Migraine hémiplégique familiale
Cours de Neurologie
Introduction
:
La migraine hémiplégique familiale (MHF) est une variété
héréditaire de migraine avec aura (MA).
La migraine est une
céphalée évoluant par crises récurrentes, entre lesquelles le patient
est en parfaite santé.
La classification de l’International Headache
Society (IHS) distingue deux variétés principales de migraine :
la migraine sans aura (MSA, auparavant dénommée migraine
commune) et la MA (auparavant dénommée migraine accompagnée
ou migraine classique) dans laquelle la céphalée est précédée ou
accompagnée de symptômes neurologiques transitoires visuels,
sensitifs, aphasiques et rarement moteurs.
D’après la
classification de l’IHS, la MHF est définie par la survenue d’un
déficit moteur au cours de l’aura et par la présence des mêmes types
de crises chez au moins un apparenté au premier degré
.
La MHF est l’unique variété de migraine pour laquelle
un mode de transmission monogénique, autosomique dominant, a
été clairement établi.
Grâce à la génétique inverse, un premier gène
de cette affection a été identifié en 1996 par Ophoff et al comme
étant CACNA1A, codant pour la sous-unité principale des canaux
calciques neuronaux de type P/Q.
Cette découverte représente
une avancée considérable dans la compréhension des mécanismes
moléculaires de la MHF et de ses rapports avec d’autres affections
nosologiquement proches, comme l’ataxie épisodique de type 2.
De
plus, le fait que la MHF soit une maladie des canaux ioniques
neuronaux ouvre de nouvelles perspectives dans l’étude de la
physiopathogénie des formes plus habituelles de migraine avec ou
sans aura.
Épidémiologie
:
La MHF est une affection rare dont la prévalence exacte est
inconnue.
La prévalence de la MA est d’environ 3 à 6%.
Dans une étude portant sur 163 patients atteints de MA, Russell et
Olesen ont rapporté 6 % de patients (neuf cas) ayant des symptômes
moteurs lors de certaines crises.
La prévalence de la migraine
avec aura motrice peut donc être estimée voisine de 1 à 2 pour 1 000.
Le pourcentage de formes familiales de migraine hémiplégique
(MH) est estimé entre 4 % et 18 %.
Ces derniers chiffres sont à
prendre avec beaucoup de réserve car les critères diagnostiques ne
sont pas stricts dans ces études (dans la série de Bradshaw et
Parsons, seulement 60 % des patients diagnostiqués MH ont un
déficit moteur lors de l’aura !) et car les apparentés n’ont pas été
interrogés directement.
La première grande famille de MHF a été décrite par Clarke en
1910.
Depuis, environ 100 familles ont été rapportées dans la
littérature.
Leur description
clinique permet de distinguer deux groupes :
– les familles atteintes de « MHF pure », chez lesquelles l’examen
neurologique entre deux crises de MH est strictement normal chez
tous les patients ;
– les familles atteintes de « MHF avec signes cérébelleux
permanents », chez lesquelles certains patients atteints de MH ont
une ataxie et/ou un nystagmus qui persiste entre les crises et évolue
indépendamment de celles-ci.
Les familles de MHF avec signes cérébelleux sont surreprésentées
dans la littérature (30 % des familles) depuis la localisation en
1993 puis l’identification en 1996 du premier gène de la MHF,
ce gène étant responsable de toutes les formes avec signes
cérébelleux. Avant 1993, 32 familles de MHF avaient été publiées,
dont six (19 %) avec signes cérébelleux.
En France,
un projet de recherche clinique et génétique sur la MHF a permis de
répertorier de 1991 à 2000 environ 100 familles à au moins deux cas,
dont 16 atteintes de MHF avec signes cérébelleux permanents
(Ducros, données personnelles).
La proportion de familles de MHF
avec signes cérébelleux est probablement comprise entre 15 et 20 %
du total des familles de MHF.
Les cas non familiaux de MH se répartissent en deux groupes :
– certains sont liés à une mutation autosomique dominante d’un
des gènes de la MHF ; il peut s’agir de patients portant une mutation
de novo, c’est-à-dire une mutation absente chez les parents
biologiques ; d’autre part, une mutation peut avoir été transmise
au sujet malade par l’un de ses parents et la maladie se présenter
comme non familiale en raison de la pénétrance incomplète de cette
affection, responsable de saut(s) de génération ;
– d’autres cas de MH non familiaux se rapprochent des variétés
plus habituelles de MA et sont d’origine probablement
multifactorielle avec intrication de facteurs environnementaux et de
facteurs génétiques complexes.
Génétique et physiopathologie
:
A - GÉNÉTIQUE CLINIQUE :
1- Transmission autosomique dominante
:
Dans la majorité des familles publiées, l’affection suit une répartition
verticale, se transmet de génération en génération, autant par les
pères que par les mères, et se distribue de manière égale entre
hommes et femmes.
Enfin, environ la moitié des descendants d’un
sujet atteint sont eux-mêmes atteints.
Ces observations sont
compatibles avec un mode de transmission autosomique dominant.
Dans quelques familles, la maladie n’est transmise que par les mères,
ne permettant pas d’exclure une transmission de type
mitochondrial.
2- Pénétrance incomplète :
La pénétrance de la MHF est élevée (86 %) mais toutefois
incomplète.
Tous les porteurs de mutation n’expriment pas
la maladie : il existe donc des sauts de génération.
Cette
pénétrance incomplète a des conséquences importantes pour les
cliniciens comme pour les généticiens.
Tout d’abord, un individu
affecté peut n’avoir aucun apparenté au premier et même au second
degré atteint, rendant le diagnostic de MHF difficile.
Cette absence
d’apparenté au premier degré atteint est en contradiction avec les
critères diagnostiques de l’IHS qui ont été établis en 1988, avant
la démonstration de la pénétrance incomplète.
D’autre part, un sujet
asymptomatique peut avoir des enfants atteints.
