sonde et une hydrolyse des ADN monocaténaires non hybridés.
Après ajout
d’un substrat, un signal lumineux est détecté à l’aide d’un luminomètre.
La
spécificité des sondes employées est supérieure à 95-99 %, et permet de
rendre avec certitude un diagnostic d’espèce en un temps minimal de 2 heures.
Ces sondes peuvent être directement utilisées sur des cultures liquides
positives, par exemple à partir de Bactec 12B, ou à partir de milieu 13A.
La
sonde M. tuberculosis complex ne permet pas de différencier les espèces appartenant à ce complexe.
Des sondes spécifiques d’espèces permettent de
différencier M. avium de M. intracellulare ce qui n’est jamais aisé par une
approche biochimique ou par la sérotypie.
Une technique automatisée (système Vidas, bioMérieux), utilise une
technique d’hybridation de l’ARN 16S à 37 °C sur une phase solide.
Le
résultat est obtenu en 2 heures, et la réaction d’hybridation est entièrement
automatisée, ne nécessitant que la préparation de l’échantillon.
+ Identification par amplification génique
:
Le principe de l’utilisation de l’amplification génique pour une identification
est basé sur le choix de cibles spécifiques, comme celles décrites dans le cadre
du diagnostic rapide de M. tuberculosis (IS6110, ARN ou ADN 16S...), ou
celles décrites pour les souches appartenant au complexe avium (pMAV22,
DT6, DT1...) ou pour M. kansasii (MPTR, IS1652) mais cela
limite le nombre d’espèces pouvant être identifiées par une même approche.
D’autres auteurs ont choisi d’associer à l’amplification, une restriction du
produit amplifié.
Les enzymes de restriction ont la propriété de couper l’ADN
en des points précis représentés par une séquence nucléotidique spécifique de
l’enzyme.
En cas de modification de cette séquence, par mutation notamment
lors de l’évolution respective de chaque espèce, l’enzyme ne coupe plus à
l’endroit initial.
En choisissant des cibles précises comme le gène codant pour
l’ARN 16S, ou le gène codant pour la protéine de choc thermique de 65 kDa,
les auteurs ont défini des profils de restriction du produit d’amplification
spécifique de chaque espèce.
Ceci simplifie considérablement le
cheminement de l’identification, car l’amplification/restriction peut être
réalisée directement à partir des colonies isolées sur milieu solide, ou bien à
partir du milieu liquide positif, ce qui raccourcit considérablement les
délais.
* Identification par chromatographie
:
Comme nous l’expliquions précédemment, les esters d’acides mycoliques
sont spécifiques d’espèces.
À partir d’une culture contenant 107
mycobactéries/mL, une identification après extraction des composés
lipidiques peut être réalisée.
Plusieurs auteurs ont donc développé des
techniques de chromatographie, soit en couche mince, soit chromatographie
gazeuse, soit HPLC, pour permettre une identification rapide des
mycobactéries.
Malheureusement, du fait du coût de l’appareillage, ces
techniques sont réservées aux laboratoires de référence.
3- Conclusions
:
L’avancée importante du diagnostic bactériologique des mycobactéries a été
la mise au point et l’utilisation de milieux de culture liquides, ainsi que la
gestion automatisée de la croissance dans ces milieux.
Comparativement aux
milieux solides à l’oeuf, ces milieux liquides se sont avérés plus sensibles, 90
à 95 % pour le milieu 12B versus 70 à 80 % pour le milieu de Löwenstein-Jensen, notamment dans le cas d’échantillons ayant un examen
microscopique négatif ou d’infections chroniques.
Ils se sont
montrés également plus précoces dans l’obtention d’une croissance
bactérienne avec des différences de délais comprises entre 2 et 3 semaines si
l’on ajoute le délai concernant l’identification.
Comparativement au MGIT
en lecture manuelle et au milieu 12B, dont les délais de positivité étaient de
l’ordre de 9 à 10 jours pour M. tuberculosis, et de 12 à 14 jours pour les
mycobactéries atypiques, le milieu de Löwenstein-Jensen ne devenait positif,
quelle que soit la mycobactérie isolée, qu’en 20 à 22 jours.
