Mouvements anormaux (dystonie, athétose, chorée, ballisme)
Cours de Neurologie
Introduction
:
Les mouvements anormaux sont actuellement divisés en deux
grands groupes, l’un comprenant les syndromes akinétiques et les
parkinsonismes, caractérisés par la pauvreté et la lenteur des
mouvements et l’autre comprenant l’ensemble des syndromes
hyperkinétiques, caractérisés par un excès de mouvement ou des
mouvements involontaires.
Le premier groupe est traité dans
d’autres chapitres de cette encyclopédie et ne sera pas abordé ici, le
second est aussi en partie traité par ailleurs tels les tremblements,
les myoclonies, les tics et certaines dyskinésies médicamenteuses.
Nous allons nous limiter ici à présenter les mouvements anormaux
dont les mécanismes d’apparition sont suspectés inclure une
anomalie au niveau des circuits moteurs des ganglions de la base.
Il
s’agit des dystonies, de l’athétose, des chorées et du ballisme.
En
effet, ces mouvements anormaux, initialement décrits comme des
entités distinctes, sont fréquemment associés et méritent à ce titre
d’être traités ensemble.
Définitions cliniques et sémiologie
:
La dystonie est caractérisée par des contractions musculaires,
soutenues et durables, de groupes musculaires agonistes et
antagonistes, engendrant des mouvements répétitifs (mouvements
dystoniques) ou des postures anormales (postures dystoniques).
Ces
contractions peuvent être brèves (secondes : spasme, dystonie myoclonique), prolongées (minutes : mouvements dystoniques,
dystonie phasique), ou soutenues (heures : posture dystonique,
dystonie tonique).
Elles disparaissent pendant le sommeil, mais
peuvent amener à des déformations ostéoarticulaires persistantes.
Elles sont favorisées par l’action, la posture et le stress et peuvent
être vaincues par un « geste antagoniste » qui consiste volontiers en
un simple attouchement de la région participant à la dystonie : par
exemple, la dystonie cervicale disparaît lorsque le patient se touche
le menton.
Les dystonies peuvent apparaître exclusivement lors du
maintien d’une posture (dystonie posturale) ou pendant une action
(dystonie d’action) et sont alors volontiers accompagnées d’une
« diffusion » de l’activité musculaire, caractérisée par le recrutement
de groupes musculaires ne participant pas normalement au
mouvement.
Ce recrutement peut s’étendre au membre atteint ou à
son homologue.
Enfin, lors de la mobilisation passive, le tonus peut
être augmenté de façon similaire au parkinsonisme et on peut voir
apparaître une anomalie des réflexes consistant en la contraction du
muscle raccourci en réponse à l’étirement de son antagoniste :
réflexes des raccourcisseurs.
Les dystonies peuvent être subdivisées selon :
– leur topographie :
– focale : atteignant une seule région corporelle, telle la main, les
paupières ;
– segmentaire : atteignant des régions corporelles adjacentes
cervicale et brachiale ;
– multifocale : atteignant des régions corporelles séparées ;
– généralisée : atteignant généralement les deux membres
inférieurs et une autre région corporelle ;
– hémidystonie : n’atteignant qu’un hémicorps ;
– l’âge d’apparition :
– enfance, adolescence : débutant volontiers à une jambe ou à un
bras et se généralisant par la suite ;
– adulte : débutant plus volontiers dans la région craniocervicale
et restant focale ou segmentaire) ;
– l’étiologie (primaire ou secondaire).
L’athétose qui littéralement signifie une « impossibilité de maintenir
une position stable » est caractérisée par des mouvements lents, sinueux, continus, reptiformes, irréguliers, essentiellement
appendiculaires à prédominance distale (comme des mouvements
des tentacules de poulpe), volontiers augmentés par l’activation
d’une autre partie du corps, le stress ou les stimulis sensoriels,
disparaissant durant le sommeil.
Ils s’exacerbent lors d’activités
intellectuelles, avec les émotions et les stimulations sensitives.
Parfois très lente et entraînant une posture anormale, l’athétose se
rapproche des dystonies.
Parfois plus rapide, on peut la considérer
avec la chorée dans un continuum avec, à une extrémité, les
mouvements les plus lents qui représentent l’athétose et, à l’autre
extrémité, les plus rapides représentant la chorée ; les mouvements
intermédiaires étant définis sous le terme de choréoathétose.
Les
mouvements peuvent être interrompus par des spasmes non
douloureux, typiquement de brève durée, mais qui peuvent devenir
permanents, conduisant à des déformations.
En dehors des spasmes,
le tonus est diminué.
Lors des mouvements volontaires, on observe
une contraction anormale des muscles antagonistes et une extension
de la contraction musculaire à des groupes qui ne participent
habituellement pas au mouvement donné.
C’est par cet aspect que
l’athétose est fort semblable à la dystonie, à laquelle elle est intégrée
dans le monde anglo-saxon.
Cela peut conduire le patient à exécuter
un mouvement inverse à celui qu’il souhaitait faire, décrit sous le
terme « d’oppositionnisme », et à des difficultés pour des séquences
de mouvements alternes mimant une bradycinésie.
L’athétose
survient consécutivement à un dysfonctionnement des noyaux gris
centraux et également d’autres relais du système extrapyramidal.
On peut également observer des mouvements athétosiques lors de
lésions qui touchent les voies sensitives proprioceptives depuis les
nerfs périphériques jusqu’au cortex.
Dans ces cas associés à un
déficit sensitif, on parle plutôt de pseudoathétose même si cette
distinction n’a pas de fondement physiopathologique certain.
La chorée (provenant du grec « danse ») est caractérisée par des
mouvements involontaires liés à la contraction de plusieurs muscles,
brusques, explosant littéralement, brefs, rapides, imprévisibles et
d’amplitude variable.
Ils présentent une grande variabilité de
distribution, de fréquence et d’intensité, ce qui leur donne un
caractère arythmique désordonné et aléatoire.
Ils se propagent
volontiers d’une partie du corps à une autre selon une séquence proximodistale ou distaloproximale.