Ensuite, la
localisation et l’identification des gènes de la MHF nécessite la
collecte de larges familles, ce qui est difficile lorsqu’il y a de
nombreux sauts de génération.
Enfin, la pénétrance incomplète
suggère l’existence de facteurs génétiques et/ou environnentaux
modificateurs jouant un rôle dans l’expression du phénotype MHF.
B - GÉNÉTIQUE MOLÉCULAIRE
:
1- Hétérogénéité génétique de la migraine hémiplégique
familiale :
Au moins trois gènes différents sont responsables de la MHF.
Un premier gène a été localisé sur le bras court du
chromosome 19 en 1993.
Ce gène a été identifié en 1996 comme
étant CACNA1A, codant la sous-unité a1A des canaux calciques
dépendants du voltage de type P/Q.
CACNA1A est impliqué
dans environ 50 % des familles de MHF non sélectionnées et dans
tous les cas de MH avec ataxie cérébelleuse.
En 1997, un second gène a été localisé sur le bras long du
chromosome 1 quasi simultanément par deux équipes.
L’équipe
nord-américaine a trouvé une liaison significative avec des
marqueurs situés en 1q31 dans une grande famille. L’équipe
française a montré une liaison significative à des marqueurs plus centromériques en 1q21-q23, dans trois familles.
Les données
actuelles ne permettent pas de déterminer s’il existe un ou deux
gènes sur le chromosome 1.
Le locus du chromosome 1 est impliqué
dans un petit nombre de familles (de 10 à 20 %), toutes atteintes de MHF pure.
Enfin, 30 à 40 % des familles ne sont liées ni au
chromosome 19 ni au chromosome 1, démontrant l’existence d’au
moins un troisième gène différent.
2- CACNA1A, sous-unité a1a et canaux calciques P/Q
:
CACNA1A est le seul gène identifié dans la MHF.
Il code pour la sous-unité principale des canaux calciques dépendants du voltage
de type P/Q.
Les canaux calciques dépendants du voltage sont des
protéines multimériques de grande taille, situées dans la membrane
cellulaire et centrées par un pore qui, en réponse à une
dépolarisation membranaire, s’ouvre et laisse entrer sélectivement
le calcium.
Dans les neurones, ces canaux jouent un rôle
primordial dans l’excitabilité neuronale et la libération de neurotransmetteurs.
Ils sont formés d’une sous-unité principale a1
et de quatre sous-unités régulatrices (a2, b, c et d).
La sous-unité a1
forme le pore et porte les structures responsables de la sensibilité au
voltage et de la sélectivité ionique. Toutes les sous-unités a1 ont la
même structure.
Dix gènes au moins (CACNA1A, B, C, D, E,
F, G, H, I et S) codent des sous-unités a1 distinctes. Selon la sousunité
a1 qu’il contient, le canal possède des propriétés
pharmacologiques et cinétiques différentes et génère des courants
calciques de type L, N, P/Q, R ou T.
La sous-unité a1A est le composant principal des canaux calciques
de type P/Q qui sont exprimés dans les neurones centraux et
périphériques (motoneurones à la jonction neuromusculaire).
Les sous-unités a1A sont capables de générer deux types de courants
calciques : les courants P à inactivation lente, qui sont les principaux
courants calciques des cellules de Purkinje dans le cervelet, et les
courants de type Q à inactivation rapide, qui jouent un rôle majeur
dans la libération de neurotransmetteurs.
CACNA1A est un gène de grande taille, comprenant 47 exons.
L’exon 47 contient un trinucléotide CAG polymorphe qui est prédit
comme codant une répétition polyglutamine dans certains transcrits
alternatifs chez l’homme.
L’ensemble du gène code un acide
ribonucléique messager de 9,8 kb, dont environ 7 800 pb de
séquence codante.
La sous-unité a1A est une protéine contenant
environ 2 550 acides aminés.
3- Mutations de CACNA1A dans la migraine
hémiplégique familiale
:
Jusqu’à présent, 15 mutations de CACNA1A ont été identifiées dans
30 familles (23 atteintes de MH avec signes cérébelleux et sept
atteintes de MH pure) et dans deux cas sporadiques de MH avec
signes cérébelleux. Cinq mutations
sont récurrentes ; elles ont été détectées dans différentes familles non
apparentées.
Parmi ces mutations récurrentes, T666M est la plus
fréquente (11 familles et un cas sporadique). Toutes ces 15 mutations
sont de type faux-sens, entraînant la substitution d’un seul des
2 550 acides aminés de la protéine prédite.
Elles siègent dans des
régions fonctionnelles du canal, près du pore ou dans la zone de
sensibilité au voltage.
Neuf des 15 mutations sont
responsables de MH avec signes cérébelleux, dont les cinq (S218L,
R583Q, T666M, R1668W et I1811L) mutations récurrentes.
Les différentes études génétiques sur la MHF par mutation de
CACNA1A apportent plusieurs informations importantes.
Premièrement, les mutations responsables de MHF avec signes
cérébelleux sont différentes des mutations induisant une MHF pure
et toutes les mutations récurrentes sont responsables de MHF avec
signes cérébelleux.
Cette forte corrélation entre génotype et
phénotype indique que les mutations responsables de MHF avec
signes cérébelleux ont probablement des conséquences particulières
sur les neurones cérébelleux que n’ont pas les mutations
responsables de MH pure.
Deuxièmement, d’autres corrélations
génotype/phénotype ont été mises en évidence, suggérant
que l’existence de mutations différentes de CACNA1A explique en
partie la variabilité clinique de la MHF.
Enfin, des mutations ont été
identifiées chez deux des trois cas sporadiques, dont une mutation
de novo, démontrant qu’une partie au moins des cas
sporadiques de MH sont porteurs d’une mutation de CACNA1A.
