Manifestations cutanées de la sarcoïdose Cours de dermatologie
Introduction
:
La sarcoïdose est une maladie systémique définie par sa lésion
histologique : un granulome inflammatoire sans nécrose caséeuse.
Son étiologie reste inconnue.
Les manifestations cutanées sont
présentes dans environ 25 % des cas.
Elles ont historiquement
permis l’identification de cette maladie, à partir des travaux de
Hutchinson (1869), de Besnier (1889) et de Boeck (1897), puis de
Schaumann (1914).
Ce dernier a rattaché les atteintes cutanées aux
autres atteintes viscérales : pulmonaires, ganglionnaires, hépatiques,
spléniques, oculaires et parotidiennes de la maladie.
Les manifestations cutanées de la sarcoïdose sont très polymorphes
et classiquement séparées en lésions cutanées spécifiques,
histologiquement granulomateuses, et en lésions cutanées non
spécifiques (érythème noueux principalement).
Elles sont
importantes à reconnaître.
Elles peuvent permettre le diagnostic de
sarcoïdose et inciter à faire réaliser un bilan initial à la recherche de
localisations viscérales.
Certaines apportent un élément de pronostic,
favorable pour l’érythème noueux, péjoratif pour le lupus pernio.
Enfin, elles nécessitent parfois un traitement en raison de leur gêne
esthétique ou fonctionnelle.
Physiopathologie et épidémiologie
:
L’étiologie de la sarcoïdose demeure inconnue.
L’hétérogénéité des
formes cliniques, l’absence de critères diagnostiques précis, l’absence
de spécificité de certaines manifestations et le défaut de sensibilité
et de spécificité des tests diagnostiques employés gênent une
approche physiopathologique rigoureuse.
Aussi certaines affections granulomateuses étiquetées à tort comme des sarcoïdoses s’avèrent
en fait relever d’autres causes : bérylliose, pneumopathies
d’hypersensibilité, infections mycobactériennes ou fongiques, maladie de Whipple ou maladie de Crohn.
Il existe probablement
des formes frontières avec certaines pathologies granulomateuses.
La responsabilité d’un agent infectieux à l’origine de la sarcoïdose
est évoquée depuis de nombreuses années.
Des observations de
sarcoïdose chez le personnel soignant, en particulier chez les
infirmières, ont fait suspecter la responsabilité d’un agent
transmissible.
La possibilité d’induire l’affection chez l’animal à
partir du réactif de Kveim ou des observations de transmission de
la maladie après greffe de moelle ou transplantation d’organe ont
conforté cette hypothèse.
Les similitudes avec la tuberculose et
l’existence de quelques observations de tuberculose associée à une
sarcoïdose ont fait évoquer le rôle possible d’une mycobactérie.
Toutefois, les techniques récentes de biologie moléculaire ont
apporté des résultats contradictoires qui ne permettent pas de
conclure en faveur de cette hypothèse.
Récemment, des
séquences génomiques de l’Human herpes virus 8, agent infectieux
associé à la maladie de Kaposi, ou de variants de ce virus ont été
détectées dans plusieurs tissus sarcoïdosiques (ganglions, peau,
muqueuse).
D’autres auteurs en réponse à ce travail ont
cependant apporté des résultats contradictoires.
Un facteur d’environnement tel que d’autres composés organiques
(champignons, protéines animales…) responsables de
pneumopathies d’hypersensibilité ou des poussières métalliques
(bérylliose) a été évoqué en raison de la similitude des tableaux
cliniques et histologiques.
Sur le plan épidémiologique, la sarcoïdose s’observe plus volontiers
chez les sujets de moins de 40 ans, chez les femmes, et dans certains
groupes ethniques.
L’incidence chez les sujets américains noirs
d’origine africaine est trois fois supérieure à celle des sujets blancs
caucasiens.
Ainsi, l’incidence aux États-Unis est estimée à 10,9
pour 100 000 habitants chez les sujets blancs, et de 35,5 pour 100 000
chez les sujets noirs.
Les femmes ont un risque deux fois supérieur
aux hommes.
De plus la gravité de la sarcoïdose est plus importante chez les sujets
noirs, avec des formes cliniques à la fois plus aiguës et plus sévères.
Les atteintes extrathoraciques semblent plus fréquentes chez les
sujets noirs américains, d’origine portoricaine et chez les sujets
scandinaves.
Les facteurs génétiques sont probables, mettant en jeu plusieurs
gènes vraisemblablement impliqués dans la réponse immunitaire
cellulaire.
Aucun gène spécifique de prédisposition à la sarcoïdose
n’est connu.
Des études génétiques ont montré pour les groupes
HLA une association aux HLAA1B8, HLA DR3 chez les sujets blancs
avec un relatif bon pronostic et BW15 chez les Noirs américains.
