Au stade de tumeur primitive, le diagnostic de malignité repose sur
l’examen histopathologique.
L’histopathologiste doit avoir à sa
disposition des renseignements cliniques précis sur l’âge du malade,
le sexe, le site de la lésion, l’aspect et les dimensions de la tumeur,
son ancienneté et ses modalités de progression.
La qualité du compte
rendu dépend en partie de la qualité des informations fournies à
l’histopathologiste.
A -
CONDITIONS TECHNIQUES DE L’EXAMEN :
Pour obtenir ces informations, il faut réaliser une exérèse de la
totalité de la lésion suspecte et la soumettre à un examen
histopathologique conventionnel.
La simple biopsie partielle ne peut être réalisée
qu’exceptionnellement si la lésion est de grande taille et que
l’excision représente un acte chirurgical majeur.
Dans ce cas, elle sera
faite sur la partie de la tumeur jugée cliniquement comme la plus
caractéristique ou la plus épaisse.
Ce geste n’influence pas
défavorablement le pronostic si l’acte thérapeutique est fait
rapidement.
Les marges d’exérèse de la pièce opératoire doivent être marquées à
l’encre, de préférence avant la fixation.
La pièce est ensuite
sectionnée en tranches verticales avec des plans de coupe de 2 mm.
Cette façon de débiter permet d’avoir les informations les plus
pertinentes sur la tumeur.
B - COMPTE RENDU HISTOLOGIQUE
:
Il doit préciser six critères jugés indispensables :
– le diagnostic de la nature mélanocytaire et de la malignité ;
– l’épaisseur maximale en millimètres selon la méthode de Breslow ;
– l’état des marges d’exérèse ;
– le niveau d’invasion (niveau de Clark) ;
– l’existence ou non d’une régression ;
– l’existence ou non d’une ulcération.
D’autres indications, moins importantes, sont utiles : le type
histologique et les formes particulières ; l’existence d’une lésion
préexistante, d’emboles vasculaires, lymphatiques ou sanguins ; les
phases de croissance verticales ou horizontales ; la stroma réaction ;
le type cellulaire ; l’activité mitotique.
C - CRITÈRES DU DIAGNOSTIC DE MALIGNITÉ
:
Le mélanome est une prolifération maligne des mélanocytes présents
le long de la jonction dermoépidermique ou, moins fréquemment,
des mélanocytes des nævus pigmentaires.
La démonstration du
pigment mélanique intracellulaire est très utile pour la
reconnaissance de la nature mélanocytaire de la tumeur.
Reconnaître cette nature peut être difficile dans les mélanomes
achromiques.
Les techniques immunohistologiques (protéine S100, anticorps
monoclonal HMB45) ont amélioré cette étape de la démarche
diagnostique.
Affirmer la malignité repose sur deux sortes de critères.
1- Critères architecturaux :
– La grande taille de la tumeur qui n’est toutefois pas un critère
absolu.
– L’asymétrie des limites latérales, mais dans les mélanomes
nodulaires celle-ci peut manquer.
L’épidermotropisme va au-delà
des limites dermiques de la tumeur.
– L’invasion des couches superficielles du stratum malpighien
(épidermotropisme pagétoïde) est le critère majeur de malignité.
– Dans le derme, l’absence d’involution (de maturation) des cellules
vers la profondeur et le polymorphisme cellulaire avec plusieurs
populations cellulaires différentes, sont d’autres critères de
malignité.
– La présence d’éventuels emboles vasculaires ou d’une extension
neurotrope est précieuse au diagnostic.
2- Critères cytologiques
:
Ils sont moins importants.
La notion d’atypie cellulaire est subjective, les mélanocytes malins
sont des cellules pléomorphes.
Les types cellulaires les plus souvent
observés sont les types épithélioïde et fusiforme.
Les mélanomes à
cellules ballonnisées sont rares ; la présence de mitoses est
significative ; celles-ci sont parfois atypiques, mais l’index mitotique
est souvent faible dans le mélanome.
Les éléments du diagnostic entre nævus et mélanome sont souvent
simples.
Il reste des situations difficiles et, dans ces cas, il apparaît
fondamental, en particulier chez l’enfant, de faire appel à plusieurs histopathologistes indépendants.
D - TYPES ANATOMOCLINIQUES :
Les mélanomes peuvent être in situ ou invasifs. Les mélanomes
invasifs ont une phase de croissance radiale (« non tumorigène »)
et/ou une phase de croissance verticale (« tumorigène »).
Les mélanomes in situ et les mélanomes invasifs à phase de
croissance radiale peuvent être classés en : SSM, LM, LMM,
mélanome lentigineux, ALM ou muqueux, mélanome non classé à
croissance radiale.
Les mélanomes à phase de croissance verticale peuvent apparaître
sur un type précédent et ils portent le même nom.
Ils peuvent
apparaître de novo, auquel cas on leur réserve le terme de
« mélanome nodulaire ».
Dans les phases de croissance radiale ou horizontale, les
mélanocytes néoplasiques sont intraépidermiques (mélanome in
situ) ou dans le derme papillaire (mélanome micro-invasif).
La phase de croissance verticale est définie morphologiquement par
l’existence de thèques dermiques plus grosses que la plus grosse
thèque intraépidermique, ou la présence de mitoses dans le
contingent dermique du mélanome.
Dans la phase de croissance radiale, il n’y a pas de mitose visible
dans le contingent dermique du mélanome et les thèques
intradermiques sont toujours de taille plus petite que celles
présentes dans l’épiderme.
