Afin de faciliter la démarche diagnostique, nous avons
séparé les causes fréquentes des causes rares.
Cette distinction n’a
de valeur que relative et ne concerne qu’un sujet sans antécédent et
vivant dans une région développée sans endémie particulière.
A -
MÉNINGITES BACTÉRIENNES :
1- Tuberculose :
Bien que les méningites tuberculeuses surviennent surtout dans les
pays en voie de développement, elles continuent à survenir dans les
pays développés et n’épargnent aucune classe sociale.
Il s’agit
ainsi de la première cause de méningite chronique dans la série
d’Anderson et Willoughby.
Le développement de l’épidémie de
sida s’accompagne d’une augmentation des affections tuberculeuses
sans en modifier la présentation clinique ni les anomalies du LCR.
La clinique est classiquement marquée par l’installation subaiguë
d’une méningite basilaire fébrile précédée d’une altération de l’état
général.
Cependant, dans les pays développés, les présentations
atypiques tendent à devenir de plus en plus fréquentes.
Dans l’étude
de Kennedy et Fallon pratiquée en Écosse, le délai entre les
premiers symptômes et l’hospitalisation, qui était en moyenne de
2-3 semaines, était compris entre 1 et 6 mois dans 25 % des cas.
Exceptionnellement, des durées évolutives de plusieurs années ont
été rapportées.
La constitution d’une hydrocéphalie est corrélée
à la durée d’évolution et apparaît dans la quasi-totalité des cas après
1 mois.
L’atteinte des nerfs crâniens est fréquente, présente dans
environ 40 % des cas.
La pléiocytose peut être à prédominance
polynucléaire initialement mais devient lymphocytaire après
quelques semaines.
Cependant, une réaction cellulaire à
polynucléaires persiste parfois pendant toute l’évolution de la
méningite.
L’hypoglycorachie peut être absente au début mais
apparaît habituellement si l’on répète les examens du LCR.
La
recherche d’une porte d’entrée n’est positive que dans une minorité
de cas.
Ainsi, les antécédents de tuberculose pulmonaire sont rares
(10 %) et les anomalies évocatrices à la radiographie de thorax sont
inconstantes (25-50 %).
L’intradermoréaction (IDR) à la
tuberculine n’est positive que dans environ la moitié des cas.
La
négativité des tests tuberculiniques peut être le fait d’une
immunodépression passagère, et il n’est pas rare que les tests
deviennent positifs après la mise sous traitement antituberculeux.
Au fond d’oeil, la présence de tubercules choroïdiens est retrouvée
dans 10 % des cas.
La confirmation définitive du diagnostic de méningite tuberculeuse
nécessite l’isolement du bacille de Koch (BK) dans le LCR.
Néanmoins, dans la série de Anderson et Willoughby, parmi 47 cas
de méningites chroniques évoquant une origine tuberculeuse, 40 %
n’avaient pu être confirmés par l’examen bactériologique du LCR :
dans 10 % des cas le BK avait pu être cultivé sur un autre site, et
chez 30 % des patients, c’est seulement l’évolution favorable sous
un traitement antituberculeux d’épreuve qui avait conforté le
diagnostic.
Ces résultats sont comparables à ceux observés au
cours de toutes les méningites tuberculeuses, sans distinction de leur
mode de présentation.
Dans 20-50 % des cas, le BK ne peut être isolé
dans le LCR.
Lorsqu’au moins trois PL sont pratiquées, la
rentabilité des cultures atteint 50 à 80 %.
La technique de PCR
s’est révélée positive dans certains cas de méningites tuberculeuses
cliniquement très probables dont les cultures étaient restées
négatives.
De plus, la PCR peut rester positive pendant
plusieurs semaines après l’institution d’un traitement.
Les
difficultés de mise en évidence de BK dans le LCR expliquent que le
diagnostic de tuberculose soit souvent retenu en l’absence
d’isolement du BK dans le LCR s’il existe une preuve de tuberculose
extraneurologique, une IDR fortement positive ou une réponse
positive à un traitement antituberculeux d’épreuve.
2- Brucellose :
Devant une méningite chronique, une brucellose doit être évoquée,
même en l’absence de contexte épidémiologique (consommation de
lait cru, contact avec le bétail) qui manque dans environ un tiers des
cas.
Outre la notion d’exposition, les arguments qui orientent vers une méningite brucellienne sont une évolution fluctuante pouvant
durer jusqu’à 18 mois, des accidents ischémiques transitoires, une
atteinte du nerf cochléovestibulaire, rarement un tableau de
méningoradiculonévrite.
L’examen du LCR montre une pléiocytose
moyenne d’une centaine d’éléments constituée de lymphocytes et
parfois, en début d’évolution, de polynucléaires.
La glycorachie est
abaissée dans la moitié des cas.
L’isolement de Brucella est rare,
possible dans moins de 10 % des cas, et très lente.
La sérologie
possède une excellente sensibilité et une excellente spécificité.
3- Syphilis :
La présence d’une inflammation méningée chronique est le point
commun de toutes les formes de neurosyphilis.
Son évolution est
le plus souvent subaiguë ou chronique.
L’existence d’un syndrome
méningé est rare.
Les accidents vasculaires cérébraux se rencontrent
dans la forme méningovasculaire.
Une neurosyphilis peut également
se révéler par une atteinte des nerfs crâniens (VIII, VII, II surtout)
ou une hydrocéphalie.
La classique paralysie générale et le tabès
sont actuellement exceptionnels.
Des anomalies du LCR sont
pratiquement toujours retrouvées en cas de neurosyphilis active.
La pléiocytose est modérée (en moyenne 40 éléments/mm3) et le plus
souvent lymphocytaire.
Cependant, une prédominance de
polynucléaires a été retrouvée chez 40 % des patients dans une série
de 241 cas de neurosyphilis.
La glycorachie est normale ou
discrètement abaissée. L’anomalie la plus évocatrice est une
élévation franche des gammaglobulines avec un aspect oligoclonal.
Les sérologies tréponémiques sont constamment positives dans le
sang et le LCR, sauf au cours du sida où il existe d’authentiques
neurosyphilis séronégatives.
L’existence d’une sécrétion intrathécale d’anticorps tréponémiques (treponema pallidum
hemagglutination (TPHA) index > 100) a été proposée comme témoin
d’une neurosyphilis active.
4- Maladie de Lyme :
La méningite est la manifestation neurologique la plus fréquente du
stade d’infection disséminée.
Un antécédent d’érythème chronique
migrant n’est retrouvé que chez 40 % des patients, celui-ci ayant
alors précédé les signes de méningite de 2 à 10 semaines.
La
fréquence d’un syndrome méningé clinique est diversement
appréciée suivant les séries, entre 30 et 90 %.
L’évolution de la
méningite, en l’absence de traitement, s’étale entre 1 et 9 mois.
Une
évolution fluctuante est fréquente, se manifestant par des périodes
de quelques semaines où le syndrome méningé est intense, alternant
avec des intervalles libres également de plusieurs semaines où les
signes sont absents ou modérés.
Les céphalées sont le signe le plus
souvent rapporté, présentes dans 30 à 90 %.