Le mouvement choréique est
dénué de finalité, il ne peut être retenu volontairement que durant
quelques secondes, mais il s’incorpore et se camoufle volontiers dans
un geste destiné à lui donner un sens (paracinésie), par exemple, se
gratter le nez ou l’oreille, ou encore se passer la main dans les
cheveux.
La face est le siège de grimaces bizarres qui modifient la
physionomie.
Le cou présente des mouvements variés évoquant le
mouvement des oiseaux aux aguets.
Aux membres supérieurs, il
s’agit de mouvements de flexion/extension des doigts, prédominant
sur les pouces, de mouvements de pronation/supination des avantbras,
de projection d’un bras en avant, d’élévation et d’abaissement
de l’épaule.
Ces mouvements interfèrent alors fréquemment avec
tous les mouvements volontaires de la vie quotidienne et deviennent
progressivement invalidants.
Aux membres inférieurs, les
mouvements involontaires sont habituellement moins intenses mais
ils peuvent gêner la marche qui est sautillante, irrégulière avec des
oscillations latérales, évoquant les mouvements d’un danseur (danse
de St-Guy).
Lorsqu’ils sont discrets et de faible amplitude les
mouvements choréiques sont parfois difficiles à distinguer des myoclonies, bien qu’ils soient plus lents.
La fatigue, l’attention, et le
stress les favorisent et le maintien forcé d’une posture permet de les
démasquer.
L’impersistance motrice (impossibilité de maintenir une
contraction musculaire constante) se manifeste par de petits
mouvements incessants des doigts lorsque le patient serre la main
de l’examinateur (« signe du trayeur »), et peut rendre le patient
maladroit (les objets lui échappent).
Le maintien de la protrusion
linguale est difficile.
Le patient est généralement anosognosique de
ces anomalies.
L’hypotonie est habituellement très nette, expliquant
l’amplitude des mouvements choréiques.
Les réflexes ostéotendineux sont généralement amples et pendulaires.
Après la
percussion du tendon rotulien, on peut observer une contraction
prolongée du muscle quadriceps qui est due à la superposition d’un
mouvement choréique sur le mouvement réflexe (phénomène de
Weill).
Le ballisme (du grec « jeter ») est un mouvement involontaire d’un
membre, brusque, violent, explosif, imprévisible et très ample, en
flexion, extension ou torsion, volontiers déclenché par une action et
augmenté par le stress, prédominant à la racine des membres,
réalisant souvent un geste de « lanceur de javelot ».
Il est similaire à
la chorée hormis l’amplitude et une relative stéréotypie qui contraste
avec l’anarchie fantaisiste de cette dernière.
Néanmoins il est malaisé
de séparer complètement ces deux mouvements car le ballisme
évolue souvent vers la chorée et les patients présentant des chorées
importantes présentent volontiers des mouvements balliques.
Lorsqu’un seul membre est atteint, on parle de monoballisme et
d’hémiballisme lors de la participation d’un hémicorps, situation la
plus fréquente, qui signe classiquement une atteinte aiguë du noyau
sous-thalamique (corps de Luys) et plus généralement une atteinte
du circuit des ganglions de la base controlatérale.
Physiopathologie des mouvements
anormaux :
Le rôle des ganglions de la base dans les mouvements anormaux est
largement suggéré par la survenue de ces derniers lors de maladies
engendrant un dysfonctionnement ou une lésion électifs d’une partie
des noyaux gris centraux.
Néanmoins, il a été relevé, à plusieurs
reprises, que la destruction de ces noyaux, notamment lors de
lésions vasculaires, n’amenait que rarement des dyskinésies
spécifiques.
Une avance importante dans la compréhension de ces
phénomènes a été amenée par la notion d’une organisation des
noyaux gris centraux à l’intérieur de circuits parallèles et en partie
redondants.
Ainsi, une interruption soudaine et complète de partie
de ces circuits serait moins délétère sur le fonctionnement général
du système (grâce à la redondance) qu’un dysfonctionnement, même
partiel, amenant une perturbation active des circuits impliqués.
A - ORGANISATION DES CIRCUITS DES GANGLIONS
DE LA BASE
:
Selon une approche extrêmement simplifiée de l’organisation des
ganglions de la base, ces derniers sont organisés dans des circuits
parallèles restant structurellement et fonctionnellement séparés.
On distingue cinq circuits : un circuit moteur qui inclut les aires
sensitivomotrices précentrales, un circuit oculomoteur passant par
le cortex frontal et l’aire frontale des yeux (« frontal eye field »), deux
circuits « préfrontaux » passant respectivement par le cortex
dorsolatéral préfrontal et orbitofrontal latéral et finalement un circuit
limbique reliant le cortex cingulaire et orbitofrontal médial.
Tous ces
circuits sont organisés de façon similaire avec une projection glutamatergique entrant dans le striatum (noyaux caudés, putamen
et accumbens), et une sortie acide gamma-aminobutyrique
(GABA)ergique au niveau du pallidum interne (et de la substance
noire réticulée) (GPi/SNr) projetant sur le thalamus, d’où le circuit
se boucle en direction du cortex.
Entre le striatum et le GPi/SNr, le
circuit se dédouble en une voie directe, excitatrice, ne comprenant
qu’un relais GABAergique dont les neurones expriment aussi la
substance P ; et une voie indirecte, inhibitrice, dont un premier relais
GABAergique (avec des neurones exprimant l’enképhaline et la
dynorphine) projette vers le pallidum externe (GPe), puis, toujours
à l’aide de synapses GABAergiques, soit directement, soit par
l’intermédiaire du noyau sous-thalamique, et de ses projections
glutamatergiques, vers le GPi/SNr.
L’analyse de la boucle motrice
permet de comprendre la genèse des mouvements anormaux.
On voit que l’équilibre du système tient dans la balance qui
résulte des effets opposés des voies directe et indirecte.
Les voies nigrostriées dopaminergiques agissent à ce niveau en facilitant la
voie directe (récepteurs D1) et en inhibant la voie indirecte
(récepteurs D2).
