Manifestations systémiques au cours des infections pharyngées
Cours d'ORL (Oto-rhino-laryngologie)
Introduction
:
Les angines sont des infections fréquentes du tissu amygdalien.
Leur
étiologie est le plus souvent virale.
Les angines bactériennes, plus
fréquentes chez l’enfant, sont dans la majorité des cas dues à Streptoccocus
bêta hémolytique du groupe A (SBHA).
Beaucoup plus
rarement, des germes anaérobies type Fusobacterium sont isolés.
Les angines bactériennes, notamment à SBHA, peuvent être à l’origine
de complications suppuratives locorégionales.
Les manifestations
générales des angines bactériennes sont devenues rares depuis
l’utilisation des antibiotiques.
Elles sont de deux types : suppuratives
ou auto-immunes.
Certaines angines bactériennes peuvent s’accompagner de
manifestations générales par septicémie ou par diffusion sanguine
des toxines bactériennes.
Les complications non suppuratives ou
immunitaires sont essentiellement l’apanage des angines
streptococciques (rhumatisme articulaire aigu [RAA],
glomérulonéphrite aiguë [GNA] streptococcique).
Les complications générales des angines virales sont rares. Seul le
virus d’Epstein-Barr (EBV), responsable de l’angine de la
mononucléose infectieuse (MNI), s’accompagne d’une atteinte
générale.
Dans cet article, les maladies au cours desquelles l’infection
pharyngée n’est pas le point de départ de la maladie générale mais
en est seulement une manifestation ne sont pas traitées.
Il s’agit
notamment de la primo-infection par le virus de l’immunodéficience
humaine (VIH), de la maladie de Still de l’adulte, de la maladie de
Kawasaki, des angines observées au cours des hémopathies.
De la
même manière, l’angine de Duguet au cours de la phase d’état de la
typhoïde se manifeste par des ulcérations superficielles indolores
des piliers antérieurs ou du voile, dans le cadre d’un sepsis
généralisé, l’angine n’étant qu’un symptôme secondaire de
l’infection à Salmonella typhi.
Complications générales infectieuses
des angines :
Certaines maladies infectieuses systémiques ont pour point de
départ une angine.
La dissémination de l’infection peut se faire par
libération d’emboles vasculaires septiques ou par la libération de
toxines par les pathogènes.
Ces germes responsables de
complications infectieuses à distance sont le plus souvent des
bactéries.
L’EBV est le seul virus qui donne une maladie générale
après une infection pharyngée.
A - MONONUCLÉOSE INFECTIEUSE :
La MNI est l’une des infections les plus courantes observées au
cours de l’adolescence.
Elle est due à un virus de la famille des
Herpes, l’EBV, qui infecte et se réplique dans les cellules épithéliales
et les lymphocytes B mais peut rester quiescent dans les
lymphocytes B.
Il a la particularité de promouvoir le développement
de certaines tumeurs (UCNT du cavum, lymphome de Burkitt) et
d’être responsable de la leucoplasie chevelue de la langue.
La primo-infection par l’EBV survient d’autant plus tôt que les
conditions socioéconomiques sont précaires, à 5 ans dans les pays
défavorisés, et peut être observée jusqu’à 30 ans dans les pays
industrialisés.
Cette primo-infection est le plus souvent
asymptomatique chez l’enfant, alors qu’elle est symptomatique, le
plus souvent sous la forme d’une MNI, chez la moitié des
adolescents et des adultes jeunes.
L’homme est le seul réservoir du
virus, la transmission se faisant par la salive, exceptionnellement par
transfusion, ce qui lui vaut le nom de « maladie du baiser ».
L’incubation est de 4 à 6 semaines.
La maladie survient de manière
sporadique ; il n’a jamais été décrit d’épidémie.
Dans la forme
typique, la MNI associe fièvre, angine et adénopathies.
Le début de
la maladie se traduit par une asthénie et une fièvre, puis une angine
qui est classiquement érythématopultacée mais parfois
pseudomembraneuse, ce qui doit faire discuter une diphtérie. Des
pétéchies du palais sont parfois observées.
L’angine de la MNI
diffère de l’angine diphtérique par le respect de la luette et l’absence
de signes toxiniques.
Les adénopathies cervicales sont constantes, parfois très volumineuses, mais peuvent toucher les aires
ganglionnaires axillaires et inguinales.
Une splénomégalie est
présente dans 50 % des cas.
L’hépatomégalie, plus rare, n’est
observée que chez 10 % des patients.
Un rash maculopapulaire du
tronc et de la racine des membres survient dans 15 % des cas.
Il
peut être déclenché par la prise de pénicilline A.
La fièvre et l’angine
sont caractérisées par leur durée prolongée (10 à 15 jours), ce qui
amène le patient à consulter une deuxième fois devant l’échec d’une
antibiothérapie prescrite pour une angine présumée banale.
Des complications rares de la MNI ont été décrites.
Il s’agit de
rupture de la rate (0,1 % des cas), de complications neurologiques
(polyradiculonévrite ; méningite et méningoencéphalite aseptique ;
paralysie des paires crâniennes, notamment faciales), de
manifestations hématologiques (anémie hémolytique, purpura
thrombopénique, cryoglobulinémie, pancytopénie) et d’insuffisance
hépatique.
