Les progrès du traitement de la mucoviscidose durant
les 2 dernières décennies ont permis une amélioration
des conditions de vie des patients dont la majorité
atteindront aujourd’hui l’âge adulte.
Le passage d’une
structure de soins pour enfant à une structure pour adulte
constitue une étape importante pour le patient.
Génétique
:
Le gène impliqué a pu être localisé sur le bras long du
chromosome 7 (7q31) en 1985, et cloné en 1989 par une
démarche de génétique inverse.
Ce gène de 250 kilobases
est transcrit en un ARN messager composé de 27
exons qui codent une chaîne de 1480 acides aminés constituant
une protéine dénommée CFTR (Cystic Fibrosis
Transmembrane conductance Regulator).
L’apparition de manifestations pathologiques à l’échelle d’un organe dépend de la capacité des
cellules de cet organe à compenser l’anomalie de la protéine CFTR, notamment par l’existence d’autres mécanismes
de transport du chlore.
À ce jour, plusieurs centaines
de mutations ont été décrites chez les sujets
atteints de mucoviscidose.
Cependant, seule une douzaine
sont observées avec une fréquence supérieure à 1%.
La plus fréquente est la DF508 qui correspond à la délétion
de la phénylalanine en position 508 sur la protéine.
Sa fréquence est d’environ 75 % en Europe occidentale
avec un gradient nord-sud (90 % dans les pays scandinaves,
40 % dans le pourtour de la Méditerranée).
Diagnostic :
Le diagnostic positif de la maladie, bien qu’étayé par
l’anamnèse (arbre généalogique, retard d’élimination du
méconium) et par l’étude de la sémiologie clinique et
radiologique, doit être confirmé en raison de son polymorphisme
par des arguments biologiques et maintenant
génétiques.
1- Diagnostic postnatal :
La confirmation repose sur le dosage des électrolytes dans
la sueur (test de la sueur) où un taux de chlore supérieur à
60 mmol/L chez l’enfant et à 70 chez l’adulte est quasiment
pathognomonique de la mucoviscidose, alors qu’un
chiffre inférieur à 50 l’élimine pratiquement.
En raison des
conséquences très lourdes d’un diagnostic erroné, il faut
souligner les difficultés représentées par des taux intermédiaires
ou discordants, la répétition du test de la sueur
s’impose (au moins 2), réalisé par un laboratoire spécialisé,
associé à une technique rigoureuse et validée (échantillon
d’au moins 100 mg recueillis par iontophorèse à la
pilocarpine = méthode de Gibson et Cooke).
Ces conditions
étant réunies, ce test est sensible dès l’âge de 1 mois,
il n’existe aucune relation entre le degré de l’anomalie
sudorale et la gravité de la maladie ; ce test ne permet pas
de dépister les hétérozygotes.
• L’analyse génétique par la recherche des 2 mutations
doit être réalisée devant toute suspicion de mucoviscidose.
• La mesure de la différence de potentiel transépithélial
à la surface de l’épithélium respiratoire objective des
valeurs plus élevées chez les sujets atteints de mucoviscidose,
traduisant la perte de la conductance de l’épithélium
pour les ions chlore.
Sa réalisation est parfois préconisée en cas de doute diagnostique (test de la sueur non
contributif, une seule mutation génétique identifiée).
2- Diagnostic postnatal par le dépistage néonatal
:
• Le dosage de la trypsine immunoréactive en période
néonatale, prélevée selon une technique identique à
celle utilisée pour le diagnostic néonatal de la phénylcétonurie
et de l’hypothyroïdie (sang du talon obtenu par
micropuncture, recueilli sur papier filtre) est la base de
la majorité des programmes de dépistage néonatal systématiques
(hypertrypsinémie persistante).
Plus qu’un
gain en sensibilité, déjà excellente (> 98 %), la mise au
point des techniques d’amplification génique (PCR)
pour la recherche directe des mutations les plus fréquentes
(variables selon les régions), réalisée en cas
d’une hypertrypsinémie néonatale, a permis de largement
diminuer les reconvocations inutiles (faux-positifs
= 0,07 %).
• Ce dépistage néonatal ne reconnaît la maladie qu’en
cas d’homozygotie DF508, ou de double hétérozygotie,
sinon la réalisation d’un test de la sueur est obligatoire.