Schématiquement, il est postulé que le rôle de la
voie directe est de favoriser l’apparition du mouvement et celui de la voie indirecte, d’amener à une suppression du mouvement.
Ainsi,
des altérations à différents niveaux d’un même circuit pourraient
conduire à des symptômes variant de l’hypocinésie à l’hypercinésie.
De plus, par la ségrégation qui existe en de nombreuses boucles
parallèles, une synchronisation adéquate des deux boucles permet
la sélectivité du mouvement en activant certains muscles (voie
directe) dans l’objectif d’un acte moteur déterminé, alors que les
voies indirectes inhibent les synergies indésirables.
Selon ce modèle, l’hémiballisme, secondaire à la disparition du
noyau sous-thalamique, est expliqué par la disparition de l’aspect
inhibiteur et sélectif de la voie indirecte, conduisant à la libération
de l’hypercinésie incontrôlée caractéristique de ce type de
mouvement anormal.
Dans la chorée, l’atteinte prédomine au niveau du striatum.
Ici, le
modèle implique une certaine spécificité de l’atteinte sur les
neurones de la voie indirecte.
Or, il semble que ce soient surtout les
neurones contenant des enképhalines qui dégénèrent en premier
dans la maladie de Huntington, les autres étant relativement
protégés.
Cela permettrait d’expliquer les symptômes moteurs de
l’atteinte striatale : la chorée.
La perte des projections GABAergiques
sur le GPe conduit à une hyperactivité de ce dernier qui provoque
une inhibition du noyau sous-thalamique. Cela permettrait donc de
retrouver un mécanisme similaire à celui de l’hémiballisme, mais
survenant de façon plus progressive.
Cependant, dans la
phase initiale de la maladie de Huntington, le processus dégénératif
touche essentiellement le noyau caudé, qui représente le striatum
associatif et non moteur (putamen).
Ce dernier n’est pratiquement
pas encore atteint au moment où les mouvements choréiques
apparaissent. Dans ce modèle basé sur la ségrégation des circuits,
une boucle ne devrait pas avoir d’influence sur une boucle parallèle.
Pour expliquer comment l’atteinte d’une seule boucle (le striatum
associatif) pourrait avoir des répercussions sur le plan moteur,
cognitif et émotionnel, une certaine interconnexion de ces boucles a
été récemment proposée.
Dans ce modèle, la dysfonction du striatum associatif (noyau caudé) provoquerait directement les
symptômes oculomoteurs et l’atteinte cognitive de type frontal, son
interaction avec le circuit moteur induirait la chorée et la
bradycinésie, et une seconde interaction avec le circuit limbique les
symptômes affectifs et psychiatriques.
Il est suggéré par exemple
que la chorée et la bradycinésie dans le début de la maladie de
Huntington résultent de la dysfonction des connections entre le
striatum associatif et le circuit moteur, connexions qui normalement
servent au bon déroulement des séquences d’un mouvement en
déterminant le début et la fin de chaque partie de séquence (voie
indirecte ouverte) et en supprimant les mouvements inappropriés
de programmes moteurs parallèles (boucle indirecte de la voie
associative ouverte).
La bradycinésie serait également due à
l’interruption de la boucle fermée indirecte du circuit moteur qui
permet de supprimer l’activité motrice indésirable lors de
mouvements isolés.
L’explication de la dystonie par ce modèle est encore plus obscure.
En l’absence de modèle animal adéquat, les mécanismes sont surtout
déduits de l’observation clinique et paraclinique, y compris des
enregistrements peropératoires lors d’interventions
neurochirugicales.
Dans la dystonie, il semble y avoir une certaine
hyperactivité des neurones issus du striatum tant vers la voie directe
que vers la voie indirecte, permettant d’expliquer une diminution
de l’activité des neurones observée dans les deux parties du
pallidum (GPe et GPi), amenant à la désorganisation du mouvement
due à la perte du contrôle sélectif des GPi et SNr sur le thalamus.
Force est de constater que ce modèle est extrêmement simplifié et
qu’il a déjà largement démontré ses limites, notamment dans l’étude
de la maladie de Parkinson, où les modèles animaux et les
interventions neurochirurgicales ont permis de mettre en évidence
des lacunes manifestes.
L’étude plus approfondie des interactions à
l’intérieur de ces circuits, ainsi que des relations que ces derniers
entretiennent avec le cortex, le thalamus, et les noyaux du tronc
cérébral et de la moelle épinière, par l’intermédiaire des noyaux de
la région pédunculopontine, permettra probablement d’approcher
plus précisément la compréhension des mécanismes sous-tendant
non seulement les mouvements anormaux mais aussi les
modifications neurocomportementales qui les accompagnent
généralement.
B - ÉTUDES DES MOUVEMENTS ANORMAUX
PAR L’ÉLECTROPHYSIOLOGIE ET L’IMAGERIE :
1- Maladie de Huntington :
L’étude des potentiels évoqués somesthésiques dans la maladie de
Huntington permet d’observer une diminution d’amplitude de la
réponse corticale précoce, alors que la latence des potentiels évoqués
reste normale.
Cette réduction de l’amplitude des potentiels évoqués somethésiques se trouve chez les porteurs du gène asymptomatiques
ainsi que chez les patients présentant la variante de Westphal et n’est
pas retrouvée dans d’autres types de chorée.
L’examen
tomographique par émission de positrons (TEP) au 18Ffluorodéoxyglucose
(FDG) montre une corrélation entre la réduction
de consommation de glucose du noyau caudé (caractéristique de
l’évolution de la maladie) et le degré des anomalies des potentiels
évoqués somesthésiques et le degré de l’atteinte clinique.
Contrairement au modèle prédisant une prédominance de la
dégénérescence de la voie indirecte, la TEP met en évidence une
diminution parallèle des neurones striataux D1 et D2 indépendante
du phénotype de la chorée.
Enfin, dans les modèles animaux de
la maladie de Huntington, l’injection d’acide quinolique, qui
provoque une dégénérescence striatale sélective, s’accompagne
d’une diminution d’amplitude des potentiels évoqués
somesthésiques.
