Mouvements anormaux (dystonie, athétose, chorée, ballisme)
(Suite)
Cours de Neurologie
C - NEUROACANTHOCYTOSE :
La neuroacanthocytose est une maladie héréditaire, dont le tableau
clinique débute dans la 4e décennie et consiste en des mouvements
choréiques, des troubles psychiatriques et une détérioration
neuropsychologique pouvant amener à une démence.
Cette maladie
mime donc la chorée de Huntington et mérite d’être recherchée
quand la génétique ne confirme pas ce dernier diagnostic.
Deux
caractéristiques cliniques font évoquer cette maladie :
– la prédominance des dyskinésies au niveau oromandibulaire et
notamment la présence d’une dystonie orolinguale d’action
propulsant le bolus alimentaire hors de la bouche et pouvant amener
à une automutilation ;
– la présence d’une polyneuropathie.
Une dysphagie, une
dysarthrie, des vocalisations involontaires, une chorée
appendiculaire et un parkinsonisme souvent associé à une dystonie
généralisée.
Les autres signes cliniques sont la détérioration
cognitive (70 % des cas), des crises épileptiques (50 % des cas) ainsi
qu’une polyneuropathie axonale motrice avec amyotrophie distale
et pes cavus.
Le diagnostic repose sur la mise en évidence d’un nombre élevé
d’acanthocytes (plus de 3 %) sur un frottis de sang périphérique sans
anomalies des lipoprotéines, dans un contexte clinique approprié.
Le CT et l’IRM du cerveau mettent parfois en évidence des
anomalies de signal aspécifiques et une atrophie dans le striatum.
Le traitement est uniquement symptomatique.
Le mode de transmission reste peu clair : un mode autosomique
récessif est suspecté en raison de consanguinité connue dans
quelques cas familiaux, mais un mode autosomique dominant peut
aussi être évoqué en présence de deux générations successives
atteintes.
La mutation est localisée sur le chromosome 9.
On suspecte
qu’une anomalie de la membrane soit responsable des altérations de
la fluidité membranaire et du défaut de configurations des protéines
membranaires.
À l’examen neuropathologique, le putamen et le
noyau caudé et le globus pallidus sont les régions les plus atteintes
par une atrophie cérébrale et une gliose, la perte neuronale affectant
surtout les neurones de petite taille.
D - MALADIE DE FAHR :
Les calcifications pallidales sont retrouvées chez environ 1 % des CT
cérébraux, de façon plus marquée chez la personne âgée, sans que
cela soit accompagné de symptomatologie particulière.
Néanmoins,
il existe des calcifications plus importantes, au niveau striato-pallidodentelé,
soit associées à une dysfonction des parathyroïdes ou
d’origine idiopathique d’hérédité autosomique dominante (cinq
familles décrites), soit plus rarement récessives ou liées à l’X, enfin,
sporadiques.
C’est dans cette dernière situation que le terme de
Maladie de Fahr devrait être utilisé.
Dans une revue de 99 patients,
67 étaient symptomatiques, dont 55 % présentaient des mouvements
anormaux avec un parkinsonisme chez 57 %, une chorée chez 13 %,
un tremblement chez 8 %, une dystonie chez 8 %, une athétose chez
5 % et des dyskinésies orofaciales chez 3 %.
Les symptômes débutent
généralement entre 30 et 50 ans.
Les autres manifestations
neurologiques sont des troubles cognitifs, des signes cérébelleux, des
troubles phasiques, des signes corticospinaux, des troubles de
l’équilibre, des troubles sensitifs, des douleurs et des manifestations
psychiatriques.
La dystonie est focale ou segmentaire au niveau
crânien ou des membres.
Une association aux troubles
cognitifs, avec hallucinations visuelles, myoclonies fut décrite avec
des calcifications pallidales bilatérales.
E - ATAXIE TÉLANGIECTASIE :
L’ataxie télangiectasie est une maladie transmise sur un mode autosomal récessif dont le gène est localisé sur le chromosome
11q22.3.
Les symptômes débutent dans l’enfance, avec, sur le plan
neurologique, une ataxie sévère qui conduit à une perte d’autonomie
progressive en quelques années.
Une dystonie généralisée et des
mouvements choréoathétosiques sont également fréquents, mais
suivent l’ataxie.
Des troubles oculomoteurs typiques, sous forme
d’une apraxie du regard, s’associent au tableau qui se complique
parfois de polyneuropathie et de retard mental.
Par ailleurs, on
observe des télangiectasies oculaires, auriculaires et sur les faces de
flexion des articulations et de la nuque.
Ces télangiectasies
diminuent ou disparaissent en cours d’évolution, rendant le
diagnostic de plus en plus difficile.
Un taux abaissé
d’immunoglobulines A (IgA) conduit à de fréquentes complications
infectieuses, en particulier respiratoires.
De plus, on note une
tendance accrue à développer des néoplasies, typiquement des
lymphomes ou des leucémies.
Ces dernières complications sont
généralement la cause de décès.
L’examen neuropathologique
montre une perte neuronale au niveau du cortex cérébelleux et des
noyaux pigmentés du tronc cérébral, y compris la substance noire et
le locus coeruleus, ainsi que d’occasionnels corps de Lewy.
F - MALADIES À INCLUSIONS NEURONALES :
Le tableau clinique est caractérisé par un retard du développement
associé à une dystonie, à un parkinsonisme et parfois à une chorée,
qui se manifestent entre 3 et 30 fois par an.
L’examen
pathologique révèle des inclusions intraneuronales éosinophiles
prédominant dans les ganglions de la base mais aussi dans les
motoneurones, le système autonome et le plexus mésentérique.
La
biopsie rectale permet le diagnostic.