La raideur de nuque est
inconstante (10-20 %), mais peut parfois être très importante.
Environ la moitié des patients présentent des signes d’encéphalite
qui sont le plus souvent discrets (troubles de la mémoire,
modifications thymiques).
D’autres manifestations centrales ont été
décrites lors de la phase secondaire, mais sont beaucoup plus rares :
myélite, crises comitiales, hémiplégie, syndrome cérébelleux.
Un
tableau associé de névrite crânienne (50 %) ou de radiculite (30-
50 %) est évocateur.
Des signes généraux sont présents dans deux
tiers des cas : fièvre (30 %), asthénie, anorexie, myalgies, arthralgies.
Une méningite accompagne également les manifestations
neurologiques tardives de la maladie de Lyme mais est rarement
symptomatique.
Des manifestations neurologiques centrales variées
ont été décrites.
Le plus souvent, il s’agit d’un tableau
d’encéphalomyélite chronique pouvant évoluer sur de nombreuses
années (jusqu’à 15 ans) sur un mode fréquemment fluctuant.
Une
névrite crânienne est présente dans la moitié des cas.
Contrairement
aux formes secondaires, l’atteinte des racines spinales est rare (5 %).
Des formes évoluant par poussées s’accompagnant d’hypersignaux
identiques à ceux de la sclérose en plaques ont été rapportées.
L’examen du LCR au cours des neuroborrélioses montre une
pléiocytose à prédominance généralement lymphocytaire pouvant
atteindre 3 500 éléments/mm3, parfois polynucléaire, une
hyperprotéinorachie souvent modérée, une glycorachie normale ou
faiblement abaissée.
La fréquence d’une synthèse intrathécale d’Ig
et d’un profil oligoclonal semble corrélée à la durée d’évolution.
Le
diagnostic de neuroborreliose repose sur la sérologie, avec la mise
en évidence d’une sécrétion intrathécale d’anticorps spécifiques,
et plus récemment par la mise en évidence directe de Borrelia
burgdorferi par la recherche d’antigènes solubles et la technique
de PCR.
Enfin, l’évolution favorable sous un traitement
antibiotique par pénicilline est un argument important pour une neuroborréliose.
5- Méningite bactérienne « décapitée » :
Il s’agit d’un diagnostic fréquemment discuté lorsqu’un traitement
antibiotique préalable a pu partiellement traiter une méningite à
pyogènes et être à l’origine de la négativité de la bactériologie du LCR.
Néanmoins, le traitement n’affecte généralement pas les autres
paramètres du LCR (pléiocytose, glycorachie).
Ce diagnostic doit
donc être surtout évoqué devant une méningite comportant une pléiocytose élevée à polynucléaires et une hypoglycorachie.
Dans
ce contexte, la recherche d’antigènes solubles (méningocoque,
pneumocoque, Haemophilus) est d’une grande utilité.
L’évolution
sous un traitement antibiotique à doses adaptées montre une
amélioration rapide de la clinique et du LCR, la pléiocytose
devenant lymphocytaire après 24-72 heures.
6- Infection sur matériel de dérivation du LCR :
Chez des patients porteurs d’une dérivation du LCR, l’infection du
shunt constitue une cause non exceptionnelle de méningite
chronique.
Elle doit être systématiquement suspectée devant
l’apparition de signes traduisant le dysfonctionnement du shunt
(céphalées, nausées, troubles de la vigilance et des fonctions
supérieures) ou d’une fièvre qui est parfois isolée.
Le syndrome
méningé est inconstant.
Les anomalies du LCR sont généralement
modérées, parfois limitées à une hyperprotéinorachie, voire
absentes.
L’isolement du germe est souvent difficile, en dehors du
cas particulier des dérivations lombopéritonéales où la PL, pratiquée
après avoir vérifié la position du cathéter proximal, est rarement
négative.
En cas de dérivation ventriculaire et lorsqu’un réservoir a
été intercalé sur le circuit en amont de la valve, l’examen le plus
rentable est la ponction transcutanée de ce réservoir.
Il est important
de ne pas conclure à une contamination accidentelle lorsqu’un
germe habituellement considéré comme non pathogène est isolé.
En
effet, l’agent le plus souvent en cause est Staphylococcus epidermidis.
D’autres germes commensaux, comme certaines corynébactéries, ou
des champignons, sont responsables de tableaux insidieux dont le
diagnostic est particulièrement difficile.
7- Autres méningites bactériennes :
D’autres germes sont susceptibles de provoquer des méningoencéphalites dont l’évolution est parfois prolongée sur
plusieurs semaines.
Certaines étiologies n’ont fait l’objet que de
quelques observations dans la littérature.
Leur recherche est
néanmoins importante, car elles relèvent le plus souvent d’un
traitement antibiotique spécifique.
Ainsi, les méningites à Listeria monocytogenes peuvent
exceptionnellement présenter une évolution chronique, comme
cela a été rapporté au cours du sida.
Une méningite chronique
fébrile associée à des troubles hépatiques, rénaux et hématologiques,
doit faire suspecter une leptospirose, notamment en cas
d’exposition professionnelle (égoutiers).
Le diagnostic repose sur la
sérologie.
Une rickettsiose peut être à l’origine d’une méningoencéphalite
fébrile évoluant sur plusieurs semaines.
Des manifestations
neurologiques survenant au décours d’une morsure de tique doivent
faire rechercher une infection à Rickettsia et notamment à Rickettsia
coronii (fièvre boutonneuse méditerranéenne).
Le diagnostic est
sérologique.
Des méningoencéphalites fébriles ont été exceptionnellement
rapportées à une infection à mycoplasme ou Chlamydia devant une
ascension du titre des anticorps traduisant une infection récente.
Mycobacterium avium a été isolé dans le LCR dans une observation
de méningite chronique chez un sujet non immunodéprimé.
Les
méningites à mycobactéries atypiques observées au cours du sida
surviennent dans un contexte d’infection disséminée.
Dans six cas de la littérature, un foyer infectieux dentaire a été
supposé à l’origine d’une méningite chronique.
Dans deux cas,
l’antigène de Streptococcus milleri, un germe commensal de la cavité
buccale, a pu être détecté dans le LCR mais sans isolement du germe
à la culture.
Propionibacterium acnes, par ailleurs responsable d’infections sur
valve de dérivation du LCR, a été incriminé dans trois observations
de méningite chronique survenant en dehors de tout contexte
particulier.
Le germe a été isolé à l’examen bactériologique du LCR
ou de la biopsie méningée.
Certains germes responsables d’abcès cérébraux, comme Nocardia
chez le sujet immunodéprimé ou Actinomyces sont
exceptionnellement à l’origine de tableaux de méningites chroniques
isolées.
B - MÉNINGITES FUNGIQUES :
L’incidence des méningites fongiques varie considérablement en
fonction de la localisation géographique (existence de foyers de
mycoses endémiques) et du statut immunitaire du sujet.
Les
méningites mycotiques sont très rares chez les sujets
immunocompétents.
Elles se rencontrent essentiellement chez les
sujets immunodéprimés ou encore chez les patients porteurs d’un
shunt de dérivation ventriculaire.