4- Autres affections héréditaires liées à des mutations
de CACNA1A :
Des mutations différentes de CACNA1A ont été identifiées dans
deux autres maladies neurologiques autosomiques dominantes :
l’ataxie épisodique de type 2 et l’ataxie spinocérébelleuse de
type 6.
L’ataxie épisodique de type 2 est, comme la MHF, une affection
neurologique paroxystique, dont les crises comportent une instabilité
majeure avec incoordination.
Souvent déclenchées par l’exercice ou
l’émotion, elles durent de 15 minutes à plusieurs heures et sont
prévenues de manière caractéristique par l’acétazolamide.
Durant
les intervalles libres, l’examen révèle souvent des signes cérébelleux
permanents (nystagmus et/ou ataxie statique ou cinétique) très
semblables à ceux observés dans 20 % des familles de MHF.
L’imagerie par résonance magnétique (IRM) montre parfois une
atrophie cérébelleuse prédominant sur le vermis.
La plupart des
mutations de CACNA1A identifiées dans différents cas familiaux et
sporadiques d’ataxie épisodique de type 2 entraînent une troncation
de la protéine putative.
L’ataxie spinocérébelleuse de type 6 est une affection
neurodégénérative, caractérisée par une ataxie statique et cinétique
lentement progressive qui s’installe vers 50 ans.
L’IRM montre
une atrophie cérébelleuse isolée. L’anatomopathologie montre
essentiellement une atrophie cérébelleuse majeure avec une perte
sévère des cellules de Purkinje prédominant au vermis supérieur et
aux hémisphères.
L’ataxie spinocérébelleuse de type 6 est due à de
petites expansions du triplet CAG contenu dans l’exon 47 de
CACNA1A et potentiellement traduit en polyglutamine dans
certaines des isoformes de la protéine.
5- Conséquences des mutations de CACNA1A
:
Les méthodes utilisées pour comprendre les mécanismes conduisant
des différentes mutations de CACNA1A aux phénotypes observés
comprennent principalement l’analyse électrophysiologique de
cellules porteuses du canal muté et l’étude de modèles animaux.
Sept mutations de CACNA1A responsables de MHF ont été étudiées
en comparant les courants calciques entre cellules exprimant le gène
normal et cellules exprimant le gène muté.
Toutes modifient la
densité ainsi que les propriétés d’inactivation des courants P/Q.
Les mutations responsables de MH sont donc des mutations
« gain de fonction », la protéine altérée produisant des courants
calciques anormaux.
Aucune différence n’a été observée entre les
mutations responsables de la forme pure et celles responsables de la
forme avec signes cérébelleux, les conditions expérimentales
reflétant probablement mal la complexité de la situation in vivo.
L’étude des souris mutantes illustre bien cette complexité. Les souris
qui n’ont pas de gène CACNA1A naissent avec une ataxie sévère et
meurent en quelques jours.
Différentes mutations ponctuelles de
CACNA1A sont à l’origine de divers phénotypes aux noms
évocateurs de tottering, leaner, rolling ou rocker.
Ces souris mutantes
ont divers types de manifestations neurologiques paroxystiques
(épilepsie-absence, crises motrices), toujours associées à une ataxie
cérébelleuse permanente de sévérité variable.
Les souris tottering
ont une anomalie de la libération d’acétylcholine à la jonction
neuromusculaire.
Par ailleurs, ces souris mutées ont des
anomalies neuroanatomiques comprenant un défaut d’arborisation
des cellules de Purkinje et de migration des cellules des grains, mais
aussi des anomalies du locus coeruleus.
Ces anomalies suggèrent
l’implication des canaux P/Q, non seulement dans le contrôle de la
libération de neurotransmetteurs, mais aussi dans le développement
neuronal normal.
C - IMPLICATIONS DES GÈNES
DE LA MIGRAINE HÉMIPLÉGIQUE FAMILIALE
DANS LES AUTRES VARIÉTÉS DE MIGRAINE
:
En raison de la fréquente agrégation familiale, l’implication de
facteurs génétiques dans la MSA et la MA a été suspectée dès le
XIXe siècle.
Ce n’est que récemment que l’existence de tels facteurs
génétiques a été démontrée, en particulier grâce aux travaux de Russell et Olesen.
D’après ces travaux, la MA et la MSA sont
des maladies multifactorielles résultant de l’interaction de facteurs
génétiques et environnementaux.
Les facteurs génétiques sont
complexes puisque le mode de transmission le plus probable de la MSA et de la MA est polygénique.
Les gènes impliqués dans la MHF représentent de très bons gènes
candidats pour la MA et la MSA.
L’implication du gène CACNA1A
dans la MA/MSA a été analysée par plusieurs équipes avec des
résultats contradictoires, quatre études concluant en faveur et deux contre.
Il faut cependant noter que ces études
portaient sur un petit nombre de familles, que les deux études
négatives ont utilisé des méthodes d’analyse de liaison paramétrique
qui ne sont pas applicables dans les maladies polygéniques et
qu’aucune de ces études n’a comporté une recherche directe de
mutation.
D’autres travaux ont tenté d’apporter des arguments indirects en
faveur de l’implication du gène CACNA1A ou d’autres gènes codant
des canaux ioniques dans la MA/MSA.
Sandor et al ont mis en
évidence des anomalies cérébelleuses discrètes infracliniques chez
des patients atteints de MA et de MSA.
Ces anomalies étaient
plus importantes dans la MA.
Ambrosini et al ont montré, grâce à
une analyse en fibre unique, une anomalie de la transmission
neuromusculaire dans un sous-groupe de patients atteints de MA,
sans traduction clinique.
Ces différentes études ne constituent pas une démonstration de
l’implication du canal calcique P/Q dans les mécanismes de la
MA/MSA.
Cette démonstration nécessiterait l’analyse directe du
gène CACNA1A à la recherche de mutations pathogènes dans une
large cohorte de migraineux, ce qui n’a pas encore été fait.
