Mucopolysaccharidoses et oligosaccharidoses Cours de l'appareil locomoteur
Introduction
:
Le déficit des enzymes lysosomales entraîne une accumulation de
substrats dans les lysosomes. Deux groupes de thésaurismoses
lysosomales par désordres du métabolisme des glycoprotéines ont
été définis : les mucopolysaccharidoses (MPS), dues à l’un des dix
déficits enzymatiques différents qui entraînent l’accumulation de
glycosaminoglycanes dans les lysosomes, et les oligosaccharidoses
(OS) qui entraînent l’accumulation de chaînes glucidiques plus
courtes.
Les oligosaccharidoses réunissent d’une part les anomalies
de dégradation des glycoprotéines dues à l’un des cinq déficits
enzymatiques différents : bêta-galactosidase (galactosidose à GM1),
alpha-D-mannosidase (mannosidose), alpha-L-fucosidase (fucosidose),
alpha-neuraminidase (sialidose), aspartylglucosaminidase
(aspartylglycosaminurie), et d’autre part les mucolipidoses (types II
et III) qui résultent d’un déficit de l’enzyme N-acétylglucosaminyl-1-phosphotransférase, entraînant l’absence de synthèse d’un
marqueur de reconnaissance normalement présent sur les enzymes
destinées aux lysosomes.
Il en résulte une absence de transport des
enzymes lysosomales dans les lysosomes. Bien que le déficit touche
une variété d’enzymes différente, les manifestations
cliniques, et en particulier radiologiques (dysostose multiple) sont
similaires.
La localisation génétique et les gènes clonés
des MPS et OS sont connus.
Dysostose multiple
:
Les anomalies radiologiques communes aux MPS et aux OS sont
regroupées sous le nom de dysostose multiple.
Le crâne est habituellement augmenté de volume et dolichocéphale,
avec fermeture prématurée de la suture sagittale et épaississement
de la voûte crânienne.
Les mastoïdes et les sinus paranasaux sont
peu développés.
Les condyles mandibulaires sont aplatis, avec
malformation des dents.
La selle turcique est allongée en forme de J
avec hypertrophie des apophyses clinoïdes.
Le rachis est le siège d’une hypoplasie antérosupérieure des corps
vertébraux de la charnière thoracolombaire avec formation d’une
gibbosité due à la présence de vertèbres en « éperon ».
Les corps vertébraux sont ovales, diminués de hauteur ou aplatis.
Le bassin est petit et rétréci ; la région acétabulaire supérieure est
hypoplasique à l’origine d’un cotyle élargi avec un toit à l’obliquité
accentuée ; la coxa valga est fréquente, et les têtes fémorales sont
peu développées.
Les clavicules sont courtes et épaisses.
Les côtes sont élargies, en
forme de rame, effilées à leur insertion vertébrale.
Les modifications des os longs sont plus importantes aux membres
supérieurs qu’aux membres inférieurs, avec élargissement
métaphysaire et diaphysaire, retard de l’ossification épiphysaire, et
amincissement cortical ; les portions distales du radius et de l’ulna
sont effilées.
Les métacarpiens (du 2e au 5e) ont une extrémité proximale effilée ;
les phalanges proximales et intermédiaires sont courtes et trapues,
les phalanges terminales hypoplasiques ; les os du carpe sont petits
et déformés ; les métatarsiens et les os du tarse sont le siège des
mêmes déformations mais moins importantes.
La découverte de ces anomalies doit conduire à un bilan clinique,
génétique et biochimique.
Mucopolysaccharidoses (MPS)
:
A - GÉNÉRALITÉS :
Les MPS sont des affections transmissibles dues à un déficit des
enzymes lysosomiales nécessaires à la dégradation des
glycosaminoglycanes (GAG), appelés mucopolysaccharides acides.
Ces glycosaminoglycanes non ou partiellement dégradés sont
stockés dans les lysosomes et/ou excrétés dans l’urine.
Les MPS I à
VII impliquent le déficit de 1 à 10 enzymes nécessaires à la
dégradation du dermatane, héparane, kératane, ou chondroïtine
sulfate, seul ou en association ; la MPS IX implique le hyaluronane
sulfate.
L’accumulation intracellulaire de glycosaminoglycanes altère la
fonction cellulaire et certains tissus comme le tissu conjonctif
(cartilage, os, appareil cardiovasculaire) et le système nerveux
central : l’accumulation cérébrale de gangliosides serait liée à l’effet
inhibiteur de certains GAG sur l’activité d’enzymes impliquées dans
le catabolisme de ces sphingolipides, en particulier la
neuraminidase.
