Myasthénie et syndromes myasthéniques
(Suite)
Cours de Neurologie
7- Myasthénie et maladies associées
:
La MG est assez souvent associée à d’autres affections dont la
plupart ont une origine immunologique démontrée ou probable :
hypothyroïdie, hyperthyroïdie, lupus érythémateux disséminé,
polyarthrite rhumatoïde, anémie de Biermer, anémie aplasique,
pemphigus, polymyosite, candidose cutanéomuqueuse chronique,
syndrome de Sjögren, sclérose en plaques, insuffisance surrénale.
Trois éventualités méritent d’être soulignées.
* Myasthénie induite par la D-pénicillamine (D-p)
:
Rare, elle a été observée au cours du traitement de la polyarthrite
rhumatismale (PR), de la maladie de Wilson, de la sclérodermie et
de la cirrhose biliaire. Sa fréquence est estimée à environ 1 % des PR traitées par D-p.
Après arrêt de la D-p, la régression des signes sur
plusieurs mois est l’éventualité la plus fréquente (en 3 à 6 mois),
mais une MG durable posant le problème de son autonomisation a
été signalée.
Les anticorps anti-RACh sont présents.
Les anticorps
antinucléaires leur sont fréquemment associés.
Une prédominance
des groupes HLA-DR1 a été notée.
La D-p pourrait se lier par son
groupement thiol aux sous-unités du RACh, induisant ainsi une
auto-immunisation.
* Myasthénie après transplantation de moelle osseuse
:
Elle a été observée chez des transplantés de moelle allogénique
atteints de maladie chronique du greffon contre l’hôte, lors de la
diminution ou de l’arrêt des traitements immunosuppresseurs.
Les
anticorps anti-RACh sont présents et les traitements
antimyasthéniques efficaces.
* Myasthénies et cancers
:
Mis à part les thymomes malins, la fréquence des cancers chez les
myasthéniques ne s’écarte pas de celle de la population générale.
Ainsi, sur 145 myasthéniques, six de notre recrutement étaient
atteints de cancers divers, dont cinq étaient âgés de plus de 57 ans.
H - TRAITEMENT :
Les traitements modernes ont amélioré le pronostic vital et
permettent à la grande majorité des myasthéniques de mener une
vie normale ou tout au moins de récupérer une activité suffisante
qui les rend indépendants, mais le plus souvent au prix de
traitements prolongés qui ont leurs propres risques.
1- Médicaments anticholinestérasiques :
Ils constituent le traitement de base.
Ils prolongent l’action de 1’ACh
au niveau de la membrane postsynaptique par blocage réversible de
l’AChE.
Mais ils agissent également à tous les niveaux où l’ACh sert
de neuromédiateur.
Trois anticholinestérasiques sont utilisés en
thérapeutique : la néostigmine (Prostigminet), le
chlorure d’ambénonium (Mytelaset), la pyridostigmine (Mestinont).
Ils se distinguent entre eux par leur délai et leur durée d’action, et
par leurs effets muscariniques plus marqués pour la Prostigminet et
la Mytelaset que pour le Mestinont ; la Mytelaset a l’effet le plus
long.
Le Mestinont existe sous forme retard. Cette présentation est
intéressante pour maintenir un taux efficace d’anticholinestérasique
pendant la nuit, et éviter ainsi chez certains malades les troubles de
la déglutition au réveil.
Comme tous les composés d’ammoniums
quaternaires, ces médicaments sont faiblement résorbés au niveau
de l’intestin, en partie par la formation de complexes non
résorbables avec la mucine et les sels biliaires.
La prise associée
d’aliments diminue significativement leur absorption.
Un certain nombre de règles doit être respecté pour leur
prescription :
– ils doivent être pris à jeun, une demi-heure à 1 heure avant les
repas (le maximum de concentration plasmatique du Mestinont se
situe autour de 90 minutes) ;
– il n’y a pas avantage à associer entre eux deux anticholinestérasiques ; la prise orale simultanée de Mestinont et de
Prostigminet limite l’absorption de cette dernière ;
– la posologie quotidienne de l’anticholinestérasique choisi doit être
recherchée par tâtonnements en commençant par des doses filées
réparties entre le réveil et le coucher ;
– en cas de dysphagie prononcée, il est prudent, pour éviter une fausse-route, d’administrer l’anticholinestérasique par voie
parentérale ou par sonde gastrique.
Des accidents de surdosage peuvent survenir, soit pour des
posologies trop élevées, soit après maintien d’une posologie
jusque-là bien supportée, chez un myasthénique dont l’état
s’améliore du fait d’autres traitements.