Le rôle de facteurs socioéconomiques n’est pas connu.
Atteintes cutanées au cours
de la sarcoïdose :
Elles sont très variées. Différentes présentations coexistent parfois
chez le même patient.
Elles sont classiquement séparées en lésions
histologiquement spécifiques et non spécifiques.
A - ATTEINTES CUTANÉES SPÉCIFIQUES :
Ces lésions sont généralement infiltrées, indolores, avec rarement
une participation épidermique.
Elles ont à la vitropression une
coloration particulière jaunâtre « gelée de coing », dite lupoïde, avec
la présence de grains « sucre d’orge ».
1- Lésions maculopapuleuses :
*
Sarcoïdes à petits nodules
:
Ce sont des petites papules fermes, indolores, hémisphériques, de
coloration rose, orangée, érythémateuse ou violacée, en nombre
variable, et d’une taille allant de celle d’une tête d’épingle à celle
d’un pois. Leur surface est lisse ou légèrement squameuse.
Elles siègent le plus souvent sur le visage (paupières, sillon nasogénien, nuque), les épaules, les faces d’extension des membres.
Leur apparition peut se faire par éruptions successives.
Les lésions
cutanées persistent ou s’affaissent, laissant place à des macules
hypochromes ou télangiectasiques.
Parfois, la régression débute par
leur centre, donnant un aspect annulaire.
* Sarcoïdes à gros nodules
:
À part leur taille plus importante et leur siège, plus volontiers sur le
visage, elles partagent les mêmes caractéristiques que les
précédentes.
La forme angiolupoïde réalise une plaque à
contours nets, de coloration rouge, brun jaunâtre ou violacée, de
consistance molle, souvent recouverte de télangiectasies.
Elle est
surtout observée chez la femme et est localisée le plus souvent à
l’angle interne de l’oeil ou sur les faces latérales du nez.
2- Nodules dermohypodermiques :
Ces nodules dermohypodermiques (sarcoïdes de Darier-Roussy)
sont surmontés d’un épiderme de coloration normale. Ils sont
indolores, non adhérents aux plans superficiel et profond.
Ils sont
localisés le plus souvent sur le tronc et les extrémités. Ils se
différencient facilement de l’érythème noueux.
3- Lésions survenant sur des cicatrices :
La localisation des nodules de sarcoïdose sur une cicatrice ancienne
est classique.
Il est donc important d’examiner des cicatrices
anciennes en cas de suspicion de sarcoïdose : leur modification avec
l’apparition d’une infiltration et la prise d’une teinte violacée est
caractéristique.
4- Plaques :
Ces plaques sont érythématoviolacées.
Elles ont volontiers une
bordure serpigineuse.
Elles siègent sur le visage, sur le dos des
mains ou des doigts, et sur les hanches.
Le lupus pernio est un
placard violacé de consistance pâteuse ou dure, localisé sur le nez et
les extrémités simulant des engelures.
Sur le visage, il peut
s’étendre sur les deux joues en « ailes de papillon » ou sur les lobes
des oreilles.
Il s’associe fréquemment à une atteinte muqueuse sousjacente
infiltrant le nez, le pharynx, voire le larynx.
La localisation
au niveau des doigts peut s’associer à une atteinte osseuse sousjacente
responsable d’une déformation des doigts qui deviennent
renflés et boudinés.
Ces modifications s’accompagnent d’anomalies
osseuses (kystes).
Les formes en plaques s’associent fréquemment à
d’autres atteintes systémiques.
5- Autres lésions spécifiques :
La sarcoïdose est très polymorphe dans ses manifestations
dermatologiques.
Elle a remplacé pour le dermatologue la syphilis jadis considérée comme la « grande simulatrice » par la grande
variété de ses présentations cliniques.
Ainsi de nombreuses autres
formes cliniques ont été décrites : formes érythrodermique,
ichtyosiforme, alopécique, psoriasiforme, micropapuleuse
lichénoïde, pseudonécrobiose lipoïdique, chalazodermique,
dyschromique, hypo- ou hyperpigmentée, érosive ou ulcérée,
papulonécrotique.
Les formes muqueuses sont rares réalisant des nodules ou des
plaques jaunâtres sur les muqueuses buccales, nasales, le larynx.
Une forme particulière à connaître est la macrocheilie.
L’atteinte unguéale à type de dystrophie unguéale est rare et le plus
souvent associée à une atteinte osseuse sous-jacente.
D’autres formes cliniques peuvent indirectement intéresser la peau.
L’atteinte parotidienne peut s’associer à une atteinte des glandes
lacrymales, une uvéite et une fièvre réalisant le syndrome
d’Heerfordt.