La primo-infection par l’EBV provoque notamment une
insuffisance hépatique et un déficit immunitaire chez les garçons qui
présentent un syndrome de Duncan (maladie lymphoproliférative
liée à l’X).
La mononucléose chronique est discutée.
Elle se
caractérise par des adénopathies, une hépatosplénomégalie, des
polyarthralgies.
Le syndrome étiqueté « syndrome de fatigue
chronique » est d’étiologie inconnue ; la responsabilité d’une
infection chronique à EBV n’a cependant pas été démontrée.
On isole un streptocoque dans la gorge de 50 % des patients atteints
de MNI, ce qui explique la survenue de complications locales à type
de phlegmon périamygdalien et justifie le traitement antibiotique.
Le diagnostic de MNI est également biologique, caractérisé par un
« syndrome mononucléosique » défini par une hyperlymphocytose
(les lymphocytes représentant plus de 50 % des leucocytes), avec la
présence de plus de 10 % de lymphocytes atypiques se présentant
comme des cellules mononucléées bleutées ou hyperbasophiles.
Ils
correspondent à la présence de lymphocytes T activés en réaction à
une stimulation antigénique. Une thrombopénie modérée peut être
associée.
Près de 90 % des patients présentent une élévation modérée
des transaminases.
Le diagnostic sérologique de la MNI se fait classiquement par la
réaction de Paul-Bunnel-Davidshon et le MNI-test.
La réaction de Paul-Bunnel-Davidshon est la plus spécifique.
Elle recherche des
anticorps agglutinant les hématies de mouton ou anticorps
hétérophiles. Le MNI-test est un test simple et rapide qui met en
évidence des immunoglobulines (Ig) M sériques agglutinant les
hématies de cheval.
Ces deux réactions se positivent dès les premiers
signes cliniques, mais sont parfois retardées de 2 à 3 semaines, avec
la possibilité de faux positifs.
Actuellement, ces deux réactions sont
supplantées par la mise en évidence des anticorps spécifiques dirigés
contre les trois antigènes viraux : early antigen (EA), viral capsid
antigen (VCA) et Epstein-Barr nuclear antigen (EBNA). L’étude de la
réponse sérologique permet de distinguer une primo-infection d’une
infection ancienne ou d’une réactivation.
Au stade
précoce, il y a peu d’anticorps anti-EA et anti-EBNA.
Dans un
deuxième temps, apparaissent des IgG anti-VCA qui vont persister
définitivement.
La présence d’IgM anti-VCA signe une primoinfection
ou une réactivation.
L’absence d’anticorps anti-EBNA signe
la primo-infection.
Un syndrome mononucléosique biologique peut également être
observé au cours de la primo-infection à cytomégalovirus (CMV),
au VIH, ou au cours de la toxoplasmose.
La primo-infection à CMV
se manifeste par de la fièvre et une fatigue, plus rarement par une
angine et des adénopathies.
La primo-infection au VIH
s’accompagne d’une pharyngite présente dans 25 à 50 % des cas,
parfois d’ulcérations buccales.
Elle se diagnostique par la recherche
d’une antigénémie P24. Il n’y a pas de manifestations pharyngées
dans la toxoplasmose.
L’évolution de la MNI est souvent spontanément favorable sous
traitement symptomatique (repos, antalgiques et antipyrétiques
pendant la période de l’angine).
Des antibiotiques sont indiqués s’il
existe une surinfection bactérienne.
La corticothérapie n’est indiquée
que dans les formes compliquées ou prolongées, car elle expose
théoriquement à un risque de complications par inhibition de la
réponse immunitaire cellulaire.
Elle est prescrite pendant 8 à 10
jours à la dose de 0,5 à 1 mg/kg/j d’équivalent prednisone.
Les
antiviraux (aciclovir) n’ont pas d’effet bénéfique significatif
démontré sur la résolution de la symptomatologie clinique.
La
guérison spontanée survient en 3 à 4 semaines, parfois suivie d’une
asthénie qui peut se prolonger pendant 3 à 4 mois.
B - SCARLATINE :
La scarlatine est une toxi-infection due à un SBHA, ou plus rarement
à un streptocoque bêta hémolytique du groupe C ou D, qui sécrète une
toxine érythrogène.
L’éruption est probablement due à une réaction
d’hypersensibilité vis-à-vis de la toxine.
La maladie évolue sous
forme de cas sporadiques ou de petites épidémies dans les
collectivités d’enfants, âgés le plus souvent de 4 à 8 ans.
Ce sont
principalement les sérotypes M3 et M4 de Streptococcus pyogenes qui
sont actuellement responsables de scarlatine.
La contamination se fait par voie aérienne par contact direct avec
un sujet porteur.
La maladie a le plus souvent pour point de départ
une infection pharyngée (rarement cutanée ou puerpérale).
L’incubation est de 1 à 5 jours.
La phase d’invasion débute par un
malaise avec une fièvre à 40 °C, des céphalées et parfois des
arthralgies.
L’angine est classiquement très dysphagiante,
érythémateuse ou érythématopultacée, parfois avec un piqueté
hémorragique.
Il existe des adénopathies cervicales. L’exanthème
débute à la 48e heure par le thorax et la racine des membres.
Il
réalise un érythème diffus, sans intervalle de peau saine, et évolue
en une seule poussée en 1 à 2 jours, respectant les paumes et les
plantes.