G - CREUTZFELDT-JAKOB ET AUTRES MALADIES À PRIONS :
Bien que ne faisant pas partie des symptômes majeurs des maladies
à prions (démence, myoclonies, atteinte cérébelleuse), les dystonies
représentent un des multiples signes cliniques de l’atteinte cérébrale
multifocale caractéristique de ces maladies inexorablement létales,
diagnostiquées grâce à l’EEG (tracé périodique), l’étude du LCR
(présence de la protéine 14-3-3 d’origine neuronale) et IRM
(hyperintensités corticales, des noyaux gris, et du thalamus à l’IRM
de diffusion).
H - MALADIES MITOCHONDRIALES :
Les maladies mitochondriales représentent une collection hétérogène
de maladies affectant le métabolisme énergétique cellulaire.
Elles
sont classiquement d’hérédité nucléaire ou d’origine maternelle.
Alors que les myoclonies sont plutôt suggestives du syndrome de
MERRF, les dystonies et, dans une moindre mesure, la
choréoathétose évoque l’atteinte des noyaux gris centraux présents
dans les maladies de Leber et de Leigh.
1- Maladie de Leber :
Une mutation au niveau de l’acide désoxyribonucléique (ADN)
mitochondriale responsable d’un déficit du complexe I de la chaîne
respiratoire est à l’origine de l’association de la neuropathie optique
héréditaire de Leber associée à une dystonie, généralisée ou focale,
secondaire aux lésions généralement bilatérales des ganglions de la
base.
L’âge de début varie entre 1 et 9 ans. Le tableau clinique peut
être compliqué par d’autres mouvements anormaux et l’atteinte
d’autres systèmes neurologiques.
2- Maladie de Leigh :
Il s’agit soit d’une maladie transmise par la mère (génome
mitochondrial concernant le complexe V) soit d’une maladie
autosomale récessive (atteinte au niveau du complexe IV).
Elle est
caractérisée par un développement normal pendant les premières
années de vie suivi d’une atteinte diffuse avec une ataxie, une
neuropathie optique, une atteinte extrapyramidale.
La dystonie est
le mouvement anormal le plus fréquent associé à cette maladie.
Elle
se présente initialement de façon multifocale avec tendance à la
généralisation en association avec d’autres mouvements anormaux
comme la chorée, le parkinsonisme et les myoclonies.
L’imagerie
révèle des nécroses bilatérales des ganglions de la base.
L’examen
pathologique démontre une atrophie olivo-ponto-cérébelleuse
associée aux altérations dégénératives des ganglions de la base.
Une dystonie familiale axiale et appendiculaire associée à des
syndromes parkinsoniens et cérébelleux avec une neuropathie
optique dans plusieurs cas et des anomalies du signal au niveau striatopallidal à l’IRM a été décrite.
L’âge de début est entre la
deuxième et la cinquième décennie.
L’examen de LCR démontre une
augmentation de lactate chez deux patients, la biopsie musculaire
est normale comme l’examen de l’ADN.
Un déficit de complexes I, III, IV de la chaîne respiratoire a été démontré par l’histochimie,
suggérant une origine mitochondriale.
Association aux maladies
métaboliques héréditaires :
A - MALADIE DE WILSON :
Il s’agit d’une maladie autosomale récessive dont le gène se trouve
sur le chromosome 13, amenant une anomalie du métabolisme du
cuivre avec une production réduite de la céruloplasmine et une
diminution du transport du cuivre biliaire avec pour conséquence
une augmentation du cuivre libre dans le sang et une accumulation
dans les tissus.
La mutation est localisée sur le chromosome 13.
Cliniquement, il s’agit de patients avec une maladie hépatique ou
neurologique ou une combinaison des deux, les manifestations
initiales pouvant être une anémie hémolytique, une atteinte
cardiaque ou une ostéoarthropathie.
L’atteinte neurologique, qui se
manifeste avant l’âge de 12 ans, est rare.
La première manifestation
neurologique de la maladie de Wilson touche souvent le système
extrapyramidal avec un tremblement de repos ou d’action (wingbeating
tremor), un syndrome parkinsonien, une dystonie et, plus
rarement, des mouvements choréiques.
S’y ajoute une atteinte
bulbaire avec dysarthrie et des crises épileptiques.
La dystonie est
fréquente, mais apparaît rarement isolée.
On observe une
dystonie multifocale, segmentaire ou généralisée ou une dystonie
au niveau des pieds secondaire à l’atteinte multifocale au niveau du putamen (la plus fréquente), du pallidum, du thalamus, au niveau
frontal et dans les hémisphères cérébelleux.
Les examens
complémentaires révèlent un taux sanguin en cuivre et une cuprurie
élevés, une céruloplasmine abaissée et des signes de dysfonctions spécifiques des organes touchés (atteinte hépatique, squelettique,
ophtalmologique, endocrinienne, cutanée, hématologique).
D’un
point de vue neurologique, l’imagerie par CT et IRM montre des
lésions non spécifiques sous forme d’hyperintensités en pondération
T2 dans les noyaux gris centraux le plus souvent, mais aussi dans le
thalamus, le tronc cérébral.
On décrit parfois des anomalies
spécifiques comme le « signe du panda » ou le « signe du claustrum
hyperdense » qui ne sont toutefois pas retrouvés de façon
systématique.
Le traitement vise à réduire les apports en cuivre
par un régime diététique et un traitement inhibiteur de l’absorption
intestinale tel le sulfate de zinc.
Par ailleurs, on augmente
l’élimination du cuivre avec l’administration d’un chélateur, la pénicillamine.
Ce traitement est à maintenir à vie.
Il est
malheureusement souvent compliqué d’effets secondaires.
En cas
d’atteinte hépatique aiguë ou lors d’une évolution chronique vers
une insuffisance hépatique, la greffe de foie est la seule option.
B - ACIDÉMIE GLUTARIQUE TYPE 1
:
C’est une maladie autosomique récessive due à un déficit de
l’enzyme glutaryl-CoA-déshydrogénase qui induit un défaut du
métabolisme de la lysine et du tryptophane avec accumulation
d’acide glutarique (excrété dans les urines des patients), amenant
une diminution importante du GABA dans le caudé et le putamen.