Il faut savoir dépister un surdosage dès les premiers signes muscariniques (coliques intestinales et diarrhée, hypersalivation,
hypersécrétion bronchique, sueurs) et nicotiniques (fasciculations et
crampes musculaires, signes de Chvostek).
Les signes muscariniques
peuvent être masqués ou atténués par l’atropine et ses dérivés.
2- Traitement symptomatique en dehors
des anticholinestérasiques :
L’aggravation fréquente et parfois importante en période
menstruelle est une indication à l’usage des anovulatoires.
Certains médicaments interfèrent par des mécanismes divers avec
les phénomènes de transmission neuromusculaire et sont
susceptibles d’aggraver de façon importante les myasthéniques.
Pour certains d’entre eux, notamment les
benzodiazépines, la contre-indication est relative et ces produits
peuvent être utilisés avec prudence chez les myasthéniques dont les
symptômes sont mineurs.
Le Zylorict potentialise l’effet de
l’azathioprine, qui est l’immunosuppresseur habituel de la MG, ce
qui nécessite de réduire la dose de celle-ci et de surveiller
attentivement la numération.
La Vibramycinet (doxycycline) ayant
un effet antipaludéen peut être proposée comme traitement
préventif à la dose de 100 mg/j.
Chez les malades anesthésiés, les curares sont, en principe,
formellement contre-indiqués.
Les curares non dépolarisants
pourraient être utilisés si l’indication chirurgicale le nécessite,
mais à des doses d’environ 25 % des doses usuelles en prévoyant
une assistance ventilatoire systématique en postopératoire.
Il faut
également rappeler à cet égard que le fluothane augmente le bloc
neuromusculaire, et que cet effet persiste quelques heures après son
administration.
En pratique, il est prudent, même en respectant les
contre-indications classiques, de maintenir les myasthéniques opérés
en milieu de réanimation de façon systématique pour la période
postopératoire immédiate.
Un problème difficile est posé par les vaccinations. Leur
retentissement sur la MG est mal documenté.
Dans notre expérience,
la vaccination contre la poliomyélite, le tétanos ou la grippe
n’entraîne pas d’aggravation chez les myasthéniques dont l’état est
stable.
Chez les malades traités par les corticostéroïdes ou les
immunosuppresseurs, les vaccins vivants (vaccin contre la
poliomyélite par voie orale notamment) sont formellement
contre-indiqués.
3- Mesures de réanimation :
La réanimation respiratoire a été un tournant décisif pour le
pronostic de la MG.
Thomas et al, comparant la mortalité des
crises myasthéniques traitées entre les périodes 1960-1964 et 1970-
1974 notent que la mortalité est passée de 42 à 6 %.
Cette chute de la
mortalité ne peut s’expliquer que par l’apparition autour des années
1960 de la respiration assistée.
Une MG, même bien équilibrée, est susceptible de se décompenser
rapidement.
Que l’aggravation soit spontanée ou provoquée par un
facteur infectieux, hormonal, thérapeutique, voire psychique,
l’atteinte de la déglutition et des muscles respiratoires qui en fait
toute la gravité peut survenir en quelques heures.
Il est donc
indispensable de prévenir les malades de la nécessité d’une
hospitalisation rapide dans un service pouvant assurer une
assistance respiratoire lorsqu’apparaissent des troubles de la
déglutition, une inefficacité de la toux ou des difficultés respiratoires,
une asthénie croissante pour des efforts minimes.
La spirométrie est
un examen incontournable ; une mesure de la capacité vitale
inférieure à 15 mL/kg (25 à 30 % de la capacité vitale théorique)
impose l’intubation et la ventilation mécanique.
En aucun cas, il ne
faut attendre l’apparition d’une hypercapnie pour intuber.
Parfois,
la mise en place d’une sonde gastrique pour pouvoir administrer les anticholinestérasiques et en même temps traiter la cause de la
décompensation permet de voir les signes s’amender rapidement.
Il
n’est pas rare cependant que la stase pharyngée, la répétition des
fausses-routes ou l’atteinte respiratoire imposent l’intubation
nasotrachéale et la ventilation assistée.
Lorsqu’il existe un doute
quant à la responsabilité, au moins partielle, d’un surdosage en anticholinestérasiques, la ventilation assistée permet d’arrêter ou de
diminuer ces drogues en toute sécurité.
La durée de la ventilation
assistée est très variable.