Cette éruption s’atténue au sixième jour, laissant place à une
desquamation qui peut se prolonger jusqu’à la quatrième semaine.
L’énanthème se manifeste sur la langue par un aspect saburral, puis
une desquamation qui donne l’aspect framboisé typique vers le
sixième jour.
Il existe dans un grand nombre de cas des formes
atténuées au cours desquelles l’exanthème est limité aux plis et au
tronc.
Dans les formes graves, l’éruption est purpurique,
s’accompagnant d’une fièvre élevée, de troubles de la conscience,
parfois d’une myocardite.
Le diagnostic est clinique mais peut poser
des problèmes de diagnostic différentiel avec les éruptions des chocs
toxiques, la maladie de Kawasaki, les érythèmes toxiques
scarlatiniformes et les toxidermies médicamenteuses.
Le
traitement de la scarlatine repose sur une antibiothérapie orale
antistreptococcique, avec vérification de l’absence de protéinurie
15 à 20 jours après la fin du traitement.
Les complications de la
scarlatine sont en effet les complications des infections
streptococciques infectieuses suppuratives (adénites suppurées,
otites) ou non suppuratives.
C - SYNDROME DE CHOC TOXIQUE STREPTOCOCCIQUE :
Certaines souches de S. pyogenes productrices d’une toxine
érythrogène peuvent induire une bactériémie avec un choc septique
(hypotension artérielle et défaillance hépatique pulmonaire et
rénale), des troubles de la coagulation et un érythème.
Le SBHA
appartenant au sérotype M1, dont l’incidence a augmenté au
Royaume-Uni et aux États-Unis, semble responsable de la survenue
d’infections sévères.
La maladie est plus fréquente chez l’adulte (entre 20 et 50 ans) que chez l’enfant.
La porte d’entrée de l’infection
est le plus souvent une infection des tissus mous (fasciite nécrosante,
péritonite, ostéomyélite...), mais peut également être pharyngée.
Le tableau clinique associe une fièvre de début brutal avec une
hypotension ou d’emblée un état de choc qui s’installe en 2 jours.
L’éruption est fréquente (60 à 80 % des cas), de type pétéchial ou maculopapuleux, et desquame lorsque l’évolution est favorable en 6
à 14 jours.
Des atteintes viscérales multiples complètent le tableau.
Le diagnostic repose sur l’association d’une hypotension, de
l’isolement de SBHA ou du streptocoque b hémolytique du groupe
G et d’au moins deux signes : insuffisance rénale, troubles de
l’hémostase, détresse respiratoire aiguë, insuffisance hépatique,
érythème généralisé évoluant vers une desquamation, nécrose
tissulaire.
Le traitement repose sur la prise en charge du choc et
de l’insuffisance rénale et sur un traitement antibiotique efficace sur
S. pyogenes et sur le staphylocoque en raison de la similitude avec le
choc toxique staphylococcique, ainsi que sur le traitement parfois
chirurgical de la porte d’entrée (excision des tissus nécrosés en cas
de fasciite nécrosante).
D - SYNDROME DE LEMIERRE :
Ce syndrome, initialement décrit par Lemierre en 1936, associe
classiquement une angine, une thrombophlébite de la veine jugulaire
interne, des abcès métastatiques par dissémination hématogène,
préférentiellement pulmonaires, articulaires ou osseux, avec une
septicémie à Fusobacterium necrophorum. F. necrophorum est un
bacille à Gram négatif anaérobie strict non sporulé, très polymorphe,
qui appartient à la flore buccale commensale.
Ce syndrome,
également appelé « syndrome angine-infarctus pulmonaire », est
actuellement rarissime.
Il doit cependant être évoqué chez un sujet,
le plus souvent jeune, sans pathologie sous-jacente, qui présente une
angine érythémateuse ou nécrotique associée à des emboles
septiques.
Des images pulmonaires sont bilatérales nodulaires,
s’excavant secondairement, et sont souvent associées à une pleurésie
ou à un pneumothorax.
Le diagnostic différentiel doit surtout se
faire avec une endocardite droite.
La gravité de la maladie impose
une hospitalisation et une antibiothérapie efficace contre les germes
anaérobies (associant une bêta-lactamine et du métronidazole) pour une
durée de 6 semaines.
Un geste chirurgical est parfois nécessaire sur
les complications pulmonaires.
La ligature de la veine jugulaire
interne peut être indiquée en cas de persistance d’emboles septiques,
mais la guérison survient le plus souvent sous traitement médical.
E - DIPHTÉRIE :
L’angine diphtérique est une infection due à un bacille à Gram
positif : Clostridium diphteriae.
Cette maladie a disparu de nombreux
pays depuis des années.
La vaccination est généralisée en France
depuis 1945, période au cours de laquelle le nombre de cas annuels
atteignait 45 000, taux élevé lié à des conditions socioéconomiques
difficiles.
La transmission de la maladie est aérienne, interhumaine,
favorisée par l’existence de porteurs sains du germe.
Aucun
nouveau cas de diphtérie n’a été déclaré en France depuis 1989.
Malgré la vaccination, des cas sont encore observés, notamment en
ex-Union soviétique et en Afrique du Nord.
La très nette
diminution des cas de diphtérie est liée à un phénomène d’immunité
collective acquise par la vaccination, mais également à une
amélioration du niveau de vie et de l’éducation sanitaire.