Les méningites fungiques ont souvent une évolution insidieuse sur
plusieurs mois, voire plusieurs années, ce qui s’explique par le
caractère modéré de l’inflammation méningée.
Elles se révèlent
souvent par des céphalées.
Un tableau de démence progressive peut
parfois être au premier plan.
Les complications les plus fréquentes
sont l’hydrocéphalie et la paralysie des nerfs crâniens, en raison du
siège primitivement basilaire de la méningite.
Les localisations
primitives et disséminées de mycoses doivent être recherchées avec
soin (peau, muqueuses, sinus, poumons), mais la méningite peut
être isolée (cryptococcose).
Les prélèvements infectieux (sang,
crachats, urines, selles) sont parfois contributifs.
L’examen standard
du LCR montre habituellement une lymphocytose associée à une
hypoglycorachie.
Une prédominance de polynucléaires peut
persister pendant toute l’évolution, notamment au cours des
candidoses.
L’isolement du germe est difficile compte tenu du
faible nombre de champignons présents dans le LCR.
La négativité
des examens mycologiques, même sur plusieurs ponctions
lombaires, n’exclut jamais le diagnostic.
L’examen du LCR par
ponction cisternale peut parfois être contributif.
Dans plusieurs
observations, le diagnostic n’a pu être porté que post mortem, après
des durées d’évolution parfois de plusieurs années où le diagnostic
retenu avait été celui d’une tuberculose ou d’une sarcoïdose.
Les difficultés d’isolement des champignons expliquent le
développement de méthodes de diagnostic indirect reposant sur la
sérologie ou la recherche d’antigènes solubles.
1- Mycoses ubiquitaires :
* Cryptococcose :
La cryptococcose était la première cause de méningite fungique et la
troisième cause de méningite chronique dans la série d’Anderson et
Willoughby.
Les formes insidieuses surviennent surtout chez des
sujets non immunodéprimés où le délai précédant le diagnostic est
souvent de plusieurs mois.
Elles se manifestent par un tableau de
méningite chronique sans particularités cliniques.
Néanmoins, la
présence d’un oedème papillaire (30 %) est plus fréquente que dans
les autres étiologies de méningite chronique, en raison de la
possibilité d’une atteinte directe du nerf optique.
En dehors du sida,
l’examen direct après coloration à l’encre de Chine est négatif
dans au moins la moitié des cas.
La culture sur milieu de Sabouraud
a une sensibilité qui peut atteindre 90 %.
La méthode diagnostique
principale est la recherche d’antigènes solubles du cryptocoque dans
le LCR, technique rapide et sensible.
Néanmoins, elle peut parfois
être négative, notamment dans les formes insidieuses.
Les faux
positifs sont rares, avec des titres qui sont toujours faibles.
Chez les patients présentant une immunodépression cellulaire T, la cryptococcose neuroméningée est une des principales causes de
méningite infectieuse.
Actuellement, la majorité des cas sont
observés au cours du sida, bien que la fréquence des infections
opportunistes diminue grâce aux trithérapies.
La cryptococcose
méningée survenant dans le cadre d’une immunodépression sévère
présente plusieurs particularités : évolution subaiguë avec un
délai diagnostique moyen de 1 mois (extrêmes de 1 jour à 4 mois),
absence fréquente de raideur de nuque, existence de formes fébriles
pures, LCR peu inflammatoire mais riche en cryptocoques, antigène
soluble du cryptocoque exceptionnellement négatif sur la PL initiale.
* Candidose
:
Les méningites à Candida ont fréquemment une présentation
insidieuse, avec un délai diagnostique pouvant atteindre 4 ans (en
moyenne 17 semaines).
Il existe dans la quasi-totalité des cas un
contexte favorisant une candidose systémique (corticothérapie,
antibiothérapie à large spectre, traitement immunosuppresseur,
intervention chirurgicale digestive, cathéters, toxicomanie
intraveineuse).
Des localisations extraneurologiques d’une candidose
disséminée sont présentes dans 70 % des cas et la porte d’entrée est
souvent iatrogène (cathéters veineux, sonde urinaire).
Des
méningites chroniques isolées peuvent être rencontrées par
inoculation directe du LCR lors d’une PL ou chez les patients
porteurs d’un shunt ventriculaire.
* Autres mycoses ubiquitaires
:
Certaines mycoses à l’origine d’abcès cérébraux, comme la cladosporiose (dix cas), la mucormycose (un cas) ou encore
l’aspergillose chez l’immunodéprimé, peuvent exceptionnellement
donner un tableau de méningite chronique.
Trichosporon beigelii a
été cultivé dans le LCR au cours d’une méningite chronique chez un
patient neutropénique.
2- Mycoses endémiques :
Certaines mycoses endémiques peuvent disséminer au système
nerveux central et être à l’origine de méningites chroniques : coccidioïdomycose (régions semi-arides de l’ouest de l’Amérique du
Nord et de l’Amérique du Sud), histoplasmose (Amérique du Nord
surtout dans la région du Mississippi et de l’Ohio, Amérique
centrale, Antilles, Asie du Sud-Est, Afrique centrale et du Sud,
Océanie), blastomycose (sud-est des États-Unis, Afrique).
La coccidioïdomycose
qui a le plus grand tropisme pour le système nerveux
se présente dans un tiers des cas comme une méningite isolée.
Le
diagnostic de coccidioïdomycose méningée repose surtout sur la
sérologie qui est positive chez 95 % des patients alors que le
champignon n’est isolé dans le LCR que dans environ un tiers des
cas.
Les méningites chroniques isolées représentent 25 % des
localisations nerveuses de l’histoplasmose.
La recherche
d’antigène soluble dans le LCR est positive dans 40 % des cas et la
sérologie dans 75 % des cas.
Une méningite chronique est
rarement la seule manifestation clinique d’une blastomycose.
La
sérologie est d’un faible intérêt diagnostique.
Sporothrix shenckii est un champignon ubiquitaire, mais la majorité
des cas sont observés sur le continent américain.
Il a été responsable
de méningites chroniques, le plus souvent isolées, dans
15 observations de la littérature.
Dans une série de sept patients,
la sérologie était constamment positive, sans faux positifs détectés
sur les sérums témoins.
C - MÉNINGITES PARASITAIRES :
1- Cysticercose :
La cysticercose cérébrale est une cause importante de méningite
chronique en région d’endémie.
La forme racémeuse due à Cysticercus racemosus est liée à la présence de kyste en « grappes de
raisin » au niveau des espaces sous-arachnoïdiens, des citernes de la
base et des ventricules.
Elle se révèle le plus souvent par des
céphalées, et la durée d’évolution précédant le diagnostic est en
moyenne de 6 mois (extrêmes de 2 mois à 10 ans).
Il n’y a
généralement ni fièvre, ni raideur de nuque, ni paralysie des nerfs
crâniens.
La complication principale est une hydrocéphalie (60 %)
qui peut survenir par trois mécanismes : obstruction des foramens
de Lushka et de Magendie, kyste intraventriculaire parfois mobile
(syndrome de Bruns), hydrocéphalie à pression normale.
Des vascularites cérébrales ont également été rapportées.