La classification anatomoclinique des mélanomes issue des travaux
de Clark (1969) et MacGovern (1973) n’apparaît pas fondamentale
en clinique.
Ce n’est pas l’appartenance à telle ou telle variété qui
détermine le pronostic de la tumeur et guide le geste thérapeutique.
En effet, la seule information déterminante est la mesure de
l’épaisseur tumorale maximale selon Breslow.
D’autres facteurs sont
également à prendre en compte (ulcération, régression tumorale).
Malgré leur distinction non fondamentale en histopathologie, ces
formes ont des présentations clinique, évolutive et histologique
différentes.
Certes, à épaisseur égale, le pronostic apparaît
sensiblement identique mais, à partir de la transformation maligne
d’un mélanocyte, une épaisseur de 2 mm est atteinte beaucoup plus
lentement par un mélanome de Dubreuilh que par un NM.
Cette classification reste donc pertinente pour ces raisons cliniques,
pédagogiques et épidémiologiques.
E - FORMES HISTOLOGIQUES RARES :
Le sarcome à cellules claires est en fait un mélanome des parties
molles.
Ce mélanome à cellules fusiformes des tendons et des
aponévroses a été décrit par Enzinger en 1965.
Il prédomine aux
extrémités. Il n’y a pas d’activité jonctionnelle.
La microscopie
électronique (présence de mélanosomes dans les cellules tumorales)
et les techniques d’immunomarquage ont permis d’affirmer que
cette tumeur était un mélanome.
Il existe des variantes de mélanomes que l’on peut individualiser en
fonction de leur cytologie (mélanome à cellules fusiformes,
mélanome plasmocytoïde, mélanome à cellules ballonnisantes…) ou
d’un stroma inhabituel (mélanome desmoplastique, mélanome
myxoïde, mélanome ostéogénique) ou par l’interaction avec les
tissus adjacents (mélanome neurotrope).
D’autres variantes de mélanomes simulant des lésions mélanocytaires bénignes sont décrites, mais ces lésions frontières ne
sont pas reconnues par tous les auteurs : mélanome à déviation
minime ou mélanome nævoïde.
Ceci est probablement dû au fait
que sont regroupés, sous ce terme ambigu, des nævus et des
mélanomes.
Les mélanomes sur nævus bleu ou sur mélanose dermique (nævus ophtalmomaxillaire d’Ota) à développement intradermique sont
diagnostiqués souvent tardivement.
L’existence de foyers
hémorragiques ou de nécrose sont plus évocateurs que les atypies
cellulaires difficiles à mettre en évidence sur des cellules tumorales
fortement pigmentées.
Les mélanomes spitzoïdes ou mélanomes se développant sur nævus
de Spitz, observés chez l’enfant et l’adulte jeune, sont de diagnostic
extrêmement difficile.
Les critères de malignité retenus sont
l’absence de maturation en profondeur, la présence de mitoses
atypiques dans les couches les plus profondes du derme.
Mais il
apparaît souvent nécessaire de faire appel à plusieurs lecteurs
indépendants.
F - HISTOPRONOSTIC :
Le diagnostic histologique de mélanome étant posé, il est essentiel
de préciser les marqueurs histopronostiques qui sont de première
importance.
1- Épaisseur
:
L’épaisseur tumorale selon Breslow ou « indice de Breslow » est le
paramètre le plus reproductible.
C’est un facteur indépendant,
prédictif du risque de récidive et de décès.
Il existe une corrélation
quasi linéaire entre l’épaisseur tumorale et le délai moyen de
survie.
Diverses propositions ont été faites, définissant des groupes
pronostiques dont les bornes étaient le plus souvent 0,75, 1,5, 2 et
4 mm.
Les études les plus récentes semblent démontrer que la
relation entre épaisseur et survie est progressive et linéaire pour les
mélanomes inférieurs à 6 mm.
Au-delà, cette progression du risque
relatif de décès n’augmente pas de façon linéaire. Les bornes en
épaisseur les plus utilisées apparaissent être 1, 2 et 4 mm.
Les niveaux d’invasion de Clark et Mihm sont basés sur le concept
de franchissement de « barrières anatomiques ».
Il est parfois difficile
de distinguer un niveau II d’un niveau III, et un niveau III d’un
niveau IV.
Ce paramètre a une valeur pronostique bien moins établie
que l’épaisseur de Breslow.
Sa valeur pronostique apparaît toutefois
intéressante pour les mélanomes de faible épaisseur (inférieure à
1 mm).
2- Ulcération
:
Définie histologiquement par une destruction de l’épiderme par des
cellules tumorales, elle a une valeur péjorative.
Ce phénomène
apparaît être un facteur pronostique indépendant.
L’ulcération et
l’épaisseur de Breslow semblent être les paramètres
histopathologiques les plus intéressants.
3- Régression
:
La régression histologique est un facteur pronostique difficile à
évaluer car sa définition varie selon les études.
Elle peut être classée
comme faible, moyenne ou importante.
Toutefois, elle correspond à
des critères histologiques bien définis : dépigmentation de la basale
épidermique dépourvue de proliférations mélanocytaires,
angiogenèse dermique, infiltrat inflammatoire du derme,
lymphocytaire et macrophagique avec de nombreux mélanophages,
fibrose dermique.
La régression minore souvent l’indice de Breslow.
Cet indice peut ainsi être considéré comme plus faible qu’il ne le
serait en réalité s’il n’y avait pas eu de régression.
4- Autres facteurs histopronostiques
de moindre importance
:
– L’index mitotique (nombre de mitoses/mm2 à l’objectif
X 40) est de
peu d’intérêt en pratique.