La maladie
atteint surtout les enfants, mais également des adultes.
Il faut
savoir que des formes bénignes peuvent être observées chez des
sujets vaccinés.
La diphtérie doit être suspectée devant une angine
pseudomembraneuse survenant chez un patient en provenance
d’une zone d’endémie (ex-Union soviétique, Afrique du Nord) ou
chez un sujet aux conditions de vie précaires, surtout si la
vaccination n’est pas à jour.
La phase d’invasion est caractérisée par
une fièvre modérée, associée à une altération de l’état général et un
enduit blanchâtre épais sur un pharynx inflammatoire.
Ces
symptômes apparaissent après une période d’incubation de
2 à 7 jours.
L’angine est caractérisée à la période d’état par l’extension rapide
des fausses membranes bilatérales engainant la luette.
Ces fausses
membranes sont blanc nacré, se détachent du tissu sous-jacent et se
reproduisent en quelques heures.
Il existe des adénopathies sousangulomaxillaires
volumineuses, une rhinite avec jetage, une fièvre
qui reste modérée à 38-38,5 °C, et un abattement et une pâleur
intenses.
En l’absence de traitement, apparaît un syndrome toxique (pâleur,
adynamie, tachycardie, troubles du rythme cardiaque et de la
conduction auriculoventriculaire), associé à une température
variable (qui peut être élevée ou normale).
Sous traitement, les
signes locaux s’amendent rapidement, mais une surveillance
prolongée est nécessaire pour dépister un accident sérique au
huitième ou neuvième jour, ou des complications évolutives
(myocardite ou paralysies) qui peuvent survenir jusque 3 mois après
le début de l’angine.
Les formes malignes sont caractérisées par une prostration, une
défaillance circulatoire.
Le syndrome hémorragique précoce, qui se
manifeste par un purpura, une gingivorragie et des épistaxis, serait
spécifique de la forme maligne.
La malignité locorégionale se
caractérise par l’extension des fausses membranes à la muqueuse
respiratoire nasale et pharyngolaryngée, avec une dysphonie et
dyspnée (croup diphtérique) et une dysphagie, une rhinite
hémorragique, parfois une érosion narinaire.
Dans les formes dyspnéisantes, intubation et/ou trachéotomie sont nécessaires, mais
elles sont souvent insuffisantes du fait de l’extension des fausses
membranes à la trachée et aux bronches.
Les adénopathies
volumineuses, très douloureuses, associées à un oedème des régions
sous-maxillaires et cervicales antérieures, sont responsables de
l’aspect classique de « cou proconsulaire ».
Malgré la sérothérapie,
l’évolution de ces formes malignes est souvent mortelle par
insuffisance respiratoire, troubles du rythme cardiaque ou syndrome
hémorragique diffus.
La myocardite et les paralysies extensives des
muscles respiratoires sont les principales causes de décès, parfois
plusieurs semaines après une amélioration initiale, même sur des
formes atténuées survenant chez un sujet vacciné.
Les neuropathies
diphtériques s’observent dans 10 à 20 % des cas.
Elles sont favorisées
par le retard ou l’absence de sérothérapie.
Elles peuvent être
précoces ou tardives, partielles ou généralisées.
Leur ordre
d’apparition est immuable, débutant par la paralysie vélopalatine,
une atteinte de l’accommodation puis des muscles du pharynx et
du larynx.
Les atteintes des muscles respiratoires sont plus rares,
survenant dans la semaine suivant l’atteinte vélopharyngée, parfois
tardives, nécessitant un recours à une assistance respiratoire.
Les
atteintes des nerfs crâniens, des membres inférieurs et supérieurs
sont également moins fréquentes ; elles régressent le plus souvent
lentement sans séquelles.
La très grande variété des atteintes initiales (parfois uniquement
pharyngée chez un sujet vacciné) doit faire pratiquer un
prélèvement bactériologique systématique à toute angine
pseudomembraneuse et démarrer une sérothérapie antidiphtérique
dans l’attente des résultats de l’examen bactériologique s’il existe
des arguments cliniques ou épidémiologiques faisant craindre une
diphtérie.
La sérothérapie doit être administrée à la dose de 2 à 5 000 U/kg en
fonction du caractère bénin ou malin de la maladie.
Elle est préparée
en France par l’institut Pasteur.
La méthode de Besredka permet de
tester la sensibilité du sujet.
Elle consiste à injecter 0,1 mL de sérum,
puis 15 minutes plus tard, 0, 25 mL par voie sous-cutanée.
La dose
totale de sérum est injectée en une seule fois, à moitié par voie souscutanée
et l’autre moitié par voie musculaire s’il n’y a pas de
réaction.
En cas de mauvaise tolérance, le sérum est dilué, injecté
par doses croissantes.
La voie intraveineuse est utilisée en diluant
l’antitoxine dans 100 à 250 mL de sérum physiologique perfusé
initialement lentement, puis en 2 à 3 heures.
Une antibiothérapie est
associée par pénicilline G ou macrolides pendant 10 à 15 jours.
La
recherche d’un portage et le traitement antibiotique des sujets
contacts est systématique.
La déclaration à la Direction
départementale de l’action sanitaire et sociale (DDASS) est
obligatoire.
La maladie sérique se manifeste 8 à 12 jours après l’administration
du sérum par une urticaire, un oedème de la face, des polyarthralgies.
