Métastases cérébrales et leptoméningées des cancers solides
Cours de Neurologie
Processus métastatique
:
Pour qu’une métastase se développe, il suffit théoriquement qu’une seule
cellule maligne se détache de la tumeur primitive.
Mais elle doit franchir de
nombreuses barrières avant d’atteindre l’organe cible :
– se détacher de la tumeur primitive et traverser la paroi des vaisseaux
lymphatiques ou sanguins du stroma tumoral pour gagner la circulation
générale ;
– résister aux défenses de l’hôte dans la circulation systémique ;
– s’arrêter dans le lit vasculaire de l’organe cible ;
– franchir l’endothélium et sa membrane basale ;
– pouvoir se multiplier.
D’autres métastases (tertiaires) peuvent être induites à partir du foyer
secondaire selon la même cascade d’événements.
Parmi les facteurs
biologiques permettant à la cellule tumorale d’acquérir le phénotype
« métastatique », les protéases, les molécules d’adhérences et les facteurs de
croissance semblent jouer un rôle très important.
De nombreux travaux
réalisés ces dernières années ont montré que l’apparition de métastases ne
relevait pas du simple hasard mais résultait d’interactions complexes entre les
cellules tumorales emboliques et le tissu hôte.
Ces mécanismes présentent une
similitude avec ceux intervenant dans la migration des cellules embryonnaires
et dans les phénomènes de margination des leucocytes.
A - Déterminisme de la localisation préférentielle
des métastases :
La notion de localisation préférentielle des métastases remonte aux
observations de Paget en 1889 qui concluait, après avoir revu les autopsies
de centaines de patients, que la répartition des métastases n’était pas liée au
hasard.
Il émit l’hypothèse, seed and soil hypothesis (hypothèse « de la graine
et du sol fertile ») que les cellules métastatiques sont prédisposées à se
développer dans les organes qui fourniront un milieu favorable à leur
croissance.
À l’inverse, Ewing, 40 ans plus tard, défendait l’hypothèse
selon laquelle la répartition particulière de certaines métastases était
uniquement liée au trajet emprunté par les cellules cancéreuses ; les premiers
organes rencontrés étaient ceux où les cellules métastatiques se
développaient.
Aujourd’hui, ces deux théories semblent partiellement
vérifiées ; elles ne sont pas exclusives.
On peut considérer que les facteurs
anatomiques et vasculaires rendent compte de la majorité des métastases
observées en pratique cancérologique.
Toutefois, dans certains cancers,
d’autres facteurs pourraient conditionner la colonisation métastatique
préférentielle de certains organes.
Ces facteurs sont encore mal connus.
Des
études expérimentales suggèrent qu’il pourrait s’agir de :
– l’expression par le tissu hôte (endothélium, lame basale, matrice
extracellulaire) de molécules adhésives susceptibles d’être reconnues par les
cellules métastatiques porteuses à leur surface de récepteurs spécifiques ;
– la composition de la matrice extracellulaire du tissu, pour lequel la cellule
cancéreuse peut disposer ou non de protéases spécifiques nécessaires à la
dégrader ;
– la production de facteurs solubles chimiotactiques organes-dépendants
pour les cellules cancéreuses ;
– la concentration tissulaire en facteurs de croissance ou en inhibiteurs de
croissance, qui influencerait la capacité des cellules métastatiques à proliférer
dans l’organe cible.
B - Détachement et circulation générale
:
La première étape est celle du détachement des cellules malignes de la tumeur
primitive.
Celle-ci pourrait être facilitée par un certain nombre de facteurs, en
particulier la croissance tumorale, la nécrose (libération d’enzymes lysosomiales), les facteurs mécaniques (ablation chirurgicale de la tumeur
primitive) et la diminution de l’expression des cadhérines (glycoprotéines
transmembranaires adhésives).
Le gène codant pour la cadhérine E pourrait
avoir une fonction de « gène suppresseur de métastases ».
Il est altéré dans
certains cancers invasifs, l’inhibition de son expression par des antisens
spécifiques accroîtrait le potentiel métastatique des cellules tumorales et
inversement, sa surexpression diminuerait les capacités invasives des cellules
tumorales in vitro.
Une fois détachée, la cellule passe dans la circulation
générale ; cette étape est facilitée par la néovascularisation tumorale.
Les
cellules métastatiques doivent alors échapper, d’une part aux traumatismes
mécaniques occasionnés par les turbulences de la circulation sanguine, et
d’autre part aux défenses de l’hôte.
On estime qu’à 24 heures, moins de 1 %
des cellules cancéreuses sont encore vivantes et moins de 0,01 % peuvent
finalement parvenir à l’organe cible et former des métastases.
Pour échapper
aux défenses immunitaires, les cellules cancéreuses pourraient utiliser
plusieurs stratagèmes :
– réprimer l’expression duCMH(complexe majeur d’histocompatibilité) de
type I qui sert d’antigène de reconnaissance pour les lymphocytes T
cytotoxiques ;
– des protéines de surface ICAM (integrin cellular adhesion molecule) qui
serviraient de molécule d’amarrage pour les lymphocytes T cytotoxiques par
le biais d’une intégrine (LFA1) ;
– sécréter localement des molécules ICAM solubles pour bloquer les
récepteurs LFA1 des lymphocytes cytotoxiques qui pourraient se situer à
proximité.
Les cellules rescapées vont ensuite parvenir dans l’organe cible.
C - Arrêt dans l’organe cible :
L’arrêt de la cellule tumorale dans le lit capillaire pourrait relever de plusieurs
mécanismes.
L’hypothèse dite « mécanique » voudrait que l’embole
métastatique obstrue un capillaire, entraînant des microlésions de la paroi
capillaire en aval et que des cellules métastatiques se mobilisent à nouveau
dans un second temps et se fixent sur la paroi capillaire lésée avant d’envahir
le tissu hôte.
L’autre hypothèse dite « adhésive » fait intervenir la
reconnaissance par les cellules malignes de molécules de surface exprimées
par les cellules endothéliales et pour lesquelles elle dispose de récepteurs
spécifiques qui leur permettraient de se fixer, d’adhérer à la paroi puis de la
traverser.
En réalité, il est probable que les théories « mécanique »
et « adhésive » partagent des mécanismes communs.
L’obstruction par la
cellule cancéreuse du lit capillaire d’un organe et son adhérence à la paroi
lésée ne seraient pas suffisantes et il faudrait que la cellule puisse reconnaître
certaines protéines de surface endothéliales ou de la matrice extracellulaire
pour pouvoir franchir la paroi vasculaire et envahir le tissu.