– La présence d’une invasion vasculaire (vaisseaux sanguins et
lymphatiques) est péjorative.
Les termes de récidives locales, satellites (dans un rayon de moins
de 5 cm autour de la tumeur), en transit, ont la même valeur
pronostique, à savoir une extension lymphatique régionale, et les
distinguer apparaît sans valeur.
G - MARQUEURS IMMUNOHISTOLOGIQUES :
Les cellules du mélanome expriment un certain nombre d’antigènes
ou élaborent des substances dont l’identification est facilitée par des
techniques immunohistochimiques.
Toutefois, il n’existe aujourd’hui
aucun immunomarquage spécifique du mélanocyte et encore moins
de la cellule du mélanome.
Les techniques immunohistologiques
sont applicables aux coupes déparaffinées.
Elles ont essentiellement
une valeur diagnostique et non pronostique.
Il faut toujours utiliser
une batterie d’anticorps (vimentine, protéine S100, HMB45, kératine,
EMA, panleucocytaire).
Les marquages négatifs sont utiles pour le
diagnostic différentiel :
– panleucocytaire : lymphome ;
– kératine, EMA : marqueurs épithéliaux pour les différencier des
carcinomes, en sachant que les mélanomes peuvent être
occasionnellement focalement positifs.
En cas de tumeur mélanocytaire, on observe fréquemment des
marquages positifs avec la vimentine (qui marque toutes les tumeurs
conjonctives et quelques carcinomes peu différenciés).
Les cellules mélanocytaires bénignes ou malignes expriment la protéine S100,
mais également les cellules nerveuses ainsi que les cellules de
Langerhans.
Le marquage par l’anticorps monoclonal HMB45 peut
être intéressant.
Cet anticorps révèle un antigène des prémélanosomes qui est rarement exprimé par les mélanocytes de
la peau normale.
L’anticorps HMB45 marque les mélanocytes de
l’héliodermie, les contingents jonctionnels et dermiques superficiels
des nævus usuels et des nævus de Clark (dysplasiques).
Il peut être
exprimé par le contingent dermique des nævus de Spitz et nævus
bleus cellulaires.
Il marque les cellules mélanocytaires malignes, en
particulier les mélanomes des tissus mous (sarcome à cellules
claires).
Les mélanomes desmoplastiques sont en règle générale
HMB45 négatifs.
Ces immunomarquages sont également utiles pour rechercher des
micrométastases achromiques au sein des structures ganglionnaires
dans les pièces d’adénectomie ou de curage.
L’anticorps HMB45 a
l’avantage sur l’antiprotéine S100 de ne pas réagir avec les cellules
interdigitées ganglionnaires. L’apport diagnostique du marqueur de
prolifération Ki67 (MIB1) n’est pas évalué à ce jour.
H - MÉTASTASES GANGLIONNAIRES :
L’affirmation de la nature maligne et l’origine mélanocytaire de
l’adénopathie reposent sur l’examen histologique.
Il faut au moins
une coupe passant par le centre de chaque ganglion.
Il faut indiquer
le nombre de ganglions examinés et le nombre de ganglions envahis,
les ruptures capsulaires.
Depuis 1988, certains auteurs
recommandent de préciser le nombre de ganglions de plus de 3 cm
(auparavant, la taille de 5 cm devait être indiquée).
Les études
récentes semblent montrer que la taille des ganglions envahis n’a
aucune influence sur la survie globale.
Cependant, le nombre de
ganglions envahis apparaît être un élément de grande valeur pour
la survie globale (et le délai sans récidive).
Les groupes de risque peuvent être répartis en : un ganglion atteint,
deux à quatre ganglions, plus de quatre.
Bilan initial après le diagnostic :
Le bilan initial d’un mélanome apparemment primitif exige un
examen clinique complet.
Son objectif est triple :
– la détection d’un deuxième mélanome : la fréquence des mélanomes
multiples varie de 1,2 à 5,3 % ; le deuxième mélanome est souvent
découvert de façon concomitante au premier (19 à 39 % des cas) ou
dans l’année qui suit, mais le risque vis-à-vis d’un deuxième
mélanome reste significatif au-delà de 10 ans.
Le risque de
mélanomes multiples est plus élevé chez les malades ayant eu un
mélanome à un âge précoce, qui sont atteints de nævus atypiques
ou qui ont une histoire familiale documentée de mélanome.
Dans ce
dernier cas, la proportion de mélanomes multiples varie de 13,8 à
50 % selon les séries ;
– l’initiation à l’autosurveillance ;
– le diagnostic de métastases : en cas de mélanome primitif isolé, la
plupart des études soulignent qu’il n’y a pas d’indication à la réalisation d’explorations complémentaires.
Certains auteurs
réalisent une échographie abdominale et une radiographie du
thorax, avec comme argumentation la constitution d’une imagerie
de référence et le dépistage d’image fortuite (détection d’anomalie
bénigne ou maligne).
Mais la valeur de ces examens, en tant
qu’imagerie de référence, est discutée et peut déboucher sur des
compléments d’exploration invasifs.
Une échographie des
aires ganglionnaires superficielles peut être utilisée en cas de doute
du clinicien, mais cette technique n’apparaît pas validée.
Il en est
de même de la lymphoscintigraphie ganglionnaire permettant de
localiser les aires ganglionnaires de drainage des mélanomes situés
sur les régions médianes (tête, cou, tronc), mais cette technique n’est
intéressante que si un curage prophylactique est envisagé dans le
cadre d’une étude prospective.