Clinique
:
A - CRISES TYPIQUES DE MIGRAINE HÉMIPLÉGIQUE
:
Ce sont des crises de migraine avec aura motrice.
1- Symptômes de l’aura :
Lors de l’aura, le déficit moteur, d’intensité variable (de la simple
lourdeur d’un membre à l’hémiplégie flasque), est toujours associé à
un ou plusieurs autres symptômes qui s’installent progressivement
et successivement, le plus souvent dans l’ordre troubles visuels,
troubles sensitifs, déficit moteur puis troubles du langage.
Les troubles sensitifs dominent souvent le tableau et
touchent généralement les mêmes zones que le déficit moteur.
Chez
un tiers environ des patients, les crises affectent toujours le même
hémicorps.
Les troubles sensitivomoteurs sont bilatéraux chez 25 %
des patients, soit dès le début de la crise, soit durant la progression
de l’aura, touchant un côté après l’autre ou les deux côtés en même
temps.
D’autres symptômes peuvent survenir : déséquilibre,
diplopie, acouphènes, baisse de l’audition, drop attack, confusion ou
perte de connaissance.
Environ 20 % des patients signalent une
somnolence ou une légère confusion mentale lors de chaque crise.
La durée moyenne de l’aura est de 1 à 2 heures, mais peut varier de
10 minutes à plusieurs jours.
Chez certains patients, toutes les crises
de MH comportent une aura qui dure de plusieurs heures à 2 ou
3 jours.
2- Céphalée
:
La céphalée s’installe généralement pendant l’aura ou après sa
disparition.
Elle dure environ 24 heures en moyenne (de quelques
heures à quelques jours).
La douleur peut être bilatérale ou
unilatérale et, dans ce cas, ipsilatérale ou controlatérale au déficit
moteur.
Son intensité varie de la gêne modérée à la douleur
insupportable.
Les signes d’accompagnement ne diffèrent pas de
ceux observés lors d’autres formes de migraine : nausées,
vomissements, photophobie, phonophobie ou pâleur. Enfin, environ
5 % des patients n’ont jamais de céphalée.
B - CRISES SÉVÈRES DE MIGRAINE HÉMIPLÉGIQUE
:
Environ 40 % des patients présentent au moins un épisode atypique
plus sévère que leurs crises habituelles.
Chez des patients ayant habituellement des auras
courtes, il peut survenir une crise avec aura prolongée de plusieurs
jours jusqu’à plusieurs semaines.
Des crises beaucoup plus sévères
surviennent chez un tiers des patients.
Elles associent des troubles
de la conscience à un déficit moteur et/ou une aphasie prolongée, et
parfois une confusion, une hyperthermie de 38 à 41 °C ou des signes
méningés.
Le déficit moteur n’est pas constant
(70 %).
Les troubles de la conscience peuvent aller de
l’obnubilation au coma profond avec défaillance respiratoire.
Plusieurs patients ont dû être hospitalisés en réanimation et ventilés
durant plusieurs jours.
Ces crises sévères comportent parfois des
manifestations épileptiques à type de crises généralisées, clonies hémicorporelles et même état de mal partiel.
Le début de ces
crises sévères peut être marqué par une perte de connaissance
brutale alors que le sujet est en pleine activité.
Certains patients
ont une confusion mentale persistante avec agitation et
hallucinations profuses visuelles et auditives.
La moitié de ces crises inquiétantes et dramatiques surviennent
avant l’âge de 20 ans et sont alors souvent inaugurales et de
diagnostic difficile.
Environ 20 % sont déclenchées par des
traumatismes crâniens bénins.
L’injection de produit de contraste
iodé lors d’artériographie cérébrale ou de coronarographie a
déclenché une crise sévère ou aggravé une crise dans deux tiers des
cas.
Les symptômes régressent le plus souvent spontanément
en quelques jours ou en quelques semaines, sans séquelles cliniques
ni radiologiques (tomodensitométrie et IRM).
Chez quelques
patients, la récupération est plus longue avec persistance de troubles
du langage, de troubles mnésiques et de difficultés de concentration
pendant plusieurs mois.
Dans une série de 117 sujets porteurs
de mutations de CACNA1A entraînant une MH, 38 sujets avaient
eu au moins une crise sévère avec troubles de la conscience allant
de la somnolence importante au coma profond et 30 avaient
une hémiplégie.
Tous avaient récupéré sans séquelles.
Il existe dans la littérature quelques cas de décès imputés par les
auteurs à une crise sévère de MHF. Deux auteurs
différents ont rapporté le même cas d’une jeune fille de 12 ans
membre d’une famille de MHF d’origine tchèque.
Cette famille
comprenait quatre membres atteints de MH. Le sujet décédé était
une enfant de 12 ans, qui avait eu à l’âge de 7 ans une première
crise de MH avec hémiplégie gauche.
À 12 ans, elle a présenté de
violentes céphalées et une hémiplégie gauche, de la fièvre et une
raideur de la nuque, puis un coma.
La numération formule
sanguine, le fond d’oeil et le liquide céphalorachidien (LCR) étaient
normaux.
Elle est restée comateuse et hémiplégique pendant 5 jours.
Le cinquième jour sont survenues des clonies de l’hémicorps droit.
Le sixième jour, l’enfant est décédée dans un tableau de fièvre à
41 °C et de convulsions généralisées.
À l’autopsie, il existait un
oedème diffus cérébroméningé, des vaisseaux dilatés et une
infiltration lymphocytaire périvasculaire.
Deux autres membres de
la famille avaient eu un accès similaire avec hémiplégie prolongée,
coma et fièvre, spontanément résolutif.
Neligan et al ont publié en 1977 l’observation d’une patiente de
41 ans atteinte de MHF et décédée 4 mois après un arrêt respiratoire
survenu lors d’une crise de MHF.