L’atteinte parotidienne, dont l’hypertrophie
parotidienne est parfois facilement reconnaissable cliniquement,
peut entraîner une sécheresse buccale.
L’atteinte lacrymale, associée à l’atteinte des glandes salivaires,
réalise le syndrome de Mikulicz.
Elle peut être cliniquement évoquée
sur une tuméfaction en regard des glandes lacrymales.
B - ATTEINTES CUTANÉES NON SPÉCIFIQUES :
1- Érythème noueux
:
Associé aux adénopathies hilaires médiastinales bilatérales et aux
polyarthralgies, il définit le syndrome de Löfgren.
C’est la forme
la plus caractéristique de sarcoïdose aiguë.
La sarcoïdose et
l’infection streptococcique sont aujourd’hui les deux premières
causes d’érythème noueux.
Au cours de la sarcoïdose, l’érythème
noueux n’a aucune spécificité particulière.
2- Autres atteintes non spécifiques
:
Les manifestations cutanées secondaires à l’hypercalcémie sont
exceptionnelles au cours de la sarcoïdose.
Les anomalies unguéales à type d’hippocratisme digital traduisent
l’atteinte pulmonaire.
Cette manifestation est toutefois rare en regard
de la fréquence de l’atteinte pulmonaire.
Évolution
:
L’évolution des lésions cutanées, à l’exception de l’érythème noueux,
est volontiers chronique.
Elles peuvent persister inchangées pendant
des années.
Elles s’affaissent souvent en leur centre, prenant un
aspect annulaire.
L’évolution se fait rarement vers l’ulcération.
Les
lésions papuleuses sont en général associées à un bon pronostic avec
une régression spontanée dans les 2 années suivantes : seulement
28 % des patients de la série de Mana gardaient des signes cliniques
d’activité après 2 ans.
Les lésions en plaques sont volontiers
chroniques.
Le lupus pernio a une évolution généralement
prolongée (2-25 ans).
Les 22 observations rapportées par Veien
gardaient des signes d’activité après 2 ans de suivi.
En cas de
guérison, il laisse de toute façon place à une cicatrice.
L’érythème noueux du syndrome de Löfgren a une évolution
comparable à celle de tout érythème noueux.
Diagnostic différentiel
:
Les manifestations cutanées de la sarcoïdose, par leur
polymorphisme, prêtent à discussion avec de nombreuses autres
dermatoses.
D’ailleurs, certaines descriptions de sarcoïdoses
« historiques », en l’absence de critères diagnostiques formels de
sarcoïdose et de recul suffisant dans les observations rapportées ont
plus probablement leur place dans le diagnostic différentiel.
De
nombreux micro-organismes, des substances organiques et
inorganiques sont capables d’induire la formation de granulomes
chez l’animal ou chez l’homme.
La formation de granulomes peut
également s’observer au cours de néoplasies (lymphomes, tumeurs
solides), d’affections auto-immunes (granulomatose de Wegener,
cirrhose biliaire primitive, syndrome de Churg et Strauss).
Les lésions papuleuses ne doivent pas être confondues avec
certaines acnés, le lichen plan (surtout dans les formes lichénoïdes),
les syringomes, les trichoépithéliomes, la sclérose tubéreuse de
Bourneville, les syphilides et la rosacée.
La présentation annulaire
peut évoquer un granulome annulaire.
Les formes nodulaires peuvent faire discuter une leishmaniose, un
lupus érythémateux tumidus, un lymphome ou un
pseudolymphome.
Le lupus pernio localisé aux extrémités doit être différencié de
simples engelures.
Un lupus érythémateux, un lymphome ou une
lèpre lépromateuse peuvent être évoqués cliniquement.
Histopathologie cutanée :
L’image histologique est identique quel que soit l’aspect clinique des
lésions spécifiques de la sarcoïdose.
Au niveau du derme, surtout
profond, sont présents des nodules bien limités, formés de cellules épithélioïdes parfois entourées de lymphocytes.
Il n’existe pas de
nécrose caséeuse, en revanche une nécrose fibrinoïde est possible.
Les cellules épithélioïdes peuvent contenir des inclusions.
Ces lésions histologiques ne sont toutefois pas spécifiques, mais
certains éléments histologiques peuvent aider à les distinguer des
autres causes d’infiltrat tuberculoïde.
Au cours des atteintes cutanées
de la tuberculose, l’infiltrat est souvent moins bien limité avec une
nécrose caséeuse centrale et parfois la mise en évidence du bacille
de Koch.
La mise en évidence de corps réfringents peut permettre le
diagnostic de granulomes à corps étranger.
Les infiltrats
tuberculoïdes de la lèpre sont volontiers centrés par les annexes
(follicule pileux, nerfs).
Les lymphocytes sont présents en grand
nombre dans les lésions lupiques.