Ces résultats ont
été confirmés dans d’autres études comparant milieu solide à l’oeuf, milieu biphasique
et milieu liquide où les délais respectifs de positivité étaient
24,2 ± 7,5 jours, 17,5 ± 6,4 jours et 14,3 ± 8,2 jours.
Les milieux solides ne sont pas pour autant abandonnés car ils doivent
continuer à être associés à un milieu liquide pour l’ensemencement de tout
prélèvement reçu.
En effet, la sensibilité de la culture est supérieure de 4 à
6 % lorsque l’on associe au milieu liquide, un milieu solide.
D - Antibiogramme :
De même que la mise en culture, l’isolement et l’identification de l’agent
pathogène sont indispensables au diagnostic de certitude de tuberculose ou
d’autre mycobactériose, l’antibiogramme est obligatoire, permettant de par
ses résultats d’évaluer les chances de succès du traitement institué en général
de manière probabiliste.
On distingue pour cette analyse trois indications
principales :
– chez tout nouveau malade, n’ayant reçu aucun traitement ;
– chez les malades atteints et déjà traités depuis plus de 3 mois ;
– chez les malades faisant une rechute.
L’antibiogramme peut se réaliser soit sur milieu solide, soit sur milieu liquide.
Le choix des antibiotiques dépend de la mycobactérie isolée
avec, notamment pour M. tuberculosis, la réalisation d’un antibiogramme de
première intention concernant les antituberculeux majeurs (isoniazide,
rifampicine, éthambutol et streptomycine).
En cas de rechute ou d’échec
clinique à 3 mois, des antibiotiques dits de seconde intention seront testés.
Pour les mycobactéries atypiques, le choix reste plus empirique et un pool
d’antibiotique est proposé selon la vitesse de croissance de ces mycobactéries.
En fonction de l’espèce isolée, l’antibiogramme pourra être réalisé soit par la
méthode des proportions, soit par détermination de la concentration minimale
inhibitrice (CMI), soit selon une approche moléculaire.
1- Méthode des proportions :
* Milieu solide
:
Le principe de l’antibiogramme repose sur le fait qu’au sein de chaque
population de M. tuberculosis « naïve », il existe une proportion de mutants
résistants aux antibiotiques utilisés en thérapeutique (variant entre 1/106 ou
108 selon l’antibiotique).
L’antibiogramme prend en compte cette donnée
et évalue donc la proportion de mutants résistants à un antibiotique donné
pour la souche isolée.
La méthode recommandée est la méthode des
proportions.
Des tubes de milieux solides contenant des concentrations
croissantes ou une concentration critique d’antibiotique, et des tubes de
milieux solides sans antibiotique sont ensemencés.
Plusieurs inoculums
bactériens peuvent être réalisés.
Il faut tenir compte du fait que les
concentrations critiques employées par antibiotique diffèrent selon la
méthode employée.
En confrontant le nombre de colonies obtenues sur les
tubes témoins et sur les tubes avec antibiotique, on détermine la proportion
exacte de mutants résistants à l’antibiotique.
Sur la base des études cliniques
et des études bactériologiques, une population dans laquelle le pourcentage
de mutants résistants est supérieur à la proportion critique est considérée
comme résistante.
À l’inverse, si ce pourcentage est inférieur, la population
est dite sensible.
Cette information est essentielle pour l’interprétation de
l’antibiogramme, car elle préjugera de l’efficacité thérapeutique.
Cette
méthode peut être employée indirectement à l’issue d’un isolement, ou
directement à partir d’un échantillon ayant un examen microscopique
positif.
* Milieu liquide :
Le milieu de Youmans (Antibio test Mycobacterium,
Diagnostic Pasteur)
ainsi que le milieu 12B (Bactec 460TB, Becton-Dickinson) sont utilisés.
La
méthode en milieu 12B, mise au point par Middlebrook en 1977, utilise un
principe identique à la méthode en milieu solide, mais plutôt que de
dénombrer des colonies sur milieu solide, on évalue le dégagement de 14CO2,
indirectement lié à un index de croissance, en présence ou en absence
d’antibiotique à une concentration critique.