La transmission de ces affections héréditaires se fait de façon
récessive autosomique, à l’exception de la maladie de Hunter liée
au sexe. Ces affections sont chroniques et progressives, se traduisant
par un large spectre clinique plus ou moins sévère pour un même
déficit enzymatique.
Les patients atteints de MPS se signalent de trois façons : par un
syndrome dysmorphique (MPS I, MPS II, MPS VII), par une
dégradation mentale (MPS III), par l’association d’une dysplasie
osseuse sévère, d’un dysmorphisme modéré et d’une intelligence
normale (MPS IV, MPS VI).
La prise en charge de ces maladies, dont on comprend mieux les
possibilités phénotypiques à l’intérieur de chaque sous-groupe en
précisant le déficit enzymatique responsable et les mutations en
cause, ne peut être que multidisciplinaire.
Le diagnostic prénatal est
possible.
B - MUCOPOLYSACCHARIDOSE DE TYPE I
:
Le déficit en a-L-iduronidase dont le gène a été localisé en 4p16.3
peut se manifester sous trois formes différentes selon les mutations :
la maladie de Hurler et la maladie de Scheie représentant les deux
extrêmes du spectre de la sévérité clinique, et la maladie de Hurler-Scheie le phénotype intermédiaire.
Les trois phénotypes cliniques
ne peuvent être distingués biochimiquement, se traduisant par une
excrétion urinaire excessive de dermatane et d’héparane sulfate, une
absence d’activité de l’a-L-iduronidase et une accumulation de GAG
dans les fibroblastes en culture.
Le déficit en a-L-iduronidase
modifie le développement squelettique de trois façons : perturbation
du remodelage osseux, déficits focaux d’ossification et modification
avasculaire de la tête fémorale.
Le diagnostic anténatal repose sur
la biopsie de trophoblaste avec dosage de l’activité enzymatique.
Seule la greffe de moelle, réalisée précocement avant le
développement d’une détérioration mentale, a donné quelques
résultats.
1- Maladie de Hurler (MPS de type IH)
:
C’est la forme la plus sévère des MPS (1 : 100 000), conduisant au
décès dans l’enfance.
L’enfant apparaît normal à la naissance. Le
diagnostic est habituellement fait entre 4 et 18 mois sur l’association
de traits grossiers avec macroglossie, de déformations squelettiques,
d’hépatomégalie accompagnée de hernies ombilicales et inguinales,
d’infections récidivantes des oreilles, des voies aériennes supérieures
et inférieures.
L’attention peut être attirée par l’insuffisance du développement
psychomoteur, la dysmorphie du visage (nez ensellé, narines larges,
lèvres et oreilles épaisses, cheveux épais), une cyphose thoracolombaire, des limitations articulaires avec une
déformation des doigts en flexion irréductible.
L’évolution est
lentement progressive, compliquée d’opacités cornéennes, de
surdité, de syndrome du canal carpien, d’hydrocéphalie,
d’infections des voies respiratoires et de défaillance cardiaque
pouvant conduire au décès dans la première décennie.
Les modifications radiologiques regroupent celles de la dysostose
multiple sus-décrite.
L’examen hématologique montre la présence
de cellules de Gasser (lymphocytes vacuolés).
2- Maladie de Scheie (MPS de type IS)
:
Cette forme modérée de la MPS I (1 : 500 000), symptomatique après
l’âge de 5 ans, est caractérisée par une raideur articulaire distale avec
déformations des mains en griffe et syndrome du canal carpien, une
valvulopathie aortique, des opacités cornéennes et d’autres atteintes
somatiques : glaucome, dégénérescence rétinienne, obstruction des
voies aériennes supérieures, myélopathie cervicale, spondylolisthésis
lombaire ; il existe une dysmorphie faciale limitée mais l’intelligence
et la croissance sont normales.
Les anomalies radiologiques sont plus discrètes que
celles de la maladie de Hurler (aspect trapu des os longs et des os
de la main, coxa valga, élargissement des côtes, kystes
périarticulaires des mains, des poignets et des hanches).
3- Maladie de Hurler-Scheie (MPS IH/S)
:
Il s’agit d’un phénotype clinique intermédiaire entre les deux formes
précédentes, résultant de la présence de mutations alléliques
différentes au locus de la a-L-iduronidase, caractérisé par une
atteinte somatique progressive, une dysostose multiple, un
retentissement modéré sur le système nerveux et une évolution lente
émaillée de complications parfois mortelles : atteinte cardiaque,
accidents respiratoires liés au rétrécissement trachéal, compression
médullaire liée à l’épaississement de la dure-mère.
