Mouvements anormaux (dystonie, athétose, chorée, ballisme)
(Suite)
Cours de Neurologie
P - CHORÉE DE HUNTINGTON :
George Huntington avait juste 21 ans en 1872 lorsqu’il rédigea son
essai « Sur la chorée », décrivant plusieurs familles de Long Island
et identifiant les caractéristiques marquantes : hérédité, survenue à
l’âge adulte de mouvements anormaux et d’une démence.
La prévalence de la maladie est très variable entre différentes régions,
(par exemple, Finlande : 0,5/100 000 ; Royaume-Uni : 10/100 000).
Elle dépend probablement de l’immigration des porteurs et de la
difficulté à recenser les malades.
La connaissance du gène,
permettant le diagnostic préclinique a permis de démontrer, chez
les porteurs présymptomatiques, des anomalies motrices subtiles
(soft signs) telles que :
– au niveau lingual, une difficulté à effectuer des claquements
rapides et à maintenir une protrusion prolongée ;
– une légère dysdiadochocinésie ;
– des troubles oculomoteurs avec une diminution de la vélocité des
saccades, une difficulté d’inhiber des saccades réflexes, et une
perturbation du nystagmus optocinétique ;
– de discrets mouvements anormaux (dystonie, mouvements
choréiques) survenant sur un fond d’hypotonie musculaire.
Ces derniers peuvent aisément être confondus avec des
manifestations de nervosité ou d’impatience motrice ou des tics et
sont plus marqués distalement (quelques mouvements des doigts et
de la langue) puis ont tendance à s’étendre vers les ceintures.
À ce
stade, les phases d’agitation peuvent survenir mais le délire est rare.
Dans la plupart des cas, le diagnostic est facilité par l’existence d’une
histoire familiale, parfois difficile à obtenir (protection familiale,
filiation illégitime et inconnue, décès précoce du parent porteur,
resté asymptomatique).
À la période d’état, les mouvements
choréiques s’étendent, deviennent plus lents, amenant des
confusions avec l’athétose.
Des mouvements dystoniques peuvent
se développer, de même que de la rigidité.
L’ensemble de ces
troubles résulte en postures anormales avec le tronc en extension.
La tête est fréquemment en antéflexion avec le menton reposant sur
le sternum.
Les anomalies oculomotrices s’accentuent et leur
aggravation reflète bien la diminution des capacités fonctionnelles.
Les troubles psychiques se complètent de démence qui n’engendre
cependant guère de désorientation spatiotemporelle.
Une dysarthrie
importante se développe tandis que la dysphagie intervient avec une
perte de poids parfois majeure.
Le patient devient progressivement
incapable de vivre indépendamment.
Il faut entre 10 et 20 ans depuis
les premiers signes pour atteindre progressivement le stade terminal.
Le déclin est d’abord linéaire et puis semblerait se stabiliser dans les
stades terminaux.
Le décès survient habituellement par pneumonie
ou troubles cardiovasculaires, favorisés par l’état cachectique.
D’autres signes cliniques peuvent s’associer au tableau.
Des myoclonies d’action ont été rapportées et 3 % des patients présentent
des crises épileptiques.
Environ un tiers des patients développent
une hyperréflexie et, occasionnellement, un signe de Babinski.
Des
troubles végétatifs comprennent : une hyperhydrose des mains et
des pieds, une acrocyanose, une hypotension orthostatique et la
perte du contrôle sphinctérien (20 %).
On note aussi un retard de la ménarche.
Parallèlement au développement de la symptomatologie motrice, les
patients présentent dès le début des déficits cognitifs et des troubles
du comportement.
La démence de la maladie de Huntington a été
qualifiée de « sous-corticale » en raison de la prédominance de la
bradyphrénie et de l’absence de déficits corticaux (aphasie, agnosie,
apraxie).
Des déficits cognitifs mineurs peuvent précéder les autres
symptômes de la maladie.
La dysfonction exécutive (c’est-à-dire la
perte de la capacité à exécuter des séquences motrices complexes)
est probablement due à l’atteinte des circuits frontostriataux.
Les troubles du comportement se manifestent sur plusieurs tableaux.
Trente à 50 % des patients présentent une dépression au cours de la
maladie, qui se manifeste par une anhédonie, des troubles de la
concentration, une diminution de la libido et une hypersomnie.
George Huntington avait déjà noté dans sa description de la maladie
un taux de suicide élevé chez ses patients.
Le suicide n’est pas
simplement la conséquence de la dépression : le degré de handicap,
la nosognosie résiduelle et la qualité du tissu psychosocial jouent
également un rôle.
Les individus à risque de la maladie présentent
également un risque de suicide supérieur à la moyenne.
Dix pour
cent des malades développent une psychose à un moment ou à un
autre de l’évolution.
Un repli social marqué peut être la conséquence
de la dépression, mais également le signe d’un trouble de la pensée.
Les autres symptômes psychotiques fréquemment observés sont des
idées paranoïdes et des hallucinations visuelles ou auditives.
George Huntington avait rapporté une hypersexualité chez certains patients,
mais une hyposexualité semble plus fréquente.
Rarement, les
malades présentent des paraphilies.
Il est possible que certains
comportements obsessionnels (par exemple nettoyage rituel des
mains) soient la conséquence de l’atteinte des circuits frontostriés.
Enfin, des symptômes sensitifs douloureux ont été rapportés,
souvent contemporains à l’état dépressif.
La forme juvénile de la chorée de Huntington commence par
définition avant l’âge de 20 ans.
Elle est parfois dénommée chorée
de Westphal.
L’incidence de cette forme est de l’ordre de 5 à 10 %
des cas de chorée de Huntington.
La forme juvénile a le plus
souvent une transmission paternelle.
Cela reflète les phénomènes
d’anticipation et d’instabilité plus grande du gène de la maladie de Huntington au cours de la spermatogenèse qui sont décrits plus bas.
Ces observations générales sur le nombre de répétitions de trinucléotides CAG et l’âge de début de la symptomatologie ont
toutefois de nombreuses exceptions.
La présentation clinique de ces formes juvéniles est marquée par
une rigidité et une bradycinésie qui sont nettement au premier plan.
On trouve également souvent des signes cérébelleux et corticospinaux alors que la chorée est plutôt modérée par rapport
aux cas à début plus tardif.
Toutefois, les premiers symptômes sont
le plus souvent comportementaux et cognitifs et créent des
difficultés scolaires.
Enfin, jusqu’à 30 % des patients présentent des
crises épileptiques.