L’étude du ganglion « sentinelle »,
qui peut être identifié à l’aide d’un colorant vital ou par un colloïde
marqué, est également en cours d’évaluation.
La découverte
d’une métastase ganglionnaire ou à distance justifie des explorations
complémentaires.
En effet, 10 % des métastases asymptomatiques à
distance sont découvertes au moment du diagnostic d’atteinte
ganglionnaire.
Mais il n’y a pas d’attitude consensuelle sur le type
d’examens à réaliser.
Les examens scanographiques semblent les
plus adaptés.
Au terme de ce bilan initial, il importe de déterminer le stade
évolutif selon une classification à visée pronostique et thérapeutique.
Classifications
:
Les cinq principales classifications internationales différentes
proposées pour définir les stades cliniques des mélanomes sont les
suivantes :
– classification du MD Anderson, utilisée surtout pour les travaux
consacrés aux thermochimiothérapies des membres et actuellement
moins employée ;
– classification en trois stades principalement utilisée en Europe.
Le
système original de Goldsmith (1979) a été modifié en 1993 par Mastrangelo ;
– classification de l’Union internationale contre le cancer TNM
UICC (1978) actuellement peu utilisée ;
– classification TNM de l’American Joint Committee on Cancer
(1983).
Ces deux dernières classifications ont été regroupées en une
classification de l’Union internationale contre le cancer et de
l’American Joint Committee on Cancer (1992) qui est la classification
la plus utilisée dans la littérature.
À partir de cette dernière classification, une nouvelle classification
vient d’être proposée par Buzaid et al, tenant compte des principaux
facteurs cliniques, histopronostiques, d’évolutivité, et qui semble la
plus cohérente :
– épaisseur de Breslow avec les bornes 1, 2, 4 mm ;
– présence ou absence d’ulcération ;
– présence ou absence de métastases lymphatiques, régionales
(satellites, microsatellites, en transit) ;
– présence ou absence de ganglions atteints ;
– présence ou absence de métastases à distance.
Cette classification ne tient pas compte du niveau de Clark.
Facteurs pronostiques
:
Les principaux facteurs pronostiques sont histopathologiques et
cliniques.
Des tables intégrant plusieurs facteurs pronostiques ont
été validées sur des séries indépendantes.
A - FACTEURS HISTOLOGIQUES :
Dans la majorité des études, l’indice de Breslow est considéré
comme le paramètre pronostique le plus fiable, indépendant,
reproductible.
D’autres facteurs de moindre importance sont
également retenus :
– l’ulcération considérée comme un facteur indépendant ;
– la régression tumorale qui peut fausser la mesure de l’indice de Breslow (sous-estimation) ;
– dans les mélanomes fins (inférieurs à 1 mm), le niveau de Clark
aurait une valeur pronostique indépendante prédictive du risque de
récidive et de décès. Mais cette valeur est faible ;
– les marqueurs moléculaires de progression suscitent de nombreux
travaux et permettent d’espérer des progrès dans le dépistage de
groupes à risque de progression (marqueurs de prolifération,
oncogènes, antioncogènes, molécules d’adhésion, gangliosides…),
mais aucun n’a actuellement fait l’objet de preuves incontestables
de son utilité pratique à ce jour.
B - FACTEURS CLINIQUES :
Le sexe masculin, l’âge avancé, la topographie en régions axiale,
acrale, seraient des facteurs de mauvais pronostic indépendants.
Cependant, analysée de façon plurifactorielle, la valeur pronostique
de ces paramètres cliniques paraît faible après prise en compte de
l’épaisseur de Breslow.
C - FACTEURS HORMONAUX
:
Les facteurs hormonaux analysés sur des études rétrospectives
semblent n’intervenir que faiblement sur le pronostic.
Le pronostic du mélanome au cours d’une grossesse ne semble pas
modifié, les grossesses ultérieures n’aggravent pas le pronostic du
mélanome qui vient d’être opéré.
La contraception hormonale et
l’hormonothérapie de substitution de la ménopause n’ont pas
d’influence sur le pronostic.
D - ÉVOLUTION :
Le risque évolutif des mélanomes cutanés primitifs est la survenue
de métastases.
Le taux de survie, tous mélanomes confondus, à 5 et
10 ans, varie de 74 à 86 % selon les études.
L’évolution peut se faire vers une récidive locorégionale (cutanée
ou ganglionnaire) ou vers la constitution de métastases viscérales
qui ne sont pas nécessairement précédées d’une récidive
locorégionale.
Les premières métastases peuvent être viscérales dans
18 à 27 % des cas.
Les localisations des premières récidives à type
de métastases à distance sont, par ordre de fréquence décroissante :
pulmonaires (33-44 %), cérébrales ou atteinte du système nerveux
central (17-22 %), hépatiques (7-14 %) et osseuses (7-8 %).
Au
stade locorégional, la maladie reste accessible à des traitements
efficaces.
Au-delà, les chances d’un traitement curatif sont quasi
nulles, d’où l’intérêt du suivi des malades opérés d’un mélanome
primitif.
Les délais et fréquences de survenue d’une première
métastase sont significativement corrélés à l’indice de Breslow.
La
survenue d’une première métastase est d’autant plus précoce que la
tumeur est épaisse et, dans ce cas, la probabilité du décès est
maximum entre la deuxième et la troisième année postopératoire.
Dans les tumeurs minces, les métastases sont plus rares et plus
tardives.
Dans tous les cas, des métastases tardives, au-delà de
10 ans, peuvent survenir.