C - MUCOPOLYSACCHARIDOSE DE TYPE II
(MALADIE DE HUNTER)
:
La maladie de Hunter (0,6/100 000) est due à un déficit en
iduronate-2-sulfatase et se différencie des MPS I par sa transmission
récessive liée au sexe.
Le gène a été localisé en Xq27.3-q28. Son
spectre clinique est aussi étendu entre deux formes extrêmes : sévère
et modérée.
La forme sévère, apparente entre 2 et 5 ans, ressemble à la maladie de
Hurler, à l’exception des opacités cornéennes absentes et d’une
atteinte squelettique moins marquée (pas de gibbosité).
L’atteinte neurodégénérative progressive et l’atteinte cardiaque conduisent au
décès dans la deuxième décennie.
La forme modérée ressemble à la maladie de Scheie (ou de Hurler-
Scheie), avec une survie au-delà de la deuxième décennie, sans
dégradation mentale significative, mais avec les mêmes
complications évolutives, notamment cervicocéphaliques.
La
maladie de Hunter est très rare chez la fille.
La greffe de moelle
semble peu efficace.
D - MUCOPOLYSACCHARIDOSE DE TYPE III
(MALADIE DE SANFILIPPO)
:
La maladie de Sanfilippo (1 : 200 000) recouvre une entité clinique
démembrée en quatre variétés biochimiques selon l’enzyme
déficiente :29 héparane-sulfatase dans le type A (gène en 17q25.3),
alpha-N-acétyl-D-glucosaminidase dans le type B (gène en 17q21.1),
alpha-glucosaminide-N-acétyl-transférase dans le type C (gène en 14),
N-acétyl-glucosamine-6-sulfate-sulfatase dans le type D (gène en
12q14).
Ces quatre enzymes sont nécessaires à la dégradation de
l’héparane sulfate.
Les mutations sont très hétérogènes.
Des
variations phénotypiques existent mais de façon moins tranchée par
comparaison aux autres MPS.
Cette maladie est caractérisée par une dégénérescence sévère du
système nerveux central, responsable d’un retard psychomoteur, de
troubles du comportement puis d’une détérioration mentale,
contrastant avec une atteinte somatique modérée : dysmorphie
faciale discrète, raideur articulaire modérée, hépatomégalie ; la
dysostose multiple est aussi modérée : voûte du crâne épaissie
avec selle turcique normale, corps vertébraux ovoïdes avec ostéophytose antérieure.
E - MUCOPOLYSACCHARIDOSE DE TYPE IV
(MALADIE DE MORQUIO)
:
La maladie de Morquio, transmise selon un mode récessif
autosomique, est due à un défaut de dégradation du kératane sulfate
(substance du tissu conjonctif, particulièrement du cartilage, de la
cornée, du disque intervertébral et du nucléus), mais peut être
secondaire à deux déficits enzymatiques distincts : N-acétylgalactosamine-
6-sulfatase dans la MPS IVA (gène en 16q24.3), et
bêta-galactosidase dans la MPS IVB (gène en 3p21.33),
chaque déficit entraînant un spectre étendu de manifestations
cliniques.
L’incidence est de 1 : 40 000 à 1 : 300 000.
1- Manifestations cliniques
:
Ces deux formes sont caractérisées par un nanisme prédominant sur
le tronc, une dysplasie spondyloépiphysaire sévère distincte de celle
des autres MPS, une hyperlaxité ligamentaire source de
déformations articulaires douloureuses, de fines opacités cornéennes
et une intelligence préservée.
Les premiers symptômes
apparaissent entre 1 et 3 ans : déformation antéropostérieure du
thorax, gibbosité, marche dandinante due à un genu valgum sévère secondaire à une laxité ligamentaire, une raideur des hanches et des
pieds plats.
L’évolution de la maladie est caractérisée par un arrêt
presque total de la croissance à partir de l’âge de 10 ans.
La complication majeure est le développement d’anomalies
neurologiques secondaires à une myélopathie cervicale par
subluxation atloïdoaxoïdienne due à l’hypoplasie de l’odontoïde et
à l’hyperlaxité ligamentaire, dépistables par l’imagerie par
résonance magnétique (IRM), nécessitant le plus souvent une
stabilisation chirurgicale C1-C2.