On considère souvent que la progression est plus
rapide dans les formes juvéniles de la maladie de Huntington.
La majorité des syndromes parkinsoniens observés chez l’adulte
sont d’origine iatrogène (neuroleptiques), mais de rares cas de
maladie de Huntington à manifestation tardive se présentant par un
syndrome parkinsonien répondant à un traitement de lévodopa ont
été rapportés.
Cela correspond à une phase atrophique terminale
du striatum.
À la pathologie, l’atrophie du striatum (noyau caudé et putamen)
est la caractéristique pathologique de la maladie de Huntington.
Outre la réduction de volume, on trouve une gliose réactionnelle.
La perte de neurones néostriés débute dans la partie médiale du
noyau caudé, le putamen dorsal puis la queue du noyau caudé.
Le
noyau accumbens est épargné jusque dans la phase tardive de la
maladie.
On distingue quatre stades de la maladie : le stade
0 correspond à un diagnostic posé sur une base clinique sans
anomalie notable du striatum, le stade 1 à des anomalies du striatum
détectables au microscope seulement, les stades 2 et 3 à un degré
d’atrophie modéré à marqué et finalement le stade 4 à une atrophie
cérébrale diffuse avec perte neuronale du striatum de près de 95 %.
Les neurones à épines (« spiny ») sont plus sensibles au processus
dégénératif que les autres types de neurones, mais ces derniers sont
également vulnérables puisqu’ils disparaissent aussi dans le dernier
stade de la maladie.
Dans 80 % des cas, on note à l’autopsie
également une atrophie de la corticale, généralement proportionnelle
à l’atrophie du striatum.
La maladie de Huntington est transmise sur un mode autosomal
dominant.
En 1983, le gène a été localisé sur le chromosome 4p16.3 et il a été séquencé dix ans plus tard.
Il s’agit d’un gène de
180 kb, comptant 67 exons dont l’expression est ubiquitaire et dont
le produit est une protéine d’environ 340 kDa nommée la
huntingtine.
Il s’agit d’une maladie à triplets.
Le gène compte un
nombre variable de trinucléotides (CAG) au niveau de son premier
exon.
Dans la maladie de Huntington, ce nombre est de
40 répétitions ou plus alors que dans la population normale, il est
inférieur à 35 (en moyenne 15).
Les sujets porteurs de 36 à 39 triplets
peuvent développer un phénotype de maladie de Huntington
(pénétrance incomplète).
La région des triplets est instable et
sujette à des mutations qui conduisent parfois à une diminution du
nombre de triplets mais le plus souvent à une augmentation.
L’instabilité est proportionnelle au nombre de triplets. Ainsi, la
fréquence des mutations est de 11 % pour 30 triplets et de plus de
90 % pour 38 triplets.
Plusieurs observations suggèrent que les
mutations de la région instable surviennent pendant la méiose : le
nombre de triplets est identique parmi des jumeaux homozygotes,
et le nombre de triplets ne se modifie pas dans les lignées cellulaires
à nombre élevé de mitoses, comme les cellules hématopoïétiques.
Cette instabilité méiotique est plus marquée au cours de la
spermatogenèse qu’au cours de l’ovogenèse.
En effet, les ovocytes
porteurs d’allèles de très longue taille sont probablement éliminés
avant l’ovulation.
Ainsi, on observe une expansion des triplets au
cours des générations successives, notamment dans les lignées
paternelles, ce qui permet d’expliquer l’apparition à un âge de plus
en plus précoce des symptômes (phénomène d’anticipation) car le
nombre de triplets est inversement proportionnel à l’âge
d’apparition des premiers symptômes de la maladie de Huntington.
La maladie n’est pas due à une inactivation du gène, car ce dernier
est transcrit de la même façon que le gène sain et on a observé une
personne présentant une destruction du gène par translocation sans
aucun signe de la maladie de Huntington.
De plus, les homozygotes
(avec deux copies du gène défectueux) et les hétérozygotes
présentent une maladie phénotypiquement identique.
Ces
observations suggèrent un mécanisme de « gain de toxicité » de
l’ARNm ou de la huntingtine qui, avec le temps, endommage
sélectivement le striatum.
Plusieurs mécanismes pathogéniques sont évoqués.
L’expansion CAG code pour un segment polyglutamine, favorisant l’agrégation
de la huntingtine en une structure fibrillaire semblable à celle de
l’amyloïde de la maladie d’Alzheimer.
On a retrouvé des corps
d’inclusions composés du fragment « N-terminal » de la protéine
mutante dans les noyaux neuronaux au niveau cortical et striatal.
Dans ces corps d’inclusion, les fragments de huntingtine sont
associés à l’ubiquitine, ce qui suggère une possible résistance à la
protéolyse.
Toutefois, la distribution de ces agrégats ne correspond
pas à celle des lésions neuronales dans le striatum notamment.
Ainsi, on ignore si ces inclusions ont une fonction toxique liée à la huntingtine mutante ou s’ils sont simplement le marqueur d’un
processus pathogénétique plus vaste.
Plusieurs travaux sur des
modèles animaux et in vitro de la maladie de Huntington montrent
une activation des différentes caspases, par exemple par
l’intermédiaire d’une interaction avec la protéine cytoplasmique
appelée Hip-1 activant la procaspase-8.
Ainsi, le fragment de huntingtine serait transloqué du cytoplasme dans le noyau, peutêtre
pour y activer un programme de « suicide cellulaire »
conduisant à l’apoptose ou à une mort cellulaire programmée.
Cette
hypothèse est confortée par des expériences dans lesquelles la mort
neuronale est dissociée des agrégats intranucléaires et où l’inhibition
de la caspase-1 a retardé l’apparition des inclusions et prolongé la
survie de souris (modèle animal).
Alternativement, la protéine
mutante pourrait conduire à un défaut de production d’énergie au
niveau de la mitochondrie, comme il est suggéré par des taux élevés
de lactate dans le cerveau de patients atteints de la maladie de Huntington et par l’exposition accidentelle à l’acide
3-nitroproprionique (toxine mitochondriale qui inhibe la « chaîne de
transport des électrons ») de patients développant une
symptomatologie similaire à la maladie de Huntington.
Les
primates exposés à cette toxine présentent un phénotype clinique et
une pathologie striatale comparable à la maladie de Huntington.
Ce
défaut du métabolisme énergétique de la cellule peut, par ailleurs,
prédisposer les neurones à un dommage toxique en favorisant
l’activation des récepteurs N-méthyl-D-aspartate (NMDA) par le
glutamate.