3- Diagnostic anténatal :
• Les couples ayant déjà un enfant atteint peuvent
bénéficier des possibilités de diagnostic anténatal par
l’étude des produits issus de la biopsie du trophoblaste
en biologie moléculaire (10e semaine).
Le diagnostic
génotypique indirect s’appuie sur des résultats d’une
analyse de liaison génétique effectuée à l’aide de marqueurs
ADN du gène CFTR (déséquilibre de liaison).
Le
diagnostic génotypique direct est aisément réalisé
lorsque l’on connaît la nature des mutations transmises
par les 2 parents.
• Le dépistage d’une hétérozygotie éventuelle chez des
futurs parents est possible si une mucoviscidose a été
diagnostiquée chez des collatéraux.
Évolution
:
Les manifestations cliniques sont polymorphes et évolutives,
il faut souligner l’intrication des pathologies pulmonaires
et digestives ainsi que leurs conséquences
nutritionnelles.
En l’absence de dépistage néonatal, le
diagnostic s’effectue 2 fois sur 3 durant les 6 à 12 premiers
mois de vie avec une grande variabilité des symptômes
d’un enfant à l’autre.
1- Manifestations respiratoires
:
Les manifestations bronchopulmonaires conditionnent
le pronostic vital et la qualité de la survie.
• Sémiologie clinique
– Classiquement, le poumon est indemne à la naissance
mais les manifestations respiratoires débutent précocement,
dès les premiers trimestres de la vie.
Ces signes ne
sont pas spécifiques, la toux est sèche, quinteuse, voire coqueluchoïde, particulière par son caractère diurne et
nocturne, rebelle, insomniante lors des poussées évolutives.
La bronchorrhée, contemporaine de l’installation de la toux, est parfois d’emblée suppurée ; c’est un élément
primordial de surveillance, l’intensité augmente
avec le temps associant parfois des hémoptysies. Les
signes auscultatoires sont variables, une diminution du
murmure vésiculaire traduit la composante emphysémateuse
précoce et constante, les râles sous-crépitants localisés
ou diffus lors des exacerbations sont dus à l’hypersécrétion
au niveau des petites bronches.
La viscosité
excessive du mucus bronchique entraîne la formation de
bouchons dans les bronchioles et les bronches. La répétition
fréquente et précoce des bronchites aiguës ou de bronchopneumopathies dyspnéisantes constitue un
signe d’appel majeur.
La déformation thoracique avec
distension, cyphose dorsale, l’hippocratisme digital
voire la cyanose des extrémités apparaissent de façon plus
tardive parallèlement à l’insuffisance respiratoire.
Les
hémoptysies de faible abondance sont habituelles, mais
en fonction des récidives et parfois de leur sévérité, elles
posent de réelles difficultés thérapeutiques (décision ou
pas d’embolisation en urgence).
À ce stade, le pneumothorax
est également une complication fréquente.
Les manifestations rhino-sinusiennes sont courantes
(sinusites), une atteinte très évocatrice de la mucoviscidose
est représentée par la polypose nasale, elle est
volontiers récidivante.
• Sémiologie infectieuse : l’évolution se fait par poussées
infectieuses où la fièvre est rarement au premier
plan ; elles sont contemporaines d’une aggravation de la
symptomatologie fonctionnelle (toux, encombrement,
expectoration purulente), d’un amaigrissement, d’une
asthénie.
Malgré les avancées scientifiques concernant les anomalies
moléculaires de l’affection, la compréhension du
portage bronchique du S. aureus ou de l’H. influenzae,
précédant en règle l’implantation du P. aeruginosa, reste
incomplète.
Ces 3 germes sont en effet incriminés dans
plus de 80% des poussées infectieuses survenant au
cours de la mucoviscidose.
L’examen cytobactériologique
des crachats recueillis au décours d’une séance de
kinésithérapie respiratoire est primordial.
Le P. aeruginosa
est très spécifique de la mucoviscidose, il possède
des caractères particuliers (apparition au cours de l’évolution
de la capacité de sécréter une enveloppe muqueuse
: slime) ; son apparition initialement intermittente
devient chronique même avec une sensibilité in vitro
vis-à-vis des antibiotiques utilisés.