2- Manifestations radiologiques
:
Les anomalies squelettiques (ossification enchondrale incomplète)
caractéristiques de la maladie de Morquio, évidentes vers 2 ou 3 ans,
comprennent : nanisme prédominant sur le tronc, platyspondylie
avec languette antérieure ou déformations ovales des vertèbres,
cyphoscoliose thoracolombaire, hypoplasie de l’odontoïde constante,
coxa valga, genu valgum, valgus du coude, déviation ulnaire du
poignet, déformation proximale des métacarpiens et phalanges
courtes, déformations épiphysaires évolutives des os tubulaires,
épiphyses élargies et ostéoporose.
Les modifications du poignet,
des métacarpiens, des hanches et l’hypoplasie antérieure des
vertèbres permettent de différencier la maladie de Morquio des
autres platyspondylies généralisées.
3- Manifestations extrasquelettiques
:
Les manifestations extrasquelettiques comportent une hypoacousie
discrète, des anomalies dentaires, une valvulopathie aortique ou
mitrale, une insuffisance respiratoire restrictive et une apnée du
sommeil respectivement secondaires aux déformations thoraciques
et cervicales.
Des formes modérées peuvent être confondues avec des coxopathies,
type maladie de Legg-Perthes et Calvé.
Le diagnostic prénatal est possible.
Il existe une kératane sulfaturie
et une légère augmentation de la fraction normale de chondroïtine-4
ou -6 sulfate.
La prise en charge doit être multidisciplinaire.
La greffe
de moelle osseuse est inefficace.
F - MUCOPOLYSACCHARIDOSE DE TYPE VI
(MALADIE DE MAROTEAUX ET LAMY)
:
La maladie de Maroteaux et Lamy est due à un déficit en N-acétylgalactosamine-
4-sulfatase (arylsulfatase B), conduisant à une
excrétion urinaire presque exclusive de dermatane sulfate.
Le gène
est localisé en 5p11-p13.
L’existence de nombreuses mutations
explique l’hétérogénéité clinique.
Le développement psychomoteur est normal et l’atteinte somatique,
dans les formes sévères, est similaire à celle de la maladie de Hurler.
La dysmorphie faciale est modérée.
La croissance s’arrête vers l’âge
de 6 ou 8 ans.
Il existe des troubles statiques rachidiens et une protrusion sternale.
La mobilité articulaire (genou, hanche et coude)
peut être limitée et le syndrome du canal carpien est fréquent.
Une hépatosplénomégalie, des opacités cornéennes et une surdité sont
présentes.
Les anomalies radiologiques entrent dans le cadre de la dysostose
multiple et sont similaires à celles de la maladie de Hurler.
Il existe
une forme où le nanisme et les déformations squelettiques sont plus
sévères.
La survie jusqu’à l’âge adulte est possible, parfois obérée par la
survenue de complications cardiaques, respiratoires ou
médullaires comme dans la MPS IS-IH.
Ces complications
peuvent être prévenues par la greffe médullaire qui ne modifie pas
la croissance osseuse.
G - MUCOPOLYSACCHARIDOSE DE TYPE VII
(MALADIE DE SLY)
:
La maladie de Sly est très rare : 35 cas décrits en 2001 ; elle est
due à un déficit en b-glucuronidase avec élimination excessive de
chondroïtine sulfate.
Le gène est localisé en 7q11.21-q11.22.
La présentation clinique varie de l’anasarque foetoplacentaire aux
formes modérées de l’adulte.
Les jeunes enfants ont l’aspect de la
maladie de Hurler, avec hépatomégalie accompagnée de hernies
inguinales et ombilicales, retard mental, retard de croissance,
anomalies radiologiques modérées (élargissement de la médullaire
des os longs, côtes élargies, coxa valga, nécrose épiphysaire
fémorale).
Des variantes avec dysplasie squelettique sévère ont été décrites.
Les anomalies squelettiques pourraient être dues à une altération de
la morphologie et de la fonction des ostéoclastes, comme cela a été
démontré dans un modèle murin.
H - DIAGNOSTIC :
Le diagnostic des MPS est avant tout clinique.
La recherche de
lymphocytes vacuolés dans le sang est un appoint diagnostique
quand elle est positive. Des cellules de Buhot, de Gasser II peuvent
être observées au myélogramme.
Le dosage des GAG sur les urines
de 24 heures est le test diagnostique préliminaire le plus utile, couplé
à une électrophorèse des MPS urinaires.