Elle se traite par antihistaminiques et corticoïdes.
La vaccination antidiphtérique repose sur la découverte, en 1923,
par Ramon, d’une « anatoxine », toxine modifiée par la chaleur et le
formol, fortement antigénique.
Cette vaccination est obligatoire en
France depuis 1940 chez l’enfant avant 18 mois, en trois injections,
avec un rappel à 1 an.
Il est ensuite conseillé de reconduire la
vaccination, sans qu’il n’y ait de caractère obligatoire, par un rappel
tous les 10 ans, y compris à l’âge adulte.
L’absence de production d’antitoxine n’atteint que moins de 5 % des
sujets vaccinés.
La diphtérie n’est qu’exceptionnellement grave
chez des sujets vaccinés.
F - SYPHILIS :
La syphilis est une maladie sexuellement transmissible due à Treponema pallidum.
Sa fréquence est actuellement très faible en
France.
La contamination se fait sur une peau abrasée ou par la
muqueuse.
Le site d’inoculation est le siège d’une exulcération
superficielle, indolore, dont la base est indurée.
Ce « chancre
syphilitique » siège le plus souvent sur les muqueuses génitales,
mais peut être situé sur la muqueuse buccale et amygdalienne si la
contamination est orale.
Les adénopathies satellites apparaissent
après quelques jours.
Elles sont multiples, unilatérales, indolores.
En l’absence de diagnostic et de traitement, le chancre disparaît en 2
à 6 semaines.
La syphilis secondaire se manifeste par une éruption
qui dure quelques semaines.
Par la suite, il existe une phase de
latence clinique qui est suivie, chez un tiers des patients, de la phase
tertiaire avec des atteintes neurologiques et cardiovasculaires.
Le diagnostic peut se faire à la phase précoce par l’identification du
germe sur un prélèvement de transsudat.
Les sérologies se positivent
8 jours après la survenue du chancre pour le fluorescent Treponema
antibody absorption (FTA-abs) et 10 à 20 jours après pour le Treponema
pallidum hemagglutination (TPHA).
Le traitement repose sur la
pénicilline retard ou sur l’érythromycine pour les sujets allergiques
à la pénicilline.
Complications générales
non suppuratives des angines
streptococciques :
Les complications non suppuratives des pharyngites sont
secondaires à des infections à streptocoque du groupe A.
Leur
fréquence diminue du fait des antibiothérapies largement prescrites,
même si seulement 20 % des angines sont liées au SBHA.
Les complications les plus courantes sont le RAA, restant une
urgence thérapeutique par le risque cardiaque encouru, et la
glomérulonéphrite post-streptococcique.
A - RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU :
1- Diagnostic et définition :
Le RAA (ou anciennement appelé maladie de Bouillaud) est une
complication de la pharyngite à SBHA non traitée.
Le risque de
survenue est alors estimé à 1 %. Les atteintes extrapharyngées
streptococciques ne sont pas rhumatogènes.
Le RAA atteint l’enfant
d’âge scolaire et l’adulte jeune, soit dans près de 92 % des cas avant
18 ans, et touche les deux sexes avec la même fréquence.
Alors que cette affection est devenue une maladie rare dans les pays
développés, elle reste fréquente et grave dans les pays en voie de
développement, représentant 25 à 45 % des maladies
cardiovasculaires.
L’incidence annuelle moyenne se situe à
0,5/100 000 enfants d’âge scolaire dans les pays industrialisés, et à
100 à 200/100 000 dans les pays en voie de développement où le RAA est endémique.
En France métropolitaine, le RAA est donc rare.
Trente-deux cas de
première poussée de RAA ont été déclarés dans l’enquête nationale
hospitalière menée entre 1995 et 1997.
Aux États-Unis, au cours
des 20 dernières années, des « bouffées épidémiques » ont été
rapportées, mettant en évidence des souches plus particulièrement
pathogènes.
Les facteurs favorisants fréquemment rapportés au cours du RAA
sont, d’après Denny, la promiscuité, le faible niveau économique et
la malnutrition.
Ils n’expliquent cependant pas les bouffées
épidémiques dans les pays industrialisés.
Leur rôle et celui de la
prédisposition génétique n’ont jamais été confirmés.
Physiopathologie. La virulence de la bactérie est liée aux facteurs
propres de la protéine M, protéine de surface du mur bactérien.
En
adhérant aux cellules orales et pharyngées, les SBHA de souche
rhumatogène vont se dégrader et produire des déterminants
antigéniques ayant une activité croisée avec le tissu valvulaire et
myocardique induisant une réponse humorale au moment de la
phase aiguë de la maladie et une réponse cellulaire
secondairement.
Diagnostic. Il repose sur la présence de critères cliniques et
biologiques, appelés critères de Jones.
Ils ont été décrits
en 1944 et sont révisés régulièrement par l’American Heart
Association.
Ainsi, la présence de cinq manifestations cliniques
majeures : cardite, polyarthrite, chorée, érythème marginé, nodules
sous-cutanés, et de trois manifestations mineures : fièvre, arthralgies
et poussées rhumatismales antérieures sont utiles au diagnostic.
Ces
critères s’appliquent lors d’une première poussée de RAA.
Le RAA
est probable si deux critères majeurs ou un critère majeur et deux
critères mineurs, avec une infection streptococcique antérieure, sont
présents.