Une
prédominance d’éosinophiles dans le LCR est notée dans 50 % des
cas.
Le diagnostic repose sur la sérologie dans le sang et le LCR,
ainsi que sur la visualisation de kystes à l’imagerie cérébrale.
La
recherche dans le LCR d’anticorps IgM en enzyme-linked
immunosorbent assay (Elisa) est d’une grande valeur diagnostique
dans les formes méningées actives, avec une sensibilité de 87 % et
une spécificité de 95 %.
2- Autres méningites parasitaires
:
L’angiostrongylose est la première cause de méningite à éosinophiles
en zone d’endémie (Asie du Sud-Est, Pacifique).
Il s’agit
typiquement d’une méningite aiguë ou subaiguë bénigne, mais des
tableaux chroniques ont été occasionnellement rapportés.
Le
diagnostic repose essentiellement sur des données épidémiologiques.
Un sérodiagnostic est disponible dans de rares laboratoires
(Australie).
Une trypanosomiase doit être systématiquement évoquée chez un
sujet de retour d’Afrique présentant un tableau d’encéphalite après
avoir éliminé un accès pernicieux palustre.
Le diagnostic repose sur
la mise en évidence du parasite (prélèvement ganglionnaire, sang, LCR) et la sérologie.
Au cours du sida, la toxoplasmose peut parfois donner un tableau
subaigu de méningoencéphalite sans signes de localisation ni image
d’abcès au scanner.
La réponse au traitement antitoxoplasmique
d’épreuve est l’élément essentiel du diagnostic.
D’autres parasitoses peuvent donner exceptionnellement des
méningites chroniques : amibiase, hypodermose, coenurose
, gnathostomiase, trichinose et toxocarose.
D - CAUSES VIRALES :
1- Méningite aseptique à virus de l’immunodéficience
humaine (VIH)
:
Le VIH a pu être isolé à partir de prélèvements de LCR, qu’il existe
ou non des signes neurologiques.
Une méningite qui semble être
l’effet direct du virus VIH peut se développer à tous les stades de la
maladie depuis la séroconversion jusqu’au stade de sida.
Ainsi,
l’étude systématique du LCR chez des sujets séropositifs
asymptomatiques montre dans 40 % des cas une discrète hyperprotéinorachie
(< 1 g/L) ou une hypercytose modérée (< 30 leucocytes/
mm3) et dans 70 % des cas une synthèse intrathécale
d’IgG.
Au stade de sida, l’anomalie la plus fréquente est une hyperprotéinorachie isolée sans hypercytose.
Un syndrome
méningé clinique peut survenir sur un mode aigu, récidivant ou
chronique, se manifestant par des céphalées, de la fièvre et rarement
une paralysie des nerfs crâniens (VII surtout).
L’importance des
signes cliniques méningées serait corrélée à la charge virale dans le LCR.
Le diagnostic de méningite lymphocytaire présumée à VIH
doit être un diagnostic d’élimination nécessitant d’avoir réfuté une
infection opportuniste.
La détection de l’antigène cryptococcique,
l’examen à l’encre de Chine, les cultures de BK et de champignons,
les sérologies syphilitiques et virales (virus herpes simplex [HSV],
varicelle-zona-virus [VZV], cytomégalovirus [CMV]), le dosage de
l’interféron a doivent être pratiqués systématiquement.
Les facteurs
prédictifs d’infection opportuniste méningée sont une pléiocytose
supérieure à 100 éléments/mm3, une protéinorachie supérieure à
1,5g/L et une hypoglycorachie.
2- Autres causes virales :
Le virus de la chorioméningite lymphocytaire est responsable
d’infections méningées chroniques pouvant parfois évoluer sur
plusieurs années.
Cette affection rare doit être surtout recherchée
en cas de contact avec des rongeurs (animaux de laboratoire), mais
peut également survenir sans contexte particulier.
Un diagnostic
sérologique est disponible dans des laboratoires spécialisés.
Les Entérovirus sont responsables de méningoencéphalites
chroniques graves dans le contexte très particulier des enfants
présentant une agammaglobulinémie congénitale.
Certaines méningites virales habituellement aiguës peuvent parfois
donner des évolutions plus prolongées, comme c’est le cas pour les
méningites ourliennes ou zoostériennes.
L’encéphalite à tique,
la plus importante des arboviroses européennes, entraîne une méningoencéphalite fébrile généralement aiguë mais évoluant
parfois sur plusieurs semaines.
Le diagnostic repose sur la
sérologie d’arbovirose.
Le HSV types I et II a pu être isolé dans le LCR de plusieurs patients
présentant une méningite multirécurrente de Mollaret.
En revanche,
sa responsabilité dans un syndrome de méningite chronique n’est
pas rapportée.
Causes non infectieuses
:
A - MÉNINGITES TUMORALES :
1- Envahissement méningé tumoral :
* Méningites carcinomateuses
:
Le cancer primitif est connu dans 90 % des cas (le plus souvent sein,
poumon, mélanome). Le délai entre le diagnostic de la tumeur
primitive et la découverte de la méningite carcinomateuse varie de
quelques jours à 21 ans.
Le tableau clinique est caractérisé
typiquement par l’association de signes cérébraux (céphalées
inconstantes, encéphalopathie diffuse, hémiparésie ou épilepsie), de
signes d’atteinte des nerfs crâniens (50 à 75 % des cas à l’examen
initial) et de signes radiculaires (75 % des cas). Habituellement, il
n’y a pas de raideur de nuque.
Le caractère multifocal de la
symptomatologie, ainsi que l’origine mixte, centrale et périphérique
des déficits sont très évocateurs de méningite carcinomateuse chez
un patient ayant une néoplasie connue.
L’IRM avec injection de
gadolinium peut parfois révéler, outre les signes habituels de
méningite chronique, des nodules sous-arachnoïdiens qui sont
visibles au niveau de l’encéphale mais également de la moelle ou de
la queue de cheval.
La PL est presque toujours anormale
(hyperprotéinorachie, plus rarement lymphocytose).
Le diagnostic
repose sur la cytologie du LCR qui est positive dans 75-90 % des cas
lorsque la PL est répétée plus de deux fois.
L’immunohistochimie
et le dosage des marqueurs tumoraux sont utiles lorsque la cytologie
est négative ou suspecte.
La détection d’aberrations
chromosomiques par la technique fluorescence in situ hybridization
(FISH) pourrait améliorer le taux de détection de cellules tumorales
dans le LCR.
* Méningites lymphomateuses et leucémiques
:
L’envahissement néoplasique des méninges est la plus fréquente des
complications neurologiques d’origine métastatique au cours des
leucémies et des lymphomes non hodgkiniens (LNH).
Le risque
justifie une prophylaxie systématique au cours des leucémies aiguës lymphoblastiques.
Dans les LNH, le risque est d’autant plus grand
que le patient est jeune et souffre d’une forme disséminée (stade IV)
de haut grade histologique.
L’envahissement des méninges serait
également plus fréquent dans certains lymphomes T et au cours du
sida.
Le tableau clinique et les données de la PL sont identiques à
ceux des méningites carcinomateuses.