L’examen
anatomopathologique mit en évidence, outre des lésions
possiblement en rapport avec l’épisode d’anoxie cérébrale, de
multiples petits infarctus des noyaux gris et de la capsule interne
d’âge variable, un épaississement de la paroi de certains petits
vaisseaux cérébraux associé à une fragmentation, reduplication ou
disparition de la limitante élastique.
Kors et al ont décrit en 2001 deux familles de MH avec signes
cérébelleux liés à la même mutation S218L de CACNA1A.
Dans
la première famille (déjà décrite en 1985 par Fitzimons et
Wolfenden), deux enfants d’un sujet atteint de MH sont décédés
à l’âge de 5 ans dans un tableau de méningoencéphalite avec
convulsions apparu juste après un traumatisme crânien bénin.
Le
génotype de ces deux enfants est inconnu, les décès étant survenus
il y a plusieurs années.
Dans la seconde famille, la fille d’un patient
atteint de MH avec ataxie est décédée au douzième jour d’un coma
fébrile avec convulsions déclenché quelques minutes après des
coups sur la tête.
Le scanner cérébral initial était normal. Les
scanners successifs ont montré un oedème cérébral diffus modéré.
Le LCR était normal.
Cette patiente avait dans la petite enfance des
troubles de la marche.
À l’autopsie, il existait un oedème cérébral
diffus avec engagement temporal bilatéral et engagement des
amygdales cérébelleuses, une sclérose de l’hippocampe droit d’allure
ancienne et une perte des cellules de Purkinje dans le cervelet.
Cette
patiente était porteuse de la mutation S218L du gène CACNA1A,
transmise par son père atteint d’une forme typique de MH avec
ataxie cérébelleuse permanente.
En l’absence de marqueur diagnostique spécifique, il est impossible
de prouver que ces patients sont décédés d’une forme extrême de
crise de MH.
Ces cas doivent cependant inciter à la plus grande
vigilance.
Ainsi, la survenue d’une crise plus sévère que les crises
habituelles, avec troubles de la conscience et aura prolongée,
nécessite une surveillance clinique rapprochée en hospitalisation, la
réalisation systématique d’examens complémentaires pour
rechercher et éliminer une autre cause et à la mise en route
éventuelle d’une réanimation appropriée.
C - AUTRES TYPES DE CRISES :
D’autres types de crises de migraine peuvent alterner avec les crises
de MHF.
Environ 10 % des patients décrivent comme « petites
crises » des épisodes de MA non hémiplégique et un tiers ont des MSA.
D -
SYMPTÔMES PERMANENTS :
1- Ataxie cérébelleuse et nystagmus
:
Dans 20 % des familles, la MHF est associée à des signes cérébelleux
permanents qui comprennent un nystagmus (horizontal, vertical ou
multidirectionnel), des anomalies de la motilité oculaire, une ataxie
statokinétique modérée et lentement progressive, et une
dysarthrie.
Le nystagmus et d’autres
anomalies de la motilité oculaire peuvent être les premiers signes
du syndrome cérébelleux progressif, une ataxie se constituant plus
tardivement.
La marche reste généralement autonome, même
après des années d’évolution.
Cependant, une ataxie évoluée peut
exister sans nystagmus.
L’âge de début de ces troubles est difficile
à préciser.
Le nystagmus et l’ataxie peuvent être constatés avant la
première crise de MHF et l’évolution de l’ataxie semble
indépendante de la fréquence et de la sévérité de ces crises.
La MH avec signes cérébelleux est liée à une mutation de CACNA1A
dans toutes les familles et dans tous les cas sporadiques étudiés
jusqu’à présent.
Dans les formes familiales, le
syndrome cérébelleux est cotransmis avec la MHF mais a une
pénétrance inférieure.
Dans une série de 89 sujets porteurs de
mutations de CACNA1A responsables de MHF avec signes
cérébelleux, 68 (83 %) avaient des signes cérébelleux permanents,
57 % avaient un nystagmus, 44 % avaient une ataxie et 11 % une
dysarthrie.
Deux sujets avaient des signes cérébelleux isolés sans
aucune histoire de migraine hémiplégique ou d’autre variété de
migraine.
2- Autres
:
D’autres troubles neurologiques permanents ont été rapportés dans
des familles de MHF : tremblement essentiel, syndrome
d’Usher et cataracte, troubles cognitifs et retard mental.
Facteurs déclenchants
et profil évolutif :
A - FACTEURS DÉCLENCHANTS DES CRISES
DE MIGRAINE HÉMIPLÉGIQUE
:
Environ deux tiers des patients signalent un ou plusieurs facteurs
déclenchants, les plus fréquents étant le stress et les traumatismes
crâniens bénins.
La notion de traumatisme crânien mineur
précédant un accès de MH est mentionnée dans de très nombreuses
observations, aussi bien chez les adultes que chez les enfants.
Le traumatisme crânien ne s’accompagne
pas habituellement de perte de connaissance.
L’intervalle de temps
libre entre le choc et l’apparition des premiers signes neurologiques
varie de quelques minutes à 1 heure.
La sémiologie de la crise est
le plus souvent similaire à celle des crises spontanées.
Cependant,
une crise sévère avec troubles de la conscience peut être déclenchée
par un traumatisme crânien bénin.
Cette susceptibilité à
développer des accès de MH après un coup sur la tête est
inconstante chez les individus d’une même famille.
Le
déclenchement de crises de migraine par des traumatismes crâniens
mineurs n’est pas spécifique de la MH.
Dans une revue sur les
accès migraineux déclenchés par un traumatisme crânien, Hass et
Lourie rapportent qu’il s’agit le plus souvent de MA (troubles
visuels, ou hémiplégie, ou troubles de la conscience) et que la
fréquence de la MA semble plus élevée chez les parents d’enfants
présentant de tels accès.
L’injection de produit de contraste lors d’angiographie cérébrale ou extracérébrale est susceptible de déclencher une crise de MH sévère
avec coma fébrile.