Diagnostic et bilan d’une sarcoïdose
cutanée :
Le diagnostic de sarcoïdose repose sur trois éléments : un tableau
clinique (± examens complémentaires) compatible, l’examen
histologique mettant en évidence le granulome tuberculoïde sans
nécrose caséeuse, l’élimination d’autres affections responsables de
lésions histologiques granulomateuses (en particulier lors de
l’examen histologique par la réalisation de colorations et d’une mise
en culture des prélèvements biopsiques sur différents milieux).
Certains examens complémentaires (enzyme de conversion,
intradermoréaction à la tuberculine) peuvent apporter une aide sans
être déterminants.
Le bilan initial à proposer comporte :
– le recueil d’informations sur l’histoire de la maladie, les
antécédents en insistant sur la recherche de facteurs d’exposition
professionnelle ou d’environnement ;
– les épreuves fonctionnelles respiratoires avec mesure de la
diffusion du monoxyde de carbone (DLCO) et des gaz du sang
artériel ;
– l’électrocardiogramme ;
– l’examen ophtalmologique avec examen à la lampe à fente ;
– une biologie hépatique, rénale, une calcémie.
Les autres explorations seront orientées par les données cliniques.
Malgré l’intense recherche sur un test permettant de guider et
prédire une éventuelle rechute de la maladie qui s’observe à l’arrêt
du traitement chez jusqu’à 25 % des patients des stades II
(adénopathies hilaires et infiltrat pulmonaire) et III (atteinte
parenchymateuse sans adénopathies hilaires), aucun examen
n’apporte une réelle aide.
Le taux de l’enzyme de conversion de
l’angiotensine reflète l’existence et l’activité des granulomes.
Il
présente une certaine spécificité pour le diagnostic de sarcoïdose,
mais manque de sensibilité (50 %) et il n’est pas prédictif de
l’évolution.
Génétiquement, les malades ont des taux variables
d’enzyme de conversion ; ainsi des variations sont-elles plus
importantes qu’un taux isolé qui n’a de valeur que s’il est très élevé.
Sa baisse sous corticothérapie peut permettre une surveillance de la
réponse thérapeutique au niveau individuel. Seul son dosage dans
le liquide de lavage bronchioloalvéolaire serait corrélé à la sévérité
de l’atteinte pulmonaire.
Une hypercalcémie peut constituer un
marqueur d’activité de la sarcoïdose.
Une hypergammaglobulinémie
et une lymphopénie peuvent être observées, certes non spécifiques.
C’est l’examen clinique régulier qui offre le meilleur résultat.
Pronostic et relation
entre les manifestations spécifiques
et l’atteinte systémique
:
Les atteintes cutanées sont observées en moyenne chez 25 % (9 à
37 %) des patients au cours de la sarcoïdose.
Elles
peuvent être présentes à tous les stades évolutifs de la maladie, mais
elles sont souvent inaugurales ou présentes au moment du
diagnostic.
Ceci illustre l’importance de l’examen
dermatologique et la bonne connaissance de ces lésions cutanées par
le dermatologue.
Toutefois ces données sont difficilement
quantifiables : il existe des biais évidents par le recrutement différent
des patients selon les spécialités médicales intéressées (pneumologie,
dermatologie).
Dans une étude espagnole récente, réalisée dans des
services de médecine interne et de dermatologie, les lésions
cutanées spécifiques étaient présentes chez 37 % des patients au
début de la maladie avec pour 70 % d’entre eux la présence d’autres
manifestations systémiques de sarcoïdose.
Pour les autres patients,
les manifestations cutanées ont précédé les manifestations
systémiques de 6 mois à 3 ans.
La recherche d’atteinte systémique
doit donc être réalisée de façon régulière en cas d’atteinte cutanée
isolée.
À l’inverse, l’atteinte cutanée peut apparaître de façon
retardée : dans cette série espagnole, chez 27 % des patients, les
lésions cutanées sont apparues 6 mois à 9 ans après le diagnostic
initial.
Le bon pronostic de l’érythème noueux a déjà été évoqué.
Il est à
signaler que dans les facteurs cliniques reconnus comme de mauvais
pronostic au cours de la sarcoïdose figure l’absence d’érythème
noueux ; les autres facteurs sont la race noire, le début de la maladie
après 40 ans, la persistance des symptômes pendant plus de 6 mois,
la splénomégalie, l’atteinte de plus de trois organes, le stade III.
Les atteintes dermohypodermiques sont le souvent observées
tardivement au cours de l’évolution de la sarcoïdose et le plus
souvent associées à des atteintes systémiques.
Toutefois elles ne sont
pas considérées comme un marqueur de mauvais pronostic.
