Manifestations ostéoarticulaires des pustuloses, acnés et syndromes apparentés Cours de l'appareil locomoteur
Généralités
:
A - DÉFINITIONS ET CADRES NOSOLOGIQUES
:
Après avoir fait l’objet d’un débat prolongé autour de leur
classification et de leur rapprochement, les manifestations
ostéoarticulaires des différentes formes de pustulose et d’acné
peuvent dorénavant être considérées comme une partie intégrante
des spondylarthropathies (SpA), y compris et surtout lorsqu’elles
s’inscrivent dans le cadre d’un « syndrome synovite, acné, pustulose,
hyperostose, ostéite » (SAPHO).
Cependant, certaines particularités
symptomatiques et évolutives justifient pleinement que ces entités
soient traitées à part, ne serait-ce que parce qu’elles nécessitent
souvent une prise en charge thérapeutique spécifique.
Il faut de plus souligner l’absence de systèmes de critères
diagnostiques validés spécifiquement pour ce sous-groupe de
rhumatismes inflammatoires, alors qu’ils ne correspondent
qu’imparfaitement aux critères généraux retenus pour les SpA.
Seul le syndrome SAPHO a fait l’objet d’une réflexion plus poussée,
mais les critères proposés par Benhamou et al n’ont, jusqu’à présent,
pas été validés.
B - HISTORIQUE :
En 1961, Windom et al rapportent l’observation d’un garçon de
15 ans victime d’une polyarthrite asymétrique non destructrice, dans
le contexte d’une acné conglobata.
Plus de 20 ans plus tard, un
tableau rhumatismal similaire est rattaché à une autre forme d’acné
sévère, l’hidrosadénite suppurée.
C’est un auteur japonais qui décrit, en 1967, une atteinte ostéoarticulaire mise en relation avec une pustulose palmoplantaire
(PPP).
D’autres descriptions concordantes viennent par la suite
du même pays, où la prévalence du psoriasis vulgaire apparaît
paradoxalement basse.
En Europe, c’est à partir de 1971 que sont rapportés des cas
d’ostéites multifocales aseptiques, tout d’abord chez des enfants.
Ces observations, que l’on intégrerait maintenant dans le syndrome
SAPHO, semblaient concerner l’os isolément, jusqu’à ce que des
pédiatres suédois rapportent la possibilité d’une association entre
« ostéomyélite multifocale chronique récurrente » et PPP.
Successivement, des appellations variées ont été employées pour
décrire ces phénomènes mixtes, dermatologiques et
rhumatologiques (« ossification intersterno-costo-claviculaire »,
« hyperostose sterno-costo-claviculaire », « arthro-ostéite de la
pustulose », etc).
Secondairement, la constatation de tableaux
rhumatismaux similaires au cours de l’acné sévère a été le principal
motif d’amalgame, donnant naissance en 1987 au concept unificateur
du « SAPHO ».
Par la suite, la forte présomption de mécanismes physiopathogéniques communs (impliquant en particulier
Propionibacterium acnes), ainsi qu’un parallèle frappant en termes
d’évolution et de sensibilité au traitement, ont donné tout son sens
à ce rassemblement, initialement considéré comme inapproprié par
certains auteurs.
Pour autant, il ne s’agit pas de simplifier
exagérément le cadre nosologique ainsi tracé, ne devant aucunement
empêcher une démarche analytique systématique au cas par cas.
C - ÉPIDÉMIOLOGIE :
La relative « jeunesse » des SpA, décrites puis démembrées
beaucoup plus récemment que la polyarthrite rhumatoïde,
explique sans doute une vraisemblable sous-estimation de la
prévalence et de l’incidence du sous-groupe des rhumatismes liés à
la PPP ou à l’acné sévère.
En 1987, une enquête multicentrique
française, à l’échelon national, a permis de colliger 85 observations
de syndrome SAPHO, dont 44 comportant une PPP et 13 une acné.
Plus récemment, une étude monocentrique également
française a porté sur 120 cas de syndrome SAPHO, examinés entre
1994 et 1999. Parmi eux, 66 et 30 patients, respectivement, étaient
atteints d’une PPP et d’une acné sévère.