Cliniquement, les enfants atteints ont un retard de développement
et présentent une dystonie et des mouvements choréiques
progressifs, volontiers paroxystiques, déclenchés par l’action.
On
note aussi une hypotonie à réflexes augmentés avec signe de
Babinski.
Le diagnostic se pose sur la culture de fibroblaste.
Une
diète pauvre en lysine associée à de la riboflavine et de la carnitine
(fortement déplétée), prévient la progression.
C - HOMOCYSTINURIE :
Reconnu comme facteur de risque pour l’artériosclérose et les
maladies vaso-occlusives artérielles et veineuses, il s’agit d’une
atteinte des gènes impliqués dans le métabolisme de
l’homocystéine : de la cystathionine ß-synthétase (autosomique
récessive) ou de la méthylène-tétra-hydrofolatréductase amenant des
taux élevés de méthionine et d’homocystine sérique ainsi qu’une
excrétion urinaire excessive d’homocystine.
Le tableau clinique
comporte une ectopie du cristallin, des malformations oculaires et
du squelette, un retard mental et des occlusions précoces des
vaisseaux cérébraux, des anomalies dentaires, des troubles du
comportement, de l’ostéoporose.
Les mécanismes amenant la
dystonie sont des atteintes cérébrovasculaires ou des complications
métaboliques, dont l’altération des taurines, au niveau des ganglions
de la base.
La neurotoxicité est favorisée par la stimulation des
récepteurs glutamiques par l’acide homocystéinique.
D - GANGLIOSIDOSES GM1
:
Dans la forme adulte d’évolution très variable, la symptomatologie
commence volontiers par des troubles de la marche et de la parole
(bégaiement, dystonie).
La dystonie s’étend de façon faciale et axiale
puis s’accompagne de tremblements et de parkinsonisme. Les signes
de la forme infantile (squelettique, démence, tache rouge au fond
d’oeil) manquent généralement.
L’IRM met en évidence une atrophie
cérébrale et des hyperintensités putaminales.
Le diagnostic est posé
sur la mesure de l’activité de la ß-galactosidase des fibroblastes ou
des leucocytes.
E - GANGLIOSIDOSE GM2 (TAY-SACHS)
:
La gangliosidose GM2 dans sa forme juvénile se traduit par
l’association assez rapidement progressive d’une ataxie cérébelleuse,
d’un syndrome pyramidal, d’une neuropathie, d’une épilepsie, d’un
déclin intellectuel.
La dystonie est inconstante (25 %).
Elle est plus
fréquente dans la forme tardive où elle prédomine à la face et aux
membres supérieurs.
Dans cette forme, l’évolution est plus lente,
associe une atteinte du motoneurone inférieur.
Le diagnostic repose
sur le dosage de l’hexosaminidase A et B.
Plusieurs mutations sont
identifiées sur le gène des unités A et B de l’hexosaminidase.
F - MALADIE DE GAUCHER TYPE 3 :
La maladie de Gaucher type 3 associe une paralysie oculomotrice
de type supranucléaire, une épilepsie myoclonique, une ataxie, une
dystonie, un déclin intellectuel et une splénomégalie.
L’IRM ne
montre pas d’atrophie ou de leucodystrophie.
Plusieurs mutations
ont été identifiées sur le gène de la glucocérébrosidase ; les
mutations responsables de l’atteinte neurologique sont différentes
de celles qui sont détectées dans les autres formes.
Un traitement
substitutif (Cérédaset) permet d’améliorer en partie les signes
neurologiques.
G - NIEMANN-PICK TYPE C/LIPIDOSE DYSTONIQUE
:
La maladie de Niemann-Pick type C, autosomique récessive avec
défaut d’estérification du cholestérol, associe une atteinte
oculomotrice de type supranucléaire à une dysarthrie, une épilepsie,
une ataxie et un syndrome dystonique qui peut être sévère.
Ce
dernier prédomine dans la forme adulte, une organomégalie est
souvent présente.
Le diagnostic repose sur la symptomatologie
clinique, la découverte de «sea-blue » hystiocytes à la ponction de
moelle et sur la culture de fibroblastes avec étude de l’incorporation
du cholestérol.
H - SYNDROME DE LESH-NYAHN :
Il s’agit d’une maladie transmise sur un mode récessif lié au
chromosome X.
Elle est caractérisée par un déficit de l’enzyme hypoxanthine-guanine-phospho-ribosyl-transférase.
D’un point de
vue clinique, on trouve, chez les garçons, un retard de
développement mental, une dystonie, une choréoathétose et des
automutilations.
Il y a un déficit dopaminergique dans le striatum
sans atteinte de la substance noire.
Origines médicamenteuses et toxiques
:
A - MOUVEMENTS ANORMAUX D’ORIGINE
MÉDICAMENTEUSE
:
De nombreux médicaments sont responsables de mouvements
anormaux parmi lesquels la chorée et les dystonies.
Ces
mouvements anormaux surviennent essentiellement lors ou après
l’exposition à des substances agissant sur le système
dopaminergique.
Les médicaments les plus connus sont
évidemment les neuroleptiques mais d’autres substances ont une
action sur ce système telles notamment certains anticalciques,
certains antihistaminiques et certains antiépileptiques.
Les deux
manifestations les plus fréquentes concernant les mouvements
traités dans ce chapitre sont les dystonies aiguës et les dyskinésies
tardives.
1- Dystonie aiguë :
Cette symptomatologie apparaît généralement peu de temps (dans
les heures, et jusque dans la première semaine) après l’introduction
du médicament responsable.
Cette introduction doit donc être
activement recherchée dans l’anamnèse.
Les mouvements se
présentent sous forme de spasmes de distribution volontiers axiale, bucco-linguo-faciale, accompagnés éventuellement d’une
participation oculogyre.
Cette symptomatologie aiguë et fluctuante peut être très impressionnante (par exemple l’opisthotonos) et,
s’accompagnant parfois de troubles psychiatriques, peut être
confondue avec une conversion hystérique.