Enfin, la huntingtine mutante interfère avec des
mécanismes de régulation de la transcription, soit par une
interaction avec des facteurs de transcription soit par un effet direct
sur les promoteurs d’autres gènes.
On voit ainsi que la
découverte de la mutation, si elle n’a, 10 ans plus tard, amené
aucune nouvelle thérapie efficace, a ouvert un champ de recherche
impressionnant dont les implications se répercutent sur la
compréhension de l’ensemble des maladies neurodégénératives.
La découverte du gène de la maladie de Huntington, outre les
possibilités diagnostiques et de recherche sus-mentionnées, a ouvert
la voie au dépistage et au conseil génétique de cette maladie qui
n’apparaît essentiellement qu’à l’âge adulte et dont les symptômes
ne sont que tardivement invalidants, ce qui pose quelques
problèmes éthiques.
Bien qu’entre 40 et 80 % des individus à risque
de développer la maladie déclarent souhaiter la pratique d’un test
génétique, moins de 20 % des porteurs potentiels ont été testés.
Il
est probable que les individus désireux d’être testés ne sont pas
représentatifs de l’ensemble des sujets susceptibles de développer la
maladie : ce sont des personnes avec un niveau d’éducation
supérieur à la moyenne et plus volontiers des femmes.
Le besoin de
planifier l’avenir et d’informer leurs enfants représente un facteur
incitatif, mais l’atteinte d’autres membres de la famille et le
développement précoce de symptômes de la maladie chez les
parents semblent également jouer un rôle.
Selon les directives de la
fondation mondiale de neurologie, le test ne devrait pas être
proposé d’emblée à des sujets présentant des troubles psychiatriques
sévères sans avis ou traitement psychiatrique.
Le patient devrait être
informé des conséquences pour lui-même et sa famille d’un résultat
positif et il devrait y avoir un intervalle de 1 mois entre l’information
sur le test et sa pratique.
Le test prénatal ne devrait pas être proposé
si les parents désirent de toute manière poursuivre la grossesse : le
test n’aurait aucune conséquence immédiate, et peut modifier
l’avenir d’un enfant sans que ce dernier ne puisse s’y opposer.
Q - CHORÉE HÉRÉDITAIRE BÉNIGNE
:
Il s’agit d’une forme de chorée non progressive, à début précoce,
décrite pour la première fois en 1967.
D’un point de vue clinique,
l’âge de début des symptômes très précoce (moins de 10 ans),
l’absence d’évolution et la pureté de la chorée sont des éléments qui
distinguent la chorée héréditaire bénigne de la maladie de Huntington.
Les mouvements involontaires, qui touchent
typiquement la partie distale des membres, la face et le tronc,
persistent au cours de la vie adulte sans entraîner de handicap
significatif. Ils atteignent une intensité maximale dans la deuxième
décennie, et chez certains diminuent par la suite.
En règle générale,
il n’y a pas d’atteinte cognitive ni d’autres signes neurologiques.
Des
exceptions ont été rapportées avec des patients présentant des signes corticospinaux, cérébelleux et même une détérioration intellectuelle,
voire des formes progressives.
Certains de ces cas « exceptionnels »
pourraient ne pas être de véritables chorées héréditaires bénignes
puisque des familles décrites avant la découverte du gène IT15 se
sont avérées être des maladies de Huntington.
Le mode de transmission est autosomal dominant. Le gène de la
chorée héréditaire bénigne se trouve sur le chromosome 14 mais n’a
pas été précisément identifié.
Plusieurs gènes sont candidats dont
le glial maturation factor-beta (GMFB), le GTP cyclohydrolase I et le
SMN-interacting protein-1, impliqués dans le développement ou le
maintien du système nerveux central.
Les examens d’imagerie (CT
et imagerie par résonance magnétique [IRM]) ne révèlent pas
d’anomalies, en particulier pas d’atrophie des noyaux caudés et les
examens d’imagerie fonctionnelle montrent des résultats variables
en ce qui concerne le métabolisme des noyaux caudés.
On ne peut
proposer qu’un traitement symptomatique de la chorée.
Un cas
anecdotique a montré une réponse aux stéroïdes.
R - CHORÉES SÉNILES :
Il s’agit d’une entité dont l’existence est discutée.
On la définit
habituellement comme une chorée généralisée et symétrique
d’apparition et d’évolution progressive, touchant des sujets d’âge
« avancé », en l’absence de syndrome démentiel et d’atteinte
familiale.
Ces deux derniers critères ne permettent pas d’exclure une
maladie de Huntington puisque les cas à début tardif n’ont que peu
ou pas de déficits cognitifs et une atteinte familiale peut rester
indécelable.
Il en va de même pour les chorées secondaires qui
ne sont souvent pas systématiquement exclues par les auteurs qui
décrivent des cas de chorée sénile.
Enfin, il faut noter la présence,
chez la personne âgée, de dyskinésies bucco-linguo-faciales
idiopathiques, dont le diagnostic ne peut être retenu que par
exclusion (notamment d’origines médicamenteuses) et qui peuvent
aussi être favorisées par l’ablation de la dentition ou la présence de
prothèses dentaires mal adaptées (dyskinésie des édentés).
Ainsi,
chez les chorées isolées d’apparition tardive, d’origine indéterminée
et sans anamnèse familiale, 50 % se révèlent être une maladie de Huntington, et plus de 80 % des cas restants ont une cause
secondaire identifiable.
À ce jour, il n’existe que quatre
descriptions anatomopathologiques de patients présentant une
chorée sénile clinique.
Pour un seul de ces cas, un test génétique a
permis d’exclure une maladie de Huntington, et le noyau caudé était
préservé.
En conclusion, les rares descriptions bien documentées de cas de
chorée sénile ne permettent pas de retenir de façon indubitable
l’existence d’une entité clinique à part entière.
Mouvements anormaux secondaires
à des atteintes focales :
A - ATTEINTES FOCALES RESPONSABLES DE DYSTONIES :
Une dystonie peut être secondaire à des lésions cérébrales d’origine
différente (vasculaire, infectieuse, inflammatoire, tumorale).
Il s’agit
essentiellement de lésions atteignant les ganglions de la base, le plus
fréquemment le putamen.
1- Atteintes vasculaires
:
Des lésions vasculaires (ischémique, hémorrhagique, dans le cadre
d’artérite) peuvent engendrer une hémidystonie ou une dystonie
focale à début tardif.