Souvent, à l’échelon individuel, nous sommes incapables de prédire fiablement l’évolution et nous avons tous des exemples de tumeurs
minces qui ont métastasé et de tumeurs épaisses qui n’ont pas
métastasé.
Au stade de l’extension métastatique ganglionnaire, le pronostic est
lié au nombre de ganglions envahis et trois sous-populations de
pronostic différent sont distinguées : un ganglion envahi, deux à
quatre et plus de quatre ganglions envahis.
En fonction de ces
caractéristiques, la survie globale à 5 ans s’échelonne de 14 à 79 %.
La taille des ganglions ne semble pas intervenir de façon
significative dans le pronostic.
Au stade des métastases à distance,
le pronostic du mélanome est sombre, avec moins de 10 % de survie
à 5 ans.
La survie médiane est entre 6 et 9 mois. Le nombre de sites
métastatiques et l’intervalle libre entre la tumeur et les métastases
ont une grande valeur pronostique.
La survie médiane est de 7 mois
chez les patients ayant un seul site métastatique, 4 mois avec deux
sites et 2 mois avec au moins trois sites.
Les atteintes cutanées ou
ganglionnaires sont associées à une survie plus prolongée que les
atteintes viscérales.
Surveillance :
La surveillance instituée après traitement du mélanome primitif a
pour objectif la détection précoce d’une métastase cutanéoganglionnaire locorégionale ou à distance, ou viscérale.
Cette
détection précoce permettra la mise en oeuvre de mesures
thérapeutiques plus précocement qu’elles n’auraient été instituées
sans surveillance régulière.
Certains auteurs, soulignant la pauvreté
des résultats thérapeutiques actuels des mélanomes métastatiques,
pensent que la recherche acharnée de métastases par des bilans
sophistiqués et répétés est coûteuse et sans intérêt.
D’autres font
remarquer que le traitement chirurgical de métastases locorégionales
peut être suivi de guérison et que des rémissions de longue durée
ont été observées après traitement de métastases viscérales isolées.
En outre, cette surveillance est indispensable pour dépister un
deuxième mélanome.
La fréquence de la surveillance est également
diversement appréciée.
Certains auteurs soulignent que les
métastases de mélanome grossissent très vite et conseillent des
intervalles de surveillance inférieurs à 3 mois.
Par ailleurs, 75 à
80 % des premières récidives sont locales ou locorégionales.
Une étude a montré que 47 % des métastases ganglionnaires et 72 %
des récidives cutanées locales sont découvertes par le malade
lui-même.
Compte tenu de ces données, les tests de surveillance se limitent en
pratique à l’examen clinique.
Les autres examens (radiographie du
thorax, échographie des chaînes ganglionnaires ou viscérales,
tomodensitométrie ou imagerie par résonance magnétique nucléaire)
ne sont réalisés qu’en cas de point d’appel clinique.
Ces tests ne
sont par ailleurs performants (compte tenu de la croissance rapide
des métastases) que s’ils sont faits fréquemment.
Une surveillance à
vie est conseillée car au-delà de la cinquième année, le risque de
récidive se stabilise mais ne devient pas nul, quelle que soit
l’épaisseur du mélanome initial.
De nombreuses propositions et
réunions de consensus ont été faites dans divers pays.
Leurs
conclusions, bien que parfois divergentes, sont toutefois
consensuelles sur les principales recommandations.
Nous citerons
les recommandations des études françaises (conférence de consensus
française, 1995 ; Standard Options Recommendations de la Fédération
nationale des centres de lutte contre le cancer, 1998).
La surveillance repose sur l’examen clinique.
Enseigner l’autosurveillance est un impératif qui a pour but de
détecter un deuxième mélanome et des récidives cutanées et
ganglionnaires.
Il n’y a pas d’argument pour la réalisation d’imagerie ou de bilan
biologique en l’absence de signe d’appel.
La surveillance après exérèse des ganglions métastatiques et la
surveillance des formes métastatiques ne font pas l’objet d’attitude
consensuelle.
La surveillance est adaptée en fonction du traitement
utilisé.
Traitement :
La meilleure façon de diminuer la mortalité et la morbidité liées au
mélanome est de développer les actions de prévention.
Le traitement
du mélanome ne peut être radical qu’à la phase de tumeur primitive
et à celle d’extension locorégionale.
Le traitement le plus efficace à
ces stades est la chirurgie.
Le consensus thérapeutique ne va pas
plus loin.
Aucune des options des phases thérapeutiques ultérieures
n’est entièrement satisfaisante.
Les traitements adjuvants ne doivent
actuellement être faits que dans le cadre d’essais thérapeutiques
contrôlés.
Il convient ensuite d’évaluer les indications et les limites
du traitement des mélanomes disséminés, dans la mesure où ces
traitements sont souvent palliatifs.
Un grand nombre de résultats
favorables ont été infirmés peu de temps après leur publication en
raison de traitements évalués à court terme, sans bras contrôle, avec
des critères d’évaluation peu cohérents.
Il faut tenir compte du
nombre de réponses objectives, mais aussi de la durée, de la qualité
de ces réponses.
Ces traitements doivent être prescrits si possible
dans le cadre de protocoles évalués.
A - STADE DE LA TUMEUR PRIMITIVE :
1- Chirurgie :
La chirurgie est actuellement, sans équivoque, le traitement de choix
du mélanome.
Mais les règles de l’exérèse ont été pendant des
décennies le triomphe de l’irrationnalité.
Plusieurs études
prospectives randomisées ont montré l’absence d’intérêt des marges
d’exérèse larges pour diminuer le risque métastatique locorégional
et améliorer la survie.