Elle est plus fréquente
chez les hommes que les femmes et avant 30 ans, et une
prédisposition familiale est rapportée.
La symptomatologie disparaît
sans exception avec l’arrêt de la médication incriminée.
Entretemps,
un traitement à l’aide d’anticholinergiques est très efficace,
mais parfois l’ajout de benzodiazépines est nécessaire.
2- Dyskinésie tardive
:
L’élimination de l’agent causal ne permet pas toujours une
résolution de ces complications iatrogènes ; c’est le cas en particulier
pour le syndrome tardif des neuroleptiques.
La chorée se retrouve
très fréquemment dans les différents mouvements qui surviennent
dans le cadre de ce syndrome.
Dans ce contexte, elle prend un aspect
clinique répétitif et prédictible caractéristique qui la différencie d’une
chorée d’une autre origine.
Les mouvements anormaux
prédominent volontiers dans la région bucco-linguo-faciale, avec
participation respiratoire, axiale et aux membres inférieurs.
Parfois,
ces mouvements sont masqués par le parkinsonisme secondaire au
traitement et n’apparaissent que lors d’une réduction de posologie
ou d’une tentative d’arrêt (habituellement dans les deux semaines
suivant la diminution de posologie).
Par définition, une durée
minimum de traitement de 3 mois est nécessaire pour invoquer un
syndrome tardif.
La survenue du syndrome tardif, touchant jusqu’à
plus de 25 % des patients traités chroniquement par les
neuroleptiques, est favorisée par l’âge, une encéphalopathie sousjacente,
une histoire familiale positive et la dose totale de
neuroleptique administrée.
Ainsi, on ne saurait souligner
suffisamment que la prévention est une des mesures les plus
efficaces dans l’abord des dyskinésies tardives.
Il s’agit de limiter,
autant que faire se peut, l’emploi des neuroleptiques à des
indications strictes en réévaluant régulièrement le besoin de
poursuivre leur prescription.
On se rappellera aussi que certains
neuroleptiques sont utilisés en gastroentérologie, tel le métoclopramide, qui peut, lui aussi, induire une dyskinésie tardive.
Si un traitement au long cours est indiqué, des neuroleptiques
atypiques, de type olanzapine, clozapine ou quetiapine sont
préférables.
Après la survenue d’un syndrome tardif, on tentera si
possible l’arrêt du neuroleptique incriminé et, si cela n’est pas
possible, son remplacement par un neuroleptique atypique,
notamment la clozapine, favorable par son affinité particulière pour
les recepteurs D4 (le risque de survenue d’agranulocytose nécessite
des contrôles sanguins réguliers qui en limitent l’emploi). Lorsque
les dyskinésies sont importantes, l’usage d’agents dépléteurs de la
dopamine tels que la tétrabénazine ou la réserpine est efficace.
Leurs
effets secondaires incluent notamment une sédation, une
hypotension, une dépression et l’apparition d’un parkinsonisme
médicamenteux pour la tétrabénazine.
La posologie n’est augmentée
que progressivement et il faut compter au moins 4 semaines avant
que ces traitements soient efficaces.
Si la sévérité de la condition
l’exige, on peut transitoirement prescrire d’autres agents comme le clonazépam, le baclofène ou le valproate de sodium.
3- Mouvements anormaux induits par la lévodopa :
Les dyskinésies induites par la lévodopa ne surviennent que chez
les parkinsoniens (bien qu’on ait pu reproduire des dyskinésies par
la prescription de doses de L-dopa supérieures à 5 g chez des sujets
sains).
Ces dyskinésies peuvent être classées en trois grands
groupes : les dykinésies de pic de dose, les dystonies de fin de dose
et les dyskinésies carrées.
Les premières comportent des
mouvements choréiformes, volontiers dsitribués à la face et aux
membres supérieurs, apparaissant lors du pic plasmatique de la
lévodopa.
Les dystonies de fin de dose apparaissent lors du
phénomène d’épuisement de l’efficacité de la lévodopa et engagent
volontiers la musculature axiale et les membres inférieurs avec
l’apparition d’une hyperextension spontanée du gros orteil réalisant
un pseudo-signe de Babinski (hallux striatal).
Les dyskinésies carrées
apparaissent lors de l’élévation et de l’abaissement du taux
plasmatique de lévodopa, sous forme de mouvements balliques
extrêmement invalidants prédominant aux membres inférieurs.
Les
facteurs prédictifs les plus importants dans l’apparition de ces
mouvements sont l’âge au début de la maladie de Parkinson (ces
complications survenant plus fréquemment chez les patients jeunes),
la durée de la maladie, et la durée et la dose cumulée de lévodopa
prescrite.
Les mécanismes physiopathologiques qui provoquent les
dyskinésies sont inconnus.
Il existe trois stratégies thérapeutiques.
La première est une stratégie préventive qui vise à retarder et à
diminuer l’exposition à la L-dopa par un traitement d’agonistes
dopaminergiques soit unique au cours de la phase initiale de la
maladie, soit en association.
La deuxième est de stabiliser autant
que possible les taux plasmatiques de lévodopa (forme retard et
inhibiteur de la cathécol-O-méthyl-transférase).
Enfin, la troisième
est de bloquer l’expression des dyskinésies, stratégie antidyskinétique par des neuroleptiques atypiques, l’amantadine,
voire des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine.
Lorsque ces
approches ne permettent plus d’éviter une invalidité du patient
fluctuant, des interventions neurochirurgicales et particulièrement
la stimulation cérébrale profonde du noyau sous-thalamique, sont
indiquées.
B - MOUVEMENTS ANORMAUX D’ORIGINE TOXIQUE
:
Plusieurs expositions toxiques peuvent amener la survenue de
mouvements anormaux.