De telles lésions ont été objectivées dans les
noyaux lenticulaires, le noyau caudé, le thalamus, la capsule interne
D et aussi dans des lésions combinées au niveau capsulolenticulaire,
des ganglions de la base et du tronc cérébral.
Enfin, plus
exceptionnellement, des lésions pariétales ont été relevées.
L’apparition de chorée dans le cadre d’accident vasculaire cérébral
(AVC) est très rare et inconstante (moins de 1 %).
Les localisations
lésionnelles sont variées et proches de celles responsables des
dystonies : noyaux sous-thalamiques (NST), striatum, thalamus,
lobes pariétaux, capsule interne et cervelet.
L’apparition de chorée
et de ballisme dans le cadre d’une lésion (vasculaire ou d’autre
origine) du NST est souvent considérée comme un des meilleurs
exemples de corrélation entre une lésion cérébrale et l’apparition
d’un mouvement anormal.
Cette association correspondrait à la
disparition de l’effet inhibiteur du NST, voire plus largement la
perturbation des circuits moteurs des ganglions de la base, lors
d’atteintes touchant ces derniers.
En revanche, il est plus difficile
d’expliquer le mécanisme d’apparition de mouvements anormaux
dans les atteintes d’autres localisations.
Il existe probablement
plusieurs facteurs responsables de ces anomalies.
En effet, la majorité des lésions atteignant ces régions n’entraînent
aucun mouvement anormal et lorsque ceux-ci surviennent, ils sont
généralement d’installation tardive, une installation aiguë
restant exceptionnelle.
En revanche, des apparitions plus aiguës ont
été décrites en présence de lésions tumorales ou de malformations artérioveineuses (MAV).
Néanmoins, dans ces situations et par
définition, un processus lésionnel préexistait à la découverte de la
lésion, souvent recherchée, à l’occasion de l’apparition du
mouvement anormal.
Ainsi, l’observation générale d’un délai
nécessaire à l’installation des dystonies secondaire reste de règle.
Cette apparition tardive des mouvements après l’AVC suggère une
réorganisation pathologique des boucles de rétrocontrôle comme
cause potentielle de mouvements hypercinétiques.
La perte de la
proprioception peut jouer un rôle très important, raison pour
laquelle certains auteurs parlent de pseudochoréoathétose
lorsqu’elle est présente.
Des phénomènes de diaschisis peuvent
expliquer qu’une lésion située à distance des noyaux gris puisse tout
de même influencer ces derniers ; enfin, des structures qui se situent
en périphérie d’un infarctus, dans la pénombre, peuvent apparaître
normales morphologiquement à l’IRM bien que touchées mais dans
un moindre degré, comme peuvent le montrer des méthodes
d’imagerie fonctionnelle.
Il faut aussi citer l’apparition de chorée chez 1 à 2 % des enfants
ayant subi une intervention avec circulation extracorporelle, décrite
sous le terme de « postpump chorea ».
Celle-ci peut être irréversible
et sa survenue est imprévisible.
Enfin, citons l’association avec la polycythémie dont le mécanisme est probablement une atteinte
vasculaire liée à une hyperviscosité secondaire à l’excès
d’érythrocytes.
La chorée peut débuter de façon insidieuse ou aiguë.
Elle peut être initialement unilatérale mais elle tend habituellement
à évoluer vers une forme généralisée.
2- Mouvements anormaux et lésions expansives
:
Une origine tumorale à des mouvements anormaux est reportée soit
dans le cadre d’un processus expansif se développant aux dépens
des noyaux gris centraux notamment, soit dans le cadre d’un
syndrome paranéoplasique.
Les tumeurs invasives n’ont pas
nécessairement une localisation qui correspond aux structures
impliquées dans la genèse des mouvements anormaux.
On peut toutefois citer un exemple de lésion métastatique au niveau du
noyau sous-thalamique qui explique bien la genèse d’une chorée
relativement pure.
Depuis 1988, date de publication du premier cas de chorée
paranéoplasique lié à une tumeur pulmonaire, des tumeurs
d’origine rénale et des hémopathies malignes ont aussi été
décrites.
Ces formes répondent mal aux traitements
symptomatiques de la chorée tels que neuroleptiques,
benzodiazépines, antiépileptiques, agents dépléteurs de la dopamine
et stéroïdes.
En revanche, une réponse est observée en relation avec
le traitement de la tumeur causale.
Dans le cadre des processus expansifs, il faut encore mentionner
l’association avec des hématomes sous-duraux et, de façon
exceptionnelle, un hématome épidural et une hémorragie sousarachnoïdienne.
3- Dystonies post-traumatiques :
* Atteintes centrales :
La dystonie s’installe après un délai de quelques mois à quelques
années.
Il s’agit généralement des suites d’un traumatisme craniocérébral avec coma et déficit moteur, touchant principalement
des enfants ou de jeunes adultes.
La distribution de la dystonie est
le plus souvent hémicorporelle ou d’un membre supérieur mais des
dystonies bilatérales ou des dystonies cervicales ont également été
décrites, de même que l’association avec un tremblement d’action.
L’imagerie révèle des lésions du caudé ou du putamen
controlatéral chez 7/8 patients avec une hémidystonie.
* Atteintes périphériques
:
Il s’agit de dystonies focales apparaissant après un traumatisme
périphérique (fracture d’un doigt, blessure d’une main, entorse du
pied).
Une dystonie cervicale peut survenir après un coup du lapin
ou une dystonie oromandibulaire après traumatisme ou une
chirurgie du visage, de la bouche, de la mâchoire.
Le traumatisme
initial doit avoir été assez sévère pour que les symptômes aient
persisté au moins 15 jours ou avoir requis une consultation.
Par
définition, la dystonie apparaît moins de 1 an après le traumatisme
et atteint la région corporelle traumatisée.
Par opposition avec les
dystonies focales idiopathiques, on note volontiers ici des postures
fixées éventuellement avec des contractures amenant une limitation
de l’excursion du mouvement passif et l’absence de geste
antagoniste.
De telles dystonies peuvent apparaître dans le cadre
d’algoneurodystrophies.
La distinction d’une entité séparée pour
cette association est sujette à débat, mais l’amélioration,
malheureusement transitoire et inconstante, de la dystonie par bloc
sympathique, est un argument pour une telle distinction.
Généralement, la dystonie apparaît dans les premiers stades de
l’atteinte végétative, qu’elle peut même précéder.
Habituellement,
ces dystonies sont résistantes aux traitements médicamenteux et
deviennent volontiers très invalidantes.