Les différentes manifestations sont observées avec une
fréquence assez similaire dans les différentes études, la cardite et la
polyarthrite étant de loin les plus fréquentes.
L’angine initiale est inconstante, retrouvée dans 50 à 70 % des cas de RAA.
Dans trois circonstances précises, le diagnostic de RAA peut être
considéré comme plausible en l’absence des critères de Jones, la chorée isolée, la cardite « indolente » et la présence d’un critère
majeur ou mineur de Jones chez un patient ayant un antécédent de
RAA signant une rechute.
Un syndrome inflammatoire, défini par une vitesse de sédimentation
et une C reactive protein élevées, est fréquemment retrouvé.
Au
moment du diagnostic d’une poussée aiguë rhumatismale, la culture
du prélèvement de gorge est positive dans 25 % des cas.
Les
prélèvements de gorge sont utiles au dépistage de l’entourage
immédiat, mais non au diagnostic positif du RAA.
La fièvre est
habituellement élevée à plus de 38,5-39 °C.
La recherche d’anticorps antistreptococciques est de valeur
rétrospective car l’ascension des anticorps à 15 jours d’intervalle est
nécessaire au diagnostic positif.
Les antistreptolysines O (ASLO),
positives dans plus de 80 % des pharyngites à streptocoque A, sont
détectables dans les 2 premiers mois du RAA dans 20 % des cas.
L’utilisation d’autres tests antistreptococciques tels que l’antidésoxyribonucléase
B augmente le taux de positivité des tests.
* Cardite :
La cardite survient précocement, dans les 3 semaines suivant le
début du RAA, et est dépistée cliniquement par l’auscultation. Sa
fréquence est, selon les études, d’environ 58 %.
La cardite est
détectable cliniquement dans 50 % des cas et échographiquement
dans 70 % des cas.
Sa présence est source de complications par
défaillance cardiaque, mais aboutit rarement au décès.
L’inflammation touche les trois feuillets cardiaques : myocarde,
péricarde et endocarde.
L’endocardite est l’atteinte la plus fréquente
et peut survenir au cours de chaque poussée.
Son diagnostic est
évoqué devant la présence d’un souffle indiquant une affection de
la valve mitrale et confirmé par l’échographie bidimensionnelle.
Cette régurgitation mitrale est l’atteinte la plus fréquente, mais est
parfois associée à l’atteinte aortique et/ou tricuspide.
Le
dysfonctionnement mitral est lié à la dilatation ventriculaire et à la
diminution de mobilité de la valve.
L’insuffisance cardiaque est
mesurée en échographie. Selon les séries, des nodules valvulaires,
ou nodules d’Aschoff, sont observés dans 25 % des cas.
Ils seraient
plus fréquents dans les formes sévères et ont été largement décrits
au cours d’autopsies.
La myocardite est évoquée devant l’allongement de l’espace PR,
mesuré à l’électrocardiogramme qui doit être systématiquement
réalisé devant une suspicion de RAA.
La myocardite contribue à la
gravité du RAA par l’existence de troubles de la conduction
auriculoventriculaire.
La péricardite est rare (< 5 %) et d’abondance
modérée.
Le traitement associe repos, antibiotiques et
corticothérapie.
Sous traitement, la péricardite et la myocardite guérissent sans
laisser de séquelles.
Le pronostic d’une première poussée est bon.
Les rechutes à 3 ou 5 ans sont d’autant plus fréquentes qu’il existait
une atteinte cardiaque initiale.
Les séquelles sont liées à
l’insuffisance valvulaire et/ou cardiaque persistant après
traitement.
La corticodépendance et les troubles de croissance
associés chez l’enfant sont des complications secondaires.
* Polyarthrite :
La polyarthrite est le premier symptôme évocateur du diagnostic
lorsqu’elle survient en contexte fébrile 10 à 15 jours après une
pharyngite.
Les polyarthralgies sont présentes dans trois
quarts des cas et atteignent les grosses articulations : chevilles,
genoux, coudes, poignets.
Ces algies migrent et sont intenses. Elles
sont classiquement bilatérales et symétriques, chaudes et
douloureuses.
Cependant, de nombreuses formes se manifestent
par l’atteinte isolée d’une articulation.
La polyarthrite survient au
moment où la concentration des anticorps ASLO et anti-DNAse B
est maximale.
Les arthrites régressent et guérissent sans laisser de séquelles.
*
Chorée de Sydenham
:
Appelée dans le langage courant « danse de Saint-Guy », la chorée
rhumatismale est un des critères majeurs de Jones, suffisant à lui
seul pour évoquer le diagnostic de RAA.
Ces mouvements
anormaux ou chorée ont été décrits dans la même année de 1670
par le Français Guillaume de Baillou et par l’Anglais Thomas De
Sydenham.
Alors que le RAA est décrit de manière très épisodique dans les
pays développés, la chorée de Sydenham (CS) suit la même
évolution au cours du temps.
Elle survient par bouffées épidémiques
dans les 150 dernières années aux États-Unis et dans nos
départements ou territoires d’Outre-mer de manière sporadique.
Les mécanismes physiopathologiques de la CS sont mal élucidés
mais il semble exister un lien entre les troubles obsessionnels
compulsifs, le syndrome de Gilles-de-la-Tourette et la CS.