Les mécanismes invoqués sont
essentiellement de trois ordres : une action pharmacologique sur le
système dopaminergique, une accumulation de toxiques aux
niveaux des noyaux gris centraux, des lésions directes de ces
noyaux.
1- Cocaïne
:
Le premier mécanisme est exemplifié par la cocaïne, bloque le recaptage de la dopamine ce qui en potentialise l’effet.
Une choréoathétose prédomine au niveau des extrémités et épargne
relativement le tronc et la tête ou la dystonie prédomine faciale et
axiale.
Elle apparaît dans les 24 heures qui suivent la prise et peut
récidiver en cas de nouvelle exposition.
Des dystonies au sevrage
ont aussi été décrites de même que l’association à d’autres
mouvements tels des tics et des tremblements.
Les mouvements
peuvent s’accompagner d’idéation obsessive-compulsive et
d’agitation.
L’évolution est spontanément favorable à l’arrêt de
l’exposition, mais la période aiguë peut nécessiter l’utilisation de
neuroleptique, d’anticholinergique et de benzodiazépine.
L’utilisation des premiers sera prudente, certains cas de syndrome
malin ayant été décrits avec la cocaïne.
La cocaïne et les
amphétamines peuvent aussi provoquer une vasculite comme
mécanisme pathogénique et la persistance durant plusieurs années
de dyskinésies apparues après exposition chronique à ces drogues a
été décrite.
2- Intoxication au manganèse :
L’accumulation du manganèse se situe au niveau pallidal où les
lésions prédominent.
Les manifestations initiales sont décrites sous
forme des crampes musculaires, une raideur s’aggravant aux
mouvements répétés, ainsi qu’un ralentissement moteur suivi 1-2
mois plus tard par des signes de dystonie qui peuvent être focaux
ou généralisés en association avec le parkinsonisme.
La
caractéristique clinique est une démarche de « coq », sur la partie
antérieure du pied, due à la contraction de la loge postérieure de la
jambe.
L’IRM démontre des altérations du signal au niveau du
pallidum, putamen, noyau caudé et mésencéphale.
Il faut noter ici
la présence d’hypersignal dans les mêmes noyaux ainsi que d’une
hypermagnésémie dans le cadre de l’insuffisance hépatique, laissant
suspecter un rôle de ce métal dans la survenue du parkinsonisme
parfois rencontré chez les malades souffrant d’une telle insuffisance.
3- Intoxication au cyanure :
L’intoxication au cyanure, par l’inhibition du cytochrome oxydase,
est généralement létale.
Lors de survie, des lésions sévères du caudé et du putamen ont été décrites.
L’imagerie montre des lésions
lenticulaires et cérébelleuses, ainsi qu’une atrophie corticale.
Le
tableau clinique consiste en l’apparition progressive d’un syndrome
parkinsonien et dystonique avec une apraxie à l’ouverture des yeux,
une dystonie oro-laryngo-linguale, un parkinsonisme et une
dystonie généralisée asymétrique.
Un délai de plusieurs mois peut
s’écouler entre l’intoxication aiguë et l’apparition de la dystonie et
celle-ci continue à progresser par la suite.
Ce délai et cette
progression sont communs à la plupart des intoxications amenant
des lésions structurelles des noyaux gris centraux.
Les
mécanismes amenant à cette apparition retardée et à cette
progression ne sont pas connus.
Investigations des mouvements
anormaux :
A - DYSTONIE :
Un des premiers pas dans le diagnostic des dystonies est de
s’assurer de la présence de ces dernières.
En effet, un grand nombre
de pathologies organiques peuvent mimer une dystonie,
soit par des phénomènes d’adaptation (atteinte trochléaire
compensée par une inclinaison de la tête), soit par réflexes (tumeur
de la fosse postérieure) ou pour des raisons mécaniques (rétraction
musculaire, fracture, anomalie de la jonction).
Il convient donc de
les garder en mémoire et de les rechercher activement lors d’une
« dystonie atypique » d’apparition récente.
Parallèlement, des postures ou mouvements psychogènes peuvent
en imposer pour une dystonie.
Cet abord est d’autant plus difficile
que l’organicité des dystonies a été longtemps méconnue, à tel point
qu’encore actuellement, une origine psychogène à une vraie
dystonie est probablement plus fréquemment évoquée que l’inverse.
Certains critères cliniques doivent faire suspecter une telle origine
qui mérite d’être reconnue car elle demande un abord
pluridisciplinaire, impliquant une participation psychiatrique, qui
sinon risquerait d’être négligée.
Bien qu’en majorité les dystonies soient primaires ou génétiquement
déterminées, les dystonies secondaires méritent d’être recherchées
car la découverte de l’étiologie sous-jacente a des implications
thérapeutiques, pronostiques et assécurologiques.
Certaines
caractéristiques cliniques des dystonies doivent faire rechercher une
cause sous-jacente. Ainsi, la présence d’hémidystonie est, dans la
grande majorité des cas (80-90 %), la signature d’une pathologie
focale controlatérale, ce qui indique le recours à l’imagerie
cérébrale.
De même, une dystonie prédominant nettement dans
la région bulbaire, généralisée ou débutant aux membres inférieurs
chez l’adulte, ou dans la région craniocervicale chez le jeune,
prédominant au repos, rapidement fixée, ou persistante dans le
sommeil, doivent faire rechercher une cause sous-jacente.
Enfin il
faut rechercher dans l’anamnèse les antécédents (familiaux, toxiques,
médicamenteux, infectieux etc.) et, au status, les signes
neurologiques ou généraux des maladies s’accompagnant de
dystonies.
Dans le cadre de dystonie s’accompagnant de polyneuropathie, on
évoque : la leucodystrophie métachromatique, la
neuroacanthocytose, la maladie de Machado-Joseph (SCA III),
l’ataxie de Friedreich, l’ataxie télangiectasie, les encéphalopathies
mitochondriales, les gangliosidoses ou un syndrome
paranéoplasique.