D - Franchissement de la paroi vasculaire
:
Le franchissement de la paroi vasculaire de l’organe cible par la cellule
maligne se réaliserait ainsi en plusieurs étapes : adhérence à l’endothélium et
à sa membrane basale, perforation de la lame basale par protéolyse locale,
passage de la cellule à travers la matrice extracellulaire.
Des molécules
adhésives et des protéases spécifiques produites par la cellule tumorale
interviendraient à chacune de ces étapes.
À l’instar des
leucocytes, les cellules cancéreuses expriment à leur surface des molécules
de la famille des intégrines (comme VL4) et des motifs sialyl-Lewis qui
peuvent être reconnus par les cellules endothéliales grâce à leurs propres
molécules de surface (comme VCAM et les sélectines).
On peut donc
envisager un processus analogue à celui utilisé par les leucocytes pour se fixer
à la paroi vasculaire.
Les cellules cancéreuses adhérant à l’endothélium
sécrètent ensuite des molécules (12SHETE) qui induisent une rétraction
locale de l’endothélium et permettent ainsi l’accès à la lame basale.
L’adhérence à la lame basale se ferait grâce à l’expression à la surface de la
cellule cancéreuse d’un récepteur pour la laminine (qui constitue avec le
collagène IV la glycoprotéine principale de la lame basale).
On a pu
déterminer la séquence d’acides aminés de la laminine directement impliquée
dans la fixation à son récepteur exprimé par la cellule cancéreuse (YIGSR).
Une expérience in vitro a montré qu’une préincubation de cellules de
mélanome avec des séquencesYIGSR inhibait leur potentiel métastatique par
saturation des récepteurs à la laminine.
La fixation à la lame basale pourrait
servir de signal à la libération d’enzymes protéolytiques (urokinases,
cathepsine D, héparanases, chondroïtinases, métalloprotéases), dirigées
contre les différents constituants de la matrice extracellulaire et du stroma
interstitiel.
Des anticorps spécifiquement dirigés contre certaines de ces
enzymes semblent abolir le potentiel invasif des cellules cancéreuses.
La
cellule métastatique régule son activité protéolytique en produisant également
des inhibiteurs de ses propres enzymes (TIMP1, TIMP2).
Des inhibiteurs de métalloprotéases sont aussi synthétisés par le tissu hôte qui préviendrait ainsi
une dégradation excessive de la matrice extracellulaire et ne permettrait aux
cellules métastatiques de n’avoir qu’une action protéolytique locale.
Un
équilibre permanent existe au cours du processus invasif entre l’action de ces
protéines aux effets opposés.
E - Migration dans le tissu hôte
:
La migration de la cellule métastatique dans le tissu hôte est un phénomène
soigneusement coordonné et synchronisé, associant mécanismes d’adhérence
et de détachement cellulaire, de protéolyse localisée et la formation de
pseudopodes.
La cellule métastatique sécrète des facteurs autocrines de
mobilité (AMF, MSF) qui sont des cytokines stimulant la protrusion de
pseudopodes et la migration à travers la membrane basale et le tissu hôte.
Les
produits de dégradation des constituants de la matrice extracellulaire
(fibronectine, laminine, élastine, collagène) auraient également un pouvoir
chimiotactique pour les cellules cancéreuses.
Certains variants de protéoglycanes dénommés CD44, qui reconnaissent différents polymères de
la matrice extracellulaire (acide hyaluronique, fibronectine, collagène
matriciel), sont spécifiquement exprimés par les cellules tumorales et
pourraient participer au pouvoir métastatique des cellules en facilitant leur
motilité cellulaire et l’invasion tissulaire.
F - Développement de la métastase et angiogenèse :
Pour que la métastase puisse ensuite se développer, il faut qu’elle puisse
trouver dans l’organe cible des facteurs de croissance lui permettant de
proliférer.
Les cellules cancéreuses peuvent aussi sécréter leurs propres
facteurs de croissance réalisant ainsi une boucle autocrine.
Pour croître au delà
de quelques millimètres cubes, elle nécessite une néovascularisation qui
pourrait être induite par la synthèse par les cellules tumorales de facteurs
angiogéniques.
Parmi eux, le FGF (fibroblast growth factor) 1 et 2, le VEGF
(vascular endothelial growth factor) et l’angiogénine.
Les vaisseaux
néoformés sont intimement associés au tissu tumoral ; ce réseau favorise également la dissémination des cellules malignes.
Le développement brutal
de métastases après résection de la tumeur primitive ou la découverte de
métastases de nombreuses années après l’ablation de la tumeur initiale restent
encore un mystère.
Certains auteurs suggèrent que le développement rapide
ou tardif des métastases serait conditionné par la balance entre la capacité
intrinsèque des tumeurs à produire des angiogènes et des antiangiogènes.
G - Biologie des métastases cérébrales (MC) :
Les MC sont d’origine hématogène.
À l’exception des tumeurs pulmonaires,
leur survenue est un événement tardif dans l’histoire d’un cancer, car près des
trois quarts des patients ont d’autres métastases systémiques lorsque les MC
sont découvertes.
Si la tumeur primitive n’est pas d’origine pulmonaire, les
cellules métastatiques doivent, au préalable, traverser le filtre pulmonaire
pour passer du secteur veineux au secteur artériel.
Cela explique que deux
tiers des patients souffrant de MC aient également des métastases
pulmonaires.
Les cellules métastatiques peuvent alors rejoindre le coeur
gauche et la grande circulation artérielle pour disséminer selon un processus
en « cascade ».
Dans certains cancers, notamment pelviens (côlon, prostate,
utérus), les poumons ne semblent pas être un passage obligatoire pour la
formation de MC.
Une autre voie sanguine, rétrograde, pourrait être
empruntée.
Il s’agit du système veineux vertébral (plexus de Batson) qui relie
directement le plexus veineux sacré aux sinus veineux cérébraux à travers un
réseau veineux complexe (intravertébral, paravertébral, épidural et basilaire).
Les emboles tumoraux pourraient remonter dans le plexus de Batson par voie
rétrograde et ainsi remonter au cerveau lors d’épisodes d’augmentation de la
pression abdominale ou de compression de la veine cave.
Cependant, cette
hypothèse reste discutée, et il n’a jamais été possible de démontrer qu’un
ensemencement cérébral était possible par voie veineuse rétrograde.
Un autre
mécanisme de dissémination rarement en cause est l’embolie paradoxale par
une communication méconnue entre le coeur gauche et le coeur droit (foramen
ovale).
Finalement, des emboles métastatiques pourraient traverser
directement le filtre pulmonaire ou entraîner une métastase pulmonaire
suffisamment petite pour qu’elle passe inaperçue à l’autopsie.
Cependant, les mécanismes précédemment décrits ne permettent pas
d’expliquer à eux seuls la grande variabilité de tropisme pour le cerveau
observée dans certains cancers (des MC sont retrouvées à l’autopsie dans
seulement 5 % des cancers du foie, mais dans plus de 70 % des mélanomes
malins), suggérant l’existence de mécanismes plus spécifiques.