La PPP était associée à
un psoriasis vulgaire dans 21 cas, l’acné sévère associée à une PPP
ou un psoriasis vulgaire dans huit cas.
Au cours de la PPP, la fréquence des atteintes ostéoarticulaires a été
chiffrée suivant les séries entre 9,4 % et 15 %. Les femmes
sont plus souvent touchées que les hommes, contrairement à ce qui
est observé au cours de l’acné.
Toutes les ethnies peuvent être
affectées, même si les premiers cas signalés étaient principalement
en provenance du Japon.
Plus généralement, la prévalence des
syndromes SAPHO et apparentés est mal connue, ce d’autant qu’elle
semble beaucoup varier d’un continent à l’autre.
Au Japon, la
proportion des rhumatismes reliés à la PPP a été estimée à 4,7 %,
parmi les patients victimes de SpA, dont la prévalence nationale
était de l’ordre de 1/10 000.
Depuis les premières observations pédiatriques, on sait que les
enfants ne sont pas épargnés. Cela étant, l’âge moyen au moment
des premiers symptômes est compris entre 30 et 40 ans.
Comme cela a été bien établi avec le rhumatisme psoriasique,
l’atteinte dermatologique peut précéder de nombreuses années les
premiers signes rhumatismaux, ou au contraire survenir de façon
très retardée.
Dans les deux cas, ceci complique bien entendu le
diagnostic, qui est alors principalement orienté par l’existence d’une
atteinte osseuse ou d’une localisation thoracique antérieure,
suffisamment évocatrices pour faire envisager le diagnostic de
syndrome SAPHO.
Dans la série multicentrique française, 28 des 85
cas n’avaient pas d’atteinte cutanée au moment du diagnostic.
Sur les 120 observations colligées à l’hôpital Bichat, la pathologie
dermatologique succédait aux premiers signes rhumatismaux dans
32 % des cas, avec une absence de toute manifestation cutanée notée
chez 19 patients (16 %).
D - APPROCHE PHYSIOPATHOGÉNIQUE
:
En comparaison avec les autres SpA, spondylarthrite ankylosante et
arthrites réactionnelles en tête, classiquement associées à l’antigène
human leukocyte antigène (HLA) B27, le terrain génétique semble
jouer un rôle moins important dans la physiopathogénie des
rhumatismes liés à la PPP ou à l’acné.
Il faut néanmoins souligner la
possibilité de formes familiales, avec en particulier la description de
jumeaux monozygotes victimes d’une pathologie similaire, associant
acné fulminans et arthrite.
Dans le même ordre d’idées, Dumolard et al ont décrit une fratrie de trois enfants atteints d’un
syndrome SAPHO, comportant dans un cas une PPP et dans les
deux autres un psoriasis vulgaire.
D’autres cas familiaux ont été
recensés dans la littérature.
Un syndrome plus complexe,
associant acné sévère, arthrites récidivantes corticosensibles et
pyoderma gangrenosum, a été décrit sous le nom de « syndrome
PAPA » (pyogenic sterile arthritis, pyoderma gangrenosum, and acne)
par Lindor et al, au sein de trois générations d’une famille comptant
neuf sujets atteints.
L’analyse de l’arbre généalogique a permis de
retenir une transmission de type autosomique dominant, et le gène
de prédisposition a été localisé sur le chromosome 15.
De plus,
d’autres auteurs ont également attiré l’attention sur la fréquence non
exceptionnelle du pyoderma gangrenosum au cours de l’acné sévère,
notamment en cas d’arthrites associées.
Le rôle de certaines cytokines, comme le tumor necrosis factor (TNF),
a été envisagé dans le déclenchement ou l’entretien des lésions
ostéoarticulaires du syndrome SAPHO.
Ainsi, une équipe allemande
a pu mettre en évidence une forte expression du TNF dans un
échantillon biopsique provenant d’une ostéite mandibulaire.
Ceci
pourrait expliquer l’apparente efficacité d’agents biologiques anti- TNF dans ce type de pathologie.
Dans cette réflexion sur la genèse de manifestations rhumatismales
de l’acné et de la PPP, la théorie infectieuse connaît un regain
d’intérêt.