On ensemencera des flacons de
milieu 12B avec antibiotique avec un inoculum 100 fois plus important que
dans le flacon sans antibiotique qui joue le rôle de témoin de croissance ou
témoin 1 %.
Une souche sera considérée comme sensible quand la croissance
obtenue en présence d’antibiotique sera inférieure à celle observée pour le
témoin 1 %.
Ce seuil de 1 % est utilisé pour les antituberculeux de première
intention, mais il sera de 10 % pour les autres antibiotiques comme le pyrazinamide par exemple.
La méthode de l’antibiogramme radiométrique est corrélée à 90-98
% avec la méthode des proportions en milieu solide.
L’antibiotest est une adaptation de la méthode des proportions avec, pour la
majorité des antibiotiques testés, le seuil de résistance fixé à une proportion
critique de 2 %.
La lecture se fait par appréciation visuelle de la croissance, et
l’interprétation est réalisée dès qu’une croissance apparaît dans le tube témoin
2 %.
L’utilisation d’un milieu liquide a considérablement simplifié cette
détermination de la sensibilité et a, de fait, diminué de manière importante le
délai de rendu de l’antibiogramme.
2- Détermination de la concentration minimale inhibitrice (CMI)
:
Cette méthode peut être réalisée en milieu solide ou liquide selon les éléments
décrits précédemment.
On déterminera la plus faible concentration
d’antibiotique capable d’inhiber 99 % de l’inoculum.
La mise au point de
fines bandelettes de plastique inerte (bandelettes E-Test, AB-Biodisk),
imprégnées, sur la face inférieure, par un gradient exponentiel d’antibiotique,
a facilité la détermination de la CMI pour les bactéries usuelles.
Le dépôt de
cette bandelette sur un milieu gélosé établit directement un gradient de
concentration au sein de la gélose.
Une ellipse d’inhibition est alors observée,
et permet de rendre directement la CMI qui correspond au point d’intersection
entre la bandelette et la zone d’inhibition.
Cette technique a été développée
sur des milieux appropriés à la croissance des mycobactéries, permettant de
rendre rapidement les CMI de plusieurs antibiotiques pour une mycobactérie
donnée.
Il est important de bien suivre les recommandations du fabricant
quant à l’utilisation de ces bandelettes.
L’une des difficultés est la
standardisation de l’inoculum, pouvant être à l’origine de la détection de
fausses résistances.
3- Détermination de la sensibilité aux antituberculeux
par une approche moléculaire :
Ces techniques concernent exclusivement la détermination de la sensibilité
de M. tuberculosis à certains antibiotiques antituberculeux, et sont
développées pour répondre à certains problèmes graves de santé publique,
notamment la détection rapide de souches de M. tuberculosis multirésistantes.
*
Détection rapide de la résistance à la rifampicine (Innolipa Rif. TBt,
Innogenetics, Bruxelles, Belgique)
:
Lorsqu’une souche de M. tuberculosis est résistante à la rifampicine, elle a
95 % de chances d’être multirésistante, c’est-à-dire résistante aux deux
antituberculeux majeurs que sont l’isoniazide et la rifampicine.
Cette
technique utilise la connaissance des mécanismes de résistance à la
rifampicine, détaillés ci-après.
Une région de l’ADN de M. tuberculosis,
correspondant au gène rpoB est amplifiée par PCR.
Après dénaturation,
l’ADN amplifié est hybridé avec dix oligonucléotides immobilisés sur une
membrane de nitrocellulose.
Cinq des 10 oligonucléotides couvrent les sites
les plus fréquents de mutations dans le gène rpoB.
Les autres confirment d’un
côté l’identification de la souche étudiée, et de l’autre identifient la nature de
la mutation.
* Détermination rapide de la sensibilité par PCR-SSCP (« single strand
conformational polymorphism »-PCR)
:
Le principe est la modification de la configuration de l’ADN issu de la souche
étudiée, révélée par l’altération de sa mobilité électrophorétique sous forme
d’un simple brin en gel de polyacrylamide non dénaturant, lorsqu’il y a une
modification de sa séquence nucléotidique en comparaison avec l’ADN issu
d’une souche de même espèce et de phénotype sensible.