L’étude de la
distribution des MC semble aussi donner raison à la fois à Paget et à Ewing.
La majorité des MC se distribue de façon proportionnelle au volume et au
débit sanguin dans les différentes structures.
Ainsi, les MC sont beaucoup plus
fréquentes au niveau supratentoriel et affectent particulièrement les territoires
distaux des principales artères (région corticale à la jonction de la substance
grise et de la substance blanche, territoires de « jonction » et de « derniers
prés »), en accord avec la théorie microembolique.
Toutefois, les MC
solitaires des cancers du pelvis ou de l’abdomen affectent, plus souvent, la
fosse postérieure en accord avec la théorie du « sol fertile ».
Les travaux visant à identifier des facteurs permettant une domiciliation
spécifique des cellules métastatiques au cerveau et à certaines régions
cérébrales ont surtout concerné le mélanome.
Le développement des
méthodes de culture des cellules endothéliales a permis de montrer que les
cellules provenant de lignées de mélanomes métastasant au cerveau avaient
une affinité toute particulière pour les cellules endothéliales des capillaires
cérébraux, à l’inverse des lignées de mélanome métastasant à d’autres
organes.
Ceci suggère que le développement d’une MC serait en partie
conditionnée par la reconnaissance spécifique par la cellule cancéreuse de
déterminants de surface (encore non identifiés) des cellules endothéliales
cérébrales.
La production de NGF (nerve growth factor) par le tissu cérébral
pourrait également faciliter le développement des métastases en son sein.
En
effet, le NGF augmente in vitro la production d’enzymes protéolytiques de la
matrice extracellulaire et le potentiel invasif des cellules de mélanome.
Or,
les cellules de MC de mélanome expriment justement un récepteur de basse
affinité au NGF.
Un autre facteur de croissance paracrine a été identifié
comme susceptible de favoriser le développement d’une métastase au
cerveau ; il s’agit d’une glycoprotéine de la famille des transferrines et dont
le récepteur (Rtf) est observé comme étant spécifiquement et très fortement
exprimé par les cellules métastasant au cerveau.
H - Gènes impliqués dans le processus métastatique :
Le phénotype métastatique semble résulter de l’accumulation d’événements
génétiques intéressant de nombreux gènes codant pour des protéines
intervenant aux différentes phases du processus et qui seraient ainsi
surexprimés ou réprimés.
Les stratégies d’identification de
ces gènes reposent sur des techniques de criblage différentiel de banques
d’ADN (acide désoxyribonucléique) complémentaires établies à partir de
métastases et de tumeurs primitives.
Les autres approches reposent sur des
techniques d’inactivation spécifique de gènes candidats par recombinaison
homologue ou d’expression ciblée de ces gènes par des techniques de transfert
de gènes et qui visent à étudier les conséquences de ces modifications induites
sur le phénotype métastatique des cellules.
La survenue de métastases
constitue une étape décisive dans l’histoire d’un cancer et représente un
facteur de mauvais pronostic à court terme pour la plupart des patients.
De
nombreux mécanismes restent à élucider.
À la clé, ce sont de nouvelles
stratégies thérapeutiques, curatives et préventives, plus efficaces et
spécifiques contre les métastases, qui peuvent être espérées : utilisation
d’inhibiteurs de protéases, de molécules antiadhésives, d’antiangiogéniques.
Aspect clinique des métastases cérébrales
:
A - Épidémiologie
:
1- Incidence :
La fréquence des MC est difficile à estimer.
Elle semble en augmentation en
raison du nombre croissant des cancers bronchiques, de l’amélioration des
techniques d’imagerie médicale (tomodensitométrie [TDM], imagerie par
résonance magnétique [IRM]), de l’allongement de la survie des patients
atteints de cancer grâce aux progrès des traitements, notamment
chimiothérapiques, et d’une recherche plus systématique et rigoureuse des
MC lors des autopsies.
La barrière hématoencéphalique qui fait du cerveau
un « sanctuaire » protégerait les cellules métastatiques des chimiothérapies
administrées par voie générale.
Plusieurs études font état d’une incidence dans la population générale allant
de 2,8 à 11,5 pour 100 000 habitants.
Ces résultats sont probablement
sous-estimés.
Les MC ne sont pas toujours dépistées chez les patients atteints
de cancer, même en présence de manifestations neurologiques ; de plus,
l’information donnée par les certificats de décès sur lesquels reposent ces
estimations est souvent incomplète.
La meilleure appréciation de la fréquence des MC reste fournie par les autopsies de patients décédés de cancer, même si
un biais de recrutement est inévitable ; les hôpitaux où s’effectuent ces études
autopsiques étant généralement équipés pour traiter les patients porteurs de
MC et donc plus susceptibles de les recevoir.
La nature des cancers primitifs,
l’ancienneté des publications, l’inclusion des MC de l’enfant, des métastases
durales (MD) et des métastases leptoméningées (ML) expliquent la grande
variabilité des résultats de la littérature.
Les cancers se compliquent de métastases du système nerveux central dans
près de 30 % des cas.
Les métastases intracrâniennes en constituent la
localisation principale et surviendraient dans 25 %des cas selon Takakura
dans une série autopsique japonaise de 3 359 patients porteurs d’une tumeur
primitive solide.
Posner a revu une série autopsique américaine de
2 375 patients atteints de cancers, qui incluaient des lymphomes et des
leucémies, et fait état d’une fréquence presque identique (24 %) ; les
pourcentages varient entre 2 et 35 % dans les autres séries de la littérature.
2- Âge et sexe
:
Les MC surviennent chez les deux sexes à la même fréquence.
La majorité des MC survient entre 40 et 60 ans, à l’exception des MC de mélanome, de sarcome
et de tumeurs germinales qui affectent les sujets plus jeunes.
Les MC
sont beaucoup plus rares après l’âge de 70 ans (moins de 5 %des MC) ; ces
résultats pourraient s’expliquer par un décès plus rapide des patients âgés (avant
l’apparition ou la révélation de MC) et des autopsies moins fréquentes.
3- Cancer primitif :
La fréquence des tumeurs primitives à l’origine des MC varie suivant les
études, mais toutes s’accordent pour constater que les cancers bronchopulmonaires et les cancers du sein sont les deux plus grands
pourvoyeurs de MC, suivis des cancers gastro-intestinaux, des cancers du rein et des mélanomes.
Ces cinq cancers sont à l’origine de plus de 70 % des MC.
En combinant les différentes séries, on estime que le cancer
primitif n’est pas retrouvé dans 20 % des cas.