En particulier, la corynébactérie Propionibacterium acnes,
déjà impliquée dans l’acné, voire la pustulose et le pyoderma
gangrenosum, a pu être isolée à plusieurs reprises au sein de lésions
articulaires ou osseuses, chez des patients victimes de syndrome
SAPHO ou de rhumatismes apparentés.
Cela étant, ce
type de recherche s’avère le plus souvent négatif et les résultats de
différents protocoles thérapeutiques antibiotiques ont été
globalement décevants.
Toutefois, une amélioration significative
est parfois obtenue grâce à des antibiothérapies prolongées, reposant
notamment sur les tétracyclines ou sur un macrolide comme
l’azithromycine.
Dans d’autres situations, seul le traitement antiinflammatoire
s’avère efficace, ce qui permet dès lors d’envisager un
phénomène pathogène mixte ou successif, infectieux d’une part,
réactionnel d’autre part.
Comme pour le rhumatisme psoriasique, un facteur traumatique a
pu être incriminé comme agent initiateur d’une première
manifestation articulaire, sans que ceci ait pu faire l’objet d’une
démonstration scientifique. Le stress apparaît également comme
un élément péjoratif, sinon déclenchant.
Clinique :
A - MANIFESTATIONS DERMATOLOGIQUES
:
À côté de l’acné vulgaire, rarement responsable des signes
rhumatologiques, ce sont surtout les formes sévères (acné
fulminans, acné conglobata, hidrosadénite suppurée ou maladie de
Verneuil) qui sont susceptibles de s’associer à des phénomènes
rhumatismaux inflammatoires.
L’acné fulminans se localise
préférentiellement au visage et au thorax, donnant lieu à des
comédons, des kystes ou des abcès sous-cutanés, guérissant en
laissant des cicatrices souvent creusantes et inesthétiques.
La forme conglobata se caractérise par des regroupements multiples et
souvent délabrants de ces mêmes lésions.
L’hidrosadénite suppurée
se concentre sur les régions pileuses (creux axillaires et inguinaux,
pli fessier, régions périnéogénitales).
Toutes ces présentations de la
maladie acnéique ont en commun une lésion élémentaire, réalisant
en histologie une pustule sous-cutanée, centrée par un follicule
pileux.
À l’origine de cette lésion, sont discutées la participation
d’une hyperproduction sébacée et celle d’une surinfection
bactérienne, par des germes comme le Propionibacterium acnes.
La PPP se caractérise elle aussi au plan histologique par l’existence
de pustules, habituellement amicrobiennes, situées dans
l’épiderme (corps muqueux de Malpighi).
Très longtemps, cette
affection a été séparée de la forme pustuleuse palmoplantaire du psoriasis, sur des critères histologiques finalement discutables,
opposant le caractère uniloculaire de la pustule dans le cas de la
PPP à celui multiloculaire du psoriasis pustuleux.
En réalité, ces
deux entités sont souvent impossibles à distinguer cliniquement, ce
d’autant que la PPP est fréquemment associée au psoriasis vulgaire,
tout particulièrement en Europe.
À présent, il paraît à la fois
plus clair et plus pertinent de ne plus parler que de PPP, comme
d’un symptôme pouvant rester isolé ou au contraire s’intégrer dans
une maladie dermatologique plus diffuse.
Dans l’exposé qui suit, on
a évité de parler de psoriasis pustuleux palmoplantaire ou encore
de bactérides d’Andrews, ce dernier terme ayant été couramment
utilisé dans le passé, pour rendre compte de la théorie de
l’expression cutanée d’un processus infectieux à distance.
B - ATTEINTES OSTÉOARTICULAIRES AXIALES
:
1- Paroi thoracique antérieure (PTA)
:
L’atteinte thoracique antérieure, évidemment possible au cours
d’autres rhumatismes inflammatoires, apparaît tout de même
comme l’un des principaux signes distinctifs des manifestations ostéoarticulaires de la PPP et de l’acné sévère. Dans la série
monocentrique de 120 observations de syndrome SAPHO, sa
prévalence a été mesurée à 63 %, avec une tendance non significative
suggérant une liaison avec la PPP.
Avant cela, plusieurs
publications avaient déjà attiré l’attention sur l’atteinte élective de la
région sterno-costo-claviculaire, au cours de la PPP, avec une
prévalence atteignant même 100 % pour Sonozaki et al.