Dans une étude portant sur 73 crises myasthéniques, au septième jour, 25 % des malades étaient
extubés ; au 13e jour, 50 % des malades ; au 31e jour, 75 % des
malades.
Le repos et les mesures thérapeutiques (traitement de la
cause de la décompensation, rééquilibration du traitement anticholinestérasique, traitement par des EP ou des Ig intraveineuses
[IGIV]) ainsi que l’introduction d’un traitement par les corticostéroïdes
permettent d’obtenir le sevrage de la ventilation assistée.
Lorsque l’atteinte respiratoire et/ou les troubles de la
déglutition persistent malgré les traitements associés, une
trachéotomie peut devenir nécessaire.
Elle permet une éventuelle assistance respiratoire intermittente
à domicile.
La fermeture de la trachéotomie ne s’envisage qu’après une
longue stabilisation de la maladie.
Sa reprise lors d’une nouvelle poussée n’est jamais exclue.
4- Thymectomie :
*
En cas de thymome :
Dans l’éventualité d’un thymome, le but principal de l’intervention
est l’ablation de la tumeur avant qu’elle n’essaime aux organes
voisins.
La thymectomie doit être pratiquée quelle que soit la
sévérité de la MG, sauf contre-indications liées à la dissémination
de la tumeur, aux tares associées ou à l’âge ; des résultats favorables
ont été notés chez des patients âgés.
Si elle est possible, l’exérèse
doit être complète, la voie d’abord élective étant la sternotomie ;
dans tous les cas, la totalité du thymus est enlevée.
L’exérèse n’est
habituellement pas indiquée dans les formes métastasées ; seule une
biopsie est alors pratiquée.
Parmi les complications liées à l’étendue
du geste chirurgical, il convient de citer le risque d’insuffisance
respiratoire restrictive secondaire à une lésion phrénique.
La radiothérapie n’est pas recommandée dans les tumeurs de
stade I.
Elle est indiquée dans le traitement postopératoire des
tumeurs invasives, et peut être proposée dans certains cas (tumeur
inopérable), soit de façon exclusive, soit associée à la chimiothérapie.
Les doses habituelles sont de 50-60 Gy, étalées sur plusieurs
semaines.
Elle expose à la survenue d’une fibrose pulmonaire.
Les indications de la chimiothérapie ne sont actuellement pas
codifiées, tant en ce qui concerne sa place dans la prise en charge
thérapeutique qu’en ce qui concerne le type des protocoles utilisés.
L’évolution de la MG est moins favorable chez les malades thymomectomisés que chez ceux thymectomisés pour hyperplasie
ou reliquats thymiques.
Notre expérience personnelle portant sur
47 cas de thymome concorde avec les données de la littérature : 49 %
de rémission ou d’amélioration et 30 % de décès dans le groupe de
malades avec thymome, contre 59,5 % et 6,5 % respectivement chez
les myasthéniques opérés pour hyperplasie ou reliquats thymiques.
Ainsi, la découverte d’un thymome conduit à son ablation quand
elle est possible, plus dans le but d’éviter l’extension locale de la
tumeur que d’influencer le cours de la MG.
Le risque de récidive
locale ou à distance nécessite une surveillance régulière par scanner
thoracique, d’où l’intérêt d’avoir un scanner de référence
postopératoire.
* Décision de la thymectomie chez les myasthéniques sans thymome
décelable
:
Elle est d’une toute autre difficulté, car les opinions sur ses effets
sont loin d’être concordantes, étant donné la diversité des
populations de myasthéniques opérés.
Beaucoup d’études de la littérature rapportent des résultats favorables de la thymectomie,
souvent après plusieurs années.
Pour d’autres, le bénéfice n’est pas
flagrant. L’analyse de cette littérature a amené beaucoup d’auteurs
à conseiller la thymectomie dans la MG à début précoce avant 40 ans
et dans les 3 ans suivant le début de la MG.
Gronseth et Barohn ont analysé toutes les études contrôlées mais
non randomisées publiées entre 1953 et 1998, décrivant l’évolution
des patients myasthéniques avec et sans thymectomie.
Une
association positive a été observée entre thymectomie et rémission
dans la plupart des études (taux relatif médian de rémission sans
médicament : 2,1), mais toutes ces études péchaient par défaut
d’objectivité lié aux différences troublantes dans les caractéristiques
générales entre les groupes thymectomie et non thymectomie.
Le
bénéfice persistait après ajustement sur une seule variable telle que
l’âge, le sexe et la sévérité, mais pas après ajustement sur plusieurs
variables simultanément.