L’ensemble de ces informations suggère la présence
d’un traitement anormal de l’information sensitive au niveau du
cortex sensitivomoteur, non pas comme une conséquence de la
chorée mais comme une des caractéristiques sous-tendant la maladie
de Huntington elle-même.
Un mécanisme possible pour expliquer ces anomalies passe par l’hyperactivité du noyau réticulaire du
thalamus consécutive à l’inhibition des projections nigro- et
pallidothalamiques.
Les réflexes « long-loop » sont composés d’une réponse de courte
latence de probable origine spinale (M1) et d’une seconde réponse
tardive (M2) possiblement supraspinale. Noth et al. ont été les
premiers à montrer l’absence de M2 dans le premier interosseux
dorsal chez des patients atteints de chorée de Huntington.
La même
anomalie peut être détectée chez une grande partie des porteurs du
gène asymptomatiques.
Il s’agit ici aussi d’une caractéristique de la
maladie de Huntington, ces anomalies n’étant pas retrouvées dans
la chorée de Sydenham, la chorée gravidique ou dans des chorées
secondaires aux intoxications.
Le réflexe de clignement (« blink reflex »), évoqué par une stimulation
électrique du nerf sus-orbitaire, est composé d’une première réponse
(R1) ipsilatérale et probablement oligosynaptique originaire du pont
et d’une réponse tardive (R2) bilatérale et polysynaptique.
La latence
et l’amplitude de R1 sont normales dans la maladie de Huntington,
alors que la latence de R2 est prolongée ipsilatéralement.
L’amplitude de R2 est généralement diminuée, mais aussi,
occasionnellement, augmentée. L’habituation de R2 est augmentée
et corrèle globalement avec la sévérité de la chorée faciale.
Il n’y a pas un type particulier d’activité électromyographique qui
permette de définir de façon adéquate la maladie de Huntington.
On trouve des bouffées de potentiels d’action de durée variable,
souvent prolongée.
L’activité motrice passe d’un muscle à l’autre de
façon anarchique.
L’inhibition réciproque agoniste-antagoniste n’est
souvent pas respectée.
Cette cocontraction de muscles antagonistes
explique la difficulté qu’éprouvent ces patients à effectuer des
mouvements simultanés ou séquencés, similairement à ce qui est
reporté dans les dystonies.
Cette cocontraction agoniste-antagoniste
n’existe pas dans la chorée de Sydenham où les bouffées sont isolées
dans l’un ou l’autre muscle.
Par instants, l’activité électromyographique d’une chorée ressemble à celle d’autres
dyskinésies arythmiques comme la myoclonie (où les bouffées sont
généralement plus brèves n’intéressant qu’un groupe musclaire) ou
la dystonie (plus soutenue est engageant par définition des agonistes
et des antagonistes), et c’est surtout le changement continu d’activité
d’un muscle à un autre et d’un type de mouvement à un autre dans
le même muscle qui est une caractéristique typique de la chorée.
Dans la maladie de Huntington, après une stimulation magnétique
transcrânienne, on observe une période silencieuse qui est due à
l’activation d’une population de neurones inhibiteurs se projetant
sur les cellules pyramidales du cortex moteur.
Au contraire de la
maladie de Parkinson, cette période est anormalement longue dans
la maladie de Huntington et augmente avec la sévérité de la
chorée.
Sur le plan oculomoteur, les saccades sont classiquement atteintes
dans la maladie de Huntington, certains patients se révélant même
incapables d’initier des saccades sans l’aide d’un clignement ou d’un
mouvement de la tête.
La latence est plus prolongée pour les
saccades volontaires que pour les saccades réflexes.
De plus, les
saccades réflexes vers un objet apparu soudainement dans le champ
visuel ne peuvent être supprimées.
Ces deux anomalies pourraient
refléter la dysfonction du noyau caudé via la SNr, ces deux
structures étant impliquées dans la genèse des saccades volontaires
et l’inhibition du collicule supérieur, structure importante pour le
déclenchement des saccades réflexes.
Un ralentissement des
saccades, parfois également observé, pourrait refléter une pathologie
des cellules «burst » du tronc cérébral ou un déficit d’activation de
la part de centres supranucléaires tels que la zone frontale du regard
(frontal eye field).
2- Dystonie :
La plupart des lésions responsables d’une dystonie se situent dans
les ganglions de la base ou le thalamus.
Des lésions des ganglions
de la base (36 %), particulièrement des noyaux lenticulaires
(putamen et pallidum), se présentent avec des dystonies, de même
que 30 % des lésions thalamiques, particulièrement postérieures.
La
caractéristique électromyographique de la dystonie est la cocontraction
des agonistes et des antagonistes apparaissant
généralement aux mouvements et, plus exceptionnellement dans les
cas avancés, aussi au repos.
De plus, les phases de contraction diou
triphasiques caractéristiques du mouvement normal peuvent être
prolongées et se superposer, amenant un ralentissement du
mouvement volontaire.
Enfin, l’engagement de groupes musculaires
différents de ceux nécessaires à l’activité effectuée (over-flow) vient
encore ralentir la possibilité de passer d’un mouvement à un autre
dans une activité complexe.
Alors que les réflexes tendineux sont cliniquement normaux électrophysiologiquement, on met en évidence une activité des
muscles normalement non engagés dans la boucle réflexe et une
réduction de l’inhibition réciproque des muscles antagonistes,
suggérant une modification du contrôle central sur les réflexes
spinaux.
La diminution de l’inhibition réciproque existe aussi dans
les membres sains chez des patients présentant des dystonies
segmentaires ou d’action, suggérant la présence d’une perturbation
neurophysiologique structurelle pré-symptomatique.
Concernant
les réflexes de clignements, alors que la composante R1 est normale,
la composante R2 est agrandie et prolongée et sa phase de
récupération est prolongée.
Ces anomalies peuvent se retrouver dans
le cadre de dystonie cervicale ou généralisée n’affectant pas la région
périorbitaire, suggérant à nouveau une perturbation
neurophysiologique subclinique.