Cliniquement, les premiers signes perceptibles correspondent en
général à une tuméfaction inflammatoire et douloureuse, concernant
une ou deux articulations de la PTA, sternoclaviculaires avant tout,
manubriosternale ou chondrosternales moins fréquemment.
Assez souvent, les patients décrivent une irradiation à l’épaule ou
au trapèze, parfois exclusive en cas d’atteinte sternoclaviculaire.
Plus
rarement, la zone douloureuse initiale est centrée sur l’une des
pièces osseuses (clavicules, sternum), avec un gonflement
généralement plus tardif, résultant de la diffusion de l’ostéite aux
parties molles adjacentes.
Secondairement, le passage quasi
systématique à la chronicité donne lieu à une extension progressive
des phénomènes inflammatoires ostéoarticulaires, ayant la double
particularité d’entraîner une érosion articulaire et une hypertrophie
osseuse, souvent considérable.
Cette dernière concerne en premier
lieu les clavicules, siège d’une hyperostose et d’une périostose
parfois majeure, elle-même susceptible de se compliquer d’une
compression puis phlébothrombose sous-clavière, donnant lieu à
une circulation collatérale parfois visible.
Exceptionnellement, le phénomène compressif peut s’exercer sur les
structures vasculaires artérielles, avec possibilité de complications
ischémiques cérébrales.
Le processus inflammatoire sternal peut
aussi se propager en arrière vers le médiastin, pour réaliser une
réaction pseudotumorale, bien visualisée en tomodensitométrie
(TDM) ou imagerie par résonance magnétique
(IRM).
Cette atteinte peut être suffisamment extensive pour
entraîner une compression puis une thrombose de la veine cave
supérieure.
Malgré l’hyperostose, des cas de fracture
pathologique ont été rapportés, avec la constitution fréquente d’une
pseudarthrose peu ou pas douloureuse.
Dans une série de 15 patients victimes d’une atteinte typique de la
PTA, un prélèvement biopsique local a permis sept fois d’isoler Propionibacterium acnes.
Un résultat similaire a été obtenu chez
un autre patient, à partir d’une lésion d’ostéite sternale.
En raison d’un fréquent retard au diagnostic positif, il reste difficile
de déterminer quelle est, parmi les différentes structures
anatomiques de la PTA (articulations, enthèses et ligaments, pièces
osseuses), la cible initiale de la pathologie rhumatismale.
Certains
auteurs ont envisagé une atteinte première des enthèses, sans que
cela ait pu faire l’objet d’une démonstration définitive.
À la
phase d’état, les radiographies, la scintigraphie osseuse et la TDM
permettent d’identifier les manifestations ostéoarticulaires
les plus évocatrices : arthropathie érosive et condensante
sternoclaviculaire ou manubriosternale, ostéite sclérosante et
hypertrophiante, avec éventuelle composante lytique.
2- Rachis
:
L’atteinte inflammatoire du rachis est rarement présente d’emblée,
mais apparaît plus volontiers au cours des années ultérieures
d’évolution, sous la forme de douleurs et d’un enraidissement,
pouvant concerner chacun des trois étages, cervical, dorsal ou
lombaire.
Sa prévalence a été évaluée entre 30 et 35 %, dans
différentes séries de syndromes SAPHO.
Avec l’atteinte sacroiliaque,
ce type de manifestation vient évidemment étayer le
diagnostic de SpA et témoigne habituellement d’une sévérité plus
importante du rhumatisme.
Cependant, cette atteinte axiale peut
aussi demeurer cliniquement silencieuse, pour n’être objectivée que
grâce aux différentes techniques d’imagerie (radiographies, TDM ou
scintigraphie osseuse).
Certaines spondylites ou spondylodiscites ont fait l’objet
d’explorations locales par prélèvement biopsique, dans le but
principal d’éliminer un processus infectieux.
Habituellement
négative, cette enquête a parfois permis d’isoler Propionibacterium
acnes.
Radiologiquement, différentes lésions élémentaires peuvent
s’associer de façon variable : formes érosives de spondylodiscopathie
ou d’arthropathie interapophysaire postérieure, spondylites
fréquemment condensantes, syndesmophytes parfois
volumineux.