Tous les examens de ce type sont donc à
proscrire chez les patients atteints de MHF.
Enfin, moins de 10 % des patients incriminent les facteurs
déclenchants habituellement retrouvés dans les autres formes de
migraine, comme les aliments, les stimulations visuelles ou
auditives, les facteurs climatiques (température, vent) ou les
menstruations.
B - PROFIL ÉVOLUTIF :
Les premières crises apparaissent en moyenne vers 12 ans, mais des
débuts précoces avant 2 ans ou au contraire très tardifs (75 ans)
ont été rapportés.
La fréquence des attaques varie de plus d’une
par semaine à quelques-unes au cours de la vie, avec une moyenne
de trois ou quatre par an, et semble plus élevée à certaines périodes,
surtout entre 5 et 25 ans.
Chez certains patients, la fréquence peut
varier de crises quotidiennes, surtout au début de l’évolution de la
maladie, à des intervalles libres de plusieurs années.
Corrélations génotype/phénotype
:
La MHF se caractérise par une grande variabilité phénotypique.
L’ordre d’apparition, la progression, la topographie, l’intensité et
la durée des différents symptômes de l’aura, ainsi que les
caractéristiques des céphalées, peuvent varier d’un patient à l’autre.
Cette variabilité peut être observée entre patients membres de la
même famille et donc porteurs de la même mutation.
Elle suggère
des interactions complexes entre les conséquences de la mutation
responsable de MHF et des facteurs environnementaux ou des
facteurs génétiques modificateurs.
Cependant, le gène muté et la
nature de la mutation en cause conditionnent aussi une partie de la
variabilité clinique.
Ceci a été mis en évidence grâce à l’étude des
corrélations génotype/phénotype.
Dans une étude portant sur cinq familles, Terwindt et al ont comparé
les caractéristiques cliniques de 46 patients appartenant à trois
familles liées au chromosome 19 à celles de 20 patients appartenant
à deux familles non liées.
Aucune différence significative n’a été
observée concernant l’âge de début, les symptômes des crises de MHF, la fréquence et la durée des crises.
En revanche, les patients
appartenant à des familles liées au chromosome 19 avaient une
fréquence plus élevée de crises avec perte de connaissance (39 versus
15 %) et de crises déclenchées par des traumatismes crâniens bénins
(70 versus 40 %).
Dans une étude portant sur 17 familles, Ducros et
al ont comparé les caractéristiques cliniques et génétiques de trois
groupes de familles : dix familles liées au chromosome 19 incluant
94 patients, trois familles liées au chromosome 1 incluant 24 patients
et quatre familles non liées incluant 24 patients.
Aucune
différence significative n’a été observée concernant les symptômes
des crises de MHF, la survenue d’accès sévères, l’association à
d’autres types de migraine et les caractéristiques évolutives de la
maladie.
En revanche, deux différences significatives ont été mises
en évidence : premièrement, la pénétrance est plus faible dans les
familles liées au chromosome 1 et, deuxièmement, des signes
cérébelleux permanents sont présents dans 50 % des familles liées
au chromosome 19 et dans ces familles seulement.
Les corrélations génotype/phénotype sont encore plus marquantes
au sein des patients porteurs de mutations du même gène
CACNA1A.
Ducros et al ont comparé l’expression de la maladie
chez les 85 porteurs des trois mutations les plus fréquentes dans
une série de 117 sujets.
Ces trois mutations étaient responsables
de MH avec signes cérébelleux : T666M (55 sujets), R583Q (16 sujets)
et D715E (14 sujets).
Plusieurs différences significatives ont été
observées.
T666M possède la plus haute pénétrance pour les crises
de MH (98 %), les crises sévères (50 %) et le nystagmus (86 %).
R583Q possède la plus haute pénétrance pour l’ataxie cérébelleuse
permanente (81 %), en l’absence de tout nystagmus.
D715E possède
la pénétrance la plus faible pour les crises de migraine hémiplégique
(64 %).
L’existence de mutations différentes de CACNA1A explique
donc en partie la variabilité clinique.
Migraine hémiplégique familiale
et examens complémentaires :
Lors des crises sévères, le LCR est anormal dans environ un tiers
des cas avec une méningite aseptique (12-290/mm3) par
augmentation du nombre de lymphocytes mais parfois aussi de
polynucléaires neutrophiles.
La protéinorachie peut être
modérément élevée (jusqu’à 1 g/L).
En revanche, la glycorachie est
normale.
Durant les crises de MHF, l’électroencéphalogramme est toujours
perturbé, avec des ondes lentes diffuses prédominant à l’hémisphère
controlatéral au déficit.
D’autres anomalies ont été rapportées :
ondes pointues périodiques ou dysrythmie.
Ces anomalies
peuvent persister plusieurs heures ou jours après la crise.
Quelques rares études en doppler transcrânien ont été publiées.
Chez un patient, lors d’une aura comportant une hémiplégie droite
et une aphasie, les résultats du doppler suggéraient une
vasoconstriction diffuse des vaisseaux de la base et des petites
artères de l’hémisphère gauche.
Le scanner et l’IRM cérébrales du cerveau pratiqués durant ou juste
au décours d’une crise de MHF sont le plus souvent normaux.
Lors
d’une crise sévère, il peut exister un oedème hémisphérique soit
unilatéral, controlatéral au déficit moteur, soit diffus.
En intercritique, l’imagerie cérébrale est normale chez les patients
appartenant aux familles de MH pure.
Chez certains patients
atteints de MHF avec signes cérébelleux, le scanner ou mieux l’IRM
peuvent montrer une atrophie du cervelet souvent restreinte à la
partie antérieure du vermis.
La découverte d’une anomalie
focale chez un patient atteint de MHF doit faire suspecter l’existence
d’une pathologie associée.
Chabriat et al ont pu étudier en IRM de diffusion une patiente
porteuse d’une mutation de novo du gène CACNA1A lors d’une
crise sévère qui a comporté une hémiplégie droite et une aphasie
pendant 5 semaines.