Ce stade marque un
tournant évolutif car il est associé à une nette progression
des lésions bronchopulmonaires.
À un stade plus
tardif se développeront des résistances multiples et
d’autres bactéries peuvent s’implanter : Stenotrophomonas maltophilia, Acromabacter xylosoxidans,
Burkholderia cepacia.
Ces germes hautement
résistants aux antibiotiques ont été responsables d’épidémie
nosocomiale et sont associés à un fâcheux pronostic.
Cependant leur expression en est très variable.
Les virus à tropisme respiratoire interviennent dans les
exacerbations tandis que les infections fungiques, particulièrement
à Aspergillus fumigatus, posent de difficiles
problèmes diagnostiques et thérapeutiques (différencier le simple portage d’une aspergillose bronchopulmonaire
allergique).
De même, la responsabilité des mycobactéries
atypiques dans l’aggravation de la situation respiratoire
reste difficile à apprécier.
Les investigations biologiques usuelles sont souvent
perturbées lors des exacerbations : polynucléose à l’hémogramme,
élévation des protéines de l’inflammation,
hypergammaglobulinémie.
• Sémiologie radiologique : la radiographie thoracique
est le plus souvent normale à la naissance puis les anomalies
apparaissent.
Elles n’ont aucune spécificité en
dehors de leur extension constante et de leur association.
Initialement, il existe une hyperclarté diffuse avec abaissement
des coupoles diaphragmatiques (distension) et
une visibilité anormale d’un ou plusieurs territoires
bronchiques (bronchite non spécifique).
Avec la répétition
des épisodes infectieux, les images deviennent de
plus en plus complexes, certaines sont transitoires grâce
à un traitement adapté (atélectasie segmentaire, alvéolite,
pneumothorax…), d’autres sont définitives (bronchectasies, pseudo-kystes, bulles emphysémateuses…).
Les radiographies peuvent être cotées selon différents
scores afin de disposer d’un profil évolutif (par exemple le
score de Brasfield).
– La tomodensitométrie thoraco-pulmonaire précise les
lésions anatomiques (bronchectasies, bulles emphysémateuses,
adénopathies…) particulièrement lorsque la radiographie
standard est peu contributive.
• Les explorations fonctionnelles respiratoires sont anormales
très précocement. Elles retrouvent une distension et
un trouble ventilatoire obstructif progressif, prédominant
initialement aux bronches distales et dont on testera la
réponse aux bronchodilatateurs (réversibilité éventuelle).
L’évolution sera marquée par l’association à un syndrome
restrictif.
L’étude des gaz du sang au repos, à l’effort et
durant le sommeil est un bon témoin ponctuel des possibilités
fonctionnelles du poumon.
L’hypoxie est évaluable par
la mesure non sanglante de la saturation en oxygène à l’aide
d’un oxymètre transcutané de pouls (mesures ponctuelles
ou en continu).
Le retentissement cardiaque de l’insuffisance
respiratoire est régulièrement évalué par la réalisation
d’un électrocardiogramme et d’une échographie cardiaque.
2- Manifestations d’origine digestive
:
Elles sont dominées par l’insuffisance pancréatique
externe, les troubles associés aux anomalies des selles et
enfin les complications hépatiques ou biliaires.
• L’iléus méconial néonatal réalise une occlusion fonctionnelle
; il est la manifestation initiale de la maladie
dans 15 à 20 % des cas.
Cliniquement, dès les 48 premières
heures, il existe des vomissements bilieux, un
météorisme abdominal et une absence d’émission du
méconium.
La radiographie de l’abdomen sans préparation
est évocatrice, avec des images en « bulle de
savon» dans la fosse iliaque droite, l’iléon en amont est
dilaté.
La réalisation d’un lavement opaque avec un produit
hydrosoluble hyperosmolaire (du type
Gastrografine) objective un microcôlon et permet parfois
la levée de l’obstacle méconial siégeant habituellement
au niveau de l’iléon terminal mais une fois sur
2 une intervention chirurgicale rapide s’impose en raison
d’une complication associée (péritonite méconiale,
volvulus, atrésie du grêle…).
Dans 20 à 30% des cas,
l’iléus méconial se complique de troubles de la motricité
intestinale.