4- Mouvements anormaux dans le cadre de la sclérose
en plaques :
L’apparition de mouvements anormaux dans le cadre de la sclérose
en plaques (SEP) est relativement rare mais reconnue sous forme de choréoathétose, de dystonies focales, segmentaires, unilatérales et
paroxystiques.
Ces dernières, bien connues, se présentent sous forme
de spasmes toniques, de 1 à 2 minutes.
Elles surviennent plusieurs
fois par jour, sont parfois précédées d’une aura sensitive, souvent
douloureuses et accompagnées de manifestations végétatives.
Elles
répondent généralement bien aux anticonvulsivants alors que l’EEG n’apporte
aucun argument critique.
5- Myélinolyse centropontique :
La destruction de myéline au niveau de la base du pont mais
également des régions extrapontines, souvent secondaire à une
hyponatrémie corrigée de façon rapide, a été décrite à l’origine de
dysphonie et dystonies, cervicale, oromandibulaire et des membres
supérieurs, pouvant être accompagnées de parkinsonisme.
6- Dystonies dans le cadre d’infections du système
nerveux central
:
Une encéphalite peut être à l’origine de lésions bilatérales des
noyaux gris et est alors suivie assez fréquemment de séquelles
dystoniques.
Dans cette situation, la dystonie évolue souvent de pair
avec un syndrome parkinsonien, des dyskinésies bucco-linguofaciales
et des crises oculogyres.
Une telle association est donc très
suggestive d’une origine encéphalitique à la dystonie.
Le tableau
clinique survenant dans le cadre d’une encéphalite du virus de
l’immunodéficience humaine (VIH) consiste en une dystonie
généralisée axiale et appendiculaire, prédominant au niveau des
membres inférieurs.
Le scanner cérébral révèle des hyperdensités
symétriques au niveau des deux putamen.
L’encéphalite japonaise
aiguë peut causer une dystonie d’installation aiguë focale ou
généralisée sévère associée à un ralentissement moteur, un
tremblement et une choréoathétose.
L’imagerie montre ici aussi des
lésions bilatérales dans les ganglions de la base ou le thalamus
éventuellement dans le cadre d’une atteinte multifocale plus étendue
dans les cas sévères.
Dans ce cadre, il faut aussi mentionner les
lésions toxoplasmiques et les atteintes para-infectieuses, autoimmunes
secondaires à des infections telle l’artérite herpétique.
7- Chorées dans le cadre d’infections du système
nerveux central
:
Il existe une pléthore de rapports qui décrivent une association entre
une cause infectieuse et une chorée, ne rapportant souvent qu’un
cas.
Les chorées liées au syndrome de l’immunodéficience acquise
(sida) ne sont pas rares et devraient être évoquées systématiquement
lors de l’apparition du mouvement anormal chez un jeune patient
sans hérédopathie connue pour une chorée héréditaire.
On retrouve
des cas qui sont attribués soit au virus VIH lui-même, dans le cadre
d’une encéphalite subaiguë, soit aux agents opportunistes en
particulier la toxoplasmose, la leucoencéphalopathie progressive
multifocale et la cryptococcose.
Dans les causes virales, on
retrouve les virus avec tropisme particulier pour le système nerveux
central, notamment les virus du groupe herpès (herpes simplex, varicella-zoster, Epstein-Barr) mais aussi les virus de la grippe (un
cas), de la rougeole, les ECHO-virus et le virus des oreillons. Un
seul cas de complication postvaccinale (variole) est rapporté.
Parmi
les causes bactériennes, on relève des cas d’infections à spirochètes
(syphilis, Lyme), à mycoplasme, les endocardites bactériennes et la
légionnellose.
Enfin, il convient de citer un cas de maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Ainsi, lorsqu’un contexte infectieux est
suspecté cliniquement en raison d’un état fébrile, d’un tableau
d’encéphalite ou d’encéphalopathie septique ou d’un syndrome
inflammatoire paraclinique, on cherche à mettre en évidence l’agent
infectieux et des éventuelles lésions cérébrales focales par les
examens appropriés (cultures et sérologies sanguines et du liquide
céphalorachidien, CT scan ou IRM cérébrales).
Les mécanismes en cause dans les origines infectieuses peuvent être
de plusieurs ordres : mécanismes immuns (notamment formation
d’auto-anticorps par des phénomènes de réactions croisées,
formation de complexes immuns), lésions par des toxines
bactériennes ou encore invasion directe du parenchyme cérébral.
8- Chorée de Sydenham :
C’est sans doute l’exemple le plus connu des chorées parainfectieuses.
Elle a été décrite par Thomas Sydenham en 1686.
Elle
est, de nos jours, essentiellement présente dans les pays en voie de
développement où elle peut être endémique, mais il existe dans les
pays industrialisés des épidémies liées à des souches bactériennes
de streptocoque ß-hémolytique A très virulentes (forme
mucoïde).
Elle touche essentiellement une population jeune
(moins de 16 ans : 90 %), atteignant deux fois plus souvent les
femmes que les hommes.
Elle accompagne environ 20 % des cas de
rhumatisme articulaire aigu (RAA) dont elle est un des cinq critères
diagnostiques majeurs.
Elle est isolée dans les trois quarts des cas,
sans symptôme cardiaque, articulaire ou cutané associé et sans que
l’on puisse mettre en évidence une notion d’infection à streptocoque
A, probablement en raison du long délai entre l’exposition à l’agent
infectieux et le début des symptômes neurologiques (plusieurs
mois).
Le diagnostic est avant tout clinique.
Le type de
manifestations associées à la chorée (cardite, arthrite, lésions
cutanées), la sévérité et la durée des symptômes dépendent de la
souche bactérienne et de susceptibilités individuelles telles que les alloantigènes lymphocytaires B non human leucocyte antigen (HLA).
Les signes cardinaux de la chorée de Sydenham sont l’apparition
subaiguë d’une chorée relativement pure qui peut être unilatérale
(30 % des cas), accompagnée d’asthénie, d’une labilité émotionnelle
et de troubles du comportement se rapprochant souvent de troubles
obsessionnels compulsifs et occasionnellement des troubles
psychotiques.
Ces derniers symptômes peuvent précéder
l’apparition des mouvements anormaux.
Les symptômes régressent
en 3 à 6 mois mais peuvent durer jusqu’à 4 ans ou régresser
incomplètement.
Des récidives peuvent survenir, habituellement
dans les deux ans.
Le laboratoire peut mettre en évidence des paramètres
inflammatoires tels qu’une élévation de la vitesse de sédimentation
et une protéine C réactive.