Toutefois, il n’est pas rare que
la cytologie reste négative (20-30 %) malgré des PL répétées (trois ou plus).
L’étude immunohistochimique des cellules est utile au
diagnostic.
Néanmoins, le caractère monoclonal d’une population
lymphocytaire peut être très difficile à mettre en évidence lorsqu’il
existe une importante réaction inflammatoire non spécifique dans le LCR.
Les méningites lymphomateuses primitives sont
exceptionnelles.
Des manifestations neurologiques centrales sont
observées dans 20 % des cas au cours de la granulomatose lymphomatoïde, pouvant précéder de plusieurs années les autres
symptômes, en particulier pulmonaires.
L’examen
anatomopathologique peut montrer une infiltration des méninges
par des cellules lymphoïdes atypiques.
* Gliomatose méningée
:
Un envahissement diffus des méninges survient dans 4 à 20% des
cas au cours de l’évolution des gliomes cérébraux.
Le diagnostic doit
être systématiquement envisagé devant la survenue de signes
neurologiques multifocaux, d’une hydrocéphalie inexpliquée ou au
cours d’une atteinte radiculaire ou spinale chez un patient traité
pour un gliome, même lorsque la tumeur primitive est en rémission.
À l’opposé des formes secondaires, la gliomatose méningée
primitive est exceptionnelle.
Le diagnostic de méningite gliomateuse est très difficile.
Il doit toutefois être évoqué, en
l’absence de cause infectieuse ou de blocage évident des voies
d’écoulement du LCR, lorsque la PL révèle un contraste entre
l’importance de l’hyperprotéinorachie et la discrétion ou l’absence
de réaction cellulaire.
Les cellules gliales tumorales ne sont
retrouvées dans le LCR que dans 20 à 50 % des cas.
Lorsque la
cytologie est négative, l’immunomarquage par un anticorps anti-GFAP (glial fibrillary acidic protein) des cellules du LCR peut
permettre d’affirmer l’origine gliale des cellules.
L’IRM cérébrale
et spinale est également utile au diagnostic lorsqu’elle révèle un
aspect de ventriculite ou des prises de contraste méningées linéaires
ou nodulaires à l’étage cérébral et/ou médullaire.
* Méningite mélanomateuse primitive
:
Il s’agit d’une entité exceptionnelle survenant en l’absence de
mélanome cutané identifié. Brat et al ont récemment rapporté
parmi 33 cas de tumeurs mélanomateuses primitives du système
nerveux central, 17 observations de localisation leptoméningée.
2- Autres causes
:
La libération dans les espaces sous-arachnoidiens du contenu
lipidique d’un kyste dermoïde ou épidermoïde, ou encore d’un
craniopharyngiome, peut entraîner une méningite chimique
chronique ou récidivante.
L’examen du LCR
au microscope en lumière polarisée visualise parfois des débris de
kératine et des cristaux de cholestérol.
L’imagerie cérébrale permet
de faire le diagnostic de la lésion responsable.
Une lymphocytose modérée (5 à 30 éléments/mm3) est
fréquemment observée au cours des syndromes neurologiques
paranéoplasiques, mais il n’a jamais été rapporté de syndrome
méningé clinique.
B - CAUSES INFLAMMATOIRES :
1- Sarcoïdose :
Une méningite granulomateuse est observée à l’autopsie dans près
de 100 % des cas de neurosarcoïdoses.
Elle est, en effet, l’élément
primitif de la majorité des complications neurologiques centrales de
la sarcoïdose.
L’infiltration des méninges de la base rend compte de
la fréquence de l’atteinte des nerfs crâniens (50 %), d’une
hydrocéphalie (10 %) et des signes hypothalamohypophysaires
(15 %).
La fréquence d’un syndrome méningé clinique est
diversement appréciée suivant les séries, entre 8 et 64 % des cas.
Son évolution est volontiers fluctuante, notamment à l’occasion des
changements de doses de corticoïdes.
Au cours des manifestations
neurologiques de la sarcoïdose, le LCR est fréquemment anormal
(70 %) avec une pléiocytose modérée à prédominance
lymphocytaire, une hyperprotéinorachie, parfois une
hypoglycorachie (20 %) et une synthèse intrathécale d’Ig.
Devant
une méningite chronique, le diagnostic repose le plus souvent sur la
découverte de localisations systémiques permettant une confirmation histologique.
Les signes extraneurologiques les plus
fréquents sont pulmonaires (70 %), cutanés (30 %) et la présence
d’adénopathies (25 %).
Le diagnostic des formes limitées au système
nerveux central, qui sont peut-être sous-estimées, est difficile et
repose sur la biopsie méningée.
La distinction à l’examen
anatomopathologique entre une neurosarcoïdose et une angéite
granulomateuse primitive du système nerveux central peut être
difficile.
L’absence de lésion des parois vasculaires plaide pour une neurosarcoïdose.
2- Maladie de Behçet :
La méningite est, avec la thrombophlébite cérébrale, la manifestation
la plus fréquente du neuroBehçet, au cours duquel l’examen du LCR
est pratiquement toujours anormal.
Il s’agit typiquement d’une méningoencéphalite fébrile, d’installation subaiguë ou chronique,
évoluant par poussées et de pronostic grave (séquelles sévères ou
rechutes répétées).
Les signes cliniques d’irritation méningée sont
présents dans 10 à 20 % des cas.
La raideur de nuque peut être
franche, l’aspect du LCR mimant parfois une méningite purulente
avec une pléiocytose jusqu’à 1 700 éléments/mm3, à prédominance
de polynucléaires.
Les signes les plus fréquents sont les céphalées
(65 % à 83 %) associées à des signes centraux protéiformes par
atteinte des hémisphères ou du tronc cérébral.
L’examen du LCR
montre une pléiocytose (95 %), le plus souvent panachée (58 %) ou
lymphocytaire, une hyperprotéinorachie (58 %) et une augmentation
inconstante des gammaglobulines.
3- Syndrome de Vogt-Koyanagi-Harada (uvéoméningite)
:
Le syndrome de Vogt-Koyanagi-Harada se définit par une
inflammation intéressant l’uvée (uvéite antérieure et postérieure
bilatérale sévère), la rétine, la peau (poliose, alopécie, vitiligo) et les
méninges (méningite lymphocytaire présente dans 80 % des cas).
L’âge habituel de survenue est entre 20 ans et 40 ans. L’intensité du
syndrome méningé est très variable.
Une atteinte des nerfs crâniens
est fréquente touchant surtout la VIIIe paire, souvent de façon
bilatérale.
L’examen du LCR montre habituellement une
lymphocytose et une élévation de la protéinorachie, qui peut parfois
être isolée.
4- Angéite isolée primitive du système nerveux central :
Les angéites primitives du système nerveux central se présentent
fréquemment sous la forme d’un syndrome de méningite chronique,
ce qui s’explique par l’atteinte préférentielle des petits vaisseaux leptoméningés.
L’installation est généralement progressive et le
délai précédant le diagnostic est en moyenne de 8 mois (1 semaine à
3 ans).
Les signes les plus fréquents sont des céphalées
d’installation progressive et des signes encéphalitiques, présents
dans près de trois quarts des cas.