On peut rapprocher de ce tableau les anomalies
fréquentes du transit in utéro, décelées lors de
l’échographie entre la 18e et la 20e semaine de gestation
(pouvant, en évoquant la mucoviscidose, amener la réalisation
d’une enquête en biologie moléculaire), et chez
l’enfant plus grand le syndrome d’obstruction intestinale
distale où existe une accumulation stercorale iléale.
Ces épisodes de subocclusions intestinales sont favorisés
par une insuffisance d’hydratation ou des erreurs
diététiques, le traitement en est habituellement médical
(lavement par du N-acétylcystéine).
Le prolapsus rectal
chez le nourrisson doit faire évoquer la mucoviscidose,
son caractère récidivant peut amener la réalisation d’injections
sclérosantes.
• L’insuffisance pancréatique exocrine s’exprime au
cours de l’évolution chez plus de 90 % des patients.
Le
tableau associe une diarrhée chronique avec selles volumineuses,
pâteuses et nauséabondes, un appétit conservé
initialement contrastant avec l’hypotrophie. L’intensité
de ce tableau est très variable, des poussées de pancréatites
peuvent survenir.
• L’hépatomégalie est rarement un mode de découverte
malgré sa fréquence, elle est initialement secondaire à
une stéatose, la fibrose focale est parfois présente.
Une
cirrhose diffuse, avec hypertension portale, ou une
lithiase vésiculaire doivent être recherchées systématiquement.
• Le reflux gastro-oesophagien est fréquent, il aggrave
la symptomatologie digestive et respiratoire.
Il faut en
rechercher les signes évocateurs (douleurs épigastriques,
pyrosis), effectuer les investigations diagnostiques
et traiter avant la survenue de complications évolutives.
• D’autres complications intestinales sont à mentionner :
invagination intestinale aiguë, mucocèle appendiculaire
à différencier d’une authentique appendicite, quelques
observations de cancer digestif justifient la surveillance
étroite des patients les plus âgés (> 25 ans).
• Il existe une stéatorrhée par déficit qualitatif et quantitatif
de lipase pancréatique dans 90 % des cas.
L’étude
de la sécrétion du pancréas exocrine est difficile à réaliser
(tubage duodénal après double stimulation par pancréozymine
et sécrétine), l’intérêt du dosage de l’élastase
fécale est en cours d’évaluation.
• Les conséquences biologiques de la maldigestion, de
la malabsorption et de l’atteinte hépatique sont multiples
:
– hypoprotidémie, diminution du RBP (retinol binding
protein), de la préalbumine, de la carnitine et de la taurine ;
– carences vitaminiques, selles liposolubles (hémostase, ADE) mais également B12, folates et C ;
– carences en oligoéléments essentiellement le fer, le
zinc, le sélénium et le molybdène ;
– carence en acides gras essentiels ;
– troubles phosphocalciques, magnésiques, déficit sodé et
potassique par des pertes excessives ;
– élévation des enzymes hépatiques (cholestase, cytolyse).
3- Autres manifestations ou complications :
• La perte chloruro-sodique peut être considérablement
augmentée en période chaude risquant de conduire à une
déshydratation aiguë hyponatrémique.
• L’atteinte cardiaque en dehors du coeur pulmonaire
chronique, avec décompensation d’apparition tardive de
mauvais pronostic, peut être spécifique de la mucoviscidose.
C’est le cas de myocardiopathies avec asystolie le
plus souvent aiguë ou un trouble du rythme à type de biou
trigéminisme.
• Certaines atteintes ostéo-articulaires existent : l’ostéoarthropathie
hypertrophiante des formes sévères ; les
arthrites secondaires à des complexes immuns circulants
ou à certaines classes d’antibiotique (fluoroquinolone).
• Une insuffisance pancréatique endocrine se développe
chez 10 % des adolescents et adultes.
Ce diabète se
distingue du diabète juvénile habituel, il est directement
lié à la destruction du pancréas.
Pour le dépistage de cette
complication évolutive, le dosage de l’hémoglobine glycosylée
et les glycémies post-prandiales semblent avoir
une sensibilité suffisante.
Ce diabète est le plus souvent
insulinodépendant.
• Un retard pubertaire est fréquent, en général lié à la
malnutrition.
La période péripubertaire est un cap évolutif
difficile surtout chez la fille.