Le frottis de gorge ne permet d’isoler que
très rarement (< 5 %) un streptocoque A.
Les anticorps
antistreptolysine (ASLO) sont positifs dans environ 75 % des cas
alors que le titre de l’anti-DNAse est élevé dans plus de 90 % des
cas.
L’EEG est le plus souvent anormal mais non spécifique,
démontrant un ralentissement prédominant dans les régions
occipitales.
L’imagerie par résonance magnétique peut montrer des hyperintensités en T2 au niveau du pallidum, des noyaux caudés et
du putamen, alors que la TEP et le single photon emission tomography
(SPECT) mettent en évidence des anomalies compatibles avec une
inflammation (respectivement une augmentation du métabolisme et
du débit sanguin), à l’opposé de ce que l’on observe dans une
affection dégénérative.
Le mécanisme est probablement auto-immun avec la présence
d’anticorps contre la protéine M du streptocoque A qui ont une
réaction croisée avec les neurones, la présence d’autoanticorps
dirigés contre le cytoplasme des neurones caudés et sousthalamiques
mais aussi la présence de titres élevés d’anticorps
anticardiolipines dans certains cas.
Le traitement est en premier
lieu une antibiothérapie par pénicilline intramusculaire ou
intraveineuse.
On peut envisager une corticothérapie, des
immunoglobulines ou des plasmaphérèses pour les formes cliniques
les plus avancées.
La chlorpromazine est le traitement
symptomatique de premier choix.
L’usage des neuroleptiques
atypiques n’est pas aussi bien documenté, mais ils constituent une
alternative envisageable.
Enfin, des réponses satisfaisantes sont
décrites avec des antiépileptiques (carbamazépine, valproate de
sodium).
Atteintes cérébrales diffuses
responsables de dystonie :
A - ANOXIE/HYPOXIE : ASPHYXIE PÉRINATALE,
ARRÊT CARDIORESPIRATOIRE
Les noyaux gris centraux sont des structures fortement sensibles à
l’hypoxie qui peut survenir soit dans le cadre d’un arrêt
cardiorespiratoire soit suite à une intoxication, par exemple au
monoxyde de carbone.
De telles atteintes engendrent volontiers des
nécroses au niveau des pallidum, associées à d’autres lésions,
notamment hippocampiques.
L’atteinte motrice en résultant peut
revêtir deux aspects principaux : un parkinsonisme et/ou une
dystonie.
La dystonie peut apparaître des semaines voire des mois
après l’atteinte.
Il en est de même de l’hypoxie périnatale qui peut
ne laisser aucune séquelle pendant des années et se révéler de façon
progressive de nombreuses années plus tard.
Lorsque la
dystonie débute précocement, à l’âge de 6 mois ou plus, elle prend
volontiers la forme d’une athétose, il s’y associe souvent un
syndrome pseudobulbaire avec des rires et pleurs spasmodiques,
une dysarthrie et une dysphagie.
On retrouve des lésions dans le
thalamus, le putamen, le noyau caudé et la région sous-corticale
dont l’apparence macroscopique est semblable à du marbre : « état
marbré ».
Ce type de lésion ne se retrouve pas si l’anoxie cérébrale
survient après la fin de la myélinisation.
Plus tard, la sémiologie
évoque une dystonie progressivement généralisée.
Dans cette
seconde situation, avec des délais d’apparition comprenant des
années, voire des décennies, un bilan étiologique approfondi est
mérité avant de conclure à une telle relation avec une anoxie
périnatale qui souvent est peu documentée et laisse peu de traces
radiologiques
B - ICTÈRE NUCLÉAIRE :
L’ictère nucléaire résulte d’une incompatibilité foetomaternelle de
groupe sanguin ABO ou Rhésus et est devenu rare de nos jours,
grâce à la détection précoce de ce risque d’incompatibilité et aux
traitements périnataux.
En cas de survenue, le taux de décès ou
d’invalidité sévère est élevé avec retard mental, surdité, hypotonie,
incapacité à marcher. Une minorité d’enfants atteints survit avec un
développement mental pratiquement normal.
C’est parmi eux que
l’on observe à proprement parler un syndrome athétosique (le plus
souvent associé à une dystonie, des myoclonies et à une rigidité).
Cette symptomatologie débute après un intervalle de 1 à 2 ans après
la naissance.
Certaines patientes peuvent présenter une chorée
gravidique ou sur contraceptifs.
Une surdité et des troubles
oculomoteurs (touchant la verticalité) sont habituellement associés
aux mouvements anormaux.
À l’examen pathologique, on trouve,
chez ces patients, une perte neuronale et une gliose au niveau des
noyaux sous-thalamiques, des pallidum, des thalamus, des noyaux
oculomoteurs et cochléaires.
Un déficit en glucuronyltransférase
(syndrome de Crigler-Najjar), l’enzyme responsable de la
glucuronoconjugaison de la bilirubine, peut produire un tableau
similaire.
C - CHORÉES LIÉES À DES PATHOLOGIES
AUTO-IMMUNITAIRES :
Depuis le déclin de la chorée de Sydenham, le lupus érythémateux
disséminé (LED) est devenu une des causes fréquentes de chorée
acquise (présente dans 2 % des LED).
Volontiers associée à un
syndrome d’anticorps antiphospholipides secondaire, la chorée est
probablement due à des lésions, au niveau du striatum, soit
inflammatoires, soit ischémiques dans le cadre d’une vasculite.
Comme pour la chorée de Sydenham, l’imagerie par PET et SPECT
montre un pattern compatible avec une inflammation.
Dans 25 %
des cas, la chorée est la première manifestation du LED. Les patients
peuvent avoir d’autres symptômes liés à des manifestations
neurologiques du lupus érythémateux telles que des troubles
neuropsychiatriques, des crises épileptiques, des lésions vasculaires ou une atteinte périphérique.
La chorée est parfois focale, mais le
plus souvent généralisée ou hémicorporelle.
Les examens paracliniques permettent de poser le diagnostic de la connectivite
avec, à l’imagerie, des lésions dont l’origine est probablement
vasculaire.
Un bilan de dépistage est donc recommandé pour tous
les cas de chorée pour lesquels il n’existe pas de notion familiale de
chorée héréditaire car un traitement spécifique immunomodulateur
est requis.
Avec une immunosuppression adéquate, l’amélioration
des symptômes survient en quelques semaines.