Si l’on s’intéresse à l’aptitude
pour un cancer donné à développer des MC, les tumeurs ayant le plus grand
tropisme pour le cerveau et ses enveloppes sont par ordre décroissant : les
mélanomes (70 %), les choriocarcinomes (40 %), les cancers du poumon
(30 à 50 %) et les cancers du sein (20 %).
B - Anatomopathologie
:
1- Nombre de MC :
Le nombre des MC est très variable suivant les séries.
Globalement, les MC
uniques représenteraient environ 30 % des cas dans les études autopsiques.
Les études faites à l’aide du scanner retrouvent une plus grande
fréquence deMCsolitaires (50 %), mais dans les deux cas, le nombre varie
nettement en fonction du cancer primitif.
Les cancers du rein, du petit bassin
(utérus, prostate) et les cancers gastro-intestinaux donnent plus volontiers des
métastases uniques, alors que les cancers du poumon et les mélanomes sont le
plus souvent multiples.
La moitié des patients de Takakura
ayant des MC de mélanome ont plus de cinq localisations.
2- Topographie des MC
:
* Répartition sus- et sous-tentorielle :
Les MC solitaires siègent dans la région sus-tentorielle dans 80 % des cas ;
les 20 % restantes sont en région sous-tentorielle.
Cette répartition
semble également dépendre de la tumeur primitive.
La distribution de
141 MC solitaires localisées au scanner a retrouvé une prédilection
significative des cancers gastro-intestinaux et pelviens (utérus, prostate) pour
la fosse postérieure (50 %des cas) comparativement aux autres cancers (10 %
des cas).
* Répartition dans l’encéphale :
Les MC peuvent s’implanter dans n’importe quelle partie du cerveau.
La
répartition des localisations semble généralement proportionnelle à l’afflux
de sang reçu par chaque région cérébrale.
Cependant, les métastases siègent
préférentiellement dans les régions corticales à la jonction de la substance
blanche et de la substance grise.
On les retrouve dans les régions distales artériolocapillaires des principales artères cérébrales et plus particulièrement
de l’artère cérébrale moyenne qui reçoit le débit sanguin le plus important.
Les MC sont réparties de manière égale entre les deux hémisphères.
Les lobes
frontaux et pariétaux sont plus souvent concernés que les lobes temporaux et
occipitaux.
Une étude topographique retrouve une prédilection significative
pour la région temporo-occipitale et les territoires de jonction des trois
principales artères cérébrales.
Ces résultats suggèrent que la migration
des microemboles tumoraux se fait aussi loin dans les artères cérébrales que
leur taille le leur permet.
3- Aspect macroscopique
:
* Formes nodulaires :
Il s’agit des formes les plus fréquentes.
Elles ont des contours relativement
nets et arrondis.
Leur taille peut aller de quelques millimètres à quelques
centimètres.
Les MC dépassant 10 cm sont exceptionnelles.
Leur couleur
diffère généralement du tissu avoisinant.
Elle dépend de l’importance du
stroma et de la prolifération vasculaire, de l’existence d’une nécrose ou d’une
hémorragie et de la pigmentation des cellules métastatiques.
Les nodules
pigmentés évoquent en premier lieu des métastases de mélanome.
Leur
consistance est le plus souvent ferme, elles sont alors facilement clivables.
Mais elles peuvent être ramollies, nécrotiques, adhérer aux vaisseaux et être
ainsi plus difficiles à énucléer.
Les MC nodulaires sont typiquement
compactes dans les cancers du sein, les cancers pelviens et les carcinomes épidermoïdes, alors qu’elles sont plutôt nécrotiques et hémorragiques dans
les cancers anaplasiques à petites cellules.
Des kystes peuvent se constituer.
Quand le contenu est gélatineux, mucoïde, elles évoquent une origine
digestive.
Des MC abcédées sont rencontrées dans les cancers bronchopulmonaires surinfectés et peuvent poser des problèmes
diagnostiques.
Il en est de même des formes hémorragiques, fréquentes dans
les mélanomes et les choriocarcinomes, quand les cellules métastatiques sont
difficiles à retrouver.
* Formes infiltrantes :
Leur consistance est molle et granuleuse ; il est difficile d’en distinguer les
limites.
Elles proviennent fréquemment des cancers bronchopulmonaires.
* Formes périventriculaires :
Très rares, elles se rencontrent surtout dans les cancers anaplasiques à petites
cellules.
Il existe une infiltration périventriculaire sous-épendymaire diffuse
pouvant concerner les ventricules latéraux, le IIIe et le IVe ventricule.
L’extension aux leptoméninges est souvent limitée, voire absente.
* Formes pseudoangiomateuses :
Les MC peuvent prendre un aspect pseudoangiomateux à l’angiographie.
Elles s’associent aux cancers bronchiques, aux cancers du sein, du rein, de la
thyroïde et aux mélanomes.
* Formes calcifiées :
Elles ont été rapportées dans divers types de cancers sans spécificité
particulière : cancers abdominaux (gastriques, coliques, pancréatiques),
pelviens (ovaires, col de l’utérus), du sein, bronchiques, sarcomes
ostéogéniques.
* Formes miliaires :
Elles correspondent à d’innombrables métastases et semblent surtout le fait
de mélanomes.
La présentation est celle d’une encéphalite.
* Métastases des nerfs crâniens :
Il semble exister quelques cas de métastases isolées de nerfs crâniens
d’origine hématogène touchant le ganglion de Gasser, le nerf glossopharyngien ou le nerf optique.
En réalité, il est très difficile d’être
certain que ces localisations ne résultent pas d’une méningite carcinomateuse.
4- Aspect microscopique :
La MC reproduit habituellement l’aspect histologique de la tumeur primitive.
Cependant, elle peut être moins bien différenciée et il est impossible d’en
deviner l’origine dans un cas sur trois.
Une prolifération vasculaire est
observée en périphérie de la tumeur ; elle est en revanche moins dense au
centre et dans les parties nécrosées.
Des cellules tumorales peuvent être
rarement retrouvées dans la lumière des vaisseaux, le plus souvent dans les
veinules.
On note une gliose réactionnelle en périphérie de la tumeur, avec
une infiltration lymphocytaire et de macrophages autour des régions
nécrotiques.
Une réaction oedémateuse, dont l’importance n’est pas corrélée
au volume tumoral, siège en périphérie, surtout dans la substance blanche.
5- Cas particuliers
:
* Métastases localisées dans une tumeur primitive
:
Une soixantaine de cas ont été rapportés dans la littérature.
Les méningiomes
représentent deux tiers des tumeurs primitives sur lesquelles se sont
implantées des métastases.
Les gliomes sont plus rarement concernés.
Sur les
huit cas répertoriés par Tajika, on compte deux glioblastomes, deux
oligodendrogliomes, deux astrocytomes anaplasiques, un épendymome et un
astrocytome récidivant.