Chez le garçon, il existe
dans la majorité des cas, une stérilité en raison d’une
azoospermie obstructive.
4- Éléments de surveillance de l’évolution :
Il existe une grande variabilité dans l’évolution de la
maladie tant interindividuelle qu’individuelle.
Les éléments
de surveillance sont fondés sur la clinique (intensité
de la toux, aspect de la bronchorrhée, courbe staturo-pondérale, courbe thermique), la biologie
[numération formule sanguine (NFS), immunoglobulines,
protéine C-réactive (CRP)…], la bactériologie
[examen cytobactériologique des crachats (ECBC) itératifs],
la radiologie et la mesure régulière à domicile du
débit expiratoire de pointe dont la chute est un témoin précoce d’exacerbation.
Une à 2 fois par an une exploration
fonctionnelle respiratoire (EFR) est effectuée en dehors des
poussées de surinfection [évolution du volume expiratoire
maximal/seconde(VEMS)].
La surveillance annuelle hépatique
comportera la biologie et l’échographie .
L’appréciation du profil évolutif est facilitée par l’utilisation
de scores soit globaux tel celui de Shwachman, soit spécifiques tel un score radiologique de Brasfield ou un score bactériologique.
Il est
cependant difficile d’établir un pronostic individuel pourtant
nécessaire lorsque l’on envisage un programme de
transplantation.
Le génotype n’est pas un marqueur fiable
d’évolution.
Un score de Shwachman inférieur à 50, une réduction
des tests spirométriques de plus de la moitié théorique,
une hypoxémie inférieure à 55 mmHg, une infection
chronique à pyocyanique multirésistant sont de très
fâcheux pronostics à l’échéance d’une année.
Principes de traitement :
Celui-ci doit être personnalisé, il doit être le plus précoce
possible et, au mieux, réalisé par une équipe multidisciplinaire
intégrant le versant extra-hospitalier qui est
actuellement en grand développement (kinésithérapeute,
infirmières de soins à domicile, prestataire de service, insertion socio-professionnelle…).
Actuellement, ce
traitement reste encore symptomatique et contraignant,
il est débuté dès le diagnostic et sera poursuivi pendant
toute la vie du patient.
La qualité de l’environnement
familial est essentielle, particulièrement pour favoriser
l’observance du traitement parfois difficile à obtenir
chez l’adolescent.
Cette adhésion fluctuante dans le
temps imposera à l’équipe médicale de s’adapter
constamment.
1- Prise en charge respiratoire :
Sa priorité reste de retarder l’installation de lésions
parenchymateuses invalidantes ; elle comporte des
mesures préventives et curatives.
• Prévention : une fonction respiratoire optimale est
maintenue grâce à un traitement précoce et permanent de
l’obstruction bronchique avant tout par une kinésithérapie
efficace effectuée par un kinésithérapeute spécialisé, débutée
précocement, enseignée à la famille, et dont la fréquence doit
être définie en fonction de l’intensité de la symptomatologie.
Outre le désencombrement, les résultats recherchés sont une
amélioration de l’autonomie, une correction des anomalies
posturales.
Elle peut être associée à la ventilation dirigée et à
une aide instrumentale.
Le réentraînement à l’effort constitue
un complément indispensable, il doit être individualisé en
fonction du seuil ventilatoire, il faut favoriser la pratique régulière
d’un sport.
Les mesures préventives comportent la vigilance d’un
calendrier vaccinal respecté (vaccin antigrippal en particulier),
le respect de mesures d’hygiène (plantes intérieures,
eau stagnante, contamination inter-humaine…) et l’éviction
du tabagisme familial.
• Traitement des infections bactériennes respiratoires
aiguës : son but est de casser le cycle : infection, anorexie,
malnutrition, altération des capacités de défense, diminution
de la trophicité musculaire.
Il ne faut jamais laisser
évoluer une infection notamment de la sphère ORL.
Une difficulté réside dans la définition de l’infection, le
seul examen reproductible reste l’examen cytobactériologique
de l’expectoration avec ses limites liées à l’âge,
à la validité et à la fiabilité de l’examen en raison de la
contamination possible par les voies aériennes supérieures.