Un tableau démentiel est
souvent observé.
En revanche, les signes focaux sont retardés et
souvent au deuxième plan.
L’examen du LCR montre une
pléiocytose lymphocytaire (10-250 éléments/mm3) dans 70 % des cas
.
La glycorachie est normale ou rarement abaissée, pouvant
alors évoquer initialement une méningite infectieuse.
Un
rehaussement de signal à l’IRM après injection de gadolinium est
observé dans un quart des cas.
Les anomalies parenchymateuses
sont constantes à l’IRM encéphalique mais sont parfois limitées à
quelques hypersignaux non spécifiques de la substance blanche.
Une hydrocéphalie communicante peut se développer.
Des
aspects évocateurs de vascularite, avec des rétrécissements
segmentaires des vaisseaux, peuvent être observés à l’angiographie.
Néanmoins, cet examen ne montre des signes
caractéristiques que chez 30 % des patients.
Par conséquent, le
diagnostic repose essentiellement sur la biopsie méningée qui est le
seul examen spécifique.
L’élément le plus caractéristique est une
inflammation granulomateuse de la paroi artérielle (angéite
granulomateuse idiopathique du système nerveux central).
Compte
tenu du caractère segmentaire des lésions, des faux négatifs peuvent
être observés.
L’importance de la reconnaissance de ce diagnostic
est justifiée par l’amélioration du pronostic sous un traitement
immunosuppresseur (corticoïdes à fortes doses et/ou cyclophosphamide).
5- Connectivites
:
Une infiltration mononucléée non spécifique des leptoméninges,
parfois accompagnée d’une vascularite, a pu être observée à
l’autopsie au cours du lupus érythémateux disséminé, du
syndrome de Sjögren, de la polyarthrite rhumatoïde et de
connectivites mixtes.
La méningite chronique est une manifestation rare du neurolupus
(1 %).
Elle survient souvent précocement dans l’évolution de la
maladie, pouvant même être révélatrice.
Le syndrome méningé
est soit récidivant, soit d’évolution progressive.
L’examen du LCR montre une pléiocytose variable qui peut être à
prédominance lymphocytaire ou parfois polynucléaire, une
glycorachie normale ou légèrement diminuée, une
hyperprotéinorachie modérée et parfois une élévation polyclonale
des gammaglobulines.
La mise en route d’une corticothérapie
peut entraîner la disparition du syndrome méningé et des anomalies
du LCR.
Des méningoencéphalites aseptiques récidivantes sont également
rapportées au cours du syndrome de Sjögren primitif, associées à
des manifestations neurologiques centrales focales, à une
neuropathie périphérique, ou isolées.
Elles représenteraient 20 % des
manifestations centrales du syndrome de Sjögren primitif.
Il existe
dans la majorité des cas une synthèse intrathécale d’Ig et souvent
un aspect oligoclonal.
La réaction cellulaire dans le LCR est
caractérisée par la présence fréquente de plasmocytes, de
macrophages ou de lymphocytes activés.
Les méningites
aseptiques seraient la manifestation neurologique la plus fréquente
au cours des connectivites mixtes ou syndrome de Sharp.
Une
méningite aseptique peut survenir exceptionnellement au cours
d’une polyarthrite rhumatoïde évoluée avec synovite active.
Des
méningites chroniques ou récidivantes ont également été rapportées
dans la polychondrite chronique atrophiante.
6- Angéites systémiques
:
Une méningite lymphocytaire est parfois rencontrée au cours de
l’évolution tardive d’une périartérite noueuse. Une méningite
chronique peut être exceptionnellement révélatrice d’une
granulomatose de Wegener.
C - AUTRES CAUSES :
1- Méningite lymphocytaire chronique bénigne
:
Hopkins a décrit cette entité sur la base de l’observation de sept
patients présentant des céphalées chroniques, une méningite
lymphocytaire et des troubles encéphalitiques discrets.
L’évolution était fluctuante, sur une durée pouvant aller jusqu’à
10 ans sans survenue de complications.
Le bilan étiologique était
toujours négatif. Dans un seul cas, une biopsie méningée a été
pratiquée, qui a montré des signes inflammatoires non spécifiques.
L’individualisation de ce syndrome est discutable et relève sans
doute d’étiologies multiples.
2- Causes toxiques :
L’introduction directe de corps étrangers dans le LCR peut être à
l’origine d’une méningite chimique.
Les agents de contraste sont la
cause la mieux connue.
L’effet peut être retardé de plusieurs
semaines ou mois avec une évolution secondairement progressive
par le biais d’une arachnoïdite chronique.
Les produits non
hydrosolubles comme le pantopaque ont été le plus souvent
incriminés, mais plusieurs observations de méningites ont également
été rapportées après injection intrathécale de métrizamide.
Par
ailleurs, des méningites chimiques iatrogènes sont observées après
injection intrathécale de drogues cytotoxiques (méthotrexate, cytarabine) et exceptionnellement de corticoïdes.
L’injection intrathécale de produit anesthésiques a pu entraîner des tableaux
parfois retardés de plusieurs années, consistant en une atteinte
médullaire progressive, une hydrocéphalie et une cécité.
On a
incriminé le rôle d’agents contaminants contenus dans des produits
servant à stériliser le matériel d’injection.
Un mécanisme immunoallergique peut également être en cause, comme en
témoigne l’observation de méningites à éosinophiles secondaires à
un cathéter de dérivation ventriculaire en l’absence d’infection du
shunt.
Un toxique introduit par voie générale peut
exceptionnellement induire une inflammation méningée.
Un
mécanisme immunoallergique est parfois à l’origine d’un syndrome
méningé survenant quelques jours après la prise d’un médicament
et régressant rapidement après l’arrêt.
La pléiocytose est à
prédominance de neutrophiles dans la moitié des cas, parfois
lymphocytaire ou à éosinophiles.
Ce syndrome survient plus
fréquemment chez les patients présentant une connectivite et a été
décrit avec divers médicaments.
La classe la plus souvent impliquée
est celle des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).
La
méningite induite par l’ibuprofène (31 cas rapportés) est la mieux
décrite.
Les symptômes apparaissent typiquement dans les semaines
suivant l’instauration du traitement.
Les symptômes habituels sont
de la fièvre, des céphalées, une raideur de nuque et des
vomissements.
Ils peuvent s’accompagner d’autres signes cliniques
d’origine allergique, comme des arthralgies, des myalgies ou un rash maculopapulaire.
Dans de rares observations peuvent survenir
d’autres signes neurologiques, comme une confusion, voire un coma.
Il peut s’agir d’antibiotiques, d’anticorps monoclonaux ou encore
des Ig polyvalentes intraveineuses (IgPVIV).
Des céphalées
habituellement dose-dépendantes, qui ne s’accompagnent pas de
signes méningés, sont fréquentes pendant les perfusions d’IgPVIV.
En revanche, dans les cas rapportés de méningites vraies liées aux IgPVIV, les symptômes méningés s’installaient environ 3 à 5 jours
après le début du traitement et parfois jusqu’à 7 jours après l’arrêt
du traitement.
Le traitement des méningites toxiques immunoallergiques repose
sur l’arrêt du médicament incriminé.