Il faut noter encore une diminution
de la suppression normale de l’activité du sterno-cléido-mastoïdien
par la stimulation supraorbitaire ainsi que l’augmentation de la
phase d’inhibition du réflexe massétérin dans les dystonies
crâniennes.
L’ensemble de ces observations suggère donc une
anomalie du contrôle supraspinal des réflexes tant du tronc cérébral
que de la moelle épinière.
Au vu de la localisation des lésions
électives responsables de la dystonie (majoritairement dans les
ganglions de la base), un contrôle de ces réflexes soit par
l’intermédiaire des boucles thalamocorticales, soit directement par
des projections descendant des ganglions de la base via les noyaux
pédiculopontins est suspecté.
Enfin, ces anomalies sont aussi
présentes dans des régions non affectées par la dystonie, leur
suggérant un rôle plutôt favorisant que causal.
Du point de vue électroencéphalographique, les « Bereitschaftspotential
» qui reflètent l’activité bilatérale des aires motrices
supplémentaires et primaires sont réduites chez les patients
présentant une dystonie, suggérant que la préparation du
mouvement est perturbée chez ces patients.
Le seuil de stimulation
électrique cortical et le temps de conduction central sont normaux.
En revanche, lors de la stimulation magnétique, la taille et la
localisation ainsi que le gain de la stimulation corticale semblent
modifiées, suggérant ici aussi une diminution de l’inhibition
corticale.
Une participation du système sensoriel est suggérée par
l’amélioration de la dystonie par les gestes antagonistes et par la
modification de la dystonie lors de stimuli vibratoires.
Dans le même
sens, des anesthésies locales, notamment au point moteur, réduisant
les afférences proprioceptives, améliorent les dystonies d’action,
suggérant que ces afférences participent au déclenchement de la
dystonie.
Enfin, la dystonie peut être précédée de sensations
anormales ou accompagnées de discrets troubles sensitifs.
Les expérimentations animales ont démontré que l’organisation somatosensorielle corticale se modifie lors de gestes répétés
demandant une certaine adresse.
Les champs de réception corticaux
sont augmentés amenant un recouvrement entre eux avec, par
exemple, une perte de la différenciation entre les doigts.
On peut
spéculer qu’un phénomène similaire survienne dans l’organisation
motrice et favorise la dystonie.
Cette hypothèse est supportée par
l’apparition des dystonies d’action dans le cadre de mouvements
entraînés et répétitifs.
L’imagerie fonctionnelle a mis en évidence plusieurs fois une
diminution de l’activité du GPi chez les patients présentant une
dystonie.
Ce noyau étant essentiellement inhibiteur du mouvement,
cela suggère une certaine désinhibition aboutissant à la dystonie.
Les études métaboliques au FDG-PET ont suggéré une
augmentation du métabolisme putaminal associée à un
hypométabolisme thalamique, interprétée comme une activité
striatopallidale directe augmentée amenant à une activité pallidale
diminuée en direction du thalamus.
De façon intéressante, ces
anomalies du métabolisme ont été mises en évidence dans le cadre
de dystonies DYT1 de façon similaire chez les patients présentant
des dystonies et chez les porteurs sains suggérant qu’il s’agisse là
d’une anomalie de l’organisation métabolique précédant et
favorisant l’apparition de la dystonie.
Dans les études d’activation, on met en évidence une certaine hyperactivation du cortex moteur préfrontal, de même, que la partie
antérieure de l’aire motrice supplémentaire, l’aire cingulaire
antérieure et l’aire 8 de Brodmann, le cortex préfrontal dorsolatéral
ipsilatéral et les noyaux lenticulaires des deux côtés.
En revanche, il
y a une hypoactivation de la partie caudale de l’aire motrice
supplémentaire, du cortex sensorimoteur bilatéral, des parties
postérieures cingulaires et mésiales.
Les anomalies se trouvent dans
les dystonies primaires alors que dans les dystonies secondaires, on
met en évidence des anomalies déjà au repos, notamment dans la
partie ventroantérieure et postérieure du thalamus, le gyrus
angulaire ipsilatéral et les cortex orbitofrontaux avec une
augmentation dans les noyaux lenticulaires controlatéraux,
l’hippocampe et l’insula.
Lors de l’activation, les mêmes aires
corticales que dans la dystonie primaire ont un métabolisme
augmenté, mais on trouve une nette hyperactivation au lieu d’une
hypoactivation du cortex sensorimoteur.
Ces résultats sont
d’interprétation controversée, notamment lorsqu’on les compare au
« Bereitschaftspotential » qui est diminué alors que l’on met en
évidence une hyperactivation préfrontale à l’imagerie, de même la
relative hypoactivation du cortex sensorimoteur des dystonies
primaires, alors que l’on observe une augmentation de mouvements
anormaux, est paradoxale.
Lors de la récolte des activités neuronales lors du traitement
neurochirurgical de la dystonie, on note, au repos, une diminution
de l’activité des neurones du GPi, ce qui confirme les études
d’activation, mais qui reste paradoxal lorsque l’on sait que la
dystonie est améliorée par une lésion du GPi ou une stimulation
inhibitrice à ce niveau.
Deuxièmement, suivant les modèles
d’organisation des ganglions de la base, l’hypoactivité pallidale
devrait amener une hyperactivité thalamique, or l’activité
enregistrée dans le Vop est diminuée.
3- Athétose
:
L’électromyographie montre, au repos ou plutôt lors de la tentative
de repos, des décharges de potentiels d’unités motrices dans les
groupes musculaires agonistes et antagonistes de façon simultanée.
Cette double activation rend compte de la lenteur des mouvements.
Au cours des spasmes, l’intensité de l’activité musculaire augmente
considérablement en intensité (de façon semblable à ce qui est
observé dans la dystonie).
Lors de l’allongement passif d’un muscle,
on observe une disparition de l’activité musculaire alors qu’elle se
renforce nettement lors d’un raccourcissement passif (exagération
de la réaction de raccourcissement).
On a observé que l’athétose n’apparaît pas en cas de lésion des
ganglions de la base et des voies corticospinales.