Un traitement
symptomatique peut être introduit dans un second temps en cas de
persistance prolongée de la chorée ou si ces manifestations sont
d’emblée très sévères.
Les autres maladies auto-immunes dans lesquelles une chorée peut
survenir sont le syndrome antiphospholipide primaire, la sarcoïdose,
la panartérite noueuse, la maladie de Behçet, le syndrome de Churg
et Strauss, l’angéite isolée du système nerveux et la thyroïdite de
Hashimoto.
Dans cette dernière, il n’est pas nécessaire d’avoir un
déséquilibre endocrinien.
D - CHORÉE GRAVIDIQUE :
On a observé de longue date l’apparition d’une chorée au cours des
grossesses chez les femmes ayant des antécédents de chorée de
Sydenham.
L’incidence de cette dernière ayant considérablement
diminué, ce tableau est donc devenu plus rare.
Actuellement, on
observe, dans certains cas, une association à d’autres pathologies
telles que le lupus érythémateux ou un syndrome d’anticorps antiphospholipides.
Ce type d’association rend l’hypothèse d’un
mécanisme dysimmunitaire probable. Néanmoins, environ 40 % des
chorées gravidiques n’ont aucun antécédent choréique.
La chorée
gravidique survient le plus souvent pendant la première moitié de
la grossesse, chez les primipares.
Elle régresse après l’accouchement.
Dans une forme sévère avec décès de la patiente, l’autopsie a montré
des lésions structurelles au niveau des noyaux gris centraux.
Un
traitement neuroleptique est habituellement efficace mais dans des
formes graves, la question d’une interruption de grossesse peut se
poser.
Il existe un risque de récidive lors des grossesses suivantes
ou lors de la prise de contraceptifs oraux, principalement ceux
contenant des oestrogènes.
E - CAUSES SYSTÉMIQUES DE MOUVEMENTS ANORMAUX
:
Des changements hormonaux dans le métabolisme de base ou dans
le tonus catécholaminergique de même que des troubles
électrolytiques ou de la glycémie peuvent affecter les structures
cérébrales au métabolisme le plus élevé telles que les noyaux gris
centraux.
F - DYSTHYROÏDIE :
L’association entre une dysthyroïdie et l’apparition de mouvements
choréoathétosiques a déjà été notée au XIXe siècle par Gowers.
Les
mouvements anormaux se présentent puis disparaissent
conjointement au déséquilibre hormonal.
La chorée affecte plus
volontiers les extrémités, parfois de façon unilatérale.
Les mouvements sont habituellement continus bien que des formes
paroxystiques aient été décrites.
On ne note habituellement pas de
lésion à l’imagerie, y compris à l’IRM.
La réponse des mouvements
aux médicaments antidopaminergiques et la présence d’une
concentration anormalement basse des métabolites de la dopamine
dans le LCR suggère une hypersensibilité des récepteurs
dopaminergiques ou une altération du turn-over de la dopamine
comme mécanismes étiologiques.
G - HYPOCALCÉMIE :
L’hypocalcémie est une cause rare de chorée. Les patients peuvent
présenter des mouvements asymétriques, habituellement
paroxystiques et rarement kinésigéniques.
Les mouvements
anormaux disparaissent après correction du trouble électrolytique et
il n’y a probablement pas de lien avec des calcifications des noyaux
gris qui sont souvent observées à l’imagerie cérébrale.
Une
hypothèse étiopathogénique est une augmentation de l’excitabilité
membranaire par l’hypocalcémie.
H - TROUBLES DE LA GLYCÉMIE :
Des variations extrêmes de la glycémie vers le haut ou le bas
conduisent souvent à une altération de l’état de conscience mais
l’apparition de mouvements anormaux est plus rare.
Une chorée
généralisée ou une hémichorée peut s’observer dans l’hyperglycémie
hyperosmolaire non cétosique.
Elle disparaît après correction des
troubles métaboliques. L’imagerie est normale.
Deux mécanismes
physiopathologiques possibles seraient l’utilisation du GABA
comme source d’énergie par les neurones en l’absence de corps
cétoniques ou la présence de micro-infarctus non visibles à
l’imagerie au niveau des noyaux gris.
On a toutefois retrouvé des hypersignaux CT et T1 à l’IRM des noyaux caudés et des putamens
avec, au long terme, un hyposignal T2 et un hypométabolisme au
SPECT dans ces mêmes régions alors même que les symptômes
avaient régressé.
Ces anomalies pourraient représenter des
hémorragies ou des foyers de démyélinisation.
L’hypoglycémie peut
conduire à l’apparition de mouvements choréiformes qui ne durent
que lors de l’épisode sauf en cas d’hypoglycémies répétées où l’on
peut observer une chorée permanente.
Des épisodes de chorée liés à une hyponatrémie, une hypernatrémie
ou une hypomagnésémie ont été rapportés dans le passé mais il n’y
a pas de littérature récente sur ce sujet.
Enfin, des déficits en
vitamine B1, B6 et B12 sont rapportés.
Maladies hérédodégénératives
:
A -
SYNDROMES PARKINSONIENS :
La plupart des patients souffrant d’un syndrome parkinsonien
peuvent présenter une participation dystonique.
1- Maladie de Parkinson :
Dans le cadre de la maladie de Parkinson, on peut voir apparaître
une dystonie.
Les facteurs des risques pour une telle association
sont : le jeune âge, le sexe féminin, une longue durée de maladie.
Il
est vrai cependant que, dans la plupart des cas, la dystonie est liée
au traitement antiparkinsonien et particulièrement à l’utilisation de
la lévodopa.
La dystonie se présente alors sous forme d’une dystonie
de phase OFF, souvent matinale ou dans le cadre des dyskinésies biphasiques ou alors, au pic de la dose, au niveau focal ou
segmentaire.
En dehors de tout traitement, une dystonie au niveau
des pieds peut être un des premiers signes de la maladie de
Parkinson juvénile ou de début précoce.
Cette association doit faire rechercher la forme autosomique
récessive de parkinsonisme génétiquement déterminé (PARK 2).
La
dystonie se présente sous forme d’un pied en varus équin et d’un hallux striatal pouvant être renforcé par l’action (kinésigénique), ou
comme une atteinte au niveau des membres supérieurs avec une
déviation cubitale, une flexion métacarpophalangienne, des
extensions interphalangiennes proximale et distale. Rarement, des
dystonies focales ou segmentaires de la face (blépharospasme,
syndrome de Meige), une crampe de l’écrivain, un torticolis ou une
hémidystonie sont observés.