Tardivement, des images de blocs vertébraux
ou d’ankylose interapophysaire postérieure peuvent apparaître.
À un stade précoce, seule l’IRM permet d’identifier précisément un
processus inflammatoire débutant, dans les corps vertébraux, les
disques intervertébraux ou les articulations interapophysaires
postérieures.
Dans un cas de spondylite lombaire, l’extension prévertébrale du
processus inflammatoire a été responsable d’une phlébothrombose
iliaque par compression extrinsèque.
3- Pelvis
:
Les localisations pelviennes sont dominées par les sacro-iliites
érosives, cependant un peu moins fréquentes que dans les autres
SpA (40 % au maximum, dans la série de l’hôpital Bichat).
Elles s’expriment sous la forme de pygalgies inflammatoires, plus
souvent unilatérales, avec éventuelle boiterie associée.
Il existe
fréquemment une ostéite condensante de voisinage, bien visualisée
sur les radiographies et surtout les examens TDM et IRM.
Cette ostéite para-articulaire peut se développer de façon
extensive et centrifuge en direction de l’aile iliaque ou du sacrum, mais semble toujours prendre naissance dans la région souschondrale
de l’interligne sacro-iliaque.
Des symphysites pubiennes
ont également été décrites, évoluant habituellement sous une forme
mixte, érosive et ostéocondensante.
4- Mandibule, crâne
:
L’atteinte osseuse mandibulaire n’est pas exceptionnelle, chez
l’enfant comme chez l’adulte.
Sa prévalence atteignait 10,8 % dans
la série de l’hôpital Bichat, en association plus fréquente avec la PPP
qu’avec l’acné sévère.
L’ostéomyélite diffuse et
sclérosante de la mandibule, longtemps considérée comme une
maladie purement stomatologique, a finalement été intégrée au
syndrome SAPHO, compte tenu de son association très fréquente
avec la PPP, le psoriasis ou l’acné.
Cette localisation peut se
compliquer de troubles dentaires, voire de fracture pathologique.
Une atteinte osseuse temporale, compliquée d’hypoacousie, a été
signalée, et rattachée dans un cas à une extension crânienne de
l’ostéite, à partir d’une localisation sur la branche montante de la
mandibule, à travers l’articulation temporomandibulaire.
5- Atteintes ostéoarticulaires périphériques
:
* Arthrites périphériques
:
Les arthrites périphériques sont assez fréquentes, puisque leur
prévalence varie entre 23 et 44 %.
Elles semblent survenir
plus volontiers en cas d’hidrosadénite suppurée et peuvent
représenter la seule manifestation rhumatismale détectable.
Contrairement au rhumatisme psoriasique, les localisations
interphalangiennes distales sont exceptionnelles.
La disposition des
arthrites est le plus souvent mono- ou oligoarticulaire
asymétrique.
À côté des formes subaiguës ou chroniques, les
plus fréquentes, des tableaux transitoires très inflammatoires, pseudoseptiques, ont été rapportés, principalement en association
avec l’acné fulminans, mais aussi avec la PPP.
Il peut s’agir
de polyarthralgies sans arthrite vraie, souvent associées à un
syndrome fébrile et à des myalgies.
En cas de réaction
fluxionnaire articulaire, l’analyse du liquide synovial révèle une
formule hypercellulaire, dépassant souvent 50 000 éléments/mm²,
avec une large prédominance de polynucléaires neutrophiles.
Les
cultures à visée bactériologique sont habituellement négatives, mais
permettent parfois d’isoler Propionibacterium acnes, y compris de
façon itérative. Dans ces situations particulières, il semble
qu’une antibiothérapie prolongée ait une efficacité réelle.
Cependant,
dans la majorité des cas, l’évolution se fait sur un mode chronique
et donne parfois lieu à une atteinte érosive, comparable à celle
observée au cours du rhumatisme psoriasique.
* Ostéites périphériques
:
Les ostéites mono-, ou plus fréquemment multifocales, peuvent
concerner le squelette appendiculaire.
Avant l’émergence du concept
SAPHO, de telles atteintes apparemment isolées avaient été décrites
chez l’enfant sous l’appellation « ostéite multifocale récurrente
chronique ».