Il faut signaler d’autre part la fréquence relative des adénomes hypophysaires (quatre cas) et des schwannomes (quatre cas).
Un
cas de choristome colonisé par une métastase de lymphome systémique a été
rapporté.
Les métastases proviennent dans un tiers des cas d’un cancer du
sein et dans un autre tiers d’un cancer bronchique.
Les cancers de la prostate,
du rein et les mélanomes sont plus rarement en cause.
Les greffes de MC sur
une tumeur cérébrale primitive pourraient s’expliquer par des modifications
physiologiques du milieu local qui favoriseraient l’implantation et la
croissance des métastases.
Il pourrait s’agir de la richesse de la trame
collagène au sein des méningiomes, d’une augmentation de la vascularisation
au sein de la tumeur ou d’une altération de la barrière hématocérébrale.
On
avance aussi l’hypothèse d’un mécanisme plus spécifique de reconnaissance
par la cellule métastatique du tissu cible où les facteurs d’adhérence auraient
un rôle important.
* Métastases hémorragiques :
Les hémorragies sont plus fréquentes dans les métastases que dans les
gliomes.
Elles compliquent 14 % des MC et surviennent souvent
précocement.
Les carcinomes bronchiques en constituent la première cause,
mais lesMCles plus susceptibles de saigner sont celles des choriocarcinomes
(60 %) et des mélanomes (30 %) devant les MC d’origine rénale.
Les examens histologiques ont montré que les hémorragies se développaient
préférentiellement dans la périphérie de la tumeur, là où la croissance
cellulaire est la plus rapide, et dans le tissu nécrotique.
La vitesse de
croissance, l’importance de la vascularisation et la nécrose tumorale ont été
incriminées dans la pathogénie.
Le rôle d’une fibrinolyse locale au sein des
MC est évoqué par certains auteurs.
L’envahissement des vaisseaux
par les cellules métastatiques, fréquent dans les mélanomes et les choriocarcinomes, pourrait aussi fragiliser la paroi vasculaire et favoriser le
saignement.
Plusieurs observations associant MC de choriocarcinome et des
anévrismes cérébraux ont été rapportées.
Il s’agit dans ce cas d’un
anévrisme oncotique lié à l’envahissement des parois vasculaires par les
cellules métastatiques.
Le fait que plusieurs MC hémorragiques puissent
survenir de manière simultanée chez certains patients en l’absence de
coagulation intravasculaire disséminée ou d’hypertension artérielle reste
inexpliqué.
* Métastases hypophysaires
:
La fréquence des métastases hypophysaires varie beaucoup selon les études,
de 1 à 28%.
Il s’agit en fait d’un siège rare de métastase mais
relativement fréquent si l’on tient compte du faible poids de l’hypophyse.
Les
cancers du sein ont un tropisme particulier pour la région pituitaire puisqu’ils
sont à l’origine de la moitié des métastases hypophysaires, alors que les
cancers pulmonaires ne sont en cause que dans un cas sur cinq.
Les
métastases hypophysaires ne sont symptomatiques que dans 2,5 à 7 %des cas
et il s’agit, dans 82 % des cas, d’un diabète insipide.
En effet, les
métastases se localisent préférentiellement dans le lobe postérieur et dans la
loge pituitaire qui sont vascularisés par voie artérielle directe, alors que
l’antéhypophyse se vascularise secondairement par un système porte qui la
rend moins accessible aux emboles métastatiques.
Max rapporte une
dissémination méningée associée chez quatre de ses 18 patients.
Les
métastases hypophysaires sont presque toujours accompagnées de métastases extracrâniennes, qui conditionnent le pronostic vital et témoignent de la
dissémination du cancer primitif.
Le traitement consiste en général en une
radiothérapie associée à un traitement par desmopressine.
* Métastases durales :
Les MD seraient présentes chez 10 % des patients décédés de cancer.
Les MD uniquement localisées à la dure-mère en représenteraient la
moitié.
Les tumeurs le plus fréquemment à l’origine des MD sont les
cancers du sein et les cancers du poumon, représentant respectivement 50 %
et 17 %des causes deMD.
En termes d’affinité, ce sont encore les cancers
du sein puis les mélanomes et les cancers de la prostate qui ont le plus grand
tropisme pour la dure-mère, donnant respectivement 32 %, 11 % et 9 % de MD dans l’étude autopsique de Takakura.
L’étude de Posner, qui ne
prend en considération que les métastases exclusivement localisées à la duremère,
retrouve des résultats différents avec par ordre de fréquence
décroissant : les neuroblastomes, les cancers de la prostate, les cancers du
sein, donnant respectivement 32 %, 27 %, 7 % de MD à l’autopsie.
La dissémination à la dure-mère pourrait se faire selon plusieurs voies :
– par extension directe des cellules tumorales implantées initialement à l’os
du crâne ; des métastases osseuses intracrâniennes associées aux MD sont
retrouvées dans 15 % des cas ;
– par propagation lymphatique de contiguïté à partir des ganglions
cervicaux ; les cellules métastatiques pourraient alors pénétrer les espaces
épiduraux par les orifices de la base ;
– par voie hématogène à partir des artères méningées ou par les sinus veineux
via le plexus de Batson.
Les MD sont habituellement multifocales, elles peuvent prendre une forme
nodulaire avec protrusion dans les espaces sous-duraux et adhérer à
l’arachnoïde.
Elles peuvent envahir secondairement les leptoméninges
(notamment en s’infiltrant le long des nerfs crâniens) et le parenchyme
cérébral.
Le diagnostic différentiel avec un méningiome est parfois
impossible à faire sur l’imagerie.
En dehors de l’envahissement cérébroméningé, les deux principales complications des MD sont les
trombophlébites cérébrales et les hématomes sous-duraux.
Des observations de MD se compliquant d’occlusion de sinus veineux ont été rapportées.
Dans
une série comportant 23 cas, 15 concernaient le sinus longitudinal
supérieur ; il s’agissait le plus souvent de MD de la voûte du crâne d’origine
mammaire.
Les huit autres concernaient le sinus caverneux et provenaient de
cancers du nasopharynx.
Les hématomes sous-duraux non traumatiques
(pachymeningitis interna haemorragia) compliquant une MD sont retrouvés
avec une fréquence allant de 0,5 à 4 %.
Meyer sur une série de
216 patients porteurs de MC rapporte 26 cas d’envahissement de la duremère,
dont neuf étaient associés à un hématome.
Ils proviendraient du
saignement direct de la MD.
Un autre mécanisme serait la dilatation et la
rupture des capillaires de la couche interne de la dure-mère, secondaire à
l’obstruction des vaisseaux de la couche externe de la dure-mère par les
cellules néoplasiques.