Au vingt et unième jour de la crise, il existait
une diminution de la diffusion de l’eau libre d’environ 25 % dans
l’hémisphère gauche et une augmentation de volume de cet
hémisphère.
Ces anomalies persistaient au trente-sixième jour, alors
que la patiente avait partiellement récupéré, et la diffusion était
redevenue normale 3 mois après le début de la crise.
Cette
diminution de la mobilité de l’eau libre suggérait fortement une
réduction de l’espace extracellulaire et une accumulation d’eau dans
l’espace intracellulaire.
Ses caractéristiques étaient cependant
différentes de la baisse de diffusion observée dans les oedèmes
cytotoxiques par lésions ischémiques.
En effet, la baisse de diffusion
était modérée (20 % contre 40 à 50 % en cas d’ischémie), a persisté
pendant au moins 5 semaines, alors qu’elle disparaît en 5 à 10 jours
en cas d’ischémie, et n’a pas été suivie de l’augmentation de
diffusion que l’on observe dans les lésions ischémiques après la
destruction des cellules oedématiées.
Malgré le risque que comporte cet examen, plusieurs publications
rapportent les résultats d’angiographies cérébrales pratiquées
pendant ou après une crise de MHF.
Seules deux étaient anormales
avec vasoconstriction percritique : un spasme de l’artère basilaire
et un rétrécissement des branches de l’artère cérébrale moyenne
controlatérale au côté hémiplégique.
Ces résultats ne constituent
en aucun cas une preuve en faveur de l’origine vasculaire
ischémique des symptômes neurologiques de l’aura, par spasme ou
occlusion artérielle.
Peu d’études du débit sanguin cérébral ont été effectuées.
Baron et
al ont rapporté l’observation d’un patient de 19 ans ayant une MH
(chez lequel il n’était cependant pas possible d’étudier le caractère
familial puisqu’il s’agissait d’un enfant adopté) qui a pu être étudié
en tomographie par émission de positrons, au cours d’une crise
particulièrement sévère comportant une hémiplégie et une
obnubilation qui ont persisté pendant 15 jours.
Il existait, sur un
fond de dépression métabolique diffuse, une perfusion de luxe
marquée, du côté opposé à l’hémiplégie, avec augmentation du débit
sanguin cérébral, diminution de l’extraction d’oxygène et
conservation relative de la consommation d’oxygène.
Un tel
découplage entre consommation d’oxygène préservé et
dysfonctionnement neuronal sévère avec hémiplégie suggérait un
dysfonctionnement énergétique des neurones et permettait
d’éliminer, chez ce patient, l’hypothèse d’un mécanisme ischémique
à l’origine de l’hémiplégie.
Uncini et al ont mis en évidence en spectroscopie IRM du muscle et
du cerveau des anomalies suggestives d’un dysfonctionnement
mitochondrial chez plusieurs membres d’une famille de MHF.
Ces résultats n’ont été publiés que sous forme de résumé.
Diagnostic de la migraine
hémiplégique familiale :
A - DIAGNOSTIC POSITIF :
En l’absence d’examen complémentaire spécifique, le diagnostic de MH repose entièrement sur l’histoire du patient et la notion
d’antécédents familiaux identiques.
En raison de la pénétrance
incomplète de la MHF, l’enquête familiale ne devrait pas concerner
uniquement les apparentés au premier degré mais aussi ceux au
second degré.
Si le patient n’a aucun antécédent familial semblable,
le diagnostic ne doit pas être éliminé : il peut s’agir d’un cas
sporadique de MH (par pénétrance incomplète ou bien par mutation
de novo d’un des gènes impliqués dans cette maladie).
Par ailleurs,
une crise de MA hémiplégique peut survenir chez des patients
habituellement atteints d’une autre forme de migraine avec ou sans
aura.
On ne connaît pas encore les rapports de ces cas avec la MHF.
B - DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
Des crises de MA hémiplégique peuvent être observées dans
plusieurs affections neurologiques héréditaires dont le pronostic est
radicalement différent de celui de la MHF : certaines angiopathies
(cerebral autosomal dominant arteriopathy with subcortical infarcts and
leukoencephalopathy [CADASIL], angiopathie amyloïde) ou
certaines maladies mitochondriales (mitochondrial myopathy,
encephalopathy, lactic acidosis and stroke like episods [MELAS]).
Des
antécédents personnels ou familiaux de déficit neurologique
permanent, d’accidents vasculaires cérébraux ou de démence
doivent faire évoquer d’autres diagnostics que celui de MHF.
De
même, la constatation d’anomalies neurologiques intercritiques
permanentes autres qu’une ataxie et/ou un nystagmus chez un
patient suspect de MHF doit faire remettre en cause le diagnostic.
Lors des crises sévères de MH avec troubles de la conscience et
fièvre, le patient doit systématiquement être hospitalisé pour
surveillance et réalisation d’explorations étiologiques permettant de
rechercher et d’éliminer d’autres causes de méningoencéphalite.
Ce
n’est qu’après récupération ad integrum que le diagnostic de crise
sévère de MH peut être porté.
C - DIAGNOSTIC MOLÉCULAIRE :
Dans les cas familiaux, la base du diagnostic reste l’interrogatoire
du patient et de ses apparentés au premier et au second degré.
Un
tableau clinique caractéristique, des antécédents familiaux
compatibles, un examen clinique normal en dehors des crises (ou
montrant des signes cérébelleux) et des examens complémentaires
éliminant une lésion cérébrale sont nécessaires et généralement
suffisants au diagnostic.
Dans les cas sans antécédents familiaux, un
tableau typique permet le plus souvent de poser le diagnostic de MH sporadique.