Les auteurs recommandent que la thymectomie ne soit considérée que comme une option pratique, et
soulignent la nécessité d’études thérapeutiques bien conçues.
5- Traitements immunosuppresseurs
et immunomodulateurs :
Lorsque le traitement anticholinestérasique ne permet pas d’obtenir
une amélioration stable compatible avec une activité fonctionnelle
normale ou proche de la normale, l’indication de traitements plus
agressifs, immunosuppresseurs ou immunomodulateurs, doit être
discutée.
* Corticothérapie :
Depuis le début des années 1970, la corticothérapie au long cours
par voie orale s’est substituée aux corticotrophines.
La prednisone
est le corticoïde le plus couramment utilisé.
Les modalités du
traitement sont assez variables suivant les auteurs.
Le plus souvent,
la posologie initiale est de 1 mg/kg/24 heures.
Le début du
traitement peut s’accompagner d’une aggravation passagère
obligeant parfois à recourir à la ventilation mécanique.
Il est donc
nécessaire de débuter ce traitement en hospitalisation, au mieux à
proximité d’un service de réanimation.
Il a été proposé pour éviter
cette aggravation initiale d’instaurer le traitement avec des doses
plus faibles, de l’ordre de 15 à 25 mg, et d’augmenter la dose par
palier.
Cette augmentation progressive a l’inconvénient de retarder
l’effet du traitement.
Pour éviter cette aggravation tout en
maintenant un délai d’action bref, on peut, chez les patients
présentant des troubles de la déglutition ou des troubles
respiratoires, associer des EP ou des IGIV pendant la première
semaine de la corticothérapie.
La posologie de 1 mg/kg/j est
poursuivie habituellement pendant 1 mois ou jusqu’à obtention
d’une amélioration.
Ensuite, la posologie est diminuée de
10 mg/mois pour atteindre 0,5 mg/kg/j puis de 5 mg/mois pour
aboutir à un plateau situé autour de 10 mg/j.
Dans le but de
diminuer les effets secondaires de la corticothérapie, de nombreux
auteurs, en particulier aux États-Unis, prescrivent des doses plus
importantes mais alternées un jour sur deux.
D’après la majorité des auteurs, les résultats de la corticothérapie
sont bons ou très bons.
Le pourcentage de rémission et
d’amélioration importante dans quatre séries, portant chacune sur
plus de 60 malades, est de 72 à 92 %.
L’amélioration est
rapide, apparaissant entre 1 et 21 jours pour plus de 85 % des
patients.
Le maximum du résultat est atteint dans les 6
ou 12 premiers mois.
Dans la plupart des cas, le traitement doit
être poursuivi avec une posologie réduite mais variable pendant
plusieurs années pour maintenir l’amélioration ; 5 à 14% des
malades seulement, dans les quatre séries, ont pu être sevrés
totalement de corticoïdes.
Les corticostéroïdes à très hautes doses ont été proposés par Arsura pour le traitement des crises myasthéniques.
Les effets secondaires de cette corticothérapie au long cours sont
importants dans toutes les séries, intéressant 38 à 67 % des malades.
* Immunosuppresseurs
:
Le traitement par les immunosuppresseurs cytotoxiques (IS) a été
proposé dès 1967.
Le produit le plus utilisé est l’azathioprine à la
dose de 2 à 3 mg/kg/j.
Mertens rapporte les résultats obtenus
chez 78 patients traités par l’azathioprine seule ou associée à la
prednisone pendant plus de 1 an : 50 % des patients sont très
améliorés, 40 % en rémission complète.
L’amélioration survient
après plusieurs semaines de traitement (rarement avant le troisième
mois) et devient maximale le plus souvent avant 1 an de traitement.
Toujours dans cette série, aucune rechute ne survient chez les
malades traités avec 150 mg d’azathioprine, mais les rechutes
apparaissent lorsque les doses sont réduites ou l’azathioprine
arrêtée.
Les effets secondaires s’observent chez un tiers des
malades (leucopénie, troubles gastro-intestinaux, élévation des
enzymes hépatiques, infections) et cèdent habituellement quand
l’azathioprine est arrêtée ou sa posologie diminuée.
Des résultats aussi brillants sont publiés par Perez et al à propos
d’une série de 42 malades traités par le cyclosphosphamide seul ou
associé aux corticostéroïdes : 74 % des malades sont améliorés après
1 mois de traitement.
Cette amélioration est reliée à la dose
cumulative de cyclophosphamide, 90 % des malades étant améliorés
après avoir reçu 10 g de cyclophosphamide et 100 % après 30 g.