Certains auteurs soulignent que ce n’est pas
dans la marge saine que se trouve la métastase qui va être fatale au
malade.
Ils avancent qu’une exérèse, certifiée histologiquement
complète, est carcinologiquement suffisante et efficace.
Les recommandations les plus conformes aux données de la
littérature sont les suivantes :
– une marge de 3 cm est parfois proposée pour les mélanomes de
plus de 4 mm.
Cette recommandation ne repose pas sur des études
randomisées.
Dans ce type de mélanome, il existe sans doute des micrométastases hématogènes et l’importance de la marge apparaît
donc moins essentielle.
En attendant les résultats d’essais contrôlés,
la marge de 2 cm peut être préconisée.
En profondeur,
l’exérèse doit emporter tout l’hypoderme.
Le respect de l’aponévrose
en profondeur est toujours de règle à la suite de l’étude rétrospective
de Kenady (1982) montrant que son ablation n’a pas d’incidence sur
le contrôle local ni sur la survie ;
– pour les mélanomes du visage, des pieds et des mains, ces marges
de 1 à 2 cm peuvent être mutilantes.
Le chirurgien adopte ces
consignes en fonction du résultat fonctionnel et esthétique adapté
au malade.
Un mélanome unguéal, de l’extrémité d’un doigt ou d’un
orteil, nécessite souvent une amputation partielle enlevant la
dernière phalange et l’articulation interphalangienne adjacente.
Il
n’est pas démontré que cela améliore le contrôle local ou général.
La radiothérapie, la cryothérapie peuvent être proposées lorsque les
malades sont inopérables.
2- Traitements adjuvants de la tumeur primitive :
* Curage ganglionnaire prophylactique
:
Bien que toujours controversées, les trois études prospectives
randomisées sur l’intérêt du curage systématique dans les
mélanomes des membres ont conclu à l’inutilité de ce geste
chirurgical en termes de délai de récidive et de survie.
Ce
fait, associé à la morbidité de ces curages, ont conduit la plupart des
auteurs à ne pas le recommander après exérèse d’un mélanome
cutané isolé.
*
Ganglion « sentinelle » :
Le ganglion « sentinelle » correspond au relais ganglionnaire le plus
proche de la tumeur primitive.
Son repérage pré- et peropératoire,
par injection d’un colorant et d’un traceur radioactif lors de l’exérèse
du mélanome primitif, et son exérèse avec analyse histologique et
immunohistochimique, sont des techniques en cours de validation.
Cette technique permettrait d’identifier précocement les malades
ayant des micrométastases ganglionnaires régionales pour lesquelles
un curage ganglionnaire pourrait être proposé.
Des micrométastases
dans le ganglion « sentinelle » seraient observées dans 20 % des cas
de mélanomes primitifs de plus de 1 mm d’épaisseur selon Breslow.
Mais le ganglion « sentinelle » peut aussi être le point de départ de
la mise en place de défenses immunitaires et il n’est pas certain que
ce curage guidé améliore la survie.
Ainsi, la signification biologique
de ganglions « sentinelles » atteints n’est pas connue et la valeur des
curages, dans ces cas, nécessite d’être déterminée à l’aide d’études
en cours.
*
Thermochimiothérapie adjuvante régionale
:
La principale étude prospective de 835 patients avec un recul de
6,5 ans, utilisant le melphalan et comparant la chirurgie seule à la
chirurgie associée à la thermochimiothérapie, ne constate aucun
bénéfice de cette technique dans les mélanomes primitifs.
* Chimiothérapies et immunothérapies adjuvantes :
Les résultats des études comparatives sont concordantes pour
montrer que la chimiothérapie adjuvante et l’hormonothérapie ne
permettent pas d’obtenir un gain de survie après exérèse d’un
mélanome primitif. Les études contrôlées sur l’immunothérapie
adjuvante ont donné des résultats hétérogènes controversés.
Les
résultats d’une étude française multicentrique randomisée tendent à
montrer que l’interféron alpha-2 (IFNalpha-2) à faibles doses (3 MU trois
fois/semaine pendant 18 mois) retarde les récidives et tend à
augmenter la survie dans les mélanomes de stade I, d’épaisseur
supérieure à 1,5 mm et sans ganglion décelable.
Le recul est de
3 ans, mais cet effet bénéfique semble s’amenuiser avec le temps.
Ces résultats font recommander la poursuite active des essais
thérapeutiques prospectifs randomisés sur le rôle de
l’immunothérapie adjuvante.
Il n’y a pas actuellement d’indication
de traitement adjuvant de principe en dehors d’essais
thérapeutiques en cas de mélanome cutané opéré.
B - STADE DE MÉTASTASES LOCORÉGIONALES :
1- Métastases en transit
:
Plusieurs méthodes permettent d’améliorer le confort du malade,
mais leur action sur la prolongation de la survie n’est pas prouvée.
La chirurgie reste le traitement de choix lorsque le nombre de lésions
le permet.
La thermochimiothérapie régionale (melphalan, TNFalpha
[tumor necrosis factor], IFNgamma) permet souvent un bon contrôle local,
mais l’amélioration de la survie n’est pas prouvée et la morbidité
locale est réelle (4 à 33 %), avec toutefois un taux d’amputation
inférieur à 2 %.
D’autres méthodes peuvent rendre des services
dans certaines situations (radiothérapie, radiothérapie associée à
l’hyperthermie, cryochirurgie, laser, administration intralésionnelle
d’immunomodulateurs type DNCB [dinitrochlorobenzène]…).