Cela pourrait
expliquer le délai souvent observé entre l’établissement de lésion et
l’apparition clinique de mouvements athétosiques chez les enfants
puisque le tractus corticospinal n’est pas fonctionnel avant la
première année de vie.
Mouvements anormaux génétiquement
déterminés :
Classiquement, les dystonies étaient classées selon des critères
sémiologiques.
Avec l’avènement de la biologie moléculaire, cette
classification a dû être revue.
En effet, on recense actuellement
13 formes de dystonies génétiquement déterminées dont les
caractéristiques phénotypiques ne permettent pas, à elles seules, le
diagnostic, car à la diversité génétique sous-tendant des phénotypes
similaires s’ajoute une diversité phénotypique amenant, pour les
mêmes mutations, à des tableaux cliniques variables à l’intérieur
même des familles concernées.
A - DYT 1 : DYSTONIE GÉNÉRALISÉE AUTOSOMALE
DOMINANTE À DÉBUT PRÉCOCE
Cliniquement, il s’agit d’une dystonie débutant dans l’enfance (âge
moyen : 12 ans), commençant dans un membre, avec généralisation
progressive sur 3-5 ans et des postures axiales anormales, bien
qu’une minorité de patients puisse présenter une forme focale non
évolutive.
En général, la sévérité des symptômes est inversement
corrélée à la date d’apparition des premiers d’entre eux.
L’incidence est d’environ deux cas par million et la prévalence
estimée à 34 par million.
La transmission est autosomique
dominante, avec une pénétrance réduite à 30-40 %.
Seulement 30 %
des porteurs du gène vont développer le phénotype le plus sévère
de la dystonie généralisée.
La mutation sous forme d’une délétion glycoaminoglycane (GAG), se trouve sur le long bras du
chromosome 9 dans une région codant pour une protéine
appelée Torsin A, connue pour se lier à l’adénosine triphosphate
(ATP) et jouer un rôle dans l’association/dissociation et le modelling
des complexes des protéines.
Cette protéine, retrouvée dans de
multiples tissus du corps humain, prédomine, dans le cerveau, dans
la substance noire compacte, les ganglions de la base, le locus coeruleus, le cervelet et l’hippocampe.
In vitro, l’expression
morphologique des neurones exprimant la Torsin A mutée est altérée
avec des corps d’inclusion contenant de la protéine mutée.
B - DYT 2 : DYSTONIE GÉNÉRALISÉE AUTOSOMALE
RÉCESSIVE
Cliniquement il s’agit d’une forme débutant à l’enfance ou à
l’adolescence (âge moyen : 15 ans) avec une dystonie au niveau du
pied et des troubles d’équilibre, mais des dystonies oromandibulaires ou cervicales ont été également décrites chez des
familles gitanes chez lesquelles une consanguinité existait.
Une
forme autosomique récessive du gène de DYT 1 n’est pas exclue,
mais n’a pas encore été prouvée.
C - DYT 3 : DYSTONIE LIÉE À L’X, « DE LUBAG »,
ASSOCIÉE À UN PARKINSONISME
Cliniquement, il s’agit d’une forme présente aux Philippines (île de
Panay) débutant chez l’adulte par une dystonie focale évoluant vers
une dystonie segmentaire mandibulolinguale (22 % des cas) ou
généralisée (78 % des cas), et associée à un parkinsonisme dans 36 %
des cas.
La pénétrance est complète à la fin de la cinquantaine.
D - DYT 4 : FORME NON DYT 1
Il s’agit de dystonie autosomique dominante dont la mutation ne se
trouve pas sur les locus DYT 1, DYT 6 ou DYT 7.
Sa particularité
clinique est la dysphonie chuchotante associée aux différentes
formes de dystonie focale et généralisée. Une association à des
symptômes psychiatriques et une maladie de Wilson (sans la
mutation) ont été décrites.
E - DYT 5 : DYSTONIE DOPASENSIBLE, FLUCTUANTE,
ASSOCIÉE À UN PARKINSONISME
Cliniquement, il s’agit de l’association de dystonie et de
parkinsonisme dopa-sensibles avec des fluctuations diurnes et une
amélioration des symptômes par le repos.
Les premiers
symptômes apparaissent généralement pendant l’enfance au niveau
des membres inférieurs avec des troubles à la marche et s’étendent
sur environ 5 ans aux quatre membres et à la musculature axiale.
L’âge avançant, le parkinsonisme prédomine.
Dans la forme
autosomique dominante de la maladie de Segawa (DYT5a), la
mutation est localisée sur le gène de la guanosine triphosphate
(GTP) cyclohydrolase I (GCHI) : enzyme limitante de la
biosynthèse de tétrahydrobioptérine, elle-même cofacteur important
de la tyrosine-hydroxylase responsable de la conversion de la
phénylalanine vers de la dopa.
Cette insuffisance de l’activité de la GCHI amène à une déplétion en dopamine.
La pénétrance,
d’environ 30 %, est plus marquée chez les femmes.
Une forme autosomale récessive de la maladie de Segawa, secondaire à une
mutation ponctuelle sur l’exon 11 du gène de la tyrosinehydroxylase
(TH) résultant en un échange de gln par lys à la position 381, a été
décrite chez une famille caucasienne.
Une mutation missense dans
l’exon 6 du gène de la TH (substitution de l’arginine par l’histidine
à la position 233) a été démontrée chez trois patients de trois familles
hollandaises non apparentées, sans notion de consanguinité.
Ici, la
dystonie dopa-sensible s’installe lors des premiers mois de vie après
une grossesse normale et s’associe à une rigidité, une hypocinésie et
un retard psychomoteur, sans fluctuations.
F - DYT 6 : DYSTONIE DE TORSION SEGMENTAIRE
DE L’ADULTE
La clinique fut décrite chez deux familles mennonites avec une
dystonie se manifestant entre l’âge de 5 et 35 ans au niveau d’un
bras, de la nuque ou de la langue.
Lors de la progression s’installe
une atteinte au niveau d’un bras et d’une jambe dans la plupart des
cas mais des généralisations restent rares (trois patients sur 16).