Chez l’enfant et l’adolescent, l’atteinte osseuse s’exprime
initialement sous une forme extrêmement douloureuse et
inflammatoire, de siège métaphysoépiphysaire, généralement sans
signe articulaire de voisinage.
Cette présentation fait souvent
redouter un processus infectieux, voire néoplasique, ce d’autant que
les signes généraux sont habituellement marqués.
Le caractère plurifocal asymétrique, de même que la présence d’une éruption
cutanée concomitante, sont des éléments capitaux mais inconstants
d’orientation, permettant d’éviter l’accumulation d’investigations
inutiles, notamment par prélèvement biopsique local.
Avec ou sans
traitement, l’évolution de ces ostéites est habituellement chronique,
avec poussées inflammatoires intermittentes, donnant lieu à des
douleurs locales, souvent accompagnées d’une tuméfaction
perceptible.
Entre ces reviviscences, il subsiste parfois une
hypertrophie osseuse palpable, correspondant à l’hyperostose et à la
périostose consécutives à la chronicité du processus.
Chez l’adulte, les ostéites périphériques sont assez rares et
correspondent souvent à une atteinte ayant débuté durant l’enfance
ou l’adolescence.
Les os le plus touchés sont le tibia et le fémur.
L’aspect radiologique des lésions est parfois inquiétant, pseudosarcomateux, avec une périostose souvent floride.
Comme pour les arthrites, les prélèvements osseux à visée
bactériologique sont généralement négatifs, à de rares exceptions
près.
* Enthésopathies périphériques
:
À la différence des autres SpA, les enthésopathies périphériques
semblent relativement peu fréquentes, avec toutefois la possibilité
de talalgies.
6- Associations morbides
:
La PPP et l’acné sévère peuvent être combinées ou se succéder chez
un même patient, tout comme elles peuvent s’associer à d’autres
affections dermatologiques (psoriasis vulgaire, pyoderma
gangrenosum, érythème noueux, aphtose bipolaire).
Signalons
l’association rapportée d’un syndrome SAPHO avec une maladie de Behçet compliquée d’atteinte oculaire.
L’existence d’un syndrome sec et d’une inflammation chronique des
glandes salivaires a été enregistrée chez quelques patients, dans
différentes séries publiées.
Par ailleurs, il existe de façon claire chez les patients un risque accru
d’entérocolopathie inflammatoire (maladie de Crohn surtout, mais aussi rectocolite hémorragique), sans que les cours évolutifs des
pathologies rhumatismale et digestive n’aient de parallélisme
apparent.
Cette prévalence augmentée (5 % dans la série de
l’hôpital Bichat) est un argument supplémentaire pour une
intégration au groupe des SpA.
7- Complications
:
Les complications locorégionales des atteintes ostéoarticulaires, par
fragilisation (fractures pathologiques) ou compression (thromboses
vasculaires), ont été détaillées plus haut.
Un cas de transformation sarcomateuse d’une ostéite iliaque a été
rapporté, mais ce type d’évolution semble exceptionnel.
Quelques complications viscérales ont été signalées, incluant une
granulomatose nécrosante pulmonaire, une amylose avec atteinte
rénale.
Examens complémentaires :
A - EXAMENS BIOLOGIQUES :
Lors des poussées inflammatoires rhumatismales, il existe
habituellement une élévation non spécifique de la vitesse de
sédimentation (VS) et de la protéine C réactive (PCR), parfois très
marquée.
L’hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles
s’observe principalement en cas d’acné sévère. Une hypergammaglobulinémie polyclonale est possible, ainsi que la
présence de complexes immuns circulants.
Cependant, il
n’existe pas de corrélation parfaite entre les signes cliniques et ces
différents paramètres inflammatoires, pouvant demeurer normaux
ou peu élevés en pleine période d’activité du processus
rhumatismal.
En cas d’arthrite, et suivant le stade aigu ou chronique, l’analyse
cytologique du liquide articulaire révèle une formule de type
inflammatoire, avec un aspect parfois puriforme et une richesse
souvent marquée en polynucléaires neutrophiles.
Aiguë ou
chronique, la synovite n’a aucun caractère histologique spécifique.