Les corticoïdes peuvent permettre d’atténuer les symptômes qui,
de toute façon, disparaissent rapidement à l’arrêt du traitement.
3- Hémosidérose superficielle du système nerveux
central
:
Un saignement sous-arachnoïdien ou intraventriculaire répété peut
se manifester par un tableau similaire à celui d’une méningite
chronique.
Les dépôts d’hémosidérine au niveau de la
leptoméninge et des couches superficielles du névraxe sont à
l’origine d’une triade évocatrice : ataxie cérébelleuse, myélopathie et
baisse d’audition bilatérale par atteinte des nerfs
cochléovestibulaires.
La PL montre typiquement un liquide
hémorragique ou xanthochromique ou la présence de pigments
sanguins.
L’examen le plus sensible est l’IRM qui montre des lésions
fortement hypo-intenses en T2 recouvrant la superficie du névraxe
(cortex cérébral, vermis, tronc cérébral, citernes de la base, moelle).
La cause du saignement a été rapportée à une malformation
vasculaire (angiome, anévrysme) et à une tumeur cérébrale ou
médullaire (épendymomes notamment).
L’IRM encéphalique permet
de détecter des hémosidéroses superficielles du système nerveux
« idiopathiques » dont le mécanisme est mystérieux.
4- Maladie de Whipple
:
Des méningites ont été rarement rapportées au cours de la maladie
de Whipple.
Bien que ce test soit prometteur, la sensibilité et
la spécificité de la PCR dans le LCR pour le diagnostic de maladie
de Whipple restent à établir.
Le diagnostic repose essentiellement
sur la biopsie du grêle (recherche de macrophages PAS positifs,
isolement de Tropheryma whippelii).
Le diagnostic des formes isolées
au système nerveux central nécessite une biopsie méningée.
Dans
une observation, l’examen anatomopathologique des méninges a
ainsi pu révéler une infiltration inflammatoire par des macrophages
PAS positifs.
Le traitement de la maladie de Whipple repose sur
l’antibiothérapie.
5- Maladie coeliaque :
Des anomalies inflammatoires du LCR peuvent accompagner les
manifestations neurologiques de la maladie coeliaque.
Dans une
observation récente de la littérature, un tableau de méningite
chronique a été révélateur d’une maladie coeliaque.
6- Maladie de Fabry
:
La survenue d’une méningite chronique au cours de la maladie de
Fabry n’a fait l’objet que d’une observation isolée de la littérature.
Évolution
:
Les différents profils évolutifs d’une méningite chronique sont très
variables et dépendent de l’histoire naturelle de l’affection causale.
Les méningites tumorales se caractérisent par un enrichissement
rapidement progressif du tableau neurologique.
En revanche, une
évolution clinique fluctuante peut être observée aussi bien dans des
causes infectieuses (tuberculose, brucellose, borréliose, mycoses)
qu’au cours de maladies systémiques (sarcoïdose, syndrome de Behçet, lupus, Goujerot-Sjögren).
En dehors de la clinique, la
surveillance d’un syndrome de méningite chronique repose donc sur
la répétition des PL.
L’ionogramme sanguin doit être surveillé
régulièrement en raison du risque d’hyponatrémie secondaire à un
syndrome de sécrétion inappropriée d’hormones antidiurétiques
(SIADH).
L’hyponatrémie comporte un risque de déclencher des
crises d’épilepsie et de majorer l’oedème cérébral.
Le scanner cérébral
recherche la constitution progressive d’une hydrocéphalie qui peut
être longtemps silencieuse.
Une hydrocéphalie est potentiellement
réversible avec le traitement spécifique de la méningite chronique et
ne constitue donc pas en soi une indication chirurgicale absolue.
Cependant, le risque de décompensation brutale d’une
hydrocéphalie jusque-là bien tolérée est important et imprévisible.
Par conséquent, les indications de la dérivation ventriculaire doivent
être larges, surtout dans les cas où le bilan étiologique ne permet
pas d’envisager un traitement spécifique.
Elle permet en outre dans
le même temps de prélever du LCR ventriculaire et d’effectuer une
biopsie méningée.
Traitement
:
Un traitement spécifique est bien entendu institué chaque fois que
le bilan initial est contributif.
Néanmoins, le bilan d’une méningite
chronique reste négatif chez un nombre important de patients.
Ainsi, dans la série d’Anderson et Willoughby, aucune étiologie n’était
identifiée chez un tiers des patients (28 sur 83).
Parmi ceux-ci, 50 %
ont répondu à un traitement antituberculeux, 32 % ont été améliorés
par les corticoïdes, 14 % ont régressé spontanément et 4 % n’ont
répondu à aucun traitement.
L’indication d’un traitement empirique
est sans doute le problème le plus difficile posé par la prise en
charge d’une méningite chronique.
A - QUAND INSTITUER UN TRAITEMENT EMPIRIQUE ?
Un traitement empirique est débuté avant le résultat des cultures et
des examens sérologiques lorsqu’il existe un risque vital ou
fonctionnel (paralysie d’un nerf crânien).
Une autre indication d’un
traitement antibiotique précoce est l’existence d’une
immunodépression en raison de l’évolution potentiellement grave
et rapide d’une méningite infectieuse.
Dans les formes non
compliquées, on conseille une surveillance reposant sur la répétition
des PL et des examens de neuro-imagerie.
Cette surveillance permet
aussi de répéter les examens complémentaires à visée étiologique.
Par ailleurs, cette attitude est justifiée par l’existence d’un sousgroupe
de patients présentant une méningite chronique d’évolution
spontanément favorable.
Ces formes résolutives sont limitées à
un syndrome méningé associé à des troubles des fonctions
supérieures.
Toutefois, même en l’absence de complications,
l’apparition ou l’aggravation d’une hypoglycorachie associée à une
majoration importante de la pléiocytose (> 200 éléments/mm3)
plaide pour une cause infectieuse et incite à instituer un traitement
d’épreuve.
B - QUEL TRAITEMENT EMPIRIQUE INSTITUER ?
Le choix d’un traitement d’épreuve est fonction des hypothèses
diagnostiques.
Lorsque l’on ne dispose pas d’éléments d’orientation,
plusieurs traitements peuvent être essayés.
1- Traitement antituberculeux
:
La mise en route d’un traitement antituberculeux d’épreuve est
justifiée par plusieurs arguments :
– la tuberculose est la première cause de méningite chronique dans
la série d’Anderson et Willoughby ;
– la moitié des patients présentant un bilan négatif étaient guéris
par un traitement empirique antituberculeux ;
– l’évolution spontanée d’une méningite tuberculeuse est grave et
le pronostic dépend de la précocité du traitement.
Le consensus actuel plaide pour une quadrithérapie.
Le
traitement d’épreuve est interrompu après un délai de 3 mois en cas
d’absence d’amélioration clinique et du LCR.
Dans le cas contraire,
le traitement doit être poursuivi pendant 9-12 mois. Néanmoins,
l’efficacité du traitement d’épreuve ne constitue pas une preuve
formelle de l’origine tuberculeuse de la méningite.
Une évolution
spontanément favorable ne peut jamais être exclue.