La mutation est située sur le long bras
du chromosome 6 (25.2-27), codant pour une protéine, la parkin, qui
fonctionne comme ubiquitine-ligase E3 dans le circuit catabolique
protéique lié à l’ubiquitine.
La particularité neuropathologique
consiste en une dépigmentation et une perte neuronales, une gliose
et de la mélanine extraneuronale au niveau des segments
intermédiaire et ventrolatéral de la substance noire, pars compacta,
et une perte neuronale au niveau du locus ceruleus sans corps de
Lewy.
2- Paralysie supranucléaire progressive
:
La paralysie supranucléaire progressive est caractérisée par un
syndrome parkinsonien akinéto-rigide, une paralysie du regard
verticale supranucléaire, une dysphagie et dysarthrie, ainsi que des
troubles cognitifs.
La dystonie axiale avec hyperextension de la
nuque accompagne une dystonie faciale, une difficulté à l’ouverture
des yeux due à un blépharospasme associé à une apraxie à
l’ouverture des yeux.
3- Atrophie multisystémique :
L’atrophie multisystémique est caractérisée par l’association d’un
parkinsonisme à une atteinte végétative et à un syndrome
cérébelleux.
Selon la prédominance de l’une de ces
symptomatologies, elle est aussi connue sous les noms de
dégénérescence striatonigrale (syndrome parkinsonien akinétorigide
devenant doparésistant), de syndrome de Shy-Drager (atteinte
végétative centrale), et d’atrophie olivo-ponto-cérébelleuse
sporadique.
La dystonie se présente d’habitude sous forme d’un antérocollis ainsi qu’une dystonie des muscles frontaux.
Elle peut
s’étendre à la région pharyngo-laryngée et amener, notamment lors
du sommeil, à des spasmes laryngés potentiellement fatals.
4- Dégénérescence corticobasale :
La dégénérescence corticobasale est caractérisée par un syndrome
parkinsonien fortement asymétrique, une dysfonction corticale
focale, se manifestant surtout par une apraxie du membre atteint
avec une dystonie pouvant s’associer à des myoclonies.
La dystonie s’installe d’habitude au niveau du bras atteint (92
%), réalisant une posture en adduction dans l’épaule et flexion du
coude avec une main en griffe.
Chez 28 % des patients, il y a une dystonie dans la jambe et
chez 4 % des patients dans les quatre membres.
5- Hemiatrophie-hémiparkinsonisme :
Ce tableau clinique se complète dans la trentaine par l’apparition
d’un parkinsonisme, très lentement progressif et généralement
dopasensible quasi unilatéral sur un hémicorps atrophique
accompagné d’une atrophie cérébrale controlatérale d’origine
périnatale.
Une dystonie est fréquemment associée.
6- Maladie de Hallervorden-Spatz :
Il s’agit d’une entité d’apparition sporadique ou d’hérédité
autosomique récessive débutant dans l’enfance, caractérisée par une
dystonie généralisée et une rigidité commençant au niveau des
membres inférieurs avec déformation des pieds, associée à une
atteinte tétrapyramidale et à une détérioration mentale associée à
une rétinite pigmentaire et à une dégénération tapétorétinienne.
Les
premiers symptômes apparaissent sous forme des troubles de
l’équilibre et de la posture.
La dystonie peut apparaître dès le début,
mais survient plus souvent progressivement.
Elle est habituellement
généralisée mais peut être segmentaire ou focale.
Une forme
adulte est exceptionnelle.
Le diagnostic se pose à l’imagerie cérébrale
où l’IRM en T2 permet de voir au niveau pallidal une hyperintensité centrale entourée d’une hypo-intensité (image « d’oeil de tigre »).
En
l’absence de traitement causal, l’évolution est fatale en une dizaine
d’années.
Le tableau neuropathologique atteint le globus pallidus et la partie
réticulée de la substance noire et consiste en une discoloration brun
rouille due à l’accumulation de granules pigmentaires contenant du
fer associés à des corps sphéroïdes (accumulation de glycoprotéines,
de lipides et de mitochondries) et à un gonflement axonal diffus
dans les structures cérébrales atteintes : particulièrement la
substance noire, le pallidum et le noyau sous-thalamique .
7- Maladie de Machado-Joseph :
Cette atrophie spinocérébelleuse autosomique dominante (SCA3) est
due à une répétition anormale du triplet CAG qui se trouve sur le
bras long du chromosome 14q.
L’examen pathologique révèle une
dégénérescence spinocérébelleuse avec une perte neuronale au
niveau du noyau dentelé et de la substance noire.
Trois différents
phénotypes existent avec :
– type I : début précoce et signes essentiellement pyramidaux-extrapyramidaux ;
– type II, le plus fréquent : début à l’âge adulte moyen,
manifestations cérébelleuses et pyramidales ;
– type III : début tardif avec des signes cérébelleux et une
amyotrophie distale.
La dystonie apparaît chez des sujets jeunes et concerne les membres
ou la face dans la plupart des cas, elle est rarement généralisée
contrairement aux cas d’hérédité homozygotes avec manifestation
de la dystonie pendant l’enfance.
8- Atrophie dentato-rubro-pallido-luysienne :
Il s’agit d’une maladie autosomique dominante entrant dans le
diagnostic différentiel des chorées, la dystonie faisant rarement
partie du tableau.
Elle est répartie en deux entités cliniques, l’une
débutant après 20 ans, associe ataxie, choréoathétose et démence et
l’autre, de début juvénile avant 20 ans, ajoute à ce tableau une
épilepsie myoclonique progressive.
La mutation est localisée sur le
chromosome 12p13.31, avec une expansion du trinucléotide CAG.
La pathologie démontre une dégénérescence des efférents
cérébelleuse et du système pallidoluysien avec une perte neuronale
au niveau du noyau dentelé, du noyau rouge, du globus pallidum
et du noyau sous-thalamique.
B - DÉGÉNÉRESCENCE PALLIDALE PROGRESSIVE
:
Il s’agit d’une maladie qui, selon l’examen pathologique, est répartie
en quatre groupes différents :
– une atrophie pallidale pure ;
– une atrophie pallidoluysienne et deux formes étendues avec
atteinte de la substance noire, du striatum ou du noyau dentelé ;
– ou avec atteinte du thalamus, du système pyramidal ou de la
moelle.
Cliniquement, on observe une dystonie focale ou généralisée
associée à un syndrome akinétorigide mais un cas avec une dystonie
généralisée associé à une dysarthrie et une parésie du regard
supranucléaire a été décrit.