Le dosage de l’activité
enzymatique (sur leucocytes ou fibroblastes cutanés en culture) est
indispensable pour confirmer le diagnostic.
Le pronostic est assuré
par l’identification des mutations en cause.
Le diagnostic anténatal
peut être fait précocement par dosage enzymatique sur biopsie
choriale.
I - TRAITEMENT :
En l’absence de traitement spécifique, les patients atteints de MPS
nécessitent une surveillance continue de leur état clinique, avec
évaluation de l’audition, de la vision, et de la fonction articulaire
pour améliorer la qualité de vie et diminuer le handicap d’une
maladie systémique diffuse.
L’allogreffe de moelle osseuse a été
utilisée essentiellement dans la MPS I, corrigeant les atteintes
somatiques, sans effet sur les atteintes oculaires et squelettiques
(nécessité d’interventions chirurgicales orthopédiques).
Des essais
cliniques avec l’alpha-l-iduronidase recombinante pour les patients
atteints de MPS I sont prometteurs.
La thérapie génique est encore
au stade précoce de son développement.
Oligosaccharidoses :
Il s’agit d’un désordre du métabolisme des glycoprotéines
responsable d’une excrétion anormale de chaînes glucidiques
courtes (5 à 6 sucres) entraînant un retentissement sur le squelette.
Les oligosaccharidoses (glycoprotéinoses) constituent un groupe
particulier de thésaurismose lysosomale, dans lesquelles le
dénominateur commun est l’anomalie génétique du complexe
lysosomal multienzymatique et d’exoglycosidases impliquées dans
le catabolisme des glycoprotéines, ce qui entraîne une accumulation
d’oligosaccharides non dégradés dans les tissus.
Il y a un continuum
de phénotypes cliniques, indiquant qu’il y a d’autres facteurs
influençant le cours de la maladie.
Il est difficile de
distinguer chacune des maladies sur les seuls critères cliniques.
Leur mode de transmission est autosomique récessif.
A - BÊTA-GALACTOSIDOSES :
C’est une maladie secondaire à un déficit de la bêta-galactosidase dont
le gène a été localisé en 3p21.33.
Ce déficit primaire affecte les
patients atteints de gangliosidose à GM1 (maladie
neurodégénérative avec atteinte viscérale) et de la maladie de
Morquio de type B (maladie osseuse généralisée sans atteinte du
système nerveux central), représentant les deux extrêmes du spectre
des phénotypes cliniques résultant des mutations du gène de la
bêta-galactosidase.
1- Gangliosidose à GM1
:
Elle se caractérise par un déficit marqué (0-5 % de la normale) de
l’activité de la bêta-galactosidase.
Trois types ont été décrits : forme
précoce de Norman et Landing (type 1), forme juvénile de type 2,
forme chronique de l’adulte.
Le type 1 (infantile précoce 0-6 mois) associe une encéphalopathie et
une dysostose généralisée ou localisée.
Le décès survient le plus
souvent avant l’âge de 3 ans (infections respiratoires).
La maladie
débute précocement par un retard psychomoteur, une dysmorphie
faciale, une hépatosplénomégalie, et des taches rouge cerise au fond
d’oeil.
Les anomalies radiologiques sont précoces, constantes et
proches de la maladie de Hurler.
L’excrétion urinaire
d’oligosaccharides galactose terminaux liés en bêta est élevée (× 30).
Le type 2 (infantile tardif 7 mois-3 ans) associe une encéphalopathie
et une dysostose vertébrale localisée.
Il y a une accumulation
cérébrale de céroïde-lipofuscine en plus de ganglioside GM1.
Il
n’y a pas de tache rouge cerise, pas de viscéromégalie, ni
dysmorphie ; la dysplasie squelettique est inconstante.
Le type 3 (adulte 3-30 ans) associe une encéphalopathie localisée
(système extrapyramidal) et une dysplasie vertébrale ; les signes
cliniques comportent une dysarthrie, une ataxie, une dystonie, des
troubles de la vue, et une détérioration intellectuelle modérée.
Radiologiquement, il existe une spondylodysplasie modérée, une
hypoplasie acétabulaire, et un aplatissement des têtes fémorales.
Au
plan biologique, on observe des lymphocytes vacuolés, une
augmentation des phosphatases alcalines, et des cellules spumeuses
ou ballonnées dans la moelle osseuse ; le dosage de l’activité
enzymatique de la bêta-galactosidase confirme le diagnostic.
2- Maladie de Morquio type B
:
Le diagnostic est essentiellement clinique.