G - DYT 7 : DYSTONIE DE TORSION FOCALE DE L’ADULTE
La clinique consiste en une dystonie cervicale chez six patients,
(associée à une crampe de l’écrivain dans un cas), une dysphonie
spasmodique ou un blépharospasme.
L’âge moyen des premiers
symptômes est de 43 ans.
Cette dystonie reste focale.
Le gène code
pour un polypeptide responsable de l’activation du Laminin,
donneur de résidus carbohydriques impliqués dans le
développement des neurites et pour un polypeptide stimulant
l’adénylatcyclase hypophysaire.
H - DYT 8 : DYSTONIQUE PAROXYSTIQUE,
NON KINÉSIGÉNIQUE (CDP)
En 1940, Mount et Reback ont rapporté la première famille
présentant une choréoathétose paroxystique.
Les attaques sont
typiquement déclenchées par l’ingestion d’alcool, de café, de thé ou
d’autres boissons (Coca-Colat dans la littérature américaine) ;
rarement, un facteur hormonal joue un rôle (menstruations).
Il est
impératif pour le diagnostic que les attaques ne soient pas
déclenchées par un mouvement volontaire.
Le stress et l’excitation
prolongent la durée des attaques, mais parfois l’ingestion de liquides
ou l’exercice pourraient diminuer les symptômes. Dans une même
famille, la fréquence des attaques peut varier de plusieurs par jour à
quelques-unes par année.
L’attaque est fréquemment précédée d’une
aura sensitive sous forme de fourmillements dans les jambes, de
sensation de faiblesse généralisée ou d’un syndrome migraineux.
La
phénoménologie motrice est variable : on observe soit une chorée
avec des éléments d’athétose et de ballisme, soit une posture
dystonique.
Souvent, la dystonie est initialement focale, puis elle se
propage à l’hémicorps.
La durée de l’attaque est plus longue que
pour la choréo-athétose paroxystique kinésigénique (10 minutes à
12 heures).
La maladie est liée à une anomalie du chromosome 2q.
Le gène n’est pas encore connu, mais un gène de cette région codant
un canal chlore/bicarbonate (SLC4A3) est considéré comme un
candidat potentiel.
La pathophysiologie de cette affection n’est pas
encore comprise, bien que certains facteurs (amélioration par le
sommeil, réponse à la lévodopa, variation du taux de dopamine
dans le liquide céphalorachidien) aient pu suggérer une anomalie
du métabolisme de la dopamine.
Sur le plan du traitement, on a
rapporté un bénéfice de l’administration de neuroleptiques
(halopéridol) et d’antiépileptiques (valproate, phénytoïne) et de
benzodiazépines (clonazépam, oxazépam, chlorazépate, clobazam).
L’effet de l’atropine est anecdotique.
I - DYT 9 : CHORÉOATHÉTOSE DYSTONIQUE
PAROXYSTIQUE AVEC ATAXIE ÉPISODIQUE
ET SPASTICITÉ
La choréoathétose/spasticité est une variante associant d’autres
signes (ataxie, paresthésies périorales, diplopie, céphalées et
myoclonies) au tableau classique de dystonie paroxystique non
kinésigénique (DYT8).
L’âge du début varie de 2 à 15 ans. Les
facteurs déclenchants sont l’exercice physique, le stress, la deprivation de sommeil, les variations de température et la
consommation d’alcool.
La phénoménologie des mouvements
associe une chorée à des postures dystoniques prolongées (jusqu’à
20 minutes), apparaissant entre deux fois par jour et deux fois par
année.
Au contraire des autres dyskinésies paroxystiques, certains
malades présentent une paraparésie persistante entre les crises.
La
maladie est liée au chromosome 1p dans une région codant pour
des canaux potassiques.
Cette entité est caractérisée par l’apparition soudaine de
mouvements involontaires de brève durée (quelques secondes à
quelques minutes) lors de mouvements volontaires brusques.
Plus
rarement une activité volontaire continue peut déclencher les
attaques.
Cette symptomatologie débute dans l’enfance et
l’adolescence.
Beaucoup de patients mentionnent une sensation
d’aura dans le membre qui est le siège des phénomènes moteurs.
La
fréquence des attaques peut atteindre jusqu’à cent fois par jour. Les
mouvements anormaux peuvent concerner les membres, la face, la
nuque et le tronc.
La phénoménologie est variable : les descriptions
initiales mentionnaient des mouvements choréoathétosiques, mais
des postures dystoniques ou un ballisme sont aussi observés.
Des
symptômes de distribution hémicorporelle sont fréquents, le côté
alternant d’une crise à l’autre.
Parfois, les patients éprouvent
transitoirement de la difficulté à s’exprimer, mais il n’y a jamais de
perte de connaissance.
Une grande série a montré une nette
prédominance pour le sexe masculin ; 27 % des cas étaient familiaux.
On a identifié le chromosome 16p11.2q12.1, mais le type de canal
responsable est pour l’instant inconnu.
La réponse à divers
traitements antiépileptiques est généralement excellente
(phénytoïne, barbiturates, primidone), ce que certains auteurs
considèrent comme un argument en faveur d’un mécanisme
physiopathologique comitial, bien qu’une distinction de l’épilepsie
de réflexe ait été établie.
Le bénéfice du chlordiazépoxide est
anecdotique.
1- Épilepsie idiopathique et dyskinésies paroxystiques
(ICCA) :
Il s’agit d’une entité autosomale dominante avec une prédominance
pour les garçons. Les individus présentent dans la petite enfance
des convulsions fébriles qui se résolvent spontanément.
Dans
l’enfance ou l’adolescence surviennent ensuite des mouvements
anormaux paroxystiques similaires aux dyskinésies paroxystiques kinésigéniques.
L’électroencéphalogragmme (EEG) est normal
pendant les mouvements anormaux.
Le fait que le même gène
puisse produire une diminution du seuil épileptique à un stade du
développement, puis des mouvements anormaux à un autre est
conceptuellement intéressant ; cela suggère, comme dans l’ataxie
épisodique de type 1, qu’une channelopathie peut avoir des
expressions phénotypiques différentes.