Le lupus pernio est lui considéré comme un marqueur de mauvais
pronostic témoignant souvent d’une atteinte plus profonde avec,
outre l’atteinte des muqueuses nasales, des localisations aux voies
respiratoires supérieures (54 %) avec atteinte pharyngée, laryngée et
une évolution vers la fibrose.
La présence de kystes osseux est elle
aussi fréquente (43 %).
Traitements :
A - TRAITEMENTS DISPONIBLES :
L’absence d’étiologie connue ne permet aucune thérapeutique
spécifique.
Plusieurs facteurs concourent à rendre la décision thérapeutique
difficile au cours de la sarcoïdose : l’hétérogénéité des manifestations
cliniques, le caractère imprévisible de son évolution, la possibilité
de régressions ou d’améliorations spontanées, la toxicité potentielle
de certaines thérapeutiques.
Il n’existe pas d’attitude consensuelle sur les indications précises du
traitement et le moment idéal pour débuter celui-ci.
Ainsi, la multiplicité des thérapeutiques employées au cours de la
sarcoïdose égale la multiplicité de ses présentations
cliniques.
Elle illustre en partie la piètre efficacité de la plupart des
thérapeutiques proposées.
Le nombre de publications
thérapeutiques dans la sarcoïdose est important, mais relativement
ancien et l’immense majorité des données disponibles est issue
d’études non contrôlées ou de cas cliniques ponctuels, mode de
publications faisant par essence abstraction des échecs
thérapeutiques ou des résultats décevants, dans lesquels les données
évolutives (suivi insuffisant) ou certains facteurs pronostiques
désormais connus (origine ethnique par exemple) ne sont pas
toujours mentionnés.
Les critères de réponse au traitement ne
concernent souvent qu’un symptôme ou une atteinte particulière, le
plus souvent l’atteinte pulmonaire, et ne précisent pas l’effet du
traitement sur d’autres atteintes viscérales éventuelles.
1- Corticothérapie
:
* Corticothérapie générale
:
Si l’indication de la corticothérapie générale n’est pas discutable en
première intention dans les formes oculaires sévères (risque de
cécité), les atteintes neurologiques ou cardiaques, les hypercalcémies
malignes, les atteintes pulmonaires de stade II symptomatiques ou
évolutives et de stade III, des alternatives thérapeutiques moins
lourdes sont possibles au cours de certaines atteintes comme les
formes cutanées.
Les formes cutanées pures ne constituent pas des indications à une
corticothérapie générale de première intention.
L’échec des
traitements locaux et des antipaludéens de synthèse (APS) peut
cependant faire discuter l’opportunité d’instaurer une
corticothérapie générale dans certaines atteintes cutanées
particulières sur la base de critères décisionnels subjectifs ne faisant
l’objet d’aucun consensus dans la littérature.
Bien que l’on ne dispose pas de résultats d’études contrôlées
démontrant l’effet bénéfique à long terme de la corticothérapie
générale, celle-ci reste la pierre angulaire du traitement de la
sarcoïdose.
Son effet immunosuppresseur et anti-inflammatoire
génère un bénéfice à court terme chez les patients ayant une atteinte
pulmonaire évolutive ou une atteinte extrapulmonaire grave.
En
l’absence d’évolutivité majeure ou de risque vital motivant une
thérapeutique immédiate chez 20 % des patients, Gibson et al, dans
une étude multicentrique récente, ont observé une amélioration
spontanée des manifestations chez 40 % des patients, tandis que
40 % des patients non améliorés spontanément ont répondu
ultérieurement au traitement institué.
En l’absence d’atteinte
viscérale évolutive ou de signes de gravité, l’abstention
thérapeutique sur une période de 6 à 12 mois, avec nouveau bilan à
l’issue de cette période d’observation, peut donc constituer un bon
moyen d’évaluer les potentialités évolutives au cas par cas.
Il n’existe pas de consensus sur la dose employée qui varie selon les
auteurs et diffère en fonction du type d’atteinte viscérale
prédominante.
L’intérêt de l’administration en doses alternées,
prônée par certains, n’est pas établi.
La posologie habituelle varie
de 0,5 mg/kg/j à des doses bien supérieures pendant 8 à
12 semaines de traitement d’attaque, suivie d’une décroissance
progressive sur une période de 6 à 12 mois jusqu’à établissement de
la dose minimale efficace.
La durée moyenne de la corticothérapie générale est comprise entre
12 et 24 mois.
Le pourcentage important d’effets secondaires du
traitement, la proportion élevée d’arrêts de traitements dus à ces
effets secondaires (plus de 20 % des patients traités pour certains
auteurs) sont des arguments supplémentaires en faveur d’une
évaluation précise des besoins thérapeutiques pour chaque patient.