C - Caractéristiques des métastases cérébrales
selon la tumeur d’origine :
1- Cancers du poumon
:
Il s’agit du cancer qui se révèle le plus fréquemment par des MC.
Ce sont les carcinomes anaplasiques à petites cellules qui sont les plus
neurophiles devant les adénocarcinomes et les carcinomes épidermoïdes qui
métastasent respectivement au cerveau dans 70, 50 et 32 % des cas dans les
études autopsiques.
Les MC des carcinomes anaplasiques à petites
cellules sont pratiquement toujours multiples et associées dans plus de trois
cas sur quatre à d’autres localisations métastatiques.
D’autres facteurs
pourraient influencer le potentiel métastatique des cancers du poumon.
Tomlinson a rapporté une plus grande fréquence des MC dans les cancers
bronchopulmonaires quand ils étaient périphériques et apicaux, quel que soit
le type histologique.
D’autre part, une corrélation entre un envahissement
ganglionnaire et le risque de développer des MC a été établie dans les
adénocarcinomes pulmonaires.
2- Cancer du sein :
La moitié des MC resteraient asymptomatiques.
Les MC des cancers du sein
ne s’exprimeraient cliniquement que chez 10 %des patientes au stade IV,
et de manière isolée sans autre localisation métastatique dans seulement 1 %
des cas.
L’atteinte associée de la dure-mère est relativement fréquente et
retrouvée jusque dans 30 % des cas dans certaines séries.
Le diagnostic
différentiel avec un méningiome (dont l’association avec un cancer du sein
est connue) est parfois difficile.
3- Cancers d’origine gastro-intestinale
:
La fréquence des métastases intracrâniennes serait de 8 % selon Takakura
dans une série autopsique de 750 patients.
La principale cause est le cancer
du côlon qui se complique de MC dans 5 à 12%des cas.
Les MC sont
localisées dans plus d’un tiers des cas dans la fosse postérieure.
Elles sont
associées dans 85 % des cas à des métastases pulmonaires et dans 50 %à des
métastases hépatiques.
Les cancers du pancréas et de l’estomac métastasent
au cerveau respectivement dans 9 et 6 % des cas. Les MC de carcinomes de
l’oesophage sont encore plus rares.
4- Cancer du rein
:
Sur une série de 926 patients suivis à la Mayo Clinic pour un cancer du rein,
Gay retrouve des métastases intracrâniennes dans 4 % des cas.
Les
principales études autopsiques retrouvent une fréquence plus élevée variant
de 10 à 24 %.
La localisation des MC est habituellement supratentorielle et les MC sont pratiquement toujours associées à une
dissémination métastatique extracrânienne (90 %).
Elles présentent
fréquemment une hémorragie intratumorale.
5- Mélanomes :
Bien qu’ils ne représentent que 2 % des cancers, ils correspondent à la
cinquième cause de métastases intracrâniennes (4 à 8 %des MC) en raison de
leur très forte affinité cérébrale, particulièrement marquée pour la substance
grise (cortex et noyau gris).
Des MC se développent dans 50 à 92 % des cas
de mélanome.
Elles sont multiples dans plus des deux tiers des
cas. Près de 30 % d’entre elles sont hémorragiques.
Les enveloppes sont
fréquemment affectées, jusqu’à 50 % dans une série autopsique et plus
particulièrement la dure-mère (32 %).
Les MC sont associées dans trois
quarts des cas à d’autres localisations métastatiques extracrâniennes.
Dans
10 % des cas, le mélanome primitif n’est pas retrouvé.
6- Cancer de la prostate
:
Les MC sont rares.
Elles représenteraient 1,8 % des MC.
Dans les séries autopsiques, elles sont retrouvées chez 8 à 17% des patients, mais le
diagnostic ante mortem ne serait fait que dans une minorité des cas.
Elles
sont le plus souvent uniques et situées fréquemment dans la fosse postérieure.
Elles constituent rarement le site exclusif de la dissémination métastatique.
La localisation à la dure-mère serait particulièrement fréquente.
7- Cancers pelviens de la femme
:
Des métastases intracrâniennes s’observent très rarement dans l’évolution de
cancers de l’endomètre (1 %).
Une dissémination cérébrale est également
rare dans les cancers de l’ovaire (2 à 6 %), mais leur incidence serait
en augmentation depuis la découverte d’une chimiothérapie efficace (dérivés
du platine).
L’âge moyen des patientes ayant des MC semble plus jeune que
celui des patientes n’en ayant pas.
Dans certaines études autopsiques, on
peut retrouver jusqu’à 18 % de MC dans les cancers du col de l’utérus.
8- Choriocarcinome :
Il s’agit de tumeurs très rares, plus fréquentes enAsie, qui se développent dans
l’utérus à partir de cellules trophoblastiques.
Ils représentent 3 %des cancers
de la femme et 12 % des MC en Thaïlande.
Des antécédents de môle hydatiforme, d’avortement ou de grossesse normale sont retrouvés
respectivement dans 50, 30 et 20 % des cas.
La fréquence des MC dans
les séries autopsiques serait de 30 à 40 %.
Elles sont fréquemment associées
à des anévrismes néoplasiques et à des saignements intratumoraux qui sont à
l’origine de plus de la moitié des décès. Une dissémination métastatique,
notamment pulmonaire, accompagne presque toujours les MC.
Parfois, la
tumeur primitive peut être rejetée ou passer inaperçue ; l’augmentation
constante des bêta-hCG (human chorionic gonadotrophin) constitue alors un
marqueur capital dans le diagnostic et le suivi de la tumeur.
9- Sarcomes :
Tous types confondus, ils métastasent au cerveau dans 4 à 25%des cas selon
les séries.
Un tiers des MC sont de découverte autopsique.
Les
fibrosarcomes et les sarcomes alvéolaires des tissus mous auraient un
tropisme particulièrement important pour le système nerveux central.
Les MC sont à l’origine de la découverte du cancer primitif dans 12 %des cas
et participent directement au décès des patients dans un cas sur cinq, souvent
par hémorragie tumorale.
10- Autres causes
:
Les myxomes cardiaques, les mésothéliomes malins, les tumeurs
germinales du testicule, les tumeurs carcinoïdes du tube digestif, les
cancers de la thyroïde, les cancers de la vessie, les chordomes
peuvent se compliquer de MC.
D - Clinique
:
1- MC asymptomatiques :
Les MC asymptomatiques découvertes à l’autopsie représentent 25 à 33 %
des cas dans la plupart des séries.
Des observations de MC
asymptomatiques découvertes plus de 10 ans après le diagnostic de la tumeur
primitive ont été rapportées.
Il s’agit le plus souvent de cancers du sein.