Ces
désordres neuropsychiatriques sont regroupés sous le terme de pediatric autoimmune neuropsychiatric disorder associated with
Streptococcus (Pandas).
La CS est un diagnostic clinique.
Des troubles psychologiques
débutent 2 à 4 semaines avant l’installation de mouvements
anormaux.
Ces signes sont souvent non diagnostiqués par la famille
ou le médecin, car interprétés à leur début comme une agitation ou
un manque d’attention de l’enfant.
L’instabilité émotionnelle est
fréquente, l’irritabilité, les cauchemars, la diminution de l’attention,
un comportement obsessionnel compulsif et l’angoisse peuvent
coexister.
La faiblesse musculaire peut s’aggraver en incapacité à soutenir une
contraction musculaire.
Les mouvements anormaux sont localisés à
la face (clignements des paupières, propulsion de la langue en avant,
cou réalisant des mouvements d’« oiseau aux aguets ») et aux
extrémités des membres supérieurs.
Ils peuvent interférer avec les
mouvements volontaires et aboutir à une démarche maladroite, des
chutes, des chutes d’objets, un discours explosif et dysarthrique.
Les
enfants malades ressentent ces mouvements comme des sursauts,
des secousses en saccades et se plaignent d’anxiété et/ou
d’hyperactivité lorsque ces troubles surviennent.
Les mouvements anormaux sont exagérés à l’effort, le froid,
l’émotion et la station debout.
Ils sont supprimés au cours du
sommeil et atténués au cours de l’isolement et par les traitements
sédatifs.
La CS est associée aux autres critères de Jones dans 20 à 66 % selon
les séries décrites ces 10 dernières années.
La présence de SBHA dans les prélèvements de gorge et des
anticorps sériques antistreptococciques est inconstante.
Le liquide
cérébrospinal est normal.
L’électroencéphalogramme (EEG) montre des anomalies dans 50 %
des cas de chorée.
Ce sont des ondes thêta généralisées souvent proportionnelles à la sévérité des mouvements anormaux, des
atteintes latéralisées décrites au cours des hémichorées et des
épilepsies.
Les améliorations appréciées par l’EEG correspondent
aux améliorations argumentées cliniquement.
Le repos au lit et les sédatifs sont préconisés pour diminuer les
mouvements anormaux.
Les neuroleptiques comme l’halopéridol, le divalproex de sodium et la carbamazépine sont habituellement
efficaces sur la chorée, mais non sur les troubles psychiatriques.
Le
traitement étiologique repose sur la corticothérapie pendant 12 à
18 semaines et l’antibiothérapie par pénicilline G durant 15 jours.
L’évolution est en règle favorable, avec une régression des signes
décrite en 1 à 3 mois.
Une étude brésilienne montre que le risque de
persistance de chorée est lié au sexe féminin et l’existence d’une
cardite.
La CS peut être fréquemment réactivée par la présence d’une
infection à streptocoque du groupe A récurrente.
Un traitement prophylactique est instauré afin d’éviter les récidives
qui se manifesteraient par une chorée dans 70 % des cas, une cardite
dans 8 % des cas ou des manifestations articulaires dans 10 % des
cas.
Il repose sur la benzathine benzylpénicilline intramusculaire
mensuelle pendant au moins 5 ans.
* Érythème marginé :
Manifestation rare, cette éruption est maculopapuleuse, de taille
variable, survenant sur le tronc et les extrémités et épargnant la face.
Cette éruption est transitoire, migratrice et non prurigineuse.
* Nodules sous-cutanés :
Appelés nodosités de Meynet, ces nodules sont présents à la face
externe des grosses articulations.
Ils sont concomitants d’une cardite.
2- Traitement :
* Traitement préventif
:
Il repose sur le traitement des angines à SBHA.
En raison de la faible incidence du RAA chez l’enfant de France
métropolitaine, de l’implication de près de 20 % du streptocoque A
dans les angines aiguës et du caractère inconstant de l’angine
initiale, le traitement systématique des angines aiguës est remis en
cause actuellement en France.
Une antibiothérapie peut être
proposée après utilisation de tests de diagnostic rapide du
streptocoque, appelé TDR.
Ce test possède une sensibilité
supérieure à 90 %.
Actuellement, dans la mesure où ces tests
ne sont pas disponibles, le traitement antibiotique de toutes les
angines est recommandé par les experts.
* Traitement curatif
:
Il est essentiellement celui de la cardite.
Les antibiotiques ont pour objectif d’éradiquer le SBHA restant dans
le foyer initial mais n’ont pas d’action sur les lésions de cardite.
Le
repos strict au lit durant 2 à 4 semaines est nécessaire.
Les antiinflammatoires
sont préconisés.
L’utilisation des corticoïdes est
préconisée dans les atteintes cardiaques.
La prednisolone, à la dose
de 2 mg/kg/j, est poursuivie au-delà de 4 semaines, à doses
dégressives.
Les complications, outre la corticodépendance,
concernent les troubles de la croissance chez l’enfant.
L’acide
acétylsalicylique est prescrit à des doses de 100 à 200 mg/kg/j en
six prises pour 3 à 4 semaines et réduit progressivement dans les
8 semaines suivantes.
Il peut être prescrit au moment du rebond des
signes de cardite à l’arrêt des corticoïdes.