L’association à un parkinsonisme fait rechercher
activement dans l’anamnèse l’anoxie, l’exposition aux
neuroleptiques ou à des toxiques tels le monoxyde de carbone (CO),
le méthanol, le disulfide de carbone et le manganèse.
Le diagnostic
différentiel de tel dystonie-parkinsonisme évoque sinon : des
maladies métaboliques et notamment la maladie de Wilson (mais
aussi les mitochondriopathies et la gangliosidose GM1) ; les
maladies dégénératives telles que la dégénérescence corticobasale
(très asymétrique), la paralysie supranucléaire progressive (et son
atteinte axiale), l’atrophie multisystémique (sa dysphonie et son
antécollis), la maladie de Parkinson (notamment dans sa forme
d’apparition précoce) ; certaines hérédopathies : maladie de
Huntington (chez l’enfant ou dans les formes avancées), DYT 3, 5 et
12, SCA 3, Hallervorden-Spatz, neuroacanthocytose et
dégénérescence pallidale.
À la recherche de dystonies secondaires, on ne saurait trop insister
sur l’examen neuro-ophtalmologique qui permet de mettre en
évidence : les anomalies cornéennes (Wilson, GM1, homocystinurie),
cristalliniennes (Wilson, galactosémie, hypoparathyroidie),
rétiniennes (gangliosidoses, lipidoses, Hallervorden-Spatz,
mitochondriopathies, céroïde lipofuscinose, homocystinurie),
optique (leucodystrophies, SEP, mitochondriopathie, Hallervorden-Spatz, Pelizaeus-Merzbacher, déficit en triose-phosphate isomérase),
et oculomotrices (mitochondriopathie, spino cerebellar ataxia [SCA],
paralysie supranucléaire progressive [PSP], SEP, chorée de
Hungtington (HD), ataxie télangiectasie, dégénéresence corticobasale, atteinte ischémique, gangliosidose, maladie de
Creutzfeldt-Jakob, dégénérescence pallidale, maladie de Whipple).
Les examens paracliniques sont guidés par la clinique et l’âge du
patient.
Chez des patients de plus de 50 ans présentant une dystonie
focale non évolutive et sans atypie, on peut raisonnablement se
passer d’examen complémentaire, en gardant ceux-ci en réserve si
l’évolution devait amener une progression ou des atypies.
Chez les
patients plus jeunes, une recherche de maladie de Wilson, un
examen du sang comprenant une formule complète, une vitesse de
sédimentation ou CRP, une biochimie (y compris calcium,
phosphates et l’acide urique) et la recherche d’autoanticorps, est
effectuée de même qu’une IRM cérébrale.
Les autres examens sont
effectués dans un second temps selon la suspicion clinique.
B - CHORÉE
:
L’évaluation d’une chorée est sensiblement différente selon que
l’apparition est aiguë ou plus chronique.
Dans le premier cas, on
écartera les causes médicamenteuses et toxiques (tests urinaires à la
recherche de drogue), infectieuse (VIH, antistreptolysine), vasculaire
(IRM en angiographie IRM), métabolique (biochimie sanguine de
routine, formule sanguine complète), immunitaire (vitesse de
sédimentation [VS], profil auto-immun) endocrinienne (thyroïde,
parathyroïde, test de grossesse).
Une néoplasie occulte peut aussi
être recherchée dans un second temps.
Lorsque la chorée est d’apparition plus chronique, il convient en
premier lieu d’effectuer les recherches génétiques de la maladie de Huntington et de l’atrophie dentato-rubro-pallido-luysienne,
d’écarter une maladie de Wilson (cuprémie, cuprurie,
céruloplasmine, examen à la lampe à fente), et une
neuroacanthocytose.
Un bilan plus extensif dépend de la suspicion
clinique.
C - HÉMIBALLISME :
La présence d’un hémiballisme doit faire rechercher activement une
lésion focale vasculaire, infectieuse ou inflammatoire.
Une IRM
cérébrale, un examen du liquide céphalorachidien avec recherche de
bande oligoclonale et un bilan à la recherche de maladie autoimmune
sont généralement indiqués.
Traitement des mouvements anormaux
:
Pour l’ensemble des mouvements anormaux, le premier pas en
direction d’un traitement est sans doute le diagnostic et notamment
la recherche des causes traitables de mouvements anormaux
secondaires.
En l’absence de tels traitements spécifiques, on doit
s’adresser aux traitements symptomatiques qui dépendent
essentiellement du type de mouvement anormal présenté.
A - DYSTONIE GÉNÉRALISÉE :
En présence de dystonie généralisée, le premier traitement à tenter
est la lévodopa en raison de la possibilité diagnostique d’une
dystonie dopa-sensible.
Cette forme répondant à de petites doses de lévodopa, on introduit le traitement prudemment par paliers de 50-
100 mg/j chaque semaine jusqu’au moins 300 mg/j maintenu pour
6 semaines avant d’écarter cette possibilité.
Dans un second temps,
on augmente plus avant ce traitement (jusqu’à 1 000 mg/j), en raison
de la rare description d’autre forme de dystonie généralisée
répondant à ce traitement.
La seconde classe de médicaments ayant prouvé une efficacité sont
les anticholinergiques, qui peuvent amener une certaine
amélioration dans 40 à 50 % des cas.
L’expérience montre néanmoins
que cette amélioration est souvent limitée.
Un des facteurs
prédictifs de bonne réponse aux anticholinergiques est la durée des
symptômes avant l’introduction du médicament.
Les anticholinergiques présentent généralement un effet à doses élevées,
qui ne peuvent être atteintes rapidement en raison des effets
secondaires importants de cette classe de médicaments.
Il est donc
essentiel d’informer efficacement le patient afin de le motiver à
accepter l’apparition primaire de ces derniers pendant plusieurs
semaines avant de pouvoir espérer une amélioration de sa
symptomatologie de base.
Pour le trihexyphénidyle, par exemple,
on augmente de 2 mg/j tous les 15 jours pour amener, à terme, à
des doses pouvant aller jusqu’à 30 mg, voire 60 mg/j.