Délai séparant le diagnostic des MC du cancer primitif
Selon le registre japonais des tumeurs cérébrales (928 MC), la découverte
des MC précède celle du cancer primitif dans 20 % des cas et survient dans
les 6 mois qui suivent le diagnostic de la tumeur primitive dans 30 %des cas.
La fréquence desMCrévélatrices du cancer primitif varie entre 8 et 51 %dans
les autres séries.
Le délai séparant les deux diagnostics change en fait
considérablement en fonction de la tumeur primitive. Ce délai est d’environ
5 à 7 mois pour les cancers du poumon alors qu’il est de 17 à 42 mois pour les
cancers du sein.
Une MC du poumon sur quatre est révélatrice de la
tumeur primitive, alors qu’aucun cas similaire n’est observé dans le cancer
du sein dans la série de Takakura.
Constans rapporte l’observation d’une
MC d’un cancer du sein apparue 23 ans après une mastectomie.
Pour les
cancers du rein, les cancers gastro-intestinaux, les mélanomes, le délai moyen
varie de 1 à 5 ans.
2- Mécanismes responsables de la symptomatologie :
Une conséquence directe des MC est la destruction et la compression
progressive du tissu cérébral, parfois accélérées par une transformation
kystique, une nécrose ou une hémorragie intratumorale.
À ces mécanismes
s’ajoute très rarement celui d’emboles métastatiques symptomatiques.
Le tableau clinique résulte aussi de modifications indirectes provoquées par
le processus tumoral :
– en premier lieu, l’oedème vasogénique péritumoral, lié à l’augmentation de
la perméabilité des capillaires cérébraux néoplasiques, joue un rôle essentiel
dans la plupart des manifestations cliniques des MC, qu’il s’agisse de
manifestations focales, de signes d’hypertension intracrânienne (HIC) ou
d’un engagement cérébral ; l’importance du rôle de l’oedème vasogénique
explique la fréquence de l’amélioration spectaculaire et rapide sous
corticoïdes ;
– la tumeur peut aussi provoquer une hydrocéphalie par blocage des voies
d’écoulement du liquide céphalorachidien (LCR) ou plus exceptionnellement
par une infiltration leptoméningée diffuse ;
– des structures vasculaires peuvent être comprimées ; l’existence de
compression artérielle d’origine tumorale n’a jamais été prouvée de façon
claire ; en revanche, les compressions veineuses, notamment du sinus
longitudinal supérieur, par une métastase durale, ne sont pas exceptionnelles ;
– des hématomes sous-duraux sont parfois associés à des MC superficielles
ou durales.
3- Phase initiale
:
* Mode de début aigu :
La symptomatologie des MC débute brutalement dans la moitié des cas.
Le tableau initial peut se présenter sous la forme d’une crise d’épilepsie ou
sous une forme pseudovasculaire.
+ Crise d’épilepsie
:
Une crise constitue le tableau initial dans 12 à 39 % des cas.
Typiquement, il s’agit de mouvements cloniques répétés d’un membre ou
d’un segment de membre qui peuvent s’étendre selon une démarche bravaisjacksonienne
et se généraliser secondairement.
Un déficit postcritique
régressif en quelques heures ou quelques jours est fréquent.
Le déficit peut
aussi rester permanent.
Les crises peuvent être généralisées ou parfois
constituer un état de mal d’emblée.
Elles sont rarement temporales, visuelles
ou adversives et plus fréquentes chez les patients porteurs de MC multiples.
+ Manifestations pseudovasculaires :
Elles se rencontrent chez 15 % des MC et peuvent prendre plusieurs formes.
Symptomatologie aiguë non régressive : ce tableau apparaît sous la forme
d’une monoparésie ou d’une hémiplégie de survenue brutale avec
conservation de la vigilance.
Plus rarement, il s’accompagne d’une brève
perte de connaissance ou se manifeste par un syndrome méningé ou un coma
d’emblée.
Ces manifestations doivent faire évoquer une hémorragie intratumorale.
En l’absence d’hémorragie au scanner, la pathogénie de cette
présentation reste obscure. Un mécanisme ischémique par compression
artérielle n’a pas été prouvé.
L’évolution se fait généralement vers une
stabilisation transitoire précédant une nouvelle aggravation progressive.
D’autres manifestations peuvent survenir de manière aiguë tels des troubles
du langage, des paresthésies, une hémianopsie latérale homonyme isolée ;
quelques cas de mouvements choréoathétosiques ont été rapportés.
Évolution en trois temps : après la survenue brutale de l’hémiplégie, le patient
va récupérer progressivement suivant l’évolution habituelle d’un accident
vasculaire cérébral régressif, avant de se détériorer à nouveau de façon
subaiguë plusieurs jours ou semaines plus tard ; c’est l’évolution en trois
temps décrite par Paillas.
La première phase pourrait être due à l’occlusion
d’un vaisseau cérébral par un embole métastatique.
La phase d’amélioration,
qui peut durer des semaines, correspondrait à la reprise fonctionnelle de l’aire ischémiée.
Enfin, la phase d’aggravation serait la manifestation de la
croissance tumorale à partir de l’embole métastatique.
Cette évolution
clinique peut aussi se rencontrer dans les hémorragies tumorales révélatrices,
avant d’être suivie d’une période de résorption de l’hématome puis
d’aggravation liée à la croissance tumorale.
* Épisodes déficitaires répétés : le tableau est caractérisé par la survenue brutale
et répétée de déficits neurologiques rapidement régressifs à type de
paresthésies d’un bras ou d’une jambe, de troubles du langage ou d’une
hémiplégie évoquant des accidents ischémiques transitoires.
Il ne s’agirait pas
d’un processus embolique mais de crises d’épilepsie focales.
* Mode de début progressif
:
Dans l’autre moitié des cas, le début se fait progressivement.
+ Céphalées :
Elles constituent le symptôme le plus fréquent. Elles sont présentes dans
environ la moitié des cas.
Elles traduisent l’atteinte des structures
intracrâniennes sensibles à la douleur par déplacement de la dure-mère, des
sinus veineux et la compression ou la traction des nerfs crâniens.
Elles sont le
plus souvent diffuses, sans valeur localisatrice.
Les céphalées apparaissent
fréquemment de manière isolée dans les MC multiples, les MC frontales et
cérébelleuses.
Elles surviennent typiquement au réveil, disparaissant
rapidement au lever.
Elles vont s’aggraver progressivement, devenir plus
intenses, plus tenaces, avant de devenir permanentes et de s’associer à
d’autres signes d’HIC (nausées, vomissements, somnolence).
L’oedème
papillaire ne serait retrouvé que dans un cas sur quatre (15 à 43 % selon les
séries) chez les patients céphalalgiques à l’admission.
Sa
présence dans les MC semble mal corrélée avec la taille de la tumeur.