* Traitement prophylactique secondaire :
Les antibiotiques ont pour objectif de prévenir toute rechute qui
serait fréquente dans les 3 à 5 années après le premier épisode, et
d’autant plus à risque d’atteinte cardiaque que le premier épisode
était associé à une cardite.
Le traitement doit être poursuivi au moins 5 ans si la cardite est
bien contrôlée ou à vie si elle persiste.
L’antibiothérapie est donnée,
soit oralement par une pénicilline G quotidienne, difficile par
rapport à l’observance, soit par benzathine benzylpénicilline par
voie intramusculaire toutes les 3 à 4 semaines.
B - GLOMÉRULONÉPHRITE AIGUË POSTINFECTIEUSE :
La GNA survient 10 à 20 jours après une infection streptococcique
pharyngée ou cutanée (impétigo).
Les mécanismes
physiopathologiques supposés indiquent qu’un ou plusieurs
antigènes streptococciques ayant une affinité pour les glomérules
sont présents au cours de la première phase de l’infection et sont
suivis par une réaction immunitaire 10 à 14 jours plus tard, associant
anticorps et antigènes.
La GNA survient dans 5 à 10% des épidémies d’angine, la
prévalence ayant baissé depuis la mise à disposition des
antibiotiques.
Elle atteint le plus souvent les enfants entre 2 et 10
ans.
Seules certaines souches néphritogènes de streptocoque sont
responsables de GNA.
Les souches streptococciques décrites dans
les glomérulonéphrites sont de types M1, M4 et M12 après
pharyngite, et de types M49, M55, M57 et M60 après infection
cutanée.
L’atteinte concomitante de RAA et de GNA est rare chez le même
patient.
Les signes cliniques sont le plus souvent d’intensité modérée.
L’affection est révélée par des douleurs lombaires, des nausées et
une fébricule.
Des oedèmes des paupières s’associent à des oedèmes
des lombes et des membres inférieurs.
La diminution de filtration
glomérulaire se manifeste par une oligurie et une hypertension
artérielle (HTA) modérée.
Les formes sévères sont rares mais
peuvent être révélatrices : oedème aigu pulmonaire, encéphalite
hypertensive avec convulsions ou déficits moteurs.
Les oedèmes et l’hématurie sont des éléments constants et sont
évocateurs du diagnostic.
Biologiquement, il existe une hématurie, une protéinurie modérée
(< 2 g/m2/24 h), une clairance de la créatinine abaissée.
L’hyponatrémie et la diminution de l’hémoglobine témoignent de
l’hémodilution.
La natriurèse est basse.
Les ASLO sont élevées si l’infection initiale est pharyngée.
Les
prélèvements de gorge sont souvent négatifs car décapités par une
antibiothérapie.
Le complément hémolytique total (CH50) et la fraction C3 du
complément sont abaissés de manière quasi constante et retournent
à la normale en 8 semaines.
L’histologie rénale est réalisée devant une forme clinique sévère ou
d’évolution prolongée chez l’enfant et de façon systématique chez
l’adulte.
En microscopie optique, il existe de nombreux
polynucléaires neutrophiles et une prolifération diffuse des cellules endocapillaires, endothéliales et mésangiales.
L’immunofluorescence
montre des dépôts granuleux fins d’Ig et de fraction C3 dans les
parois capillaires et dans le mésangium.
La microscopie électronique
met en évidence des dépôts volumineux sous-épithéliaux en
« motte ».
L’histologie permet de différencier les principaux
diagnostics d’insuffisance rénale chez l’enfant : poussée aiguë d’une
glomérulonéphrite chronique, glomérulonéphrite du purpura
rhumatoïde, autres infections.
La guérison spontanée survient dans la plupart des cas. Les facteurs
de bon pronostic sont l’oligurie initiale modérée, la régression rapide
de la protéinurie, la normalisation de la fraction C3 du complément
en moins de 6 semaines, et l’existence de formes épidémiques
permettant le diagnostic précoce des formes frustes.
À court terme, la diurèse reprend en 1 à 2 semaines, la créatininémie
se normalise en 4 semaines et l’hématurie dans les 6 mois.
La
protéinurie est détectable chez 15 % des patients après 3 ans.
À long
terme, des lésions rénales irréversibles persistent chez moins de 1 %
des enfants.
Certains patients adultes développeraient une HTA, une
protéinurie récidivante et une insuffisance rénale dans les 10 à
40 années après l’épisode initial.
Le traitement de la GNA repose sur des mesures symptomatiques :
diurétiques de l’anse pour limiter la surcharge sodée et l’HTA.
Les antibiotiques n’ont pas d’efficacité sur l’atteinte rénale, mais ont un
rôle de contrôle de la dissémination des germes néphritogènes à
l’entourage proche.
Conclusion :
L’utilisation large des antibiotiques dans le traitement des angines a
fortement réduit l’incidence de survenue des complications
suppuratives et immunes.
Les complications générales des angines
streptococciques sont devenues exceptionnelles, en rapport avec des
propriétés de virulence particulières de certaines souches de SBHA.
Leur gravité potentielle légitime le traitement systématique des angines
bactériennes.
Leur rareté ne doit pas faire oublier certaines maladies telles que la
diphtérie ou la scarlatine dont les manifestations systémiques peuvent
mettre en jeu le pronostic vital en l’absence de traitement adapté.