Une fois les bactéries isolées, il faut définir le
seuil de virulence retenu, imposant l’antibiothérapie
(suivant le germe 106 ou 105 UFC/mL, voire moins lors
de prélèvement sous endoscopie bronchique).
Les études pharmacocinétiques montrent qu’il existe
dans la mucoviscidose une diminution de la demi-vie
des antibiotiques, une augmentation du volume de distribution
et une élévation de la clairance rénale.
Cela
impose l’augmentation de la posologie ainsi que le
contrôle sanguin lors de l’utilisation des aminosides.
Cette antibiothérapie doit être bactéricide, il s’agit en
règle d’une bithérapie limitant la sélection de germes
résistants ; elle doit être adaptée au germe et à l’antibiogramme,
administrée soit par voie orale dans la plupart
des infections à S. aureus ou à H. influenzae, soit par
voie parentérale particulièrement en présence du P.
aeruginosa.
Ce dernier nécessite le recours à une association
synergique d’une bêtalactamine et d’un aminoside.
Les fluoroquinolones, même si leur
autorisation de mise sur le marché est réservée aux
patients de plus de 15 ans, sont une alternative, malgré
l’émergence rapide de résistances.
La durée minimale
de traitement est de 2 semaines, malgré cela l’éradication
est difficilement obtenue. Une première antibiothérapie
intraveineuse mérite d’être réalisée lors d’une hospitalisation
conventionnelle afin de surveiller la
tolérance et l’efficacité.
Cependant, pour préserver la
qualité de vie des patients et diminuer l’acquisition
éventuelle d’une infection nosocomiale, l’organisation à
domicile du traitement doit être encouragée.
• Traitement des infections chroniques à P. aeruginosa.
– Cette situation correspond à un stade déjà évolué de la
maladie.
Il n’existe pas de consensus mais 2 attitudes
peuvent être adoptées : soit des cures d’antibiotique réalisées
de façon systématique (4 à 6 fois par an), soit une
antibiothérapie réalisée lors des poussées aiguës en
fonction de la situation clinique, bactériologique et
radiologique.
Ces cures, même en l’absence d’éradication
des germes, améliorent l’état clinique, radiologique
et fonctionnel respiratoire.
– Les difficultés d’abord veineux peuvent justifier l’indication
de la pose d’une chambre sous-cutanée implantable
(Port à Cath en sous-clavier).
• Autres moyens thérapeutiques : l’infection chronique
à S. aureus est très précocement installée, certaines
équipes préconisent une chimioprophylaxie antistaphylococcique
(flucloxacilline).
Cette attitude n’est pas
consensuelle notamment en France.
L’utilisation d’antibiotique administré par voie d’aérosol
(colistine, aminosides) permet l’obtention de
concentrations élevées dans les sécrétions bronchiques.
Les nébulisateurs devront être performants (granulométrie,
rendement…) et nettoyés soigneusement (prolifération
fungique, pyocyanique).
Cette aérosolthérapie sera
effectuée après kinésithérapie et peut se situer lors ou au
décours d’une antibiothérapie intraveineuse.
Les bronchodilatateurs sont utilisés en fonction des
résultats des explorations fonctionnelles respiratoires,
les corticoïdes inhalés semblent prouver leur intérêt
dans cette pathologie car l’inflammation a un rôle
majeur dans la dégradation pulmonaire.
Les données
actuelles seraient en faveur d’un traitement très précoce.
Les propriétés rhéologiques anormales des sécrétions
bronchiques (viscosité, filance, hydratation…) sont
modifiées par l’utilisation de mucomodificateurs par
voie générale (N-acétylcystéine, ambroxol) ou par nébulisation
(rhDNase : Pulmozyme).
L’efficacité de la rhDNase est confirmée par la plupart des équipes,
cependant toutes notent de grandes variations individuelles
et préconisent la réalisation d’explorations fonctionnelles
respiratoires après 6 mois de traitement afin
de juger de l’opportunité de sa poursuite en raison de
son coût.
L’oxygénothérapie nocturne de longue durée à domicile
est indiquée en cas d’hypoxie marquée, une ventilation
par masque nasal se discute lors de l’association à une
hypercapnie.
L’effet favorable sur l’hypertension pulmonaire
préviendrait la survenue du coeur pulmonaire
chronique.
La transplantation pulmonaire est proposée au stade
ultime de la maladie, en dehors de la pénurie des greffons.