L’étude anatomopathologique de fragments biopsiques osseux
donne des résultats variables, en fonction du stade des lésions :
initialement, il existe un aspect d’ostéite active, avec des
remaniements inflammatoires avec infiltrats abondants de cellules mononucléées, de polynucléaires neutrophiles, voire de cellules
géantes, réalisant parfois des images de microabcès ;
secondairement, se mettent en place les phénomènes de cicatrisation,
avec une réaction d’ostéosclérose souvent très prononcée,
pseudopagétique.
L’étude bactériologique de prélèvements
articulaires ou osseux permet parfois d’isoler Propionibacterium
acnes, dont le rôle pathogène réel reste toutefois à définir, même si
plusieurs observations ont indiqué une évolution favorable après
mise en route et poursuite prolongée d’une antibiothérapie
adaptée.
À la différence de la spondylarthrite ankylosante et de la plupart
des autres SpA, la prévalence du groupe HLA B27 n’apparaît que
modérément augmentée en comparaison avec la population générale
(19,2 % sur 73 patients de la série nationale de Chamot et al, 13 %
sur 83 patients de la série monocentrique de l’hôpital Bichat),
avec des extrêmes allant de 13 à 32 %.
B - EXAMENS D’IMAGERIE :
Pour simplifier l’exposé, les différentes données d’imagerie ont été
détaillées plus haut, avec chaque type de manifestation clinique.
Globalement, on peut dire que les phénomènes d’arthrite érosive,
d’ostéite chronique et d’hyperostose sont généralement faciles à
identifier sur les radiographies standard, éventuellement complétées
par une analyse TDM.
Pour les formes débutantes d’atteintes ostéoarticulaires, ces mêmes examens sont souvent pris en défaut,
contrairement à l’IRM.
Ce type d’imagerie permet non seulement de
visualiser précocement les réactions inflammatoires articulaires,
osseuses ou enthésopathiques, mais aussi de suivre l’évolution du
processus rhumatismal, sous l’effet des traitements.
Certaines localisations ostéoarticulaires pouvant demeurer
infracliniques, la scintigraphie osseuse se révèle être un excellent
outil de dépistage et de cartographie lésionnelle, tout
particulièrement sur le squelette axial.
Diagnostic différentiel
:
Le principal diagnostic différentiel se pose avec les autres SpA, et en
tout premier lieu avec le rhumatisme psoriasique, ayant un tropisme
commun pour les mêmes sites ostéoarticulaires (PTA, rachis, et
articulations sacro-iliaques), ainsi qu’un même potentiel érosif et
destructeur.
En réalité, en dehors des considérations
dermatologiques, le principal signe distinctif correspond à
l’hyperostose, très particulière au syndrome SAPHO.
Certaines formes très inflammatoires d’arthrite peuvent être prises à
tort pour des phénomènes septiques ou microcristallins, mais la
ponction articulaire permet habituellement de redresser le
diagnostic.
En cas d’atteinte osseuse prédominante ou exclusive, une maladie
de Paget est souvent évoquée, compte tenu de nombreuses
similitudes d’imagerie (hypertrophie et condensation osseuse, aspect
anarchique des travées). Plus rarement, sont évoquées une
sarcoïdose ou une histiocytose à détermination osseuse.
Certaines
infections torpides, en particulier à mycobactéries, peuvent mimer
une ostéite chronique du syndrome SAPHO, notamment en cas de
localisation thoracique antérieure ou rachidienne.
Dans le registre
tumoral, certaines formes lytiques ou avec périostose floride peuvent
faire craindre un sarcome, voire un lymphome, notamment en cas
de localisation sur les os longs, le bassin ou la mandibule.
La
plupart du temps, ces différents diagnostics alternes sont finalement
éliminés en raison d’une topographie évocatrice ou multifocale, ou
encore d’une association à des manifestations cutanées.
Cela étant,
la situation est parfois moins claire, principalement dans les formes
rhumatologiques pures, d’où la décision parfois prise d’effectuer un
prélèvement biopsique.
Parmi les traitements proposés dans l’acné, les dérivés de la
vitamine A peuvent donner lieu à des complications rhumatismales,
principalement sous la forme de rachialgies et d’enthésopathies
multiples, mais aussi d’arthrites aiguës.