Les effets
secondaires centraux principaux sont les troubles mnésiques, la
confusion et des hallucinations.
Les effets secondaires périphériques,
bouche sèche, trouble de l’accommodation, peuvent être diminués
avec la pyridostigmine ou des gouttes oculaires de pilocarpine.
En cas de résistance aux deux premiers médicaments, l’introduction
de baclofène (agoniste GABAergique) est indiquée.
Ce médicament
apporte une amélioration dans environ 20 % des situations, mais
nécessite aussi d’être utilisé à hautes doses.
En raison
essentiellement de la somnolence induite, les doses dont augmentées
de 10-25 mg/j toutes les semaines jusqu’à 75-100 mg.
Lorsque les
effets secondaires périphériques sont trop importants, une tentative
de traitement intrathécal est indiqué.
La réponse est d’autant plus
favorable que la dystonie prédomine sur les membres inférieurs et
le tronc, elle est moindre pour une distribution craniocervicale.
Au
vu de la variabilité de la réponse dans cette indication, des tests
d’injection intrathécale de baclofène par ponction lombaire, voire un
test d’infusion grâce à une pompe externe, sont à conseiller avant
l’implantation d’un système définitif.
Les benzodiazépines, qui sont aussi actives par l’intermédiaire du
système GABAergique, sont d’une efficacité moindre que les
précédents et sont volontiers utilisées en association notamment lors
de la présence d’une composante myoclonique ou de spasmes
importants.
Les effets secondaires principaux sont la fatigue, les
troubles de la concentration, des modifications de personnalité, voire
des psychoses (réaction paradoxale).
Étonnamment, de hautes doses
peuvent être supportées par les patients souffrant de dystonie.
On
se méfie néanmoins de l’habituation et surtout, du risque important
de sevrage, prévenu par un arrêt progressif lorsque cette classe de
médicament est abandonnée.
Les antagonistes dopaminergiques peuvent apporter une
amélioration de la dystonie, mais, en raison du risque non
négligeable de développement de dyskinésies tardives, ce sont des
médicaments de dernier ressort, généralement utilisés en association.
En présence d’aggravation sévère et brutale de la symptomatologie
dyskinétique, les neuroleptiques peuvent être utilisés.
Les
neuroleptiques atypiques et, particulièrement, la clozapine, semblent
présenter un moindre risque de développement de phénomène
tardif, quoique l’apparition récente de ces médicaments ne permette
pas, pour l’instant de conclure sur ce point.
Les dépléteurs
dopaminergiques présynaptiques, et notamment la tétrabénazine et
la réserpine, sont reconnus depuis plus longtemps sur ce point.
Ici
aussi l’introduction est progressive en débutant la tétrabénazine à
12,5 mg/j et en augmentant d’autant chaque semaine jusqu’à une
dose inférieure à 75 mg/j, on prévient l’apparition du parkinsonisme
et de l’état dépressif qui sont les deux principaux effets secondaires
de ce traitement.
Dans le cadre de dystonie sévère, une association neuroleptique-tétrabénazine-anticholinergique (le « cocktail de
Marsden ») est essayée, amenant, par les deux premiers, un
blocage dopaminergique pré- et postsynaptique agissant
essentiellement sur la partie phasique et dyskinétique, et par le
troisième, un effet antidystonique et antiparkinsonien.
Enfin, des injections de toxine botulique peuvent présenter un
traitement d’appoint appréciable lors de prédominance focale de la
dystonie, particulièrement invalidante ou douloureuse.
Ces
focalisations sont traitées comme des dystonies focales en prenant
bien garde à ne pas dépasser les doses maximales de toxine.
B - DYSTONIES FOCALES :
Contrairement aux dystonies généralisées, les dystonies focales se
traitent principalement par des injections de toxine botulique, non
sans avoir, au préalable, effectué un test à la lévodopa à basse posologie afin d’avoir écarté la possibilité d’une dystonie dopasensible.
D’autres approches médicamenteuses, similaires à celles
employées dans la dystonie généralisée, ne sont indiquées qu’en cas
de résistance aux injections de toxine botulique, les effets secondaires
généraux des médicaments aux doses nécessaires à traiter la
dystonie dépassant largement le bénéfice acquis focalement.
Il existe sept sérotypes de toxine botulique (intitulée de A à G) et
c’est essentiellement la toxine botulique type A qui est utilisée
actuellement depuis de nombreuses années.
Cinq à 10 % des patients
développent une résistance à cette toxine, et méritent donc d’être
traités par d’autres sérotypes, par exemple les types B et F ont été
étudiés.
La toxine botulique est une protéine produite par la bactérie Clostridium botuli.
Cette protéine s’attache puis est internalisée dans
les terminaisons nerveuses cholinergiques où elle interagit avec la
protéine SNAP-25, empêchant la libération d’acétylcholine et
amenant une paralysie flasque.
Avec la régénérescence de la
terminaison nerveuse, l’effet de la toxine s’estompe en quelques
mois et les injections doivent donc être répétées, en général tous les
2-6 mois, lorsque la symptomatologie réapparaît, ce délai
augmentant avec la répétition du traitement.
En Europe, il existe
deux préparations de toxine botulique A, Botoxt et Dysportt, et une
de type B, Neurobloct.
L’équivalence entre ces préparations n’a pas
été strictement étudiée, 1 unité de la première équivalant environ à
3-5 unités de la seconde.
La relation avec les autres sérotypes est
encore plus floue, le changement de préparation de toxine mérite
ainsi une adaptation du traitement.
Le traitement consiste à injecter de la toxine botulique dans les
muscles responsables du mouvement ou de la posture anormale,
dans le but de diminuer la dystonie sans amener de parésie trop
importante.
Ainsi le traitement doit être adapté à la toxine
utilisée, à la sensibilité du patient, au muscle injecté, et à la fonction
à préserver.