Paillas
y voit plutôt le signe de MC multiples.
D’autres auteurs signalent la
présence d’une hémorragie péripapillaire, associée dans près de la moitié des
cas à l’oedème papillaire et cela de manière plus fréquente que dans les
gliomes.
+ Déficits moteurs focaux :
Ils sont présents initialement dans 18 à 40 % des cas et dans 67 % lors du
diagnostic.
Il faut insister sur leur faible corrélation anatomoclinique.
En effet, si la topographie du déficit permet de localiser la tumeur dans
l’hémisphère controlatéral, le siège précis est difficile à situer en raison du
retentissement que peut avoir la tumeur à distance sur d’autres régions
cérébrales, notamment par le biais de l’oedème péritumoral.
Ainsi, les déficits
moteurs sont plus fréquemment retrouvés que les signes sensitifs dans lesMC
rétrorolandiques.
Certaines MC volumineuses peuvent refouler le tronc
cérébral et comprimer le pédoncule opposé contre la tente du cervelet et
induire une hémiplégie homolatérale à la lésion tumorale.
+ Altération des fonctions supérieures
:
Leur incidence varie considérablement selon les séries, de 9 à 52% des
cas.
Il peut s’agir de troubles isolés de la mémoire, d’une apraxie, d’une
difficulté à s’habiller, à lire, à calculer alors que les autres fonctions
intellectuelles semblent préservées.
Un trouble du langage inaugural
s’observe dans 1 à 10%des cas.
Ces manifestations, quand elles
sont pures, peuvent avoir une valeur localisatrice, mais dans la plupart des
cas elles ne sont pas spécifiques et s’associent à des troubles du comportement
ou de l’humeur.
Elles témoignent alors de MC multiples ou d’une
augmentation de la pression intracrânienne.
+ Ataxie
:
Elle est retrouvée chez 20 % des patients.
L’ataxie peut être secondaire à
une tumeur cérébelleuse ou du tronc cérébral, à une volumineuse MC frontale,
à une hydrocéphalie et beaucoup plus rarement à une lésion pariétale.
+ Autres manifestations cliniques révélatrices plus rares :
Un hémiballisme associé à des MC du corps de Luys, des myoclonies
rythmiques des membres et de la face avec un tremblement de repos révélant
une MC mésencéphalique, un syndrome deWallenberg révélant une MC
de la fossette latérale du bulbe, une hypotension orthostatique révélant une
MC du tronc cérébral ou associée à des MC sous-épendymaires
périventriculaires et infiltrant le plancher des IIIe et IVe ventricules, une
migraine avec aura ont été rapportés.
4- Phase d’état :
Après un début progressif, l’évolution se fait le plus souvent de manière
subaiguë.
Le tableau à la phase d’état est dominé par une HIC, les signes
déficitaires, l’altération des fonctions supérieures et des troubles de la
vigilance.
Il faut signaler la discordance fréquente entre les symptômes et les
signes cliniques.
Dans une série de 162 patients, Posner a retrouvé chez deux
tiers d’entre eux une hémiparésie ou une monoparésie à l’examen, alors que
seulement 40 % d’entre eux se plaignaient d’une faiblesse focalisée.
L’altération des fonctions cognitives était aussi sous-évaluée puisque trois
quarts des patients étaient incapables d’effectuer correctement le mini mental
test.
E - Examens complémentaires :
La TDM et l’IRM cérébrales permettent en pratique courante de révéler les
MCchez des patients cancéreux.
Elles apportent des informations précieuses
concernant leur nombre, leur taille, leur aspect, leur distribution.
Ces examens
constituent le moyen le plus objectif d’appréciation de l’évolution des MC
traitées.
Cependant, aucune image n’est spécifique et le diagnostic de
certitude reste toujours un diagnostic histologique.
1- TDM cérébrale
:
Presque toutes les MC de diamètre supérieur à 5 mmsont visualisées.
Sur
les clichés sans injection de produit de contraste, les MC apparaissent hypodenses dans 50 % des cas, spontanément légèrement hyperdenses dans
40 % et isodenses dans 5 à 17% des cas et ne sont révélées dans ce dernier
cas qu’après injection de produit iodé intraveineux.
En effet, près de 90 %
des MC prennent le contraste, traduisant une rupture de la barrière hématoencéphalique au sein de la tumeur.
Les lésions hypodenses à la
TDM sans injection évoquent un oedème cérébral quand elles présentent des
bords mal limités s’étendant de manière diffuse en « doigt de gant » ; quand
les bords sont bien arrondis et bien limités, elles peuvent correspondre à un
kyste intratumoral.
Une hypodensité peut parfois être cernée par un anneau
hyperdense, traduisant des remaniements hémorragiques liés à la néovascularisation tumorale périphérique, et exceptionnellement à la
présence de calcifications périphériques.
La prise de contraste peut prendre
plusieurs formes : celle d’un nodule bien arrondi homogène, d’un anneau à
paroi fine ou d’un anneau à paroi épaisse et irrégulière éventuellement
multilobé avec un centre hypodense ; elle peut aussi avoir un aspect gyriforme
ou border les ventricules.
Un effet de masse accompagne les lésions uniques
dans neuf cas sur dix alors qu’il est moins fréquent dans les MC multiples.
Les adénocarcinomes se présenteraient plus souvent sous la forme d’un
nodule hyperdense prenant le contraste de manière homogène et entouré d’un
oedème diffus alors que les carcinomes épidermoïdes prendraient plus
fréquemment le contraste en anneau.
Lorsque laTDMest normale malgré une
forte suspicion clinique, il ne faut pas hésiter à effectuer une IRM.
2- IRM cérébrale :
L’IRM possède une plus grande sensibilité que le scanner.
Elle permet de
mieux explorer la fosse postérieure et la région de la voûte du crâne qui sont
souvent mal visualisées et le fait d’artefacts osseux au scanner.
L’extension
tumorale et le retentissement sur le parenchyme cérébral environnant sont
également mieux appréciés.
Toutefois, certainesMCtrès bien visualisées à la
TDM avec injection peuvent apparaître iso-intenses à l’IRM.
L’injection de
gadolinium est donc nécessaire.
La plupart des MC présentent un signal
moins intense que le parenchyme cérébral sur les images en séquence T2 alors
que l’oedème entraîne un hypersignal.
L’IRM avec injection de gadolinium
doit être systématique lors du bilan préopératoire des MC apparemment
uniques.
En effet, elle permet dans 10 à 20 % des cas de détecter d’autres
localisations passées inaperçues au scanner.
3- Artériographie :
Elle n’est plus utilisée à titre diagnostique.
Elle montre classiquement un
blush tumoral arrondi à contour régulier, alimenté par un pédicule artériel et
un drainage veineux précoce.