En cas d’administration
prolongée, les radiographies permettent d’objectiver une
hyperostose vertébrale diffuse, à tendance ankylosante, souvent
associée à des enthésopathies ossifiantes multifocales.
En règle
générale, les douleurs disparaissent de manière progressive, suite à
l’arrêt du médicament incriminé.
Dans le même ordre d’idée, un
autre médicament utilisé pour l’acné, la minocycline, a été rendu
responsable de syndromes lupiques induits, comportant
fréquemment des polyarthralgies ou une polyarthrite.
Traitements :
Qu’il s’agisse des manifestations osseuses ou articulaires
inflammatoires, la base du traitement repose essentiellement sur les
anti-inflammatoires non stéroïdiens.
Ces derniers sont donnés soit
de façon ponctuelle lors de poussées inflammatoires intermittentes,
soit de façon plus continuelle en cas de progression linéaire du
rhumatisme.
Leur efficacité est jugée satisfaisante dans environ deux
tiers des cas.
En situation de réponse insuffisante à ce type de
traitement, le recours aux corticoïdes est parfois jugé nécessaire, avec
des résultats équivalents.
La colchicine paraît peu ou pas efficace,
sauf exception.
Pour les formes articulaires limitées, mono- ou oligoarticulaires, les infiltrations locales de cortisoniques ou les
synoviorthèses à l’acide osmique peuvent s’avérer très bénéfiques.
Exceptionnellement, la résection chirurgicale de l’extrémité interne
de la clavicule a été proposée, en cas d’ostéoarthrite
sternoclaviculaire réfractaire et douloureuse.
En cas d’atteinte osseuse au premier plan, l’administration
intraveineuse de bisphosphonates (pamidronate) semble permettre
un bon contrôle des douleurs, avec un effet rémanent intéressant.
Dans les situations assez exceptionnelles où Propionibacterium acnes
est mis en évidence, au sein d’une lésion osseuse ou articulaire, un
traitement antibiotique est logiquement proposé, avec une efficacité
généralement satisfaisante.
Différents protocoles thérapeutiques ont
été utilisés, toujours sur une période d’administration de plusieurs
mois : les antibiotiques choisis ont été les tétracyclines (doxycycline),
les macrolides (roxithromycine, azithromycine), l’amoxicilline ou la
rifampicine, en monothérapie ou en association.
À partir
de ces observations, différents auteurs ont proposé des protocoles
d’antibiothérapie prolongée, y compris en l’absence d’isolement
initial de tout micro-organisme.
En particulier, la doxycycline a
donné des résultats inconstants.
C’est dans les formes rebelles ou particulièrement récidivantes que
se discute l’introduction d’un traitement de « fond » ou
« modificateur ».
Comme pour le rhumatisme psoriasique, le
méthotrexate a été administré à des patients généralement porteurs
d’un rhumatisme à expression majoritairement périphérique, avec
une efficacité souvent bonne.
La ciclosporine pourrait également
s’avérer bénéfique.
En revanche, la sulfasalazine est assez
rarement efficace, avec environ un patient sur trois amélioré, au
moins partiellement, dans la cohorte de l’hôpital Bichat.
Mentionnons tout de même quelques résultats plus encourageants,
chez l’adulte, et surtout dans les formes pédiatriques.
Deux
équipes distinctes ont proposé un traitement anti-TNF, par
infliximab ou étanercept, à quatre patients atteints de syndromes
SAPHO réfractaires aux autres thérapeutiques classiques : les
résultats très prometteurs appellent confirmation sur un plus grand
nombre de patients.
Pronostic :
Dans la majorité des cas, le pronostic du syndrome SAPHO paraît
finalement plus favorable que celui d’autres SpA, notamment de la
spondylarthrite ankylosante.
Dans la série des 120 cas de l’hôpital
Bichat, aucune complication sévère ni invalidante n’a été enregistrée,
y compris dans le sous-groupe de 47 patients suivis pendant plus
de 5 ans.
Chez ces derniers et en moyenne, le nombre de foyers
d’ostéite ou d’arthrite est passé respectivement de 1,57 à 1,91 et de
2,68 à 3,11, en l’espace de 9 ans et demi.
De la même façon, les
formes pédiatriques semblent connaître une évolution favorable,
avec une rémission survenant dans trois cas sur quatre environ.