D’autre part, la
rifampicine a un spectre étendu à d’autres germes que les
mycobactéries et est notamment active dans la neurobrucellose.
Une
méningite fungique peut également s’améliorer partiellement et
transitoirement en raison du pouvoir antifungique faible de la
rifampicine.
L’association d’une corticothérapie est contreindiquée
en l’absence de confirmation bactériologique car elle risque
d’aggraver une mycose méningée.
2- Autres antibiotiques :
Stienstedt et al ont rapporté une série de 35 cas de méningites
chroniques résolutives en 2 à 5 jours sous un traitement par
pénicilline G.
Le point commun de ces cas était l’existence d’une
sécrétion oligoclonale d’IgG dans le LCR.
La sérologie de Lyme était
positive dans le sérum dans 75 % des cas, mais le reste du bilan était
négatif, y compris la sérologie syphilitique.
Néanmoins, ces
observations ne fournissent pas un rationnel suffisant pour instituer un traitement antibiotique d’épreuve par pénicilline G devant une
méningite chronique inexpliquée.
En effet, l’attitude la plus adaptée
est de répéter les bilans infectieux et ne pas hésiter à utiliser les
méthodes de diagnostic moderne, notamment la PCR.
3- Traitement antifungique
:
L’amphotéricine B reste le traitement de référence lorsque l’on
suspecte une mycose cérébroméningée en raison de son spectre large
(Candida, Cryptococcus, Aspergillus, Coccidioides, Histoplasma,
Blastomyces, Sporothrix).
Il s’agit d’un traitement par voie injectable
dont l’efficacité est démontrée dans les infections méningées, mais
qui a l’inconvénient d’entraîner une toxicité, notamment rénale,
importante.
Cette toxicité limite considérablement son utilisation
comme traitement d’épreuve et il n’existe actuellement aucune
recommandation dans la littérature quant à son utilisation dans ce
contexte.
Les nouveaux antifungiques (fluconazole, kétoconazole,
itraconazole) prennent une place croissante en raison de leur faible
toxicité et de leur administration par voie orale.
Le fluconazole, qui
a une bonne pénétration méningée, a démontré son efficacité dans
la cryptococcose au cours du sida.
Par conséquent, un traitement
par flucoconazole, actif sur Cryptococcus et Candida, peut
théoriquement être institué en première intention chez un sujet
suspect de mycose cérébroméningée n’ayant pas séjourné en zone
d’endémie de mycose exotique.
L’itraconazole, nouvel antifungique
imidazolé à large spectre, malgré son faible passage méningé,
constitue une alternative prometteuse au traitement par
amphotéricine B, surtout lorsque l’on suspecte une mycose rare.
Son
efficacité a notamment été démontrée au cours de l’histoplasmose
méningée.
Néanmoins, il n’existe pas actuellement de
recommandation quant à l’utilisation de ces nouveaux antifongiques
comme traitement d’épreuve.
Si un traitement d’épreuve
antifungique est décidé, il doit être poursuivi dans tous les cas
pendant une durée d’au moins 3 mois.
4- Traitement corticoïde :
Après échec des traitements anti-infectieux d’épreuve, un essai de
corticothérapie peut être envisagé lorsqu’il n’existe pas
d’immunodépression sous-jacente et que la formule du LCR n’est
pas en faveur d’un processus infectieux (absence d’hypoglycorachie
et d’hypercytose importante).
C’est sans doute à cette étape que
l’intérêt de la biopsie méningée est le plus grand, afin de rechercher
une cause inflammatoire corticosensible (sarcoïdose et angéite
granulomateuse idiopathique du système nerveux central
notamment).
D’autre part, elle peut permettre d’isoler un germe
ayant résisté aux traitements antibiotiques et antifungiques
d’épreuve.
L’indication d’une corticothérapie est également justifiée
par l’existence d’un sous-groupe de malades présentant une
méningite chronique inexpliquée qui sont améliorés par les
corticoïdes.
Si un traitement corticoïde est débuté, la PL
comprenant des prélèvements pour cultures doit être répétée chaque
semaine pendant plusieurs semaines, le risque étant d’aggraver une
pathologie infectieuse méconnue.
Dans une étude récente, Charleston et al ont étudié le devenir
d’un groupe de 17 patients présentant une méningite chronique
d’origine indéterminée et corticosensible.
Seulement dans deux cas,
l’étiologie a pu être finalement reconnue dans l’évolution (sclérose
en plaques et granulomatose de Wegener).
Parmi le groupe des
15 patients dont l’étiologie est restée inconnue, chez sept patients la
méningite chronique a entièrement régressé et le traitement a pu
être interrompu après un délai très variable de 6 semaines à 6 ans.
Aucun de ces patients n’a présenté de récidive.
Quatre patients ne
se sont améliorés que de façon transitoire sous corticoïdes, mais
l’aggravation secondaire a conduit au décès dans un délai de 6 mois
à 26 ans.
Enfin, quatre autres patients présentaient une méningite corticosensible et corticodépendante, la diminution des doses étant
à l’origine d’une réapparition des symptômes.
En conclusion, même si les données de la littérature sont
insuffisantes pour conclure de façon satisfaisante, un traitement
corticoïde d’épreuve peut être raisonnablement institué en cas
d’échec des antituberculeux, à condition d’être surveillé étroitement
par la clinique et la répétition des PL.
C - CHIMIOTHÉRAPIE ET RADIOTHÉRAPIE ENCÉPHALIQUES :
Une chimiothérapie intrathécale par méthotrexate et une
radiothérapie focale sur les zones symptomatiques peuvent
exceptionnellement être instituées en l’absence de confirmation
cytologique.
Ces traitements doivent être discutés lorsque des
patients porteurs d’une néoplasie connue à tropisme méningé
développent une méningite chronique.
Il faut alors se baser sur des
arguments indirects (nodules sur l’IRM encéphalique ou médullaire,
augmentation des marqueurs tumoraux dans le LCR,
hypoglycorachie sans cause infectieuse) pour instituer le traitement.
Le cas de figure s’observe surtout dans les méningites chroniques
survenant dans l’évolution d’une leucémie, où la cytologie peut être
parfois négative malgré la répétition des ponctions lombaires.
Conclusion
:
Le syndrome de méningite chronique est facile à identifier à condition
de penser à pratiquer une PL devant des tableaux neurologiques variés
et non spécifiques.
En revanche, le diagnostic étiologique est souvent
difficile car situé au confluent de la pathologie infectieuse, tumorale et dysimmunitaire.
Compte tenu de son évolution potentiellement grave,
il faut persévérer dans la recherche d’une cause curable, ce qui nécessite
souvent des bilans exhaustifs et répétés.
La biopsie méningée peut
parfois fournir la clé du diagnostic mais se révèle dans l’ensemble
décevante.
La recherche d’une tuberculose méningée est une
préoccupation essentielle, ce qui justifie l’indication large du traitement
antituberculeux d’épreuve lorsque le bilan est négatif.
Le diagnostic des
causes infectieuses de méningite chronique devrait bénéficier du
développement de techniques plus sensibles, comme la PCR, qui
deviennent accessibles dans un nombre croissant de laboratoires.