Malgré un caractère
fastidieux, cette méthode a démontré toute sa fiabilité au regard des différents
travaux réalisés sur des isolats cliniques de M. tuberculosis.
Cette méthode est rapide car basée sur une technique d’amplification génique
ne nécessitant pas une extraction d’ADN préalable et directement applicable
sur des bactéries isolées et traitées par choc thermique, permettant d’obtenir
un résultat en 24 à 48 heures.
Elle a été appliquée pour la détermination de la
résistance de M. tuberculosis à la rifampicine, à l’isoniazide, à la
streptomycine et aux fluoroquinolones.
Après amplification des
régions des gènes-cibles de la rifampicine (rpoB), de l’isoniazide
(katG, inhA), de la streptomycine (rpsL ou rrs) et des fluoroquinolones
(gyrA), on a pu mettre en évidence des polymorphismes chez 97 % des
souches résistantes à la rifampicine, chez 75 % des souches résistantes à
l’isoniazide, chez environ 60 % des souches résistantes à la streptomycine et
chez quelques souches résistantes à l’ofloxacine.
* Détection de la résistance à l’aide de phages reporter
(« luciferase reporter phage »)
:
Les mycobactéries viables, infectées par un phage portant le gène de la
luciférase flux, émettent de la lumière en présence de luciférine et d’adénosine
triphosphate (ATP).
Après infection de trois espèces mycobactériennes :
M. smegmatis, M. bovis et M. tuberculosis, et de leurs mutants résistants
correspondants, les auteurs ont montré que seules les souches résistantes
émettaient de la lumière, indiquant une viabilité de ces bactéries en présence
d’antibiotique.
La détection de la résistance pouvait donc s’effectuer en
infectant les isolats cliniques de M. tuberculosis avec ces phages et en
observant l’émission de lumière en présence d’antibiotique.
Il faut partir
d’une culture riche au départ, et ensuite cultiver les mycobactéries en présence
d’antibiotique.
Quelques heures sont nécessaires pour l’infection par le
phage, puis l’ajout de luciférine et la détection de la lumière émise à l’aide
d’un luminomètre.
Cette méthode nécessite néanmoins la manipulation de
quantités importantes de bacilles supposés résistants, et il existe une
variabilité du nombre de récepteurs pour le phage, selon les souches, rendant
cette technique difficilement applicable en laboratoire de routine.
Cette
méthode est actuellement utilisée en recherche pharmaceutique pour la mise
en évidence de nouveaux composés actifs sur M. tuberculosis.
Diagnostic sérologique de la tuberculose :
La réponse humorale dans la tuberculose reste mal connue et surtout mal
perçue, aussi bien dans le domaine physiopathologique que dans le domaine
du diagnostic.
Les difficultés historiques quant au rôle protecteur des
anticorps vis-à-vis de M. tuberculosis sont une conséquence de la complexité
de la réponse humorale vis-à-vis des antigènes mycobactériens.
Il semble
en fait que des anticorps responsables soit d’un effet protecteur, soit d’un effet
délétère existent, comme l’ont montré les différentes études réalisées durant
de nombreuses années.
Avec l’avènement des anticorps monoclonaux, de
nouvelles études pourront être réalisées pour démontrer l’efficacité ou non des
anticorps dirigés contre des antigènes mycobactériens définis.
Une meilleure
compréhension du rôle de ces anticorps dans la physiopathologie de
l’infection pourrait permettre de comprendre pourquoi certains individus font
la maladie et d’autres non.
Dans le domaine diagnostique, la sérologie n’a pas démontré totalement toute
son efficacité car les nombreuses études publiées, même récentes, ne montrent
pas une sensibilité suffisante (de 22 à >= 85 %).
Par ailleurs, avec une
hétérogénéité individuelle de la réponse humorale variable suivant les
antigènes protéiques utilisés, la sensibilité de ces tests a toujours été plus
faible pour les sujets co-infectés par le virus VIH, comparativement aux sujets
non infectés.
Enfin, de nombreux déterminants antigéniques, notamment
d’origine protéique, sont communs à d’autres mycobactéries, entraînant des
réactions croisées.