Le
taux de rémission est important : 58 % à 1 an, 86 % à 2 ans, 100 % à
33 mois.
La ciclosporine a également été proposée.
Une étude randomisée
contre placebo incluant 20 patients montre que la ciclosporine
entraîne une amélioration significative de la force musculaire.
L’amélioration est notée dès la troisième semaine de traitement, et
atteint son maximum après un temps moyen de 3,6 mois.
Une étude
randomisée en double aveugle, comparant l’azathioprine à la dose
de 2,5 mg/kg/j versus ciclosporine à la dose initiale de 5 mg/kg/j,
ajustée ensuite en fonction des effets secondaires, montre qu’à
1 an, 12/18 patients sont améliorés dans le groupe azathioprine et
14/18 dans le groupe ciclosporine.
Les effets secondaires de la
ciclosporine, notamment l’hypertension artérielle et l’insuffisance
rénale, rendent son maniement difficile.
Dans ces conditions,
l’utilisation de la ciclosporine ne doit être conseillée qu’à des doses
de 2,5 à 3,5 mg/kg/j pour éviter les effets secondaires.
D’autres IS ont été récemment proposés et notamment le
mycophénolate mofétil avec des résultats semble-t-il intéressants.
* Corticoïdes et immunosuppresseurs :
Une étude randomisée comparant les effets à long terme de la prednisone et de l’azathioprine, montre que plus de la moitié des
patients non améliorés par la prednisone ou l’azathioprine le sont
par l’association des deux traitements.
Ce bon résultat de
l’association corticostéroïde plus immunosuppresseurs dans les
formes résistantes à l’une ou à l’autre thérapeutique a également été
signalé par Cornélio.
Une étude randomisée en double aveugle
comparant corticostéroïdes versus corticostéroïdes + ciclosporine
chez des myasthéniques avec des symptômes importants malgré une
corticothérapie supérieure à 30 mg un jour sur deux montre
qu’après 6 mois de traitement, l’augmentation de la force musculaire
était plus importante dans le groupe ciclosporine (p = 0,004) ; en
revanche, la réduction de la corticothérapie n’était pas
significativement différente entre les deux groupes.
Une autre étude
randomisée en double aveugle, comparant l’association prednisone
+ azathioprine versus prednisone, montre qu’il y a plus d’échec
de traitement dans le groupe prednisone que dans le groupe
prednisone + azathioprine, et que la dose de prednisone devient
significativement plus basse dans le groupe prednisone
+ azathioprine après 2 ans de traitement.
Au total, ces résultats sont en faveur de l’utilisation combinée
d’emblée des corticostéroïdes et de l’azathioprine, pour les MG
généralisées avec des symptômes importants ne permettant pas une
activité normale malgré un traitement anticholinestérasique optimal.
* Échanges plasmatiques (EP) :
Les EP ont été proposés pour le traitement de la MG dès 1976.
Il
existe une corrélation inverse entre l’évolution des symptômes et
celle du taux des anticorps anti-RACh.
L’amélioration par les
EP est toutefois également obtenue dans les formes séronégatives.
De nombreuses études ouvertes ont montré l’efficacité à court terme
des EP au cours des poussées de MG, généralement manifeste dès le
premier ou le deuxième échange.
Cette amélioration est estimée à
73 % des cas dans une revue de la littérature colligeant trois
séries.
Dans les années 1980, il y a eu un consensus dans la
littérature pour utiliser les EP dans les crises myasthéniques.
L’efficacité des EP, dans les formes chroniques, n’a jamais été
démontrée.
Les EP n’améliorent pas, à long terme, le pronostic
de la MG.
Au cours des poussées aiguës de MG, lorsqu’il existe des troubles
de la déglutition, un déficit des muscles respiratoires ou un déficit
majeur des muscles squelletiques, les EP permettent de passer un
« cap critique » avant que les traitements immunosuppresseurs aient
pu agir.
Ils sont également intéressants lorsque survient une
aggravation provoquée par le début d’une corticothérapie.
Compte
tenu du mode d’action purement passif des EP ne leur conférant
qu’un effet transitoire, il est nécessaire de leur associer un traitement
à visée immunosuppressive pour maintenir à moyen et à long terme
les résultats des EP.
Cette immunosuppression paraît d’autant plus
impérative que des phénomènes de rebond du taux des anticorps
anti-RACh après EP ont été signalés.
* Immunoglobulines intraveineuses :
L’utilisation des IGIV a été proposée dès 1984.