La décision d’un traitement par corticothérapie générale est, dans la
grande majorité des cas, motivée par les atteintes extracutanées
(viscérales) de la sarcoïdose.
Seules certaines atteintes cutanées
sévères (lupus pernio floride...) peuvent justifier une corticothérapie
générale.
Dans ces cas, d’ailleurs, l’effet du traitement est volontiers
décevant.
* Corticothérapie locale :
Les dermocorticoïdes sont fréquemment utilisés dans le traitement
des lésions cutanées sarcoïdosiques, du fait de leur simplicité
d’emploi et de leur innocuité relative.
Aucune étude conséquente
n’est disponible.
Les injections intralésionnelles de triamcinolone (5 à 10 mg/mL, une
fois par mois) sont rapportées comme efficaces dans des
observations ponctuelles de sarcoïdoses cutanées localisées ou
sarcoïdoses sur cicatrices.
Aucune publication de la littérature
concernant les dermocorticoïdes de classe I sous pansement occlusif
ou les dermocorticoïdes de classe II, largement employés en pratique
quotidienne, ne permet de formellement conclure à l’efficacité de ce
traitement, bien que celle-ci soit ponctuellement rapportée.
Le plus souvent, ils constituent un traitement d’appoint au
traitement systémique par APS.
Cependant, des lésions très
localisées peuvent constituer une bonne indication d’un traitement dermocorticoïde.
2- Antipaludéens de synthèse :
Il faut souligner que, malgré un usage large des APS au cours de la
sarcoïdose cutanée, ceux-ci sont assez peu prescrits dans les atteintes
viscérales, en dehors de certaines formes hypercalcémiques où leur
efficacité est ponctuellement rapportée.
Le mécanisme d’action des
APS dans la sarcoïdose est inconnu.
Leur efficacité est limitée dans
les formes viscérales, pulmonaires en particulier, où le traitement
cortisonique est la règle.
Seule une étude en double aveugle contre
placebo mentionne un bénéfice transitoire et un effet purement
suspensif sur des sarcoïdoses pulmonaires, sans bénéfice à long
terme.
Ces molécules n’ont fait l’objet d’aucune étude contrôlée en
double aveugle contre placebo.
Elles sont relativement anciennes.
La plupart des études concernent l’utilisation de la chloroquine
(Nivaquinet).
Deux études concernent l’hydroxychloroquine
(Plaquénilt) : les résultats de la première, rétrospective sur
15 patients, concluent à l’inefficacité du traitement, tandis que la
seconde (17 patients) mentionne un effet bénéfique du traitement
sur les lésions cutanées dans deux tiers des cas.
Cependant,
plusieurs études ouvertes, séries rétrospectives et observations où la
chloroquine est employée, suggèrent son efficacité dans la
prévention et le traitement des lésions cutanées sarcoïdosiques, à
l’exclusion du lupus pernio classiquement plus sévère et résistant
au traitement, pour lequel une association APS-corticothérapie
générale est souvent prescrite d’emblée.
Les posologies employées dans les études sus-citées, tant pour la
chloroquine (> 400 mg/j dans toutes les études) que pour
l’hydroxychloroquine (500 à 1 000 mg dans l’étude de Brodthagen) sont souvent supérieures à celles couramment
employées en dermatologie (Nivaquinet comprimés à 100 mg,
4 mg/kg/j ; Plaquénilt comprimés à 200 mg, 6,5 mg/kg/j), adaptées
au poids du patient qui permettent, d’éviter les sous-dosages chez
les sujets de fort poids et d’éviter le risque de rétinopathie
irréversible moyennant un examen ophtalmologique semestriel.
Employés seuls ou en association à une corticothérapie locale au
cours des sarcoïdoses cutanées évolutives ou en cas de contreindication(
s) à la corticothérapie générale, ils sont parfois associés à
la corticothérapie générale dans un but d’épargne cortisonique.
Rappelons que l’effet des APS est relativement lent et ne peut être
jugé qu’après 6 semaines de traitement environ.
Le bilan initial avant traitement comprend une numération de
formule sanguine (NFS), un dosage de la créatininémie, un
électrocardiogramme et un examen ophtalmologique complet.