L’utilisation récente d’antigènes glycolipidiques
spécifiques du complexe tuberculosis, a potentiellement modifié l’opinion
que l’on pouvait avoir sur le sérodiagnostic, en ayant une meilleure sensibilité
(75-80 %) pour une spécificité supérieure à 95 %, et surtout une réponse
anticorps détectable de manière similaire chez les sujets VIH positifs et les
sujets VIH négatifs.
Le test développé au laboratoire et utilisant trois
antigènes glycolipidiques montre une sensibilité supérieure ou égale
à 75 % pour une spécificité voisine de 97 % tous sujets confondus VIH
positifs et négatifs.
Si l’on associe ces résultats à ceux de l’examen
microscopique, la sensibilité est supérieure à 85 %, ce qui n’a jamais été
obtenu pour un test rapide dans le diagnostic de tuberculose.
L’avenir du
sérodiagnostic dans la tuberculose est en fait basé sur l’utilisation de mélanges
d’antigènes, notamment d’antigènes glycolipidiques dont on connaît
maintenant bien la spécificité d’espèce.
Mécanismes de résistance
des mycobactéries aux antibiotiques :
La résistance aux antituberculeux, étudiée avec les souches de référence ou
avec les isolats cliniques, résulte clairement de mutations affectant les gènes
codant pour les cibles des antibiotiques.
Ces résultats excluent la possibilité
que cette multirésistance observée pour certains isolats provienne de
l’acquisition nouvelle de plasmide ou transposon, dont on connaît les risques
en termes de transmission et de diffusion.
Le mécanisme résulte en fait d’une
sélection progressive, par étapes, par mutations successives, dans ces gènes
cibles.
Les raisons potentielles, voire principales, sont une prescription
inappropriée ou mal conduite des antituberculeux, une mauvaise compliance.
Le fait que la tuberculose multirésistante provienne d’une difficulté de traiter
correctement et non de l’acquisition de nouveaux mécanismes est en soi plutôt
rassurant, permettant d’insister sur la supervision du traitement (DOT ou
directly observed treatment).
Devant ce problème, il est important de
développer d’une part la détection précoce de ces souches, et cela explique
l’intérêt des techniques développées, et d’autre part d’assurer la protection de
sujets à risque comme les sujets VIH positifs.
La plus grande partie du travail réalisé pour caractériser les mécanismes
d’action des antituberculeux a commencé par l’observation de leurs effets sur
d’autres bactéries et ensuite par étendre cette interprétation aux
mycobactéries.
Cela n’est possible qu’avec des antibiotiques ayant un spectre
d’activité large, comme la rifampicine, les aminosides ou les fluoroquinolones.
La rifampicine agit en se liant à l’ARN polymérase,
inhibant la transcription.
La résistance est due à des mutations ponctuelles du
gène rpoB, codant pour la sous-unité bêta de l’enzyme.
Les mutations
surviennent dans une région centrale du gène, recouvrant à peu près 27
codons, à la fois chez E. coli et M. tuberculosis.
Par comparaison, à la fois le
mode d’action et la sensibilité exclusive de M. tuberculosis à l’isoniazide
restent l’objet de controverses : de l’inhibition à la synthèse des acides
mycoliques jusqu’à interférer dans le métabolisme du NAD.
Les
complications sont survenues lorsqu’il fut découvert que les souches
dépourvues de catalase-peroxydase, codée par le gène katG, étaient
résistantes à l’isoniazide ; indiquant que cet antibiotique devait être
métabolisé dans la cellule avant de se lier ou d’agir vis-à-vis de la cible.
Cette enzyme est indispensable pour activer in vivo l’isoniazide en un dérivé
toxique, et son absence entraîne une résistance à haut niveau vis-à-vis de
l’isoniazide.
Deux cibles potentielles ont été identifiées, InhA et le
complexe InhB, dont les modifications par mutation confèrent une résistance
à bas niveau à l’isoniazide. InhAest une enoyl-acyl carrier protein impliquée
dans la synthèse des acides mycoliques.
Les mutations sont retrouvées dans
une région régulatrice du gène inhA, entraînant une surexpression de
l’enzyme.