Depuis, plusieurs
études ouvertes ont rapporté des résultats favorables en utilisant
des perfusions de 0,4 g/kg/j d’IgG pendant 5 jours.
L’amélioration
est maximale entre le 15e et le 25e jour après le début du traitement.
Dans une revue de la littérature colligeant sept séries, le taux de
succès est de 76 %.
Dans la majorité de ces études, les IGIV étaient
utilisées pour le traitement de myasthéniques en poussée.
Une étude
randomisée comparant l’effet des IGIV à la dose de 0,4 g/kg/j
pendant 5 jours et celui de trois EP n’a pas montré de différence
significative.
Les complications sont significativement plus
importantes dans le groupe traité par EP.
Les IGIV, malgré leur coût
élevé, sont donc bien une alternative aux EP dans le traitement des
poussées de MG.
Cette thérapeutique a l’avantage de pouvoir être
utilisée dans les cas où les EP sont contre-indiqués, et de ne pas
nécessiter l’association à un traitement immunosuppresseur ou
corticostéroïde.
La dose minimale efficace des IGIV reste à
déterminer, de même que leur place dans le traitement à long terme
de la MG.
Les effets secondaires des IGIV, de l’ordre de 5 %, sont
généralement mineurs mais il a été rapporté des chocs
anaphylactiques, des méningites aseptiques, des insuffisances
rénales aiguës, et il faut garder à l’esprit le risque de transmission
d’agents infectieux.
Les IGIV polyvalentes ont des effets
immunomodulateurs qui relèvent de plusieurs mécanismes d’action
qui diffèrent selon la pathologie auto-immune en cause.
La
neutralisation d’autoanticorps pathogènes circulants par interaction
autoanticorps-anticorps anti-idiotypes est responsable d’une
diminution rapide du titre des autoanticorps.
Les IGIV contiennent
également des spécificités anticorps dirigées contre de nombreuses
molécules de surface des lymphocytes impliqués dans la régulation
des réponses immunitaires qui rendent compte des effets à long
terme de l’administration des IGIV.
Au total, de multiples traitements sont actuellement disponibles et
permettent d’améliorer la plupart des MG.
Dans tous les cas, le
traitement anticholinestérasique reste le traitement de base.
La thymectomie est impérative en cas de thymome, et doit être
suivie de radiothérapie si le thymome est invasif. Pour les MG
sans thymome, dans l’état actuel de nos connaissances de la
littérature, en l’absence d’études randomisées et contrôlées, le
bénéfice de la thymectomie n’est pas établi avec certitude.
Lorsqu’il
persiste un déficit fonctionnellement important, le traitement le plus
efficace est l’association de prednisone et d’azathioprine.
La durée
de ce traitement ne peut être définie avec certitude, mais il doit
certainement être prolongé pendant plusieurs années.
En cas d’échec
ou de contre-indication à l’azathioprine, on a recours à d’autres
immunosuppresseurs, cyclophosphamide ou ciclosporine.
La
survenue d’une aggravation aiguë du déficit moteur, de troubles de
la déglutition ou d’une insuffisance respiratoire bénéficie des EP ou
des IGIV.
Le traitement des formes oculaires est plus délicat.
Malgré
des résultats inconstants, une corticothérapie peut être proposée
pour les formes entraînant une diplopie invalidante.
Syndromes myasthéniques
:
Parmi les syndromes myasthéniques, en dehors des syndromes
myasthéniques toxiques (botulisme, morsure de serpent,
organophosphorés, etc), seuls sont bien individualisés le syndrome
de Lambert-Eaton et les MG congénitales.
A - SYNDROME MYASTHÉNIQUE
DE LAMBERT-EATON (SMLE)
:
1- Conditions de survenue :
Il fut individualisé comme une entité clinique et électrophysiologique distincte de la MG en 1956 par Lambert, Eaton
et Rooke sur l’étude de six cas dont cinq étaient atteints de lésions
malignes.
Considéré au départ comme syndrome paranéoplasique,
son cadre nosologique s’est élargi en raison de sa survenue en
dehors de toute néoplasie, et de son association à d’autres maladies
immunologiques.
Son incidence est estimée à 1 cas pour 100 myasthéniques.
Il
s’associe dans près de 50 % des patients à un cancer pulmonaire à
petites cellules (CPPC) ; d’autres tumeurs ont été signalées :
carcinome mammaire, de l’estomac, du côlon, de la vessie, de la
prostate, du rein, des voies biliaires, lymphomes.
Le SMLE peut précéder le diagnostic de tumeur de plusieurs mois à
plusieurs années.