La forme B est
plus modérée dans ses signes cliniques et radiologiques (limitation
des articulations qui sont gonflées et déformées, aplatissement des
têtes fémorales et des vertèbres, platyspondylie, pincement des
disques intervertébraux) avec une excrétion urinaire de kératane
sulfate.
B - MANNOSIDOSE :
C’est la plus fréquente des oligosaccharidoses.
1- alpha-mannosidose :
L’alpha-mannosidose est une maladie autosomique récessive due à un
déficit de l’a-D-mannosidase (LA-MAN), dont le gène est situé en
19p13.2-q12.
Il en résulte une accumulation intracellulaire et urinaire
d’oligosaccharides contenant du mannose (en position a1-2, a1-3).
La maladie est découverte habituellement vers la 2e ou 3e année de
la vie devant l’apparition d’un retard mental, d’une atteinte de
l’audition, d’une hépatosplénomégalie, d’une dysostose ressemblant
au Hurler et d’un déficit de l’immunité source d’infections
respiratoires à répétition.
L’hydrocéphalie peut se compliquer
d’hypertension intracrânienne.
Quelques cas de polyarthropathie
ont été rapportés, avec signes inflammatoires locaux, parfois
destruction articulaire : rôle des traumatismes, des glycoprotéines,
de l’infiltration synoviale par des oligosaccharides ?
Le spectre
clinique est étendu du type 1, forme sévère responsable d’un décès
précoce avant 12 ans au type 2 compatible avec une survie prolongée
chez l’adulte.
Le diagnostic est basé sur l’évaluation clinique, la détection
d’oligosaccharides riches en mannose dans les urines et la mesure
directe de l’activité enzymatique de l’exoglycosidase dans de nombreux types
cellulaires (leucocytes, fibroblastes).
Le diagnostic prénatal est
possible.
2- bêta-mannosidose :
La bêta-mannosidose, dont le gène est situé en 4q22-25, est
exceptionnelle, résultant d’une accumulation lysosomale d’un
disaccharide : le mannosyl-b 1-4 acétylglucosamine.
Il est difficile de
distinguer un profil clinique évocateur.
C - FUCOSIDOSE :
C’est une maladie autosomique récessive due à un déficit de l’a-L
fucosidase, enzyme hydrolysant le fucose des glycolipides et des
glycoprotéines dont le gène est situé en 1p34, entraînant une
accumulation de glycoconjugués fucosylés dans les tissus.
La clinique associe un retard mental, un retard de croissance, une
dysmorphie faciale similaire à celle de la maladie de Hurler, des
infections respiratoires récidivantes, des télangiectasies ou angiokératomes (comme dans la maladie de Fabry), une cardiohépato-(
spléno)-mégalie et une dysostose multiple.
Le spectre
clinique est étendu du type 1, forme sévère infantile avec hypotonie
et décès avant 10 ans au type 2, forme modérée d’apparition
progressive avec survie jusqu’à la 2e ou 3e décennie.
Les signes radiologiques associent une ostéoporose, un retard de
l’âge osseux (identique à la MPS III) et une dysostose multiple avec
en particulier un odontoïde court et une platyspondylie cervicale.
À l’IRM, l’atteinte diffuse touchant la substance blanche, incluant
les couches profondes traversant le thalamus, le nucleus lentiforme,
l’hypothalamus, le corpus medullare ainsi que le faible signal du
globus pallidus permettent le diagnostic différentiel avec les autres
maladies neurométaboliques.
Le diagnostic est basé sur la mise en évidence dans les urines
d’oligosaccharides riches en fucose, la mesure de l’activité de l’afucosidase
dans les leucocytes ou sur les villosités choriales
(diagnostic prénatal).
D - SIALIDOSE ET GALACTOSIALIDOSE
:
La neuraminidase lysosomale est l’enzyme clef pour le catabolisme
intralysosomal des glycoconjugués sialylés, déficitaire dans deux
maladies neurodégénératives : la sialidose et la galactosialidose.
1- Sialidose primaire (mucolipidose de type I)
:
C’est une maladie autosomique récessive due à un déficit génétique
de la sialidase lysosomale, appelée neuraminidase, qui catalyse
le catabolisme des sialoconjugués, dont le gène est localisé en
6p21.
La maladie est caractérisée par une accumulation tissulaire
(sauf le tissu cérébral) et urinaire de dérivés sialylés
d’oligosaccharides et de glycoprotéines comme dans la
galactosialidose et la culture de fibroblastes cutanés est nécessaire
pour distinguer les deux affections.