Elle pose le délicat problème des indications
même si certaines difficultés techniques sont contrôlées
(taille du greffon, rejet, infection…).
La complication
évolutive majeure est la survenue d’une bronchiolite
oblitérante.
La probabilité globale de survie, très
variable selon les centres de transplantation, ne dépasse
pas 50 % à 1 an et 35 % à 3 ans.
Chez les enfants de
moins de 10 ans, les résultats sont encore inférieurs.
Cette thérapeutique exige une excellente adhésion de
l’enfant et des parents lors du suivi ainsi que le contrôle
rigoureux de l’immunosuppression.
2- Prise en charge nutritionnelle et gastro-entérologique
:
Son objectif est clair : le maintien de l’état nutritionnel
pour assurer un bon développement staturo-pondéral de
l’enfant.
Les apports alimentaires doivent se situer à 130
voire 150 % des besoins théoriques en raison de l’augmentation
des pertes fécales, de l’importance du travail
respiratoire, de l’intensité de l’hypercatabolisme secondaire
aux infections.
• Chez le nourrisson, de nombreuses équipes préfèrent
initialement les substituts à base d’hydrolysat de protéine
du lait et dont l’apport en triglycérides à chaînes
longues est limité, mais compensé par l’adjonction de
triglycérides à chaînes moyennes peu dépendants des
sécrétions biliopancréatiques pour l’absorption intestinale.
Le statut électrolytique sera régulièrement évalué
car un apport complémentaire sodé, surtout en été, et
potassique est nécessaire.
• L’insuffisance pancréatique exocrine étant au premier
plan, l’assistance nutritionnelle repose principalement
sur l’utilisation d’extraits pancréatiques gastroprotégés.
Ces derniers permettent , grâce à une adaptation
au degré de l’insuffisance pancréatique, d’avoir une
prise en charge diététique moins contraignante notamment
au début de la diversification alimentaire, grâce à
l’amélioration du coefficient d’absorption intestinale.
Des sténoses coliques ont été décrites lors de l’utilisation
de fortes doses quotidiennes, il ne faut pas dépasser
chez l’enfant 10 000 unités de lipase/kg/j.
• Un apport complémentaire vitaminique (A, E, D, K,
B12, biotine, C…) et en oligoéléments peut être justifié
en fonction des résultats des contrôles biologiques.
• Une supplémentation en taurine a été proposée pour
diminuer la lithogénicité de la bile et favoriser l’absorption
des triglycérides à chaîne longue.
De même, l’action
préventive d’un traitement par l’acide ursodésoxycholique
(Délursan) face à la survenue de la cirrhose et
d’une insuffisance hépatique.
• À une phase évoluée de la maladie, une assistance
nutritionnelle par alimentation entérale continue nocturne
peut être nécessaire, par sonde nasogastrique, si elle
est épisodique, ou par gastrostomie.
3- Les nouvelles approches thérapeutiques :
• Une action pharmacologique dirigée vers les différents
canaux ioniques transmembranaires reste une voie
de recherche [uridine triphosphate (UTP), amiloride…].
• L’inflammation contribue à la dégradation des
patients atteints de mucoviscidose.
Outre la corticothérapie
dont la place, et surtout le début, restent à définir
d’autres perspectives sont en cours d’exploration : correction
de l’équilibre protéase-antiprotéase (alpha 1-
antitrypsine), anti-inflammatoires non stéroïdiens
(Ibuprofène).
• La thérapie génique est la plus récente des approches
thérapeutiques ; les systèmes vecteurs du gène CFTR
(adénovirus défectifs, liposomes) ont montré leur efficacité
dans des modèles animaux.
Chez l’homme, la tolérance
clinique et biologique de ces vecteurs administrés
par aérosol est admise, cependant, leur efficacité clinique
reste en cours d’évaluation.
Conclusion
:
Les possibilités de prise en charge efficace des enfants
atteints de mucoviscidose se sont transformées au cours
des 20 dernières années, celles-ci sont amplifiées par la mise en oeuvre d’un dépistage néonatal et de la prise de
conscience nécessaire d’une collaboration pour le suivi
des enfants entre la famille, le médecin traitant, les intervenants
au domicile, et les centres de traitement spécialisés.
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