En dehors de toute tumeur maligne, le SMLE peut être associé à
d’autres affections immunologiques : anémie pernicieuse, hypo- et
hyperthyroïdie, syndrome de Sjögren, MG, etc.
2- Symptomatologie :
La fatigabilité est le signe majeur, débutant le plus souvent à la
ceinture pelvienne, touchant ensuite la ceinture scapulaire, les
muscles du tronc et de la nuque.
À l’exception de la diplopie, les
signes bulbaires sont rarement notés.
L’aréflexie tendineuse est
fréquente.
Après un effort soutenu, l’amélioration brève des
performances musculaires ainsi que la réapparition transitoire des
réflexes ostéotendineux ont été signalées.
Des signes végétatifs sont
fréquents, tels que sécheresse de la bouche, dysgueusie, anhidrose,
constipation, impuissance chez l’homme.
D’autres signes divers ont
été mentionnés : engourdissement des extrémités, troubles
respiratoires, syndrome cérébelleux, sécrétion inappropriée
d’hormone antidiurétique.
3- Examen électrophysiologique :
Il est essentiel au diagnostic.
Le diagnostic électrophysiologique
repose sur la triade :
– perte d’amplitude du potentiel moteur sous stimulation unique ;
– décrément du potentiel moteur après stimulation répétitive à
basse fréquence (2 à 5 Hz) ;
– augmentation franche de l’amplitude du potentiel moteur après
effort maximal ou incrément (> 50 % jusqu’à 400 %) des réponses
motrices sous stimulations répétitives à haute fréquence (20 à
50 Hz).
4- Pathogénie
:
Le SMLE est dû à des anticorps dirigés contre les canaux calciques
voltage-dépendants situés à la terminaison présynaptique du nerf
moteur.
La nature auto-immune du SMLE repose sur un certain
nombre d’arguments : son association à d’autres affections autoimmunes,
l’efficacité des EP, des corticoïdes et des immunosuppresseurs
et surtout la transmission passive à l’animal.
L’injection répétée d’IgG de sérum de malades atteints de SMLE,
induit chez la souris une réduction importante du nombre des
quanta libérés d’ACh ; chez les malades atteints de SMLE et chez les
animaux traités par transfert passif, le nombre des « zones actives »
de la membrane présynaptique est réduit, de même que le nombre
des particules actives les constituant.
Les canaux calciques restants
sont agglomérés sous forme de clusters arrondis et les anticorps ont
été visualisés à leur contact.
Le dosage des anticorps anticanaux
calciques (anticorps anti-P/Q), en utilisant comme ligand spécifique
l’oméga-conotoxine, est positif chez la plupart des patients avec un
SMLE.
Le CPPC peut être aussi associé à une dégénérescence
cérébelleuse paranéoplasique.
Ces patients peuvent présenter un
anticorps anti-Hu et/ou des anticorps anti-P/Q.
La découverte de canaux calciques voltage-dépendants dans les
cellules du CPPC suggère qu’ils susciteraient une réaction
immunologique primitive dirigée contre l’antigène tumoral et
secondairement contre la région présynaptique.
Cette explication ne
rend pas compte des SMLE sans tumeur associée.
5- Traitement :
Le traitement de la tumeur améliore parfois la symptomatologie.
Le chlorhydrate de guanidine qui augmente la quantité d’ACh
libérée est efficace, mais son emploi est limité du fait de ses effets
secondaires.
Un autre dérivé des aminopyridines, le 3,4-diaminopyridine (DAP), exerce un rôle certain sans trop d’effets
secondaires, à la dose de 5 à 15mg, trois à quatre fois par jour par
prise orale ; ses effets peuvent être majorés par la pyridostigmine.
La corticothérapie, l’azathioprine, les EP, les IGIV comme dans la
MG, sont efficaces.
B - MYASTHÉNIE CONGÉNITALE :
Il s’agit d’une maladie héréditaire qui regroupe des syndromes
hétérogènes provenant d’anomalies présynaptiques, synaptiques ou
postsynaptiques.
Elle est rare, et reconnue dans la plupart des cas à la naissance ou
dans les premiers mois de la vie.
Elle se traduit par un ptosis, des
troubles de la déglutition, une fatigabilité à l’effort et des épisodes
paralytiques provoqués par les cris, les vomissements ou un accès
fébrile, responsables d’une hypoventilation, voire d’une apnée cause
de mort subite.
Elle doit être distinguée de la MG néonatale et de la
MG juvénile auto-immune.