La maladie est liée au
chromosome 16. Le phénotype est variable, peut-être en raison d’une
variabilité allélique.
Les relations entre DYT10 et cette entité sont
encore discutées, les loci étant proches et les deux phénotypes ayant
des similarités.
Les antiépileptiques conduisent à une bonne
amélioration, même à des doses modestes.
La carbamazépine et la
phénytoïne semblent plus efficaces que le valproate.
2- Dyskinésie paroxystique hypnagogique
:
Les patients présentent des attaques nocturnes de mouvements
involontaires associant des postures dystoniques à des mouvements balliques.
Ces attaques durent typiquement moins de 1 minute, sont initées par un cri et peuvent survenir plusieurs fois par nuit.
L’EEG
reste normal, mais il y a de plus en plus d’évidence qu’il s’agisse là
de crises frontales mésiales indétectables par un EEG de surface.
L’entité d’épilepsie nocturne frontale autosomale dominante
(ADNFLE) est probablement la même affection.
La réponse à la carbamazépine est généralement excellente.
Notons encore la présence de descriptions cliniques telle la dystonie
paroxystique induite par l’exercice, forme intermédiaire se
différenciant de la DYT9 par des attaques plus courtes et sans
facteurs précipitants et de la DYT 10 parce qu’il n’y a pas
d’induction par des mouvements brusques mais plutôt par des
exercices prolongés (marche, course), avec une symptomatologie se
manifestant au niveau des membres inférieurs ou d’un hémicorps,
et de durée variable (10 minutes et 2 heures) dont il est encore trop
tôt pour déterminer s’il s’agit de variations phénotypiques de
mutation connues ou d’autres mutations.
K - DYT 11 : DYSTONIE MYOCLONIQUE RÉPONDANT
À L’ALCOOL
Le tableau clinique est très variable mais avec des myoclonies au
niveau de la musculature proximale des épaules, des bras, de la
nuque, du tronc, rarement au niveau du visage et des jambes.
Elles
apparaissent pendant les deux premières décennies de vie et sont
associées à une dystonie discrète atteignant surtout la nuque et les
membres supérieurs sous forme d’un torticolis/rétrocolis, d’une
crampe d’écrivain ou d’un tremblement des doigts.
Les myoclonies
sont aggravées par l’action, surtout l’écriture, le stress et la fatigue,
un soulagement est décrit lors de la marche ou de la lecture
concentrée.
La consommation d’alcool amène une amélioration
« dramatique » dans la plupart des cas.
Le clonazépam et le
valproate diminuent ces symptômes.
L’évolution est peu progressive
avec une espérance de vie normale.
Les patients présentent souvent
des anomalies psychiatriques sous forme d’attaques de panique ainsi
que des comportements obsessionnels-compulsifs.
L’EEG et les
potentiels évoqués sensitifs sont normaux.
Il s’agit d’un syndrome génétiquement et phénotypiquement
hétérogène avec plusieurs localisations chromosomiques et des
mutations connues jusqu’à présent ainsi que des variations
marquées concernant l’expression interindividuelle des myoclonies,
de la dystonie et du trémor.
La mutation du gène du sarcoglycan-e
fut établie sur le bras long du chromosome 7 et est considérée
comme la mutation la plus fréquente.
Le sarcoglycane-e est un des
cinq composants transmembranaires du complexe dystrophineglycoprotéine
liant le cytosquelette à la matrix extracellulaire.
Alors
que les mutations des sarcoglycanes a-, b-, c-, d-, s’expriment
principalement dans le muscle, induisant les dystrophies
musculaires, l’atteinte du sarcoglycan-e est supposée être
responsable pour des changements discrets de l’architecture
neuronale à l’origine des mouvements anormaux ou des
perturbations psychiatriques.
La transmission est autosomique
dominante, mais de rares cas sporadiques étaient rapportés.
Un
deuxième locus a été établi récemment sur le chromosome 11
(11q23), une région codant pour le récepteur D2 et présentant une
mutation missense avec substitution de Val par de Ile.
La
transmission est autosomique dominante, la pénétrance
incomplète.
L - DYT 12 : DYSTONIE-PARKINSONISME D’INSTALLATION
RAPIDE
Le tableau clinique se développe de façon inhabituellement rapide,
sur 1 heure, ou subaiguë sur plusieurs jours à semaines avec une
dystonie associée à un parkinsonisme entre l’âge de 15 et 45 ans.
Par
la suite, la progression est discrète ou absente.
L’absence de
dégénérescence des terminaisons nerveuses dopaminergiques à
l’imagerie suggère un déficit fonctionnel plutôt qu’une perte
neuronale.
L’examen de liquide céphalorachidien (LCR) démontre
une diminution d’acide homovanillinique, mais l’amélioration après
le traitement par de la lévodopa reste modeste.
M - DYT 13 : DYSTONIE CRANIOCERVICALE
ET DES MEMBRES SUPÉRIEURS
La clinique est caractérisée par une dystonie à prédominance
craniocervicale et au niveau des membres supérieurs, l’âge
d’apparition est très variable et la progression discrète.
La
transmission est autosomique dominante avec une pénétrance
d’environ 58 % dans une famille italienne ayant 11 membres atteints.
Le gène reste inconnu.
N - SYNDROME DE MOHR-TRANEBJAERG :
XQ21.3-XQ22 : SURDITÉ ET DYSTONIE
Le tableau clinique consiste en une dystonie généralisée chez les
hommes et des tableaux de dystonie focale (crampe de l’écrivain,
torticolis) associés à un tremblement de la tête chez les femmes.
La
surdité ne se manifeste que chez les hommes.
Il s’agit d’une
mutation localisée sur le bras court du chromosome X.
La
transmission est récessive concernant la surdité et dominante
concernant les troubles moteurs.
O - SYNDROME DE DÉLÉTION PARTIELLE DE 18 Q :
Il s’agit d’un syndrome neurologique associé à un retard de
développement et des endocrinopathies.
Les signes cliniques
consistent en un retard mental, des crises épileptiques, un
nystagmus, des troubles de coordination, un tremblement et une
chorée.