Des protocoles d’étude de vaccination commencent à se développer,
les nodules en transit étant une cible idéale chez des malades pour
lesquels l’affection a habituellement une évolution lente.
2- Métastases ganglionnaires :
* Curage ganglionnaire :
Le traitement de référence demeure le curage de l’aire ganglionnaire
atteinte.
Aucun autre traitement n’a fait la preuve de sa supériorité.
L’étendue du curage ganglionnaire ne fait pas l’objet de consensus.
En cas d’atteinte ganglionnaire inguinale, le curage inguinocrural
simple est le plus souvent réalisé.
Certains font remarquer qu’il
existe un envahissement ilio-obturateur dans 25 à 50 % des cas, mais
la réalisation d’un curage inguinocrural et ilio-obturateur augmente
la morbidité.
Il n’est actuellement pas recommandé d’effectuer un
curage ilio-obturateur de manière systématique.
On peut suggérer
de vérifier l’absence d’anomalie scanographique des ganglions
d’amont et la palpation du ganglion de Cloquet peropératoire avant
de compléter éventuellement le curage.
En cas d’atteinte
ganglionnaire axillaire, un curage axillaire complet est recommandé.
En cas d’atteinte ganglionnaire cervicale, le territoire de drainage
des mélanomes de la tête et du cou est très hétérogène.
La chirurgie
compte au minimum un curage de la chaîne ganglionnaire atteinte,
mais il n’y a pas d’attitude consensuelle concernant la nécessité d’un
curage élargi aux chaînes ganglionnaires voisines.
* Traitement adjuvant après curage ganglionnaire :
+ Chimiothérapie
:
Aucune chimiothérapie adjuvante ne permet d’obtenir un gain de
survie et ne doit donc être recommandée après curage
ganglionnaire.
+ Immunothérapie
:
Les seules études donnant un avantage significatif en faveur d’un
traitement adjuvant par IFNalpha-2b (sont celles de Kirkwood avec des
doses très élevées d’IFN (20 MU/m2 en intraveineux j1-j5 pendant 4
semaines, puis 10 MU/m2 trois fois par semaine en sous-cutané
pendant 11 mois).
Ce traitement apporte un bénéfice de survie de
1 an au prix d’une forte toxicité, parfois de décès, et d’un lourd
impact sur la qualité de vie.
Une diminution des doses a été réalisée
chez 60 % des patients.
De plus, une analyse récente semble montrer
que le bénéfice s’amenuise avec le temps.
Il apparaît donc impossible, à l’heure actuelle, de recommander une
immunothérapie adjuvante après curage ganglionnaire.
Toutefois,
ces résultats encouragent à la poursuite d’études prospectives
randomisées sur le rôle de l’immunothérapie adjuvante dans le
mélanome.
+ Radiothérapie :
Elle peut être proposée à titre complémentaire en cas de chirurgie
ganglionnaire incomplète (adénopathie fixée, envahissement majeur
inaccessible).
C - MÉTASTASES À DISTANCE
:
Il n’y a pas de traitement curatif du mélanome métastatique.
Toutefois, certains traitements palliatifs permettent d’obtenir une
régression tumorale significative et, dans certaines séries, on trouve
des malades vivant plus de 5 ans après le diagnostic des métastases.
Cette population représente un faible pourcentage (inférieur à
10 %).
1- Chirurgie :
Elle doit être discutée en fonction de l’évolutivité de la maladie.
En
cas de lésion unique ou en petit nombre, groupées, cette chirurgie
radicale offre une possibilité de rémission complète durable pour
les malades ayant une maladie d’évolution lente (métastases
pulmonaires, hépatiques, cérébrales).
La chirurgie peut également
être envisagée à titre de confort (décompression médullaire…).
2- Radiothérapie :
Elle s’envisage à titre symptomatique pour le contrôle transitoire de
certaines localisations.
Les meilleures indications sont palliatives
pour les métastases osseuses hyperalgiques avec sédation des
douleurs osseuses dans 75 à 85 % des cas, les métastases
ganglionnaires ou cutanées inopérables et les métastases cérébrales.
En cas de métastase cérébrale isolée, une exérèse suivie d’une
irradiation permettraient un meilleur contrôle des symptômes
neurologiques.
3- Chimiothérapie
:
La dacarbazine est toujours considérée comme le médicament de
référence en monothérapie.
Les taux de réponses sont de 15 à
23 % avec seulement 5 % de rémission complète.
La durée de la
réponse est de l’ordre de 3 à 6 mois. Un à 2 % des malades traités
par dacarbazine pour un mélanome métastatique restent sans
récidive après plusieurs années.
Le temozolomide (Temodalt) est
un médicament proche de la dacarbazine avec une activité qui
semble identique, mais qui a l’avantage d’une administration
orale.
Trois autres classes de médicaments ont également une activité dans
le mélanome en monochimiothérapie avec des taux de réponse de
10 à 20 % : les nitroso-urées, les alcaloïdes de la pervenche, le
cisplatine.
La fotémustine, de la famille des nitroso-urées, demeure
la chimiothérapie de référence dans les métastases cérébrales avec
des taux de réponse de l’ordre de 25 %.
De nombreuses combinaisons de chimiothérapies ou
d’immunochimiothérapies, ou de chimiothérapie intensive avec
autogreffe de moelle, ont été proposées avec des taux de réponse
au-delà de 50 %, mais les études portent sur des effectifs limites, la
qualité de vie des malades se trouve lourdement affectée, les durées
de réponse demeurent très brèves, de 2 à 6 mois, et ces études n’ont
pas été confirmées ultérieurement.