Ce mécanisme confère une résistance croisée à l’éthionamide.
Le
complexe InhB, composé des deux enzymes, AcpM et KasA, intervient
également dans le métabolisme des acides mycoliques.
Une étude sur une
série limitée de souches résistantes à l’isoniazide a mis en évidence des
mutations dans le gène kasA.
Néanmoins, il reste encore près de 20 % des
souches isoniazide résistantes pour lesquelles aucun mécanisme n’a été
identifié.
La streptomycine interfère avec la synthèse protéique.
Elle induit une
mauvaise lecture du code génétique et une inhibition de l’initiation de la
traduction.
Des mutants spontanés ont été isolés dès le début de l’utilisation
de cet antibiotique en monothérapie.
La résistance à la streptomycine
intervient également par mutations ponctuelles pour la majorité des souches
isolées.
Ces mutations interviennent soit sur le gène rpsL codant pour la
protéine ribosomale S12, soit sur le gène rrs codant pour l’ARN 16S.
Sur
38 isolats cliniques de M. tuberculosis, 20 possèdent une mutation sur le gène
rpsL, avec remplacement sur la protéine S12 d’une lysine par une arginine ou
une thréonine en position 43 et 80 respectivement.
Parmi les 18 souches
restantes, neuf présentent des mutations dans la région 513 ou 516 de la sousunité
16S.
Le pyrazinamide a une place spéciale dans le schéma thérapeutique de la
tuberculose.
D’une part il est exclusivement actif sur M. tuberculosis, et
d’autre part il semble agir sur une population semi-dormante de M.
tuberculosis, non atteinte par les autres antituberculeux.
Il existe une
différence entre M. tuberculosis et M. bovis : M. bovis est naturellement
résistant au pyrazinamide et ne possède pas d’activité pyrazinamidase.
Chez
M. tuberculosis, l’activité pyrazinamidase est en fait l’activité
nicotinamidase, enzyme codée par le gène pncA et responsable du clivage du
nicotinamide en acide nicotinique.
Les souches de M. tuberculosis résistantes
au pyrazinamide ont perdu cette activité pyrazinamidase qui, par déduction,
interviendrait dans l’activation in vivo du pyrazinamide comme cela est
observé pour l’isoniazide.
Le gène pncA a été isolé de souches résistantes et
les mutations ponctuelles sont observées, entraînant soit l’arrêt précoce de la
transcription du gène, soit l’introduction d’erreurs dans la phase de
lecture.
L’éthambutol est le seul antituberculeux de l’arsenal thérapeutique de
première intention à avoir une activité bactériostatique.
Cette activité
s’exprime au niveau de la synthèse de la paroi des mycobactéries.
Le mode
d’action et les mécanismes de résistance sont de découverte récente.
La cible
de l’éthambutol est l’enzyme arabinosyl-transférase, qui joue un rôle
primordial dans la synthèse de l’arabinogalactane, composant majeur de la
paroi des mycobactéries.
Les mutations sont retrouvées au niveau du gène embB, qui appartient à un opéron embCAB.
Il existe, comme pour
l’isoniazide, plusieurs niveaux de résistance.
Les fluoroquinolones n’appartiennent pas aux antituberculeux de première
intention, mais sont de plus en plus employées dans le cas de tuberculose
résistante, ou dans certaines mycobactérioses à mycobactéries atypiques.
La sparfloxacine et l’ofloxacine semblent posséder la meilleure activité, suivie
par la ciprofloxacine.
Le mécanisme de résistance est similaire à celui
observé chez les bactéries usuelles.
La cible principale est l’ADN gyrase,
topo-isomérase composée de deux sous-unitésAet B, codées respectivement
par les gènes gyrA et gyrB.
La résistance à haut niveau est due
principalement à des mutations autour du codon 90 de gyrA.
Les mutations
sur gyrB, responsables d’un bas niveau de résistance, sont beaucoup plus
rares.
La clarithromycine ainsi que l’azithromycine ne présentent pas d’activité sur
M. tuberculosis, mais sont actives sur les mycobactéries atypiques,
notamment M. avium et M. intracellulare ou M. kansasii.