Les principales indications d’un diagnostic moléculaire de MH sont
donc les formes atypiques :
– les cas sporadiques ayant un tableau compatible avec une MH
mais particulièrement sévère (comas récidivants, crises d’épilepsie
lors des crises sévères de MH) ou atypique du fait de l’association à
des signes permanents autres qu’une ataxie et/ou un nystagmus ;
– les cas familiaux atypiques par leur sévérité ou leur présentation
par rapport aux autres membres de la famille.
La découverte d’une mutation pathogène de CACNA1A pourrait
alors permettre d’éviter l’errance diagnostique.
En revanche, la
découverte d’une mutation ne modifie pas la prise en charge de ces
patients tant au plan du traitement qu’en ce qui concerne le
diagnostic des crises sévères avec hémiplégie prolongée, coma ou
fièvre, situations où toutes les autres causes potentiellement
dangereuses doivent systématiquement être évoquées et éliminées.
Le diagnostic moléculaire de MH n’a aucune indication en anténatal
ou chez les sujets asymptomatiques au sein de familles de MHF, car
le pronostic de cette affection est le plus souvent bénin et il n’existe
pas de mesure préventive à instaurer.
Dans les cas atypiques, le criblage moléculaire de CACNA1A est
donc utile.
Cependant, il comporte des limites en termes de
spécificité et de sensibilité.
Sa sensibilité est faible (< 50 %) car
CACNA1A, seul gène connu et testé, n’est responsable que de 50 %
des cas de MH et car la technique de criblage actuellement utilisée
ne permet pas de détecter toutes les mutations.
Sa spécificité est
également incomplète : une mutation de CACNA1A peut être un
polymorphisme non pathogène. Une mutation doit remplir des
critères stricts pour être considérée comme responsable de la
maladie.
Dans les formes familiales, ces critères sont :
– cotransmission avec la maladie dans la famille ;
– absence dans une large population contrôle ;
– altération d’un domaine fonctionnel important de la protéine.
Dans les formes sporadiques, les critères de certitude sont : mutation
déjà identifiée dans une forme familiale de MH ou mutation de novo
certaine (absente chez les parents biologiques).
En l’absence de ces deux derniers critères, ne peuvent être retenues
que les mutations qui sont absentes dans une large population
contrôle et qui altèrent un domaine fonctionnel important de la
protéine.
En pratique, il est donc indispensable de prélever et
d’analyser le cas index et ses deux parents, qu’il s’agisse d’une forme
familiale ou sporadique. Pour terminer, seule l’identification d’une
mutation de CACNA1A remplissant les critères ci-dessus peut être
prise en compte pour valider la suspicion clinique, un test négatif
n’ayant aucune valeur prédictive.
Traitement
:
A - TRAITEMENT DE LA CRISE :
Malgré l’identification du premier gène de la MHF comme étant un
canal calcique, les mécanismes physiopathogéniques précis de cette
affection restent inconnus.
Le traitement reste donc empiriquement
basé sur celui des autres formes de MA et comprend deux volets,
symptomatique et préventif.
Le traitement des crises de MH vise à diminuer l’intensité de la
céphalée et de ses signes d’accompagnement lors des crises
habituelles et à prévenir les conséquences d’un déficit avec troubles
de la conscience dans les crises sévères.
Les dérivés de l’ergot de
seigle sont des vasoconstricteurs et ne sont donc généralement pas
utilisés dans la MHF.
De même, l’effet des triptans sur la MHF est
inconnu, mais ce sont également des vasoconstricteurs dont
l’utilisation est déconseillée dans la migraine basilaire et donc par
extension dans la MHF qui est nosologiquement proche.
Kaube et al ont utilisé la kétamine (25 mg en spray nasal), un
antagoniste des récepteurs au glutamate de type NMDA, chez
11 patients atteints de MHF.
Cinq patients ont traité 14 crises avec
succès, le déficit moteur disparaissant en 10 à 30 minutes alors qu’il
durait habituellement plusieurs heures.
La céphalée n’a été
améliorée que chez trois d’entre eux.
Trois patients ont eu une
récurrence des symptômes de l’aura après leur disparition initiale.
Six patients n’ont eu aucune amélioration.
Yu et Horowitz ont rapporté le cas d’une patiente de 28 ans, atteinte
de MHF, traitée par vérapamil alors qu’elle avait depuis plusieurs
mois au moins une crise par jour.
À cinq reprises, l’injection de vérapamil (5 mg) a stoppé l’aura et la céphalée.
Le vérapamil a
ensuite été poursuivi en traitement de fond à la posologie de
120 mg/j per os et, pendant les 2 mois qui ont suivi, la patiente a eu
une seule crise par semaine d’intensité et de durée modérées.
B - TRAITEMENT DE FOND :
Chez la plupart des patients, les crises de MH sont peu fréquentes
et ne nécessitent pas de traitement de fond, sauf en cas d’autre forme
de migraine invalidante associée.
Chez les sujets jeunes, les crises
de MH peuvent néanmoins être assez fréquentes pour nécessiter un
traitement préventif.
En raison de la relative rareté de la MHF et de
la faible fréquence des crises, il n’existe pas d’étude randomisée,
mais seulement de petites séries ou des cas isolés.
Les résultats
concernant l’utilisation de bêtabloquants, surtout le propranolol,
sont contradictoires.
Quelques patients ont été aggravés, alors
que d’autres ont été améliorés.
Quelques publications font état
de l’efficacité des anticalciques (flunarizil, vérapamil et nimodipine)
sur la fréquence et de la sévérité des crises.
La phénytoïne,
la papavérine et le phénobarbital ont également été utilisés.
Enfin,
basé sur l’implication du même gène CACNA1A dans l’ataxie
épisodique de type 2 et dans 50 % des MHF, et sur l’efficacité de
l’acétazolamide dans la prévention des crises d’ataxie paroxystique,
il semblait logique de proposer un traitement de fond par Diamoxt
aux patients atteints de MH avec crises fréquentes.
Quelques
publications font état de patients ayant été efficacement traités.