Les principaux critères d’orientation sont les suivants :
– les enfants atteints de myasthénie congénitale (MC) naissent de
mères non myasthéniques ;
– les anticorps anti-RACh font constamment défaut, en sachant
toutefois que chez des enfants atteints de MG auto-immune, les
anticorps anti-RACh peuvent n’être trouvés qu’après des recherches
répétées ;
– les formes familiales sont fréquentes, touchant plusieurs membres
de la même fratrie ; la consanguinité des parents a été signalée. Des
cas d’arthrogrypose ont été publiés.
L’évolution est variable, le
plus souvent stable. Des poussées d’insuffisance respiratoire peuvent
survenir à tous âges, obligeant de recourir à l’intubation ou à la
trachéotomie et à la ventilation mécanique.
En électrophysiologie, on retrouve un décrément des potentiels
moteurs sous stimulation nerveuse répétitive à basse fréquence.
Dans certains cas (syndrome du canal lent ou déficit en
acétylcholinestérase), on note un aspect répétitif de la réponse
motrice du fait de l’activation anormalement durable du RACh.
La pathogénie est hétérogène.
Avant 1990, le diagnostic précis
reposait sur la combinaison d’études cliniques, électrophysiologiques
in vitro, morphologiques, biochimiques. Depuis le début
des années 1990, divers axes de recherche ont ouvert la voie à
l’analyse moléculaire des syndromes myasthéniques congénitaux.
Ce
sont en particulier la mise au point de la technique du patch-clamp
aux plaques motrices des muscles intercostaux humains, permettant
d’étudier les propriétés cinétiques de canaux uniques du RACh, et
le développement de la génétique moléculaire avec le séquençage
des gènes des différentes sous-unités du RACh humain, et la
découverte de mutations dans différentes sous-unités du RACh.
La classification des syndromes de MC, selon le mécanisme en
cause, établie à partir de 71 patients explorés à la Mayo Clinic est la
suivante :
– anomalies présynaptiques :
– déficit de resynthèse ou de stockage de l’ACh ;
– rareté des vésicules synaptiques et diminution de la libération
des quanta d’ACh ;
– anomalie synaptique :
– déficit en acétylcholinestérase au niveau des plaques motrices ;
– anomalies postsynaptiques :
– anomalies cinétiques primaires du RACh avec déficit secondaire
des RACh ;
– anomalies cinétiques primaires du RACh sans déficit des
RACh ;
– déficit sévère des RACh avec ou sans anomalie cinétique.
Les anomalies postsynaptiques sont à l’origine de la majorité des
syndromes rapportés.
La plupart d’entre eux sont causés par
des mutations du RACh qui augmentent (syndrome du canal lent)
ou diminuent la réponse synaptique à l’ACh.
Le syndrome du
canal lent est dû à plusieurs mutations autosomiques dominantes
localisées dans différentes sous-unités du RACh et différents
domaines des sous-unités.
Ces mutations prolongent le temps
d’ouverture du canal, soit en retardant la fermeture, soit en
augmentant l’affinité du RACh pour l’ACh, avec pour
conséquences d’entraîner un bloc de dépolarisation et une
myopathie par excès de calcium au niveau de la plaque motrice
avec déficit secondaire des RACh.
Les mutations qui diminuent la
réponse à l’ACh (syndrome du canal rapide et expression nulle
ou diminuée du RACh) sont autosomiques récessives,
relativement fréquentes, concentrées dans la sous-unité e, éclairant
l’importance de cette sous-unité dans l’activation du RACh et la
susceptibilité du gène à la mutation.
Le déficit en acétylcholinestérase de la plaque motrice est dû à des
mutations récessives de la sous-unité Co1Q de la forme asymétrique
de l’acétylcholinestérase.
Un diagnostic pathogénique précis est utile pour optimiser le
traitement.
Les anticholinestérasiques sont souvent efficaces.
En
revanche, la thymectomie, les corticoïdes, les immunosuppresseurs,
les EP sont sans effet.
Les patients avec un syndrome lent sont
améliorés par la quinidine, bloqueur du canal du RACh, et
aggravés par les anticholinestérasiques ; ceux avec une mutation qui
diminue l’affinité du RACh sont améliorés par la 3,4-DAP qui
augmente la libération des quanta d’ACh.
En raison de la fréquence
d’apnées provoquées par les cris, les vomissements ou un épisode
fébrile, les jeunes enfants doivent être sous moniteur de contrôle
respiratoire et circulatoire.
Les parents doivent être instruits des
premiers gestes de réanimation à pratiquer, et avoir à leur
disposition un respirateur manuel par masque.