Elles font partie des
protocoles thérapeutiques pour le traitement des infections à M. avium
complex, notamment chez les sujets co-infectés par le VIH.
Comparativement aux autres macrolides, la bonne activité de ces produits
serait due à une meilleure diffusion intracellulaire et une meilleure affinité visà-
vis des ribosomes de ces bactéries.
La prévalence de mutants résistants
au sein d’une population naïve est comprise entre 10–7/10–8, démontrant
qu’une sélection peut s’observer en cas de monothérapie si l’inoculum est
supérieur à 108 bactéries.
Ceci a été démontré chez les sujets VIH positifs
infectés par ces mycobactéries.
Le mécanisme de résistance démontré
chez M. smegmatis est associé à une mutation ponctuelle du gène codant pour
l’ARN 23S.
La faible perméabilité associée à des mécanismes d’inactivation ou d’efflux
concourt à la résistance naturelle de M. tuberculosis à de nombreux
antibiotiques.
Les résultats récents obtenus à partir de la séquence de M. tuberculosis montrent que de nombreux déterminants existent : enzymes
inactivatrices comme les bêta-lactamases et des aminoglycoside-acétyltransférases,
et des systèmes d’efflux comme de nombreux transporteurs
ATP dépendants, ou des familles de protéines dites facilitatrices.
Approches moléculaires pour l’étude de
l’épidémiologie de la tuberculose :
La lysotypie était, préalablement au développement de la biologie
moléculaire, la technique de référence pour typer les différents isolats
cliniques de M. tuberculosis.
La découverte de la séquence d’insertion
IS6110, ainsi que la standardisation de la méthode de détection des
polymorphismes de restriction de l’ADN de M. tuberculosis ou RFLP, en
utilisant cette séquence comme sonde, a permis le développement des
techniques de typage moléculaire des souches de M. tuberculosis.
La mise en
évidence de marqueurs moléculaires similaires a permis le développement de
ces techniques aux isolats cliniques de mycobactéries atypiques, notamment
M. avium chez les sujets co-infectés par le VIH, ou M. kansasii.
Le développement majeur a été observé lors de la survenue d’épidémies de
tuberculoses multirésistantes dans les pays développés, et pour lesquelles les
mécanismes de transmission ont pu être expliqués grâce aux techniques de
typage moléculaire.
La séquence IS6110 est utilisée comme un marqueur
génétique de la variabilité des souches de M. tuberculosis.
Le nombre de
copies sur le chromosome ainsi que leur localisation varient entre les souches,
entraînant un niveau élevé de polymorphisme.
Le caractère discriminant est
suffisant pour permettre d’affirmer que des souches sans relation
épidémiologique possèdent des profils IS6110 différents, alors que des
souches liées épidémiologiquement auront des profils IS6110 identiques.
Actuellement, cette méthode reste la méthode de référence malgré l’existence
de plusieurs inconvénients, notamment la faisabilité et son pouvoir
discriminant.
La technique est laborieuse, nécessitant une culture préalable
suivie d’une extraction d’ADN jamais aisée avec les mycobactéries, d’une
restriction, d’une migration sur gel d’agarose et enfin d’un southern blot.
L’utilisation en routine est donc difficile, voire impossible, et les souches ne
seront testées qu’en grande série.
La détection de souches identiques est donc
le plus souvent rétrospective et, de ce fait, de peu d’aide dans la gestion
immédiate des sujets infectés.
D’autre part, le séquençage du génome de M. tuberculosis souche H37Rv a montré que la distribution des copies d’IS6110
n’était pas aléatoire, car ces copies étaient retrouvées sur une même partie du
chromosome, de part et d’autre d’une région particulière appelée DR (direct
repeat).
Ce pouvoir discriminant limité a été montré dans plusieurs études,
rapportant des patients apparemment sans lien épidémiologique avec des
profils IS6110 identiques.
Ces limitations ont imposé un besoin pour d’autres
marqueurs génotypiques, d’autant plus que des souches avec un nombre
faible, voire sans copies IS6110, ont été décrites.