Ainsi, la supériorité des polychimiothérapies par rapport à la
dacarbazine seule n’a pas été démontrée.
4- Modificateurs de la réponse biologique
:
* Interféron alpha (IFNalpha)
:
Les IFN recombinants donnent des taux de réponse de l’ordre de
15 %.
Les réponses sont souvent observées sur des maladies
lentement évolutives et des localisations cutanées ou ganglionnaires.
Les réponses sont courtes.
L’administration d’IFN doit être
prolongée avec des doses minimales efficaces (10 MU/injection).
* Interleukine 2 (IL2)
:
Des taux de réponse de l’ordre de 15 à 25 % ont été rapportés avec
l’IL2, seule ou en association, avec près de 5 % de réponse complète,
mais ce traitement par voie veineuse a une toxicité importante.
* Autres possibilités
:
De nombreux autres traitements sont en évaluation :
– les anticorps monoclonaux dirigés contre des antigènes tumoraux ;
– la vaccination antitumorale par des antigènes tumoraux (famille
MAGE) ou des antigènes de différenciation reconnus par les cellules
cytotoxiques ;
– les techniques de génie génétique sont également explorées.
Elles
peuvent améliorer l’approche vaccinale ; cette approche se fait
essentiellement par transfection de gène soit dans la cellule
tumorale, soit dans les lymphocytes cytotoxiques :
– dans les cellules tumorales ont été réalisés :
– le remplacement d’un gène muté ;
– l’introduction d’un « gène suicide » faisant exprimer
directement par la cellule tumorale un gène la rendant sensible
à une drogue ;
– l’introduction d’un oligonucléotide inactivant un produit
oncogène ;
– l’introduction d’un gène augmentant l’immunogénicité
tumorale ou favorisant la production de cytokines
immunomodulatrices ;
– à partir de lymphocytes cytotoxiques, la thérapie génique vise
à transfecter des gènes augmentant la fonction cytotoxique de ces
cellules (IFNalpha, IL2) ;
– en fait, il existe un déséquilibre entre le grand nombre de
publications de recherche et la rareté des études cliniques concernant
ce sujet.
Prévention
:
L’augmentation continue de l’incidence du mélanome, associée à la
gravité du pronostic lorsqu’il est diagnostiqué tardivement, plaide
en faveur du développement des mesures de prévention.
En effet, la
guérison peut être obtenue si le diagnostic est porté à un stade
précoce.
A - PRÉVENTION PRIMAIRE :
Elle a pour objectif de diminuer l’incidence d’une maladie en
agissant sur un facteur de risque déterminé.
Elle cherche donc à
réduire l’exposition solaire, seul facteur de risque identifié de
l’environnement.
Son intérêt est limité pour deux raisons :
l’importance réelle du facteur solaire est mal précisée ainsi que le
type d’exposition en cause.
De nombreuses campagnes ont été
menées (Australie, Grande-Bretagne, France, États-Unis…).
L’efficacité de ces campagnes et leur rapport coût-efficacité sont très
difficiles à évaluer.
La protection solaire consiste avant tout à éviter
de s’exposer pendant les heures chaudes de la journée (entre 12 h et
16 h) et à porter des vêtements appropriés.
Les photoprotecteurs
externes ont montré leur efficacité en réduisant l’apparition de
kératoses actiniques, mais leur action préventive vis-à-vis du
mélanome n’est pas prouvée.
En protégeant contre le coup de
soleil et en retardant l’érythème solaire, ces produits peuvent
encourager à une exposition prolongée.
Ils doivent donc être utilisés
uniquement comme un moyen complémentaire à la protection
vestimentaire.
B - PRÉVENTION SECONDAIRE :
Elle a pour but de diminuer la morbidité et la mortalité d’une
affection en découvrant la maladie à un stade précoce.
Le diagnostic
précoce des mélanomes est à ce jour la principale arme
thérapeutique.
L’exérèse préventive des lésions à haut risque de transformation se
limite à l’exérèse des « grands » nævus congénitaux.
La question
des « petits » nævus congénitaux est débattue et il est inutile
d’exciser tous les nævus « atypiques ».
Seulement 20 % des mélanomes sont découverts par un médecin.
C’est le patient ou ses proches qui permettent le diagnostic dans la
majorité des cas, d’où l’importance de l’éducation à
l’autosurveillance.
De nombreuses campagnes avec des outils
sémiologiques efficaces ont été proposées : les critères de
l’« ABCDaire », le concept du « vilain petit canard ».
Cet apprentissage de l’autodépistage est d’autant plus nécessaire
qu’un certain nombre de mélanomes encore mal définis ont un profil
de croissance tumorale rapide sans lésion préexistante.
Néanmoins, ces campagnes d’éducation à l’autodépistage se
heurtent aux problèmes de la lourdeur, du coût de mise en place de
ces campagnes, à l’angoisse et la lassitude des personnes.
De plus,
l’effet « campagne » est limité dans le temps, nécessitant de le
répéter.
La surveillance des sujets à risque est indispensable.
Les principales recommandations de la littérature (conférences de
consensus) sont les suivantes :
– un examen des parents, des enfants et de la fratrie des patients
atteints de mélanome afin d’identifier les formes familiales (5 à 10 %
des mélanomes) et de diagnostiquer les sujets à haut risque (nævus
atypiques, nævus très nombreux) ;
– dans le cadre d’un mélanome familial, un examen systématique
des membres de la famille avec proposition d’une surveillance
clinique annuelle à chacun des membres apparentés au premier
degré, associé à une éducation de l’autosurveillance régulière et de
la photoprotection.