L’incidence est de 1 sur
4 millions de naissances.
La sialidose primaire (ou cherry-red spot myoclonus syndrome :
épilepsie avec tache rouge cerise au fond d’oeil) a d’abord été décrite
sous le nom de lipomucopolysaccharidose.
Elle comporte deux
variantes cliniques différant selon l’âge de début et le degré de
sévérité.
La sialidose de type I (épilepsie myoclonique) se révèle à l’âge de
10 ans, parfois à l’âge adulte et ne comporte pas de dysmorphie ni
de dysplasie osseuse ; elle est caractérisée par des taches maculaires
bilatérales rouge cerise (cherry-red-spot), des opacités cornéennes, un
nystagmus, une baisse de la vision progressive, une ataxie, et une
épilepsie myoclonique.
La sialidose de type 2 a un début infantile (0-12 mois) ou juvénile
(2-20 ans) et comporte une dysmorphie faciale associée à une
dysplasie du squelette et une dysostose multiple proche de la
maladie de Hurler, un retard mental, une hépatosplénomégalie et
un syndrome myoclonies/taches rouge cerise.
Une forme sévère se
manifeste précocement in utero, associée à un syndrome oedémateux
ascitique ou une anasarque.
L’âge de début et la sévérité des
manifestations cliniques sont corrélés à la quantité d’activité
résiduelle de la sialidase, traduisant l’existence d’une hétérogénéité
génétique considérable.
Des mutations ont été décrites sur le gène
de la neuraminidase ou sialidase.
Trois mutations ont été
découvertes dans une région de la surface de la molécule de sialidase, entraînant une dégradation intralysosomale rapide de la
protéine exprimée, suggérant une implication de cette région dans
la liaison de la sialidase à la cathepsine A lysosomale et/ou à la
bêta-galactosidase dans le complexe lysosomal multienzymatique
nécessaire pour l’expression de l’activité de la sialidase.
2- Sialidose secondaire (galactosialidose,
syndrome de Goldberg)
:
La galactosialidose est une maladie autosomique récessive dans
laquelle il y a une dépression de l’activité de la sialidase (neuraminidase) et de la bêta-galactosidase, appelée aussi syndrome
de Goldberg, gangliosidose GM1 de type 4.
La galactosialidose
correspond à des mutations du gène déterminant la synthèse de la
protéine protectrice des activités enzymatiques (protéine protective
cathepsine A), localisé sur le chromosome 20q13.1.
Il y a une
accumulation tissulaire et urinaire de dérivés d’hydrate de carbone
et de fragments de glycopeptides riches en acide sialique.
Les phénotypes cliniques sont hétérogènes : forme sévère infantile
ou congénitale avec syndrome oedématoascitique et forme à début
tardif lentement progressive de l’adulte.
Selon le début de la
maladie, un ou plusieurs des signes suivants peuvent être présents
ou absents.
Les signes neurologiques associent retard mental, myoclonies et ataxie.
Il existe des taches rouge cerise au fond d’oeil,
des opacités cornéennes, une hépato-spléno-mégalie, des hernies,
des traits grossiers et une perte de l’audition.
Le squelette est dysplasique (os tubulaires courts et élargis,
irrégularités métaphysaires, périostose, raréfaction osseuse, ailes
iliaques évasées, hypoplasie des corps vertébraux).
Des cellules
spumeuses apparaissent dans la moelle osseuse ; les cellules
endothéliales et les lymphocytes sont vacuolés.
Les symptômes
cliniques de la forme infantile sévère sont les mêmes que dans la sialidose de type II.
Le diagnostic prénatal est possible.
E - ASPARTYLGLUCOSAMINURIE :
L’aspartylglucosaminurie, principalement observée en Finlande, est
une thésaurismose lysosomale autosomique récessive due au déficit
en aspartylglucosaminidase, ne permettant pas l’hydrolyse entre
l’asparagine et la partie glucidique des glycoprotéines, entraînant
l’accumulation intralysosomale de glycoasparagine et
d’aspartylglucosamine trouvée en quantité anormale dans les urines.
Le gène est localisé en 4q32 à 4q33. Dix-huit mutations sporadiques
différentes ont été décrites.
Les premiers signes apparaissent vers 2 ou 3 ans, sous la forme d’un
retard mental d’évolution lentement progressive, d’instabilité
psychomotrice avec hyperlaxité articulaire, d’infections récidivantes
respiratoires (enfance) et cutanées (adulte).