Les autres méthodes utilisent
des marqueurs identifiés chez M. tuberculosis : IS1081, MPTR (major
polymorphic tandem repeat), une séquence riche en GC appelée PGRS
(polymorphic GC rich repetitive séquence), et une région de 49 répétitions
directes de 36 bp séparées par des séquences variables de 35 à 41 bp appelée
DR. IS1081 et MPTR ne sont pas suffisamment polymorphiques chez M.
tuberculosis, comparativement aux PGRS et DR qui représentent des outils
épidémiologiques intéressants.
La détection du polymorphisme des
séquences situées entre les éléments répétés identiques, ou DR, est appelée spoligotyping.
Elle est basée sur l’amplification génique d’un fragment
d’ADN de M. tuberculosis dont la composition en séquences répétées varie
de souche à souche.
Après hybridation selon la technique du dot-blot, sur des
membranes prépréparées et commercialisées (Isogen BioScience BV,
Maarsen, Hollande), un profil spécifique de souches est obtenu.
Cette technique peut être réalisée directement à partir de colonies isolées sur milieu
solide ou de cultures liquides positives, et un résultat est obtenu en 48 heures.
Le caractère discriminant semble moindre que la technique IS6110,
essentiellement pour les souches ayant plus de cinq copies d’IS6110, mais sa
rapidité et sa praticabilité en font une très bonne technique pour réaliser un
premier criblage.
Les souches de M. tuberculosis ayant un spoligotype
différent auront toujours un profil IS6110 différent mais, en revanche, des
spoligotypes identiques devront toujours être confirmés par la technique
RFLP-IS6110.
C’est cette stratégie que nous utilisons actuellement au
laboratoire, comme outil de contrôle de qualité dans la détection des
contaminations croisées interéchantillons, permettant de rendre au clinicien
un résultat positif en toute confiance. Une autre méthode rapide, dite LMPCR
(ligation-mediated-PCR), repose sur l’amplification génique de séquences
flanquantes de l’IS6110.
Cette technique repose sur le polymorphisme
généré entre une séquence IS6110 et un site de coupure d’une enzyme de
restriction (SalI).
Elle permet également de travailler directement à partir des
cultures positives, et le résultat est visualisable sur gel d’agarose, sans passer
par une étape d’hybridation supplémentaire.
Son caractère discrimant est
intermédiaire entre le spoligotyping et la RFLP-IS6110, plus performante que
le spoligotyping, en regroupant moins de souches avec un profil similaire.
Les applications principales des techniques de typage moléculaire ont pour
but de détecter des épidémies et d’établir la transmission de souches sensibles
ou résistantes de M. tuberculosis, de distinguer entre réinfection et rechute,
de déterminer une origine nosocomiale d’une épidémie et enfin de révéler
l’existence de contaminations interéchantillons, survenant soit lors de la
réalisation des prélèvements, soit lors de leur traitement au laboratoire.
Les épidémies de tuberculose à bacilles multirésistants ont démontré toute
l’efficacité des techniques de typage moléculaire.
Mais si la détection de la
transmission nosocomiale des bacilles multirésistants de par leur phénotype
de résistance est aisée, il n’en est pas de même pour les épidémies de
tuberculose à bacilles sensibles.
L’épidémie survenue au centre hospitalier
universitaire de Poitiers en 1992 a montré le pouvoir de ces techniques en
révélant l’identité des souches isolées chez les membres du personnel
hospitalier, et a relié cette épidémie à deux cas diagnostiqués chez deux
patients hospitalisés dans ce service.
Elles ont permis également de
différencier cette épidémie nosocomiale d’une épidémie communautaire de
15 cas, dans l’entourage d’un patient hospitalisé dans le service à la même
époque.
Les autres applications concernent essentiellement la mise en
évidence de contaminations survenant soit lors de la réalisation du
prélèvement (bronchoscopes contaminés), soit lors du traitement de ces
échantillons au laboratoire.
L’avancée majeure quant à l’utilisation de ces techniques, réside dans
l’utilisation de l’amplification génique, permettant de confirmer avec
certitude un résultat positif au clinicien en 48 heures en cas de doute.
Un
dialogue entre bactériologiste et clinicien est indispensable pour éliminer ces
résultats faussement positifs, dont les conséquences sociales sont
importantes.