La dose injectée est d’autant plus élevée que le muscle
est d’importance, que l’effet doit être rapidement obtenu, que le
nombre de muscles à traiter est faible, que la dystonie est sévère, et
que le patient est corpulent.
Elle est moindre lorsque la fonction du
muscle est importante, que le traitement est chronique et s’il y a eu
préalablement une atteinte axonale.
Après reconstitution, grâce à
une solution normosaline, la toxine est injectée grâce à une électrode
creuse reliée à l’EMG, permettant une localisation précise des
muscles à injecter.
Les effets secondaires sont essentiellement dus à
la diffusion de la toxine aux muscles adjacents, amenant des parésies
non voulues, notamment dans les régions périorbitaire (diplopie) et
cervicale (dysphagie).
L’efficacité du traitement est plus facilement
obtenue dans les dystonies toniques ou uni-/pauci directionnelles
(blépharospasme, dystonie cervicale tonique) ; elle est plus incertaine
dans les dystonies phasiques et touchant des mouvements plus
complexes (par exemple dans la crampe de l’écrivain), où le choix
des muscles et des doses peut-être est fort complexe.
L’effet
apparaît après 72 heures et est maximum après les deux premières
semaines.
C - TRAITEMENTS CHIRURGICAUX DE LA DYSTONIE
:
Lorsque les divers traitements sus-mentionnés se sont révélés
inefficaces ou insuffisants, des approches chirurgicales sont à
envisager.
La mise en place de pompes à baclofène a été mentionnée
ci-dessus.
Plusieurs approches neurochirugicales ont été explorées,
faisant appel soit à la destruction (thalamotomies, pallidotomies) soit
à la stimulation électrique de noyaux thalamiques ou pallidaux.
En raison de l’importance des effets secondaires des techniques
lésionnelles bilatérales, l’essentiel des approches récentes fait appel
à la seconde technique consistant à implanter dans les noyaux
cérébraux profonds des électrodes les stimulant à haute fréquence
grâce à des générateurs d’impulsions réglables, situés généralement
dans la région sous-claviculaire et auxquels ces électrodes sont
reliées.
Il est postulé que cette stimulation à haute fréquence inhibe
les noyaux traités.
Force est de constater qu’à l’heure actuelle,
contrairement à ce qui est observé dans l’approche des tremblements
et de la maladie de Parkinson, où les résultats favorables de la
neurostimulation profonde sont de plus en plus reconnus, ces
traitements sont d’efficacité plus incertaine dans les dystonies.
Des
résultats prometteurs ont été rapportés dans les dystonies primaires,
notamment de type DYT1.
En revanche dans les dystonies
secondaires, bien que quelques effets miraculeux aient été
rencontrés, les résultats semblent plus modérés.
Ainsi, ces
techniques restent encore du domaine de la recherche et sont
réservées à des centres permettant des approches pluridisciplinaires.
Pour mention, des techniques de dénervation et de myotomie ont
été pratiquées à plusieurs niveaux dans les dystonies focales dans le
passé.
L’avènement de la toxine botulique a largement supplanté
ces techniques actuellement.
D - ATHÉTOSE
:
Les traitements pharmacologiques sont relativement peu efficaces.
Les médicaments utilisés sont les mêmes que pour la dystonie
généralisée.
Il s’agit de neuroleptiques, tétrabénazine,
benzodiazépines et du baclofène.
Des approches non
pharmacologiques, des techniques de relaxation et le bio-feedback
peuvent parfois donner des résultats.
La chirurgie lésionnelle
(thalamotomie) a été utilisée avec des résultats positifs.
E - CHORÉE :
Pour l’essentiel le traitement des mouvements choréiques fait appel
aux antagonistes dopaminergiques.
En raison de leurs effets
secondaires, ils doivent être utilisés avec discernement, le but de ces
traitements purement symptomatiques n’étant pas de faire
disparaître complètement le mouvement anormal mais bien de le
diminuer à un niveau non invalidant.
L’efficacité des neuroleptiques,
comme celle de l’halopéridol, est bien documentée.
Les alternatives
sont les neuroleptiques atypiques, telle la clozapine qui permet
d’éviter l’apparition de dyskinésies tardives.
Les dépléteurs
catécholaminergiques réserpine et tétrabénazine ne provoquent
pas non plus ce type d’effet secondaire, mais peuvent exacerber une
dépression sous-jacente ou un parkinsonisme.
Enfin des
anxiolytiques ou des antidépresseurs peuvent diminuer
indirectement la chorée en stabilisant l’état anxiodépressif
fréquemment associé.
Dans le choix du traitement, on évalue le
besoin de rapidité d’efficacité et la durée potentielle en plus des
effets secondaires ainsi que la présence de comorbidités
psychiatriques, neurologiques, hématologiques et familiales.
F - BALLISME :
L’hémiballisme est une hyperkinésie généralement explosive,
épuisante et dangereuse pour le patient qui peut aisément se blesser,
s’épuiser, voire présenter une défaillance cardiaque.
À ce titre, la
diminution de l’hyperkinésie peut être considérée comme une
urgence, pouvant même nécessiter une sédation.
Par ailleurs,
l’évolution naturelle est spontanément favorable dans les semaines
à mois suivant l’installation de l’hémiballisme.
Pour ces deux
raisons, le traitement de choix est l’emploi de neuroleptiques à dose
rapidement croissante et par voie éventuellement parentérale tel
l’halopéridol.
Le but est d’interrompre rapidement le mouvement
anormal même au prix d’un certain parkinsonisme.
Dans un second
temps, on titre le neuroleptique vers le bas en permettant la
résurgence de discrets mouvements anormaux volontiers
choréiques.
Dans les semaines suivantes, le sevrage progressif des
neuroleptiques est institué.
Au cas où la persistance du ballisme le
nécessite, le remplacement des neuroleptiques classiques par la
tétrabénazine ou par des neuroleptiques atypiques telle la clozapine
est entrepris.