Aucun consensus n’est disponible concernant les modalités de
surveillance oculaire des patients traités par APS, mais les
publications disponibles permettent les commentaires suivants :
– la survenue de rétinopathies induites par les APS utilisés à doses
modérées (< 4 mg/kg/j de chloroquine et < 6,5 mg/kg/j
d’hydroxychloroquine) est exceptionnelle ; dans une étude
prospective (1980-1988), 1 500 patients traités par
hydroxychloroquine sur 5 ans, Easterbrook mentionne 3 % de
rétinopathies ; dans deux tiers des observations, la dose rapportée
au poids des patients, était supérieure à la dose préconisée de
4 mg/kg/j ;
– les complications rétiniennes sont donc essentiellement décrites
chez des sujets ayant reçu pendant plusieurs années une posologie
égale ou supérieure à celle recommandée lors du traitement
d’attaque, ou chez des sujets traités antérieurement par des
posologies supérieures à celles actuellement recommandées ;
– les modalités des examens ophtalmologiques de surveillance ne
font l’objet d’aucun consensus ; elles comprennent une mesure de
l’acuité visuelle, un fond d’oeil, un champ visuel ;
l’électrorétinogramme est souvent utilisé ; il doit être interprété par
un ophtalmologiste expérimenté, dans le même centre pour le même
patient en cas d’examens répétés, et doit être corrélé à la clinique ;
– les rares accidents notés et confirmés par électrorétinogramme
sont fréquemment précédés de troubles de la vision des couleurs ;
certains auteurs soulignent l’intérêt de l’autosurveillance du malade
par la grille d’Amsler et la nécessité de pratiquer un
électrorétinogramme si le test d’Amsler est positif ;
– l’examen initial doit être pratiqué dans tous les cas ; la fréquence
des examens ophtalmologiques de surveillance doit être adaptée à
la durée du traitement antérieurement reçu ; si celle-ci est inférieure
ou égale à 3 ans, une surveillance annuelle est envisagée ; si le
traitement dure depuis plus de 5 ans, un examen bisannuel est
raisonnable ; aucune attitude univoque n’est recommandée chez les
sujets ayant reçu plus de 10 ans de traitement ;
– en pratique une posologie adaptée et une surveillance
ophtalmologique semestrielle clinique, associée à une surveillance
par électrorétinogramme dont la fréquence est adaptée, permettent
d’éviter les complications.
3- Traitements immunosuppresseurs
:
L’évaluation des effets des traitements immunosuppresseurs non
cortisoniques au cours de la sarcoïdose a fait l’objet de petites études
ouvertes destinées à mesurer les effets thérapeutiques sur des
atteintes le plus souvent sévères, donc extracutanées.
Ainsi, il est
difficile dans la plupart des cas de conclure sur les effets
spécifiquement cutanés des thérapeutiques citées ci-dessous.
En
général, les immunosuppresseurs non cortisoniques sont réservés à
des atteintes sévères ou évolutives pour lesquelles les régressions
spontanées sont malheureusement plus rares que lors des atteintes
pulmonaires modérées, moyennement sévères, ou la plupart des
atteintes cutanées (lupus pernio exclu).
Ceci facilite l’interprétation
des résultats, non faussée par une histoire naturelle éventuellement
spontanément favorable.
* Méthotrexate :
Le méthotrexate semble être l’immunosuppresseur le plus
intéressant au cours de la sarcoïdose, soit dans les formes de la
maladie résistant à la corticothérapie générale, soit en cas d’effets
secondaires majeurs de celle-ci.
Les études disponibles semblent
indiquer une bonne efficacité du méthotrexate sur les lésions
cutanées sarcoïdosiques, constatation déjà faite par Veien en 1977
dans une étude ouverte portant sur 15 patients ayant des lésions
cutanées sévères, traités par méthotrexate à la posologie de
25 mg/semaine.
L’efficacité du traitement était notée chez les
13 patients traités plus de 3 mois, mais une rechute lors de l’arrêt ou
de la diminution de posologie s’observait dans dix cas.
Chez les
50 patients traités pendant 2 ans par Lower, une épargne
cortisonique a été possible sous méthotrexate à la dose de
10 mg/semaine.
Une réponse complète des lésions cutanées
(17 patients) a été observée dans la grande majorité des cas (94 %).
L’atteinte pulmonaire a, dans tous les cas, répondu à la
thérapeutique (46 % de réponses complètes, 56 % de réponses
partielles ou de stabilisations).
Quinze pour cent des patients ont
présenté des perturbations du bilan hépatique.
Les neutropénies
observées ont été contrôlées par la diminution des doses.
Les mêmes
auteurs, dans une étude plus restreinte (14 patients), rapportent
deux réponses complètes et deux réponses partielles chez les quatre
patients de la série qui présentaient une atteinte cutanée sévère,
s’intégrant dans une sarcoïdose pulmonaire chronique corticodépendante ou corticorésistante traitée par l’association de la
corticothérapie générale à 10 mg de méthotrexate une fois par
semaine.
Des réponses thérapeutiques au méthotrexate à des
posologies de 7,5 à 15 mg/semaine ont également été décrites au
cours de sarcoïdoses musculaires, souvent réfractaires au traitement
corticoïde, et, sous la forme d’observations ponctuelles, de formes
laryngées et cutanées.