Une polyarthrite
chronique est fréquente (7 % chez la femme, 4 % chez l’homme),
caractérisée par un début dans l’enfance, la présence de facteurs
rhumatoïdes, une évolution destructrice et déformante.
L’espérance
de vie est habituellement inférieure à 45 ans. Radiographiquement,
il existe un épaississement de la voûte du crâne, une irrégularité des
plateaux vertébraux avec cyphoscoliose, un élargissement de la
médullaire des os longs avec amincissement de la corticale
(fractures).
Le diagnostic prénatal est possible.
F - MUCOLIPIDOSES DE TYPES II ET III
:
1- Généralités
:
Elles sont secondaires à un déficit en N-acétylglucosamine-1- phosphotransférase à l’origine d’un déficit multiple en hydrolases
acides lysosomales.
Il y a une sécrétion anormale d’hydrolases
acides à l’extérieur des cellules mésenchymateuses au lieu d’être
intégrées dans les lysosomes (les enzymes ne possèdent pas de
marqueur de reconnaissance le mannose 6 phosphate permettant
le transport et l’intégration aux lysosomes).
Les produits accumulés
sont de nature mixte, mucopolysaccharidique et glycolipidique. Les
mucolipidoses II et III sont transmises selon le mode autosomique
récessif.
Le gène de l’activité phosphotransférase
est localisé au bras long du chromosome 4 (4q21 à 4q23).
Le diagnostic prénatal est
possible. Leur expression clinique et leur gravité sont
différentes.
La mesure de l’activité hydrolase
acide doit être faite à la fois dans le sérum (élevée) et dans
les leucocytes (diminuée).
2- Mucolipidose de type II (ML II) (maladie des cellules
à inclusions : « I cell disease » de J. Leroy)
:
Elle peut être découverte à la naissance devant un thorax étroit,
aplati en tonneau, une dysmorphie faciale, des limitations
articulaires parfois secondaires à des luxations et des infections
respiratoires précoces.
Plus tard, elle peut être reconnue devant un
retard du développement psychomoteur.
La dysmorphie faciale est
similaire à celle de la mucopolysaccharidose de type I, avec quelques
différences : crâne brachycéphale, distance excessive entre le nez et
la lèvre supérieure, hypertrophie gingivale.
La peau est épaisse et le
foie hypertrophié.
Des hernies inguinales bilatérales sont
fréquentes.
L’aspect radiologique diffère selon l’âge.
À la naissance, la trame
osseuse a un aspect malacique, la corticale est dédoublée, les
métacarpiens ont un aspect en olive et il peut y avoir confusion avec
l’hyperparathyroïdie congénitale.
Plus tard, les os ont un aspect
trapu et les déformations osseuses rappellent celles de la mucopolysaccharidose
de type I.
L’évolution de la maladie est
grave, le décès survenant habituellement avant l’âge de 3 ans.
3- Mucolipidose de types III (pseudopolydystrophie
de Hurler) (ML III)
:
Les formes cliniques (classique, modérée et sévère) ne sont pas
corrélées à l’hétérogénéité génétique (ML III A, B et C), l’enzyme
déficitaire comportant trois sous-unités sous la dépendance de deux
gènes.
Décrite en 1966 par Maroteaux et Lamy, la mucolipidose de type III
est beaucoup moins sévère que la maladie de Hurler (MPS de type
IH) et se rapproche de la maladie de Scheie (MPS de type IS) sans
hépatosplénomégalie, sans opacités cornéennes ni
mucopolysaccharidurie.
Cette maladie, découverte vers l’âge de
2 ans, se traduit par une insuffisance staturale, une dysmorphie
faciale modérée, une cyphoscoliose et une raideur articulaire peu
douloureuse des mains (doigts en griffe) et des grosses articulations
apparaissant lentement après l’âge de 3 ans, un retard mental
d’apparition tardive, permettant une survie à l’âge adulte.
L’aspect radiologique est proche de la maladie de Morquio :
obliquité du toit du cotyle, coxa valga, hypoplasie de l’odontoïde et
du bord antérieur des vertèbres lombaires. Les têtes fémorales
sont aplaties, irrégulières, hétérogènes avec un aspect d’ostéonécrose
aseptique à l’IRM.
4- Mucolipidose type IV
:
C’est une thésaurismose lysosomale neurodégénérative caractérisée
par un retard psychomoteur et des atteintes oculaires, sans
viscéromégalie ni déformations squelettiques. Le gène est localisé
sur le chromosome 19p13.2-13.3.