Il faut souligner qu’à cette posologie le méthotrexate agit plus
vraisemblablement par ses effets anti-inflammatoires (inhibition de
l’action de certaines cytokines comme l’interleukine 1) que par ses
effets antimétaboliques sur le métabolisme de l’acide folinique
(inhibition de la tétrahydrofolate réductase).
Ainsi, la coprescription
d’acide folique n’interfère pas avec les effets thérapeutiques.
En
revanche, elle permet de limiter certains effets secondaires du
traitement, les troubles digestifs en particulier.
* Autres traitements immunosuppresseurs
:
Le chloraminophène a été employé dans une étude ouverte chez
31 patients atteints de sarcoïdose pulmonaire corticorésistante ou
corticodépendante.
Une amélioration importante des critères
cliniques, radiologiques et des épreuves fonctionnelles respiratoires
est mentionnée dans la moitié des cas, une absence de réponse chez
10 % des patients.
L’effet du traitement sur des lésions cutanées
éventuellement associées n’est pas mentionné.
Le cyclophosphamide, l’azathioprine et le chloraminophène ont
également été utilisés, essentiellement dans des observations
ponctuelles, mais également dans la littérature neurologique, dans
des cas de neurosarcoïdose résistant à la corticothérapie générale
sans qu’il soit possible de déterminer la ou les associations
thérapeutiques les plus pertinentes.
Malgré de puissants effets immunosuppresseurs sur les lymphocytes
T, les résultats des traitements de la sarcoïdose par ciclosporine sont
décevants ou contradictoires.
Le rapport bénéfice/risque doit être
clairement évalué.
Des observations ponctuelles de réponse thérapeutique au cours de
formes cutanées réfractaires sont citées, mais des échecs de la
ciclosporine à posologie élevée (6 mg/kg/j) sont également
rapportés.
Dans une petite série neurologique (six cas), Stern
mentionne quelques réponses transitoires. Des réponses sont
également mentionnées ponctuellement au cours d’atteintes neuroophtalmologiques.
Au cours de ces formes, la ciclosporine avait
permis un effet d’épargne cortisonique.
Une amélioration clinique et paraclinique franche a été observée chez des patients transplantés
hépatiques pour leur sarcoïdose n’ayant pas présenté de récidive sous ciclosporine, tandis que des rechutes ou des cas de sarcoïdose
apparues après transplantation cardiaque ou greffe de moelle sont
signalés.
Les thérapeutiques utilisées de façon anecdotique au cours de la
sarcoïdose sont multiples.
Dans aucun cas, elles ne font l’objet d’études contrôlées.
Elles ne
permettent aucune conclusion concernant leur intérêt éventuel.
B - MANIFESTATIONS CUTANÉES - INDICATIONS
THÉRAPEUTIQUES :
Les interférences entre l’imprévisibilité de l’évolution de la
sarcoïdose et les effets éventuellement liés à l’action des traitements
rendent toute tentative de standardisation thérapeutique impossible.
Il faut aussi souligner le caractère suspensif des thérapeutiques
disponibles, grevées dans la plupart des cas de rechutes précoces ou
tardives à l’arrêt du traitement.
La décision thérapeutique repose
sur la prise en charge globale et pluridisciplinaire de chaque patient.
Le traitement étant prolongé, l’évaluation initiale du terrain et la
prise en compte des effets secondaires potentiels de chacune des
drogues utilisées sont fondamentales.
Malgré la multiplicité des traitements employés, seuls les APS, la
corticothérapie générale et le méthotrexate ont démontré un réel
intérêt au cours de la sarcoïdose.
Les APS paraissent constituer le traitement de première intention
des formes cutanées isolées ou associées à des atteintes viscérales
modérées peu ou pas évolutives.
Leur association éventuelle à une
corticothérapie locale, bien que non systématique, est envisageable
du fait de la toxicité nulle ou minime de ce traitement adjuvant.
Les atteintes cutanées associées à des formes viscérales évolutives ou
sévères, ou des localisations engageant le pronostic fonctionnel (atteintes
oculaires segmentaires antérieures résistant au traitement local, atteintes
segmentaires postérieures, atteintes neurologiques, atteintes
cardiaques...) nécessitent de recourir à une corticothérapie générale.
Les atteintes cutanées associées à des formes viscérales, pulmonaires
en particulier, sans évolutivité majeure peuvent justifier le recours à
une surveillance pendant 6 à 12 mois, avec réévaluation semestrielle
avant d’instaurer la corticothérapie générale.
L’attitude thérapeutique dans les formes cutanées sévères ou résistant
aux APS n’est pas codifiée.
En particulier la place du méthotrexate,
qui semble donner de bons résultats sur les atteintes cutanées,
mériterait d’être évaluée plus largement dans cette indication.